Bonjour à toustes !

Je vous remercie pour toutes vos reviews ! Si certain·e·s n'ont pas encore reçu de réponse, ne vous inquiétez pas, je le fais à mon retour de vacances d'ici quelques jours ;)

Et maintenant, je vous laisse avec le chapitre 16 et une petite balade dans la Chambre des Secrets !

Bonne lecture !


Chapitre 16 — La Chambre des Secrets

Samedi 7 mars 2020 — Drago

La semaine est passée à une vitesse hallucinante. J'ai encore du mal à réaliser qu'il y a huit jours, les Aurors étaient de retour pour l'enquête. À cause de la manticore. D'ailleurs, après leur départ, Harry a trouvé un nouveau parchemin anonyme de menaces dans son casier. C'était mardi, je crois. Toujours le même genre. Il l'a envoyé à son amie Auror. D'après ce qu'il m'a raconté à mon retour, elle est confiante sur le fait que l'enquête va avancer grâce à la manticore.

Je n'ai pas reçu de courrier de Mère depuis que nous l'avons quittée dimanche après-midi. Elle a fait comme si elle ne savait rien pendant toute la journée, mais elle sait très bien ignorer ce qui la dérange. Peu importe, je ne vais pas changer qui je suis pour elle, j'ai été trop loin pour reculer. Et si elle avait fait plus d'efforts pour me connaître dans ma jeunesse, elle n'aurait sûrement pas été aussi choquée par la nouvelle. Cependant, j'espère que son rejet sera temporaire. Ne plus parler à Père ne me dérange pas trop, ne plus avoir de liens avec Mère serait difficile. Malgré ce que je lui ai affirmé.

Il est quinze heures et j'attends Harry. Il m'a « donné rendez-vous » dans les toilettes de Mimi pour aller explorer la Chambre des Secrets. Normalement, il est en week-end de repos, mais à la place il enquête là où il n'y a rien à trouver. Et je n'ai pas pu l'en dissuader. Ce type m'exaspère parfois… À certains moments, je me demande pourquoi je me suis lancé dans une histoire avec lui. Et puis il débarque dans mon champ de vision et mes doutes s'envolent. Chaque fois.

Harry est en retard, ça ne m'étonne pas. Il avait encore un boulot monstre de ce qu'il m'a dit hier soir avant de rentrer dans son appartement. La création du contenu des cours est un gouffre en termes de temps. Je le comprends, même si je n'ai pas eu à partir de zéro quand j'ai commencé.

J'arpente les lieux, repoussant les mauvais souvenirs. Mimi n'est pas là et tant mieux. Et cette fois je resterai prudent, pas de gestes pour Harry, quoi qu'il arrive.

Quand Harry arrive, il est tout échevelé, comme d'habitude. Il me cherche du regard et ne voit pas que je peux l'observer de là où je me trouve. Il porte des vêtements moldus : un jean, des baskets et l'un de ses affreux pulls en laine. L'un de ceux tricotés par la mère Weasley. Par Salazar, si notre relation marche vraiment et que je suis intégré à cette famille, faites qu'elle ne m'offre jamais l'un de ces trucs. Ceci dit, malgré sa dégaine, je le trouve beau et désirable et mon ventre se tord un peu. La vie est quand même étrange et je n'aurais jamais imaginé un jour penser cela de lui. Je sors du coin de la pièce et son visage s'éclaire d'un sourire en me voyant. J'adore ça. Je ne pourrais plus jamais me passer de ce genre de réactions, je crois. C'est la première fois de mon existence que cela m'arrive et je me prends à espérer que ce sourire veuille dire plus. Est-ce que Harry pourrait finir par m'aimer vraiment ? Et moi, saurais-je un jour ce que c'est d'être amoureux ?

Je le rejoins près du robinet avec le serpent gravé.

— Désolé du retard, il m'a fallu plus de temps que prévu pour mémoriser les mots à prononcer. Cette langue est un enfer.

— Tomas a pu te prêter la pensine ?

— Oui, je l'ai récupérée hier soir en partant de chez toi.

— Il n'a rien dit à propos de l'heure tardive ?

Harry hausse les épaules en me répondant par la négative. Mais je ne trouve pas ça très prudent. Non seulement il se promène dans Poudlard non-accompagné alors qu'il ne devrait pas, mais en plus le couvre-feu était dépassé depuis longtemps et il n'avait aucune raison d'être dans les cachots à cette heure. Il m'avait promis d'utiliser sa cape d'invisibilité pour se déplacer : aucun risque de se faire attaquer si l'on ne peut pas le voir. J'espère qu'il l'a fait. En théorie je devrais l'escorter plus souvent, mais il refuse avec une telle obstination que je cède chaque fois et du coup ma responsabilité est engagée en cas de problème. Mais surtout, qu'il soit sévèrement blessé ou que les Partisans Noirs réussissent à le tuer m'angoisse terriblement. J'ai enfin trouvé quelqu'un qui semble me comprendre, qui veut construire quelque chose avec moi et je me suis attaché à lui. Je ne veux pas le perdre !

— Tu es certain de ne pas vouloir prévenir quelqu'un de ce qu'on va faire ?

— Tulipe m'a interdit d'enquêter, Malefoy ! Et elle a raison, je n'ai aucun droit de faire ça.

— Mais tu vas le faire quand même.

— Évidemment ! lâche-t-il avec un sourire en coin diaboliquement satisfait.

Je soupire et je lève les yeux au ciel. Je me sens obligé de l'accompagner, il serait encore capable de se briser les os et de ne pouvoir appeler à l'aide.

Harry se penche vers le lavabo et prononce quelques mots en fourchelangue. Des cliquetis résonnent presque aussitôt. Ces sons sifflants me hérissent le poil et une sourde angoisse me balaie. Excepté en deuxième année, je n'ai entendu cette langue qu'en présence de Voldemort. Ça me rend malade. Je frissonne et je me frotte les bras pour faire passer le malaise.

— Ça va, Drago ? Tu es tout pâle.

— Ça va passer. C'est le fourchelangue, je ne supporte pas. Je revois Nagini se faufiler partout en sifflant, ça me hérisse. Sans parler du dingue aux yeux de serpent.

— Désolé…

Il pose la main sur mon bras et ça me fait du bien. Pendant que je me remets, le lavabo s'est enfoncé dans le sol et un tunnel noir a pris sa place. Je me penche un peu et l'éclaire de ma baguette, ça semble être en pente assez raide. Je vais être obligé de faire du toboggan, je n'y crois pas !

— Il n'y a pas d'autre entrée, n'est-ce pas ?

— Pas que je sache. Je passe devant.

Sans me laisser le temps de réagir, il plonge dans le tunnel la tête la première. Merlin, cet homme est vraiment accro aux sensations fortes ! Qu'est-ce que je fais avec lui, déjà ? Une sorte de lassitude me prend, mêlée malgré tout à l'excitation de tout ça. Je vais découvrir la Chambre des Secrets et c'est totalement inespéré. J'aurais tellement aimé en savoir plus là-dessus quand j'avais douze ans. Après une grande inspiration, je m'assois au bord du tunnel et je me lance, les pieds devant. Je garde ma baguette allumée tout du long, histoire de voir un peu où je vais. Les parois semblent être en pierre, mais je glisse beaucoup trop bien et je ne veux pas savoir quelle substance est étalée dessus. J'ai bien fait de ne pas mettre de vêtements auxquels je tiens particulièrement parce que j'ai le pressentiment qu'ils seront ruinés avant la fin de la journée.

Quand j'arrive au bout du tunnel, le vide m'accueille, mais j'atterris sur un sort de coussin d'air. Je hoche la tête vers Harry pour le remercier. Je le scrute rapidement, il ne semble pas blessé. Comment a-t-il fait pour ne pas s'écraser au sol ? Je me relève et je passe la main sur mon pantalon pour tenter de le nettoyer de la saleté qui s'y accroche déjà, mais j'abandonne presque aussitôt, c'est peine perdue.

Les lieux sont très sombres et nos baguettes sont les seules sources de lumière. Une vague lueur provient de l'entrée du tunnel si on se met juste en dessous, mais c'est tout. Harry commence à s'éloigner et je le suis. Je marche prudemment : des craquements suspects retentissent sous mon poids, je ne voudrais pas me tordre une cheville. Harry m'explique que nous devons traverser des souterrains avant d'atteindre la Chambre en elle-même. Je lève haut ma baguette et j'en profite pour essayer de distinguer quelque chose, mais il n'y a que du noir ici. Je n'aime pas vraiment ça. Ce souterrain doit être très volumineux pour que même la lumière que nous émettons n'arrive pas aux murs et au plafond.

Tout à coup, nous atteignons un éboulement. Harry s'en approche après m'avoir fait signe de ne pas bouger. Je ne vois pas bien ce qu'il y a de si dangereux, l'endroit est désert depuis presque trois décennies. Il escalade les gravats, il semble chercher quelque chose.

— Ah c'est là ! Viens, Malefoy.

Et le voilà qui disparaît dans un trou que je n'avais pas aperçu. Je retiens un soupir d'agacement : c'est une vraie anguille ce mec. À la place, je monte vers l'ouverture en haut de l'amas de décombres tant bien que mal, posant mes mains prudemment sur les pierres dont certaines paraissent coupantes. Je fais une pause une fois arrivé au sommet et je regarde de l'autre côté. Harry est debout en bas du monticule de roches et poussière et me tourne le dos. Je me hâte de le rejoindre, la ligne de ses épaules ne me plaît pas. Je pense qu'il est tendu.

Je me rapproche de lui, mon Lumos me dévoile progressivement ce qu'il observe avec tant d'attention. Un mur sur lequel se dessinent deux serpents entrelacés, leurs yeux brillent à la lumière, comme des pierres précieuses. De près, je suis certain qu'il est stressé ou inquiet, ses sourcils sont froncés, ses poings serrés. Je glisse ma main dans la sienne et il déverrouille son poing pour mêler nos doigts. Je crois qu'il n'y a que peu de choses qui me font autant plaisir que de pouvoir le toucher quand nous sommes seuls. Je ne sais pas si je compense une vie sans avoir pu faire ce genre de geste, mais ça semble essentiel à mon bien-être. Pourtant je ne pensais pas être ce type de personne. Et Harry ne m'a jamais repoussé, ne m'a jamais fait de remarque. Après l'attaque de la manticore, il m'a même dit qu'il aimait les câlins.

— C'est là ?

— Oui… souffle-t-il d'une voix légèrement tremblante. J'ai pas vraiment de bons souvenirs ici : Ginny et moi avons failli mourir. J'ai combattu un Basilic et le souvenir de Voldemort sorti d'un journal. Je n'avais que douze ans.

— On peut toujours faire demi-tour. Personne n'est venu dans cet endroit depuis des lustres, tu le vois bien.

— Non.

Sa voix est ferme de nouveau. Il avance d'un pas en lâchant mes doigts. Il prononce encore les mots en fourchelangue et les serpents s'agitent pour laisser le mur s'ouvrir. Je frissonne une nouvelle fois de dégoût aux sons inhumains que cette langue produit. Mais le malaise passe vite cette fois.

Il se tourne vers moi et me tend la main. Un sentiment de félicité me parcourt à ce simple geste. Un véritable ado hormoné, c'est pas possible ! Je ne me fais pourtant pas prier et je franchis le pas qui nous sépare pour m'accrocher à ses doigts. Et nous traversons la « porte » de la Chambre des Secrets ensemble.

Alors que nous avançons dans une grande salle tout en longueur, une lumière verdâtre s'élève d'un peu partout et éclaire l'endroit. Bientôt nous pouvons distinguer l'intégralité de la Chambre sans l'aide de nos baguettes. L'ambiance glauque me fait vaguement penser aux dortoirs de Serpentard, même si ces derniers n'ont rien d'aussi lugubre que cet endroit. Il se peut que le cadavre de Basilic en plein milieu y joue pour beaucoup. Ce machin est immense ! Je lâche Harry et j'en fais le tour avec étonnement. Il ne reste que des bouts de peau presque entièrement décomposés et un squelette de serpent géant. Le crâne est impressionnant et les crocs font presque la longueur de mon bras !

Un frisson d'horreur me remonte le long du dos. Si j'avais croisé cette créature en deuxième année je ne me serais certainement pas autant vanté que je l'ai fait. J'aurais pissé dans mon froc et couru me réfugier où je pouvais. Mon respect pour Harry augmente encore en réalisant qu'il a pu vaincre ce monstre du haut de ses douze ans. Et je comprends que les rumeurs qui circulaient sur lui étaient soit totalement erronées, soit très en dessous de la vérité. J'ai souvent cru qu'il cherchait juste à se faire remarquer en inventant les trois quarts de ses histoires et j'étais jaloux de l'attention que le directeur pouvait lui porter. J'accepte mieux maintenant les points de dernière minute en première année si ce qu'il a vécu ressemble un peu à ce que je vois ici. Un constat perturbant me frappe : cette école était vraiment dangereuse quand nous étions élèves et aucun des adultes n'a semblé s'en préoccuper à l'époque. J'avoue que je ne comprends pas.

Après avoir assouvi ma curiosité malsaine à propos du Basilic, je me tourne vers le fond de la pièce, vers la statue de Salazar Serpentard. Je n'éprouve rien de particulier à sa vue. Après avoir admiré pendant des années cet homme, mort depuis des siècles, je n'ai plus le moindre respect pour lui maintenant que je sais ce qu'il a fait. Il a tout de même enfermé sous l'école une immense bestiole assoiffée de sang dans l'objectif de tuer les nés-moldus. Et puisque je ne partage plus ces idées, cela me débecte. Et m'horrifie. En tant qu'adulte et parent je ne peux comprendre comment l'on peut vouloir s'en prendre à des enfants. De simples enfants qui n'ont absolument rien demandé. Et puis de toute façon ces histoires de moldus sont ridicules : un sorcier est un sorcier, quelles que soient ses origines.

Harry fait le tour de la pièce en inspectant à la lumière de sa baguette les moindres recoins. Il perd son temps, personne n'a pu venir se réunir ici, je n'y crois pas. Je ne sais pas pourquoi il s'entête ainsi. Je le rejoins et je lui dis qu'on devrait partir.

— Attends, il me reste encore à regarder là-bas, répond-il en tendant le bras vers la statue.

Je grogne et je le suis. Il est si buté que rien ne le fera changer d'avis. Plus j'argumenterai et plus ça sera long avant de regagner la sortie. Je prends donc sur moi en pestant en silence. Il éclaire de sa baguette les reliefs et interstices de la statue de Salazar Serpentard. Je reste à distance, je n'ai pas la moindre envie de m'en approcher. Après tout l'ex-Auror c'est Harry, pas moi. Et j'ai promis de l'accompagner, pas d'investiguer. Je le soupçonne de vouloir se confronter à ses vieux démons ici.

Je tape du pied sur un rythme imaginaire et tout à coup, le noir complet se fait dans la Chambre. J'invoque un Lumos , je sens la magie passer par ma baguette, mais celle-ci ne s'allume pas. Enfin, à peine : en l'approchant de mon visage, une microscopique lueur, pas plus grosse que le diamètre de ma baguette, se distingue. Comme une petite luciole qui n'éclaire rien du tout.

— Potter, qu'est-ce que tu as encore foutu ?

— Aucune idée. Les sortilèges de lumière ne marchent pas. Et toi ?

— Non plus, tu penses bien que j'ai essayé. Avec un Lumos Maxima je n'ai qu'un léger point brillant, c'est tout.

La voix de Harry me semble lointaine et étouffée, pourtant il devrait se situer à quelques mètres de moi, tout au plus. Je lui demande de me rejoindre au son de ma voix et je le sens bientôt à mes côtés, sa main sur mon épaule. Sa baguette émet le même point lumineux que le mien. Tout aussi inutile pour se diriger dans ce noir d'encre.

— Bon, on va retourner à l'entrée de la Chambre, on trouvera bien la sortie.

— Je te rappelle que le cadavre du Basilic est en plein milieu et prend presque toute la place. Ses crochets sont encore venimeux et c'est mortel. Il ne faut surtout pas qu'on bute dessus.

Super ! Merci pour cette information, Potter, ça me rassure beaucoup. Je sens l'agacement me gagner.

— Fais chier ! Tu connais un autre sort pour faire de la lumière ? Histoire de ne pas se payer le monstre de vingt mètres, là !

— Non, j'ai tout essayé.

— Morgane toute puissante… Tu ne sers vraiment à rien, Potter.

— Toujours si aimable dès qu'un truc ne va pas dans ton sens, Malefoy ! Et puis je te signale que tu n'en connais pas d'autres non plus !

— Je suis professeur de Potions, pas un ancien Auror !

— Gnagnagna. Je t'emmerde !

— Quelle maturité…

La main de Harry sur mon épaule me dérange maintenant, je suis en colère après lui. Mais je suis obligé d'avouer que je ne veux pas non plus qu'il s'éloigne, on ne voit vraiment rien ici. Et je ne suis pas très rassuré. Il manquerait plus que ce sortilège de noirceur soit accompagné d'une malédiction ou de bêtes féroces…

— Je ne connais qu'une seule personne capable de nous aider : Hermione ! s'exclame soudain Harry, me faisant sursauter.

— Potter… Je te rappelle aimablement qu'on est coincé dans les souterrains de Poudlard et que personne ne sait qu'on est là ! Parce que monsieur le héros n'a pas voulu prévenir qui que ce soit ! Comment envisages-tu la contacter, je te prie ?

Je me force à rester poli, sinon je vais le démolir. Harry gigote à côté de moi, lâche mon épaule et semble farfouiller l'une de ses poches. Puis une très faible lueur apparaît dans sa main. Elle disparaît presque aussitôt. Qu'est-ce qu'il fout ?

— Allo ? Hermione ? Ouais, désolé de te déranger, on aurait besoin de tes lumières là. Littéralement.

— Mais… Qu'est-ce que c'est que ce sortilège ? je demande, effaré.

— Un téléphone portable moldu adapté au monde magique.

Et il enchaîne en expliquant à Granger où l'on est et ce qui nous arrive. Je ne vois toujours pas en quoi ça va nous avancer.

— Elle cherche, me prévient Harry.

— Et comment veux-tu qu'elle nous montre les gestes à effectuer pour le sortilège ? La formule ne suffit pas, tu le sais bien !

— Elle nous enverra une vidéo. Attends, elle me dit un truc.

Je ne comprends absolument rien de ce qu'il raconte. Ça doit être l'un de ces appareils téléphoniques moldus modernes dont Scorpius m'a fait tant d'éloges. Je me demande encore combien de temps il se passera avant qu'il m'en réclame un. Je suis complètement dépassé par le sujet.

— Merci Hermione. On essaie et je te rappelle au besoin.

La vague lueur revient dans mon champ de vision. C'est donc son appareil qui fait ça. La lumière légèrement bleutée se reflète sur son visage alors qu'il se penche dessus. Il m'explique que ça va prendre un peu de temps parce que « le réseau est pas bon ici », quoi que cela veuille dire.

Enfin, un petit bruit se fait entendre et il rallume son engin, le regarde puis il me le tend pour me montrer. Hermione Granger, en gros plan, fait un geste de la baguette et prononce quelques mots. Je suis surpris d'entendre sa voix sortir de cet appareil et je sursaute. C'est presque comme les photos ou portraits sorciers, je trouve ça très intéressant. Il serait peut-être temps que je me penche sur toutes ces nouveautés moldues. En tout cas, je ne connais effectivement pas ce charme. Nous essayons chacun notre tour de le lancer, sans aucun résultat. Mais son appareil me donne une idée.

— Potter… Tu réalises que ton machin fait de la lumière là.

— Oui, mais ça n'éclaire même pas à un mètre, on s'en sortira jamais avec ça.

Je souffle d'agacement. Je lui propose de faire avec, on a pas le choix. On commence à marcher dans le noir, guidés uniquement par cette lueur qui fait une aura de trente centimètres maximum autour de la main de Harry. Il a raison, on ne voit absolument rien. Les ténèbres semblent avaler la lumière et l'empêcher de se diffuser.

— Attends ! J'avais oublié qu'il y a une option torche là-dessus !

Le cri de Harry me fait bondir. Je pose la main sur mon cœur qui vient de s'emballer. Ce mec va me tuer…

Tout à coup, un vif faisceau sort de son appareil et illumine le sol devant nous. Enfin quelque chose qui marche ! Nous nous remettons en chemin un peu plus vite et nous faisons peut-être dix pas avant que les ténèbres bouffent la torche. L'éclairage s'éteint.

— Cette malédiction est sacrément puissante… Elle a tué ton truc.

— Heu… Je pense plutôt que la batterie est vide, répond Potter d'une petite voix d'où pointe la culpabilité.

— Je ne sais pas pourquoi, mais je suis certain que c'est ta faute !

— Non, pas vraiment. Les flux magiques de Poudlard engloutissent la batterie des téléphones hyper vite. Et puis bon… il était pas vraiment chargé à fond parce que je ne peux le faire qu'en dehors de l'école… Une idée ?

— Non.

Mon ton est polaire. Et j'espère qu'il s'en est rendu compte. Comment est-ce possible d'être si peu préparé ? Il a été Auror pendant dix ans et il se lance comme un novice. J'enrage. Je laisse le silence prendre la place, je n'ai plus envie de lui parler. Je l'entend respirer à côté de moi, mais je ne le vois pas.

Il doit se sentir coupable : il m'enserre soudainement la taille. Mais je n'ai pas envie d'un câlin maintenant : Harry m'agace prodigieusement. Je me tortille pour me dégager de son étreinte, mais il ne me lâche pas. Au contraire, la pression augmente et il me serre trop fort maintenant. Ça ne lui ressemble pas d'agir de cette façon… Et si ce n'était pas lui ? Et si c'était une abominable bestiole ?

La chose me serre de plus en plus, je commence à avoir mal. Ce n'est pas Harry, c'est certain. Quelque chose m'attaque ! Je grogne et je me débats, je pousse ce qui ressemble à un bras, ou une tentacule, avec mes mains, mais rien n'y fait. Je commence à avoir peur maintenant !

Je pousse encore une fois et j'y mets toute ma force cette fois. La chose ne bouge même pas d'un millimètre.

— Harry ? Il y a un truc qui me serre à me faire mal, aide-moi à l'enlever !

— J'y arrive pas, halète-t-il en tirant sur cette chose. Ça ne veut pas s'en aller !

L'angoisse me submerge et je perds mon calme. Je hurle de terreur à m'en vriller les tympans et je m'ébroue dans tous les sens. La force sur ma taille se resserre et je commence à avoir du mal à respirer. Ça y est, je vais mourir, attaqué par une sombre entité, dans l'indifférence la plus complète… Harry sera le prochain et personne ne nous retrouvera jamais !

Spero Patronum !

Un cerf argenté jaillit sous mes yeux et bondit autour de moi. La pression sur mon corps diminue puis disparaît très vite et je distingue une espèce d'ombre voleter et s'éloigner. Je me penche et pose les mains sur mes cuisses pour reprendre mon souffle. Mon cœur est totalement affolé. Je me force à respirer calmement. Je m'aperçois que je tremble.

— Quand je pense que tu aurais pu faire ça dès le début ! je l'accuse, encore un peu haletant.

— Je suis désolé, je n'y ai pas songé.

Il s'approche de moi et je vois grâce à la lueur du patronus qu'il a l'air inquiet. Il pose sa paume dans mon dos. Je me redresse et je passe ma main sur mon visage.

— Potter…

— Ouais, bon. Je réfléchis mieux quand je suis sous pression !

— Ah, tu réfléchis ? Tu es sûr ?

La colère doit transparaître dans mon ton, il fait une moue que je ne peux que qualifier d'adorable. Et ça m'énerve encore plus de le trouver adorable dans un moment pareil. Je vais lui en foutre de la pression, moi !

— Est-ce que le fait que je compte t'étriper vivant une fois sorti de là te met assez sous pression pour repérer le tunnel ?

Il sourit. Ce cancrelat sourit ! Je n'y crois pas ! Je vais lui faire la peau !

— Arrête ton cinéma, Malefoy et invoque ton patronus pour nous aider.

Je laisse le silence répondre à ma place. J'ai juste envie de lui tourner le dos, je me retiens à grande peine. Encore une fois, dès qu'il y a une tension entre nous, nos comportements deviennent puérils et immatures. Je ne sais pas ce qui crée ce phénomène.

— Tu maîtrises le charme du patronus, n'est-ce pas ?

— Encore heureux ! Comment penses-tu que j'ai préservé ma santé mentale avec les Détraqueurs pas loin du Manoir pendant des mois ? Mais il ne sera pas très utile pour éclairer, tu sais, il est tout petit…

— Drago, invoque ton patronus. Le mien va rester pour nous protéger de cette ombre maléfique, le tien va nous guider vers la sortie.

J'aurais essayé. La mort dans l'âme, je lance le sortilège. Un petit furet brillant vient rapidement sauter tout autour de moi, comme s'il était content d'être là. En tout cas, ce n'est pas un reflet de mon propre ressenti : je ne suis pas du tout heureux d'être dans ces ignobles souterrains, entouré de ténèbres et d'une ombre maléfique, à proximité d'un Basilic encore mortel.

— Arrête de te marrer, Potter, ce n'est pas drôle ! Je n'ai pas choisi la forme du furet !

— Je ne ris pas, articule difficilement Harry, tentant vaillamment d'étouffer l'hilarité dans sa voix, sans y parvenir.

— Ton patronus éclaire assez ta tête pour que je te voie, Potter !

Son rire redouble. Et je soupire très bruyamment, histoire de le faire chier. J'ai vraiment envie de me barrer de ce lieu merdique. J'envoie mon patronus vers l'avant et il nous guide vers la sortie. Grâce au cerf de Harry, nous évitons sans difficulté le Basilic et le contournons à bonne distance. Harry a fini par arrêter de se bidonner. Alors que nous retournons vers le tuyau qui donne dans les toilettes des filles du deuxième étage, je brise le silence.

— Tu penses que c'est encore les Partisans Noirs ?

— Je ne sais pas trop. Cet endroit est peut-être maudit, ça ressemble bien à Voldemort ou quelque chose comme ça.

Je médite là-dessus. Il a peut-être raison. Les précédentes attaques étaient espacées dans le temps, là ça n'est pas le cas. Par ailleurs, chaque fois, la volonté de tuer Harry était claire et les moyens mis en œuvre allaient en ce sens. Ici, c'est extrêmement effrayant et potentiellement dangereux, mais probablement pas si mortel que ça, puisque nous sommes encore en vie.

Nous ressortons par là où nous sommes arrivés, Harry nous a lancé des sortilèges de ventouses sur les mains et les genoux pour que nous remontions le tunnel. Si j'avais su que je devrais fournir un tel effort pour revenir au point de départ, je ne serais jamais descendu. Ainsi que je l'avais prévu, ma tenue est ruinée et pue le cadavre. Et je suis une courbature ambulante. Fort heureusement, mon furet nous a accompagnés tout du long et cela m'a mis du baume au cœur. Je dois l'avouer, Harry m'a aussi bien aidé : il a passé toute l'ascension à m'encourager sans pour autant me faire me sentir nul et incompétent. Encore une bonne surprise venant de lui. Il commence à en cumuler un paquet. Ça compense ses défauts insupportables.

J'enjambe le rebord du tunnel et me redresse, les pieds fermement ancrés au sol. Je suis perclus de douleurs et je m'étire pour tenter de délasser mes muscles. Mais quelque chose ne va pas. Il fait tout aussi noir ici qu'en bas.

— Par les couilles de Merlin, qu'est-ce que c'est que ce merdier ?

Harry vient de faire la même constatation que moi, visiblement. En moins poli. Il invoque sans tarder son patronus pour la deuxième fois et referme le passage secret. Nous nous regardons et nous réalisons que nous avons déclenché un truc probablement assez moche. Nous décidons d'aller trouver Neville et Minerva. Et il y a de fortes chances que nous essuyions un savon. J'espère que je ne risque pas mon poste : cela m'effraie encore plus que l'ombre maléfique qu'on a croisé dans la Chambre, encore plus que de faire un coming-out public dans la Gazette des Sorciers.

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Dimanche 8 mars 2020

— Sérieusement, Harry ?

Hermione fait les gros yeux et Ron regarde Harry avec un drôle d'air. Ce dernier se ratatine un peu sur sa chaise. Il sait très bien qu'il a agi de façon totalement irresponsable. Et il a embarqué Drago avec lui dans les ennuis.

Le directeur de Gryffondor vient de raconter à ses ami·e·s les évènements de la veille : la visite de la Chambre des Secrets et le maléfice qui s'est déclenché — même si Hermione était déjà partiellement au courant. Et qui a envahi l'intégralité du château. À l'heure qu'il est, le problème n'est toujours pas réglé, malgré le fait que l'ensemble du corps enseignant a essayé de contrer les ténèbres. Minerva et Neville se sont résolu·e·s à faire appel à un Briseur de Sort du Ministère, mais il n'était pas arrivé quand Harry est sorti pour aller déjeuner chez Ron et Hermione. Heureusement, les efforts des adultes de Poudlard ont permis de comprendre que certaines choses pouvaient éclairer cette noirceur maléfique : les patronus, les objets moldus et les flammes.

— Je sais, j'aurais dû mettre quelqu'un au courant. Malefoy me l'avait suggéré et j'ai préféré l'ignorer.

— Pour une fois, je suis d'accord avec Malefoy, même si ça me fait bizarre de dire ça, affirme Ron.

— Est-ce qu'on peut laisser de côté ma stupidité et passer à table ?

— Promets-nous d'arrêter tes conneries, Harry ! Tu n'as plus vingt ans et tu n'es plus Auror ! Laisse Tulipe et son équipe faire leur boulot.

— Promis, Hermione.

La jeune femme grommelle et lève sa baguette pour faire venir la tarte aux légumes et au saumon tout juste sortie du four. Les trois ami·e·s s'installent autour de la table basse, assis par terre comme des enfants. Cela ne les empêche pas d'avoir des discussions très sérieuses.

Le début du repas se fait dans le silence et Harry médite sur la journée précédente. Même si ce maléfice n'a rien à voir avec les Partisans Noirs, cela reste un problème grave. La dangerosité de Poudlard semble tout à coup très présente pour Harry. Il a pourtant passé toute sa scolarité à éviter de mourir, mais cela ne l'avait jamais perturbé plus que ça. S'il s'agit bien de Voldemort qui a trafiqué ce maléfice dans la Chambre des Secrets, qui sait ce qui se cache encore à Poudlard ?

— Tu es souvent avec Malefoy, Harry, n'est-ce pas ? demande Hermione, sortant Harry de ses pensées.

— Ah heu, oui. Avec le tutorat et la requête des Aurors qu'il me surveille dans Poudlard, on se voit un peu trop régulièrement.

— Je croyais que vous étiez amis et qu'il était sympa finalement ?

— Oui, oui, Ron, il l'est. Mais bon, je préfèrerais ne pas être « sous protection ». De toute façon ça ne sert à rien.

Harry est mal à l'aise. Il dit la vérité quand il affirme ne pas vouloir d'un garde du corps, mais il n'aime pas mentir sur sa relation avec Drago. Cependant ce dernier n'est pas prêt à en parler à qui que ce soit pour l'instant.

— Tu crois que tu pourrais le convaincre de venir à la maison pendant les prochaines vacances ?

La question de Hermione fait avaler Harry de travers. Il repose son verre et tousse longuement, peinant à retrouver sa respiration. Il s'essuie les yeux avec le dos de la main. Son pull couleur crème est fichu, il a du vin rouge partout.

— Tout va bien ?

— Ça va, croasse Harry. Pourquoi veux-tu que je l'invite ? Tu es assez grande pour le faire toi-même.

— Je travaille toujours sur le nouveau projet de loi, pour le mariage inclusif et l'adoption pour tous et toutes. Les anciennes législations sont en cours de suppression et je me heurte à des difficultés. J'ai réussi à convaincre Pansy de m'apporter son expertise en droit et sa filiation Sang-Pur est très utile également. Cependant, je voudrais l'avis d'un homme comme Malefoy, élevé dans ce milieu digne de la préhistoire, mais qui a changé sa façon de voir les choses. Et puisque vous êtes amis, il acceptera plus facilement que si je l'invite moi-même. Je ne sais pas si son opinion sur moi a évolué aussi.

— Je t'assure qu'il n'a plus le moindre problème avec les nés-moldus. Qu'est-ce qui te fait dire qu'il acceptera si ça vient de moi ?

— Une intuition.

Harry se maudit intérieurement. Hermione, si perspicace, a peut-être déjà deviné qu'il est plus qu'ami avec Drago. Il devrait arrêter de parler de lui à chaque fois qu'iels se voient. Maintenant qu'il y pense, dès que Malefoy est présent dans sa vie, il en parle tout le temps. C'était le cas à Poudlard, ça l'est de nouveau. Il y a définitivement un lien entre eux, un truc magique peut-être ?

— Et pour l'enquête, tu as eu des nouvelles de Tulipe ? demande Ron.

— Non, pas depuis la manticore. D'ailleurs, j'espère que tu n'en as pas parlé à ta mère.

— Elle n'est au courant de rien du tout, elle en ferait des nuits blanches. J'ai été Auror aussi Harry, je me souviens très bien qu'il est préférable de ne pas parler d'une enquête à des personnes extérieures. Hermione et moi ne devrions même pas le savoir.

— Rien au monde ne peut m'empêcher de tout partager avec vous, Ron.

— Et si tu nous parlais de ta nouvelle conquête dans ce cas ? demande Hermione innocemment alors qu'elle fait venir une tarte à la mélasse depuis sa cuisine.

Hermione sait que Harry leur cache quelque chose et il n'est pas difficile de deviner qu'il s'agit d'une histoire amoureuse. Après la nouvelle concernant Charlie, elle ne veut plus faire comme si elle ne se doutait de rien. Harry leur a promis de ne plus leur mentir à ce sujet.

— Il n'est pas out, je ne peux pas vous en parler.

— On ne dira rien à personne, tu sais.

— J'ai promis de ne rien dire tant qu'il ne sera pas prêt. C'est juste une question de temps.

— On sait déjà qui c'est, Harry. Tu en as conscience, n'est-ce pas ?

— Hermione, lâche-lui la grappe. Il a compris qu'on ne veut plus être mis à l'écart de sa vie.

— Merci Ron.

Harry est de plus en plus mal. Évidemment que ses deux meilleurs ami·e·s savent qui c'est. Ce n'est pas bien compliqué à deviner quand on connaît Harry. Et il n'est pas étonné non plus de l'insistance de Hermione, son silence à propos de Charlie a marqué les esprits.

Quand Harry revient à Poudlard en fin de journée, le château est toujours plongé dans le noir total. Une équipe de Briseurs de Sorts se relaie depuis des heures pour trouver une solution. En attendant, Harry se dirige grâce à son patronus qu'il a invoqué avec facilité en pensant simplement à Drago. Il rejoint son appartement en se promettant de discuter de nouveau avec lui de ses intentions concernant leur relation.


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On se retrouve dans deux semaines, le 2 septembre 2022 avec le chapitre 17 : « Discussions Potter - Malefoy ».
En attendant, portez vous bien !