Bonjour à toustes !

Merci de tout mon cœur pour vos reviews !

Je poste ce chapitre avec un peu de retard par rapport à d'habitude, j'ai eu une journée très chargée ^^

Je vous laisse avec le chapitre 12.

Bonne lecture !


Chapitre 12 — Drago hésite

Samedi 1er février 2020

Pour la première fois depuis des années, Drago a hâte que le dîner chez Pansy se termine. Non pas qu'il n'aime pas voir ses ami·e·s, mais il aspire à un tête à tête avec Théodore. C'est la seule personne avec qui il peut parler de son homosexualité. Non, pas la seule, puisque Potter est au courant depuis la veille, mais ça ne compte pas vraiment.

Malgré ses envies irrépressibles, Drago fait bonne figure et profite tout de même de l'excellent repas et de la compagnie de Pansy, Blaise, leur fille Nya et Théodore. Ce dernier est d'ailleurs ravi de voir sa filleule. Il l'aime plus que tout cette petite, c'est un peu l'enfant qu'il n'aura jamais. Il la couvre de cadeaux, faisant systématiquement râler Pansy, mais il s'en moque. Elle mérite le plus beau. Par ailleurs, elle ne se comporte pas en petite fille trop gâtée et est toujours très surprise et heureuse d'ouvrir ses paquets. Ses parents tiennent à ce qu'elle soit respectueuse et polie, iels font leur possible pour ne pas ternir leur image. Comme beaucoup d'ancien·ne·s Serpentard, même si leurs familles n'ont pas été arrêtées après la Guerre, iels font très attention à ce qu'iels laissent paraître de leur vie. On ne sait jamais.

Pourtant, iels n'ont pas vraiment de raison de s'inquiéter, leurs noms ne sont plus associés à des a priori négatifs depuis longtemps, contrairement à celui de Malefoy et Nott. Il y en a d'autres aussi, que les mémoires n'ont pas oublié, mais leurs représentant·e·s sont mort·e·s, en prison ou disparu·e·s de la circulation.

Pansy a déjà une belle carrière derrière elle : elle est avocamage et a monté son propre cabinet quelques années après la naissance de Nya. L'un des avantages d'avoir tardé à avoir un enfant, c'est que sa notoriété était déjà bien établie quand elle a dû s'absenter quelques mois. À son retour, une pile de dossiers énorme l'attendait, pour la plupart des gens qui ne voulaient qu'elle pour être représentés. Mais Pansy n'a jamais accepté n'importe quel dossier, même à ses débuts : elle n'a jamais pris la défense de partisans de Voldemort, d'apprentis mages noirs ou assimilés. Rien qui ne pourrait faire revenir à la surface qu'elle avait préféré qu'on livre Harry Potter au Seigneur des Ténèbres plutôt que de le défendre lors de la bataille finale. Son but n'était pourtant que de survivre à la situation, totalement égoïste. En tous les cas, elle est heureuse de sa vie qu'elle a menée d'une main de fer.

Blaise de son côté est riche à ne plus savoir quoi en faire grâce à sa mère qui est finalement décédée il y a cinq ans. En même temps que son dernier mari. Blaise est persuadé qu'elle a raté son coup et qu'elle s'est empoisonnée en même temps que lui. Pourtant la cause de sa mort est officiellement un arrêt cardiaque. Tout ce qu'il y a de plus banal pour une femme de plus de soixante ans, qui se fait plaisir à l'excès et ne va jamais voir le médicomage. Blaise a travaillé des années au Ministère, comme secrétaire au Département des Mystères et a décidé de quitter son emploi quand il a touché son héritage. Depuis, il est père au foyer et ça lui convient très bien.

Cette fois, il n'y a que le petit groupe d'ami·e·s autour de la table et Drago est soulagé que Pansy n'ait pas de nouveau invité les deux couples chiants à mourir. Il n'en a strictement rien à faire des inconnu·e·s et iels le lui rendent bien en général, surtout quand il se présente. Avant, cela le touchait, maintenant il s'est fait une raison même si parfois cela peut l'agacer. Dans certaines circonstances.

Finalement, Théodore décide de partir. Il est encore tôt, mais Drago sait que quelqu'un l'attend. Il en profite pour suivre le mouvement et demande discrètement à Théodore de l'attendre au bout de la rue.

— Drago chou, tu devrais te détacher un peu de ton boulot ! Il n'est que vingt-deux heures et tu veux déjà retourner te terrer à Poudlard… Je sais que tu t'y sens bien, mais il existe un monde en dehors de cette école !

— Je suis épuisé, Pansy… Je me suis couché trop tard hier, j'ai vraiment besoin de repos.

— Tu me donnes des arguments pour insister, Drago ! Ne me dis pas que tu bosses la nuit aussi ?

Drago sent la discussion lui échapper… Il n'est pas du tout prêt à raconter ce qui s'est réellement passé la veille, mais il ne veut pas non plus inventer de trop gros mensonges pour ses ami·e·s.

— Bon… vous le gardez pour vous, mais je donne des cours de Potions à Potter une fois par semaine…

Pansy et Blaise éclatent de rire et Théodore le regarde avec des yeux ronds. Drago devine déjà que son ami réfléchit au sens caché de tout cela.

— Sérieusement ?

— Il m'a lancé un défi au mois de novembre et j'ai pas pu m'empêcher d'essayer de lui prouver qu'il avait tort… Hier soir, il a pourtant réussi là où j'étais certain qu'il n'arriverait jamais à rien.

— Potter s'est trouvé des compétences en potions ? continue à s'esclaffer Blaise.

— Il faut croire, oui.

— J'aurais aimé y être pour voir ta tête quand tu t'es rendu compte qu'il avait réussi sa potion !

Drago, lui, n'aurait pas du tout voulu que Pansy soit présente la veille. Surtout pas !

— Tu sais, notre rivalité est loin maintenant. On s'entend assez bien et je préfère penser que ce sont mes compétences d'enseignant qui lui ont profité.

— J'ai du mal à m'habituer à votre amitié, désolée Drago chéri. Allez, va donc te reposer, petit papi fatigué.

Pansy l'embrasse sur la joue et le pousse doucement vers la sortie. Théodore est impatient de s'en aller aussi et ne demande pas son reste, saluant ses ami·e·s et transplanant depuis le seuil de la porte. Drago fait une accolade à Blaise, qui a encore les larmes aux yeux d'avoir trop ri, et promet de revenir le mois prochain.

Théodore l'a attendu au bout de la rue et les deux hommes transplanent chez lui. En arrivant, Théodore lui enjoint d'être silencieux : son petit-ami dort à l'étage du duplex parce qu'il travaille très tôt le dimanche matin. Après avoir posé leurs affaires, il propose une boisson à Drago. Ce dernier accepte avec plaisir une Bièraubeurre.

— Elle était vraiment pourrie ton excuse pour partir de chez Pansy et Blaise, Drago… Ne me fais pas croire que tes cours de Potions à Potter durent jusqu'au milieu de la nuit !

— En effet, à vingt-trois heures c'était plié, murmure Drago.

— Alors quoi ? Vous avez niqué sur les paillasses pendant trois heures après ça ? plaisante Théodore, simplement pour faire réagir Drago.

Devant le silence de son ami, Théodore comprend que la blague est sûrement proche de la réalité. Il porte la main à sa bouche pour s'empêcher de crier. Il ne veut pas réveiller David.

— J'ai raison ? Tu as couché avec Potter ? insiste Théodore, inquiet par la mine sombre de Drago.

— Non, pas vraiment. Je lui ai dit la vérité à propos de moi, on a discuté un peu et on s'est embrassés. Beaucoup. Il était partant pour m'enfiler sur la paillasse, mais…

— Mais quoi ?

— J'ai eu la trouille, avoue Drago.

— Qu'est-ce qui te fait peur ?

Drago a besoin de se confier. Il n'a pas tout raconté à Théodore la fois d'avant, mais ça le ronge. Depuis des années, il garde tout pour lui, ne parle de sa vie privée à personne. Mais il découvre que ça fait pourtant du bien. Après Théodore en novembre, Harry la veille.

— Je ne veux pas d'une relation sans lendemain avec lui, on travaille ensemble. Et je ne connais pas ses intentions. Et… Et puis j'ai peur parce que je n'ai jamais couché avec un homme que… que je n'ai pas payé d'abord.

Drago sent la honte le recouvrir comme un voile souillé. Il a envie de se frotter pour retirer cette impression de saleté. Il sait que c'est totalement irrationnel. Et la crainte d'être jugé par Théodore s'ajoute au reste. Il baisse la tête et boit sa Bièraubeurre sans oser le regarder de nouveau.

Théodore se rend compte du malaise de son ami : ses joues sont rouges et son attitude ne trompe pas. Il est surpris qu'il se livre à lui, mais se sent privilégié de cette confiance.

— Au moins, tu n'as pas attendu trente-cinq ans pour faire l'amour avec quelqu'un…

— J'ai été marié avec Astoria de toute façon et Scorpius n'a pas été conçu par miracle, tu sais.

— Elle t'excitait ? Tu avais envie d'elle ?

— Non, répond sombrement Drago.

— Alors ça ne compte pas vraiment.

Drago n'est pas vraiment convaincu par l'argument de Théodore, mais il ne souhaite pas se disputer avec lui à ce sujet.

— Et pour Potter, tu envisages de faire quoi ?

— Je ne sais pas trop. D'un côté j'ai moi aussi envie d'avoir une vraie relation avec quelqu'un, même si je ne sais pas si c'est ce qu'il recherche, de l'autre côté c'est de Potter dont on parle quand même !

— Avant de partir de chez Pansy et Blaise, tu disais que vous vous entendiez bien. Vous avez visiblement tiré un trait sur le passé, alors on s'en moque que ce soit Potter ! Lui ou quelqu'un d'autre c'est pareil. Du moment qu'il te plaît et que c'est réciproque, je ne vois pas ce qui t'empêche d'être avec lui.

— Je ne sais pas si je pourrais assumer ça au grand jour, Théo… Je doute qu'il accepte d'être avec moi en secret, en tout cas pas bien longtemps.

— Déjà, vous pourriez en parler. Et ensuite tu aviseras pour le reste. Je comprends que tu ne veuilles pas te dévoiler, je suis mal placé pour te le reprocher, clairement. Mais essaye de penser à ton bonheur un peu pour une fois, d'accord ?

Drago hoche la tête. Il va essayer. Il termine sa boisson en quelques gorgées et prend congé de son ami, il commence à être tard et il est vraiment fatigué. Il a attendu plus de deux heures que la potion de Harry finisse d'être testée hier soir. Puis il n'a pas réussi à s'endormir : trop de pensées parasites pour trouver le sommeil.

En remontant l'allée principale du parc de Poudlard, Drago réfléchit au fait qu'il a encore tout le dimanche pour préparer la future discussion avec Harry. Ce n'est qu'au moment de s'endormir que Drago se souvient que sa mère l'a invité à prendre le thé le lendemain.

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Mercredi 5 février 2020

Harry regarde par la fenêtre de sa salle de classe alors que la septième année planche sur une interrogation théorique. C'est bientôt l'heure de déjeuner, mais le plafond nuageux est tel qu'il pourrait être l'heure de dîner, on ne verrait pas la différence. Il ne pleut pas, mais il fait froid et humide, très humide. Harry est glacé jusqu'aux os par ce temps exécrable. Il se promet d'augmenter le chauffage de la pièce pour l'après-midi. En tous les cas ce climat n'arrange pas son moral qui est peu ou prou en adéquation avec celui-ci.

Au moment où le cours s'achève, Harry tape fortement dans ses mains, attend dix secondes et agite sa baguette pour ramasser les copies de ses élèves. Deux ou trois protestent qu'iels étaient en train de terminer une dernière phrase. Harry rappelle la consigne : iels n'ont plus le droit d'écrire quand le temps est écoulé. Et le professeur n'a trouvé que ce moyen pour éviter à quelques un·e·s de grappiller ainsi parfois plusieurs minutes. Ce qui est injuste pour celleux respectant les règles.

— Pas de devoir pour la semaine prochaine ! Bonne fin de semaine à tous et toutes !

Contrairement à ses habitudes, Harry ne prend pas le temps d'effacer le tableau. Il verrouille la porte donnant sur la partie bureau et sort de sa classe avec le paquet de copies de la septième année. Ses étudiant·e·s, encore en train de ranger leurs affaires, le regardent avec incrédulité. Leur professeur de DCFM se comporte de façon curieuse depuis quelque temps.

Harry se retient de courir dans les couloirs, afin de ne pas avoir l'air ridicule. Il a déjà perdu en crédibilité depuis la semaine sous Élixir d'Euphorie, il ne veut pas en rajouter. Mais il se hâte et atteint les cachots en un temps record. Des élèves de sixième année montent les marches au moment où Harry les descend, il presse un peu plus le pas. Heureusement, quand il arrive devant la salle de Potions, Drago est encore là. Il termine de ranger sa classe.

Harry l'observe quelques instants en silence depuis le seuil. Le directeur de Serpentard parcourt la pièce, la baguette à la main et il l'agite pour déplacer des objets, nettoyer les chaudrons mal vidés, faire disparaître une tache sur une table ou au sol. Il se déplace vivement, tous les sorts sont des informulés, Harry le trouve gracieux. Ce jour-là, Drago porte une robe de sorcier noire et grise qui fait ressortir sa peau blanche et ses cheveux très blonds. Ces derniers sont tressés et Harry n'a qu'une envie : détacher les mèches pour y glisser ses doigts.

Harry décide finalement de signaler sa présence et toque sur la porte ouverte. Drago sursaute, ne s'attendant pas à de la visite : Scorpius ne devait le rejoindre qu'après manger. Il fronce les sourcils en voyant Harry. Il se doute qu'il n'est pas là par hasard, il n'a rien à faire dans cette partie du château à cette heure. Mais cela fait trois jours que Drago fuit les conversations avec lui, n'échangeant que de façon purement professionnelle lors des repas ou dans la salle des professeur·e·s, quand il y a du monde autour d'eux. Il lui a tout de même fait un compte rendu sur sa potion de Sommeil sans rêves qui s'est révélée d'une qualité correcte. Loin d'être parfaite, elle est pourtant suffisamment réussie pour être considérée comme utilisable, tout juste. Et le Serpentard sait que certaines boutiques n'ayant pas pignon sur rue ne se privent pas de commercialiser des potions de cette gamme : les possibles effets secondaires des préparations ne les préoccupent pas. Or, quand une potion aussi pointue que la Sommeil sans rêves n'est pas parfaitement exécutée, les effets secondaires sont plus fréquents et plus forts. Cela ne met pas en danger la vie de l'utilisateurice, mais Drago trouve que ce n'est pas professionnel de vendre des potions aussi imparfaites.

— Potter. Que me vaut le plaisir ?

— Je peux fermer la porte ? demande Harry en s'avançant dans la pièce.

Drago hésite, mais il ne voit pas de raison de refuser. Il ne risque pas grand-chose dans le fond. À part d'être confronté à une discussion qu'il repousse. Parce qu'il est indécis. Et effrayé. Lui qui pensait avoir mis la peur de côté depuis quelques années maintenant, il l'expérimente de nouveau. Et ce n'est pas très agréable. Il accepte d'un signe de tête et le Gryffondor referme le battant.

— Pourquoi est-ce que tu m'évites ?

— J'ai beaucoup de travail, élude Drago en effaçant le tableau d'un geste de sa baguette.

— Tu as délibérément évité de rester seul avec moi depuis samedi soir. Je ne vais pas te sauter dessus, Malefoy.

Drago hésite à lui balancer une pique du genre « ah bon, je pensais pourtant que les Gryffondor agissaient avant de parler », mais il sait que c'est faux en ce qui concerne Harry. En tout cas pour le consentement. Pour le reste, Drago est à peu près certain qu'il continuera à se jeter au-devant du danger sans réfléchir en amont. De fait, il préfère ne rien dire, parce que Harry a raison et Drago ne veut pas l'avouer à haute voix. Évidemment qu'il l'a évité. Mettant de côté en même temps sa promesse aux Aurors de « surveiller » Harry.

Drago observe Harry, il le scrute de la tête aux pieds. Il porte une robe de sorcier très simple, noire, qui ne laisse pas deviner grand-chose de ce qu'il y a en dessous, sauf le bas de son pantalon et ses chaussures. Un tas de parchemin sous le bras, il semble n'avoir même pas pris le temps de les poser en salle des professeur·e·s, probablement trop pressé d'arriver dans les cachots. Ses cheveux sont toujours aussi ébouriffés qu'à l'époque de l'école et son regard percute Drago en plein cœur. Ses yeux verts, derrière ses lunettes, sont très clairement emplis de désir. Une bouffée de chaleur envahit Drago aux souvenirs de samedi et il décide de laisser tomber quelques barrières.

Drago range sa baguette dans la poche de sa robe et franchit l'espace qui le sépare de Harry, sans précipitation. Il prend son visage en coupe et ne lâche pas son regard. Il lui laisse le temps de comprendre qu'il va l'embrasser. Il ne demande pas parce qu'il sait que Harry est d'accord : son attitude, ses yeux, sa petite moue, tout lui indique qu'il en a envie aussi. Il pose finalement ses lèvres sur celles de Harry, douces et chaudes. En un instant, le chaste baiser devient brûlant.

Harry lâche ses parchemins et entoure Drago de ses bras, glissant ses mains dans son dos, maudissant cette foutue robe qui ne lui permet pas de sentir sa peau. La tresse de Drago effleure les doigts de Harry qui aimerait pouvoir la défaire. Il se retient, il sait que ce n'est pas raisonnable et probablement pas ce que Drago voudrait.

Alors que le feu de la passion dévore les corps des deux hommes, un bruyant « toc toc » résonne dans la salle de classe silencieuse. Drago sursaute violemment et se recule immédiatement, mettant de la distance entre eux. Son cœur bat vite sous le coup de l'excitation et son souffle est court. Il s'astreint à respirer tranquillement, passe les mains sur sa figure et reprend contenance devant le regard blessé de Harry. Ce dernier a vu la peur sur le visage de Drago.

La porte s'ouvre et une petite voix se fait entendre :

— Professeur Malefoy ? Je crois que j'ai oublié mon livre.

Une jeune fille entre timidement, elle a peur de déranger son professeur. Elle est entrée avant qu'on ne l'y autorise et n'est pas certaine d'avoir le droit de venir ici s'il n'y a personne.

— Entrez, miss Chang, le livre est sur votre table, annonce Drago d'une voix qu'il veut maîtrisée.

Il espère que son élève ne va pas s'attarder. Cette dernière récupère son exemplaire et ne peut s'empêcher de remarquer que le professeur Potter est présent, entouré d'un tas de parchemins tombés au sol. Harry s'aperçoit qu'elle le regarde et se baisse pour ramasser les papiers. De toute façon, il préfère ne pas voir le visage de Drago à cet instant. Heureusement, Mary Chang ne reste pas plus que nécessaire et bientôt la classe est de nouveau coupée du monde par la porte fermée.

Harry termine de rassembler les copies de ses élèves et se relève. Drago fuit son regard et s'absorbe dans la contemplation du tableau.

— C'était quoi ça, Malefoy ?

— Que veux-tu que ce soit ? crache Drago en se tournant vers lui. Je ne suis pas out moi, je ne veux pas qu'une élève puisse colporter des rumeurs sur mon compte !

— Je ne comprends pas bien ce que tu veux alors. Je suis venu pour discuter du fait que tu me fuis depuis trois jours et toi tu m'embrasses. Pourtant je pensais que tu regrettais ce qui s'est passé samedi. Et je me permets de te signaler que si l'information colportée est vraie, ce n'est plus vraiment une rumeur…

— Tu t'es transformé en monsieur-je-sais-tout au contact de Granger ?

— Au moins, moi, j'ai évolué Malefoy !

Une nouvelle fois, Harry sait qu'il est allé trop loin à peine les mots énoncés. Il ouvre la bouche pour s'excuser, mais le Serpentard lui coupe l'herbe sous le pied.

— Dégage de ma classe, Potter ! grince Drago d'une voix blanche, le ton tranchant.

— Je suis désolé, je ne le pensais pas…

— Oui, mais tu l'as dit quand même. Pars maintenant, je suis trop énervé pour discuter.

Drago est même furieux. Parce qu'il sait que Harry a dit cela pour le blesser. Il sait que Harry a compris depuis longtemps qu'il a beaucoup changé depuis l'époque de l'école. Au-delà de la colère, Drago est malheureux. Il se demande si cette altercation n'est pas une excellente raison pour ne pas accepter d'entamer de relation avec Harry. Il pensait que leur passé était derrière eux, alors que les rancœurs sont malgré tout juste sous la surface, pour tous les deux. Drago a besoin de réfléchir.

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La nuit est tombée sur l'Écosse. Le temps est toujours aussi gris, froid et humide et le plafond nuageux ne semble pas vouloir se vider de sa pluie. Harry est sorti de l'enceinte de Poudlard pour éviter les interférences magiques. Il sait qu'il ne devrait pas être dehors, il est censé être dans l'établissement scolaire en permanence au cas où des élèves auraient besoin de lui. Excepté lors des vacances et des relâches. Mais il faut qu'il parle à quelqu'un et son téléphone ne tiendra pas le coup bien longtemps dans l'école.

— Allô ?

— Salut Charlie, c'est Harry.

— Oh ! Bonsoir, Harry. Comment vas-tu ?

Harry ne répond pas immédiatement. La voix grave de Charlie le remue un peu. Il a besoin d'échanger avec quelqu'un en qui il a confiance, qui le connaît bien, mais qui ne connaît pas Drago.

— Pas très bien… Je… je suis désolé, je ne savais pas qui appeler à part toi.

— Tu as bien fait. Ce que je t'ai dit à Noël ce n'était pas des paroles en l'air, tu peux m'appeler quand tu veux.

Harry est tellement reconnaissant envers Charlie. Il ne mérite pas que ce dernier soit toujours son ami après ce qu'il leur a fait vivre. Charlie ne voulait pas rompre, c'est Harry qui l'a décidé. Et il leur a fallu à tous les deux cinq ans pour s'en remettre. Harry sait qu'il ne mérite pas que les deux amours de sa vie soient encore ses ami·e·s. Mais il en profite honteusement.

— J'ai besoin de conseils. À propos de ma relation avec Malefoy.

— Je croyais que Lucius Malefoy était en prison ?

— Pas Lucius, son fils, Drago. Je pensais t'avoir dit que je travaillais avec lui maintenant. Il est prof de Potions à Poudlard.

— Ah oui, le fils Malefoy. C'est vrai, excuse-moi, j'avais oublié. Alors que se passe-t-il avec Drago ?

Harry hésite un peu sur la formulation de ce qui lui tourne dans la tête. Le pauvre Charlie ne mérite pas d'être le réceptacle de ses déboires sentimentaux.

— On a eu quelques frictions en début d'année scolaire, mais on a vite tourné la page. On se taquine beaucoup, mais sans méchanceté. Et on est devenus assez proches, il m'a donné des cours de Potions, on a passé du temps ensemble. Du coup….

— Du coup, tu as envie de le baiser.

Harry s'étrangle de surprise. Il tousse un peu et peine à reprendre sa respiration.

— Charlie… tu es bien placé pour savoir que ce n'est pas ce qui m'importe le plus.

— Je sais. Mais j'ai raison, n'est-ce pas ?

— Il m'attire, oui. Et on s'est embrassés. Deux fois depuis samedi. Mais il est dans le placard et ne semble pas vouloir en sortir. Je ne devrais même pas t'en parler, il veut pas que ça se sache.

— Je garderai le secret, c'est promis. Mais tu as l'habitude de vivre des histoires clandestines, Harry, ça ne devrait pas t'arrêter…

— Je ne veux plus de ça, Charlie, ça a contribué à nous séparer. Mais c'est surtout qu'on s'est violemment engueulés ce midi alors que je voulais juste discuter.

— Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

Harry rougit de honte dans la nuit froide. Il est content que Charlie ne puisse pas le voir. Ni personne d'autre, d'ailleurs. Il a ressassé ses mots pendant toute l'après-midi, se demandant comment rattraper ça. Sans trouver de réponse.

— C'est ma faute. Je lui ai balancé que « moi, au moins, j'avais changé ». C'était méchant et injuste. Et faux en plus.

— Je me doute que tu ne serais pas ami avec lui s'il n'avait pas changé du tout. Vu la famille qu'il se paye, il devait être un sacré emmerdeur.

— C'est le moins qu'on puisse dire… Bref. Il m'a demandé de partir, je me suis excusé et je l'ai laissé seul. Je ne sais pas comment me rattraper, soupire Harry en s'asseyant sur un rocher.

— Est-ce que tu veux construire une histoire avec lui ? Ou c'est juste pour le cul ?

— J'ai pas besoin de lui si j'ai envie de baiser, Charlie. Il bosse avec moi, je peux pas faire un truc pareil !

— Tu l'aimes ?

— Non. Pas encore. Je préfère autant ne pas être tombé amoureux de lui parce que notre potentielle relation est déjà bien compromise par mon manque de tact et ma méchanceté.

Harry entend Charlie soupirer à l'autre bout du fil. Cela lui tord le ventre. À cause des souvenirs que ça fait remonter. Harry serre les dents et retient une larme. Il déteste tellement ne pas pouvoir complètement tourner cette page de sa vie.

— Tu n'es pas méchant Harry. Tu ne l'as jamais été. Mais si tu veux arranger ça, il faut que vous fassiez réellement la paix sur votre passé. Il faut crever l'abcès. Et ensuite vous pourrez envisager quelque chose ensemble.

— Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter que tu sois aussi gentil avec moi, Charlie. Tu m'as manqué ces cinq dernières années…

— Ce n'est pas une question de mérite, tu le sais. Tu m'as manqué aussi. Tu devrais aller dîner et te reposer, je suis certain que tu ne dors pas assez.

Harry hésite. Cela fait des années qu'il s'est promis de dire à ses proches qu'il les aime, parce qu'on ne sait jamais quand la mort va nous emporter, que les accidents peuvent arriver. Ou un dangereux mage noir nous assassiner. Ou être menacé par les Partisans Noirs… Mais avec Charlie, ça n'est pas exactement comme avec Ron ou Hermione. Finalement il décide de ne pas déroger à ses principes. Il peut remercier son ancien psymage pour ça.

— Merci pour ton écoute, Charlie. Je t'aime.

Silence.

— Moi aussi, Harry.

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Vendredi 7 février 2020 — Drago

— C'est fini, vous pouvez ranger vos affaires. Ceux qui n'ont pas terminé, je veux que ce soit fait pour la semaine prochaine.

Un brouhaha de conversations s'élève aussitôt dans la classe. Je respire un bon coup, les cours avec la septième année sont souvent assez intenses. Nous travaillons sur le Philtre de mort vivante et j'ai prévu un cours théorique puis un exercice sur la troisième loi de Golpalott. La semaine prochaine, ça sera de la pratique. Au moment où les élèves sortent de la classe, mon regard est attiré par l'un d'eux.

— Monsieur Sheffield, pouvez-vous rester un instant s'il vous plaît ?

John Sheffield, un Serpentard discret, se retourne et me fixe avec étonnement. Il fait signe à son amie de partir sans lui et attend. Pendant que les retardataires quittent la pièce, je range un peu, pour gagner du temps.

— Comment allez-vous monsieur Sheffield ? je demande au jeune homme en m'asseyant sur un siège pas très loin de lui.

Je ne veux pas rester debout et l'intimider. Ce garçon me préoccupe ces derniers temps et j'aimerais bien savoir ce qui le tracasse.

— Très bien, professeur. Pourquoi ?

— Vos résultats ont baissé depuis l'année dernière. Vous étiez l'un des meilleurs de la classe. Avez-vous des ennuis ?

Je détecte une légère hésitation de sa part. Mais c'est loin d'être suffisant pour déterminer s'il a vraiment des ennuis.

— Non, aucun problème. C'est juste que la septième année est difficile, il y a beaucoup de travail dans toutes les matières.

— Vous savez que vous pouvez venir me parler si quelque chose ne va pas, n'est-ce pas ? Ma porte est ouverte à toute heure en cas de besoin. Il ne faut pas rester seul avec vos inquiétudes ou vos problèmes. Demander de l'aide n'est pas une faiblesse, d'accord ?

John me regarde avec un drôle d'air. Je pressens qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans la vie de ce gamin, mais s'il ne dit rien je ne pourrais pas le forcer à parler. Outre ses résultats qui ont vraiment beaucoup baissé en quelques mois, je le trouve tendu. Il est toujours avec les mêmes personnes : Jessica Sampson, qui est aussi en Potions, et Mike Fawley qui a arrêté après les BUSE. Il n'était pas très adepte des cours dans les cachots apparemment… Peut-être John a-t-il des difficultés à se faire d'autres amis ? Ou alors peut-être que ses amis actuels lui causent des ennuis ? Ou bien est-ce sa famille ? Il faudra que je me renseigne sur l'environnement familial de ce jeune homme. Et de ses amis tant qu'à faire, on ne sait jamais.

— Oui, d'accord. Je peux y aller, maintenant ?

— Bon appétit, monsieur Sheffield.

— Merci, professeur, à vous aussi.

Il se lève et quitte la pièce rapidement. Je crois que je l'ai mis mal à l'aise. Tant pis, au moins il sait qu'il peut venir me parler en cas de besoin. Au moment où il passe la porte, je l'entends saluer un professeur. Il n'y a pas souvent de collègues dans le coin, sauf Tomas qui est directeur de Poufsouffle. À ce titre, ses appartements sont proches de leur Salle Commune, près des cuisines. Parfois, je trouve réconfortant de ne pas être le seul enseignant à vivre sous terre en permanence. D'autant plus que Tomas est très sympa et que l'on s'entend bien.

Je relève la tête et grimace : Potter attend dans l'embrasure de la porte. C'est donc lui que John a croisé. Ça ne m'enchante pas du tout, je vais devoir faire face aux conséquences de mon comportement désastreux.

— Tu comptes me priver de pause déjeuner combien de fois encore, Potter ?

— Est-ce que je peux entrer ?

— Pour quoi faire ?

— Je viens m'excuser. Et discuter aussi. Si tu veux bien.

L'envie de l'envoyer chier me titille. Cependant je sais qu'il regrette, sinon il ne serait pas là. Et Théodore a raison, on doit parler de ce qui s'est passé, je dois m'excuser aussi. Il reste encore cinq mois avant la fin de l'année scolaire et je suis toujours son tuteur en théorie. Même s'il n'a plus vraiment besoin de moi maintenant. Si nous n'aplanissons pas les choses, l'ambiance va être exécrable. L'ancien moi n'aurait pas hésité et lui aurait balancé quelques injures blessantes. Mais je ne suis plus cet ado désagréable et égocentrique depuis très longtemps. Je ne sais pas comment il fait pour toujours faire ressortir mes pires défauts, que je pensais enfouis depuis des années.

Je lui fais un geste et il entre dans ma classe. Je ferme la porte d'un mouvement de la baguette. Et je la verrouille cette fois, je ne veux pas encore être interrompu. Il s'assoit sur le siège où était John il y a seulement quelques minutes.

— Je suis vraiment désolé pour ce que je t'ai dit, Malefoy. Je ne le pensais pas du tout, je sais que c'est faux. J'ai été injuste et méchant, je le regrette.

— C'était méchant, en effet. Et merci pour tes excuses.

Il se passe la main dans les cheveux, il a l'air un peu mal à l'aise. En tout cas il semble vraiment regretter. A mon tour…

— Écoute, moi aussi je voudrais te demander pardon. J'ai vraiment été de mauvaise foi et j'ai très mal réagi l'autre jour. Je n'aurais pas dû te pousser dans tes retranchements comme ça…

— Je… Merci. Ça me fait plaisir que tu le reconnaisses.

Il me sourit un peu et reprend la parole.

— On m'a conseillé de parler de notre passé à l'école à tous les deux. Pour évacuer les éventuelles rancœurs qui resteraient, même si on a l'impression d'avoir déjà mis ça derrière nous.

— Qui a pu te conseiller un truc pareil ?

— Charlie Weasley… Mon ex…

Je reste bloqué quelques secondes sur ses mots. Puis un rire irrépressible s'échappe de ma gorge. Il me faut un long moment pour arriver à me maîtriser assez pour parler.

— Tu… tu as parlé… de notre engueulade… à ton ex ? je hoquette.

— Je voulais un avis impartial te concernant et il est le seul dans mon entourage à ne pas te connaître personnellement, répond Potter en se renfrognant ostensiblement.

Bon, je dois admettre que l'argument se tient. Je me force à respirer calmement et à contenir mon envie de rire.

— Est-ce que tu lui as dit que j'étais gay ? je m'inquiète soudainement.

— Il sait qu'on s'est embrassé et que tu n'es pas out, c'est tout. Ne t'en fais pas, Charlie sait garder un secret.

Je suis dubitatif et mon visage doit être assez explicite pour qu'il se sente obligé de m'expliquer que leur relation a duré plus de quatre ans et que personne ne l'a su. Très bien, ce mec-là ne devrait pas être un souci.

— Bon… je te laisse commencer, me demande Potter. As-tu des choses à me reprocher qui datent de l'école ? Ou même après, peu importe.

Je prends plusieurs minutes pour réfléchir avant de lui répondre. Mais je ne trouve rien qui me pose problème, tout ce que je détestais chez lui quand nous étions enfants était induit par mon éducation et mes valeurs, j'ai dépassé ça depuis longtemps. J'étais une personne horrible, j'ai été insultant et méprisant envers lui et beaucoup d'autres et j'en ai conscience. Je n'ai clairement rien à lui reprocher et beaucoup à me faire pardonner. Et c'est ce que je lui dis.

Potter ouvre de grands yeux ronds. Ses sourcils viennent se perdre sous les cheveux qui retombent sur son front.

— Et pour la sixième année ? Je t'ai espionné, suivi et j'ai failli te tuer.

— Tu soupçonnais que j'avais une mission secrète pouvant mettre Poudlard en danger, tu pensais que j'étais sous les ordres de Voldemort et tu voulais le prouver. Tu avais entièrement raison, je ne peux pas t'en vouloir pour ça. Si tu tiens vraiment à faire les comptes, cette année-là, je t'ai cassé le nez et j'ai essayé de te faire rater la rentrée, j'ai presque assassiné Weasley et Katie Bell, j'ai utilisé l'Imperium pendant des mois sur madame Rosmerta et je t'ai lancé un Doloris. Ne parlons même pas des Mangemorts dans l'école et la mort de Dumbledore…

Parler de tout cela fait revenir des souvenirs désagréables. Il s'est passé plus de vingt ans, mais j'en ai encore des frissons et la peur, l'angoisse que j'ai éprouvées toute cette année là, je peux de nouveau les sentir dans toutes les fibres de mon être. Je tressaille et je me frotte les bras pour faire disparaître cette sensation. Je vais faire des cauchemars cette nuit…

Potter me regarde avec un air triste.

— Je ne t'en veux pas pour ça, me dit-il, je sais que tu t'es battu pour survivre. J'étais là quand tu as parlé de ça à la première année, tu te souviens ?

Je hoche la tête. Il continue :

— Je n'ai pas trouvé d'occasion pour te dire que cela m'a touché, la façon dont tu assumes pleinement qui tu étais et pourquoi tu as pris ces décisions. Et ton soutien pour les gosses aujourd'hui, ton envie de réparer tes erreurs, de te racheter est évidente. Si je n'en étais pas certain avant d'arriver ici, je le suis depuis ce jour-là. Et tu me prouves régulièrement à quel point tu as changé, que tu es quelqu'un de bien, et encore tout à l'heure avec ce jeune homme que tu as retenu à la fin du cours. Et ce que je trouve le plus admirable c'est que je sais que tu n'agis pas ainsi pour te faire bien voir, mais parce que tu es toi. Vraiment toi.

Merlin et Morgane… Je suis soufflé. Je pensais qu'il allait me reprocher des tas de choses et ça aurait été légitime. C'était même le but de cette discussion. Il se trompe pourtant sur un point : même si je ne le fais plus tellement maintenant, j'ai longtemps agi dans le but de paraître bien, le temps que mon éducation et les valeurs que l'on m'a inculquées disparaissent au profit d'autre chose. Je me doute qu'il en a conscience, je préfère donc ne pas le mentionner. N'empêche, je ne pensais pas qu'entendre ces mots pourrait autant me toucher, à croire que j'aspirais à ce qu'on me le dise. Que je suis une bonne personne finalement. Quelle ironie que cela sorte de sa bouche à lui, la dernière personne au monde que j'aurais souhaité avoir pour ami avant.

— Je suis content qu'on ait parlé. Cela m'a fait prendre conscience que je n'ai pas de raison de continuer à t'en vouloir pour l'époque de notre scolarité.

— Moi aussi, je réponds.

Un silence s'installe. Je jette un œil sur l'horloge et je réprime un grognement, nous allons rater tout le déjeuner. Je vais encore devoir aller aux cuisines pour récupérer de quoi tenir l'après-midi. Potter lâche un soupir et je devine à son regard, qui pointe dans la même direction que le mien juste avant, qu'il y pense aussi. Je laisse un petit sourire en coin s'étaler sur mes lèvres tandis que je le détaille. Maintenant que la colère et le ressentiment sont passés, je suis à même d'accepter qu'il me plaît. Il est remarquablement bien foutu : je n'ai pas oublié notre rencontre par hasard au petit matin en début d'année alors qu'il finissait son footing avec son t-shirt blanc mouillé presque transparent. Au-delà de ça, ce que je connais de lui me plaît, sa personnalité me plaît, il vient encore de me le prouver.

— C'est quoi ce regard, Malefoy ?

Je ris, je me suis fait surprendre. Il est facile de se laisser aller avec lui, puisqu'il sait. J'ai toujours tellement fait attention à ne jamais fixer avec trop d'insistance les hommes qui m'entourent, pour ne pas me trahir. Je ne me rendais pas compte que ça me pesait.

— Hum… j'étais en train de me dire que tu es beau.

Un large sourire illumine son visage et fait briller ses yeux, j'y décèle une petite lueur de suffisance aussi. Du genre « je sais que je suis beau, qu'est-ce que tu crois ». Cela m'amène à repenser au conseil de Théodore.

— Que veux-tu de moi exactement, Potter ? Tu m'as dit que je te plaisais, je m'en souviens. Mais c'est assez vague et ça ne m'indique pas quelles sont tes intentions.

— J'aimerais apprendre à mieux te connaître. Encore plus, je veux dire. On s'entend plutôt bien, on se plaît physiquement, mais à mon sens ça ne suffit pas pour construire une vraie relation. Quelque chose qui dure. Et toi ?

C'est le moment difficile. Celui que j'avais repoussé plusieurs jours volontairement, avant notre prise de bec. Au moins, je sais maintenant qu'il envisage une histoire durable, pas juste une coucherie. D'ailleurs, il n'a même pas parlé de cet aspect d'une relation. Tant mieux, ça me va très bien, je ne compte pas non plus aborder le sujet immédiatement.

— Je crois qu'on veut la même chose. Cependant, je ne sais pas trop comment faire parce que je n'ai connu qu'une seule histoire longue : avec Astoria. Ça fait des années et c'était différent. Et je ne suis pas prêt du tout à sortir du placard. Ma vie actuelle me convient et je crains qu'elle vole en éclat au moindre écart de ma part. Je ne veux pas perdre ce que j'ai construit, je ne veux pas que mes amis et ma mère, ou pire mon fils, me tournent le dos.

— Je vais être honnête avec toi : je ne souhaite pas de relation secrète sur le long terme. J'ai déjà donné et ça a foiré lamentablement, j'ai eu du mal à m'en remettre. Par contre, je comprends que tu aies besoin de temps pour envisager une relation au grand jour avec un homme. Je ne suis pas pressé, je te laisse réfléchir à ça. Si tu estimes que tu ne pourras jamais me présenter comme ton conjoint, je préfère qu'on reste amis. Et nous ne nous ferons pas souffrir pour rien.

Il a raison, je sais qu'il a raison, mais mon cœur se serre un peu quand même. Je lui promets d'y réfléchir sérieusement. Je le ferai, je n'ai pas envie de laisser passer cette occasion d'avoir enfin une vraie histoire, j'aimerais pouvoir tomber amoureux. À mon âge il serait temps que je sache ce que c'est…


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On se retrouve dans deux semaines, le 8 juillet 2022 avec le chapitre 13 : « Quelques révélations ».
En attendant, portez vous bien !