Bonjour à toustes !
Merci, merci pour toutes vos reviews sur le chapitre précédent !
Je vous laisse pour la lecture du chapitre 11, dont le titre annoncé il y a deux semaines vous a interpelé, avec certaines inquiétudes apparemment… Réponse aujourd'hui !
Bonne lecture !
Chapitre 11 — Premier baiser
Jeudi 23 janvier 2020 — Harry
Les cours prennent fin et le premier groupe de la deuxième année quitte la salle sans attendre. Je soupire de fatigue, ce groupe est particulièrement difficile depuis lundi. Rien d'anormal si j'en crois ce que l'on m'a rapporté sur mon comportement la semaine passée, les gamins se croient tout permis du coup. Je nettoie le tableau à l'aide de l'éponge, à la main, comme j'aime à le faire depuis le premier jour, cela me permet de me détendre et de laisser mon esprit se vider de toute considération professionnelle. Puis je range la salle d'un coup de baguette.
Je vérifie que tout est en ordre pour demain et je m'apprête à éteindre les lumières. J'ai hâte que l'hiver se termine et que le soleil nous éclaire un peu plus que quelques misérables heures par jour. Il n'est que dix-sept heures quinze et il fait nuit depuis presque une heure déjà, ça n'aide pas mon moral en dents de scie. Au moins, l'épisode de l'Élixir d'Euphorie m'a permis de réaliser certaines choses. J'ai compris que je ne pouvais pas continuer à vivre dans le souvenir de mes précédentes relations, même si je n'arrive pas complètement à tourner la page. Or, il y a clairement quelqu'un dont j'ai envie de me rapprocher ici. Et je me suis souvenu d'un conseil de mon psymage, il y a des années de cela : je ne dois pas laisser passer une occasion d'être heureux. En cela, et juste pour cela, je peux remercier Teddy. Pour le reste, ael sait ce que je pense de son idée : elle était désastreuse. Non seulement je peux m'occuper seul de régler mes problèmes, mais en plus ael a mis ma vie en danger alors qu'un groupe de fanatiques en veut à mon intégrité. J'ai été très vulnérable pendant quelques jours, heureusement rien de grave ne s'est produit. Mais j'ai compris à quel point ael s'inquiétait pour moi et je ne peux pas vraiment lui en vouloir.
Je traverse la cour sombre et froide en trottinant, croisant de petits groupes d'élèves qui me saluent. J'entre dans la serre numéro trois, elle est encore éclairée. Neville vient de laisser partir la septième année et je sais qu'il est encore là. C'est lui que je cherche. Et j'ai besoin que l'on soit seuls.
— Salut Nev', je peux te donner un coup de main ?
Mon ami relève la tête qui était enfouie au fond d'un immense pot en terre cuite. Il sourit et refuse d'un geste. Je sais très bien pourquoi : je suis une catastrophe avec les plantes, il l'a compris depuis longtemps. Je le laisse à sa tâche et je fais un petit tour au milieu des diverses espèces d'arbustes, fleurs et plantes qui grandissent ici. Les odeurs des fleurs sont agréables et le léger froufrou des feuilles sous la brise magique est apaisant. Il fait chaud et moite, c'est la serre tropicale. Ce n'est pas idéal, mais c'est toujours mieux que dehors. Je finis par venir m'asseoir sur un plan de travail, entre des pots vides qui s'empilent dangereusement et des sacs de terreau en toile.
— Je n'ai pas eu l'occasion de te remercier pour ce qui s'est passé la semaine dernière. Surtout pour Teddy, il ne méritait pas d'être renvoyé alors qu'il s'inquiétait pour moi.
— Je le sais bien, Harry, c'est pour ça qu'il est encore là. Et que nous devons garder le silence là-dessus, Minerva ne serait peut-être pas aussi compréhensive.
Neville se redresse et s'essuie le front avec sa manche. La sueur perle sur sa peau, mais il n'a pas l'air malheureux ici. Il a toujours aimé ça : bichonner ses petites protégées végétales. Je sais pourquoi je suis là, mais j'hésite encore un peu. Toujours cette foutue indécision qui me pourrit la vie. Je ne risque pourtant pas grand-chose !
— Tu es venu simplement pour me dire ça ?
Ah, je dois être plus transparent que je ne croyais. Que va-t-il penser de moi ? Je n'ai personne d'autre auprès de qui me renseigner, personne ne connaît vraiment Malefoy à part ses collègues et son fils. Mais il est hors de question que je demande à son gamin. Je me lance :
— Dis-moi, Neville, est-ce que Malefoy est gay ?
Neville cesse son rempotage pour me regarder. Il fait une sorte de grimace puis hausse les épaules. Et il reprend ses activités.
— Je ne sais pas Harry, il ne parle pas beaucoup de sa vie privée. On sait qui était la mère de Scorpius et comment ils se sont rencontrés, mais c'est tout.
— C'est bizarre, j'ai pourtant une drôle d'impression à son propos.
— Je n'ai jamais rien remarqué de spécial. Tu peux toujours essayer de lui poser la question. Même s'il se peut qu'il mente sur le sujet. Comme tu le sais, les Sang-Purs n'assument pas bien l'homosexualité.
— Ouais, toutes ces conneries de pureté de sang et survie de la lignée.
— Exactement.
Je soupire. Et je pense à Hermione et à son travail de fond sur les dernières lois poussiéreuses qu'elle tente de moderniser. Pour les gens comme moi. Ma chère Hermione, heureusement qu'elle existe. Mon amie me manque depuis que je suis à Poudlard. Ron également. On se voyait beaucoup avant, presque chaque semaine. Je ne sais pas si c'est normal qu'un homme de mon âge soit aussi attaché à ses amis.
— Il t'intéresse ? demande brutalement Neville, me faisant sursauter.
Il a de nouveau ses yeux posés sur moi. Mais sans animosité, juste le regard d'un ami probablement un peu curieux et vaguement inquiet.
— Franchement, oui. Je le trouve plutôt bien foutu et très sympa. Je ne pensais vraiment pas qu'il avait changé à ce point.
— Je te l'avais dit, sourit Neville avec bienveillance.
— Et puis j'ai l'impression qu'il flirte avec moi de manière inconsciente, je ne sais pas trop… Je pense que je vais tenter le coup et voir ce qui arrivera. Au pire je me prendrai un gros vent.
— Bonne chance, alors… ?
Je pouffe discrètement à la boutade de Neville. Finalement j'ai bien fait de lui poser la question. Ma décision est prise.
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Lundi 27 janvier 2020
Il fait nuit quand Tulipe et son équipe se réunissent au Ministère. Iels ont même salué les Aurors de garde qui en ont encore pour une heure avant l'ouverture du Bureau. Le plan a été vu et revu, tout devrait bien se passer.
Les cinq Aurors transplanent individuellement devant Gringotts. Le froid les saisit et Tulipe resserre sa cape autour d'elle tandis que de la buée s'échappe de sa bouche. La nuit est silencieuse, même si le vent fait grincer les enseignes des commerces encore fermés. La rue est sombre, toutes les lumières sont éteintes à cette heure et les étoiles brillent au-dessus de leurs têtes. Un mince croissant de lune montante apparaît derrière quelques lambeaux de nuages fins.
La cheffe d'équipe fait un signe et tout le monde se met en route : iels savent exactement où iels vont. Une petite échoppe à la jonction entre le Chemin de Traverse et l'Allée des Embrumes : suffisamment proche des commerces recommandables pour ne pas avoir mauvaise réputation, mais assez loin pour attirer une clientèle potentiellement louche. Après de longues semaines de recherches, Marcus a pu remonter jusqu'à cette boutique qui vend un peu de tout et surtout n'importe quoi : de la plume de Phénix, probablement fausse, à la nourriture pour hiboux. En théorie, le magasin n'a rien à se reprocher, mais Tulipe a pu obtenir un mandat pour réveiller le propriétaire à l'aube, bien avant l'ouverture des autres commerces. Ce dernier habite au-dessus, théoriquement seul, c'est idéal.
Un panneau de bois sombre, surmontant la porte, annonce la couleur : « Le bazar de Traverse ». July grimace et fait un signe de tête à Abigail qui ricane en silence devant le nom peu original. Tulipe les rappelle à l'ordre d'un claquement de langue.
— On y va, chuchote-t-elle.
L'équipe se sépare : Abigail reste devant l'entrée, Irwin monte la garde à l'arrière du bâtiment, Tulipe, Marcus et July forcent la porte de derrière, puis grimpent sans bruit les escaliers qui mènent à l'appartement. Une fois devant la porte, Marcus déploie l'artefact Anti-T, cela empêchera quiconque de transplaner dans le bâtiment ou vers l'extérieur. Puis il fait signe à sa cheffe quand c'est bon. À cet instant, Tulipe se redresse, reprend bien en main sa baguette et lance un Sonorus sur sa gorge. Puis elle frappe violemment la porte du poing gauche.
— Monsieur Blackwood, ouvrez ! Je suis Tulipe Karasu, Auror. Nous avons un mandat pour enquêter sur votre commerce et votre domicile.
Pas un bruit ne filtre jusqu'aux Aurors embusqués dans le couloir. À la lumière du Lumos de Marcus, July et Tulipe échangent un regard étonné. La cheffe d'équipe ne se décourage pas et recommence à cogner au battant de bois et à appeler le propriétaire.
Finalement, des bruits de pas et un objet qui se brise leur parviennent. Un juron et un sortilège de réparation plus tard, la porte s'entrebâille sur un visage endormi et des cheveux en pétard.
— Que voulez-vous ?
Marcus lève sa baguette un peu plus haut pour éclairer le visage de Blackwood. Ce dernier grimace et plisse les yeux, il se sent agressé par cette lumière. Tulipe annule son Sonorus .
— Monsieur Blackwood, voici le mandat nous autorisant à perquisitionner votre commerce et votre domicile, dans le cadre d'une enquête pour tentative de meurtre.
— De meurtre… ? répète le pauvre homme d'une voix blanche.
— En effet. Ouvrez-nous s'il vous plaît et tout se passera bien si vous coopérez.
L'homme s'effondre soudainement. July soupire, cela ne va pas arranger leurs affaires, iels vont devoir l'accompagner à Sainte-Mangouste maintenant.
— July, tu l'emmènes à l'hôpital pour un bilan de santé et tu me le ramènes au plus vite. Marcus, peux-tu demander à Abigail et Irwin de nous rejoindre ?
Les coéquipier·e·s de Tulipe obéissent aussitôt : July disparaît dans un craquement en emportant le propriétaire de l'échoppe et Marcus dévale l'escalier en vitesse.
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Six heures plus tard, l'intégralité des lieux a été minutieusement fouillée. Samuel Blackwood a été entendu par July et a répondu à toutes les questions qu'on lui a posé une fois sa frayeur passée. Il n'y a rien de réellement suspect dans la boutique, en tout cas rien qui puisse avoir un rapport avec l'enquête en cours. Excepté quelques lots de parchemins et d'encre qui pourraient correspondre aux mots de menaces envers Harry. Il y a sûrement quelques objets trafiqués ou contrefaits, mais Tulipe s'en moque, elle n'est pas là pour ça. Elle enverra une équipe du Service des usages abusifs de la magie plus tard pour faire le point là-dessus.
En plus des stocks de parchemins et d'encre, Tulipe a saisi les livres de comptes et de ventes. Malgré le fait qu'aucun client ne soit nommé, le propriétaire est suffisamment consciencieux pour noter le détail de chaque transaction avec la date, cela pourrait ouvrir à de nouvelles pistes. Cela va encore leur prendre des semaines à décortiquer. Avec quasiment aucune chance de réussite.
Tulipe soupire bruyamment en s'asseyant à son bureau, harassée de sa journée. Elle coche la première ligne d'une très courte liste. Il reste encore trois magasins à visiter et perquisitionner. Ce sont les seuls qui sont ressortis suite aux recherches sur les lots de parchemins et l'encre utilisée. Aucun n'est à Londres et cela va nécessiter une organisation pour se rendre aux quatre coins du pays. Mais chaque chose en son temps.
Pour le moment, la jeune femme pense à son ami à qui l'on veut encore une fois ôter la vie. Elle a le réflexe de prendre une feuille pour lui envoyer un courrier avec l'avancée de l'enquête, mais elle se retient. Elle ne peut pas faire ça, Harry a quitté le Bureau depuis des années. Elle lui laisse déjà beaucoup trop de liberté dans cette enquête qui le concerne directement, si cela avait été n'importe qui d'autre, il aurait été assigné à domicile sous étroite surveillance d'un Auror ou suivi partout. Sauf que Harry aurait catégoriquement refusé ce genre de chose ou aurait fait de la vie de l'Auror un enfer. À la place, Tulipe a pris le pari de demander à Drago Malefoy à garder un œil ouvert quand il est avec Harry, puisque ce dernier a réussi à la convaincre qu'il n'était mêlé en rien à cette affaire. La cheffe d'équipe espère grandement que Harry fait ce qu'il ferait s'il était encore en poste chez les Aurors : fouiner dans tout Poudlard pour trouver des indices, même si elle lui a officiellement demandé de ne pas le faire.
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Vendredi 31 janvier 2020 — Drago
Potter mélange sa potion, dans un sens, puis dans l'autre. C'est la fin de la préparation, il ne reste plus qu'un ingrédient. La potion n'est pas mal pour le moment, j'ai suivi avec intérêt toutes les étapes et finalement il a bien appris de toutes ses précédentes erreurs. Et surtout il est beaucoup plus attentif qu'au retour des vacances. Je n'ai pas réussi à avoir les détails, il était beaucoup trop à côté de ses bottes sous Élixir d'Euphorie, mais j'ai cru comprendre qu'il y avait eu une révélation d'importance sur l'identité de son ex. Un autre Weasley apparemment, mais cette famille est si grande qu'il est impossible d'en déduire qui cela peut être. En tous les cas, la famille Potter semble aller mieux depuis cette semaine complètement ahurissante sous Élixir d'Euphorie : Harry ne fait plus la tête et les gamins ont retrouvé le sourire.
Comme d'habitude, nous avons discuté pendant les quarante minutes où la potion doit bouillir sans qu'on y touche : de l'enquête et de ses théories essentiellement. Nous n'avons pas pu chercher dans d'autres endroits de Poudlard depuis la rentrée, trop de distractions et trop de travail. Potter a même sauté son cours de Potions vendredi dernier, avec tout ce qu'il a accumulé comme retard pendant son « absence ». Et en fait, cela m'a manqué. J'ai pourtant passé quelques heures à le surveiller pendant ses élucubrations euphoriques et je suis obligé d'être un peu avec lui pour sa « protection ». C'est quand même risible cette histoire quand on y pense : moi, ex-Mangemort, je suis censé protéger Harry Potter, ancien Auror. Mais j'ai réellement apprécié cette recherche dans la Salle sur Demande, les échanges de théories et nos discussions sur notre passé. Nous étions presque en phase, c'était une sensation très plaisante.
Quand il saisit la petite bouteille contenant l'eau du fleuve Léthé, je me penche un peu en avant pour mieux observer. Je ne suis pas loin du chaudron cette fois, mais je veux être certain de ne rien rater. Une puis deux gouttes tombent. Et la bouteille est promptement redressée. La potion, légèrement violacée, tourne au violet profond et est délicatement nacrée. Je retiens mon souffle pour ne pas crier victoire à sa place, on ne sait jamais. Il a l'air plutôt content de lui ceci dit, a-t-il conscience que c'est probablement réussi cette fois ?
— Alors ? je demande innocemment.
— Je pense que c'est bon !
Potter a un immense sourire, on dirait qu'il a gagné la coupe de Quidditch. Je ne peux m'empêcher de faire de même, sa bonne humeur est contagieuse. Ça me rend heureux par procuration. Sûrement une déformation professionnelle, je suis toujours très fier et heureux quand mes élèves réussissent grâce à moi. Il met une portion dans une fiole et je m'attends à ce qu'il me la donne pour vérification.
— Je vais la tester ! s'exclame-t-il.
Je n'ai pas le temps de le prévenir qu'il porte la fiole à sa bouche. Mon sourire se fane et mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Je lui saute dessus, agrippant maladroitement son bras et son col.
— NON !
Mes mains serrées sur ses vêtements, il se tient immobile. Le goulot de la petite bouteille de verre est encore posé sur ses lèvres, mais cette dernière est fermée par un bouchon de liège que je n'avais pas vu. Nous sommes collés l'un à l'autre, j'ai le souffle court, comme si j'avais été poursuivi sur des kilomètres. Je rencontre son regard vert, légèrement assombri par les pupilles dilatées, qui pétille de malice. Je sens sa respiration, bien plus apaisée que la mienne, sur mon menton.
— Hé, du calme ! Tout va bien, murmure-t-il presque sur mes lèvres.
Je le relâche et recule d'un pas, pendant que mon cœur rechigne à reprendre un rythme normal. Il m'a fait une frayeur pas possible ! Je me passe les mains sur le visage et je m'adosse à la paillasse en croisant les bras, pour cacher mon trouble. Je garde la tête dirigée vers lui et je fronce les sourcils.
— On essaie jamais une potion ainsi, espèce de jus de citrouille tourné !
— Je l'ai pas bue, je ne suis pas si ignorant ! Je blaguais, Malefoy !
— J'ai failli crever de peur à cause de toi ! T'es vraiment irrécupérable, vas-y boit-la, j'en ai rien à foutre. Je gâcherai pas un autre bézoard pour te sauver une nouvelle fois la vie !
Je ne sais pas ce qui me met autant en colère. Potter passe son temps à me rentrer dedans et je fais la même chose, depuis des mois. Ça ne nous empêche aucunement de nous respecter et de bien nous entendre. Nous sommes devenus amis sans nous en rendre compte, mais il continue à me porter sur les nerfs !
Il pose la fiole sur la paillasse et s'avance vers moi, un léger sourire aux lèvres. Je n'aime pas ça. Je me renfrogne.
— Tu menaces quand même souvent de me trucider. Tu es sûr que ça ne cache pas quelque chose ?
— Pardon ?
— Tu veux vraiment ma mort, Drago ?
— Quoi ? Mais pas du tout ! Je t'ai sauvé la vie au moins trois fois depuis que tu es prof ici, au cas où tu aurais oublié !
Il est sacrément gonflé de penser que je puisse réellement en vouloir à son intégrité, après ce que j'ai fait pour lui ! Il s'approche encore d'un pas, mais reste en dehors de mon espace personnel. Pourtant cela ne me met pas en confiance, je le regarde et je le trouve beaucoup trop sérieux. Qu'est-ce qu'il prépare ?
— J'ai senti ton trouble quand tu me tenais, Drago. Pour être honnête avec toi, cela fait un moment que j'ai des doutes à ton sujet.
— Mais de quoi tu parles ?
Mon cœur s'emballe de nouveau. Je ne peux pas l'empêcher. Et je ne sais pas si c'est juste de la peur ou autre chose en plus. Mon estomac se tord un peu, je crains ce qui va suivre. A-t-il deviné quelque chose ? Va-t-il crier sur les toits que j'aime les hommes, me jetant en pâture à la presse, à mes collègues et à mes élèves ? Je resserre mes mains sur mes bras croisés, comme pour me tenir à quelque chose.
— Personnellement, je te trouve canon et ça fait des semaines que j'ai envie de t'embrasser. Sauf que jusqu'à tout à l'heure, je ne savais pas à quoi m'attendre en retour.
Ma mâchoire se décroche toute seule. Je referme immédiatement la bouche, je ne veux pas avoir l'air d'un poisson hors de l'eau cherchant à respirer sans pouvoir y parvenir. Je n'aurais jamais imaginé que Potter allait me sortir un truc pareil. Et je me sens piégé, que vais-je pouvoir lui répondre ? Que je suis hétéro ? J'ai beau détester qui je suis, le mensonge est tellement gros qu'il va forcément s'en rendre compte. Les mecs comme lui doivent sentir ce genre de choses, à tous les coups. Qu'il ne m'attire pas ? Ce serait faux également, il faut être aveugle pour ne pas voir que Potter est beau. Et sexy. Oh Merlin…
— Je… je ne suis pas…
Ça ne sort pas. Je n'y arrive pas. Merde, je n'arrive même pas à mentir là-dessus à Potter. Un poids me tombe dessus, j'ai envie de m'échapper de cette salle de classe. Je ne me sens pas fier, j'ai aussi peur qu'un adolescent effarouché alors que je vais avoir quarante ans dans quelques mois.
— Pas gay ? finit-il à ma place.
Voilà ma porte de sortie. Je n'ai qu'à acquiescer et ça va s'arrêter là. J'ouvre la bouche pour répondre, mais rien ne vient. Je réalise, presque avec horreur, que je n'ai pas envie de mentir. Que j'ai envie de lui dire que moi aussi je le trouve canon et que je veux l'embrasser. Ça me frappe violemment et je me sens mal.
— Drago, ça va ? Tu es tout blanc.
Non, ça ne va pas. Mes jambes faiblissent et je me laisse glisser le long de la paillasse pour m'accroupir, la tête entre mes bras. Je sens sa main se poser délicatement dans mon dos, sans que ce soit intrusif.
En quelques instants, ma tête cesse de tourner et mon ventre arrête d'essayer de rendre mon dîner. Je relève la tête et me redresse pour m'asseoir au sol. Il reste accroupi, pas loin, et il a retiré sa main.
— Ça va aller, merci, je chuchote.
Je n'arrive pas à parler plus fort, comme si parler tout haut rendait les choses plus réelles.
— Tu veux que je t'accompagne à l'infirmerie ?
Je refuse de la tête. Je n'ai pas besoin d'aller à l'infirmerie pour si peu. Je dois juste remettre de l'ordre dans mes pensées et être un peu honnête avec moi-même. Et avec lui. Je ne peux plus reculer. Et je veux savoir ce qu'il va penser de moi, s'il aura toujours autant envie de m'embrasser après, alors j'ancre mes yeux dans les siens et je commence à parler.
— Personne n'est au courant, Potter. Personne ne sait que je n'ai jamais aimé Astoria, la mère de Scorpius. Personne ne sait qu'elle a emporté mon secret, qu'elle avait deviné sans jamais me le dire, dans la tombe. Je me suis marié pour faire comme tout le monde, pour essayer de guérir mes pulsions anormales. Mais je ne suis jamais tombé amoureux d'elle et j'ai fini par admettre pourquoi. Et j'ai mis des années à l'accepter, tout en décidant de ne jamais en parler.
— Tu ne l'as jamais dit ? À personne, vraiment ?
— Un ami est au courant depuis quelques mois seulement, parce que j'ai compris que nous étions dans la même situation alors je l'ai confronté en lui racontant la vérité sur moi.
— Pourquoi le cacher, Drago ? Ce n'est pas grave, tu sais.
— Pour moi ça l'est, j'ai été élevé comme ça. Je cumule les tares aux yeux du monde : je suis un ancien Mangemort, je m'appelle Malefoy et en plus je suis homosexuel !
— Tu as honte d'aimer les hommes ?
Je suis bien obligé de répondre par l'affirmative. J'ai honte de qui je suis, je me déteste. Et il ne va pas tarder à faire de même, maintenant.
Son regard ne m'a pas quitté et il est toujours à côté de moi. Ses questions ont été posées avec délicatesse et douceur, je n'ai pas ressenti de dégoût ou de jugement dans sa voix. Et ça me semble tellement étrange qu'il ne soit pas déjà parti.
— Est-ce que je peux t'embrasser ?
Je sursaute à la question. Je pensais vraiment qu'il allait changer d'avis. Je reviens sur son visage, que j'avais quitté pour me perdre dans l'observation du sol de ma classe. Je le regarde longuement : ses cheveux noirs, grisonnants par endroits, en bataille, qui retombent un peu sur son front, les légères ridules aux coins de ses magnifiques yeux verts, ses lunettes rondes, sa si célèbre cicatrice qui descend jusqu'à sa pommette, pâle sur sa peau mate, sa barbe courte qui commence à être piquetée de blanc, ses lèvres charnues. Salazar tout puissant, comment ai-je pu ignorer si longtemps à quel point il est beau ? Je dois vraiment être aveugle, pas possible autrement. Ou complètement dans le déni.
Je me relève, je n'ai pas envie de rester avachi au sol pour ce qui va arriver maintenant. En plus c'est inconfortable. Je lui tends la main pour l'aider à se mettre debout également. Il l'attrape avec douceur, mais je sens qu'il ne s'en sert pas vraiment, utilisant sa musculature pour se redresser. Sa peau est chaude, c'est agréable.
Je garde sa main dans la mienne et je n'attends pas, sinon je vais changer d'avis. Je franchis le faible espace qui nous sépare, je glisse ma main derrière sa tête, dans ses mèches rebelles, je me penche un peu et je l'embrasse. Ses lèvres sont douces et je les picore de baisers. Sa main libre se pose sur ma hanche puis monte dans mon dos. Je resserre mes doigts sur les siens et je le laisse approfondir notre baiser. Je frissonne de bien-être et la chair de poule dresse les poils de mes bras.
J'écarte ma bouche de la sienne lentement sans vraiment m'éloigner pour autant, mes doigts calés sur sa nuque, pour reprendre ma respiration. J'ai chaud, je suis légèrement excité. Un sourire ourle mes lèvres, je ne peux pas m'en empêcher. Je ne me suis pas senti aussi bien depuis longtemps. Cela fait des années que personne ne m'a embrassé parce qu'il le voulait et non parce que je le payais.
Potter s'avance de nouveau et cherche ma bouche. Je le laisse m'embrasser, avec plaisir. Son bras dans mon dos s'est raffermi et il me rapproche de lui. Sa langue quémande le passage et je le lui offre sans résistance. Je me retiens de gémir tellement c'est bon.
Je me sens être poussé doucement, mais fermement et mon dos rencontre rapidement une paillasse. Potter a libéré la main que je tenais jusque là et a passé ses deux paumes sous mes vêtements. Je glisse les miennes sur ses hanches, caressant au passage ses épaules musclées et son dos, à travers son pull. Il se colle contre moi, son bassin bouge contre le mien. La situation est en train de déraper vers quelque chose pour laquelle je ne suis pas prêt. Mon corps réclame plus de contact, mais ma tête n'est pas d'accord. Je romps le baiser et je le repousse.
— On va s'arrêter là avant de perdre le contrôle.
Je me sens presque honteux de devoir me justifier. Peut-être qu'il a juste envie de baiser, mais je ne suis définitivement pas prêt pour ça. Pas avec lui. Si je veux un coup sans lendemain, je sais déjà où aller.
— Je pensais que tu avais envie aussi, désolé. J'aurais dû demander.
Son regard baissé entre nous est sans équivoque. Je n'ai pas besoin de vérifier ce que je sais déjà : nous sommes tous les deux excités, serrés dans nos pantalons déformés par nos sexes en érection.
— Ça va sûrement te sembler inhabituel, mais même si je suis excité je n'ai pas envie de ça. Pas maintenant.
J'espère qu'il ne va pas poser de questions ou pire, insister. Je ne souhaite pas parler du fait que je n'ai jamais eu de relations sexuelles avec un homme qui voulait de moi, que je n'avais pas payé. Je ne souhaite pas expliquer immédiatement que je veux être désiré pour qui je suis, pas pour mon corps, que je veux être aimé. Que je souhaite une vraie relation. Même si je sais que c'est impossible. Et je n'ai aucun doute sur le fait qu'il ne veut pas de ça avec moi. Il me trouve à son goût, certes, ça ne veut absolument rien dire pour le reste. Mais je vais continuer à le voir tous les jours ici, nous travaillons ensemble, je suis son tuteur pour encore plusieurs mois. Je ne veux pas d'une histoire de cul d'un soir entre nous. Ça, je l'ai ailleurs et ça me va très bien.
— Pas de problème, sourit Potter.
Il se recule même un peu et retire ses mains de ma peau. Un petit courant d'air froid me fait frissonner au passage. Son contact me manque déjà. Salazar, je dois vraiment être en manque de relations humaines pour me sentir si mal alors qu'il vient de me lâcher. Je soupire intérieurement de soulagement tout de même, il a accepté sans rechigner que je le repousse.
— Et pour ma potion ? Tu vas vérifier si elle est réussie ?
— Pardon ?
— La Sommeil sans rêves ! Tu sais, la raison initiale de ma présence ici ce soir.
Un sourire mange son visage et il me tend la fiole qu'il a prétendue avaler seulement quelques minutes plus tôt. J'ai l'impression d'avoir été aspiré dans une faille temporelle depuis ce moment. Je reprends mes esprits et récupère la petite bouteille.
— Je vais la tester, oui. Je te dirai ça demain.
— Ça prend combien de temps ?
— Entre une et trois heures, en fonction de la qualité de la préparation.
Il tourne la tête vers l'horloge accrochée au-dessus de mon tableau et un air perplexe s'affiche sur son visage.
— Tu es sûr de vouloir faire ça ce soir ? Il est presque minuit, Drago.
— Je ne pourrais pas dormir de toute façon.
Il hoche la tête, me laissant entendre qu'il comprend. J'ai été sincère : après ce qui s'est passé, je suis incapable de me coucher. Je vais lancer un sort de stase sur son chaudron, mettre quelques réactifs dans la fiole de test et attendre que ça agisse. Et pendant ce temps, j'aurai tout le loisir de réfléchir à ce qui s'est déroulé entre les murs de ma salle de classe et probablement me masturber en pensant à Potter, ses baisers, ses doigts dans mon dos, sa façon de prononcer mon prénom… Et je mettrai ma main dans la gueule d'un dragon qu'il va faire la même chose.
— À demain, alors, me salue-t-il en se détournant vers la porte.
— Potter ! Ce qui s'est passé ici reste entre nous.
Ce n'est ni une question ni une demande. Je lui impose. Et je suis certain qu'il l'a compris quand il me répond oui. Puis il sort de la pièce et referme derrière lui. Et je me retrouve seul avec la potion et mes pensées.
N'oubliez pas de me laisser une petite review si vous avez aimé :)
On se retrouve dans deux semaines, le 23 ou le 24 juin 2022 avec le chapitre 11 : « Drago hésite ».
En attendant, portez vous bien !
