Bonjour à toustes !

Merci de tout mon cœur pour vos reviews ! Je suis toujours aussi heureuse de les lire :)

Petit hors sujet aujourd'hui :
Je vous en avais déjà parlé il y a un moment, mais ça y est, mon super bêta Vince commence enfin la publication de sa fanfic longue Frère de cœur. C'est un scorbus et c'est une pépite que j'ai corrigée, vraiment je vous la recommande.
Et sinon, vous pouvez aussi lire l'OS qu'il a traduit et publié la semaine dernière « Clusterfuck », ya du scorbus et du drarry en fond ^^
Vous le trouverez sur ffnet et AO3, nom de plume : Havirnyrce Vince

Et maintenant, je vous laisse avec le chapitre 13.

Bonne lecture !


Chapitre 13 — Quelques révélations

Samedi 8 février 2020

Quand le jour se lève sur Poudlard ce matin, l'école s'éveille tranquillement. Le samedi il n'y a pas vraiment d'horaires à respecter, même les repas sont beaucoup plus étalés. Chaque élève peut aller se restaurer quasiment en continu le week-end : l'équipe professorale a conscience qu'iels ont besoin de se relâcher. Le rythme reprend invariablement le dimanche au dîner.

Albus se réveille tard, à la lueur habituelle du fond sous-marin de son dortoir. Son premier réflexe est de tourner la tête vers le lit de Scorpius qui est à côté. Mais son ami semble déjà levé. Le jeune garçon se prépare donc, sans trop se presser, il a le temps avant de retrouver sa famille.

Avant d'aller boire un jus d'orange à la Grande Salle, Albus prend une petite heure pour finir un devoir. Il passe la journée à l'extérieur et il ne veut pas se mettre en retard. Finalement, il retrouve Scorpius dans la Salle Commune et découvre avec plaisir que ce dernier l'a attendu. L'heure standard pour un petit-déjeuner est dépassée depuis longtemps, mais ils s'en moquent. Albus se sert son jus de fruits préféré et grignote un toast, il n'a pas très faim. Rose les rejoint peu après et les trois ami·e·s discutent avec animation.

Quand vient le moment de partir, Albus serre discrètement la main de Scorpius, embrasse Rose sur la joue et marche tranquillement jusqu'aux appartements de son père. Il y retrouve Teddy, qui y est déjà.

James fait son apparition pile à l'heure, n'ayant pas voulu arriver en avance, de toute façon les appartements de son père sont juste à côté de la Salle Commune. Sa petite-amie l'accompagne. Elle est un peu intimidée, même si elle connaît déjà le père du garçon parce que c'est son professeur, c'est différent aujourd'hui.

Quand Harry ouvre sa porte, James est là, avec une jeune fille qu'il tient par la main.

— Salut, Papa ! Je pense que tu reconnais Emily, dit-il en entrant dans le salon sous le regard éberlué de Harry.

Emily Jordan se laisse entraîner par James dans la pièce sans oser le lâcher. Elle a fait un sourire timide à son professeur, histoire de ne pas avoir l'air impolie.

Le directeur de Gryffondor referme le battant par réflexe et observe ses enfants qui agissent comme s'il n'était pas là.

— Salut Emily !

Les voix de Teddy et Albus se confondent et les quatre jeunes se mettent à discuter. Harry secoue la tête pour vérifier qu'il ne rêve pas. Puis il regarde l'heure et grommelle : iels vont être en retard au Terrier ! James a encore attendu le dernier moment, comme d'habitude. Mais Harry sait qu'il tient cette mauvaise habitude de lui.

— Les enfants, il faut partir, c'est l'heure !

— Papa, Emily peut venir avec nous ?

— Je suis navré, James, mais non. C'est une sortie en famille. Toutes mes excuses, miss Jordan.

Harry est à la fois agacé et émerveillé par l'aisance de son fils. Ce dernier vient visiblement lui présenter sa petite-amie, sans le faire vraiment. Et c'est la première fois que cela arrive. Comme s'il était normal que cette jeune fille soit là, comme si elle connaissait tout le monde depuis longtemps. Et pourtant elle n'a pas l'air très à l'aise.

— Mais…

— James, c'est non.

Harry lance un regard à Teddy. Ael est au courant de la vraie raison et Harry a besoin de son soutien. Teddy comprend le message et pose sa main sur l'épaule de James. Il se penche à son oreille et chuchote, parce qu'il n'est pas censé savoir ce qui se passe :

— C'est à cause de « tu sais quoi » à propos de Papa, question de sécurité.

James abdique et propose à Emily de la ramener à la Salle Commune. Cette dernière dit au revoir tout doucement et emboîte le pas à James vers la sortie.

— Tu pourras venir avec elle pour notre prochain goûter ici, d'accord ? suggère Harry pour adoucir la situation qu'il trouve assez injuste.

Si ça n'avait tenu qu'à lui, il l'aurait emmenée au Terrier, mais les circonstances sont particulières et Harry est obligé de faire avec les recommandations des Aurors. Et il sait que c'est ce qu'il y a de mieux à faire, il connaît ce travail. Heureusement, James accepte sans rechigner et Harry lui demande de faire vite et de les rejoindre dans le bureau de la directrice. Il ne sait pas ce que Teddy lui a dit, mais ça a marché et c'est le principal.

Albus suit Teddy et son père dans les couloirs jusqu'au bureau de Minerva McGonagall. Et ce n'est pas du tout habituel. Quand iels se sont déplacé·e·s pour fêter son propre anniversaire, le dimanche vingt-quatre novembre, son père et Teddy ont transplané avec lui et James. Quelque chose a changé et Albus est presque certain que ça a un rapport avec ce que tout le monde essaie de cacher depuis des mois. Tout comme le refus d'emmener Emily, ça ne ressemble pas à son père. Il est déterminé à découvrir coûte que coûte ce qui se trame.

Une fois que toute la famille s'est réunie dans le bureau directorial, Minerva actionne sa cheminette et indique à Harry qu'elle l'a rouvrira à dix-huit heures et pour seulement quinze minutes.

— Pourquoi passe-t-on par la cheminette ? demande Albus d'une voix ferme une fois que la directrice a terminé ses explications.

— Ce n'est pas le moment, Albus, le réprimande Harry avec douceur.

— Si ! Personne ne passe jamais par ici pour sortir de Poudlard, ça n'a aucun sens ! Je sais que vous nous cachez des choses, Papa. Qu'est-ce qu'il y a ?

Albus voit son père, la directrice et Teddy échanger des regards entendus. Il en était sûr, il se passe bien quelque chose ! Il ne lâchera plus le morceau maintenant !

— Nous sommes en retard, nous vous dirons tout au retour d'accord ? Par ailleurs, Arthur et Molly ne sont pas au courant et je ne veux pas leur dire.

Albus fait la tête, mais il accepte. Il fera tenir sa parole à son père s'il fait mine d'oublier.

— Minerva, peux-tu demander à Neville et Drago d'être ici à dix-huit heures ? Ils sont également concernés et je préfère que tu ne sois pas seule avec la cheminette ouverte à nous attendre.

Minerva rit de la sollicitude de son ancien élève, elle le rassure, elle a encore les moyens de repousser quiconque tenterait de braver les sécurités drastiques de sa cheminée. Mais elle accepte de faire venir les collègues de Harry pour parler aux enfants ce soir. Elle les dirige gentiment vers le feu magique : la famille attend pour fêter les seize ans de James.

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Mercredi 12 février 2020

Scorpius aime beaucoup le mercredi : il n'y a pas cours. Cela lui permet d'être avec son père et avec Albus, qu'il ne voit que lors des temps libres puisqu'ils ne sont pas dans le même groupe cette année-là. Cette semaine, il a partagé sa journée : la matinée avec son ami, l'après-midi dans le bureau de Drago. Il aime bien ces quelques heures avec ce dernier.

Ce jour-là, Scorpius trouve que son père est bien silencieux. Il a l'air préoccupé. Il est penché sur un tas de parchemin qu'il corrige, mais il relève très fréquemment la tête pour laisser son regard se perdre dans le vague. Les premières fois, Scorpius a suivi son regard, mais il n'y avait rien de spécial à voir.

Après deux heures sans un mot, ou presque, Drago se lève et ferme la porte du bureau. Après la discussion qu'il a eue par cheminette avec Théodore la veille, Drago a pris une décision qui lui coûte. Il est terrifié que son fils le rejette.

— Tes devoirs avancent bien, Scorp' ? As-tu besoin d'aide ?

— Je me débrouille...

Scorpius a l'habitude de ce type de question, son père semble s'inquiéter pour lui tout le temps. Il n'y fait presque plus attention et répond toujours machinalement. Mais ce jour-là, Scorpius relève les yeux de son livre, quelque chose dans le ton, dans la voix de son père l'a interpellé. Drago s'est assis sur la chaise à côté de la sienne au lieu de retourner derrière le bureau.

— Quelque chose ne va pas, Papa ?

— Tu sais que je t'aime plus que tout au monde, Scorpius, n'est-ce pas ?

— Oui, Papa. Tu me le dis tout le temps. Je t'aime aussi.

Le cœur de Drago se serre, comme à chaque fois que son fils lui dit qu'il l'aime. Depuis la toute première fois où cela est arrivé, alors qu'il n'était encore qu'un tout petit enfant, Drago a systématiquement une bouffée d'amour pour lui. Son petit trésor. Sa raison de vivre. Rien que pour sa présence dans sa vie, Drago ne peut regretter d'avoir épousé Astoria, même s'il n'était pas heureux avec elle, même si élever Scorpius seul a été ardu.

— Scorpius, est-ce que tu m'aimerais toujours si j'étais… différent ?

Scorpius commence à s'inquiéter, son père a l'air extrêmement stressé. Il ne comprend pas la question. Il n'y a aucune raison pour qu'il cesse d'aimer son père.

— Différent comment ?

— Différent de la personne que je prétends être.

— Je ne comprends pas. Tu as menti à des gens ?

— Il y a des choses sur moi que personne ne sait. Presque personne. Il y a une part de moi que j'ai toujours cachée parce que je ne sais pas comment faire pour vivre avec au grand jour, Scorpius. Parce que mon éducation m'a interdit d'être ainsi. Mais on ne choisit pas ce genre de choses.

Drago observe son fils. Ce dernier ne semble pas comprendre un traître mot. En même temps, à tourner ainsi autour du chaudron… Il n'a que treize ans et même s'il sait déjà ce qu'il est nécessaire de savoir sur le sujet, Drago n'a jamais eu le courage d'approfondir ce que les parents d'Astoria lui ont appris. Il ne va pas deviner de lui-même, le professeur de potions le sait bien. Son cœur galope dans sa poitrine, il a rarement eu si peur. Il envisage même, avec une immense horreur, de modifier la mémoire de Scorpius si celui-ci réagit mal à ce qu'il va lui annoncer. Drago se déteste tellement. Il se dit qu'il va essayer une autre approche.

— Tu m'as déjà demandé pourquoi je ne m'étais jamais remarié. Tu te souviens de ce que je t'ai répondu ?

— Oui, que tu préférais t'occuper de moi et que c'était des trucs d'adultes que je comprendrai plus tard. Mais je suis assez grand pour comprendre, tu sais !

— Oui, je pense que tu l'es. Si je ne me suis jamais remarié, c'est parce que je sais que je ne trouverai jamais aucune femme qui me convienne. Et… Et notre législation ne permet pas les mariages entre… heu… personnes du même sexe.

Scorpius essaie de mettre bout à bout les informations que lui donne son père. Et la révélation le frappe au moment où ce dernier reprend la parole pour confirmer :

— Je suis homosexuel Scorpius, avoue Drago en se forçant à maîtriser les tremblements dans sa voix.

— Et tu as peur que je ne t'aime plus à cause de ça ? s'étonne Scorpius. Tu m'as toujours dit qu'on avait le droit d'être différents, Papa, et que toi tu en as souffert. Tu es toujours mon père et je t'aime, rien ne changera jamais ça !

Drago sent littéralement le poids du secret s'envoler de sa poitrine. Le soulagement est aussi intense que celui ressenti à sa libération d'Azkaban. Et si son fils l'accepte tel qu'il est, alors il est possible que ses ami·e·s le fassent également. Il a un doute pour sa mère, mais le soutien de son enfant compte bien plus pour lui. Drago peut envisager d'avoir une relation suivie avec Harry, même s'il sait qu'il lui faudra du temps pour qu'il puisse en parler autour de lui. Drago peut enfin s'autoriser à être pleinement heureux. Il remercie en silence Théodore et ses conseils avisés. Ce dernier lui a suggéré de révéler la vérité à la seule personne qui pourrait l'empêcher de sortir du placard. La seule personne qui a assez d'importance dans sa vie pour qu'il garde le secret sur qui il est. Son fils unique.

Drago a les larmes aux yeux. Il aurait tant aimé pouvoir s'accepter et vivre sans secrets, sans honte. Si seulement ses parents l'avaient éduqué comme lui-même l'a fait pour Scorpius. Une immense vague d'amour le submerge alors qu'il voit son fils de treize ans l'accepter sans le moindre questionnement. Et il se penche pour le prendre dans ses bras, pour le serrer fort. Il se sent si chanceux de l'avoir dans sa vie, son pilier, sa force, son moteur pour avancer et surmonter les obstacles. Et ils ont été nombreux.

Scorpius rend son étreinte à son père. Il ressent la difficulté qu'il a eue à lui avouer qui il est vraiment et Scorpius se sent triste qu'il ait craint de perdre son amour. Il est également heureux qu'il ait décidé de lui en parler. Il ne sait pas pourquoi maintenant, mais il aimerait que son père se trouve quelqu'un et ait une vie normale. Un jour, il ne vivra plus avec lui et Drago sera seul.

Le père et le fils restent dans les bras l'un de l'autre un long moment. Profitant de cette proximité que l'âge de Scorpius a tendance à rendre plus rare. Mais cette fois, il n'y a personne pour les observer, personne pour se moquer du « fils à papa ». Scorpius ne le repousse en public que pour se faire bien voir des autres, mais il aime cette relation fusionnelle. Et Drago aime plus que tout serrer son enfant contre lui, parce qu'il ne l'a lui-même quasiment jamais vécu. Ses parents l'ont beaucoup aimé, mais les gestes d'affection sont réservés aux tout-petits dans leur univers. Drago n'a pas le souvenir que son père l'a pris ainsi contre lui pour le rassurer, pour lui montrer son amour, même en privé. Alors il fait les choses différemment avec Scorpius et il en est très heureux. Drago sait aussi qu'Astoria aurait voulu ça. Drago n'a jamais été amoureux d'elle, mais iels étaient ami·e·s et s'accordaient parfaitement sur l'éducation à donner à leur fils. Et il est fier d'y être parvenu seul et d'avoir respecté ses souhaits.

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Samedi 15 février 2020 — Harry

Une personne tambourine sur ma porte. Je termine ma série de pompes et je trottine pour aller ouvrir. Je suis littéralement en nage : depuis que je ne sors plus courir le matin, j'ai beaucoup augmenté les exercices que je peux faire en intérieur. A la suite à mon attitude immature avec l'Élixir d'Euphorie et un bon savon de la part de Hermione, Ron, Neville et Tulipe, j'ai décidé de ne plus sortir seul dans le parc au petit matin. D'autant plus qu'en ce moment il fait encore nuit à cette heure là.

Malefoy est derrière le battant, un air agacé sur le visage. Bon, vu qu'il cogne depuis facilement une ou deux minutes, je comprends qu'il ne soit pas dans les meilleures dispositions. Ceci dit je suis assez surpris de le voir aussi tôt, surtout un samedi matin. J'avais cru comprendre qu'il détestait se lever tôt le week-end.

— Tu veux aller courir ?

— Pardon ?

— J'ai décidé de prendre au sérieux ma surveillance de la si précieuse nouvelle recrue de Poudlard. Tu veux aller courir ou pas ?

J'ai envie de rire. Malefoy s'est réveillé à l'aube pour me proposer d'aller faire du sport. Il a dû se prendre un sort de Confusion. Pourtant il a l'air très sérieux et je ne rate pas son regard qui me parcourt ostensiblement. Et le léger sourire qui fleurit sur ses lèvres ensuite.

— Si tu comptes courir avec moi, c'est pas une tenue adaptée, je signale en constatant qu'il porte des chaussures de ville, un jean et un gros pull en laine.

Sa cape d'hiver est également drapée sur son bras.

— Je n'ai pas dit que j'allais courir, mais te surveiller, ça n'a rien à voir, rétorque-t-il avec un reniflement.

Je hausse les épaules, récupère ma baguette et sors dans le couloir en verrouillant ma porte. Nous faisons le chemin en silence jusqu'au parc. Je ne sais toujours pas quel gnome l'a mordu, mais je n'ose pas encore poser la question, le stress émane de lui de manière très perceptible. Je préfère attendre qu'il soit prêt, il n'est pas venu pour rien, j'en suis certain. En attendant, je suis ravi de reprendre mes bonnes habitudes.

Le soleil est levé depuis peu et ses rayons, bas sur l'horizon, m'éblouissent. Il y a quelques nuages épars, de l'humidité dans l'air et l'herbe brille d'un million de gouttes de rosée. J'aime ça, cette nature que je n'ai pas chez moi. Le froid est un peu piquant et de la buée sort de ma bouche quand j'expire, j'essaie de faire des ronds, mais ça ne marche pas. Je ressers mon écharpe et enfile mes gants avant de m'élancer sur le chemin qui descend vers le lac.

— Ne t'éloigne pas trop ! me lance Malefoy en se posant sur l'un des bancs qui bordent l'extérieur de la cour.

Je lève ma main, le pouce en l'air, pour lui signifier que j'ai compris. Je m'échauffe à petites foulées pendant quelques minutes, le temps d'arriver sur un terrain à peu près plat, puis je laisse mes jambes avancer à leur allure habituelle. Je m'efforce de ne pas trop penser à Malefoy qui m'attend là haut et qui doit me suivre des yeux. Pourtant, depuis une semaine, je ne cesse de l'avoir en tête, me demandant ce qu'il va décider. Je suis assez perplexe sur sa façon de voir les choses. D'un côté il a appris à vivre avec la Marque, il la montre sans honte, l'exhibe presque, preuve de ses erreurs passées, mais aussi du chemin parcouru et du changement qu'il a opéré dans sa vie. De l'autre, il cache son homosexualité et en a honte, au point de s'interdire de vivre des histoires d'amour avec qui que ce soit depuis le décès de sa femme il y a des années. Et il a peur, il me l'a dit et je l'ai ressenti. Il est terrifié par ce qu'on pourrait penser de lui. Pourtant il a déjà affronté le monde et a réussi à s'en sortir avec son passé de Mangemort. D'après moi, ne pas être hétéro ne me semble pas bien difficile à côté. Mais je ne suis pas lui, je ne sais finalement pas grand-chose de ce qu'il a vécu, enduré. J'espère qu'il me laissera l'occasion de l'apprendre. Parce que je veux connaître vraiment cet homme qui m'attire, qui me plait, ce Drago Malefoy qui a changé et a mis derrière lui tant de choses pour devenir meilleur.

Après une demi-heure, je remonte vers Poudlard, vers Malefoy. Ce dernier m'attend, un livre à la main, assis élégamment sur un banc. Il a l'air bien, il ne semble pas souffrir du froid. Une petite lueur autour de lui me souffle qu'il s'est lancé des sorts de confort pendant qu'il patientait. Sans avoir besoin d'échanger plus de quelques mots, nous retournons dans la chaleur, relative, du Hall puis des couloirs. La Grande Salle n'est pas encore très animée, même s'il ne doit pas être loin de neuf heures. Je marche sans me presser jusqu'à mes appartements, j'ai envie d'une bonne douche chaude avant d'aller manger. Malefoy m'indique simplement qu'il me suit. Il prend vraiment très au sérieux cette requête que lui a faite Tulipe tout à coup, ça cache quelque chose, je le sais. Poussé par mon expérience d'Auror, je ne dis rien, il finira par parler. Ils le font tous quand la vérité ne demande qu'à être dite. Il faut simplement attendre et être à l'écoute.

Je le laisse dans mon salon le temps de me laver. Il justifie sa présence maladroitement et prétend ne pas être pressé, que son livre est passionnant et qu'il lira jusqu'à ce que je sois prêt. Soit. Mais je ne traîne pas trop pour autant. La curiosité commence à me miner. Je peux être d'une patience à toute épreuve dans le travail, mais quand cela concerne ma vie, les choses sont différentes.

— On va prendre le petit-déjeuner ?

Malefoy sursaute, il n'a pas dû m'entendre revenir dans la pièce. Il était vraiment en train de lire visiblement. Ce n'était peut-être pas qu'une excuse. Comme il ne répond pas, je traverse le salon et m'apprête à ouvrir la porte quand sa voix m'interrompt. J'ai déjà la main sur la poignée.

— J'ai dit la vérité à Scorpius.

Je relâche lentement la clenche, et je me tourne vers lui. Il n'y a pas besoin de précisions, ses mots et son attitude vaguement gênée, la légère rougeur de ses joues, sont suffisants. Je sais de quoi il parle. Il sait que je sais.

— Comment a-t-il réagi ?

— Idéalement je dois dire. Il m'étonne toujours autant par sa bonté et sa bienveillance. Tout l'inverse de moi au même âge.

— C'est grâce à toi, tu sais.

Il baisse les yeux. Chose incroyable, Malefoy est devenu modeste, je l'avais déjà remarqué quand il s'agit de son fils. Pour le reste, je ne suis pas certain. Il m'a paru bien sûr de lui et de ses capacités pendant les cours particuliers de Potions. Sans se vanter autant qu'il le faisait avant, il n'en est pas moins parfaitement conscient de ses compétences, sinon il ne m'aurait jamais préparé de la Sommeil sans rêves.

— Est-ce que tu lui as parlé de moi ?

— Non. J'avais besoin de réfléchir encore un peu et d'en discuter avec toi.

Je me rapproche de lui et je lui indique que je suis à son écoute. Je l'observe et j'aime ce que je vois : ses hautes pommettes sont légèrement roses, son front est dégagé — parce que ses cheveux longs sont attachés en queue de cheval — et de fines lignes le plissent, son nez droit et pointu, ses lèvres rouges qui tranchent avec la blancheur de sa peau. Je constate qu'il s'est mis à l'aise pendant mon absence à la salle de bain : ses affaires d'extérieur sont posées sur l'un de mes fauteuils, sa baguette est sur ma table basse, à côté du livre.

— Je crois… commence-t-il d'une voix grave et un peu rauque.

Il me donne des frissons. Il s'éclaircit la gorge et reprend :

— Je crois que je veux essayer. Toi et moi. C'est peut-être une énorme erreur, mais puisque Scorpius accepte qui je suis, j'ai décidé que je pouvais tenter d'avoir une vie normale.

— Tu penses être capable de le dire à tes proches ? Tes amis, ta mère ? Nos collègues ?

— Un jour oui. Pas tout de suite. Je vais avoir besoin de temps. D'autant plus que je ne souhaite pas me révéler à tout le monde si notre relation tourne au vinaigre rapidement. Peut-être qu'on peut d'abord essayer de voir où nous allons ?

Mon cœur a fait un bond dans ma poitrine. Je crois que je suis prêt à accepter une relation cachée temporairement parce que je sais que c'est d'être montré du doigt. Je connais la peur de devoir faire son coming-out, même si dans mon cas je savais que ce serait bien accepté dans mon entourage. Je comprends son besoin de temps et la maturité dont il fait preuve en voulant d'abord donner une chance à notre histoire avant de se dévoiler. Il a raison, rien ne dit que nous pouvons créer quelque chose ensemble…

— D'accord.

Son visage passe du doute à un évident bonheur : son sourire illumine ses traits. J'adore quand il sourit et je réalise qu'il ne le faisait jamais à l'école. Il devait avoir une vie bien triste quand j'y pense, malgré une apparence de perfection. Mais depuis que je le fréquente en tant que collègue, j'ai constaté qu'il sourit facilement, avec peu de retenue, même si c'est souvent pour taquiner. Il m'a dit être heureux de sa vie et cela me frappe. Je ne l'avais pas vraiment cru, étant donné son talent que j'estime gâché, sa sexualité tenue secrète, le décès de sa femme lui laissant un enfant en bas âge sur les bras et d'autres choses que j'ignore. Et pourtant il se satisfait avec plaisir de ce qu'il a construit ici et je comprends qu'il veuille protéger ça. En attendant, son visage heureux me donne une furieuse envie de l'embrasser.

Je franchis les quelques pas qui nous séparent, suffisamment lentement pour le laisser comprendre ce que je fais. Et me repousser s'il le désire. Même si je suis assez sûr de moi : son regard brille en me détaillant. Je me penche vers lui alors qu'il est toujours assis sur mon petit canapé, mes tibias butent contre le meuble, entre ses jambes, et je tends les bras pour m'appuyer sur le dossier, de part et d'autre de son corps, sans le toucher. Je le surplombe, son visage est levé vers le mien et je prends le temps de l'observer vraiment. Mes yeux se posent partout et j'aime tellement ce que je vois. Je découvre que ses pommettes et son front présentent quelques tâches de rousseurs extrêmement claires, impossibles à percevoir sans être si proche. Je trouve ça adorable. Par ailleurs ses iris gris acier me coupent presque le souffle de beauté. Godric, Malefoy est si beau !

Je sens son souffle, légèrement irrégulier, sur mes lèvres et mon menton, s'échapper de sa bouche entrouverte. Il est parfaitement immobile et je ressens la tension qui l'habite, la même qui monte en moi. J'oscille entre rester ainsi encore un peu, faire grimper la dimension profondément érotique de la situation, et fondre sur lui. Il choisit pour moi en posant ses mains sur ma taille. Je clos les centimètres entre ma bouche et la sienne. Je frissonne de plaisir et je le sens tressaillir.

Ses lèvres sont douces, chaudes, sa langue vient presque immédiatement chercher la mienne. Ses mains remontent dans mon dos, possessivement, j'adore ça. Je me perds dans cet intense baiser qui ne semble pas vouloir s'arrêter. Le temps se fige, plus rien n'existe.

Puis, brutalement, sa prise sur moi se resserre et il me fait basculer en avant. Je romps le baiser, surpris de me retrouver assis à califourchon sur ses cuisses et j'en profite pour respirer plus amplement. Les joues de Malefoy sont écarlates, ses yeux pétillent et ses lèvres sont déjà légèrement gonflées par nos baisers. Et probablement à cause de la courte barbe que je porte, je sais que ça agresse vite la peau de mes partenaires. Mais il ne semble pas vouloir s'en plaindre, ses bras se referment encore un peu plus sur moi, l'une de ses mains glisse sous mon pull et ma chemise, l'autre se niche derrière ma tête. Il me regarde avec une intensité désarmante, à la fois innocente et pleine de luxure. J'ai rarement été confronté à pareil désir, je crois. Il vient rapidement de nouveau chercher ma bouche et je me laisse totalement aller. Maintenant que je ne suis plus en équilibre précaire, je découvre du bout des doigts le grain de sa peau, je caresse la ligne de sa mâchoire, impeccablement rasée, descends dans son cou, glisse sur sa nuque. Je suis irrésistiblement attiré par les longues mèches dans lesquelles je m'emmêle déjà. Alors que nos lèvres ne se lâchent plus et que nos souffles se mêlent, devenant plus courts et indéniablement excités, je me perds dans ses cheveux blonds, appréciant la douceur et la fluidité sous mes doigts. Je ne peux m'empêcher de retirer son élastique, laissant ses cheveux retomber librement.

Ses ongles s'enfoncent bientôt dans mon omoplate et je réponds en agrippant à pleines mains ses cheveux derrière sa nuque, tirant un peu. Il gémit contre ma bouche et me serre encore plus. Je suis totalement dur et c'est probablement aussi son cas. Je me demande ce qu'il envisage. Je me rappelle le premier baiser et son envie physique qu'il a préféré refouler. Même s'il semble réceptif aujourd'hui, je sais que ça ne veut rien dire. Je m'éloigne de ses lèvres et reprends mon souffle. Enfin j'essaie.

— Est-ce que tu veux arrêter là ou… ?

— C'est terriblement tentant et je suis totalement excité, mais non, je ne coucherai pas avec toi sur ce canapé ce matin, Potter.

Sa voix basse, un peu plus grave que d'habitude, me lance des aiguillons de plaisir tout le long du dos et jusque dans la nuque. J'entends ses mots, mais il ne me lâche pas pour autant, me gardant serré contre lui. Je me penche sur le côté pour lui murmurer à l'oreille :

— Je peux peut-être te soulager quand même ? On aurait l'air malins à arriver comme ça au petit-déjeuner, tu ne crois pas ?

Il rit, rejetant légèrement sa tête en arrière. Je me redresse et nous échangeons un regard. J'y vois tout de même une lueur d'hésitation qui disparaît rapidement. Ses doigts me lâchent pour détacher sa ceinture et ouvrir son pantalon. Je baisse les yeux vers son entrejambe qui forme une bosse très visible dans ses sous-vêtements. Rouges. Merde, Malefoy porte un boxer rouge !

— Avec les mains et ne dis rien à propos de la couleur, merci.

Son sourire en coin veut tout dire et je me mords les lèvres pour ne pas rire. Je me tais. Je préfère occuper ma bouche à l'embrasser. J'embrasse ses lèvres, puis sa mâchoire, descends dans son cou. En même temps, je glisse ma main le long de son torse, sans m'attarder, jusqu'à son boxer et je le caresse un peu à travers le vêtement. Il lâche un soupir et je souris contre sa peau. Ses hanches viennent rapidement à la rencontre de mes doigts et je comprends qu'il veut que je le touche. Je plonge ma main sous le tissu et fais passer l'élastique du boxer sous son sexe. Sans attendre, je le masturbe, mais je prends mon temps, je démarre par des mouvements lents et amples. Il ne tarde pas à respirer plus fort, plus lourdement, plus vite sous mes caresses.

— Je peux ? me questionne-t-il soudain en tirant sur ma ceinture.

Je n'ai même pas remarqué que ses mains s'étaient déplacées, trop occupé que je suis à lui donner du plaisir. Je me redresse juste assez pour qu'il détache la boucle, puis il ouvre le bouton et baisse ma braguette. Je n'ai pas cessé de le caresser. Ses yeux gris sont presque noirs à cause de ses pupilles très dilatées par le plaisir. Je lâche un léger gémissement quand ses doigts enserrent mon sexe et commencent à bouger.

En l'espace de quelques minutes seulement, nous sommes tous les deux proches du point de rupture. Aucun de nous n'a finalement voulu faire durer les choses. Je suis avachi sur lui, le front sur son épaule, le visage en feu. Mes mouvements sont rapides, les siens aussi. Nos doigts se frôlent. Son souffle, lourd et saccadé est dans mon cou, ses lèvres presque posées sur ma peau. Ça décuple mes sensations.

Je sens l'orgasme monter inexorablement, le plaisir se figer sur le dernier palier, puis exploser, se diffuser partout dans mon corps. Je me raidis sans pouvoir me contrôler et malgré les spasmes de mes muscles et les endorphines qui obscurcissent mes pensées, j'essaie de ne pas arrêter de bouger ma main. L'exercice est difficile et alors que je retrouve mon souffle, que je reprends mes esprits, Malefoy gémit, se tend sous moi, son corps s'arque contre le mien et sa main libre enserre mes cheveux presque douloureusement.

Je lâche tout dans un soupir et j'enfouis mon nez dans sa nuque, je respire l'odeur de son shampoing. Ses mains m'entourent dans le dos et il me serre, sa bouche dépose de légers baisers dans mon cou.

Puis la tension retombe et je me mets à rire sans aucune retenue. Je n'avais pas fait ce genre de choses depuis mes premières expériences avec Ginny, quand nous étions jeunes et que nous profitions de l'absence de sa famille pour nous masturber mutuellement dans le salon, avec la peur de se faire attraper. Et c'est terriblement bon. J'avais oublié le plaisir simple, mais délicieux, d'une branlette donnée par quelqu'un d'autre. C'est marrant de redécouvrir ça à mon âge.

— Ta baguette est à portée de main ? murmure Malefoy en relâchant sa tête vers l'arrière, calant sa nuque sur le haut du coussin.

Ma baguette est toujours à portée de main ! J'ai été Auror trop longtemps pour que ce ne soit pas le cas. Je la sors du holster de cuisse et lance des sorts de nettoyage sur nous, faisant disparaître immédiatement le sperme qui macule nos vêtements et nos doigts. Je bénis la magie et la facilité que cela apporte dans ma vie, je me rends compte de la différence quand je couche avec des moldus. Et c'est presque toujours le cas puisque dans le monde magique on me reconnaît trop vite et je déteste ça. Je n'ai pas envie de faire partie du tableau de chasse des hommes et des femmes qui veulent baiser avec Harry Potter.

— Petit-déjeuner ? je propose en me relevant.

Je réprime une grimace et un grognement de douleur. Mes jambes sont ankylosées, elles sont restées trop longtemps dans une position relativement peu confortable. Je fais quelques pas et je m'étire. J'observe Malefoy du coin de l'œil, il se lève souplement, s'étire paresseusement comme un chat et reprends ses affaires avant de se diriger vers la porte. Comme si de rien n'était. Ce type est incroyable quand même. Je le suis, le sourire aux lèvres. Cette matinée riche en activité m'a donné faim !


Certain·e·s d'entre vous doivent se dire : il était temps que Drago se décide ^^
N'oubliez pas de me laisser une petite review si vous avez aimé :)
On se retrouve dans deux semaines, le 22 juillet 2022 avec le chapitre 14 : « La manticore ».
En attendant, portez vous bien !