Bonjour à toustes !
Encore une fois, je vous remercie pour vos reviews, vous me gâtez ! Merci pour vos retours enthousiastes et aussi pour vos remarques pertinentes sur des choses qui vous plaisent moins. J'ai à cœur de m'améliorer et les critiques bienveillantes me sont donc utiles.
Je remercie Ange31 qui a débusqué deux fautes dans mon chapitre 9, que j'ai rectifiées aussitôt. Comme quoi 3 bêtas ne sont visiblement pas suffisant·e·s ^^
N'hésitez pas à me signaler ce genre de chose si vous le voyez, je ne le prendrai pas mal du moment que la remarque est respectueuse.
Je vous laisse pour la lecture du chapitre 10… Je sais que vous êtes impatient·e·s que Harry et Drago se rapprochent, promis c'est pour pour très bientôt !
Bonne lecture !
Chapitre 10 — Élixir d'Euphorie
Dimanche 12 janvier 2020
— Merci d'avoir accepté une réunion un dimanche matin, messieurs.
Harry camoufle un bâillement et répond à Minerva que ce n'est pas un problème. Drago, un peu plus alerte, approuve. En revanche, il ne sait pas plus que Harry ce qu'il fait ici.
La porte du bureau directorial s'ouvre alors et cinq Aurors rejoignent les quatre personnes déjà présentes : Minerva McGonagall, Neville Londubat, Harry Potter et Drago Malefoy. Harry se tourne légèrement sur son siège pour mieux voir et un sourire éclaire son visage à la vue de son amie et de ses ancien·ne·s collègues.
— Madame la directrice, nous vous remercions pour votre disponibilité. Ainsi que vous tous, commence Tulipe Karasu. Je serai rapide et concise, nous ne voulons pas prendre plus de temps que nécessaire sur votre week-end.
— Que dire du tien, Tulipe ? plaisante Neville.
— Ça fait partie du boulot, j'ai l'habitude.
Minerva désigne aux Aurors des sièges pour qu'iels s'installent. Drago et Harry sont déjà assis sur deux d'entre eux, séparés de Minerva et Neville par le grand bureau.
Tulipe commence alors un rapide résumé des derniers jours : son équipe et elle-même ont infiltré Poudlard depuis la rentrée scolaire de janvier. Tulipe a passé la semaine entière dans la classe de Harry, sous une cape d'invisibilité et un sort de désillusion. July Thomson et Marcus Muirhead, qui travaillent sur l'affaire depuis le début, ont surveillé la Grande Salle et les couloirs en alternance, en étant désillusionné·e·s. Abigail Lovett a revêtu l'apparence de Sarah McArthur, l'une des deux concierges, et Irwin Crofton, celle d'Isabel Morton, la bibliothécaire remplaçant Irma Pince depuis trois ans. Iels sont resté·e·s camouflé·e·s deux jours. En dehors de Neville et Minerva, personne d'autre ne savait que les Aurors étaient là.
Tulipe est particulièrement agacée et déçue que cette semaine sous couverture n'ait servie à rien. Ou presque. Certain·e·s élèves de septième année lui ont semblé un peu distrait·e·s ou agité·e·s, mais c'est loin d'être suffisant pour accuser quelqu'un de tentative de meurtre. Or, elle est persuadée, ainsi que Harry, que des étudiant·e·s parmi les plus âgé·e·s sont dans le coup.
Neville est atterré d'imaginer que des gamin·e·s de seize ou dix-sept ans puissent en vouloir à Harry au point de tenter de le tuer. Et pourtant, les faits parlent d'eux-mêmes : d'abord les draps ensorcelés, confirmés par le parchemin de menaces, puis l'empoisonnement la veille des vacances. Et un nouveau parchemin arrivé après la rentrée, revendiquant ce fait. Personne n'a pu s'introduire dans l'école, ce sont donc des élèves qui ont agi. Malgré un nombre d'années réduit chez les Aurors, Neville sait que ce mode opératoire est assez inhabituel : il est rare que des agresseurs·euses se vantent autant d'attaques ratées. Cela dénote un possible amateurisme, corroborant l'hypothèse des élèves coupables. Peut-être chapeauté·e·s par des adultes qui ne sont probablement pas plus expérimenté·e·s dans le grand banditisme.
— Nos équipes scientifiques analysent le deuxième parchemin, je pense que nous aurons des résultats demain. Cela pourra permettre de vérifier qu'il s'agit bien des mêmes personnes que la première fois. Afin de pouvoir confirmer certaines hypothèses, nous allons avoir besoin d'un échantillon d'écriture de tous les étudiants de sixième et septième années, en lettres capitales.
— Nous nous efforcerons de trouver un exercice qui ne risque pas d'éveiller les soupçons, approuva Minerva.
— Tulipe, je doute très franchement que les Partisans Noirs aient demandé à l'un des gamins d'écrire les messages, c'est trop évident.
— Je sais bien Harry, soupire l'Auror, mais il ne faut rien laisser à l'écart. Malgré certains éléments qui semblent très inhabituels, voire amateurs, ces personnes sont pourtant extrêmement prudentes dans leurs agissements.
— Les pistes des fabricants de parchemins et d'encre sont en train d'être remontées, ajoute Marcus, nous vérifions actuellement tous les clients des commerces concernés. Mais c'est long.
Harry et Neville hochent la tête. Ils comprennent très bien, ils ont été Aurors. Drago est très attentif depuis le début de cette réunion impromptue, il n'avait pas la moindre idée qu'un groupe d'Aurors s'est baladé dans Poudlard pendant toute la semaine. Mais il ne sait toujours pas pourquoi il est ici ce matin, il a presque l'impression qu'on l'a oublié.
— Venons-en au dernier point. Ainsi que je l'ai suggéré à la directrice et au directeur adjoint, je souhaite une surveillance rapprochée pour Harry à partir de maintenant. Afin de ne pas inquiéter les éventuels coupables, je ne peux pas laisser l'un des membres de mon équipe à Poudlard. Une présence à découvert annihilerait toute chance de les débusquer et il est impossible de rester plusieurs semaines sous polynectar ou désillusion, pour des raisons de santé. Il faut que ce soit quelqu'un qui travaille déjà ici.
— Nous y avons réfléchi. Nous suggérons que Drago Malefoy soit cette personne, il est tuteur pour Harry en tant que professeur. Sa présence à ses côtés passera plus facilement inaperçue.
Drago tourna brusquement la tête vers Neville.
— Pardon ? Je vais devoir suivre Potter partout comme un croup apprivoisé ?
Neville ne peut s'empêcher de rire à cette question. Et la majorité des autres tente de cacher leur hilarité, Harry le premier. Il rit pendant un bon moment avant de reprendre lentement sa respiration et pouvoir parler sérieusement.
— Je n'ai pas besoin d'une garde rapprochée, Tulipe, je peux me défendre tout seul, argumente Harry.
— Il ne s'agit pas de cela. J'aimerais que tu ne sois pas isolé lors de tes activités, hors de la classe et de ton appartement. Est-ce que tu cours toujours le matin ?
Harry grimace. Il sait que ce moment particulier de sa journée pourrait créer une ouverture pour l'attaquer plus frontalement que les premières tentatives. Et à force d'échecs, il se peut que ça finisse par arriver.
— Je n'ai jamais arrêté. Et je crois que je vois ce que tu veux dire, je suis plus vulnérable dehors que dans ma classe remplie d'élèves. Ceci dit je ne sors jamais sans ma baguette…
— Deux paires d'yeux valent mieux qu'une. On ne travaille jamais en solo chez les Aurors, tu le sais très bien.
— Hum hum, je me permets de vous signaler que je ne suis pas Auror, interrompt Drago.
Il n'a pas du tout envie de jouer les protecteurs pour Harry, ils passent déjà beaucoup de temps ensemble avec le tutorat et les cours de Potions pour la Sommeil sans rêves. Sans compter la recherche des endroits où ces foutus gosses complotent, que Harry et Drago ont commencée avant les vacances. Même s'ils s'entendent finalement très bien, Drago a besoin d'un peu de temps pour lui. Et pour couronner le tout, il déteste courir.
Harry, lui non plus, n'a pas envie d'être chaperonné en permanence. Il veut conserver sa liberté et son attirance manifeste pour Drago risque de finir par être visible s'il est encore plus avec lui. Et il ne souhaite pas se dévoiler, il n'arrive pas à cerner Drago pour le moment. Avant les vacances, ils se sont pas mal rapprochés, entre les cours de Potions et la recherche dans la Salle sur Demande. Ils ont ri ensemble et pas aux dépens de l'autre, il y a eu des contacts physiques brefs sans dégoût et Harry est presque sûr que Drago a flirté avec lui. Peut-être inconsciemment d'ailleurs, mais le Gryffondor se demande si son collègue ne cache pas quelque chose. Il se doute qu'il n'est pas hétérosexuel, son comportement est parfois un peu ambigu, mais de façon complètement naturelle. Il faut qu'il se renseigne auprès de quelqu'un qui le côtoie depuis plus longtemps.
— Nous n'avons pas besoin que vous soyez Auror, monsieur Malefoy, explique Tulipe, nous aimerions simplement que vous soyez présent auprès de Harry quand il est habituellement seul, pour éviter une attaque. Surtout en dehors des horaires où il y a du monde dans les couloirs.
Harry et Drago se regardent. Drago soupire dramatiquement et Harry lève les yeux au ciel, presque amusé de sa réaction.
— Cela veut dire que vous ne considérez plus que je suis mêlé à cette affaire ? Je ne suis plus un suspect ?
— Vous ne l'avez jamais été.
Drago hausse un sourcil circonspect. Il est persuadé que ce n'est pas vrai. Mais qu'importe, au moins, maintenant il est définitivement mis hors de cause. Son passé a peut-être enfin arrêté de le poursuivre ?
— Je n'ai pas le choix, j'imagine ?
— Tu l'as, Drago, intervient Neville, mais Minerva et moi-même sommes d'accord sur le fait que tu es la personne la plus indiquée pour ce rôle.
— Pourquoi pas Edward Lupin ? C'est son filleul, personne ne trouvera étrange qu'ils soient ensemble.
— Nous l'avons envisagé, mais Harry passe en fait peu de temps avec lui et le tutorat est une meilleure excuse pour les élèves.
Drago soupire une nouvelle fois. Sa maigre liberté, son temps pour lui déjà limité, viennent de disparaître dans les méandres de cette réunion. Il repense à ses inquiétudes du début d'année : il espérait que la présence du Gryffondor n'allait pas chambouler son quotidien tranquille. Ce dernier est finalement bien plus que chamboulé, il a explosé.
— Très bien, j'essaierai. Mais je vous préviens, il est hors de question que je coure au petit matin ou que je sacrifie mes mercredis après-midi avec mon fils pour Potter !
— Je vais limiter mes déplacements et activités. J'ai cours le mercredi, je ne crains rien. Et je te préviendrai si j'ai besoin de me déplacer seul.
Drago grogne pour approuver. La situation devient difficile. Vivement que ces mages noirs en puissance soient découvert·e·s et arrêté·e·s !
— Parfait, nous allons donc vous laisser. Si quoi que ce soit vous semble anormal, envoyez-moi un message, conclut Tulipe avant d'entraîner son équipe vers la cheminée.
Des flammes vertes s'élèvent dans l'âtre et après quelques « vroufs », il ne reste plus un seul Auror dans le bureau. Harry prend rapidement congé et Drago est obligé de le suivre. Il le raccompagne jusqu'à ses appartements d'où Harry promet de ne pas bouger : ses enfants doivent venir le rejoindre pour l'heure du goûter et il déjeunera aussi ici. Drago est demeuré mutique durant tout le chemin, il va lui falloir un peu de temps pour se faire à cette nouveauté.
— Les enfants m'accompagneront pour le dîner dans la Grande Salle, ne t'inquiète pas.
— Tant mieux, Potter. Parce que je n'ai pas envie de jouer à la nounou, j'ai d'autres choses à faire.
Drago se détourne alors que Harry déverrouille sa porte. Ce dernier ne veut pas que Drago parte sur cette note aussi négative.
— Malefoy !
Drago se retourne vers Harry à l'appel de son nom.
— Je suis désolé que tu sois obligé de faire ça, je n'ai vraiment pas besoin qu'on me surveille… Je ferais ce que je peux pour t'éviter d'être avec moi trop souvent.
— D'accord. Merci… je suppose.
Drago est agréablement surpris. Cela fait toujours plaisir de se rendre compte que d'autres personnes se préoccupent de lui. Même si c'est Harry. Surtout si c'est Harry. Il s'en va, un peu moins dépité que quelques minutes plus tôt, mais il ne se fait pas d'illusions : les prochaines semaines risquent d'être pénibles.
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L'ambiance autour de la table est un peu lourde. Harry en profite pour servir à ses enfants les boissons qu'iels aiment le plus : chocolat pour Teddy et Albus, thé pour James. Il soupçonne son deuxième de préférer une boisson d'adulte, mais il n'a que quinze ans et Harry refuse de laisser son fils boire de l'alcool. En tout cas pas en sa présence : il ne peut évidemment pas surveiller James quand il est avec ses ami·e·s. Et même si Harry a vécu une adolescence particulière qui l'a tenu éloigné de tout ça, il se doute que les jeunes brisent les règles et font des fêtes non autorisées, plus ou moins alcoolisées, dès que les adultes ont le dos tourné.
Harry soupçonne que James et Albus lui en veulent encore de la révélation de Noël, même s'ils ont essayé de donner le change depuis la rentrée. La deuxième semaine des vacances, chez Harry, ses deux garçons se sont enfermés et n'ont pas voulu passer beaucoup de temps avec lui. Il sait qu'il doit aborder le sujet de nouveau, il préfère éviter que ses enfants restent en colère après lui. Heureusement, Teddy a le sourire. Depuis leur discussion la veille, Harry se sent un peu soulagé que son aîné·e ne soit pas fâché·e.
— C'est gentil d'être venus. Je ne vais pas tourner autour du chaudron… J'aimerais que vous me disiez ce qui ne va pas, surtout vous deux, Albus et James. Je n'ai pas envie que vous ayez de la rancœur et je pense que vous avez des questions à me poser sur ce qui s'est passé à Noël. Et ensuite on tourne la page, d'accord ?
— Teddy n'est pas concerné ? C'est un traitement de faveur ou quoi ?
— Non, James. Teddy et moi avons déjà discuté hier soir. Mais évidemment, ael peut aussi me parler de tout ça si ael le souhaite.
Il échange un regard avec Teddy qui lui sourit. Ael est très heureuxe que Harry lae genre comme ael lui a demandé. Ael ne doutait pas qu'il le ferait, mais parfois les habitudes sont dures à changer.
Ce que Harry ne sait pas, c'est que Teddy a déjà préparé le terrain avec ses frères ce matin. Ils sont surtout déboussolés par ce qu'ils ont appris, mais pas vraiment fâchés en fait.
— Qui veut commencer ? encourage Harry avant de porter sa tasse de thé à ses lèvres.
— Il s'est passé quoi exactement avec oncle Charlie ? ose Albus d'une petite voix, les doigts entourant sa tasse bien chaude.
— Ils se sont envoyés en l'air dans le dos de tout le monde pendant quatre ans, voilà ce qui s'est passé !
Harry s'étouffe avec sa gorgée de thé. Et Teddy pose une main sur le bras de son frère pour l'apaiser. Finalement, peut-être que James est encore fâché après Harry.
— James, je ne pense pas que ce soit exactement ce qui est arrivé… tente-t-ael, connaissant la particularité de Charlie.
— Laisse, Ted. Il a le droit d'être en colère, tempère Harry. Je vous ai promis de vous répondre, mais il me semble évident que je ne vous parlerai pas de ma vie intime.
— Encore heureux, grommelle James, les bras croisés dans une attitude défensive.
Il se surprend lui-même avec cet éclat. Il pensait avoir dépassé sa colère après la petite discussion ce matin avec Teddy et Albus. Il sait que son père a eu une vie difficile et a des périodes de dépression. D'après Teddy, c'est de nouveau le cas et la situation actuelle en est sûrement l'une des causes. Évidemment, James aime son père, alors il ne veut pas qu'il soit malheureux, mais il ne comprend pas pourquoi les adultes passent leur temps à cacher des choses à tout le monde en permanence. Et puis aussi, il en veut quand même un peu à son père d'avoir volé à Teddy l'occasion de parler de sa non-binarité à sa famille. Même si Teddy lui a affirmé qu'ael s'était expliqué·e avec Harry à ce sujet.
— Pendant les fêtes de la fin d'année 2009, vous avez toustes les trois passé une semaine avec Molly et Arthur, vous vous en souvenez peut-être, et Maman et moi avons pris des vacances chacun de notre côté. Charlie m'avait invité à la réserve pour voir les dragons. Nous étions devenus bons amis avec les années et vous savez comment il est : il aime partager ses passions. Je suis tombé amoureux de lui cette semaine-là, tout simplement.
— Vous avez arrêté de vous aimer ? Comme avec Maman ?
— C'est un peu plus complexe que ça, Albus. Disons que notre histoire était difficilement compatible sur le long terme. Pas à ce moment de nos vies en tout cas.
— Alors c'est en Roumanie que tu allais quand on était pas avec toi ? Je ne comprends toujours pas pourquoi tu ne nous l'as jamais dit !
— Vous étiez encore jeunes, James, quand c'est arrivé. Au départ, on ne voulait pas en parler à cause de la distance et de la complexité d'être ensemble ainsi. Et plus les années sont passées et plus je trouvais ridicule de l'annoncer. Ma position était difficile et j'ai eu peur de perdre la seule famille que j'ai jamais eue…
Le silence s'installe. Harry se sent plus léger d'avoir crevé l'abcès avec James et Albus. Et même Teddy qui se posait peut-être des questions sans oser les exprimer la veille.
— Est-ce que tu promets de nous parler de ta prochaine relation ? À moins que ce soit déjà le cas en cachette ?
— Je n'ai eu aucune relation sérieuse depuis Charlie. Je vous le dirai la prochaine fois, vous avez ma parole. Si l'autre personne est d'accord.
Harry a rajouté la dernière phrase en ayant une pensée pour Drago. Parce que quelque part, au fond de lui, il commence à envisager de se déclarer au Serpentard. Son attirance est réelle et n'a fait qu'augmenter avec le temps. Sans compter le fait qu'il l'apprécie vraiment. Alors, pourquoi ne pas tenter de le séduire ?
— Est-ce que tu vas aller mieux maintenant qu'on est plus fâchés, Papa ?
— Je vais essayer, Albus. Je ne contrôle pas forcément les moments où je me sens triste, tu sais. Mais je suis soulagé que nous ayons discuté toustes ensembles.
James sent ses dernières émotions négatives refluer. Il n'arrive pas à vraiment en vouloir à son père maintenant qu'il en sait un peu plus. Il comprend qu'il a eu peur, tout simplement, et ça le rend encore plus fort à ses yeux. Il croise le regard de Teddy, pour vérifier si leur plan tient toujours. Ael lui fait un petit clin d'œil. C'est le moment. Il donne un petit coup de pied à Albus pour le prévenir. Si c'est lui qui demande, ça sera forcément oui.
— Papa ? On peut avoir des biscuits s'il te plaît ?
— Bien sûr, affirme Harry en souriant.
Pendant que leur père a le dos tourné et qu'il fouille dans un placard, Teddy débouche rapidement une minuscule fiole et verse quelques gouttes dans la tasse de Harry. Puis le reste du contenu lui échappe brutalement et termine dans le thé, au moment où Harry leur demande s'iels en veulent toustes les trois. Puis ael la range précipitamment dans sa poche. Teddy fait les gros yeux à ses frères, pour qu'ils aient l'air un peu moins coupables, et s'étire nonchalamment.
Harry revient à table avec une assiette pleine de cookies aux trois chocolats, les préférés de James. Les deux plus jeunes se jettent dessus et Harry trouve ça attendrissant. Il aime ces moments en famille, surtout maintenant que les tensions sont apaisées. Il a eu peur que James lui garde rancune, parfois son fils agit un peu trop sans réfléchir. Un vrai Gryffondor…
Le goûter se termine dans la bonne humeur, Harry lui-même se sent de mieux en mieux. Et comme promis à Drago, il se rend au dîner avec ses enfants, l'esprit étonnamment léger. Il se demande s'il n'est pas fatigué, après tout ses nuits ont été très difficiles ces deux dernières semaines, il a fait beaucoup d'insomnies.
Harry quitte la Grande Salle relativement tôt, à peine les élèves partis, sans s'attarder avec des collègues comme il le fait souvent. Il refuse que Drago le raccompagne, malgré son insistance étant donné son nouveau rôle. Harry assure que les couloirs sont encore pleins d'étudiant·e·s, il ne peut rien lui arriver.
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Lundi 13 janvier 2020
Harry se lève de bonne heure et d'excellente humeur. C'est la première fois depuis très longtemps que son sommeil n'a pas été difficile : un endormissement facile et rapide sans pensées parasites, aucun réveil nocturne et des rêves agréables. Et c'est loin d'être le cas habituellement : Harry est abonné aux nuits perturbées. Dès son adolescence, Voldemort s'invitait dans son cerveau de jour comme de nuit. Après la Guerre, les cauchemars l'ont poursuivi pendant de très longues années. Ils sont actuellement moins présents, mais il a régulièrement du mal à trouver le sommeil, ressassant des choses souvent anciennes, se demandant si ses décisions sont les bonnes. Et ces dernières semaines, la révélation de sa relation passée avec Charlie a occasionné des nuits courtes et agitées. Mais il est persuadé que maintenant que ses enfants ont compris la situation et l'ont accepté, il dormira mieux.
Harry a besoin de se sentir aimé et soutenu par son entourage : ses enfants, ses amis et sa famille de cœur. Passé le premier choc de l'annonce, la plupart des Weasley ont confirmé à Harry que son histoire avec Charlie ne changerait rien. Percy n'en a pas parlé, mais Harry ne s'en est pas offusqué : ils ne se sont jamais bien entendus, se respectant sans vraiment s'apprécier. Mais toustes les autres ont compris ou ont accepté l'idée, même si Harry a bien senti la réticence de Bill et Fleur. George l'a prise à la rigolade, comme un peu tout finalement. Ginny a été la plus compréhensive et d'un grand soutien. Hermione et Ron lui ont passé un appel par cheminette le lendemain afin d'en discuter plus amplement. Ainsi que Harry s'y était attendu, iels ont mal vécu le silence de Harry et ses mensonges plus que l'identité de son ex. Molly l'a fait venir la semaine d'après pour en parler et Arthur et elle ont accepté les choses, avec leur bienveillance et leur ouverture habituelle. Le Gryffondor mettra ses ami·e·s au courant en temps utile, mais Neville l'a su dès son retour à Poudlard. Harry chérit le fait d'avoir un ami proche dans son environnement professionnel, cela lui permet de s'épancher quand il en éprouve le besoin. Évidemment, il y a la cheminette et il peut appeler Ron, Hermione ou n'importe qui, mais ce n'est pas comme d'avoir la personne dans la même pièce. Or sa cheminée permet les conversations, mais pas le passage des gens. C'est le cas des cheminées professeur·e·s, excepté celle de la directrice qui peut être ouverte au besoin. Celles des élèves sont entièrement fermées. C'est une question de sécurité.
Après quelques pompes et étirements, Harry court une petite heure dans le parc glacé. Il a oublié sa promesse de ne plus le faire tant que les Partisans Noirs n'ont pas été arrêtés. Et il n'a pas prévenu Drago qu'il sortait, il veut éviter au Serpentard de se lever tôt alors qu'il a bien fait comprendre qu'il déteste courir et n'a pas envie de suivre Harry. De toute façon, Harry n'a pas besoin d'un babysitter, il est un ex-Auror et peut se défendre seul, rien ne peut l'atteindre. Ce matin, il se sent particulièrement confiant en ses capacités.
Le petit déjeuner est expédié juste avant le début des cours, et comme souvent il est en retard. Il n'y a presque plus personne dans la Grande Salle quand il vient y récupérer des petits pains et une banane qu'il mange dans les couloirs. Peu importe, cela lui convient, il n'a pas besoin de faire comme tout le monde. Il se sent plutôt heureux d'avoir la possibilité de faire les choses à sa guise, ce n'était pas toujours le cas chez les Aurors. Il a même envie de chantonner et fredonne à voix basse sur le chemin de la salle des profs. Il a pas mal de travail et apprécie cette pièce relativement centrale dans le château. Il y est au calme.
Harry profite de sa matinée libre pour terminer la correction des devoirs de vacances de ses élèves, il veut les rendre cette semaine. Il reste seul et ne s'est pas inquiété une seule seconde de l'être. La correction se fait en chanson : Harry n'a pas cessé de marmonner, voire chanter à tue-tête par moment des dizaines de morceaux dont il ne connaît parfois que quelques mots. Il ne sait pas d'où lui vient cette impulsion, mais il trouve ça plutôt agréable. Il a la sensation que la période de deux semaines à broyer du noir est terminée et cela le met en joie. Il déteste ces moments où il va mal. Son psymage lui a dit pendant des années que c'était normal et que cela pourrait se reproduire toute sa vie, par intermittences. Son enfance et son adolescence ayant été très marquées par les épreuves et la maltraitance, cela peut avoir un impact jusqu'à sa mort. Il va globalement bien, mais parfois certaines choses lui pèsent assez pour qu'il se sente profondément triste pendant quelques semaines ou mois, puis ça s'arrange tout seul. Il ne va plus voir le psymage depuis des années, mais il n'oublie pas les innombrables séances et les conseils avisés de ce sorcier qui l'a beaucoup aidé.
Le temps passe vite et Harry saute le déjeuner. Il s'en rend compte à treize heures, quand Drago lui apporte un sandwich et une pomme. Ce dernier soupire en constatant que le Gryffondor est encore submergé de travail, au point de ne pas se nourrir. Mais au moins il ne se balade pas seul dans les couloirs, c'est déjà ça. Sa conscience professionnelle l'oblige à surveiller que son collègue se sustente et se repose. Mais c'est surtout son amitié nouvelle avec Harry qui le pousse à vérifier qu'il va bien. Il le trouve particulièrement de bonne humeur alors qu'il a fait la tête toute la semaine passée. Son arrivée avec un banal sandwich a été accueillie par un sourire très chaleureux de Harry. Le genre de sourire que le Gryffondor réserve habituellement à ses ami·e·s, jamais à Drago. Ce dernier prend vraiment conscience que leur relation amicale est établie maintenant, même si leur manie de s'envoyer des piques continuellement pourrait induire en erreur des gens qui ne les connaissent pas. En tout les cas, ça lui fait plaisir. Il ne peut s'attarder, les cours vont bientôt reprendre et il regrette presque de ne pas rester un peu avec lui. Il accompagne Harry jusqu'à sa classe, puisqu'on l'a encouragé à le faire. Il ne lui propose pas de revenir le chercher, il sent qu'il va se faire rembarrer.
Harry est assez content de passer quelques instants avec Drago qu'il n'a pas vu depuis la veille au matin. Cet homme a pris une place dans sa vie qu'il n'avait pas du tout anticipée. Mais il est conscient maintenant de son attirance et il se demande même si ça ne va pas plus loin que ça, Harry sait qu'il peut vite tomber amoureux. Sa bonne humeur lui donne envie de sautiller au lieu de marcher et il se retient à grande peine pour ne pas faire honte à Drago. Il l'imagine déjà lever les yeux au ciel avec un sourire amusé, mais camouflé. En tout cas, il faut qu'il mette au clair sa relation avec le Serpentard, quitte à se prendre une veste. Il ne pourra pas continuer comme ça tout le reste de l'année.
Cette après-midi il a cours avec la première année : le premier puis le deuxième groupe. Les élèves arrivent et s'installent à la place qu'ils désirent, sur l'un des pupitres disposés en arc de cercle. Harry a conservé cette organisation pour tous les niveaux, estimant que c'était plus agréable. Quand tout le monde est assis, Harry distribue les devoirs corrigés.
— Je vous laisse dix minutes pour relire votre copie et mes corrections. Ensuite je répondrai à vos questions à ce sujet. Et le reste du cours nous ferons de la pratique.
Harry regarde ses étudiant·e·s, encore des enfants à cet âge. Il s'est attaché incroyablement vite à toustes ces gamin·e·s et il se sent si heureux. C'est la première fois depuis le mois d'août qu'il prend conscience qu'il est à sa place, que sa décision était la bonne. Ce genre de chose a tendance à le tracasser, mais aujourd'hui rien ne semble pouvoir ternir son humeur.
En attendant le moment des questions, Harry s'assoit sur son bureau, les jambes dans le vide. Il croise quelques regards étonnés d'élèves ayant été attirés par le bruit qu'il a fait en se juchant sur le meuble. Il hausse les épaules en souriant et encourage les petit·e·s distrait·e·s à continuer leur lecture.
Finalement, une main finit par se lever. Presque toutes les têtes sont maintenant relevées et tout le monde se demande ce qui se passe. Que fait le professeur Potter sur son bureau ?
— Oui, Avani ?
— Heu… Mon nom est Patil-Brown, Professeur Potter.
— Je m'en souviens parfaitement, miss. Mais je me suis dit que cela serait plus chaleureux d'utiliser nos prénoms dorénavant. Vous pouvez tous m'appeler Harry.
Avani échange un regard étonné avec sa voisine. Il se passe des choses étranges aujourd'hui. Malgré tout elle décide de poser sa question tout de même.
— Pouvez-vous nous réexpliquer l'étymologie de la formule du maléfice du Bloque-jambes ? Je n'ai pas su répondre à cette question du devoir.
— Bien sûr ! Vous pouvez décomposer la formule Locomotor Mortis en plusieurs mots. Loco veut dire déplacer, motor c'est se mouvoir et mortis signifie la mort. En latin, la formule se traduirait par « mouvement de la mort ».
— Mais quel rapport avec le fait de coller les deux jambes l'une à l'autre ?
— À part que vos membres inférieurs sont incapables de se mouvoir indépendamment l'un de l'autre, aucun. Parfois les formules sont un peu obscures… Je conçois que ce soit rébarbatif d'apprendre ce genre de choses, mais sachez que comprendre le sens littéral des formules peut vous sauver la vie ! Notamment dans le cas de sorts de magie noire.
Avani et ses camarades ouvrent de grands yeux, leur intérêt est piqué. Le professeur Potter, enfin Harry, n'a jamais abordé des sujets aussi sombres jusque là, il n'a jamais parlé de magie noire. Soit disant que ce n'est pas adapté à leur âge. Pourtant ça intéresse tout le monde, iels espèrent qu'il va continuer sur le sujet. La déception est grande quand Harry saute prestement du bureau et demande à la classe de se lever pour déplacer les tables.
Habituellement, chaque élève pousse son pupitre jusqu'au mur. Harry aime que ses étudiant·e·s soient autonomes et parfois cela permet de réviser des sortilèges de base. La première année étant peu avancée, les enfants sont obligé·e·s de le faire à la façon moldue. Mais aujourd'hui, Harry a envie de s'amuser et il ne souhaite pas perdre de temps. Il leur demande de se mettre derrière son grand bureau et débarrasse lui-même la classe à grands coups d'informulés. Il fredonne tout en lançant des Wingardium Leviosa et Repulso , sa baguette, tenue fermement dans son poing droit, pointée vers un côté de la salle, sa main gauche paume ouverte vers un autre mur pour stabiliser les pupitres avant qu'ils percutent la pierre.
Quand l'espace est entièrement dégagé, Harry range sa baguette dans son holster, à sa ceinture. Les regards des élèves sont émerveillés, iels n'ont jamais assisté à une telle démonstration de la part de leur professeur de Défense Contre les Forces du Mal. Tout le monde connaît son passé d'Auror, mais Harry a été clair dès le départ, il n'est pas là pour raconter sa vie de détective, mais pour leur apprendre des choses. De fait, il est toujours resté à sa place et discret sur ses capacités.
Harry tape joyeusement dans ses mains. Il demande s'il y a encore des questions à propos de la correction, mais les étudiant·e·s l'ont oubliée, iels préfèrent la pratique.
Le reste du cours se déroule dans la bonne humeur générale à s'entraîner au Maléfice du Bloque-jambes. Les succès sont nombreux, les enfants sont motivé·e·s par l'attitude très relâchée de leur professeur. Il les encourage de façon beaucoup plus familière que d'habitude. À la fin, il les enjoint à lui lancer toustes en même temps le sortilège. C'est une telle réussite qu'il en tombe à la renverse en riant, si fort qu'il se tient le ventre. Jamais un cours n'a été aussi drôle ni aussi étrange. Et pourtant, Harry est l'un des professeurs les plus abordables de l'école, sans conteste.
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Mercredi 15 janvier 2020
Pendant deux jours, les cours de Harry se déroulent de la même façon et ils sont tellement curieux que la rumeur fait le tour des élèves très rapidement. Au point que le mercredi matin, le fond de la classe de Harry, et le couloir sont remplis d'élèves qui n'ont rien à faire là. Iels sont venu·e·s assister aux élucubrations du professeur. Parce que les choses ne se sont pas arrangées : le Gryffondor semble avoir légèrement perdu la maîtrise de ses émotions et de ses classes. Il rit beaucoup, plaisante avec ses étudiant·e·s, les laisse discuter à voix haute pendant les cours, ne s'offusque pas de la présence des autres années. Et il chante beaucoup : en cours, dans les couloirs, pendant qu'il court le matin… Il saute tous les repas, se rendant aux cuisines en sautillant pour picorer. Et il dort merveilleusement bien au point qu'il en oublie de prendre de la potion de Sommeil sans rêves, persuadé qu'il ne risque plus rien puisque ses songes sont systématiquement heureux depuis dimanche soir.
Par un concours de circonstances, aucun autre professeur ne se rend compte de l'ambiance inhabituelle qui règne dans la classe de DCFM et de l'humeur curieuse de Harry. Il passe son temps entre ses appartements et sa classe, ne va pas en salle des professeur·e·s une seule fois et évite Drago. Seul·e Teddy finit par l'apprendre de la bouche de ses frères qui lui rapportent la situation. James et Albus sont certains que leur plan a fonctionné et sont ravis que leur père semble aller mieux. En plus il a des réactions qui font rire tout le monde. Teddy, en revanche, se demande quand cela va lui retomber dessus. Ael n'avait pas du tout anticipé que ça prendrait une telle ampleur. L'idée de départ était juste d'améliorer un peu l'humeur de Harry, et pas de le rendre assez joyeux et insouciant pour se comporter comme un adolescent. Ael sait qu'il n'y a normalement pas de graves effets secondaires à cette potion, mais la quantité qu'il a versé a peut-être eu un effet plus grand que prévu… Teddy décide de garder un œil sur Harry après les cours, au cas où.
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La journée touche à sa fin. Teddy attend que toustes les élèves du professeur de DCFM soient parti·e·s, ainsi que celleux qui traînaient dans le coin, pour proposer à son parrain de le suivre jusqu'au bureau de Drago. Ael a préalablement demandé à Neville de les y retrouver aussi. La situation est en train de déraper et Teddy ne peut pas laisser Harry continuer à se comporter de cette façon avec ses étudiant·e·s. Ael craint énormément les retombées étant donné sa responsabilité, mais ael se sent obligé·e d'agir.
Harry est tellement à l'aise et heureux qu'il suit saon filleul·e, sans même une hésitation, ravi de passer du temps avec ael. Et aussi parce que Teddy l'emmène vers les cachots et que Harry se sent pousser des envies de déclarations enflammées à destination du directeur de Serpentard. Après tout, il ne risque pas grand-chose à tenter sa chance, un refus n'est pas dramatique. Il chantonne tout le long du chemin.
Quand Harry et Teddy arrivent au bureau de Drago, ce dernier est penché sur des parchemins. Scorpius est absent et cela arrange Teddy, mais Neville n'est pas encore là. Le jeune homme toque sur le battant de la porte pour signaler leur présence et Drago les fait entrer. Il laisse le bureau ouvert, restant disponible pour ses élèves, parce qu'il ne sait pas ce que Edward et Harry font là.
— Salut Malefoy ! lance très joyeusement Harry avec un immense sourire, presque béat.
— Drago, on a un problème. Enfin, Harry a un problème, précise Teddy.
— Que se passe-t-il ?
— Observe le pendant dix minutes, tu seras vite fixé.
Teddy s'affale dans une chaise, dépité·e. Et ael laisse Harry évoluer dans la pièce. Ce dernier ne sait pas ce qu'il fait là, Teddy n'a rien dit de spécial, Drago non plus en les voyant arriver. Harry ne les a même pas entendu·es échanger, trop absorbé par la décoration de l'endroit et la musique qui y résonne. Harry cherche d'où cela provient en scrutant les étagères qui débordent de livres, objets et parchemins noircis par de l'encre. Il finit par repérer une radio sorcière et s'en approche dans l'optique de monter le son.
Drago observe Harry, ses yeux s'écarquillant et ses sourcils se haussant, au fur et à mesure que le temps passe : Harry se déplace dans le bureau de Drago en sautillant, regarde partout avec une expression complètement lunaire, chantonne et sourit à s'en décrocher la mâchoire.
La radio diffuse un air assez calme qui se termine au moment où Neville arrive dans la pièce. Il jette un regard circulaire et ne comprend pas pourquoi Teddy lui a demandé de les rejoindre. Mais il réalise rapidement que quelque chose ne tourne pas rond : Harry vient d'augmenter le volume de la radio et les premières notes très rock de Do The Hippogriff des Bizarr' Sisters s'égrènent. Aussitôt, le directeur de Gryffondor se met à chanter à tue-tête les paroles et se trémousse. Afin d'éviter une rumeur déplaisante sur Harry, Neville ferme la porte du bureau derrière lui, pour qu'aucun·e élève ne puisse assister à ce qui semble être un déchaînement hors de contrôle de leur professeur de DCFM. Neville ne sait pas que l'exubérance et la bonne humeur excessive de Harry ont déjà fait le tour de l'école et que ses cours ont été l'objet d'un spectacle pendant trois jours.
Harry n'a pas du tout conscience de l'impression qu'il donne, il entend simplement un morceau de musique qu'il apprécie et qui le fait un peu retomber dans son adolescence ratée. Le bal de Noël de la quatrième année était un vrai fiasco, excepté le concert des Bizarr' Sisters. Harry ne semble se souvenir que de ça, le reste relégué inexplicablement au fin fond de son esprit. La basse et la batterie donnent le tempo et Harry secoue sa tête, tape du pied, bat des mains, hurlant les paroles comme une groupie déchaînée. Son regard se pose brièvement sur les autres occupants de la pièce qui sont bien trop immobiles à son goût. Il commence par se diriger vers Neville, lui prend les mains et le tire vers lui. Harry sautille, se dandine et tente de faire tourner son ami sur lui-même.
— Oh là, Harry, stop ! Je ne peux pas danser, j'ai toujours ce problème de dos, tu sais bien.
Sans interrompre sa bruyante logorrhée, Harry se souvient que Neville a gardé des séquelles de la bataille finale, douze ans plus tôt, et que son dos est fragile, le gênant dans certaines activités. Tant pis, il trouvera bien quelqu'un d'autre. Il se tourne alors vers saon filleul·e, assis·e inélégamment dans le fond d'un fauteuil en cuir. Il se penche pour lae tirer de là et se fait immédiatement refouler. Teddy le repousse en refusant de la tête.
Le deuxième couplet de la chanson démarre et Harry reprend de plus belle, hurlant :
— Move around like a scary ghost, Spooking himself the most
Son regard se fixe sur la dernière personne de la pièce. Drago secoue immédiatement la tête en levant les mains : il est hors de question que Harry l'embarque dans son activité sans queue ni tête. Harry se rapproche dangereusement en souriant entre deux phrases. Son sourire est si grand, ses yeux pétillants d'un bonheur pur, que Drago est certain maintenant qu'il y a sirène sous rocher : Harry a été ensorcelé ou quelque chose comme ça. Même s'il trouve curieux que les Partisans Noirs aient décidé de le rendre excessivement joyeux. Harry a contourné le bureau en quelques pas de danse désordonnés, mais pas du tout inélégante, et Drago se demande si son collègue n'a pas l'habitude des dancefloors. Le Gryffondor est à côté de lui et Drago, droit sur sa chaise, ne sait pas comment il va s'en dépêtrer : Harry a l'air déterminé. Il lui attrape une main fermement, mais sans brutalité et le tire doucement vers lui. Sans cesser de s'époumoner sur la chanson.
— Hors de question que je me lève, Potter !
Harry profite d'une très courte pause dans les paroles entre le refrain et le troisième couplet, au moment où la cornemuse prend momentanément le dessus sur l'ensemble des instruments, pour le supplier.
— Allez, Malefoy ! Fais-moi plaisir !
Pour la énième fois depuis septembre, Drago pressent un double sens dans les mots de Harry qu'il n'arrive pas à saisir. Il se demande un instant si Harry n'est pas en train de flirter avec lui. Est-ce dû à ce sort qui modifie de manière évidente son comportement ? Il tourne la tête vers Edward, juste une seconde, et ce dernier semble l'encourager à suivre Harry. Après tout, il se rendra peut-être mieux compte de la situation en le laissant agir totalement à sa guise. Edward a dit qu'il comprendrait en dix minutes, or cela fait à peine cinq minutes qu'ils sont arrivés. Il n'est pas certain d'avoir besoin de plus de temps, mais il accepte de s'y plier. Cela lui permettra de vérifier ses hypothèses. Ça pourrait être un Sortilège d'Allégresse. Ou une potion : un Élixir d'Euphorie ou un Philtre de Confusion…
Harry a repris ses hurlements, entonnant à tue-tête le dernier couplet de la chanson. Avec un plaisir non dissimulé, il voit Drago se lever de sa chaise. Il le tire rapidement vers l'espace vide de la pièce, entre le bureau et la porte d'entrée. Ce n'est pas grand, mais bien suffisant. Harry attrape la deuxième main de Drago, l'attire contre lui, juste une seconde et commence à se déplacer. Deux pas à gauche, deux à droite, ses deux mains fermement saisies. Il lâche l'une des mains, le fait tourner deux fois, reprend sa main. Il se recule, s'avance, se recule, s'avance encore. Drago essaie de suivre le rythme. Encore deux pas à droite puis à gauche, Harry se recule et fait tourner Drago sur lui-même sans le lâcher. En l'espace d'une seconde, le Serpentard se retrouve le dos collé au torse de Harry, il sent sa respiration sur sa nuque, et leurs mains mêlées sont posées sur son ventre. Cela ne dure qu'un instant et Harry déroule la passe de rock pour faire revenir Drago face à lui.
Le morceau de musique se termine sur un dernier hurlement du chanteur, presque couvert par la voix de Harry. Drago a le souffle court alors que seules trente ou quarante secondes ont dû s'écouler. Il se sent légèrement étourdi. Il secoue la tête pour reprendre ses esprits, arrache presque ses doigts de ceux du Gryffondor et traverse son bureau en quelques enjambées pour éteindre la radio. Avant qu'une nouvelle chanson rythmée finisse par avoir raison de Harry.
— C'est un sortilège ? Une potion ? demande-t-il à Edward.
— Comment veux-tu qu'il le sache ? intervient Neville.
— Parce qu'il a l'air de savoir ce qui se trame, voilà pourquoi !
Teddy se remet debout et prend son courage à deux mains. Face à Neville, son formateur, son ancien professeur, et surtout ami de longue date de sa famille, et Drago, également un ancien professeur, un membre de sa famille au second degré et presque un ami, ael prend ses responsabilités.
— C'est un Élixir d'Euphorie.
— Quand ? gronde Drago, qui est maintenant certain que le jeune homme est impliqué.
— Dimanche, je l'ai mis dans son thé.
— Quelle quantité ?
— Je voulais mettre quelques gouttes, mais… la fiole entière m'a échappée… murmure Teddy, comprenant immédiatement que c'était une grosse erreur.
Drago se frappe le front de désespoir. La quantité est énorme, pas étonnant que Harry soit totalement déphasé du monde. Drago lance un regard noir à Edward.
— Mais qu'est-ce qui t'est passé par la tête ? Tu te rends compte de la gravité de la chose ?
— J'ai appris par James et Albus ce matin que les cours de Harry étaient bizarres. Je ne pensais pas que la quantité aurait une si grande importance… Harry était si mal depuis quelques semaines que j'ai voulu l'aider à remonter la pente !
— Ted… Je suis au courant pour ce qui s'est passé dans votre famille. Tu aurais dû venir m'en parler au lieu d'agir seul et à l'insu de Harry ! le réprimande Neville.
— Même moi, j'ai compris que Potter n'était pas en forme ! Nous avons tous vus qu'il traversait une mauvaise passe, même sans avoir les détails de l'histoire. Tu as agi inconsidérément et tu l'as mis en danger ! Et tu as déjà oublié les cours de Potions d'il y a quelques années : les quantités sont toujours importantes !
Teddy baisse les yeux vers le sol, ael se sent comme un enfant pris en faute. Et c'est le cas : ael a gravement merdé. Sa carrière va se terminer avant même de commencer et sa famille va être déçue. La seule chose qu'ael peut faire c'est protéger ses frères qui sont dans la combine : personne ne doit savoir qu'iels ont mis ce plan au point ensemble.
— Je suis vraiment désolé, je ne pensais pas à mal. Je voulais juste qu'il aille mieux… Est-ce que vous avez déjà expérimenté la peur que votre plus proche parent mette fin à sa vie parce qu'il va trop mal ? Moi oui. Harry a des épisodes de dépression depuis la Guerre et j'ai déjà craint qu'il veuille en finir, une ou deux fois.
— Je suis au courant, mais si tu pensais qu'il allait si mal, tu aurais dû nous en parler… C'est grave ce que tu as fait, Edward.
— Je sais, Neville, je sais. Je regrette, je sais que j'ai mal agi. J'ai si peur de le perdre…
Teddy se rassoit dans le fauteuil et son regard cherche Harry. Ce dernier est toujours en plein milieu de la pièce : il sautille sur place, chantonne sans discontinuer et a un air béat. Il n'est pas du tout dans son état normal et ne semble même pas se rendre compte qu'on parle de lui.
Drago soupire. Il réfléchit. Il sait qu'il n'existe aucun antidote. Que vont-ils faire de Harry le temps que les effets se dissipent ? Cela prendra encore certainement quelques jours : avec une telle dose, il serait étonnant que ça dure moins d'une semaine. Et que décider pour Lupin ? Son but était compréhensible et le jeune homme est plutôt altruiste, Drago le sait. Il n'a jamais voulu mettre Harry, ou quiconque, en difficulté.
— Qu'en penses-tu Neville ?
— Il y en a encore pour longtemps ?
— Probablement quelques jours. Mais on ne peut pas le laisser continuer à faire cours, il faut qu'il s'isole. Les effets sont assez surprenants à cette dose : il est à la fois dans un état euphorique et en même temps déconnecté de ce qui l'entoure. Jusqu'à un stimulus. Comme pour la musique tout à l'heure. Et probablement l'obligation de donner ses cours.
— Et pour moi ? demande Teddy d'une petite voix.
— Je laisse Neville décider, c'est ton formateur. Mais je suis très déçu !
Neville prend le temps pour mettre en balance toutes les informations dont il dispose. La situation est inédite. Les choses auraient pu très mal tourner, surtout compte tenu de la situation avec les Partisans Noirs, heureusement ça n'a pas été le cas. Et son assistant est habituellement très sérieux : il devait être particulièrement inquiet pour Harry pour agir ainsi. S'ils informent la directrice, il sera immédiatement renvoyé. Or cela posera de nombreux problèmes : Neville ne peut pas assurer tous les cours de botanique et l'essentiel de la direction en même temps, et le jeune Edward Lupin est fait pour ce poste, il est passionné.
— On va enfermer Harry chez lui et tu le surveilleras, décide Neville en regardant Teddy. On dira qu'il est malade. Edward, tu viens de griller ton seul et unique joker : je ne laisserai plus rien passer de ce genre. Et la prochaine fois, parles-en avec Harry au lieu de le droguer à son insu !
— Merci, Neville, merci ! Promis, je ne ferai plus de connerie. Je n'ai pas de cours à donner les jeudi et vendredi, je vais m'occuper de lui. La nuit aussi.
— Je viendrai te tenir compagnie un peu ce week-end pendant la journée, soupire Drago.
Harry continue, encore et toujours, à s'imposer dans sa vie. Et il a de la peine pour Edward qui va déjà devoir supporter son parrain pendant de très longues heures. Sa punition est suffisante, il estime qu'il peut le seconder un peu. En acceptant la décision de Neville de le couvrir, il devient également complice et se sent obligé de participer. Et avec un peu de chance, il pourra essayer de faire parler Harry de ses problèmes. Il pourra peut-être l'aider à aller mieux une fois les effets de la potion dissipés.
N'oubliez pas de me laisser une petite review si vous avez aimé :)
On se retrouve dans deux semaines, 10 juin 2022 avec le chapitre 11 : « Premier baiser ».
En attendant, portez vous bien !
