Bonjour à toustes !

Merci infiniment pour vos reviews à chaque chapitre, même quelques mots me touchent beaucoup !

Pour celleux qui me suivait sur le Défi Sexy, je vais bien, j'ai mis en pause parce que je ne pouvais plus suivre la cadence d'un texte par jour, mais il reste 3 textes et je les écrirai ! D'ailleurs je suis en train d'en écrire un en ce moment.

Et maintenant, je vous laisse avec le chapitre 15, cela se passe immédiatement (le même jour) après la fin du précédent, juste après l'attaque de la manticore !

Bonne lecture !


Chapitre 15 — Conséquences

Vendredi 28 février 2020 (suite)

Harry ressort de l'infirmerie plutôt rapidement compte tenu de l'affrontement qu'il a vécu. Drago l'a attendu dans la salle d'attente, se rongeant les sangs. Comment une manticore a-t-elle pu arriver dans la forêt interdite ? Ça ne peut être que les Partisans Noirs et cela l'inquiète. Jusqu'où iront-iels pour parvenir à leur fin ? Sachant que cette fois, le danger ne concernait pas que Harry, toute l'école aurait pu en pâtir.

Harry vérifie l'heure dès qu'il rejoint le couloir. Il décide de passer dans ses appartements pour prendre une douche et se changer avant de se rendre au bureau de la directrice, il en a juste le temps. Il est dix heures trente et les couloirs sont vides : les étudiant·e·s viennent de retourner en classe après la pause de la matinée. Cela l'arrange, il est dans un état pitoyable. Drago le suit sans rien dire, sans geste vers lui. Ils savent tous les deux pourquoi et cela ne pose pas de problème.

La porte des appartements de Harry est entrouverte et ce dernier est pourtant certain de l'avoir fermée en partant pour son footing tôt ce matin. Il dégaine sa baguette et ses sens se remettent en alerte. Ses vieux réflexes reprennent une fois de plus le dessus et il écarte Drago d'une main, lui demandant silencieusement de ne pas rester dans l'alignement de la porte. Le Serpentard se pousse, mais sort également sa baguette, bien décidé à ne pas se laisser faire si cela est nécessaire.

En entrant précautionneusement dans le salon, Harry découvre avec stupeur que tout est dévasté. Ses meubles sont grands ouverts, ses affaires éparpillées aux quatre coins de la pièce, déchirées, piétinées, brisées. Il avance lentement, sur ses gardes, l'oreille attentive. Mais il n'y a aucun bruit, la personne qui a agi est partie depuis longtemps. Drago le suit sans attendre son signal et sa bouche s'ouvre de surprise devant les dégâts.

Un rapide tour des lieux permet à Harry de constater que rien n'a été épargné : ses livres jonchent le sol — de nombreuses pages arrachées — ses vêtements sont lacérés, ses produits de soins sont éventrés ou vidés dans la baignoire pleine d'eau qui déborde dans la salle de bain en répandant une épaisse mousse qui menace d'inonder tout l'appartement. Le Gryffondor ferme le robinet et évacue l'eau et la mousse à l'aide de quelques Evanesco . Il est atterré par tant de violence. Il est maintenant absolument certain que des élèves sont impliqués dans les Partisans Noirs et visiblement leur haine contre lui est puissante.

Harry retourne dans sa chambre, se lance un sortilège de nettoyage, à défaut de pouvoir se laver, et se change. Il arrive à trouver un pantalon noir et un vieux pull tricoté par Molly qui ont miraculeusement échappé au désastre. Son esprit tourne à cent à l'heure, il cherche parmi ses étudiant·e·s celleux qui pourraient être responsables d'un tel carnage. Il repense à John Sheffield et ne peut croire que ce discret Serpentard puisse agir ainsi. Peut-être qu'il ne connaît même pas l'élève qui a massacré ses possessions. Il faut qu'il en parle avec Tulipe.

Quand Harry revient dans le salon, il trouve Drago en train de ramasser des livres et de les réparer à coups de sortilèges.

— Laisse tout comme c'est, Malefoy. Les Aurors viendront faire des relevés d'empreintes et d'ADN avec une équipe scientifique de la Brigade de police magique.

— Tu leur diras que mes empreintes sont là parce que j'ai voulu ranger, n'est-ce pas ? s'inquiète Drago, reposant le livre qu'il tenait jusque là.

— Tu n'es pas un suspect, il n'y a aucune raison que l'on t'accuse, ne t'en fais pas.

Drago hoche la tête, rassuré. Il déteste avoir continuellement peur d'être entraîné dans une affaire qui ne le concerne pas. Rien que l'idée d'être en détention provisoire lui donne la nausée. Il respire un grand coup pour se donner du courage et jette un nouveau regard circulaire à la pièce dévastée, ne comprenant pas comment cela a pu arriver. Puis il se rappelle qu'il a une photo en main.

— C'est ton ex ? demande-t-il en la tendant à Harry.

Ce dernier attrape le morceau de papier froissé. C'est la photo de Charlie et lui qu'il a emportée avant la rentrée et qu'il avait cachée dans « Vie et habitat des animaux fantastiques ».

— C'est Charlie, oui. Où as-tu trouvé ça ?

— C'était dans un des livres que j'ai réparés, ça dépassait un peu des pages. Je suis désolé d'être tombé dessus, tu voulais visiblement garder ça pour toi.

— Ce n'est plus un secret maintenant, ça ne fait rien.

Harry regarde la photo, le petit pincement au cœur habituel se fait ressentir. Va-t-il se débarrasser un jour de tout ça ou est-il condamné à accumuler les amours qu'il ne peut surmonter ? Ginny… Charlie… Et dans le futur, Drago peut-être ? Il range le papier glacé dans sa poche : même si ce n'est pas un secret, il répugne à ce que cette photo fasse partie des pièces à conviction et soit scrutée par ses ancien·ne·s collègues du laboratoire scientifique. Après tout, iels pourront relever des empreintes et enquêter sur d'autres objets.

— Je croyais que vous étiez séparés depuis longtemps, pourquoi cette photo est-elle dans tes affaires ?

— Serais-tu jaloux ?

— Non, je n'ai pas de raison de l'être. Juste curieux.

Harry hésite, c'est une question intime et il ne sait pas s'il peut déjà aborder ce sujet avec lui. Et puis il se dit que c'est peut-être le bon moment pour parler de ça. Ils sont au début de leur histoire et si les particularités de Harry sont trop dures à supporter pour Drago, leur séparation ne causera aucun dommage. L'objectif est justement d'apprendre à se connaître assez pour savoir s'ils ont un avenir ensemble ou pas.

— J'ai quelques difficultés à laisser derrière moi mon passé. Tous les pans de mon passé, mes histoires d'amour incluses. Je ne voulais pas venir à Poudlard sans une photo de Charlie. J'en ai aussi une de Ginny dans mon bureau. Je reste attaché à eux, ils sont encore mes amis, je les aime et ils feront toujours partie de ma vie.

Drago prend le temps de méditer cette réponse. Harry est apparemment très sentimental et se trimbale avec une chaîne invisible à ses pieds. Drago peut comprendre ça, il a également sa chaîne même si elle est différente. Il ne pourra pas changer Harry, il ne peut qu'accepter qui il est s'il veut continuer à sortir avec lui. Alors, puisqu'il souhaite donner une chance à leur relation, il décide de faire avec. Qui sait de quoi demain sera fait de toute façon ?

Harry a un visage grave et Drago devine qu'il s'inquiète de sa réaction. Le Serpentard sourit un peu pour le rassurer.

— Je comprends, le passé peut avoir une forte emprise sur nous. Je connais ça. Et puis, il n'est jamais désagréable d'avoir des photos de beaux mecs dans ses affaires, ajoute-t-il pour détendre l'atmosphère.

Harry pouffe, il a une furieuse envie de taquiner Drago.

— Tu trouves que Charlie est beau ?

— Pour un roux, il est plutôt pas mal, je suis obligé de l'avouer. Et puis tu es aussi sur la photo et tu sais déjà ce que je pense de toi.

Drago termine sa phrase sur un rictus amusé, à moitié souriant, un peu moqueur. Harry lui sourit en retour. Et la réalité revient à eux : il est temps de retrouver Minerva et les autres, les Aurors doivent déjà être arrivé·e·s. Et iels vont avoir plus de travail que prévu avec les appartements de Harry à passer au peigne fin. Encore.

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Harry, Neville et Drago repartent du bureau directorial à treize heures passées, totalement lessivés. Le repas dans la Grande Salle est presque fini et ils se dirigent directement vers les cuisines pour trouver quelque chose à manger. L'après-midi risque d'être très longue.

La première partie de la réunion a consisté en une mise au point de la version officielle de l'évènement. Certaines des personnes présentes dans la forêt, soit Gemma Farley, Rubeus Hagrid et Sarah McArthur, n'étaient pas au courant des menaces qui pèsent sur Harry depuis des mois. Une explication édulcorée leur a été donnée et iels sont repartis rapidement avant l'arrivée de Tulipe et de son équipe. En effet, tout le monde pourrait être un suspect potentiel, donc le moins de personnes possible doivent être informées. Évidemment, Harry et Drago se sont bien gardés de dire que leurs enfants et tout le petit clan Potter-Weasley sont déjà dans le secret depuis des semaines.

Dès l'arrivée de Tulipe, Harry a raconté avec beaucoup de détails tout ce qui s'est déroulé dans la matinée et Drago a complété un peu de son côté. Ce dernier a vu partir Harry en courant vers la forêt avant de recevoir son message par Patronus. Il a immédiatement alerté Minerva et Neville qui étaient en train de petit-déjeuner avec Gemma, Tomas et Sarah. Celleux-ci se sont donc imposé·e·s pour le sauvetage. Hagrid a suivi le groupe quand il est passé près de sa cabane. Personne ne savait ce qui se passait jusqu'au deuxième Patronus destiné à Neville alors qu'iels étaient juste à l'orée de la forêt. Ce dernier est reparti au pas de course au château et les autres ont organisé le transport en balais et Sombrals pour ne pas perdre trop de temps.

Les trois hommes se restaurent rapidement, les cours reprennent dans moins de trente minutes. Harry est déjà épuisé de sa matinée et la journée est loin d'être terminée. Pendant l'après-midi, l'équipe des Aurors va revenir avec des collègues du laboratoire pour fouiller et analyser les appartements de Harry. Et après les cours, Drago et Harry doivent être interrogés individuellement par Tulipe. Le Gryffondor sait qu'il va passer un mauvais moment.

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Harry passe effectivement un très mauvais moment. Tulipe l'a incendié. D'après elle, il a pris des risques insensés alors qu'il savait qu'on cherche à le tuer. C'était forcément un piège et il a plongé dedans la tête la première sans réfléchir. Elle est surtout très inquiète pour son ami et son professionnalisme est mis à mal : elle s'est un peu laissé déborder. Elle lui fait également signer sa déposition qui disparaît dans un éclair de fumée après un geste de la baguette de l'Auror. C'est une méthode de sécurité pour que les dépositions, pièces à conviction et documents concernant l'affaire se téléportent en lieu sûr au Ministère, afin de ne pas être falsifiés avant d'être authentifiés et verrouillés par les Langues-de-Plomb.

— Comment ça avance de ton côté, Tulipe ? Des pistes ?

— Je ne devrais pas te le dire…

— Mais tu vas le faire tout de même ?

Tulipe soupire, exaspérée. Elle n'aurait jamais dû prendre cette enquête, elle est trop concernée.

— Tous les lieux de vente des lots de parchemins et d'encre ont été perquisitionnés. Certains avaient des registres de clients et nous faisons les interrogatoires au fur et à mesure. C'est compliqué puisque nous devons nous baser sur la bonne foi des gens, ni la légilimencie ni le veritaserum ne sont autorisés pour l'instant.

— Encore heureux… Ce sont de simples clients.

Tulipe est d'accord. Le Ministère n'est pas parfait, le Bureau des Aurors non plus, mais iels tentent de faire leur travail avec un minimum de décence et d'éthique maintenant. Certaines lois y veillent. Des lois sorties après la Deuxième Guerre contre Voldemort.

— Pour le moment, les comparaisons calligraphiques entre les parchemins de tes anciennes enquêtes, celles des étudiants et celles des parchemins de menaces n'ont rien donné. On en a mis quelques-uns de côté, mais je crois que nous ne trouverons rien. On continue par acquis de conscience.

— Je m'en doutais aussi.

— Ton appartement est en cours d'investigation, je pense qu'on en a pour tout le week-end. Des centaines d'empreintes ont déjà été relevées et beaucoup de cheveux. Il faudra impérativement nous fournir celles des personnes qui sont venues chez toi. Et des cheveux également.

— Il y a mes trois enfants, la petite amie de James, Drago et Neville. Personne d'autre à ma connaissance. Ah, si ! Les elfes de maison aussi.

Tulipe hoche la tête pour confirmer qu'elle a noté l'information. Elle écrit quelques mots sur un parchemin et le plie en forme d'oiseau d'un coup de baguette. Ce dernier s'anime, s'envole, passe sous la porte du bureau de Harry et disparaît.

— Mon équipe va prévoir les relevés avec Minerva McGonagall, en toute discrétion. Il faut aussi que vous nous fournissiez l'intégralité des empreintes de vos étudiants, associées à leurs noms.

— Je vais proposer à Neville de faire ça au cours d'un repas dans la Grande Salle, ça devrait être facile de récupérer les verres et de magiquement associer les identités. D'ailleurs, tu as pu enquêter sur les élèves dont je t'ai parlé ?

— John Sheffield n'a rien à se reprocher et sa famille non plus. La même chose pour son amie Jessica Sampson. Il reste Mike Fawley, d'une famille membre des Vingt-Huit Sacrées et dont le père est à Azkaban. Mais le gamin en lui-même est clean.

— Pourquoi est-il à Azkaban ?

— Une histoire de détournement de fonds, magouilles financières et réseau proxénète. C'est ton équipe qui l'a arrêté. Et rien que pour ça il faut que tu gardes un œil sur ce gosse.

— Je ne l'ai pas en DCFM, Drago ne l'a pas en Potions non plus. Je vais en parler à Neville et Tomas, peut-être qu'il a pris Botanique ou Métamorphose.

— Personne d'autre ne doit être mis au courant, Harry. Si ce gamin ne suit aucune de ces matières, il faudra le surveiller différemment.

Harry ne peut qu'être d'accord. Cette affaire est vraiment problématique. Même quand il était Auror, il n'était pas constamment menacé d'être assassiné. Au Ministère, le risque était quasi nul. Ou chez lui. Ici, le danger peut venir de partout et les Partisans Noirs sont particulièrement déterminés.

— Le nœud se resserre, entre les indices dans ton appartement, la surveillance du jeune Mike et l'enquête sur l'origine de la manticore, nous devrions faire un grand pas en avant. Une bestiole pareille, ça laisse des traces, même quand elle est transportée clandestinement, le rassure Tulipe en se levant pour partir.

Harry attire son amie dans une accolade. Qui sait s'il ne rendra pas l'âme avant la fin de l'année scolaire, il ne veut pas se priver de câliner ses proches.

— On essaie de sortir boire un verre à mon prochain week-end libre ?

— J'attends ton message, Harry.

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Harry a réussi à récupérer quelques affaires dans son appartement : des vêtements encore intacts et sa brosse à dents. Les Aurors ont condamné les lieux pour la nuit et l'enquête se poursuivra le lendemain. Le Gryffondor se traîne dans les couloirs de Poudlard, éreinté physiquement et épuisé mentalement. Les étudiant·e·s sont pour la plupart dans leurs Salles Communes, c'est bientôt le couvre-feu. Il vient de quitter ses enfants qu'il avait réunis dans la Salle des Professeur·e·s, à défaut de pouvoir les recevoir chez lui. Teddy est déjà au courant, évidemment, mais ael est venu·e quand même pour soutenir James et Albus. Les deux garçons ont été informés de la situation et Harry a bien vu l'angoisse dans leurs yeux. Il a promis d'être prudent, encore plus. Il leur a demandé de faire attention aussi, de ne pas se séparer de leurs ami·e·s proches et si possible de rester grouper avec des gens de confiance, notamment leurs cousins et cousines. Il a ensuite ramené James chez les Gryffondor, Teddy à son appartement de professeur·e et a fait le chemin jusqu'aux cachots avec Albus.

Il laisse Albus entrer dans la Salle Commune de Serpentard après l'avoir enlacé avec force. Il aperçoit la chevelure blonde de Scorpius dans l'entrebâillement de la porte et il est rassuré : son fils ne sera pas seul. Puis il continue sur quelques dizaines de mètres jusqu'à la porte de Drago. Il frappe et attend.

Plus tôt dans la journée, Tulipe a exigé que Harry soit hébergé par l'un de ses collègues au courant de la situation. Drago s'est proposé, avançant l'excuse du tutorat, au cas où des étudiant·e·s apprendraient que le professeur de DCFM dort chez lui. Évidemment, toute l'école sait que les appartements de Harry ont été vandalisés et la raison de cette attaque créée déjà des rumeurs farfelues.

La porte s'ouvre sur Drago, il a l'air épuisé, ses traits sont tirés. Harry se rend compte qu'il a eu une journée presque aussi dure que la sienne. Or il n'a pas l'endurance et la forme physique d'un ancien Auror qui fait du sport quotidiennement. Drago s'écarte pour laisser entrer Harry puis verrouille le panneau de bois derrière lui.

— Malefoy, je…

Harry est coupé dans sa phrase par le corps de Drago qui le serre. Le Serpentard s'est jeté sur lui et l'enlace fermement. Harry soupire de lassitude, relâche la tension accumulée et s'abandonne avec plaisir, l'entourant de ses bras à son tour. Harry réalise que c'est le premier contact qu'il a avec Drago depuis ce matin, quand il est venu le chercher à son appartement pour le footing. Ils n'ont quasiment jamais été seuls de la journée et ils ont même évité de trop se regarder pour ne pas éveiller les soupçons. Harry savoure ce moment, cette douce étreinte. Il apprécie vraiment cette tendance de Drago à aimer la proximité physique, cela lui fait un bien fou de ne pas avoir besoin de demander du réconfort.

— Désolé, j'aurais dû te demander, murmure Drago dans son cou.

— Aucun problème, j'adore les câlins. Il n'y a quasiment aucune chance que je dise non à ce genre de choses un jour.

Harry sourit. Il a du mal à réaliser que son besoin de toucher ses proches est partagé par Drago. C'est si inespéré. Il a toujours respecté les désirs et les refus de proximité de ses partenaires, tout le monde n'a pas les mêmes envies ou n'est pas forcément disponible pour une caresse, un baiser, un câlin. Mais Harry était celui qui demandait le plus et cela lui a parfois pesé. Ce n'est pas le cas avec Drago, Drago qui a toujours une main près de Harry, ou sur lui.

Harry finit par rompre lentement l'étreinte. En douceur et presque avec regret. Il garde les yeux levés vers Drago, lui caresse la joue et se met sur la pointe des pieds pour un bref baiser. Drago attrape sa main au passage, embrasse ses doigts et les maintient serrés alors que son bras retombe le long de son corps.

— Tu vas bien ? Tu as l'air fatigué, s'inquiète Harry.

— Une bonne nuit de sommeil réglera le problème, ne t'en fais pas. Et toi ?

— Un week-end entier à dormir devrait être suffisant ! rit Harry malicieusement.

Drago lève les yeux au ciel. Il relâche la main de Harry et lui indique qu'il peut aller se doucher s'il le souhaite. Il se souvient très bien que le Gryffondor n'a pas pu se laver en rentrant de l'affrontement avec la manticore à cause de la dévastation de l'appartement. Harry accepte en souriant et disparaît dans la salle de bain. Drago s'assoit dans son canapé et l'attend. Il en profite pour repenser à cette journée hallucinante. La situation l'inquiète : les choses semblent s'aggraver. À quel moment les Partisans Noirs feront-iels totalement abstraction des élèves et des proches de Harry, créant des dégâts collatéraux ? Cela paraît en prendre le chemin. Drago a l'impression de revivre la montée en puissance de Voldemort, dans une moindre mesure, et de la peur qu'il suscitait à force de gagner du terrain. Une nausée s'empare de lui aux souvenirs qui reviennent en force, comme si tout cela datait d'hier. Il secoue un peu la tête, se frotte le visage avec les mains et se force à respirer amplement : inspiration, pause, expiration, pause… Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu besoin de s'apaiser ainsi, de calmer des angoisses. Il pensait ce pan de vie loin derrière lui. Et bien sûr, il faut toujours que ce soit Harry la cible de ces maniaques de la magie noire. Harry, de qui il est proche maintenant et dont le sort lui importe encore plus qu'à l'époque. Avant, il ne voulait qu'une chose : que le Survivant détruise Voldemort, rien de plus. Aujourd'hui, il a peur pour lui. Il s'est attaché à lui, l'apprécie, le respecte, commence à bien le connaître. Peut-être est-ce ainsi qu'on tombe amoureux de quelqu'un ? Drago ne sait pas trop s'il est déjà concerné, cela lui semble étrange. Il essaie d'analyser ce qu'il ressent, ce qu'il a lu sur le sujet : les « papillons » dans le ventre, le cœur qui bat et tout un tas d'autres choses. Il n'a pas l'impression de vivre ça, pas vraiment.

Harry revient dans la pièce principale, habillé d'un pyjama bleu foncé, pieds nus et les cheveux encore humides. Drago prend la suite et ne s'attarde pas sous la douche. Il est si fatigué qu'il ne rêve que de s'allonger. Il enfile sa tenue de nuit, une robe traditionnelle en coton gris et rejoint Harry. Ce dernier est affalé sur un fauteuil, la tête renversée en arrière sur le dossier, les yeux fermés. S'il ne dort pas encore, il n'en est pas loin.

— Harry, chuchote Drago en lui touchant doucement l'épaule, viens te coucher.

— Hum, oui. Désolé, je crois que j'étais en train de m'endormir. Je vais appeler un elfe de maison pour qu'il m'apporte une couverture et un oreiller.

Drago lève un sourcil étonné.

— Pour quoi faire ?

— Pour dormir sur le canapé. Le fauteuil n'est probablement pas une bonne idée.

— Il y a de la place pour nous deux dans mon lit, tu ne vas pas dormir sur le canapé, c'est ridicule.

— Tu es sûr ?

Drago hausse les épaules. Il ne proposerait pas s'il n'était pas certain. Sans répondre, il se rend dans sa chambre et se couche. Si Harry veut le rejoindre, il sait où aller, mais Drago ne tient plus debout. Le Serpentard est touché que Harry ait offert de dormir dans le salon, pensant probablement que leur relation n'était pas assez avancée pour passer la nuit ensemble. Mais Drago n'est pas de cet avis.

Finalement, Harry arrive quelques minutes plus tard.

— J'ai quand même préparé le canapé, pour sauvegarder les apparences, marmonne-t-il d'une voix fatiguée en se glissant sous la couette.

— Merci.

Drago agite sa baguette et la lumière s'éteint. Il se tourne sur son côté préféré, vers l'extérieur du lit et s'installe confortablement. La chambre est silencieuse, sauf pour la respiration légère des deux hommes. Drago n'a plus l'habitude d'avoir quelqu'un avec lui, mais c'est plaisant. Le matelas bouge : Harry se déplace un peu.

— Je peux venir contre toi ?

— Bien sûr.

Harry se love contre le dos de Drago, passe un bras autour de lui et laisse sa main reposer contre son ventre. Il le sent se gonfler à chaque respiration, c'est agréable. Son nez est chatouillé par les cheveux longs de Drago. Ils sentent bon les fleurs. Son shampoing. Harry hume le plus silencieusement possible la douce fragrance et s'apaise. Il dépose un baiser dans la nuque de Drago, à travers les mèches.

— Bonne nuit, Drago.

— Bonne nuit, Harry.

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Samedi 29 février 2020

Drago a déserté Poudlard pour son week-end de relâche. Sur un coup de tête, il s'est invité chez sa mère avec Scorpius. Il a besoin d'un peu de recul et de s'éloigner de la situation compliquée. Il n'est pas inquiet pour Harry, les Aurors sont à l'école pour plusieurs jours encore et il a promis de ne pas se mettre en danger.

Il veut aussi donner l'opportunité à Scorpius de voir sa grand-mère et de sortir un peu du château. Il est évidemment au courant de ce qu'il s'est réellement passé la veille : Albus le lui a répété. Drago est préoccupé que son fils prenne sur lui le stress et l'angoisse de son ami. Le jeune garçon a assuré à son père que ce n'était pas un problème et qu'il soutenait Albus, qu'il préférait savoir plutôt que d'imaginer des choses. Drago est très fier de Scorpius, de sa maturité et de sa gentillesse.

Le directeur de Serpentard ne s'est pas ennuyé. Il a corrigé tous les devoirs qu'il lui restait, a modifié quelques cours pour la fin du mois prochain, a longuement volé dans la campagne autour de la maison et a mangé dans un pub moldu non loin. Pendant que Scorpius est sorti avec Narcissa pour faire des emplettes. Cette dernière a invité son petit-fils au restaurant, elle n'a pas l'occasion de le voir très souvent, elle veut en profiter.

Drago se change et passe une robe de sorcier assez classique. Il se regarde dans le miroir de son ancienne chambre. Tous ses meubles et ses affaires ont été déplacés du Manoir Malefoy à cette maison quand Narcissa a dû vendre pour raisons financières après les procès. Cette dernière a tenu à ce que tout soit identique et a organisé une chambre exactement comme celle que Drago avait. Excepté qu'elle est beaucoup plus petite. Les photos de ses amis sont toujours sur le mur près de son lit, son étagère croule sous les livres d'école et les murs sont aux couleurs de Serpentard. Drago oscille entre la nostalgie et la tristesse, nombre de ses possessions regorgent de souvenirs parfois douloureux. Mais au moins, ce n'est pas le Manoir Malefoy, il n'aurait pas pu y séjourner de nouveau après tout ce qu'il y a vécu.

Le son d'une clochette résonne dans le couloir et Drago rejoint la salle à manger. Il y retrouve Scorpius et Narcissa, déjà installé·e·s. Le couvert est mis pour trois personnes, à un bout de la grande table. Heureusement, sa mère a abandonné l'idée de les faire dîner à distance les uns des autres, comme c'était le cas quand Drago était jeune.

— Comment s'est passée votre journée ?

— Très bien. Scorpius est toujours aussi curieux, nous avons beaucoup discuté et nous nous sommes bien amusés.

— J'espère que vous ne l'avez pas trop gâté, Mère.

Narcissa n'a pas le temps de répondre. Un petit elfe de maison, habillé d'un pantalon et d'une chemise noirs, apporte l'entrée et fait le service.

— Elle m'a offert une nouvelle plume de phénix et…

— Et quoi ?

Drago craint le pire. Sa mère, malgré ses moyens plus limités, a tendance à perdre la mesure des choses avec Scorpius.

— Un boursouflet, lâche le garçon.

— Tu as déjà un hibou, Scorpius.

— Oui, mais il vit dans la volière toute l'année. Plein d'élèves ont des animaux de compagnie dans le dortoir !

Drago lance un regard acéré à Narcissa. Elle savait pourtant que Drago était contre ce genre de choses. Il ne veut pas que son fils soit submergé de cadeaux à chaque visite. Le garçon n'a jamais manqué de rien, même quand Drago n'avait pas de travail, il s'est privé pour lui, mais il ne veut pas en faire un enfant gâté. Il ne veut pas reproduire ce qu'il a vécu, ça ne lui a rien apporté de bien d'être traité comme un roi dont tous les souhaits étaient systématiquement accordés. Mais maintenant c'est trop tard, il ne peut pas retirer l'animal à son fils.

— Rien d'autre, n'est-ce pas ?

Les deux coupables secouent la tête. Narcissa ne feint même pas le regret, elle aime faire plaisir à Scorpius et rien de ce que Drago lui dira ne l'empêchera de le faire. Au moins un peu.

Le reste du dîner se déroule calmement et Scorpius raconte sa journée à son père. Ce qu'il a mangé au déjeuner, les gens qu'iels ont croisés, les boutiques qu'iels ont visitées. Quand l'elfe de maison emporte les assiettes sales du dessert, Scorpius demande à monter dans sa chambre. Drago et Narcissa s'installent dans le salon pour prendre une tasse d'infusion apaisante pour le soir.

Le silence est pesant, Drago sent encore les vestiges de cet embryon de dispute à propos du boursouflet. Et il craint que l'ambiance ne s'améliore pas. Étant donné l'attachement qu'il a pour Harry, Drago s'est fait une raison. Il est heureux de vivre enfin une relation normale avec quelqu'un. Il ne veut plus se priver de ça, que ce soit avec Harry ou quelqu'un d'autre, il ne veut plus être seul. De ce fait, il se doit d'en parler avec sa mère, il ne pourra pas lui cacher indéfiniment son compagnon. Il sera facile d'amener la conversation sur le terrain des relations amoureuses, il sait exactement comment s'y prendre.

— Mère, je sais que vous aimez faire plaisir à Scorpius, mais je n'apprécie pas qu'il reparte avec des cadeaux chaque fois que nous venons ici.

— Mon chéri, Scorpius est mon seul petit-fils. Je ne suis pas déraisonnable, quoi que tu en penses. Si tu avais eu d'autres enfants, les présents auraient été partagés. Il n'est pas trop tard, tu es encore jeune.

— Mère, nous avons déjà eu cette discussion des centaines de fois : je n'en aurai pas d'autres.

Drago laisse sa phrase suspendue un instant avant d'ajouter :

— Je ne peux pas avoir d'autres enfants.

— Astoria est décédée depuis des années, Drago. Tu pourrais te remarier avec une jolie femme et avoir un bébé. Tu aurais pu le faire depuis longtemps. Veux-tu finir ta vie seul ?

— Cela ne sera pas le cas, ne vous en faites pas. Mais la personne qui la partagera ne pourra pas porter d'enfant.

Narcissa repose sa tasse avec précautions et scrute Drago. Le ton de ce dernier l'interpelle.

— Les hommes ne portent pas la vie, Mère. Scorpius demeurera fils unique.

Drago a gardé son infusion entre ses paumes, posées sur ses genoux. Il se force à rester droit et fier. C'est difficile, il sent de légers tremblements dans ses doigts et se concentre pour ne pas renverser le liquide chaud. Son cœur bat un peu trop vite, Drago est effrayé. Mais il ne détourne pas le regard, il ne veut pas rater les réactions de sa mère. Et il s'est promis, il y a déjà très longtemps, d'arrêter d'avoir peur. C'est un défi quotidien.

— Es-tu en train de me dire que tu as une relation avec un homme, Drago ? Ou ai-je mal compris ?

— Vous avez très bien compris.

Narcissa hoquette et porte la main à sa bouche. Les conséquences de cette révélation dévastent la pauvre femme qui voit son monde s'écrouler. Sa famille, déjà si peu estimée depuis la Deuxième Guerre, risque de subir un nouveau scandale. Les Malefoy ne s'en relèveront peut-être jamais cette fois.

— Qui est au courant de cette hérésie ? demande-t-elle froidement.

— Vous, Scorpius et Théodore. Je compte l'annoncer à mes autres amis et mes collègues d'ici peu.

— Tu ne peux pas faire ça, Drago ! Que vont penser les gens de cette attitude contre nature ? Que vais-je devenir si mon fils unique s'affiche avec un homme ? J'ai déjà si peu d'amies, elles vont me tourner le dos !

— Il s'agit de ma vie, Mère, pas la vôtre ! Je ne peux pas changer qui je suis, que cela vous plaise ou non ! Si cela est trop dur pour vous, je sortirai de votre vie, il ne me sera pas difficile de vous ignorer comme j'ignore Père depuis vingt ans. Je vis caché depuis trop longtemps, maintenant je reprends la liberté que je me suis interdite.

Drago pose alors sa tasse brutalement et la coupelle se fêle. Le visage de Narcissa est saisi par la stupeur, elle ne réagit pas. Drago serre les poings pour maîtriser ses tremblements et s'en va sans un mot. Il se retient de courir se réfugier dans sa chambre comme un enfant effrayé. Il est un adulte, il prend son destin en main, il doit assumer maintenant. Mais c'est l'une des choses les plus difficiles qu'il ait faites dans sa vie.

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La lumière naturelle n'est pas présente dans les appartements de Drago. Harry y a passé toute la journée, à travailler ses cours et corriger les parchemins de ses élèves, et l'ambiance sombre lui tape sur le système. Comment fait Drago pour supporter d'être enfermé dans les cachots toute l'année ?

Harry a promis aux Aurors, à Neville, à ses enfants et à Drago de ne pas quitter cet endroit seul de tout le week-end. Il y a même pris ses repas, apportés par un elfe de maison. Albus et James sont venus le voir brièvement dans l'après-midi pour lui demander l'autorisation d'aller à Pré-au-Lard ensemble. Harry a accepté à la condition qu'ils ne se séparent pas et que Ted les accompagne. Pour une fois, James n'a pas rechigné aux conditions imposées par son père, il a pris conscience de la gravité de la situation.

Il est tard et Harry est encore fatigué de la veille. Son corps s'est remis sans difficulté grâce à sa nuit dans les bras de Drago, mais son esprit n'a cessé de tourner et retourner les éléments de l'enquête dans tous les sens. Il sait que ce n'est pas sa place, mais il ne peut s'en empêcher, il a été Auror pendant trop longtemps et les réflexes sont bien ancrés. L'identité de celui ou celle qui a saccagé son appartement le préoccupe beaucoup. Il a listé tous les étudiant·e·s de la cinquième à la septième année et compte bien remplir le parchemin de toutes les informations qu'il pourra recueillir sur elleux dans les prochaines semaines. L'un·e d'elleux finira bien par se trahir, d'une manière ou d'une autre. Il a aussi prévu les futures investigations à faire dans Poudlard et notamment la visite de la Chambre des Secrets la semaine à venir. Il faut que l'enquête avance !

Le directeur de Gryffondor se lève de sa chaise inconfortable et s'étire mollement. Il est temps de se coucher. Il prend une rapide douche et se glisse dans le lit de Drago. L'oreiller de Drago a l'odeur de son shampoing, cette légère note florale que Harry apprécie. Quelle chance que la literie n'ait pas été changée dans la journée ! Harry décide de garder l'oreiller de Drago pour lui cette nuit, après tout il n'est pas là pour le réclamer.

Harry espère que Drago va bien. Il l'a senti ébranlé par ce qui est advenu depuis des mois et il y a de quoi l'être. Entre l'arrivée de Harry, les attaques, son coming out et sa mise en couple, Drago a eu sa vie totalement chamboulée. Ce dernier manque à Harry ce soir, la nuit passée était si agréable qu'il ne pense qu'à réitérer. Le simple fait de ne pas dormir seul est un vrai plaisir. Il sait pourtant que c'est une conséquence de son appartement dévasté et que ça ne se serait pas produit aussi vite autrement. D'une part, Harry ne peut déserter son poste de directeur de Gryffondor, même la nuit, en quittant la Tour Gryffondor. D'autre part, leur relation ne resterait pas secrète bien longtemps s'ils dormaient chez l'autre régulièrement, quelqu'un finirait forcément par les surprendre.

Harry se demande comment les choses vont évoluer entre eux. Depuis qu'ils sont ensemble, ils discutent beaucoup et apprennent à se connaître, parlent de leurs vies. Mais il y a un sujet qui n'a jamais été abordé pour le moment : leurs expériences respectives de la sexualité. Harry sent que Drago est en retrait par rapport à ça et le Gryffondor ne veut pas le froisser en lui posant des questions indiscrètes. Drago ne s'assume pas, alors peut-être n'a-t-il pas vraiment eu de relations avec des hommes ? Il sait que Drago a du désir pour lui, qu'il l'a affirmé sans trop de complexes, mais il ne semble pas pressé d'expérimenter autre chose que des caresses intimes et des baisers. Pourtant il a paru tellement à l'aise dans ces moments. Harry ne comprend pas trop, mais cela ne le dérange pas, il a déjà vécu ce genre de choses, il a appris que tout le monde n'a pas forcément de désir sexuel, ou beaucoup moins. C'est normal, ce n'est pas un problème et on peut vivre avec quelqu'un de différent sans que cette question soit une difficulté. Cela lui rappelle un moment bien précis de sa vie avec Charlie…

Samedi 6 mars 2010

Le terrier est en pleine effervescence, comme à chaque fois que la famille se réunit. La maison biscornue est remplie d'enfants qui courent partout et d'adultes qui tentent de ne pas se laisser submerger. Chaque année, les anniversaires des enfants et des petits-enfants de Molly et Arthur sont une occasion de se voir. Depuis la Guerre, tout le monde essaie de se libérer. Parfois il y a des absent·e·s, mais c'est rare. Les décès de Fred et de nombre de leurs ami·e·s ont encore plus soudé les Weasley. Cette fois, il s'agit des trente ans de Ron alors Molly a mis les petits plats dans les grands et Arthur a tout organisé pour que chaque membre de la famille soit présent. Harry est arrivé avec les enfants depuis une heure et ces derniers ont déjà disparu avec la myriade de cousins et cousines. Il aide sa belle-mère à la cuisine, avec Fleur et Percy. Une partie des adultes surveille les plus jeunes et Ron couve Hugo, deux ans, de son attention. C'est le benjamin de la nombreuse progéniture Weasley.

Aux environs de midi, juste avant qu'Arthur serve un apéritif pour l'ouverture des cadeaux de son dernier fils, la cheminée de la maisonnée s'embrase de flammes vertes et Charlie entre dans le salon calmement. Il époussette sa veste pleine de suie et se propose immédiatement pour donner un coup de main. Harry arrive à ce moment-là, les bras chargés d'un immense plateau rempli de verres et de bols de chips. Il marque un moment d'arrêt, surpris.

Cela fait deux mois que Harry a quitté la réserve, deux mois qu'ils ne se sont pas vus. Malgré les nombreuses lettres échangées et les quelques appels avec un téléphone moldu, le temps a semblé long à Harry. Deux mois qui ont suffi à Harry pour réaliser qu'il a Charlie dans la peau, qu'il est définitivement fou amoureux de lui. Et personne n'est au courant. Étant donné la distance et la difficulté pour se voir, les deux hommes préfèrent attendre avant d'en parler à leurs proches.

Charlie et Harry se regardent, le temps fait une pause l'espace de quelques secondes. Une pause où le monde n'existe plus en dehors de Charlie pour Harry, ses courts cheveux roux coiffés un peu vers l'arrière, ses yeux bleus, ses taches de rousseur sur le front et les pommettes, ses épaules larges, ses mains calleuses, sa tenue de dragonnier. Évidemment, Charlie a voyagé depuis chez lui directement, probablement par portoloin avant d'emprunter une cheminette. Harry sourit et se reprend, c'est l'anniversaire de son meilleur ami, il pourra discuter avec Charlie plus tard.

L'opportunité n'arrive qu'en fin de journée, alors que la plupart des membres de la famille sont partis. Ginny a emmené les enfants pour sa semaine. Quand elle n'est pas en déplacement international, Ginny a les enfants une semaine sur deux, sinon Harry les garde tout le temps. Iels sont facilement tombés d'accord là-dessus et Ginny se rattrape souvent l'été puisqu'elle ne travaille pas pendant deux mois. Au Terrier, il ne reste que Bill et Fleur qui habitent tout près, iels aident leurs parents à ranger après la tornade de la journée. Harry salue ses beaux-parents et propose à Charlie d'aller boire un verre. Ce dernier n'a pas de raison de refuser et aucune des personnes présentes ne trouve cela curieux : Harry et Charlie sont amis depuis des années.

Harry tend son bras à Charlie et les fait transplaner jusque chez lui. Il l'invite à s'installer dans le salon pendant qu'il sort deux Bièraubeurres de son placard. Il donne un coup de baguette dessus pour les rafraîchir, il ne les boit jamais tièdes, il déteste ça. Il le rejoint la tête pleine d'interrogations et ne sait pas trop comment se comporter. Avec n'importe qui d'autre, à peine la porte de sa maison passée, il aurait sûrement attiré son ou sa partenaire directement dans sa chambre. Mais avec Charlie, quelque chose lui dit que ce n'est pas l'attitude que ce dernier espère.

Harry s'assoit près de lui, pose les bouteilles sur la table et capte son regard. Ses yeux l'hypnotisent littéralement et Harry sent son corps réagir : une bouffée de chaleur le traverse, il rougit un peu, son cœur palpite et son sexe tressaille. Il se penche lentement vers Charlie et chuchote :

Je peux t'embrasser ?

Si tu veux.

Harry franchit l'espace qui les sépare et pose ses lèvres sur celles de Charlie. Le baiser est agréable, Charlie y répond, mais il s'arrête vite. Trop vite au goût de Harry qui en redemande. Charlie se recule un peu. Harry comprend qu'il se passe quelque chose et s'éloigne. Il prend sa Bièraubeurre pour occuper sa main et sa bouche.

Écoute Harry, il y a quelque chose que je dois te dire à propos de moi.

Oh... Ce genre de choses qui va nous faire redevenir célibataires quand tu auras fini ?

Tu te méprends Harry, il ne s'agit pas de ça. J'ai envie de continuer notre histoire, mais tu ne sais pas tout de moi. Il se peut que tu ne souhaites pas poursuivre et je ne t'en voudrais pas.

Harry s'inquiète, qu'y a-t-il de si grave pour qu'il puisse vouloir rompre avec Charlie ? Harry se doute déjà que rien ne pourra le faire changer d'avis, il l'aime trop. Il lui fait signe qu'il est à son écoute.

Il est plus que probable que nous n'ayons jamais de relations sexuelles. Je n'ai pas ce genre d'envie, de besoin.

Harry le regarde avec des yeux ronds maintenant. Il repose la bouteille sur la table de peur de la renverser.

Tu ne me trouves pas attirant ? J'ai fait quelque chose qui t'a déplu ?

Tu n'es pas responsable, Harry. Je te trouve beau, j'aime ta personnalité, j'aime qui tu es. Mais je n'ai pas de désir sexuel ni de libido. Avec personne, jamais.

Ah…

Charlie hoche doucement la tête, laissant le temps à Harry d'assimiler l'information. Il n'a eu que peu de relations sérieuses, mais les réactions de ses partenaires n'ont jamais été enthousiastes à l'annonce de son asexualité. Il comprend que c'est difficile à appréhender, trop différent de la norme.

Tu… enfin… est-ce que je peux te poser des questions ?

Tu peux les poser. J'y répondrai si cela est possible.

Pourquoi n'as-tu rien dit au Nouvel An ?

Tu partais deux jours plus tard et comme tu n'as pas initié de rapprochement, je n'ai pas pensé à t'en parler immédiatement. Et je ne savais pas si la relation à distance marcherait, ça ne m'a pas semblé indispensable au début.

Et maintenant, tu me le dis parce que tu penses que ça peut marcher ? Ou parce que tu as peur que je te force à quelque chose ?

Non, je sais que tu ne me forceras à rien, je te connais. Je te le dis parce que je veux que notre histoire fonctionne et ça ne peut pas être le cas si tu ne sais pas tout. Je suis amoureux de toi, Harry, et j'ai envie que tu sois heureux. Si je ne peux pas te rendre pleinement heureux, si je ne peux pas répondre à tes besoins, il vaut mieux arrêter maintenant.

Je ne sais pas trop… Ça ne m'est jamais arrivé avant.

Prends le temps qu'il faut pour réfléchir si tu veux, ça ne me dérange pas. J'ai l'habitude. Mais je suis disponible pour t'aider à faire cheminer ta pensée si tu le désires.

Harry a oublié les Bièraubeurres. Il ne peut songer à autre chose que la révélation de Charlie. Il réalise qu'il ne sait pas vraiment ce que ça implique, il ne sait pas ce que c'est.

Est-ce qu'il y a des limites à ne pas franchir ? Est-ce qu'embrasser c'est quelque chose que tu t'obliges à faire ?

C'est un contact plaisant, mais je n'en ressens pas spécialement le besoin. Il y a beaucoup de gestes que les gens comme toi trouvent excitants, pour moi ça reste des choses physiquement agréables, je possède des terminaisons nerveuses moi aussi, mais ça n'éveille pas de désir chez moi.

Harry hoche la t ête, sonné. Il découvre un monde totalement inconnu. Il entend les mots de Charlie, mais il a du mal à comprendre. Ça lui fait un peu peur.

Je ne sais pas si je pourrais… enfin… me passer de sexe, tu vois.

Comment as-tu fait depuis deux mois alors ? Tu as couché avec d'autres personnes ?

Pas du tout ! Charlie, je ne suis pas ce genre de personnes qui trompe son mec juste parce qu'il habite loin et que je ne peux pas le voir souvent !

Peux-tu accepter de faire comme si je n'étais pas là, même si je suis là ? Par rapport au sexe, je veux dire.

Très franchement, je ne sais pas. Quand tu es là, c'est différent, je ne peux pas ignorer ta présence. Je crois que je vais réfléchir un peu. Tu repars quand ?

Maman m'a fait promettre de dormir au Terrier cette nuit et de rester demain. J'ai pas pu lui dire non.

Tu restes encore avec moi ou tu rentres ? On peut regarder un film si tu veux.

Je reste.

Harry avait réfléchi plusieurs jours pour finalement décider qu'il pouvait accepter de ne pas avoir de relations sexuelles avec Charlie. Et même si parfois le désir était vraiment fort quand ils se voyaient, ça se passait bien. Harry prenait sur lui pour ne pas être trop proche physiquement de Charlie dans ces moments-là, à la fois pour ne pas le mettre mal à l'aise et pour se faciliter les choses. Harry n'avait presque jamais usé de l'arrangement qu'ils avaient décidé – aller voir ailleurs – et il avait découvert l'utilité des sextoys assez rapidement.

Allongé dans le noir, Harry se dit que cela fait plusieurs fois ces derniers mois que des souvenirs de son histoire avec Charlie lui reviennent en mémoire avec autant de vivacité. Et ça a souvent un rapport avec Drago. Pourtant il ne compare pas du tout, les deux hommes n'ont pas grand-chose en commun a priori. Harry sourit en repensant à la réaction de Drago devant la photo trouvée en rangeant le bazar de son salon. Rien en commun, mais ils pourraient bien s'entendre. Et Drago n'a eu aucune remarque de jalousie au fait que Charlie fait encore partie de la vie de Harry. Cette idée plaît au Gryffondor : si leur relation fonctionne, il veut que Drago puisse connaître sa famille de cœur et se sente à l'aise. Or, il a conscience que ça peut être difficile d'être confronté aux ex. Et il cumule un peu : deux dans la même famille. Harry sombre lentement dans le sommeil en imaginant son futur avec Drago.


N'oubliez pas de me laisser une petite review si vous avez aimé :)
On se retrouve dans deux semaines, le 19 août 2022 avec le chapitre 16 : « La Chambre des Secrets ».
En attendant, portez vous bien !