Bonjour à toustes !
Un grand grand merci pour reviews, encore et toujours. Cela est si important pour moi d'avoir vos retours !
J'en profite pour vous remercier également de toutes vos reviews sur mes publications quotidiennes pour le Défi Écriture Sexy. Je les lis toutes et je finirai de vous répondre dès que j'aurais deux minutes disponibles !
Et maintenant, je vous laisse avec le chapitre 14 et un peu d'action.
Bonne lecture !
Chapitre 14 — La manticore
Mercredi 19 février 2020
Drago est satisfait de son après-midi. Ses copies sont corrigées, les cours des prochains jours sont prêts, les évaluations qu'il compte donner début mars également. Il adore ces mercredis studieux en compagnie de son fils. Scorpius est arrivé plus tardivement que d'habitude, préférant rester plus longtemps avec ses ami·e·s. Cela ne dérange pas Drago même s'il aime que Scorpius soit avec lui. Il a conscience que c'est normal que son enfant veuille être avec des personnes de son âge, mais si seulement il pouvait le garder rien que pour lui… Le voir grandir est à la fois une joie, une fierté, mais aussi un pincement au cœur.
Drago ne surveille pas son horloge, mais il n'est pas surpris quand Harry frappe au battant ouvert de la porte du bureau. Ce dernier a pris l'habitude de passer après la fin des cours. Habituellement, les deux professeurs restent une ou deux heures ensemble, enfermés dans la salle de classe, essentiellement à s'embrasser comme des adolescents en manque. Ils discutent aussi, entre les baisers, pour faire retomber la tension sexuelle qui monte invariablement. Mais Drago n'est pas prêt à coucher avec lui et Harry ne demande rien non plus. Le Serpentard se doute que Harry en aurait envie, mais il lui est reconnaissant de ne pas aborder le sujet pour l'instant.
— Bonjour Scorpius.
— Bonjour professeur, salue le garçon poliment, relevant son visage de son parchemin juste un instant.
Harry s'assoit sur la chaise à côté de celle de Scorpius.
— Je voudrais te parler d'un de mes élèves de septième année, Malefoy.
— Je t'écoute, répond Drago en se redressant pour porter son attention sur Harry.
— Je ne peux pas comparer avec les autres années pour le caractère ou la participation, mais au niveau des résultats je suis un peu inquiet. J'ai vérifié ses notes des années passées : elles sont bonnes sans être excellentes. Et il n'y a absolument aucun commentaire sur un comportement inadapté en classe. Les premiers mois, je n'ai rien constaté de particulier, il répondait aux questions, participait normalement. Mais depuis novembre ou décembre, je ne sais pas trop, il est devenu presque mutique et ses notes ont baissé. Il travaille bien pendant les cours pratiques, réussit les exercices, mais ses évaluations et ses devoirs sont moins soignés et beaucoup plus approximatifs qu'avant.
— Qui est-ce ?
— John Sheffield, tu l'as en Potions ?
Drago se doutait de cette réponse. Il a également remarqué des problèmes avec cet élève et voulait justement en parler avec Harry. C'est intéressant de constater que les difficultés de John sont peut-être généralisées et pourraient témoigner de soucis personnels.
— Oui et avec moi aussi ses résultats sont largement en baisse alors qu'il était particulièrement bon. Et il s'est fait plus discret.
— Est-ce que tu penses à la même chose que moi ?
— Oui, je me suis demandé si ça ne pouvait pas avoir un rapport avec ce dont on a parlé il y a quelques mois. Même si je vois mal ce garçon avoir quoi que ce soit avec ces gens-là.
— J'enverrai un message à Tulipe, elle pourra peut-être faire une recherche sur sa famille.
— Dis-lui d'élargir également à l'entourage de Mike Fawley et Jessica Sampson. Ces trois-là sont inséparables depuis que je les connais. On ne sait jamais.
Harry hoche la tête, il est d'accord avec Drago. Si ça se trouve, ce jeune homme n'a pas le moindre rapport avec les Partisans Noirs, mais il vaut mieux vérifier. Harry sait que chaque intuition doit être suivie et peut parfois donner de bons résultats sur une enquête.
— Je vais vous laisser, annonce soudain Scorpius en se levant, je vois que vous faites des efforts pour ne pas parler librement de quelque chose que je n'ai pas le droit de savoir.
Harry et Drago échangent un regard. Sont-ils si peu discrets ? Scorpius range consciencieusement ses affaires puis se dirige vers la sortie.
— Ah, et au fait, Albus m'a parlé des menaces de mort, donc vos efforts sont totalement inutiles. Tout le clan Weasley-Potter, ou presque, est au courant, ils veillent les uns sur les autres. Bonne soirée, Papa. À demain, professeur Potter.
Harry n'a pas le temps de protester que Scorpius est déjà parti en fermant la porte derrière lui. Ce dernier n'a pas manqué les échanges entre son père et son professeur et il est quasiment sûr que les deux adultes cachent bien plus que cette histoire d'attaques d'un groupe de mages noirs. Cela ne l'étonne pas le moins du monde, cela fait des mois qu'il se demande ce qui se passe entre eux. Et finalement, Scorpius est rassuré sur le fait que, peut-être, son père ne finira pas sa vie seul.
Drago cligne des yeux, la bouche ouverte de stupeur.
— Albus m'a confronté récemment à propos des cachotteries que je faisais et j'ai accepté de révéler la vérité aux enfants à propos des Partisans Noirs, sans rentrer dans les détails. J'aurais dû me douter que cela ferait le tour du petit groupe.
— Je ne sais pas si je dois me sentir rassuré ou inquiet que mon fils soit aussi bien intégré au clan « Potter-Weasley », raille Drago en souriant narquoisement et en mimant des guillemets.
— Je t'emmerde, Malefoy…
Drago a un regard entendu pour Harry. Les deux hommes ne peuvent s'empêcher de s'amuser de leurs sottises. Et finalement, Harry se souvient de la deuxième raison qui l'a amené à voir Drago. Il fait le tour du bureau et se penche vers lui pour l'embrasser doucement. Drago se laisse faire avec plaisir et approfondit rapidement le baiser en insinuant sa langue dans la bouche de Harry, tout en glissant une main derrière sa nuque.
Après de longues minutes, Harry se recule et se redresse, la position n'a rien de confortable. Il s'assoit à moitié au bord du bureau, tout près de Drago et ce dernier passe machinalement les doigts sur ses cuisses et les laisse sur son genou.
— Je voulais te parler d'autre chose, mais il fallait attendre que Scorpius soit parti. J'aimerais reprendre les recherches de cachettes dans Poudlard. J'ai une liste assez longue d'endroits à vérifier et je n'ai pu en éliminer que très peu pour le moment.
— Les salles vides et la Salle sur Demande ?
— Oui, et la Cabane Hurlante aussi. J'ai été y faire un tour rapidement en janvier, elle ne semble pas avoir été visitée depuis des années, la poussière forme un tapis absolument partout. C'était horrible, ça a réveillé une allergie dont je pensais m'être débarrassé.
— C'est moche de vieillir… se moque Drago en plissant le nez.
Harry grimace et donne un léger coup sur l'épaule de Drago, juste pour se venger de sa pique. Mais maintenant, rien ne semble plus l'atteindre quand le Serpentard lui envoie ces petites phrases, il sait que c'est bon enfant.
— Tu veux venir avec moi ou pas ?
— Ça dépend, c'est où cette fois ?
— La Chambre des Secrets.
Drago manque s'étouffer en avalant de travers. Il tousse un moment et Harry lui tapote le dos.
— Je pensais que mon père m'avait raconté des idioties quand il affirmait à l'époque qu'elle avait déjà été ouverte. Alors elle existe vraiment ? Ce n'était pas un espèce de canular en deuxième année ?
— Elle existe vraiment. Je m'en serais bien passé, crois-moi… soupire Harry.
— Où se trouve-t-elle ?
— Ça ne va sûrement pas te plaire.
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Drago suit Harry dans les couloirs, ils croisent de nombreux groupes d'élèves qui les saluent poliment ou les ignorent vaguement. Aucun des deux professeurs ne s'en offusque. Arrivés au deuxième étage, Harry le guide jusqu'aux toilettes des filles, dont la porte est fermée, comme toujours.
— Il y a quelqu'un ? Mimi ? apostrophe Harry en entrant dans les sanitaires.
Sa voix résonne dans la pièce. Personne ne répond. Harry vérifie tout de même qu'il n'y a pas d'élève dans l'une des cabines de toilette.
— Super romantique cet endroit, pour un rendez-vous… ironise Drago. J'ai des souvenirs formidables ici, tu n'aurais pas pu mieux choisir !
Harry soupire d'exaspération feinte. Cependant, il se sent toujours coupable pour le Sectumsempra , même si ça fait plus de vingt ans.
— Je suis désolé d'avoir failli te tuer, Drago.
— On a déjà abordé le sujet, je ne t'en veux pas. La situation était compliquée pour tous les deux. Et en toute franchise, au moment où c'est arrivé j'étais presque soulagé d'être débarrassé de ma mission suicide.
Harry fait la moue. Malgré les années, malgré le fait d'en avoir parlé avec Drago, malgré les innombrables séances avec son psymage, Harry continue à se sentir coupable de beaucoup de choses. Cela fait partie de lui et il sait que c'est parfois dur à supporter pour autrui. Cela a eu des conséquences sur ses histoires d'amour et il espère que ça n'impactera pas trop celle qu'il veut avoir avec Drago.
— Arrête de ruminer, ça ne changera pas le passé, essaye Drago sans trop y croire.
— Je ne sais pas faire autrement, je suis désolé.
Drago comprend ça, la culpabilité permanente pour des actions terminées depuis des décennies. Il s'approche et prend Harry dans ses bras. La porte est fermée et personne ne vient jamais ici, ils ne risquent pas d'être surpris par qui que ce soit. Surtout que Mimi semble absente. Harry lève le visage vers lui et Drago l'embrasse doucement. Une fois, deux fois, trois fois, avec délicatesse, ses lèvres juste appuyées. Les yeux fermés, Harry soupire de bien-être.
— Je sais ce que c'est. Je vis aussi avec mon passé compliqué. Ne t'excuse pas, d'accord ?
— Merci, chuchote Harry.
Harry est surpris par tant de compréhension. Ginny essayait toujours de lui remonter le moral pour qu'il aille mieux, mais évidemment ça ne marchait pas Charlie le laissait s'épancher sans jugement ni remarques, mais malheureusement n'arrivait pas à se mettre à sa place et Harry se sentait mal de lui imposer ses états d'âme. Aucun·e des deux ne pouvait vraiment comprendre ce que Harry vivait et c'était un poids pour le couple.
— Oooh, mais qui vient me rendre visite ? lance soudain une voix aigüe.
Harry et Drago sursautent et se séparent aussitôt. Drago se maudit intérieurement pour avoir laissé sa vigilance se relâcher. Mimi est une vraie commère et son secret risque d'être dévoilé en un rien de temps.
— Ce n'est que nous, répond Drago nonchalamment, gardant un visage neutre.
— En effet, quelle déception. Je pensais que je pourrais tourmenter quelques élèves égarés.
Drago sourit tristement. La fantôme est toujours aussi déprimée et revancharde malgré le temps qui passe. Drago l'a croisée de temps en temps depuis qu'il est à Poudlard, mais surtout les premières années où il était concierge.
— Oh, bonjour Harry. J'avais entendu dire par les autres fantômes que tu étais devenu professeur toi aussi. Tu as vieilli, grimace Mimi.
— Bonjour Mimi.
Harry ne fait pas de remarque sur les années qui se sont écoulées. Tout ce qui peut rappeler à Mimi qu'elle est morte crée en général des concerts de hurlements dont il se passe bien.
— Vous avez mis votre haine de côté, je vois, minaude-t-elle.
— Nous ne sommes plus des gamins, nous avons changé. Et si tu répètes à qui que ce soit ce que tu as vu ici, je demanderai personnellement à Peeves de faire de ton éternité un enfer, lance Drago d'une voix dure, tranchante et sans appel.
La fantôme se recroqueville un peu sur elle-même et acquiesce. Puis elle s'en va en plongeant dans une cuvette de toilettes, éclaboussant le sol de la cabine au passage. Elle a appris à connaître Drago Malefoy dans ses pires années alors qu'il n'était qu'un enfant et sait de quoi il est capable depuis qu'il est revenu. Ses années comme concierge ont laissé des traces sur la vie des fantômes de Poudlard. Là où Rusard n'arrivait plus à gérer les ectoplasmes depuis longtemps, Drago et son collègue de l'époque les ont mis face à leurs responsabilités vis-à-vis des élèves. Peeves, notamment, craint particulièrement Drago.
— Viens, encourage Harry en tirant Drago par la manche.
Harry guide Drago jusqu'aux lavabos. Il scrute chaque robinet, il est certain que c'est par là. Il finit par retrouver le petit serpent gravé sur le côté de l'un d'eux. Il pointe du doigt le dessin et Drago se penche également dessus.
— Qu'est-ce que c'est ?
— Cela marque l'entrée du tunnel qui mène à la Chambre des Secrets.
— Tu es en train de me dire que la Chambre des Secrets s'ouvre dans ces chiottes désaffectées ?
— Elles ne l'étaient pas à l'époque. C'est l'assassinat de Mimi dans ces lieux, par le basilic qui sortait de sa cachette, qui a provoqué la désertion des élèves.
— Et tu peux ouvrir la Chambre ?
— Ce n'est que le passage pour y aller, la Chambre est dans les sous-sols.
Drago est stupéfait. Il a passé des heures entières dans ces toilettes, à se lamenter sur son sort, à parler à Mimi, sans imaginer qu'il se trouvait à quelques centimètres de l'un des secrets de Poudlard. À l'époque il aurait donné cher pour savoir tout ça.
— Comment peut-on y entrer ?
— C'est là que ça se complique. Seul le fourchelangue peut le déverrouiller.
— Tu parles fourchelangue, où est le problème ?
Harry soupire. Drago n'est évidemment pas au courant de tout ça. Alors Harry lui raconte dans les grandes lignes les Horcruxes, qu'il en était un sans le savoir, d'où certaines capacités venues de nulle part, comme le fourchelangue. Mais tout cela a disparu quand le Horcruxe a été détruit, Harry n'a jamais vraiment eu ces compétences, ce n'était pas enregistré dans sa mémoire, mais dans le Horcruxe.
Drago l'écoute attentivement. Son étonnement ne fait que grandir au fur et à mesure de l'histoire. Il se rend compte qu'il ne sait en fait absolument rien de Harry. Le peu qu'il connaissait de lui était des rumeurs, des vérités partielles ou des articles de presse majoritairement à charge. Il se doute que cette histoire n'est qu'une infime partie de sa vie et il comprend mieux pourquoi Harry a toujours martelé qu'il voulait juste être normal et que la célébrité ne l'intéressait pas.
— Mais pourquoi m'as-tu traîné ici si on ne peut pas ouvrir la Chambre immédiatement ? Tu pouvais tout m'expliquer dans le bureau…
— Hum… j'avoue que j'ai pas tellement réfléchi, je voulais te montrer l'endroit, répond Harry, gêné.
— Potter… soupire Drago avec lassitude. Bon… Voyons voir… Il est presque impossible que des ados aient réussi à utiliser la Chambre comme repaire. Surtout si ça ne s'ouvre qu'avec du fourchelangue.
— J'admets que la probabilité est faible. Mais ma carrière chez les Aurors m'a appris à ne jamais rien négliger alors même si parler le fourchelangue est un don rare, il n'en est pas moins existant. Donc je vais aller vérifier là-dedans !
Drago regarde Harry, persuadé qu'il fait fausse route. C'est beaucoup trop improbable que des enfants aient réussi à trouver le moyen d'entrer là dedans. Mais l'excitation de participer à cette espèce d'enquête officieuse prend le dessus. Il lui vient une idée.
— Même si tu ne parles plus le fourchelangue, on pourrait aller chercher le souvenir dans ta tête non ? Je sais que c'est délicat, mais ça se fait.
— Impossible. Tous mes souvenirs liés directement à la présence de Voldemort dans mon esprit sont brouillés et inexploitables depuis que le Horcruxe a été détruit. Je m'en suis rendu compte lors d'une enquête pendant laquelle j'ai voulu extraire l'un de mes souvenirs pour le regarder dans une pensine.
— Alors comment penses-tu arriver à ouvrir cette foutue Chambre ?
— Je sais exactement comment !
Harry tourne les talons et ressort de la pièce après avoir salué Mimi. Drago lui emboîte le pas aussitôt et le questionne. Harry lui raconte comment Ron a pu ouvrir seul la Chambre pendant la Bataille de Poudlard grâce au fait que Harry parlait dans son sommeil à l'adolescence.
Ne voulant pas perdre une minute, Harry se dirige vers les volières pour envoyer un message à son meilleur ami. Au passage, il en profitera pour écrire à Tulipe à propos des trois étudiant·e·s à surveiller. Drago le laisse y aller seul, il veut aller récupérer ses affaires dans son bureau avant le dîner. Il lui recommande d'être prudent et de ne pas traîner.
— C'est bon, Malefoy, il y a des élèves partout à cette heure, je ne crains rien !
— Quand tu as été empoisonné aussi…
Harry résiste à l'envie de lui tirer la langue comme un gosse. À la place il balaye l'argument de la main, lui dit « à plus tard au dîner » et continue son chemin pour aller écrire à Ron. Harry n'a pas du tout peur d'être attaqué en plein milieu de Poudlard à cette heure de la journée, mais il trouve attendrissant que Drago s'inquiète pour lui. Il a bien compris que ce n'était pas à cause de l'obligation que les Aurors lui ont mise sur le dos, mais parce qu'ils sont devenus proches. Et cela le fait sourire niaisement.
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Samedi 22 février 2020
Hermione regarde l'heure pour la énième fois de la matinée et se fait la réflexion qu'elle va encore faire râler son mari. Même si elle sait que ça ne sera que pour la forme et qu'il est en fait très fier d'elle. Et des efforts, du temps, qu'elle met dans ce projet. Sûrement l'un des plus épineux de toute sa carrière.
Quand midi sonne, elle range ses dossiers et soupire… Encore un samedi matin au Ministère à plancher sur cette nouvelle loi, pour remplacer celle qu'elle tente de faire disparaître, au lieu de faire une grasse matinée. Elle y est encore plus depuis que Hugo est également entré à Poudlard en septembre dernier. Avant, elle s'obligeait à être présente pour ses enfants. Elle a moins de scrupule maintenant, surtout que Ron aussi travaille le samedi quand elle est au Ministère. Iels se sont fixé·e·s une limite : maximum deux samedis par mois au travail. Ron s'est arrangé avec Georges pour alterner les week-ends à la boutique.
Hermione sort du Ministère qui est relativement vide, sauf au service administratif qui est ouvert tous les samedis jusqu'à treize heures. L'atrium n'est pas très peuplé et elle trouve rapidement une zone de transplanage disponible. Elle se rend directement chez Weasley, Farces pour sorciers facétieux et apparaît dans l'arrière-boutique dans un crac sonore. Ron l'attend déjà, il lui sourit. Il l'embrasse sur la joue et sur le bout du nez, mais ne dit rien sur l'heure du rendez-vous déjà dépassé.
— J'ai réservé au Gnome Gourmand pour midi trente, on a juste le temps d'y aller, annonce Ron en prenant sa femme par la main.
Il n'a jamais cessé de faire ce genre de choses : prendre la main de Hermione, l'embrasser, lui tenir la taille. Les années n'ont pas érodé son amour pour elle, malgré les moments difficiles, les disputes et les complications du quotidien. Il est si fier d'être avec elle, d'avoir la chance de partager sa vie.
Le restaurant est plein quand iels arrivent et un serveur les accompagne à la table que Ron a réservée. Hermione remercie le serveur d'un sourire et prend la carte qu'il lui tend avant de repartir s'occuper d'autres clients. Ron s'assit confortablement après avoir retiré sa cape et son écharpe. Son regard fait le tour de la salle et son visage se fige sur une expression ennuyée en découvrant les personnes qui sont installées juste à côté : Théodore Nott et Pansy Parkinson. Les tensions de l'époque de l'école entre les Serpentard et les Gryffondor ont évolué, mais Ron n'aime pas spécialement Pansy. Il lui garde rancune pour avoir voulu livrer Harry à Voldemort, quand bien même il a conscience que c'était simplement pour sauver sa peau. Hermione suit le regard de son mari et a une réaction plus mesurée. Elle salue de la tête leurs ancien·ne·s camarades, elle a eu plus d'occasions que Ron de les côtoyer dans sa carrière et sans avoir développé une amitié, elle a du respect pour elleux. Surtout Pansy qui a eu le cran de monter son propre cabinet d'avocamage dans un monde dominé par les hommes, sachant qu'elle a probablement été élevée dans l'idée de ne jamais travailler puisqu'elle venait d'une famille riche et puissante. Son salut lui est rendu et chacun·e retourne à ses occupations.
Ron occulte cette mauvaise compagnie et profite de cette parenthèse avec Hermione. Iels ont peu de moments pour elleux avec le travail, très présent dans leur vie. Il aime être à la boutique et Hermione passe tout son temps au Ministère à cause de son projet qui lui donne du mal. Elle est épaulée par une équipe dévouée, mais elle rencontre quelques difficultés.
Quand les plats arrivent sur la table — fish and chips pour Hermione et haggis pour Ron — la conversation tourne autour de Harry. Ron réfléchit encore à la façon dont il pourrait transmettre à Harry l'information dont ce dernier a besoin pour son projet de parcourir la Chambre des Secrets. Le cadet Weasley trouve que c'est une très mauvaise idée, même si en théorie il n'y a pas grand danger là-dessous puisque le basilic pourrit depuis une trentaine d'années.
— Et si je lui envoyais directement le souvenir ? En le regardant dans une pensine, ça pourrait suffire pour qu'il l'apprenne et ensuite le répéter.
— Je ne crois pas que Harry ait emporté sa pensine avec lui, Ron.
— McGonagall, ou quelqu'un d'autre, en a peut-être une. Malefoy, si ça se trouve ?
— Il n'a aucune raison d'en posséder une. Mais on va vérifier tout de suite !
— Hermione, non !
Ignorant Ron, Hermione se tourne vers la table à côté et apostrophe poliment Pansy et Théodore. Elle pose sa question et la surprise se lit sur les traits des deux ami·e·s. Pansy lâche un petit rire aigu qui sonne désagréablement aux oreilles de Ron.
— Et à quoi cela va-t-il vous servir de savoir ça ? rétorque-t-elle sèchement.
— C'est confidentiel, élude Hermione à voix basse.
Théodore lève les yeux au ciel. Encore cette histoire d'enquête que Drago leur a racontée en leur faisant jurer de ne rien dire à personne. Il jette un sortilège autour de leurs deux tables, pour éviter les oreilles indiscrètes. Hermione ne manque pas son geste et le remercie d'un hochement de tête.
— On est au courant pour l'enquête. Et on ne dira rien.
— Alors c'est nouveau ça ! À l'école, Pansy était une vraie commère, s'indigne Ron.
— Mais je suis loyale à mes amis. Drago a demandé qu'on le garde pour nous, et c'est ce qu'on fait, se défend la jeune femme.
— Stop ! intervient Hermione. Laissez vos différends de côté, la situation est trop sérieuse pour qu'on se dispute comme des enfants. Drago et Harry ont bien réussi à s'entendre, eux. Vous pourriez faire un effort.
Théodore se tortille sur sa chaise, mal à l'aise. Il ne sait pas à quel point les ami·e·s de Harry savent que ce dernier s'est vraiment beaucoup rapproché de Drago. Et qu'ils ont largement passé le cap de l'amitié. Il n'a pas envie que la conversation s'engage sur ce terrain.
— En tout cas, Drago n'a pas de pensine, ça, j'en suis certain. Mais il me semble que l'un de ses collègues, avec qui il s'entend bien, en possède une. Je ne me souviens pas du nom de ce type… Je crois que c'est le directeur des Poufsouffle.
— Merci Théodore.
Ron est toujours légèrement renfrogné, mais plus par principe qu'autre chose. Il a depuis longtemps dépassé ses propres préjugés sur les Serpentard et en réalité il apprécie même Théodore avec qui il fait régulièrement des affaires pour la boutique. Ce dernier travaille chez un grossiste-apothicaire, où les frères Weasley se fournissent en différents matériaux et ingrédients pour leurs farces et attrapes. Théodore y est leur principal interlocuteur depuis des années et il est un redoutable négociateur.
— Pourquoi Potter a-t-il besoin de cette pensine ? Réellement ? insiste Pansy, qui ne peut résister aux petits secrets des uns et des autres, même si elle sait qu'elle doit garder ça pour elle.
— J'ai un souvenir à lui envoyer, grommelle Ron, pour l'aider à enquêter sur place.
— Je croyais que Potter était professeur maintenant ?
— C'est officieux, Pansy, précise Hermione. À ne surtout pas répéter. On ne peut pas vous en dire plus. Merci pour votre aide.
Théodore annule le sort d'insonorisation et chaque tablée poursuit son repas de son côté. Il cogite un instant sur Drago et Harry et se demande quand son ami va enfin parler de son secret à Pansy et Blaise. Inévitablement, cela le ramène à sa propre situation et ses mensonges répétés pour cacher qui il est. Il pressent que la révélation de Drago va l'éclabousser et qu'il ne pourra plus continuer à s'inventer une vie bien longtemps.
Hermione et Ron terminent leur repas en discutant du projet de loi sur lequel la jeune femme travaille. Et elle repart du restaurant en se promettant de contacter Pansy rapidement. Elle a l'intuition que cette dernière pourrait l'aider pour la création de la nouvelle loi, car Pansy est ambitieuse et réfléchie. Et Hermione sait qu'elle a depuis des années un comportement qui l'éloigne des anciens principes des Sang-Purs et ce serait une excellente occasion de se faire bien voir. Qu'elle soit totalement sincère dans ces changements importe peu à Hermione, elle a besoin des compétences de Pansy. Et par ailleurs, Hermione espère, elle en est même presque sûre, qu'à force de faire croire qu'elle délaisse les idées racistes et rétrogrades Sang-Purs, Pansy les a réellement mis de côté.
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Lundi 24 février 2020
Des centaines de hiboux envahissent la Grande Salle. Le courrier est distribué promptement par les volatiles qui picorent dans les mains des élèves ou sur les tables avant de repartir aussi vite qu'ils sont arrivés. Mike n'attend rien de particulier, sa mère lui envoie peu de lettres, trop occupée avec ses frères et sœurs encore trop jeunes pour être scolarisés à Poudlard. Et son père lui écrit de temps à autre depuis la prison, mais c'est rare. Mike n'a pas été élevé dans un environnement qu'on pourrait appeler chaleureux, mais sa famille est sacrée pour lui. Et son père doit être vengé.
Un hibou tacheté de brun dépose une enveloppe devant Mike et repart immédiatement, sans même tenter de manger quoi que ce soit. L'adolescent est étonné. Il regarde vers Jessica et John assis à leurs tables respectives, iels n'ont rien reçu. Il ouvre le courrier. Quelques mots en lettres capitales écrits dans l'enveloppe elle-même, qui est un parchemin plié : « Prochaine étape le 28. Suivez le mouvement, mais restez éloignés de la forêt. Brûlez ce parchemin après réception. »
Un sourire malsain ourle les lèvres du jeune Serdaigle. Les choses bougent, enfin ! S'il doit rester loin de la forêt, c'est que ça risque d'être particulièrement dangereux et peut-être même fatal pour la cible. Il se doute que les objectifs de l'organisation vont plus loin que de simplement écarter Potter de Poudlard, et cela l'arrange. Mike veut qu'il disparaisse de la surface de cette Terre !
Peut-être aussi que cela va attirer toute l'école à l'extérieur. Une idée germe dans son esprit : il va peut-être pouvoir mettre en application une petite vengeance personnelle sans que qui que ce soit s'en rende compte. Il a hâte d'être au vingt-huit février !
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Vendredi 28 février 2020 — Harry
Je cours à petites foulées dans l'air humide et glacé du matin. Le soleil est levé depuis peu de temps et la rosée est encore gelée par le froid de la nuit. Je n'arrive pas à m'habituer au fait que Malefoy me laisse courir trois fois par semaine. Sous sa surveillance attentive, évidemment. La première fois, le jour où il m'a dit vouloir être avec moi, je pensais qu'il l'avait fait juste pour l'occasion. En fait, il semble vouloir que j'aie une vie normale malgré les restrictions liées aux attaques des Partisans Noirs. À mon avis, ils ont dû se décourager puisque je ne suis toujours pas mort. Cela fait plusieurs mois qu'il ne s'est rien passé. Tulipe m'envoie des messages succincts, de temps en temps, simplement pour me dire que l'enquête progresse, mais je n'en sais pas plus. Elle me laisse volontairement dans le noir et elle a raison étant donné que je suis la victime. J'espère que les investigations sur les élèves que nous suspectons lui sont utiles.
Cela me fait penser à la Chambre des Secrets que je veux impérativement visiter. Cela fait presque deux semaines que j'ai montré à Malefoy le serpent gravé sur le robinet et plusieurs jours que Ron m'a envoyé son souvenir. C'est une idée brillante, il ne reste plus qu'à trouver le temps de le regarder et de descendre dans la Chambre. Mon temps libre est plus que limité : la préparation des cours me prend tellement d'heures, c'est un calvaire. Et maintenant, en plus des moments que je passe avec Albus, James et Teddy, il y a Malefoy dans l'équation.
On se voit un peu après les cours et parfois le week-end, en secret, comme des gosses. C'est à la fois extrêmement frustrant et terriblement excitant. Pour ma part, je n'ai pas vraiment peur de me faire surprendre, j'assume très bien qui je suis. Pour lui, ça semble encore compliqué alors j'attends. Et je respecte son désir de distance quand nous ne sommes pas seuls. J'ai hâte que les choses se sachent, mais deux semaines de relation c'est bien trop court pour espérer quoi que ce soit. Il a vécu tellement d'années dans le placard, tellement de temps dans le déni de lui-même, que je ne peux pas lui demander de tout balancer en public en quelques jours. Du moment que cela ne reste pas ainsi éternellement, je suis prêt à patienter. Et j'apprends à le découvrir, nous discutons beaucoup. Nous parlons de nos études, de ce que nous avons fait de nos vies, même si certains sujets n'ont pas encore été abordés. Il faut du temps pour connaître quelqu'un, c'est normal. En attendant, j'ai déjà remarqué certaines choses qui me font croire que notre histoire peut devenir vraiment sérieuse.
Nous avons bien plus de points en commun que je pensais et je commence à réaliser que nous sommes tous les deux traumatisés par notre passé, bien qu'il ait été très différent. Et à ce titre, il me comprend mieux que Ginny et Charlie. Par ailleurs, autant il peut être distant en public, autant il est particulièrement tactile quand nous sommes seuls, sans risque d'être vus. Sa main traîne tout le temps sur ma cuisse, mon bras, mon épaule, ses doigts passent dans mes boucles régulièrement. Ses étreintes sont très intenses, toujours très serrées, comme s'il craignait que je disparaisse. Une vive passion, un besoin de présence que je comprends vraiment bien puisque j'ai tendance à être très fusionnel avec mes partenaires. Une chose souvent mal tolérée d'ailleurs. Et sa façon de me tenir, de m'embrasser comme un assoiffé dans le désert, ne me dérange pas du tout. J'y trouve même mon compte.
Je lève la tête vers la tour d'Astronomie, visible depuis presque tout le parc, sans ralentir mon allure. Je sais que Malefoy est là-haut et qu'il me regarde. Il fait encore trop sombre pour que je le voie, surtout que c'est loin. Je suis certain qu'il a sorti les multiplettes pour me surveiller sans difficulté. Nous avons décidé qu'il était préférable qu'il ne me suive pas en extérieur lors de mon footing, pour ne pas éveiller les soupçons. Il m'a confié se rendre régulièrement à la Tour d'Astronomie pour réfléchir et s'isoler du reste de l'école, personne ne serait étonné de l'y trouver. De toute façon, il ne souhaite pas être vu avec moi à des heures inhabituelles, et j'espère secrètement que mes détracteurs viendront s'en prendre à moi. Je n'en peux plus d'attendre ce qui va me tomber dessus, s'ils pouvaient se dévoiler et m'attaquer frontalement ça serait plus simple pour tout le monde. Je joue les appâts en somme, même si je me garde bien d'en parler à qui que ce soit. J'imagine déjà Tulipe me passer un savon.
Je m'apprête à remonter vers le château quand des hurlements stridents m'interpellent. Je m'arrête et tourne la tête dans tous les sens : il n'y a personne à portée de vue. Les cris reprennent. Ils proviennent de la forêt interdite ! Que font des gamins à cette heure là dans la forêt ?
Je n'hésite qu'un instant alors que de nouveaux cris de pure terreur me vrillent les tympans. Tant pis pour ma sécurité !
— Spero patronum ! je marmonne, dirigeant le cerf d'argent vers la tour d'Astronomie pour qu'il prévienne Drago.
Je sais qu'il fera ce qu'il faut pour alerter le reste de l'école. Avec un peu de chance, j'aurais le soutien de Hagrid qui est peut-être dans sa cabane à cette heure matinale. Les enfants sont sûrement juste en train d'arriver pour le petit déjeuner.
Je m'élance à toute vitesse vers les hurlements et je m'enfonce au milieu des arbres dont la plupart sont sans feuilles. Celles-ci crissent sous mon pas lourd et rapide. Je lance un Lumos Maxima pour mieux voir et éviter les branches trop basses et les racines traîtres. Je n'ai pas oublié à quel point cet endroit est hostile, surtout quand on s'éloigne de la lisière.
Je me dirige vers le son le plus vite possible et j'essuie régulièrement la sueur qui me goutte dans les yeux. Malgré le froid piquant de l'hiver, je transpire énormément sous le coup de la course et de l'adrénaline.
Tout à coup, les cris cessent et je m'arrête, essoufflé. Je respire amplement, tranquillement, pour récupérer, en scrutant les environs. Je suis au milieu d'une clairière sombre. Le soleil atteint à peine l'herbe touffue, le plafond nuageux est trop présent. Le sang bat à mes oreilles, mais je ne relâche pas mon attention, il y a quelque chose de louche ici.
Des craquements, dans mon dos, me font me retourner. Une grande silhouette animale s'approche. Chacun de ses pas provoque un son assourdi et des crissements de feuilles et brindilles. Puis elle dépasse l'orée de la clairière et je la distingue parfaitement : un corps trapu de lion, une large et longue queue de scorpion et un visage humanoïde encadré par une épaisse crinière fauve et surmonté d'oreilles félines.
— Bonjour, humain. Tu tombes bien, j'ai faim.
La voix grave et profonde de la manticore provoque un frisson de peur qui remonte désagréablement dans mon dos. Je prends immédiatement une position défensive et je lève bien haut ma baguette, prêt à toute éventualité.
— Où sont les enfants ?
— Tu es seul avec moi, ici. Y aurait-il de délicieux petits humains à dévorer dans les environs ?
Je ne réponds pas. Je comprends que je suis tombé dans un vulgaire piège. Je suis exactement où l'on a voulu que je sois, seul, face à cette créature d'une extrême dangerosité. Les cas d'attaque de manticore sont rares, car celles-ci vivent dans des endroits très reculés, mais il n'y a quasiment pas de chance d'en réchapper si l'on rencontre l'une d'elles. De façon très ironique, j'ai en tête toutes les caractéristiques de la créature, ayant préparé dans la semaine le prochain cours de la septième année sur celle-ci. Je lâche un rictus amusé, mais je reste très concentré. Mon regard ne dévie pas une seule seconde du corps puissant qui me fait face.
La manticore est presque aussi haute que moi et beaucoup plus lourde. Sa queue est une arme redoutable qui peut m'atteindre à distance. Et sa peau est une armure magique à toute épreuve, ou presque. Ses pas lents et assurés me font reculer. Je garde les arbres dans mon dos et je tourne en cercle dans la clairière.
— Comment es-tu arrivée ici ?
— Un voyage fort désagréable, humain. Tes semblables sont peu respectueux de mon espèce. Et j'ai faim, maintenant.
— Je suis navré que tu aies été maltraitée. Peut-on trouver un terrain d'entente ? Je t'apporte de la nourriture et je fais en sorte que tu retournes chez toi, en échange tu me laisses la vie sauve ?
— Inutile de marchander, humain, tu ne peux pas m'échapper.
J'aurais essayé. Je maintiens une distance raisonnable avec la manticore et mon attention est intégralement fixée sur elle. J'analyse ses mouvements, je scrute les muscles qui roulent sous la fourrure pour tenter de déterminer quand elle va me sauter dessus. Je n'espère qu'une chose : que Malefoy ait alerté le corps professoral et le Ministère. Et qu'ils soient déjà en chemin. Parce que je ne pourrais pas me sortir de cette situation seul. Je le sais.
Je réfléchis à mes chances de battre cette manticore. En combat magique, je n'en ai quasiment aucune, mes sortilèges n'auront presque aucun effet et je ne souhaite pas la tuer avec un Avada . Je ne suis même pas certain d'avoir assez de haine pour lancer le maléfice de toute façon. Ce qu'il me faudrait, là, c'est l'épée de Gryffondor. Mais je ne l'ai pas, évidemment.
Alors que la manticore continue de me tourner autour en grognant, sans pour autant m'attaquer, cela me frappe. Je peux demander à quelqu'un de m'apporter cette fichue épée ! Je reste calme et je surveille le comportement de la créature. Elle semble tranquille et sûre d'elle, comme tout prédateur qui sait que sa proie ne peut s'échapper. Je lève brièvement les yeux vers le ciel gris, la luminosité est faible, mais suffisante pour me passer du Lumos temporairement.
Je vérifie autour de moi qu'aucun obstacle ne risque de me faire trébucher, puis, sans quitter des yeux la manticore, j'annule mon sort de lumière pour envoyer dans la foulée mon Patronus pour la deuxième fois de la matinée. Cette fois, le destinataire est Neville et j'espère qu'il pourra trouver et rapporter l'épée au plus vite. J'ai conscience que cela peut potentiellement causer ma mort, car l'école est loin et le transplanage est impossible ici. Je me souviens que Dumbledore pouvait entrer et sortir ainsi, il était le seul à le faire. Je ne sais pas si ce privilège a été conservé par Minerva depuis. Et je souhaite presque que non, je ne veux pas la mettre en danger. Sa puissance magique était encore au plus haut lorsque j'étais un simple étudiant, mais ce n'est plus le cas actuellement. La manticore a penché la tête de côté devant mon cerf argenté qui s'est éloigné à toute vitesse en bondissant dans l'herbe. Je reste fasciné par cette imitation d'un vrai cerf que mon Patronus fait systématiquement, quand d'autres se déplacent simplement en flottant dans les airs. Ce qui semble pourtant le plus logique.
— Qu'est-ce, humain ? Un appel à l'aide ? C'est inutile, je vais te dévorer avant qu'on puisse venir à ton secours.
À ces mots, elle se ramasse sur elle-même et j'ai juste le temps de comprendre ce qu'elle fait avant qu'elle bondisse dans ma direction.
— Protego Maxima !
Une bulle protectrice invisible se matérialise autour de moi à la toute dernière seconde. L'une des pattes antérieures de la manticore est prise dans le flux magique de la barrière au moment où elle se forme et l'animal feule de douleur. Elle recule un peu, le membre relevé. Elle est blessée et, à ce titre, encore plus dangereuse, si seulement cela est possible. Et elle est absolument furieuse. Sa queue attaque plusieurs fois et le dard glisse sur le sortilège, créant un crissement atroce semblable à la fourchette dans une assiette. Ma bulle vacille, elle ne va pas tenir longtemps. Je reprends mes appuis, je me force à respirer calmement malgré mon cœur qui galope. De la sueur coule sur mon front, je l'essuie distraitement. Cela fait des années que je n'ai pas affronté un tel danger, mais les réflexes de ma vie d'Auror sont encore là.
Le visage de la manticore est déformé par la rage et c'est particulièrement perturbant de retrouver des émotions humaines chez une créature si différente de nous. Elle feule et m'insulte tour à tour. Ses dents pointues, immenses, dégoulinantes de bave, me font froid dans le dos. Je m'ébroue pour faire passer le malaise qui me prend face à cette ignoble bouche.
Sa queue m'attaque sans relâche et ma défense faiblit. Mais maintenant que le sort est lancé, je ne peux rien faire. Ma baguette est prête, moi également. Je sais pourtant qu'au moment où la bulle éclatera, je n'aurai pas le temps de me protéger avant que son dard m'atteigne. Son dard empoisonné. Je serai mort en dix à trente secondes.
Ma barrière tremble une nouvelle fois. Et des voix lointaines me parviennent. Les oreilles de la créature se sont également tournées vers l'origine du bruit, cessant un instant ses attaques. Mais son attention revient très rapidement vers moi et je comprends qu'il ne me reste que peu de temps. Ma défense est sur le point de tomber et même si j'entends qu'on m'appelle au loin, je n'ai aucun moyen de savoir quand les secours vont arriver.
Je scrute avec concentration la position de la manticore, sa patte blessée relevée, l'endroit où sa queue frappe contre ma bulle protectrice. Mes jambes fléchissent un peu, je m'apprête à faire un bond du côté que j'estime le plus sécuritaire. Ça sera ma seule possibilité d'échapper au coup et de relancer un sort.
Les voix se rapprochent et je crois distinguer celle de Teddy. Je rage de savoir qu'ael va mettre sa vie en danger pour moi, même si je connais ses capacités en combat. Et elles sont bonnes : ael est puissant·e et résistant·e. Comme sa mère. Ce qui ne l'a pas empêchée de se faire tuer, pour moi. D'autres voix me parviennent et celle de Malefoy se distingue également parmi la multitude. J'en suis presque surpris, oubliant que l'homme qu'il est devenu n'est plus du tout l'enfant lâche et peureux qu'il a été.
Un nouveau coup fait brutalement vibrer ma bulle, c'est le dernier avant explosion. C'est certain. Je passe en revue les sorts de défense qui pourraient avoir un effet sur la manticore. Il n'y en a pas beaucoup, voire aucun. Sa peau est résistante à la magie. Peut-être un Incarcerem … Mais seul je n'ai aucune chance que cela soit suffisant. Quelques cordes ne suffiront pas à retenir longtemps cette bête étant donné sa puissance. Je garde l'idée en tête et je prépare mon corps.
La queue de scorpion s'abat sur moi une nouvelle fois, le voile invisible se fracasse en créant une onde de choc qui me sauve la vie. Ce millième de seconde pendant lequel la manticore est repoussée me laisse la possibilité de faire une roulade de côté et de pointer ma baguette sur elle.
— Incarcerem ! je hurle de toutes mes forces, encore accroupi, une main au sol pour me stabiliser.
Mon cœur menace de sortir de ma poitrine, le sang bat à mes oreilles, la manticore s'effondre, enroulée dans quelques cordes bien serrées. Ses pattes sont devenues inutiles, mais sa queue mortelle n'est pas entravée. Et elle fouette furieusement dans les airs. La manticore hurle de colère. Un son bien trop humain qui me terrifie.
C'est à cet instant que déboule dans la clairière une dizaine de personnes : Teddy, Drago et Tomas sur des balais, avec Minerva, Neville et Filius accroché·e·s à elleux Gemma Farley, professeure d'Étude des Moldus, Hagrid et Sarah McArthur, l'une des concierges, à dos de Sombrals. Iels descendent de leurs montures et les balais sont jetés à terre.
— Papa ! hurle Teddy en se précipitant vers moi.
— Monsieur Lupin, ne bougez pas ! intime Minerva d'une voix forte et ferme, arrêtant Teddy dans sa course.
— Je vais bien, mais la manticore est loin d'être hors d'état de nuire, je rassure. Minerva a raison, elle est extrêmement dangereuse.
Je me rends compte, après ces quelques mots, à quel point je suis essoufflé par le stress et l'adrénaline. Je me relève lentement, en gardant mon attention sur la manticore qui se débat avec la force du désespoir. Les cordes qui l'entourent sont tendues et ne vont pas résister longtemps. Je me permets malgré tout de jeter un œil aux personnes qui sont venues à mon secours : les visages sont étonnés et effrayés. Quoi de plus normal, ce n'est pas tous les jours que l'on croise une manticore. La plupart d'entre elleux n'en ont sûrement plus entendu parler depuis leur septième année à Poudlard.
Le regard de Teddy me serre le cœur, sa peur et son amour sont transparents pour moi. Ses cheveux d'un violet soutenu me font penser à Tonks qui arborait aussi cette couleur sous le coup de l'émotion et de l'adrénaline. J'ai une pensée pour elle et pour Remus en constatant à quel point leur enfant est devenu une belle personne : forte, bienveillante et courageuse. D'où iels sont, j'espère qu'ils sont fiers
Mon bref échange visuel avec Malefoy me tord le ventre, ses yeux gris me transpercent. Je ressens sa détermination et sa passion en dessous de la frayeur inscrite sur ses traits. Par tous les Fondateurs, je ne peux pas déjà être amoureux de lui, quand même ? Son attitude indique clairement qu'il est prêt à se battre et son corps est en position de duel. Je la connais bien : le nombre de fois où nous nous sommes affrontés à l'école a incrusté cela dans ma mémoire. Mais aujourd'hui, ce n'est pas contre moi, mais pour moi. Je sens mon amour pour lui fleurir d'un coup, confirmant mes soupçons.
Neville a retrouvé son air revêche et déterminé de la Bataille de Poudlard et l'épée de Gryffondor brille entre ses mains. Je suis rassuré de savoir mon ami à mes côtés, je connais sa bravoure et son courage, sa force devant le danger.
Minerva et Filius s'approchent à pas prudents, s'écartant ostensiblement de la manticore qui continue de battre l'air de sa queue, de se tordre sur le sol et de feuler, emplissant l'atmosphère de ses grognements félins.
— C'est un sort efficace, Harry, bravo.
— Merci Minerva. Mais il ne suffira pas. Il faudrait le relancer à plusieurs et transformer les cordes en chaînes je pense.
Filius approuve et demande aux autres de nous rejoindre. Les baguettes sont levées, prêtes. Je tremble de peur pour mes ami·e·s, pour mon enfant et pour Drago. Je n'ai jamais ressenti ça quand j'étais dans l'action en tant qu'Auror : mes proches n'étaient pas sur le terrain avec moi.
— Je vais tous vous dévorer, humains ! Votre magie ne suffira jamais à m'arrêter !
— Ceci le fera ! menace Neville en levant bien haut l'épée devant le visage de la manticore.
Cette dernière cesse un instant de se débattre et je vois dans son regard qu'elle réfléchit. Cette créature est très intelligente et seule sa sauvagerie la classe dans les animaux. Le Ministère refuse de lui accorder un statut de créature intelligente, au même titre que les gobelins ou les elfes de maison, car elle ne peut vivre qu'avec ses semblables, trop dangereuse pour le monde rempli d'humains. Elle sait que la magie ne peut presque rien contre elle, excepté l'immobiliser, et je crois qu'elle réfléchit aux dégâts que pourrait lui causer l'épée qui la menace. Je ne pense pas qu'elle ait conscience qu'il s'agit d'une arme magique, qui a eu la capacité de détruire des Horcruxes, réputés indestructibles, cependant c'est une arme blanche et cela peut suffire à lui faire peur. C'est une carte à jouer.
— Nous aimerions te renvoyer d'où tu viens. Je promets qu'il ne t'arrivera rien si tu te laisses faire. En revanche, en cas de danger, nous pouvons maintenant te blesser avec cette épée.
— D'accord, soupire la manticore après un temps de réflexion.
Minerva et Filius répartissent alors les tâches. Neville reste en position de défense, l'épée en mains Teddy et Sarah posté·e·s en renfort sur les côtés Hagrid un peu en arrière avec les Sombrals. Et tous les autres, nous nous préparons et coordonnons pour lancer un Incarcerem puissant d'une seule et même voix.
Une vive lumière éclaire la clairière un petit instant et de nombreuses cordes, épaisses et solides se matérialisent sur la manticore, la saucissonnant bel et bien, de la tête à la queue. Les entrelacs et les nœuds sont presque beaux, tellement c'est harmonieux. Je promets à la créature de ne pas l'enchaîner avec du métal si elle ne se débat pas. Elle demande à être nourrie en échange de sa tranquillité, ce que nous acceptons.
Nous retournons lentement à Poudlard en traversant la forêt, péniblement. Je ne sais pas quelle heure il peut bien être, mais les cours ont déjà dû commencer. En tout cas pour les classes dont les professeur·e·s ne sont pas ici avec moi. Nous laissons la manticore aux bons soins de Hagrid, en lisière de la forêt pour éviter que les élèves tombent sur elle par accident. Le professeur Gobe-Planche assurera tous les cours de Soins aux créatures magiques temporairement, jusqu'à ce que Hagrid puisse reprendre son mi-temps. Nous ne savons pas encore combien de temps la manticore sera « hébergée » à Poudlard avant qu'une équipe du Département de contrôle et de régulation des créatures magiques vienne la récupérer.
— Tous vos élèves sont dans la Grande Salle, nous leur avons demandé de faire leurs devoirs, vous êtes dispensés de cours ce matin. Harry, je veux que tu passes à l'infirmerie. Je vous veux tous dans mon bureau dans deux heures, nous indique Minerva.
— Je l'accompagne, propose Malefoy en me poussant vers l'infirmerie d'une main dans le dos.
Je ne proteste pas, je sais que c'est inutile. Je me retiens également de faire le moindre geste ou d'avoir un regard pour Malefoy, je ne veux pas trahir notre relation et je crains qu'il voie dans mes yeux mes sentiments pour lui. Je ne voudrais pas le faire fuir.
N'oubliez pas de me laisser une petite review si vous avez aimé :)
On se retrouve dans deux semaines, le 5 août 2022 avec le chapitre 15 : « Conséquences ».
En attendant, portez vous bien !
