Bonjour à toustes !

Merci pour vos reviews, toujours aussi nombreuses. C'est un tel plaisir de vous lire à chaque chapitre !

J'avance moins vite sur l'écriture, mais j'ai toujours une belle avance, j'ai fini le 31 cette semaine. Je prévoies toujours environ 40 chapitres :)

Voici le chapitre 19, il est plein de petites scènes et je l'aime beaucoup !

Bonne lecture !


Chapitre 19 — Invitations

Mercredi 25 mars 2020

John Sheffield tourne en rond depuis des heures. Il n'a pas cours cette après-midi et il n'arrive pas à se concentrer sur ses révisions. Pourtant la partie théorique de l'examen blanc de Potions est dans deux jours et il a besoin de travailler. Ses notes sont en baisse depuis des mois et il sait très bien pourquoi.

Voilà plusieurs semaines que John hésite à parler de ce qui se passe depuis la rentrée. Mais depuis le dernier week-end à Pré-au-Lard c'est presque devenu une obsession pour lui de se confier. Il a appris par hasard que Mike, accompagné de Jessica qui ferait n'importe quoi pour lui, est le responsable des appartements dévastés du professeur de DCFM. Le même que le groupe, auquel les trois ami·e·s adhèrent, veut blesser et faire partir de Poudlard. Avec leur aide.

John est tiraillé depuis le début et il ne sait pas ce qui s'est passé le vingt-huit février puisqu'iels n'ont reçu aucune nouvelle depuis. Mais visiblement, ça a raté, car Harry Potter n'a même pas été blessé. En revanche, le saccage de l'appartement n'était pas prévu et John trouve ça mesquin et idiot. Et dangereux en plus. Cela pourrait très bien les trahir.

Au début de l'année, il n'avait aucun avis sur cet homme si connu, adulé par beaucoup. La haine de Mike à son encontre avait convaincu John. Mais les mois passés dans sa classe ont perturbé les certitudes du jeune homme et maintenant il sait que son professeur de DCFM ne semble pas du tout être la personne que Mike lui a dépeinte. Au contraire, il a l'air d'être un homme normal et c'est un professeur plutôt sympa par rapport à beaucoup d'autres.

Le jeune homme a tellement honte de s'être laissé entraîner dans cette histoire glauque. Mais Mike et Jessica sont ses seul·e·s ami·e·s, il n'en a pas d'autres qu'elleux et il a si peur d'être seul. Il a honte parce qu'il est à Serpentard et qu'encore une fois, cela donne une très mauvaise image de sa maison. Même si Mike et Jessica sont à Serdaigle et à Gryffondor. John connaît l'histoire de Salazar Serpentard et de Poudlard, cela fait partie des cours d'Histoire de la magie. Il a appris les connexions entre la maison Serpentard et les deux grandes guerres avec Voldemort. Il a fallu des années pour que les liens entre les maisons se renforcent et que les inimitiés disparaissent, il le sait. Cette histoire, qu'il vit, va faire ressortir ces mauvaises choses. Il a honte et il a peur d'être jugé pour ce qu'il a fait. Et il craint que son professeur soit réellement blessé et s'en aille, il l'aime bien et ne veut pas ça. Et il se rend compte aussi que ce qu'iels ont fait est terriblement mal. Il aurait dû réagir dès le début, dès qu'il avait appris qu'il était question de blesser un professeur par simple envie de vengeance. Peut-être bien qu'il est une mauvaise personne, comme tous ces Mangemorts de l'époque. Pourtant il ne veut pas être une mauvaise personne, il veut être quelqu'un de bien.

Après moult tergiversations, il décide qu'il ne peut pas continuer à se taire. Il se rend compte que s'il veut sauver l'honneur de sa maison, et le sien, il doit parler. S'il veut être quelqu'un de bien, il ne doit plus se taire. Il va se mettre à dos ses seul·e·s ami·e·s et risque même de la prison, mais s'il parle il espère de la clémence. La peur au ventre, les mains moites et le cœur battant, John parcourt les quelques centaines de mètres qui séparent la Salle Commune du bureau de son directeur de maison. Au moins, cet homme-là pourra le comprendre. Il l'espère en tout cas.

Comme souvent, la porte de la pièce est ouverte et son professeur est là. Il est penché sur son bureau, en train de griffonner du bout de la plume sur des parchemins. Il s'éclaircit la gorge et frappe au battant.

— Professeur Malefoy ?

Ce dernier relève la tête et son attention met un instant à se fixer sur John. Il l'invite à entrer d'un geste de la main. John s'exécute à pas hésitants. Il est encore temps de trouver une excuse ou de partir. Le regard bienveillant de son professeur le rassure pourtant. Sans demander l'accord, John ferme la porte.

— J'ai besoin de vous parler, Professeur. Je ne veux pas que les autres entendent, se justifie-t-il avant de s'asseoir sur une des chaises qui font face au bureau imposant.

— Que puis-je pour vous, monsieur Sheffield ?

Drago Malefoy a posé sa plume et refermé son encrier. Son attention est entièrement portée sur John, ce dernier le voit. Il est encore temps de changer d'avis…

— Je sais des choses graves, Professeur. Et je ne sais pas quoi faire. J'ai peur des conséquences.

— Vous avez bien fait de venir, je peux sûrement vous aider.

— Je n'en suis pas certain…

— Essayez toujours, nous verrons bien.

John ne sait pas par quoi il doit commencer. Peut-être le plus grave d'abord, il avisera ensuite.

— C'est à propos du pr… grmmm… grmmm… grmmm

La langue de John s'est enroulée sur elle-même et il n'y a que des borborygmes qui sortent de sa bouche. Puis une affreuse douleur lui traverse le corps. Il étouffe un cri et suffoque, il sent son coeur s'affoler, il a peur de mourir ou quelque chose de grave s'il insiste.

— Je… je suis désolé… je crois que je vais partir !

John se lève d'un coup et se fait interpeller par Drago Malefoy avant qu'il n'ait le temps de faire trois pas.

— Restez, monsieur Sheffield, je suis certain que je peux vous aider. S'il vous plaît.

— Non ! Non ! Vous… Vous pouvez pas ! C'est…

— S'il vous plaît, restez ! Je sais que c'est d'être dans une position difficile… Je peux vous aider !

C'est le ton plein de sollicitude qui retient John. Et le regard doux du professeur de Potions. Il hésite encore, puis il se rassoit. S'il y a une seule personne qui peut en effet le comprendre c'est cet homme, cela le rassure qu'il veuille l'aider.

— Je… Je sais des choses que je ne peux apparemment pas dire. J'ai.. enfin… j'ai été idiot ! J'ai signé un parchemin… Je ne savais pas exactement quelles en seraient les conséquences. Je suis désolé…

— D'accord. Essayons par écrit.

John se retrouve rapidement avec un parchemin et une plume posés devant lui. Il saisit la plume, la trempe dans l'encre et trace la première lettre du nom du professeur de DCFM. Un gribouillis se forme à la place de celle-ci et un pic de douleur lui traverse la main.

— Aïe ! crie-t-il en lâchant brutalement la plume et en frottant sa peau pour faire disparaître la sensation déplaisante.

Il secoue la tête, dépité. Même ainsi cela ne marche pas. Que va-t-il faire maintenant ?

— Des gens sont-ils en danger d'après ce que vous savez ? demande son professeur.

— Oui. Mais je ne peux pas dire qui, c'est ce que j'ai essayé de faire.

— Le danger est-il immédiat ?

— Non. Pas pour le moment.

Drago Malefoy hoche la tête, l'air préoccupé. Il réfléchit, se tapote le menton puis le regarde droit dans les yeux.

— Je suis au courant de beaucoup de choses, monsieur Sheffield, bien plus que vous ne le pensez. Je suis même quasiment sûr de connaître la raison de votre présence ici.

John se sent un peu rassuré, même si les conséquences de tout cela l'inquiètent. Peut-être que les Aurors ont finalement découvert des choses en inspectant Poudlard. Il l'espérait fortement, puisqu'iels sont venus trois fois. Les rumeurs qui parcourent Poudlard à ce sujet n'ont, d'ailleurs, cessé de devenir toutes plus ahurissantes les unes que les autres. Et John, lui, sait tout depuis le début et sa lâcheté, sa peur, l'ont empêché de se dénoncer.

— Je comprends que vous voudriez parler mais que vous ne pouvez pas à cause d'un artefact magique, continue le professeur de Potions. C'est malin de la part de la personne qui vous a fait signer. Cependant, je vous promets de tout faire pour vous aider à vous débarrasser de ça. En attendant, vous devez me jurer de venir me voir si vous apprenez quoi que ce soit pouvant mettre la vie de quelqu'un en danger. À n'importe quelle heure !

John fixe l'homme avec de grands yeux étonnés, il ne s'attendait pas à ça. Évidemment qu'il promet de venir lui en parler, c'est pour ça qu'il est venu dans ce bureau au départ. Mais si en plus il veut l'aider à se débarrasser de sa signature magique, il ne va pas s'en plaindre. Et ensuite il devra faire face à ses actes et ses erreurs. Comme il se doit de le faire.

Soulagé d'un grand poids, il s'apprête à partir, puisqu'il ne peut rien faire de plus, quand il se souvient de l'appartement de professeur de DCFM. Cette action-là n'est pas directement liée aux Partisans Noirs, peut-être qu'il peut en parler.

— Il y a autre chose. Je sais qui a forcé les appartements qui ont été saccagés il y a quelques semaines. Mais je n'ai aucune preuve.

— Dites-moi tout de même, nous verrons bien.

Alors, après une grande inspiration, John donne les noms de ses deux ami·e·s. Il tremble de peur des conséquences de cette délation. Il sait qu'il risque un violent retour de bâton. Mais Drago Malefoy semble comprendre ses craintes et lui assure que son nom ne sera pas divulgué aux coupables. Le professeur garantit qu'il va en informer la directrice et le directeur adjoint, et que des mesures seront prises si nécessaire.

— Vous avez bien fait de venir me voir, monsieur Sheffield. Il est toujours temps de demander de l'aide.

— Merci, Professeur.

John repart, les jambes tremblotantes, le cœur désordonné et l'esprit agité. Il tente de se persuader qu'il a en effet bien agi. Il n'en est pas certain, mais penser l'inverse lui est insoutenable.

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Vendredi 27 mars 2020

« UN ÉNORME TRAFIC D'ANIMAUX ET CRÉATURES SAUVAGES DÉMANTELÉ !

C'est grâce à une recrudescence anormale d'activité dans ce petit coin perdu de la campagne moldue que nous avons été alertés. L'un des plus gros trafics de l'histoire de notre pays vient d'être mis à jour par les Aurors et la Police Magique. Une enquête conjointe de plusieurs semaines, impliquant des agents sous couverture et une surveillance rapprochée, ont permis cette prouesse.

C'est à trois heures ce matin que l'assaut a été lancé par deux équipes d'Aurors, menées par Tulipe Karasu, et deux équipes de la Police Magique, menées par Gabriel Truman. Vous trouverez une biographie et les états de service de ces deux enquêteurs en page 3.

Le théâtre des opérations est proche du village de Princetown dans le Devon (page 6 pour des informations sur le Parc National du Dartmoor) : une vieille maison moldue abandonnée depuis longtemps. En apparence tout au moins. D'après nos sources, des promeneurs sorciers auraient estimé que les alentours étaient un peu trop fréquentés pour un endroit a priori vide. Ce qui a permis une accélération de l'enquête.

Nous nous sommes rendus sur place vers la fin des opérations. Une dizaine de sorciers et sorcières de tout âge a été interpellée et immédiatement mis en détention provisoire. Nous avons eu le droit de pénétrer dans les lieux avant que tous les animaux aient été évacués par des équipes spécialisées du Département de contrôle et de régulation des créatures magiques. Les photos illustrant cet article ont été prises dans la maison. Nous y avons vu plus de cent cinquante animaux, d'une vingtaine d'espèces différentes, de toutes les catégories, de la plus inoffensive à la plus dangereuse. Entre autres une manticore, des crabes de feu, des fées, deux hippogriffes, une licorne, des niffleurs, des salamandres et des boursoufs. Et même des elfes de maison, pourtant protégés par la loi depuis maintenant de nombreuses années.

Les conditions de détention de ces animaux et créatures étaient particulièrement indignes : des cages magiques minuscules, équipées de sorts anti-transplanage et de bouclier, les laissant à peine se mouvoir. Les plus petites des créatures étaient entassées les unes sur les autres. La nourriture était stockée dans une annexe de la bâtisse, en piteux état. La maison moldue a été améliorée par des charmes de soutènement, de chaleur et d'isolation, mais pas l'annexe qui est restée délabrée. La pluie et le vent ont fait moisir les provisions de nourriture prévues pour les animaux. Cela prouve le peu d'importance portée à leur bien-être.

Le marché noir d'animaux et créatures fantastiques se porte très bien sur notre territoire, d'où ce considérable trafic. Il devient nécessaire de durcir les sanctions contre les instigateurs de ces trafics odieux et les propriétaires illégaux, afin que l'on n'arrache plus à leur habitat naturel ces bêtes qui n'ont rien demandé à personne.

Zacharia Smith, journaliste, et Dennis Crivey, photographe, pour Le Journal Magique. »

Tulipe pose le journal sur son bureau en soupirant. C'est l'édition du soir du Journal Magique, un quotidien ayant une dizaine d'années de vie. L'article n'est pas calomnieux, ce n'est jamais le cas avec ce journal, mais ils n'ont pas traîné pour parler de l'opération du matin. Tulipe est épuisée : sa journée a commencé très tôt et elle est loin d'être terminée. Elle est de garde cette nuit.

L'enquête du trafic démantelé était déjà en cours quand Tulipe a été avisée par Poudlard de la présence de la manticore dans son enceinte. Cela a permis une grande avancée pour les équipes sur le coup. Et Tulipe a rejoint l'affaire en cours de route puisqu'elle est liée à celle des Partisans Noirs. Un travail minutieux a démarré et va se continuer pendant deux jours : les interrogatoires et les perquisitions aux domiciles des personnes arrêtées. Tulipe n'est pas impliquée dans ceux-ci, elle laisse ses collègues s'en occuper : son équipe à elle est déjà débordée par l'affaire de Harry et d'autres petites choses. Cependant elle espère beaucoup. Avec un peu de chance, l'un des membres des Partisans Noirs était dans le trafic d'animaux fantastiques. Sinon, les Aurors pourront sûrement remonter vers une partie de la clientèle de ces marchands sans scrupules. Une manticore est suffisamment rare et compliqué à prendre en charge : quelqu'un pourra forcément leur donner des indices sur l'acheteur ou l'acheteuse de celle qui s'est retrouvée à Poudlard. Par ailleurs, cela démontre que le groupe des Partisans Noirs a de gros moyens financiers : une manticore au marché noir coûte cher. La piste des vieilles familles riches se précise. Il va falloir demander un mandat pour avoir les registres des coffres des grandes fortunes, ça ne sera pas une mince affaire.

Après quelques gorgées de café, Tulipe décide de profiter de son temps de garde pour avancer sur l'enquête des Partisans Noirs : elle a des comptes rendus à consulter qui attendent depuis la veille déjà. Elle parcourt celui des empreintes relevées dans l'appartement de Harry : sans surprise on y a trouvé les personnes citées par son ami. Mais aussi d'autres empreintes inconnues. Ces dernières ont été comparées aux verres de table envoyés par Neville après un des repas. Et deux personnes ont été identifiées.

Tulipe relit plusieurs fois le passage avec les noms des élèves, quelque chose titille son esprit. Puis elle se souvient soudainement que Poudlard a envoyé un hibou mercredi avec le nom de deux individus ayant été dénoncés par un camarade. Elle fouille dans son tas de parchemins pour retrouver la missive. Un cri de victoire s'échappe de la bouche de Tulipe, ce sont les mêmes noms ! Toutes les pistes pour l'entrée par effraction et le saccage des affaires de Harry convergent. Et, sans grande surprise, ce sont deux des personnes sur lesquelles Tulipe s'est déjà renseignée sur les conseils de Harry et de Drago Malefoy, à cause d'un soupçon sur leur appartenance aux Partisans Noirs. Il est possible que les deux dossiers soient liés.

Tulipe court jusqu'au service postal du Ministère. Il est tard et il est évidemment vide, mais elle est en repos le lendemain et ne veut pas attendre. Elle rédige une missive pour la directrice de Poudlard, l'informant que les deux élèves dénoncés sont bien les coupables d'après les preuves. L'affaire ayant eu lieu dans l'enceinte de l'école, c'est à la directrice, et à la victime, de choisir de la suite : une sanction disciplinaire ou un passage devant la justice avec une plainte.

Tulipe retourne dans son bureau avec le sourire, le courrier partira dès l'ouverture du Ministère et atteindra Poudlard en deux jours tout au plus. Enfin quelque chose qui avance. Heureuse, la sorcière décide finalement de s'octroyer un peu de repos dans la chambre de garde du Bureau des Aurors.

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Dimanche 29 mars 2020

Pour la troisième fois en l'espace d'une heure, la porte de Harry résonne d'un toc-toc caractéristique. Il ne l'entend pas immédiatement. Drago non plus. Ce dernier est assis dans un fauteuil, la tête rejetée en arrière, les lèvres entrouvertes, les yeux fermés, les joues rouges. Sa chemise est légèrement ouverte de deux boutons sur son torse pâle, son pull a volé sur le canapé un peu plus tôt et son pantalon entoure ses chevilles. Harry est à genoux devant lui, la bouche occupée à lui donner l'une des meilleures fellations de sa vie. L'une de ses mains agrippe les cheveux de Harry, l'autre est serrée sur sa chemise à s'en faire mal. Drago fait de son mieux pour étouffer les gémissements indécents qui franchissent ses lèvres.

Le bruit à la porte se répète et les deux hommes l'entendent cette fois. Harry relève la tête.

— Pitié, ne t'arrête pas maintenant, supplie Drago sans même ouvrir les yeux, au bord de l'orgasme.

Il sait qu'il ne faudra pas plus de trente secondes de ce traitement pour qu'il jouisse et il n'a pas du tout envie de sacrifier cet éphémère instant d'intense plaisir pour ces sales gosses qui viennent les importuner. Une première fois, environ une heure plus tôt, une jeune Gryffondor les a interrompus en pleine discussion, pour un mal de ventre. Harry l'a accompagnée à l'infirmerie. Une deuxième fois, il y a vingt-cinq minutes, alors que Drago avait sa main dans le boxer de Harry. Ce dernier a été résoudre un différend entre deux garçons de quatrième année, son érection camouflée par sa robe de sorcier enfilée à la va-vite. Cette fois, Drago se moque de ce que ça peut bien être. Et où donc sont les Préfet·e·s de Gryffondor quand on a besoin d'elleux ?

Harry entend la demande de Drago et décide d'y accéder, la personne derrière la porte pourra bien attendre quelques instants. Il détend sa gorge et prend le sexe de Drago jusqu'à la garde dans sa bouche. Ce dernier gémit doucement et jure à voix basse. Harry a envie de sourire, mais il ne peut pas. Après quelques secondes ainsi, il relève la tête lentement, les lèvres serrées fort sur le membre dur, et remonte jusqu'au gland qu'il aspire tout en le taquinant du bout de la langue. La main droite de Harry, qui enserre les bourses de Drago, sent celles-ci se contracter. Les doigts de Drago se referment un peu plus fort dans sa chevelure et de courts jets de sperme giclent dans sa bouche. Il ne s'explique pas cette envie d'avaler qu'il a systématiquement quand il pratique une fellation, ça a été une évidence dès la première fois.

Laissant Drago se remettre de ses émotions, Harry se relève, s'étire et fait un passage express dans la salle de bain. Pour se rincer la bouche et se mouiller les cheveux, créant une excuse pour son retard à ouvrir. Il traverse rapidement le salon, de l'eau gouttant dans son cou, une serviette à la main et ouvre la porte sur un couloir vide.

— Il n'y a personne. On a dû s'impatienter… J'aurais dû y aller plus vite.

— Arrête de te flageller, Harry. Si ça avait été vraiment urgent, le gamin serait encore là à attendre, marmonne Drago d'une voix rauque, voilée par le plaisir.

Harry se sent quand même coupable d'avoir manqué à son devoir de directeur de Maison. Même s'il sait dans le fond que Drago a raison. Et il réalise à quel point il est difficile d'avoir une vie privée avec ce métier. Il comprend pourquoi, à sa connaissance, la plupart des professeur·e·s et autres adultes à Poudlard, ne semblent pas avoir de conjoint·e·s et d'enfants, surtout s'iels sont arrivé·e·s en poste assez jeunes.

Drago se relève et se rhabille pendant que Harry dépose sa serviette à la salle de bain et sèche ses cheveux d'un coup de baguette. Il détend son dos et regarde l'heure à la petite horloge accrochée au mur : il est tard et le couvre-feu est déjà passé. Le temps s'écoule beaucoup trop vite. Une nouvelle semaine de travail commence le lendemain, la dernière avant des vacances bien méritées. Elle va être intense et épuisante : les étudiant·e·s ont besoin de se reposer et ne sont plus aussi concentré·e·s qu'en début de période. Et c'est la fin des examens blancs pour les cinquième et septième années : iels vont passer la pratique. La théorie a été évaluée la semaine qui vient de finir.

Harry se coule contre Drago et l'embrasse langoureusement. Il sait que le Serpentard s'apprête à retourner dans les cachots, mais il n'a pas envie de le laisser partir.

— Reste avec moi cette nuit, souffle Harry contre les lèvres de Drago.

— Ce n'est pas une bonne idée.

— Juste pour dormir, j'ai envie de t'avoir contre moi.

— Moi aussi, mais je ne peux pas. J'ai aussi des élèves qui peuvent avoir besoin de moi, Harry. Je dois retourner dans mon appartement.

Harry relâche sa prise sur Drago à contrecœur et celui-ci lui fait un dernier bisou sur le front ainsi qu'une tendre caresse sur la joue, avant de quitter les lieux. Harry soupire, un peu désespéré. Il a l'impression d'être de nouveau un adolescent qui ne peut pas passer la nuit avec son amoureux à cause de règles arbitraires décidées par des adultes n'ayant pas conscience de la réalité. Et Harry a envie que cela change, même si ce n'est pas pour tout de suite. Il espère que leur histoire va durer et il ne se voit pas dormir seul toutes les nuits pour les années à venir, juste parce que le règlement l'y oblige.

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Lundi 30 mars 2020 — Harry

— Qu'en penses-tu, Harry ? me demande Neville.

Je repose le courrier de Tulipe. Drago m'a parlé le soir même de la confession de John Sheffield et je me doutais qu'il disait la vérité. C'est une chance que ces deux élèves aient été imprudents et aient laissé leurs empreintes dans mon appartement. Ils ne savent sans doute pas quels types de vérifications font les Aurors sur une scène de crime, même si l'effraction de mon appartement est loin d'en être une. Étant donné les circonstances et les doutes qui pèsent sur ces gosses par rapport aux Partisans Noirs, l'équipe de Tulipe a poussé les vérifications. Relever et analyser les empreintes est une méthode plutôt récente, mise en place grâce aux collaborations moldues. À mesure que les années sont passées, que le Ministère s'est ouvert au monde moldu, notre vie en a bénéficié. C'est ainsi que nous relevons maintenant les empreintes, avec des sortilèges spécifiques bien plus rapides et efficaces que la poudre de la police moldue, et que nous cherchons de l'ADN quand cela est possible. Pour cette partie, il a fallu au moins cinq ans pour trouver une méthode compatible avec la magie pour analyser les échantillons et comparer les résultats.

Puisqu'il n'y a aucune preuve que les deux affaires soient liées, je préfère ne pas porter plainte, même si je suis intimement convaincu de leur culpabilité. Et puis je ne veux pas attirer l'attention des Partisans Noirs là-dessus, on ne sait jamais.

— Je n'ai pas envie de porter plainte. Je n'ai rien perdu, ils n'ont rien volé et ce qui était cassé a été réparé. Je suis favorable à une sanction disciplinaire, mais je ne veux pas choisir laquelle. Je ne sais pas comment ça se passe d'ailleurs.

— On va convoquer les deux élèves individuellement pour leur poser des questions, Minerva et moi. Puis on leur dira qu'au regard des preuves nous allons réunir le Conseil d'Administration qui décidera de la sanction. Tu y seras également convié, car tu es la victime dans l'histoire.

— Merci Neville. Et en attendant le Conseil ?

— On peut laisser les choses comme elles sont ou Minerva peut choisir un renvoi temporaire jusqu'à la date du Conseil. On va essayer de faire ça rapidement, mais je ne pense pas que ce soit possible avant les vacances de Pâques. À la rentrée, probablement. Tu as une préférence ?

Le saccage de mon appartement peut justifier un renvoi définitif, mais ça ne nous avancera pas dans l'enquête des Partisans Noirs. Ils font partie des suspects, surtout Mike Fawley. Je préfère attendre qu'il y ait des preuves solides de tout cela, or un renvoi nous empêcherait de les surveiller. Mais une fois dehors ils seraient plus facilement en contact avec ce groupe et je crains que cela ne finisse mal. Neville est au courant puisqu'il a Mike en Botanique, mais nous avons décidé de ne rien dire à Minerva. Tulipe ne m'a révélé les informations sur ces trois étudiants que parce qu'elle ne pouvait pas les surveiller elle-même dans l'enceinte de l'école. Il est toujours nécessaire de réduire au maximum le nombre de personnes ayant connaissance de détails dans une enquête. Pour leur protection et pour limiter les fuites.

La situation est extrêmement compliquée et si j'en avais encore le pouvoir, j'aurais coincé ces deux morveux dans un coin pour leur faire cracher le morceau. Mais je ne suis plus Auror et ces méthodes ne sont absolument pas règlementaires. Je me résigne et prends mon mal en patience, ils vont bien finir par faire une erreur et je ne la raterai pas !

— On ne change rien, je veux garder un œil sur eux autant que possible.

— Je note ta décision. Allons déjeuner maintenant, me répond Neville en soupirant de lassitude.

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Vendredi 3 avril 2020

La Grande Salle résonne des multiples conversations des élèves et professeurs. Le repas est terminé et la pièce commence à se vider. L'ambiance est détendue, ce soir les vacances ont officiellement démarré et cela rend tout le monde de bonne humeur. La soirée sera consacrée à remplir les malles et à rêver des retrouvailles avec les familles sur le quai 9 ¾.

Harry se penche vers Drago pour lui parler discrètement.

— Je peux passer te voir quelques minutes ce soir ? J'aimerais te demander un truc.

— Hum, oui… Rien de grave ?

Harry secoue la tête tout en souriant, pour rassurer Drago. Il s'apprête à ajouter quelque chose quand une petite voix attire l'attention des deux hommes.

— Professeur Malefoy ?

Drago se lève et se penche au-dessus de la table pour voir le bas de l'estrade, d'où provient la voix. Un petit bonhomme de deuxième année, blond comme sa mère et aux yeux bleus océan a la tête levée vers la table des professeurs.

— Oui, monsieur Weasley ?

La réponse du garçon se perd dans le bruit de la Grande Salle qui se vide peu à peu, les raclements des bancs et les rires des enfants emplissent tout l'espace.

— Je n'entends pas ce que vous dites, faites le tour et venez nous rejoindre ici, jeune homme. Venez, n'ayez pas peur, insiste Drago devant l'air effrayé de Louis.

Le garçon obéit et rejoint ses professeurs de leur côté. Drago n'a aucun problème à faire venir son élève près de lui, il déteste cette estrade d'ailleurs. Elle donne une impression de supériorité qu'il s'est efforcé de faire disparaître de sa vie alors qu'on lui a appris à se comporter comme tel. Louis traverse une partie de l'estrade et rejoint les deux adultes qui l'attendent en silence.

— Professeur Potter, salue Louis Weasley d'une voix timide.

— Tu peux m'appeler Harry quand nous ne sommes pas en cours, Louis. Tout le monde sait que nous sommes de la même famille.

Un sourire éclaire le petit visage et Harry se sent heureux. Louis a toujours été très timide et effacé, l'inverse de ses sœurs aînées. Il lui rappelle un peu Albus, mais encore plus renfermé que son propre fils.

— Professeur Malefoy, est-ce que je peux passer dans votre classe avant le couvre-feu pour récupérer mon livre que j'ai oublié ?

— Ne vous inquiétez pas, jeune homme, je vous le rapporterai tout à l'heure. J'ai des choses à faire à proximité de la Tour Gryffondor de toute façon, répond Drago avec une œillade appuyée en direction de Harry.

Louis rougit fortement et balbutie des remerciements. Harry lui ébouriffe les cheveux et lui souhaite de bonnes vacances, puis le jeune garçon s'enfuit.

Une heure plus tard, Drago tient sa promesse et frappe sur le bord du tableau de la Grosse Dame pour que quelqu'un lui ouvre. Cette dernière lui fait les gros yeux, mais ne lui fait aucune remarque puisqu'il est tout de même professeur. Il connaît évidemment le mot de passe, comme pour chaque Salle Commune de Poudlard, mais il ne souhaite pas déranger les élèves. La Préfète de Gryffondor apparaît et Drago lui confie le livre pour Louis Weasley avec un sourire.

Puis Drago se rend jusqu'à chez Harry. Ce dernier lui ouvre la porte rapidement et son visage s'illumine en le voyant. Le couvre-feu n'étant pas encore commencé, Drago entre en se faufilant. Il l'embrasse une fois le battant refermé dans son dos.

— Thé ou Whisky-pur-feu ?

— Je ne serais pas contre un pur feu, c'est les vacances après tout, lâche Drago tout en s'assoyant sur le fauteuil qui est devenu son préféré dans ce salon.

Drago observe Harry s'affairer dans les placards et apporter deux verres et une bouteille à peine entamée. Il trouve attendrissant qu'il fasse tant de choses avec ses mains au lieu d'utiliser la magie. Drago, lui, aurait sûrement agité sa baguette pour faire venir à lui les différents éléments et se servir. Mais, depuis qu'il le connait mieux, Drago sait que Harry ne s'est jamais complètement départi de son enfance moldue et qu'il aime faire les choses par lui-même.

Drago se souvient encore des moments où Harry lui a raconté sa vie avant Poudlard. Il avait commencé par des anecdotes assez anodines et Drago avait été surpris qu'il ait grandi dans l'ignorance de qui il était, de qui étaient ses parents, de l'importance qu'il avait pour le monde magique. Puis, avec les semaines et leur rapprochement, à mesure que la confiance avait progressé, Harry avait lâché des petites choses sur ses conditions de vie et les difficultés dans sa « famille ». Drago en est encore horrifié aujourd'hui et il est certain que Harry ne lui a pas tout dit. Il se demande si quelqu'un sait vraiment ce qu'il a subi. Peut-être son ancien psymage. Il l'espère, parce que se confier est en général un véritable bienfait après des traumatismes. Il en sait quelque chose.

Drago prend une première lampée d'alcool, ressent la brûlure du feu dans sa gorge et laisse la fumée s'échapper de sa bouche.

— Que voulais-tu me dire ?

— Tu m'as dit que tu as prévu d'emmener Scorpius en Floride dès demain. Je me demandais si tu ne voulais pas le laisser avec ses grands-parents pour passer quelques jours chez moi ? Les enfants sont avec Ginny la première semaine, je les récupère le lundi de Pâques.

Drago prend une nouvelle gorgée de sa boisson, puis encore une autre, cela lui donne le temps de réfléchir. Il ne sait pas si c'est une bonne idée et s'il est honnête avec lui-même, il a peur. Leur relation est naissante et déjà parsemée de disputes. Harry a des sentiments pour lui qu'il ne cache pas, même s'il n'en parle pas. Cependant, Drago ne sait pas où il en est. Il ne sait pas si ce que propose Harry est normal dans une relation aussi jeune que la leur. Les références de Drago en termes de couples sont très traditionnelles et même si son propre mariage n'a pas été arrangé, Astoria et lui n'ont jamais été seuls plusieurs jours d'affilée avant de se marier. La faute aux traditions. S'il réfléchit bien, il y a bien Pansy et Blaise qui forment un exemple différent, mais ses deux ami·e·s habitaient déjà en colocation quand iels sont tombé·e·s amoureux, de ce fait, il n'y a pas eu de période de vie séparément. Mais Harry et lui viennent de très loin et ne s'appréciaient même pas quelques mois plus tôt.

— N'est-ce pas précipité ? Je veux dire… Es-tu sûr de pouvoir me supporter une semaine entière ?

— Nous allons avoir quarante ans, Drago, je n'ai pas envie d'attendre pour savoir si l'on peut ou non vivre ensemble une semaine. La maison est grande : rien ne te force à partager le même lit que moi et tu pourras t'isoler en journée aussi si tu en as besoin. Mais je veux pouvoir profiter d'être avec toi, sans les élèves, sans les obligations que nous avons ici, sans les enfants. Et si cela ne marche pas, au moins nous serons fixés sur l'avenir de notre relation. Je ne veux pas perdre plus de temps.

La passion de Harry touche Drago. Il s'est redressé en parlant et son regard est éclairé par ses sentiments pour Drago. Ce dernier le voit et le ressent. Il comprend aussi ce qu'il n'a pas dit : il ne veut pas risquer de s'attacher encore plus à lui si une vie ensemble n'a pas lieu d'être. Il ne veut pas attendre avant d'avoir le cœur brisé. Drago se souvient de ce que Harry lui a dit de ses histoires précédentes et de son attachement à ses ex qui continue à le faire souffrir. Drago comprend que Harry ne veut pas encore vivre ça et que plus le temps passe, plus il est amoureux. Et plus le temps passe, plus la rupture lui fera mal.

Par ailleurs, un côté de Drago a aussi envie de tenter cette expérience avec Harry. Il ne sait pas ce que c'est de vivre avec quelqu'un pour qui il éprouve plus qu'une grande amitié, comme c'était le cas avec Astoria. Il verra peut-être plus clair dans ses sentiments pour Harry après ça.

— D'accord. Je reste en Floride pour le week-end et je te rejoins. Et je dois récupérer Scorpius le dimanche suivant.

— Merci, ça me fait plaisir.

Drago termine son verre par petites gorgées. L'alcool lui réchauffe agréablement le corps. Et l'idée de passer du temps avec Harry aussi. Après avoir vérifié l'heure, Drago décide de rentrer finir ses valises. Par ailleurs, il craint que ses étudiant·e·s soient un peu agité·e·s à l'idée des vacances et il préfère être proche de la Salle Commune de Serpentard.

Au moment de partir, il prend Harry dans ses bras pour un long câlin comme il aime. Ce besoin de proximité le perturbe encore, mais il ne s'empêche pas de le faire parce que personne ne peut le voir, sauf Harry.

— Je ferais un dépistage pour les IST moldues dès demain, pour te rassurer, lui glisse Harry alors qu'ils se détachent l'un de l'autre.

Drago le remercie d'un sourire. Il est agréable de réaliser que Harry a pris en compte ses craintes ayant déclenché leur dernière dispute, même si ça remonte déjà à plusieurs semaines.

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Lundi 6 avril 2020

La cheminée s'allume dans un gros « vrouf » et un visage apparaît dans les flammes. Cela fait sursauter Drago, en train de regarder les livres dans les rayonnages de la bibliothèque du salon, près de la cheminée.

— Harry ? Es-tu là ? appelle une voix féminine.

— Qui le demande ?

— C'est Molly. Qui êtes-vous ?

Drago se place devant la cheminée et s'accroupit. Le visage de la matriarche s'éclaire de compréhension et de surprise. Drago saisit qu'il a été reconnu, mais il décide de se présenter quand même, par politesse.

— Bonjour madame Weasley. Je suis Drago Malefoy, mais je pense que vous le savez. Je vais chercher Harry.

Harry rejoint rapidement le salon et Drago reste dans le couloir pour ne pas le gêner. Harry s'assoit en tailleur devant l'âtre, confortablement, pour discuter quelques instants.

— Bonsoir Molly !

— Harry, mon chéri ! Comment vas-tu ? Comment se passent les cours ?

— J'ai beaucoup de travail, mais ça me plait.

— Est-ce que tes collègues sont gentils avec toi ?

Harry se retient de lever les yeux au ciel, Molly reste une mère poule alors qu'il n'est pas son enfant et qu'il aura bientôt quarante ans. Cependant, au fond de lui, Harry ne peut s'empêcher d'aimer ça : quelqu'un qui s'inquiète pour lui comme un parent le ferait.

— J'ai été très bien accueilli par tout le monde. Tout se passe très bien.

Évidemment, Harry ne dit rien à propos des attaques et des Partisans Noirs, il ne veut pas inquiéter Molly ou interférer dans l'enquête menée par Tulipe. Surtout que l'étau semble se resserrer d'après les dernières nouvelles. Il a hâte que son amie vienne le voir ainsi qu'il est prévu dans quelques jours.

— Dis-moi, Harry, pourrais-tu passer prendre le gâteau avant de nous rejoindre lundi prochain ? Je l'ai commandé à la nouvelle pâtisserie du Chemin de Traverse, mais je n'aurais pas le temps d'y aller.

— Oui, bien sûr.

— Merci, mon chéri, ça m'enlève un poids. Tu sais, ça fait beaucoup à organiser le repas de Pâques et l'anniversaire de Teddy en même temps.

— Je peux aider si tu as besoin et je suis certain que tu trouveras d'autres volontaires sans effort.

— Non merci, tu es gentil. Je me plains beaucoup, mais j'aime bien ça : faire plaisir à ma petite famille.

Harry sourit à Molly. Cette dernière est incorrigible et ne se repose pas assez sur ses enfants et son mari. Tout le monde a essayé de la faire changer d'avis au cours des années, Hermione et Ginny en tête. En vain.

— À ce propos, combien dois-je prévoir de couverts ? Viens-tu accompagné ?

— Pourquoi cette question ?

Il ne faut qu'une seconde à Harry pour réaliser qu'il connaît déjà la réponse. Il ne laisse pas le temps à Molly de réagir.

— Ah, je suppose qu'Albus et James ont vendu la mèche.

— Ils sont venus déjeuner hier avec Ginny et Marco. Ils ont mentionné que tu étais avec quelqu'un, mais ils ont insisté pour garder le secret sur son identité.

— Je ne sais pas encore, Molly. Je te tiendrai au courant.

Molly hoche doucement la tête et Harry devine un air pensif sur le visage au milieu des flammes.

— En tout cas, tu pourras dire à Drago qu'il est le bienvenu. Et son fils aussi. Bonne soirée, Harry.

— Mais…

Harry n'a pas le temps de finir sa phrase que Molly a disparu. Il reste perplexe un instant puis se relève.

— Elle a dû trouver bizarre que je sois chez toi et a fait le rapprochement, lance Drago en entrant dans le salon.

— Tu as tout entendu, j'imagine ?

Drago hoche la tête. Il était inconcevable qu'il n'écoute pas ce qui se disait juste à côté.

— Veux-tu venir ?

— Franchement, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Ma famille déteste les Weasley depuis des générations et c'est réciproque. Même si j'ai changé de point de vue, je ne sais pas s'ils pourront me pardonner et je le comprends parfaitement. Et puis, je n'ai pas envie de déjeuner avec tes ex, au milieu de tous les autres.

— D'une part, si Molly dit que tu es le bienvenu, alors tu peux venir sans crainte. Ils ont dû en discuter et sont prêts à te donner une nouvelle chance. D'autre part, même si je comprends que cela te met mal à l'aise, sache que Ginny est remariée depuis plusieurs années, c'est loin notre histoire. Quant à Charlie… Hé bien c'est Charlie et il saurait mettre à l'aise n'importe qui, je suppose. C'est ma famille et je n'arrêterai pas de la voir, j'aimerais bien que tu la connaisses aussi.

— Je ne sais pas, vraiment.

— En plus, comme nous fêtons l'anniversaire de Teddy, nous serons plus nombreux que d'habitude et je suis persuadé que tu pourras éviter sans mal les gens à qui tu ne veux pas parler. Et je crois que ça lui fera plaisir que tu sois là, Teddy t'aime bien.

Drago penche la tête sur le côté, pensif.

— C'est quelque chose que j'ai beaucoup de mal à comprendre. J'ai été son professeur et je suis son collègue depuis plusieurs années et il n'a jamais montré de rejet à mon égard. Il est orphelin à cause de gens comme moi, il devrait me détester.

— Ses parents ont été assassinés par des Mangemorts, pas par des gens comme toi. Tu n'as jamais été un meurtrier Drago, tu n'as jamais été comme eux.

— Tu ne sais pas tout, Potter…

— J'étais à ton procès, je sais exactement tout ce que tu as fait, tu l'as raconté. Je ne minimise pas tes mauvaises actions et tes mauvais choix, mais tu n'es pas un meurtrier, tu ne l'as jamais été. Ce n'est pas toi, je le sais.

Drago sent les larmes lui piquer les yeux. Il les retient, par fierté, mais il a envie de pouvoir se laisser aller. En tout cas, les mots de Harry le touchent en plein cœur. Il se sent soutenu et compris, c'est infiniment bon.

— Quant à Teddy, il savait qui tu étais avant même ton embauche à Poudlard, continue Harry sans se rendre compte des émotions qui traversent Drago. On ne lui a jamais caché la vérité sur ce qui est arrivé à ses parents. Mais s'il ne te déteste pas, c'est parce qu'il a attendu de pouvoir juger par lui-même qui tu es. Il est comme ça, il a un cœur énorme, une bonté hors du commun. Il me rappelle tellement ses parents… Et je comprends maintenant très bien pourquoi il t'apprécie.

Quelques larmes roulent finalement sur les joues de Drago, toujours immobile au milieu du salon de Harry. Il est arrivé chez lui seulement quelques heures plus tôt et il a déjà le cœur en vrac. La semaine promet d'être intense !

— Je vais proposer à Scorpius de venir chez les Weasley le lundi de Pâques, accepte Drago en essuyant ses joues du dos de la main.

Harry s'approche et fait disparaître d'une caresse du pouce une petite goutte d'eau salée qui a échappé à Drago, juste sous l'œil droit. Il garde sa main sur son visage et prend sa joue en coupe, avec douceur. Ils se regardent, en silence, et le temps suspend sa course.

Finalement Harry sourit, pose doucement ses lèvres sur les siennes, puis lui propose de dîner.

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Harry est semi-allongé sur son lit, le dos enfoncé dans un tas de coussins, les jambes croisées et la baguette levée. Un vif d'or vole près du plafond et il le suit des yeux. Lorsque le petit objet s'éloigne trop, Harry le fait revenir dans son champ de vision d'un sort informulé. Cette activité le détend et lui laisse la possibilité de réfléchir. Ce vieux vif d'or a une signification particulière et Harry le ressort toujours quand il ressasse le passé. Son premier vif d'or gagné au Quidditch, celui qui a été ensorcelé par Dumbledore pour y cacher la pierre de résurrection. La discussion avant le dîner avec Drago a fait ressurgir les souvenirs.

L'objet de ses pensées apparaît soudain dans la pièce, une simple serviette ceinte autour de la taille en guise de vêtements, les cheveux relevés en un chignon lâche qui tombe dans sa nuque. Un effluve de fleurs et une vague d'humidité suivent l'homme qui se dirige vers sa valise et se met à fouiller dedans. Harry sourit à cette agréable odeur qui chatouille ses narines. Il fixe son regard sur son amant : c'est la première fois qu'il le voit aussi dévêtu et il compte bien en profiter. Il suit des yeux les lignes de ses épaules et descend le long du dos. Drago est très mince et ses os ressortent légèrement à certains endroits. Les sourcils de Harry se froncent de contrariété en découvrant une large cicatrice qui barre plus de la moitié du dos de Drago. Le vif d'or s'affole près du plafond et Harry le fait revenir jusque dans sa main d'un mouvement sec de la baguette. Il pose les deux objets sur sa table de nuit et s'approche de Drago.

— Je suis responsable de ça, n'est-ce pas ?

— De quoi parles-tu ? répond Drago sans arrêter de chercher dans sa valise.

— La cicatrice dans ton dos. C'est ma faute.

Ce n'est plus une question, Harry sait instinctivement que c'est un vestige du Sectumsempra . Seule la magie noire peut laisser de telles cicatrices, il en sait quelque chose. Et il est celui a lancé le sort. Drago se retourne, un vêtement à la main, et fait face à Harry. Ce dernier retient une exclamation de stupeur et pose les doigts sur sa bouche, une expression d'horreur sur ses traits. Le torse de Drago est traversé de trois longues lignes blanches parallèles dont partent de petites zébrures, de l'épaule à la hanche.

— C'est du passé, Potter. J'ai appris à vivre avec.

Drago s'inquiète de la réaction de Harry. Le dégoût est clairement visible sur son visage. Drago sent son estomac se tordre de douleur et de colère, et son masque neutre reprend aussitôt sa place. Il ne veut pas que Harry voie qu'il est touché par son rejet.

— Si je t'écœure à ce point, je vais aller dormir ailleurs.

Il se détourne et se dirige vers la sortie de la chambre. Harry lui a fait visiter la maison à son arrivée et lui a précisé que les chambres d'amis étaient à sa disposition s'il le souhaitait. Il ne pensait pas en avoir besoin. La déception fait son chemin et Drago ravale sa rage. Il serre son poing autour de la robe de nuit qu'il était venu chercher.

— Merlin, non ! Drago !

Harry le rattrape et pose sa main sur son bras pour attirer son attention et l'arrêter dans son mouvement. Il se place face à lui, pour lui parler les yeux dans les yeux. Harry se fustige pour sa réaction vis-à-vis des cicatrices, il s'est retrouvé envahi par la honte et la haine de lui-même, par ses souvenirs et ses remords.

— Je suis désolé si je t'ai laissé penser que tu m'écœures. Par Morgane… Drago, je m'en veux encore tellement de ce que je t'ai fait ce jour-là, c'est du dégoût pour moi-même que je ressens, de la colère envers le moi de seize ans si stupide.

— Comme je l'ai dit, c'est du passé. Je ne t'en veux plus. Tu es bien certain que mon corps déformé par les cicatrices et la Marque ne te révulse pas ?

— Mais pas du tout ! Je serais bien vaniteux d'estimer que tes cicatrices t'enlaidissent alors que j'en ai moi-même un peu partout.

— Et la Marque ? insiste Drago.

Drago ne sait pas pourquoi c'est soudain devenu si important. Il expose son bras aux regards depuis des années quand il fait assez chaud pour être en manches courtes, il le montre aux première année exprès tous les ans, et il a fait la paix avec elle. Il a remarqué que Harry a arrêté de fixer son bras en seulement quelques semaines après son arrivée au poste de DCFM, mais tout d'un coup cela revêt une importance qu'il ne pensait pas possible.

Harry pose son regard sur le bras gauche de Drago, la Marque un peu délavée tranche sur la peau pâle. Il a eu du mal à s'y faire au départ et il a maintenant tendance à oublier qu'elle est là. D'autant plus que la saison froide l'a cachée sous les vêtements. Alors Harry l'observe, mais rien ne vient. Pas le moindre inconfort.

— Je m'en fiche, elle ne me fait rien. Avec ou sans elle, je te trouve beau.

Le nœud dans le ventre de Drago se desserre et la colère se dissout dans l'air comme les vapeurs d'une potion qui bout. Il relâche la froideur artificielle qu'il s'est imposé d'afficher, cela lui demande une énergie incroyable et il n'en a plus autant l'habitude qu'avant. Drago a abandonné ce masque d'indifférence derrière lui et laisse plus ou moins ses émotions transparaître sur son visage, comme la majorité des gens. Il n'utilise plus beaucoup cette façade totale, seulement quand il se sent blessé ou vulnérable. Ne jamais montrer sa faiblesse à quelqu'un qui peut lui faire du mal, jamais. C'est ancré en lui depuis toujours. Et Harry a ce pouvoir de lui faire mal, il s'en est rendu compte. Est-ce que son attachement pour lui en est la raison ?

— Je te préfère comme ça, sans cette façade de marbre, fait remarquer Harry.

— Je préfère aussi ne pas avoir l'air d'une pierre insensible, répond Drago, surpris que Harry ait si bien compris. Je vais déposer la serviette et je reviens.

Drago joint le geste à la parole et s'éclipse dans la salle de bain attenante à la chambre. Il accroche la serviette au crochet et passe sa robe de nuit. Il se regarde dans le miroir et soupire. La semaine va être très intense.


N'oubliez pas de me laisser une petite review si vous avez aimé :) Surtout qu'aujourd'hui c'est mon anniversaire :D
On se retrouve dans deux semaines, le 14 octobre 2022 avec le chapitre 20 : « Souvenirs».
En attendant, portez vous bien !