Bonjour à toustes !
Merci beaucoup pour vos reviews sur ce dernier chapitre. Il y en a eu moins que d'habitude, je pense que le mois de décembre très chargé vous a perdu en route !
N'hésitez pas à laisse un petit mot après votre lecture, c'est toujours très appréciable, même un simple « merci » m'enchante !
Nous sommes à deux jours de Noël, je souhaite donc à toustes celleux qui le fêtent de bonnes fêtes.
Et à tout le monde, une belle fin d'année puisqu'on se retrouvera en janvier pour le chapitre suivant.
Pour ce chapitre, j'espère que vous aimez le Quidditch !
Bonne lecture !
Chapitre 25 — Quidditch
Samedi 16 mai 2020
Évidemment, comme tout ce qui est censé rester confidentiel à Poudlard, la nouvelle du futur match de Quidditch des professeur·es a fait le tour de l'école en quelques jours. Harry et Drago ayant mis au courant les membres des équipes des quatre maisons, le secret ne pouvait de toute façon pas durer. Ainsi, le déjeuner étant achevé, une bonne partie des élèves se trouve sur les gradins du stade, à attendre avec impatience nul ne sait trop quoi. Par ailleurs, l'annulation du dernier week-end à Pré-au-Lard de l'année, par mesure de sécurité, a probablement augmenté le nombre de spectateurices.
Assis à la tribune de Serpentard, Albus et Scorpius observent la pelouse en contrebas. Ils n'entendent pas ce qui se passe, mais ça a l'air amusant. Harry parle au groupe disparate qui lui fait face : un certain nombre de professeur·es et une partie des membres des équipes de Quidditch de Poudlard. Il fait de grands gestes avec ses bras et même de si loin, Albus ressent la passion que son père a pour ce sport. Personne n'ignore les prouesses du célèbre Harry Potter sur un balai lors de sa scolarité, plus jeune attrapeur de Poudlard depuis des lustres. Et pourtant, Albus n'a pas d'intérêt particulier pour le Quidditch, il est venu pour faire plaisir à Scorpius. Et à Rose. Cette dernière les rejoint d'ailleurs et se glisse entre eux, il y a une petite place libre. Il est à moitié soulagé de ne plus être directement à côté de Scorpius. Ses sentiments sont toujours là et il y a des jours plus difficiles que d'autres. Même si dans l'ensemble, rien n'a changé entre eux.
Au sol, Harry tente d'expliquer ce qu'il veut : constituer deux équipes avec une partie des professeur·es et compléter par des élèves. Harry vole moins qu'avant, depuis qu'il a quitté les Aurors et l'équipe de Quidditch du Département de la Justice Magique. Mais les souvenirs dans cet endroit sont très forts et l'excitation d'affronter de nouveau Drago est là.
Huit de ses collègues sont venu·es, ainsi que Sarah McArthur, l'une des concierges et Isabel Morton, la bibliothécaire. Harry est étonné, il s'attendait à ce que la remplaçante d'Irma Pince soit aussi coincée qu'elle. Ce qui n'est pas une surprise, c'est l'absence de Robert Hilliard, pourtant excellent joueur de Quidditch lors de sa scolarité, Harry le sait.
D'un accord tacite, Drago le laisse organiser les sélections, même s'il est particulièrement attentif à ce qui se déroule : il ne veut pas d'une équipe incompétente. Il est à deux doigts de prendre sa revanche sur Harry et il compte bien ne pas laisser passer sa chance.
Toustes les professeur·es présent·es ont volé dans une équipe à Poudlard lors de leur scolarité, plus ou moins récente. Pour certain·es, elle date même d'une petite trentaine d'années, mais qu'importe. Harry demande à tout le monde de décoller, de faire quelques tours de terrains et de se dérouiller avec des figures simples de leurs choix.
Harry et Drago observent de façon critique les postures sur les balais et l'aisance dans les airs. Edward vole très bien, ni Drago ni Harry ne sont surpris, c'est Harry qui lui a appris à voler et Drago le sait. Tomas, Gemma et Bathsheda se débrouillent honorablement. Isabel et Sarah sont à l'aise.
Dans le dos des deux futurs capitaines, les joueureuses de l'école ont du mal à ne pas rire. Excepté Lupin, qui était dans l'équipe de Poufsouffle trois ans plus tôt, les autres leur semblent ridicules. James ne participe pas trop à l'hilarité générale : il sait de quoi est capable son père et ne doute pas qu'il trouvera comment motiver son équipe pour gagner. D'autant que personne n'a encore vu Harry et Drago sur un balai.
Lorsqu'iels reviennent au sol, Harry et Drago se regardent et décident de constituer les groupes en fonction des postes qu'iels occupaient quand iels jouaient au Quidditch. Eux deux sont évidemment attrapeurs et ne comptent laisser la place à personne, déjà impatients de chercher la petite balle dorée. L'équipe de Harry sera composée de Gemma, Sarah et Bathsheda celle de Drago comprend Isabel, Edward et Tomas. Il leur manque encore trois personnes chacun pour être au complet et les deux capitaines se tournent vers leurs élèves, toujours goguenards.
— Comme vous pouvez le constater, nous avons trois places vacantes dans chacune de nos équipes. Des volontaires pour s'amuser avec un match supplémentaire ?
Des rires s'élèvent dans les rangs. James s'approche de son père.
— Je joue dans ton équipe, décrète-t-il d'un ton qui n'acceptera aucune contradiction.
— Vous avez déjà joué ensemble, je suppose ? grimace Drago.
— Oui, affirme le jeune homme, et on va vous rétamer !
De nouveaux rires fusent parmi les joueureuses. Personne ne semble particulièrement motivé. Le capitaine de Gryffondor émet même une réserve.
— James, nous jouons demain et nous avons déjà eu entraînement ce matin… Tu risques de ne pas être au top si tu t'impliques trop cette après-midi.
— Nous jouons aussi demain, rétorque le capitaine de Serpentard, c'est une excuse foireuse, Ethan !
— Je ne t'ai pourtant pas vu te précipiter pour jouer avec eux !
— Je suis gardien, espèce de tête de pioche, ils ont déjà des gardiens.
Drago, qui sent que les choses peuvent dégénérer, appelle à un peu de calme. Son autorité et le respect qu'ont les élèves de sa maison pour lui suffisent à apaiser les tensions.
L'une des poursuiveuses de l'équipe de Serdaigle lève alors la main et prend la parole.
— On a vu certains voler, mais pas vous, Professeur Potter et Professeur Malefoy. Vous trouveriez des volontaires plus facilement si l'on connaissait votre niveau.
Harry a reconnu Emily Jordan, la petite amie de James. La jeune fille fait preuve d'intelligence avec cette proposition, Harry se doute que son fils lui a parlé de ses capacités de vol.
Harry et Drago échangent un regard de connivence et prennent en main leurs balais. En moins de temps qu'il ne faut pour dire Quidditch, ils s'envolent. Il ne pleut pas, mais il fait frais et les faibles bourrasques de vent cinglent la peau nue de leurs visages quand ils montent presque en chandelle vers les cieux. Leurs doigts gantés, bien protégés, serrent fermement le manche de leurs balais.
Harry sourit de bonheur, rien que parce qu'il est dans les airs. Il s'arrête quand il estime être assez haut et attend Drago qui est juste derrière lui. En position stationnaire, hors de portée des oreilles indiscrètes, ils échangent quelques instants sur la stratégie pour donner envie à leurs élèves de rejoindre leurs équipes.
— Un mini match d'attrapeurs ? propose Harry.
— Je suis un peu rouillé, ça serait dommage. Avec quelques heures d'entraînement derrière moi, ça sera bien plus intéressant ! On pourrait montrer nos capacités de vol, tout simplement. Quelques figures périlleuses devraient les interpeller.
— Ça marche !
Sans attendre plus longtemps, Harry lance son Nimbus 3000 à grande vitesse et fait quelques tours du stade, en descendant et montant sur de petites hauteurs. Un coup d'œil lui permet de voir Drago piquer sur une dizaine de mètres et grimper presque aussitôt en chandelle. Son balai est l'un des meilleurs du marché, Harry le sait. Lui, n'a pas changé le sien depuis qu'il a quitté l'équipe dans laquelle il jouait au Ministère, mais il est de capacité équivalente au Pulsar. Sauf peut-être pour la vitesse maximum. Son Nimbus démarre plus rapidement que le Pulsar, mais sur la distance, ce dernier le bat. Ce sont deux balais fabriqués par des entreprises concurrentes qui se partagent l'essentiel des ventes.
Après ces quelques tours, Harry descend en vrille. Il croise Drago en plein looping serré et se retient de ne pas le suivre des yeux, il doit se concentrer sur ce qu'il fait s'il ne veut pas se rompre les os. Admirer le fessier de son amoureux pendant un vol est périlleux et non recommandé ! Pourtant, la tenue de Quidditch lui donne envie de la lui arracher pour faire l'amour avec lui.
Harry détache son regard de Drago en souriant de toutes ses dents et décide de terminer par l'une des figures les plus risquées, mais qu'il affectionne beaucoup : la feinte de Wronski. Fermement accroché au manche, il monte à une trentaine de mètres puis stationne quelques secondes pour observer en contrebas. Il vérifie que Drago ne semble pas sur sa trajectoire. Ce dernier lève les yeux et même s'il ne peut voir avec précision le visage de Harry, il se doute qu'il prépare quelque chose. Il se décale de l'autre côté du stade puis reprend une série de loopings, verticaux puis horizontaux. Avant de s'arrêter enfin pour le regarder.
Harry se lance et pique vers le sol. Il monte la vitesse de son balai presque au maximum, mais pas tout à fait, trop dangereux pour une petite démonstration. Ses coéquipiers le surnommaient « tête brûlée » lorsqu'il était Auror, mais Harry a tout de même conscience des risques. Bien plus que quand il était attrapeur de Gryffondor. Un miracle qu'il ne se soit jamais fait plus mal qu'un bras cassé ou qu'une simple perte de connaissance.
Le vent fouette ses joues et les rougit, la pression de l'air fait vibrer le manche de son balai. Harry ressert les doigts et les cuisses tandis qu'il descend à toute vitesse vers le sol, vers le point qu'il vise. L'adrénaline afflue dans ses veines et il se met à rire, euphorique.
— Wouuuuuhouuuuu, hurle-t-il joyeusement à pleins poumons, au moment où il redresse, à deux mètres de l'herbe.
Il décélère progressivement et se pose en sautant presque de son balai pas encore tout à fait à l'arrêt. Il court sur quelques mètres puis ralentit, essoufflé. Il retire ses lunettes de protection et les dépose sur son front. Le sourire n'a toujours pas quitté son visage alors qu'il rejoint ses collègues et élèves regroupés au milieu de la pelouse.
Drago, Teddy, James et Bathsheda ont un air satisfait et Harry réalise que ce sont les seules personnes qui l'ont déjà vu voler avant, qui se doutaient de ce qui allait se passer. Pour les autres, c'est une surprise : une partie des joueureuses ont la bouche ouverte de stupéfaction et Tomas le regarde avec des yeux brillants d'admiration. Cela gêne Harry, il ne souhaitait pas augmenter sa popularité, simplement montrer ce qu'il sait faire pour encourager les élèves à voler dans leurs équipes. Il soupire sans bruit.
— Bien, qui veut jouer maintenant ? demande Drago avec un sourire en coin.
Les mains se lèvent, les étudiant·es sautillent presque pour attirer l'attention de leurs professeurs. Un échange de regard entre Drago et Harry leur permet de s'accorder.
— Toi d'abord, Drago.
— Il me manque les batteurs et un poursuiveur.
Quelques mains se baissent. Harry n'est pas surpris, quoiqu'un peu désappointé. Ses prouesses de vol ne sont pas meilleures que celles de Drago, juste plus impressionnantes. Par ailleurs la feinte de Wronski n'est utile que dans peu de situations, alors que ce n'est pas le cas des figures que Drago a montrées et avec lesquelles il est parfaitement à l'aise.
Drago sélectionne une batteuse de Poufsouffle, Casey Allen et un batteur de Serpentard, Gerald Orchard. Ainsi qu'Emily Jordan comme poursuiveuse. Son choix est tout à fait réfléchi : des élèves qu'il sait très bon·nes. Surtout que les batteur·ses sont en septième année et jouent depuis leur deuxième dans leurs équipes respectives.
Harry s'avance ensuite et de nombreuses mains se tendent vers le ciel. Avec James qui a déjà rejoint son équipe, il ne lui manque qu'un·e batteur·se et un·e poursuiveur·se. Comme Drago, il se base sur ce qu'il connaît des compétences en vol des élèves : c'est-à-dire peu de choses. Il ne les connaît que depuis septembre et a raté un match. Il se tourne vers James et lui demande à voix basse son avis. Finalement son choix s'arrête sur le deuxième batteur de Serpentard, Liam Robins, en sixième année, et un poursuiveur de Serdaigle, Neil Matheson, septième année.
Dans les gradins, Albus s'ennuie. Il a aimé voir son père et le professeur Malefoy voler, mais le reste ne l'intéresse pas plus que ça. Il réfléchit à la relation que les deux adultes entretiennent. Il a le plus grand mal à appeler le père de Scorpius par son prénom, même s'il leur a proposé de le faire. C'est si bizarre qu'ils se soient rapprochés assez pour finir par tomber amoureux. Albus a des difficultés à comprendre comment ils ont pu passer d'une indifférence polie un peu forcée à ça. Par ailleurs, il est perturbé de voir Harry aussi heureux alors qu'il est habitué à ce qu'il soit souvent d'humeur maussade, voire pire. Albus n'a jamais vu son père en couple puisque sa relation précédente était cachée. Et il était sûrement trop jeune de toute façon pour deviner quoi que ce soit.
Il jette de nouveau un œil sur le terrain. Les deux équipes sont dans les airs et un entraînement semble s'organiser. Il aperçoit son père faire de grands gestes et montrer quelque chose à James. Le professeur Malefoy fait le même genre de chose de l'autre côté du stade, avec moins d'exubérance. Albus sourit de leurs différences si flagrantes. Il comprend encore moins leur rapprochement. Lassé, il propose à Rose et Scorpius de quitter les gradins. Iels acceptent de le suivre et vont à la bibliothèque pour faire leurs devoirs. Demain, il y a match de Gryffondor contre Serpentard et cela va empiéter sur leur temps de travail. Toustes les trois sont assez studieuxes et se donnent du mal pour avoir de bonnes notes.
Quand iels quittent le stade, la majorité des curieuxes sont partis vaquer à d'autres occupations. Le plus intéressant était de voir la constitution des équipes. Il ne reste dans les gradins que des vrai·e·s mordu·e·s de Quidditch. Une chose qu'Albus ne comprendra sûrement jamais.
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Mercredi 20 mai 2020
Tulipe Karasu se sert son sixième café de la journée. Elle n'a plus les yeux en face des trous, la fatigue menace de l'emporter à tout moment, et pourtant elle persiste. Elle a fait une garde de nuit et a enchaîné avec une journée complète. Elle n'aurait pas dû, elle le sait et s'est même faite houspiller par son chef, mais elle veut avancer sur la grosse affaire en cours. Elle n'est pas la seule dessus, mais elle veut avancer.
Parce que tout est au point mort depuis l'attaque du deux mai. Plusieurs sorcier·e·s ont été arrêté·es et mis·es en détention provisoire, mais personne n'a parlé depuis. À l'exception du petit jeune pour dénoncer son camarade. Le Magenmagot a voté en urgence le maintien en prison jusqu'au procès, mais pas l'utilisation de la légilimencie ou du veritaserum.
Alors Tulipe lit et relit les maigres transcriptions des interrogatoires pour espérer en tirer quelque chose. Ainsi que les rapports des perquisitions aux domiciles des sorcier·e·s en cellules et celui listant le dernier sort de chacune de leurs baguettes. Le Priori Incantatum est souvent utile, mais n'avoir que le dernier sort lancé est ici insuffisant. Il y a eu tant d'échanges de maléfices qu'il aurait fallu remonter sur dix ou vingt sortilèges pour avoir des informations pertinentes. Tulipe a tout de même pu constater l'absence d'impardonnable et peu de maléfices dangereux. Elle pense que seul Harry avait vraiment été visé. Avec Drago, ce sont les deux seuls blessés de l'attentat, excepté trois opposants contusionnés.
Convaincue que cette attaque a un lien avec les Partisans Noirs, elle épluche à nouveau tout ce que son équipe a accumulé comme informations et preuves dans cette affaire. Les mots de menaces et les rapports d'enquêtes aux magasins d'encre et de parchemins, les dépositions des propriétaires et client·e·s identifiables, les analyses magiques effectuées dans l'appartement de Harry après les draps étrangleurs, les rapports des médicomages suite à l'empoisonnement, les rapports de surveillance de son équipe à Poudlard sous glamour et polynectar, les divers documents en rapport avec le trafic ayant amené la manticore sur le territoire britannique, les multiples dépositions des témoins des différentes tentatives d'assassinat contre Harry et même les empreintes et les preuves relevées dans l'appartement de Harry après l'effraction. Elle pense depuis le début que cela a un lien avec les Partisans Noirs. Maintenant que le coupable de cette intrusion est derrière les barreaux pour l'attaque de Pré-au-Lard, elle en est convaincue. Il ne reste qu'à faire le rapprochement. Et pour ça il faut qu'il parle !
Mais il n'y a rien qui lui permet de relier ces trois affaires qui semblent séparées. L'enquête des Partisans Noirs avance avec lenteur et le trafic d'animaux et créatures magiques a été démantelé et remonté. Des personnes ont été arrêtées et l'une a avoué faire partie de ce groupe, mais elle ne connaissait qu'un sorcier impliqué, qui lui avait donné les instructions concernant une manticore. Rien qui ne peut la relier à Harry pour autant. Ce sorcier ayant communiqué l'ordre est recherché. Tulipe a envoyé Marcus et Abigail sur ses traces, ce n'est qu'une question de temps avant de lui mettre la main dessus. Elle a une confiance absolue dans ses coéquipier·es.
L'effraction des appartements de Harry est une affaire clôturée, mais Tulipe ne la met pas de côté, des indices sur la personnalité du jeune ont pu se glisser dans les rapports d'interrogatoires et le compte rendu informel que Harry lui a adressé après le conseil d'administration qui a décidé de sa punition. Le fait qu'il soit impliqué également dans cette attaque à Pré-au-Lard a de quoi éveiller les soupçons.
Mais comment le faire craquer ? Il est presque aussi mutique que les autres. Iels ont toustes demandé des avocamages et refusent de parler. Il est évident que si rien de plus n'est apporté comme preuves, le procès sera rapide. Il y a tout de même une chance de trouver de nouveaux membres du groupe disparate ayant agi lors de la commémoration : une équipe entière d'Aurors est chargée de retrouver des sorcier·e·s dont on a pu retracer les signatures magiques sur place, mais qui se sont échappé·es avant les interpellations. Toustes en cavale, évidemment.
Tulipe termine son café et regarde l'heure : dix-huit heures. Elle se lève, s'étire, sort de son bureau et traverse les couloirs pour aller à la machine à café. L'open space du Bureau des Aurors est presque vide, il ne reste que quelques personnes qui finissent un dossier ou un rapport avant de rentrer à la maison. Et elle, qui hésite entre se faire couler un nouveau café et abandonner pour la soirée.
La jeune femme tourne la tête vers les écrans de contrôle des salles d'interrogatoire. Une surveillance magique permet de voir qui s'y trouve : une inspiration moldue très pratique. Deux salles sont encore occupées : Irwin et July, les autres coéquipier·es de Tulipe y sont, avec deux sorcières arrêtées le deux mai. Les deux Aurors passent toutes leurs journées à interroger inlassablement les personnes interpellées. Avec peu de résultats jusqu'ici, mais chaque mot compte et tout peut basculer en quelques instants, Tulipe le sait.
Elle reste un long moment devant les écrans, sans pouvoir entendre ce qui se dit, pensive. Elle attend patiemment que son équipe remonte dans le bureau pour leur demander ce qu'il en est. Vu l'heure, ça ne devrait plus tarder. Et en effet, après une dizaine de minutes, Irwin et July rejoignent leur cheffe d'équipe. Les expressions sur leurs visages sont suffisantes pour savoir qu'il n'y a encore pas grand-chose de nouveau.
— Alors ?
— Rien.
Tulipe soupire et les remercie. Puis elle leur recommande de rentrer chez elleux, il est tard, le rapport attendra demain.
— Tu devrais faire pareil, Tulipe, tu es exténuée, rétorque Irwin en posant une main sur l'épaule de sa cheffe.
— Je me donne jusqu'à dix-neuf heures et je m'en vais, promis. Embrasse Neela pour moi.
Irwin hoche la tête et prend ses affaires pour rentrer chez lui. July fait de même et Tulipe s'enferme encore une fois dans son bureau.
Une idée lui est venue pendant qu'elle fixait les écrans de surveillance. Peut-être que la solution n'est pas d'interroger les suspects, mais leurs proches, de façon plus informelle. Alors Tulipe commence la liste de tous les proches des personnes qui patientent en cellules depuis dix-huit jours déjà. Et elle va démarrer par les ami·e·s et la famille de Mike Fawley, le jeune homme en septième année à Poudlard. Notamment le camarade qu'il a accusé de complicité sur cette attaque. Après tout ce dernier sait peut-être des choses, il a bien dénoncé les deux autres pour l'effraction des appartements de Harry.
Finalement Tulipe reste bien plus tard qu'elle avait prévu, mais quand elle rentre chez elle, la liste des personnes qu'elle veut voir est achevée. Elle est interminable et cela va nécessiter de longues heures de patience pour son équipe. Elle envisage même de demander à son chef l'aide d'une seconde équipe. Pourtant elle sent que c'est ce qui va débloquer les choses, une sorte d'instinct qui ne la trompe pas en général. Ce type de certitude est rare dans son métier, mais elle a appris à ne jamais négliger la moindre idée, même farfelue. Et là, elle sent que c'est ce qu'elle doit faire.
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Lundi 25 mai 2020
En ce lundi férié, à l'occasion de la fête du printemps, Poudlard est en effervescence. Même les plus récalcitrants au Quidditch se pressent dans le parc de l'école de magie. Il est onze heures et le soleil brille derrière quelques nuages épars. Il fait bon, pas trop chaud et une légère brise souffle, rafraîchissant un peu la température ressentie. Les conditions sont excellentes pour voler et l'impatience gagne tout le monde.
Au vu des circonstances particulières, le déjeuner ne sera pas servi dans la Grande Salle ce midi, mais dans le parc. C'est une idée de Tomas : proposer un pique-nique que les spectateurices pourront déguster pendant le match. Il a fallu convaincre Minerva qui a fini par se laisser attendrir après un certain nombre de demandes répétées. La fin de sa carrière à Poudlard a fait baisser son niveau d'exigence concernant le standard de l'école. Et ce n'est pas plus mal, de l'avis des plus jeunes enseignant·e·s. Les choses évoluent avec le temps. Une page s'apprête à être tournée et ce n'est pas toujours négatif.
Drago a enfilé sa vieille tenue de Quidditch dont il a changé la couleur. Le vert de Serpentard n'est pas adapté pour cette équipe. Il a également enchanté les uniformes de ses joueureuses, juste pour le match. Son équipe arbore les couleurs blanc et noir, Harry, lui, a choisi le violet, le rose et le bleu. Quand il lui a raconté qu'il avait décidé de ces nuances sans expliquer pourquoi aux membres de son équipe, Drago a éclaté de rire. Mais il n'a pas tenté de le dissuader parce qu'il sait qu'au fond c'est important pour Harry, même si ça a l'air d'une blague. Ils sont de toute façon certains que presque personne ne comprendra le message caché : les sorcier·e·s ne sont pas très au fait des couleurs des drapeaux LGBT+ moldus.
Les équipes sortent des vestiaires en même temps puis s'avancent sur le terrain. Renée Bibine les accueille avec un large sourire. Drago prend conscience qu'elle aussi cessera un jour d'enseigner à Poudlard. Toustes leurs professeur·es d'antan partent progressivement, rattrapé·es par l'âge. Il aime bien la professeure de vol, impartiale et juste, surtout depuis qu'il est revenu en tant qu'enseignant. À l'époque de sa scolarité, il aurait préféré qu'elle ne donne pas tant de pénalités à Serpentard pour son jeu trop brutal. Il sait pourtant maintenant que c'était la chose à faire.
Face à Harry, à la place de l'attrapeur, Drago a un petit sourire en coin. Il s'avance quand on le lui demande et serre la main de son amoureux. Il lui fait un clin d'œil, enfourche son Pulsar et décolle d'une tape du pied dès que l'arbitre siffle. Le match démarre quelques instants plus tard et James saisit le souaffle au vol.
Immédiatement, la grosse balle voyage de mains en mains et file à toute vitesse vers les buts adverses. Tomas la manque et l'équipe de Harry ouvre les scores. Drago secoue la tête et soupire en espérant que ses poursuiveur·ses égaliseront. Mais ce n'est plus de son ressort maintenant qu'il est dans les airs. Son rôle à lui est de dénicher le vif d'or avant Harry et de l'attraper. Sa place de capitaine n'ayant aucun intérêt pendant le match, il a délégué à Edward. Et il sait que Harry a fait de même avec Liam. Ce n'est pas une place facile d'être à la fois capitaine et attrapeur puisqu'on ne peut pas du tout interagir avec ses coéquipiers pendant le match. Mais ils se sont beaucoup entraînés pendant les dix derniers jours et l'objectif est simplement de s'amuser. Il n'y a pas d'enjeu comme dans la Coupe des Quatre Maisons. De son côté, Drago a écourté son temps de sommeil pour voler en solo, à la poursuite d'un vif d'entraînement.
Un tour de terrain plus tard, toujours pas de petite balle dorée en vue. Harry est de l'autre côté du stade et scrute aussi le ciel. Il a l'air petit d'aussi loin.
Le score continue à grimper, l'équipe de Harry en tête, alors que Drago aperçoit enfin pour la première fois le vif. Il est plus près de Harry, qui ne l'a pas encore repéré. Drago en profite et change sa trajectoire pour intercepter celle de la balle. Harry s'en rend compte et accélère également. Ils se retrouvent au coude à coude sur quelques centaines de mètres, à tourner en rond autour du stade, sans réussir à saisir le vif qui semble faire de petits bonds dès qu'une main s'approche. Puis la balle vire à quatre-vingt-dix degrés et disparaît en un éclair doré. Drago grimace, il n'aime pas quand elle a des pointes de vitesse dans le genre.
Drago et Harry remontent dans les hauteurs, au-dessus de la surface de jeu. Drago observe quelques instants ce qui s'y passe et est heureux de constater que son équipe se défend bien. Les forces sont assez équivalentes de chaque côté, cela donne un match équilibré. Mais cela veut aussi dire qu'il doit absolument attraper le vif s'il désire gagner.
Pendant l'heure qui suit, le vif fait plusieurs fois des apparitions de quelques minutes puis disparaît de nouveau. Jusqu'au moment où Drago sent que ça va être différent. Le vif a un vol plus chaloupé, moins stressé et ne tente plus autant d'échapper à leurs essais pour le saisir.
Drago et Harry volent côte à côte, leurs balais sont presque à leur vitesse maximum. Le regard fixé sur la balle dorée, Drago ne se laisse pas déconcentrer. Même quand ils traversent l'espace de jeu à plus de cent vingt kilomètres-heure, frôlant les poursuiveur·ses, pour remonter en chandelle le long des gradins. Un looping plus tard, les deux hommes sont toujours après le vif qui a pris de la hauteur. Il accélère encore un peu, Harry le rattrape vite. Presque collés l'un à l'autre, Drago sent les turbulences créées par son adversaire. Le vent fouette sa peau et siffle à ses oreilles, ses joues piquent, et ses doigts serrent le manche avec force alors qu'il accélère davantage, poussant les capacités du Pulsar au maximum. Le vif n'est plus qu'à un petit mètre, juste devant lui. Harry tient le choc quelques secondes, mais son balai est un peu moins rapide et Drago voit la victoire se profiler. Il tend la main, fébrile, tandis qu'il aperçoit, du coin de l'œil, Harry qui perd du terrain. Oh, seulement quelques centimètres, mais c'est suffisant. Concentré sur son objectif, son regard pourrait transpercer la balle. Le cœur battant à tout rompre, Drago se penche encore un peu plus en avant, presque couché sur son manche et ferme enfin la main sur le métal froid du vif d'or. Puis il ralentit et s'arrête en vol stationnaire.
Hébété, Drago met quelques secondes à réaliser ce qu'il vient de faire. Une immense clameur monte du stade et des centaines de voix hurlent leur joie, il les entend à peine. Le directeur de Serpentard entrouvre le poing, conservant la balle entre ses doigts. Ses petites ailes ne battent plus que mollement, elle est devenue docile maintenant qu'elle a été attrapée. Il brille sous les rayons du soleil.
Cela le frappe enfin : c'est la première fois qu'il parvient à vaincre Harry. Harry et son indéniable talent dans les airs. Drago tourne la tête vers son amoureux qui est maintenant près de lui. Il a un grand sourire, ses lunettes de protection relevées sur son front, assis avec nonchalance sur son balai, les bras croisés.
— Félicitations Drago !
— Merci… répond ce dernier par automatisme.
Son cœur va crever sa cage thoracique tant il bat vite. L'adrénaline est toujours là. Pour évacuer, Drago se penche en avant, saisit le manche d'une main et descend de quelques mètres pour faire le tour du stade, le bras levé au-dessus de sa tête, paradant avec le vif. Il accueille les vivats, les sifflements et applaudissements avec gratitude et un immense bonheur. Il aura fallu attendre l'aube de ses quarante ans pour enfin battre Harry. Et la joie qu'il éprouve est si forte qu'elle menace de le submerger. Drago est certain que ses sentiments exacerbent ses émotions et les rendent plus pures. Lors de sa scolarité il aurait exulté et se serait pavané, fier et égocentrique, rabaissant Harry. Aujourd'hui, il ressent l'amour qui le lie à Harry et sa victoire est simplement heureuse. Il n'a pas envie de se moquer de lui alors qu'il sait qu'il aurait pu gagner aussi. Il a appris, avec les années, à reconnaître le talent chez les autres, il a cessé de se prendre pour le centre du monde, parfait et indétrônable.
Quand enfin son cœur retrouve un rythme acceptable et qu'il n'a plus l'impression que ses veines brûlent, il remonte au niveau de Harry qui n'a pas bougé d'un pouce. Il stationne à une bonne vingtaine de mètres de hauteur, presque au milieu du terrain. Drago devrait retourner auprès de son équipe, mais il a envie de parler avec Harry d'abord. Il s'approche, le vif serré dans son poing et s'arrête juste à côté de lui. Ils sont presque face à face, les balais tête-bêche. Les yeux de Harry pétillent et son sourire n'a pas quitté son visage. Il a l'air sincèrement heureux pour lui. Cela fait de nouveau accélérer le cœur de Drago qui voit tout son amour dans son regard. Il sourit en retour.
— J'ai envie de t'embrasser.
Drago n'ose pas élever la voix et a soufflé sa phrase. L'enceinte du stade est horriblement bruyante et personne ne peut les entendre. Il craint même que Harry ne l'ait pas compris et que les mots se soient envolés dans le vent.
— Eh bien, fais-le !
— Au cas où tu n'aurais pas remarqué, tout Poudlard nous regarde…
— C'est une bonne occasion dans ce cas. Cela épargnera les questions liées aux inévitables rumeurs qui finiront par arriver un jour ou l'autre…
Drago sent son estomac se tordre. La nausée le prend. L'angoisse lui noue les tripes. Ses doigts se crispent sur le balai et le vif d'or qui vibre doucement dans sa main.
— Drago ? s'inquiète Harry, les sourcils froncés et le sourire évanoui.
— Je… je ne peux pas…
Drago est terrorisé. Pourtant il sait que Harry a raison. Ce dernier a une expression désolée. Il penche un peu la tête sur le côté, comme pour réfléchir.
— Et si je le fais pour toi ? Pour nous ?
Drago se sent lâche. Mais il ne peut pas faire cet effort de lui-même. Et Harry a du courage pour eux deux, alors il le laisse, encore une fois, gérer son coming-out. Il hoche la tête pour accepter.
Harry rapproche son balai du sien, les colle presque l'un à l'autre. Leurs jambes se frôlent. Puis Harry tend la main et empoigne le haut de sa tenue de Quidditch, avec douceur. Il se penche tout en tirant Drago vers lui. Drago se laisse entraîner. Quand leurs visages ne sont séparés que par quelques centimètres, Harry chuchote, et son souffle caresse la bouche de Drago, provoquant des frissons le long de son échine.
— Je t'aime, Drago, je serai là pour toi. Tout va bien se passer.
— D'accord… Embrasse-moi, ajoute-t-il alors que rien n'arrive.
Comme si Harry avait attendu qu'il le dise, le directeur de Gryffondor achève son mouvement et pose ses lèvres sur les siennes. Le baiser est doux, comme souvent entre eux. Drago tremble de tous ses membres et glisse sa main libre dans la nuque de Harry, pour se raccrocher à quelque chose. Son autre poing, qui enferme toujours le vif, est serré contre son ventre.
Drago n'entend les hurlements et les applaudissements qu'au moment où ils se séparent, comme s'ils avaient été dans une bulle qui viendrait d'éclater pour les faire revenir à la réalité. Réalité que Drago doit maintenant affronter.
N'oubliez pas de me laisser une petite review !
On se retrouve dans deux semaines, le 6 janvier 2023 avec le chapitre 26 : « Les 40 ans de Drago ».
En attendant, portez vous bien !
