Bonjour à toustes !
Merci pour toutes vos reviews, vous me gâtez ! Merci à celles et ceux qui en ont laissé pour la première fois sur le précédent chapitre, cela me touche d'avoir un petit mot, de voir des nouveaux pseudos.
Suite des vacances scolaires pour nos deux amoureux dans ce chapitre !
Il reste encore 10 chapitres après celui-ci, et l'épilogue bien sûr. Nous arrivons dans le dernier tiers de l'histoire, la partie où le couple va devenir trouple (oui oui rappelez-vous j'en avais parlé dès le début). À partir de maintenant il va y avoir un peu plus d'ellipses et le temps va donc parfois avancer plus vite, soyez attentif·ves aux dates !
Bonne lecture !
PS : Désolée , il y a eu un souci et j'ai oublié de mettre le chapitre hier.
Chapitre 28 — Un terrain d'entente
Dimanche 5 juillet 2020
Le voyage jusqu'à Orlando a été plutôt long. Un portoloin depuis Londres pour New York, puis un deuxième pour Miami et enfin un transplanage. Il n'est que dix heures du matin, mais il fait déjà très chaud. Harry n'aime pas ça.
La maison des Greengrass est une très grande propriété en périphérie d'Orlando, entourée de hauts murs délimitant un immense terrain. Harry sait que c'est une famille riche et cet endroit le confirme, pourtant Harry n'est pas familier de l'immobilier américain. Drago lui a confié qu'iels ont vendu tous leurs biens en Angleterre excepté une petite résidence secondaire à la frontière de l'Écosse. Il se sent un peu fébrile tout de même de loger chez les parents de l'ex-femme de Drago. Même si ce dernier lui a affirmé que tout irait bien. Il comprend mieux ce que son amoureux a pu ressentir chez les Weasley, le passé houleux mis à part.
L'immense portail ouvragé s'ouvre seul quelques secondes après que Drago ait sonné. Il s'agit d'un quartier entièrement moldu et c'est électrique. Pourtant, Harry saisit dès qu'il franchit le seuil de la propriété qu'il y a une barrière Repousse-Moldu et probablement des sorts de sécurité. Ce genre de choses lui fait comme une impression étrange sur le corps, un léger picotement, depuis qu'il a aiguisé ses sens aux sortilèges de ce type pendant ses études d'Auror.
Harry suit Drago et Scorpius sur une large allée gravillonnée, entourée de belles pelouses parsemées d'arbustes qu'il ne reconnaît pas. Le climat est si différent de chez lui que cela ne l'étonne pas. Il a une pensée pour Neville et son amour des plantes, ce dernier saurait forcément ce que c'est. Quelques grands arbres, à distance de la bâtisse, créent une ombre bienvenue sous cette chaleur et Harry a hâte de s'y reposer.
Harry lève les yeux vers la maison, d'un style très éloigné de ce qu'il y a sur le vieux continent. Elle semble de plain-pied, un escalier en briques rouges d'une dizaine de marches basses mène à la large porte d'entrée vitrée. Celle-ci est protégée par l'avancée du toit sur toute l'étendue de la façade, soutenue par des colonnes carrées blanches. Des luminaires, pour l'instant éteints, flanquent les marches et d'autres pendent du plafond de cette sorte de terrasse couverte.
Pendant que Harry observe les lieux, Drago sonne et la porte s'ouvre, mais pas seule cette fois. Une femme grisonnante aux cheveux relevés se tient dans l'entrée de la maison, un sourire avenant sur le visage. Son port altier et sa tenue – une robe de sorcière ouvragée – trahissent ses origines. Scorpius se précipite aussitôt vers elle pour l'enlacer. Agatha Greengrass le prend contre elle et son sourire s'agrandit.
— Entrez, entrez, les invite-t-elle ensuite.
Drago et Harry suivent Scorpius dans la demeure. Drago embrasse légèrement la joue d'Agatha, dénotant une amitié que Harry n'imaginait pas aussi forte. Harry tend la main et se présente tout en la remerciant de son hospitalité.
— Je sais qui vous êtes, monsieur Potter, et c'est un plaisir de recevoir les amis de Drago chez nous, lui répond-elle.
Harry jette un regard à Drago, il est surpris que ce dernier l'ait fait venir sans dire toute la vérité aux grands-parents de Scorpius. S'iels ressemblent à Narcissa, leur séjour va rapidement tourner court. Pourtant Drago était certain que tout se passerait bien et Harry ne l'avait jamais vu aussi confiant sur la réaction des gens à son homosexualité.
— Je vous amène à vos chambres pour que vous puissiez poser vos affaires. Prenez votre temps, nous vous attendons dans la véranda pour boire une citronnade.
La maîtresse de maison les guide à travers quelques couloirs. Scorpius les devance, courant presque. Il n'attend pas pour se ruer dans sa chambre. Il est ici comme chez lui, il a sa pièce.
— Monsieur Potter, voici votre chambre, j'espère que vous y serez confortable, indique Agatha en ouvrant une porte. Drago, veux-tu occuper l'ancienne chambre d'Astoria ou préfères-tu que je prépare l'autre chambre d'invités ?
Drago échange un regard avec Harry et ce dernier est étonné de ne pas y voir la peur habituelle. Cette lueur que Drago a toujours quand il s'agit de parler d'eux à quelqu'un qu'il connaît.
— Je vais rester avec Harry, Agatha, je vous remercie.
La sorcière se fige un instant, mais retrouve rapidement le sourire. Elle leur souhaite une bonne installation et se retire. Harry la regarde partir, elle a une démarche tranquille et assurée. Elle lui a fait une agréable impression. Drago est déjà entré et a posé ses bagages sur le porte valise.
Après avoir défait une partie de leurs affaires, Drago va chercher Scorpius au bout du couloir et guide tout le monde vers la véranda. Il plisse les yeux le temps de s'habituer à la forte luminosité. Les panneaux de verre qui ferment cette extension à l'arrière de la maison sont tous ouverts sur le jardin, il fait trop chaud pour les laisser clos. Et un sort d'opacité a été lancé sur la verrière qui les recouvre, pour éviter les coups de soleil. Drago serre la main d'Eliott qui est assis sur un confortable fauteuil d'extérieur rembourré d'épais coussins. Et Harry se présente une nouvelle fois, bien qu'il sache que c'est inutile.
Tout le monde s'installe près d'une petite table et Eliott sert de la citronnade d'un geste de baguette. La boisson fraîche est bienvenue étant donné la chaleur. Iels sirotent en silence quelques instants et Harry observe un peu autour de lui, jusque dans le jardin. Le domaine est immense, comme il l'a imaginé depuis l'extérieur, avec diverses plantes et des arbres. Ainsi qu'une grande piscine à quelques pas de la véranda. Harry écoute les oiseaux qui pépient et les grillons qui stridulent agréablement, il se sent enfin en vacances.
— Mamy, je peux aller dans la piscine ? demande soudain Scorpius qui a déjà fini son verre.
Agatha se tourne vers Drago. Ce dernier vérifie l'heure sur sa montre à gousset et laisse son fils agir à sa guise. Ce sont les vacances et le déjeuner pourra attendre un peu. Par ailleurs, il préfère que Scorpius soit occupé ailleurs le temps de discuter avec Eliott et Agatha Greengrass.
— Êtes-vous bien installés ? demande Eliott après avoir pris une nouvelle gorgée.
— Très bien, merci. C'est très joli chez vous, répond Harry poliment.
— L'armoire est-elle assez spacieuse pour vos affaires à tous les deux ? Nous pouvons l'agrandir si besoin.
Drago n'est pas surpris. Agatha a forcément parlé à son mari dès qu'elle a pu. Mais son ex-beau-père a un regard doux et bienveillant, il n'a pas posé cette question pour les mettre dans l'embarras. De toutes les personnes qu'il connaît, Drago n'avait aucun doute sur leur réaction concernant sa relation avec Harry. Ce sont eux qui avaient expliqué à Scorpius que l'on pouvait aimer quelqu'un du même sexe, de façon très tolérante. Le contraste entre les parents d'Astoria et les siens continuent à rendre Drago un peu amer, même après tant d'années. Il aurait grandi différemment avec elleux, il aurait moins souffert. Mais peut-être ne serait-il pas avec Harry aujourd'hui, et l'idée lui déplaît beaucoup.
— Ça ira, Harry ne reste qu'une semaine, il n'a pas apporté beaucoup de choses. Merci Eliott.
La discussion s'oriente vers leur travail à Poudlard et Harry découvre des personnes très curieuses et cultivées. Le couple s'intéresse réellement à ce qu'il raconte et c'est très appréciable. Il se sent même suffisamment en confiance pour aborder le sujet des changements que Hermione prépare au niveau législatif, appuyé par Drago qui connaît également le projet maintenant.
Finalement, Scorpius les rejoint après avoir bien sauté et nagé dans l'immense piscine, dégoulinant et le sourire aux lèvres.
— J'ai faim ! On mange bientôt ?
Drago lui fait les gros yeux d'être aussi familier, mais Agatha se met à rire. Elle invoque une serviette pour son petit-fils et invite tout le monde à venir se restaurer. Harry suit ses hôtes à l'intérieur et est content d'être un peu plus au frais. Il sent que la semaine va être horriblement chaude, mais la bonne compagnie compensera ce fait. Les Greengrass semblent être des personnes vraiment agréables et Harry est rassuré que Drago ait de si bons rapports avec eux, malgré le décès d'Astoria. Il a besoin d'avoir du soutien et des gens qui l'aiment. Harry est aussi touché que Drago ait voulu le présenter à ses ex-beaux-parents, c'est un symbole assez fort vu leurs relations.
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Samedi 1er août 2020 — Drago
Je vérifie que j'ai tout ce qu'il faut avant de quitter mon appartement. La météo prévue dans le Devon aujourd'hui est mitigée, je préfère ne pas être pris au dépourvu. Après un dernier regard dans le miroir dans lequel j'essaie d'ignorer les petits cernes qui soulignent mes yeux, j'appelle Scorpius. Je l'ai laissé dormir le plus possible, tout en lui laissant le temps de se préparer et de manger un peu. Nous sommes rentrés d'Orlando hier soir assez tard après être restés tout le mois chez Agatha et Eliott. Scorpius s'est beaucoup amusé et j'ai bien profité de mon temps libre pour lire et me reposer. Les heures passées sur un transat au bord de la piscine m'arrachent un sourire. Ma peau est dorée par des semaines de soleil et de chaleur. Cela change de mon teint naturellement maladif et j'aime ça. Je me demande un instant si cela va plaire à Harry, lui qui adore le contraste entre nos deux carnations. Je hausse les épaules, après tout cela n'a pas grande importance, même s'il n'apprécie pas, mon bronzage disparaîtra vite, ma peau ne garde jamais trace du soleil pendant bien longtemps.
Scorpius me rejoint dans l'entrée, propre et bien habillé, et la joie et la fierté que j'ai pour lui m'envahissent.
— Tout est prêt pour demain ? Sinon je peux t'aider à finir ton sac après la journée au Terrier.
— Oui, Papa, c'est bon.
Je souris, heureux. Malgré la fatigue due au voyage et au fait que j'ai peu dormi, je suis très impatient. Cela fait bientôt trois semaines que Harry est revenu en Angleterre et il m'a beaucoup manqué, mais il aurait été impoli qu'il allonge son séjour.
À peine rentré hier soir, je me suis attelé à répondre au courrier accumulé pendant mon absence et je me suis couché très tard. D'autant plus que j'ai passé un temps infini à écrire à Mère concernant son invitation de demain. Et le réveil a sonné très tôt : l'appartement avait besoin d'un grand ménage, puis il a fallu ranger nos bagages, nettoyer et plier nos vêtements et tout recommencer. J'ai rarement autant fait et défait mes valises que cette année, mais c'est le prix à payer pour pouvoir être avec Harry.
J'attrape le paquet posé sur le meuble de l'entrée et je guide Scorpius vers la cheminée. Un peu de poudre, quelques mots et nous voilà transportés jusqu'au Terrier. C'est la deuxième fois et je suis moins surpris que la première. Nous sommes accueillis par le moins aimable de la famille : Percy. Il me toise presque avec mépris en agitant sa baguette pour faire disparaître la cendre de nos vêtements et murmure un bonjour forcé. Je le salue poliment en retenant un commentaire acerbe et je rejoins l'extérieur en poussant Scorpius dans le dos. Le bruit des conversations nous guide tout autant que mes souvenirs de la journée que nous avons passée ici il y a quelques mois.
La vive lumière nous cueille en sortant dans le jardin à l'arrière de la maison et je plisse un peu les yeux. Scorpius est plus rapide que moi à s'accommoder et file aussitôt vers le groupe d'adolescents qui a élu domicile sous les arbres, comme la dernière fois. Tous les enfants de ce petit clan si soudé qui ont si vite accepté Scorpius parmi eux, cela me fait chaud au cœur. C'est un sentiment récurrent depuis trois ans. Je l'observe un instant rejoindre Albus et Rose. Celle-ci lui saute dessus comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des mois. Je tique en constatant que le jeune Potter semble moins empressé, c'est nouveau. S'est-il passé quelque chose entre eux que je n'aurais pas remarqué ? Scorpius m'a pourtant raconté avec enthousiasme sa semaine avec la fratrie Potter et n'a pas mentionné de difficulté avec Albus. Il s'agit sûrement de broutilles enfantines.
Je reporte mon regard sur le reste du jardin et les très nombreuses personnes qui y sont déjà. Toute la famille Weasley semble là et le roux domine. Mais je reconnais aussi des gens que je n'ai pas vus depuis des années et je ne sais pas comment ils vont réagir à ma présence. Harry a-t-il prévenu ses amis de notre relation ? Puis je repère l'Auror qui enquête sur les Partisans Noirs depuis leur première tentative d'assassinat de Harry. Je savais qu'ils se connaissaient bien, mais je ne pensais pas qu'ils étaient assez proches pour que mon amoureux l'invite à son anniversaire. Surtout que nous ne sommes pas chez lui. Mais d'après ce qu'il m'a dit, Molly Weasley refuse catégoriquement que les fêtes se passent ailleurs qu'au Terrier, pour tous les membres de la famille. Et Harry est presque le dernier enfant de cette famille aux yeux de la matriarche.
Enfin, je croise les yeux que je cherchais. Deux iris d'émeraude derrière des lunettes, au milieu d'un visage souriant. Il se dirige immédiatement vers moi et je descends les deux marches qui séparent le pas de porte du jardin afin d'aller à sa rencontre. Il porte un t-shirt vert avec des dessins bizarres et un short qui lui arrive aux genoux. Une tenue un peu légère vu la fraîcheur anormale de la saison. Mais ça ne me dérange pas, ça me permet de mieux le regarder, je ne m'en lasse pas. Et mon cœur s'affole un peu alors qu'il s'avance vers moi, Merlin, ça rend vraiment niais d'être amoureux !
Alors qu'il n'est plus qu'à quelques pas de moi, je devine qu'il ne se contentera pas d'un simple bonjour formel ainsi que j'aurais préféré : il y a tant de monde qui nous observe que je me sens épié tel un chimpanzé au zoo moldu. J'ai beaucoup réfléchi à cette façon dont je rejette les marques d'affection en public, même minimes. Depuis le petit stratagème chez Pansy et Blaise j'ai décidé d'essayer de me décoincer là-dessus, maudissant mon éducation stricte qui a ancré en moi cette particularité. Et puis, après tant de jours sans lui, je n'ai pas vraiment envie de me priver de l'avoir contre moi. C'est l'occasion de faire un effort et de voir comment je le vis.
Harry ouvre ses bras et m'enlace sans même hésiter une seconde. Il fait ça avec tout le monde et personne ne sera étonné qu'il agisse de la même manière avec moi, je suis persuadé qu'ils sont tous au courant de notre amitié, au minimum. En tout cas je l'espère. Je referme mes bras dans son dos et je clos un instant les yeux, à la fois pour profiter de sa présence et pour éviter de croiser des regards curieux. Son accolade me fait tant de bien, sa chaleur contre moi est une bénédiction. Il m'a manqué, mais je n'avais pas réalisé avant cet instant à quel point ! Nous nous sommes vus presque tous les jours depuis presque un an et nous avons passé les deux premières semaines de vacances ensemble, ne plus l'être a été rude.
Je finis par reculer et relâcher mon étreinte, je ne sais pas ce qui est socialement acceptable pour ce genre de geste, mais nous sommes entourés de nombreuses personnes et je ne tiens pas à passer pour un homme mal élevé. Je croise le regard de Harry, tout proche, alors que ses mains se détachent de moi. Il a un sourire éblouissant et ses yeux brillent de joie, je le vois. L'idée que je puisse être responsable de ça me rend particulièrement heureux. Et j'ai l'impression que c'est le cas, j'ai envie de le croire.
Ses deux émeraudes me fixent et je comprends que Harry veut m'embrasser. Là, en présence de sa famille et ses amis. Il m'est impossible de deviner qui sait déjà pour nous et qui va le découvrir. Mon cœur accélère et un désagréable frisson me parcourt à l'idée de regards écœurés sur nous. Cependant, après l'avoir laissé m'embrasser devant tout Poudlard, je me sens maintenant plus en confiance qu'avant. Et je me surprends moi-même à pencher la tête vers lui pour poser brièvement mes lèvres sur les siennes. Cela ne dure qu'un instant, je ne peux pas faire plus que ça en public, mais c'est divin. J'aimerais que nous soyons seuls pour approfondir nos retrouvailles, mais malheureusement pour moi, ce n'est pas le cas. Trois semaines sans se toucher, c'est beaucoup trop long ! Comment ai-je fait avant d'être avec lui pour aussi bien gérer la frustration ? C'est un mystère.
Je me sens bien, je souris et je laisse Harry m'emmener vers ses amis. Je suis reconnaissant à Granger et Weasley – non, Hermione et Ronald – d'être parmi eux parce que je ne me souviens plus du nom des autres. En tout cas personne ne semble surpris de me voir, Harry a dû leur en parler. Il fait les présentations et cela m'est d'un grand secours.
— Drago, tu connais déjà Ron et Hermione. Ainsi que Seamus, Dean et Luna. Voici Rolf, son mari.
Harry fait un tour sur lui-même et me montre un autre groupe du doigt, plus loin dans le jardin.
— Là-bas il y a Angelina et Tulipe, elles discutent avec Georges et Teddy. Neville n'est pas encore arrivé. Et tu connais déjà tous les autres Weasley, finit-il avec un mouvement de la main qui englobe les environs.
Je serre des mains en souriant aimablement. Tous les visages ne sont pas aussi avenants que celui de Hermione, mais tant pis. Même Ronald semble content de me voir, c'est quand même un comble. Je me souviens subitement que j'ai toujours un paquet dans la main et je le tends à Harry.
— Bon anniversaire !
— Merci, répond-il en me souriant de plus belle. J'en ai un pour Scorpius à la maison, je ne savais pas si tu viendrais avec lui aujourd'hui.
Il va poser le paquet sur une table un peu plus loin et me laisse seul au milieu de tous ces gens dont la plupart me regardent encore bizarrement. Je les ignore, je ne peux que penser au fait que Harry n'a pas oublié qu'il partage la même date d'anniversaire que mon fils. Je tourne d'ailleurs la tête vers les enfants pour voir si tout va bien. Visiblement, aucun des gamins n'a oublié que Scorpius vient d'avoir quatorze ans, il est en train d'ouvrir un cadeau et est déjà entouré de papiers colorés déchirés. Je soupire, me demandant quelles stupidités il va ramener, mais je suis heureux pour lui.
— Ne t'inquiète pas pour Scorpius… me souffle Harry à l'oreille en posant sa main dans mon dos.
Je sursaute, je ne l'ai pas entendu revenir. Je reporte mon attention sur le groupe, personne n'a manqué mon regard sur mon fils visiblement.
— Je ne m'inquiète pas. Je sais qu'il est en sécurité ici, je lui réponds tout aussi bas.
La main de Harry ne m'a pas quitté, je la sens posée avec douceur dans mon dos. Je me retiens de la pousser, je me suis promis d'essayer. J'écoute distraitement les discussions qui ont repris autour de nous. Je tends l'oreille, ça parle de Quidditch et d'un sport moldu, le « foutbowl ». J'ai comme l'impression que Dean sort les mêmes arguments depuis vingt ans à ses amis pour les convaincre étant donné les moues et les sourires moqueurs. Ma présence paraît presque oubliée, en tout cas elle ne semble pas poser problème, cela me rassure. Je me sens bien finalement ici, une crainte de plus qui s'estompe. Je me rends compte, avec le temps, que ma peur d'être rejeté n'était pas si réaliste que ça. Tout n'est pas parfait et je ne doute pas que je rencontrerai encore de l'homophobie, mais cela ne fait pas de moi un paria.
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La journée s'est bien passée, je sais que Scorpius s'est bien amusé, nous allons bientôt rentrer. J'ai pu m'intégrer à la plupart des échanges sans me sentir mis à l'écart. Et cette fois, je suis resté presque tout le temps avec Harry. Même quand Ginny est venue discuter avec lui de James et sa petite amie. Même quand Charlie a pris de nos nouvelles, il a semblé s'inquiéter de séquelles suite à l'attaque de la Commémoration.
Je sors de la salle de bain et me dirige vers le couloir principal quand une main m'arrête. Harry est là, juste devant moi, un sourire taquin et des yeux brillants dans la pénombre du petit recoin dans lequel nous nous trouvons. Il se coule contre moi en me poussant contre la porte fermée. Ses doigts entourent mon visage et mon cœur tambourine dans ma poitrine. Je prends une grande inspiration en sentant son bassin s'appuyer contre le mien. Il cherche ma bouche et je la lui laisse volontiers. Sa langue me taquine et je soupire sur ses lèvres en attrapant à pleines mains son t-shirt. Son baiser me brûle presque tellement c'est bon de l'avoir enfin contre moi.
— Hum hum…
Nous sursautons et je me cogne le menton sur la pommette de Harry. Je retiens un juron et je me masse un peu pour faire passer la douleur, tout en tournant la tête vers la personne qui nous a interrompus. Charlie Weasley… Évidemment ! Ceci dit ça aurait pu être l'un de nos enfants…
Harry fait un pas en arrière pour s'éloigner de moi. Je me sens vraiment honteux d'avoir été surpris comme un gosse. Je rougis et je suis content que cet endroit ne soit pas très éclairé.
— Je peux aller aux toilettes ? demande Charlie avec un sourire jusqu'aux oreilles.
Nous lui laissons de la place et il passe comme il peut, nous frôlant. Un frisson me parcourt. L'endroit est assez exigu : la salle de bain est engoncée dans une espèce de recoin sombre au bout d'un couloir en forme de « L ». Cette maison est vraiment curieuse et les pièces semblent agencées sans le moindre sens logique. Les seules toilettes sont apparemment ici, au rez-de-chaussée, et au dernier étage… Je tourne les talons, je ne compte pas m'éterniser et me faire encore surprendre par je ne sais qui. Et cela vaut mieux, tels que nous étions partis, les choses auraient pu déraper. Il n'aurait pas fallu grand-chose de plus avant que je ne nous enferme dans la salle de bain pour nous envoyer en l'air comme des sauvages. Ça n'aurait pas été très discret et je n'ai pas très envie d'expérimenter le jugement dans les yeux de la famille adoptive de Harry.
— Au fait, Harry… Tu as demandé à Drago ce qu'il pense de ma proposition ? lance Charlie en rouvrant soudainement la porte.
— Je n'ai pas eu le temps de lui en parler. Je te tiens au courant.
Et la porte de la salle de bain se referme définitivement sur Charlie. Je me demande de quoi il s'agit. Nous retournons vers l'extérieur et Harry me raconte que son ex nous invite à passer une semaine à la Réserve des dragons en Roumanie. Je l'arrête, stupéfait, et je le regarde.
— C'est une plaisanterie ?
— Je t'assure que non ! Charlie m'en a parlé ce matin.
— Harry… On ne va pas partir en vacances chez lui… Charlie est gentil, mais quand même !
— Tu ne voudrais pas découvrir les dragons dans leur environnement naturel ? C'est vraiment grandiose, tu sais ! Tes parents t'ont nommé d'après la constellation du dragon, ça serait dommage de ne pas profiter de l'occasion pour mieux connaître ces créatures, tu ne crois pas ?
Je secoue la tête, abasourdi. Comment une idée pareille a-t-elle pu venir à l'esprit de Charlie Weasley ? Il est vraiment très gentil, c'est un fait. Aimable et il semble avoir un caractère très doux. Mais je ne comprends pas pourquoi il est aussi sympa avec moi.
— Promets-moi d'y réfléchir, d'accord ?
— D'accord, je soupire, simplement pour faire cesser son argumentation destinée à me convaincre.
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Il est minuit passé et je ne trouve pas le sommeil. Nous sommes rentrés depuis des heures, Scorpius et moi. Mon fils dort depuis longtemps. La proposition de Charlie tourne et tourne encore dans ma tête. Je ne peux penser à rien d'autre. J'ai beau y réfléchir, je ne comprends pas les motivations de Charlie à nous inviter et celles de Harry à vouloir m'y emmener. Le fait que Charlie soit son ex est la seule raison qui m'a empêché de dire oui immédiatement, je m'en rends compte. Et pourtant je ne suis pas jaloux. J'ai accepté dès le début ses rapports particuliers avec ses ex et je ne sens pas notre relation en danger. Peut-être suis-je naïf ? Mais je ne veux pas que ma première vraie histoire avec quelqu'un soit imprégnée de jalousie mal placée, j'ai toujours trouvé ça idiot et je n'ai jamais compris. J'ai confiance en Harry et j'ai confiance en nous.
Je dois rejoindre Harry chez lui lundi pour deux semaines. Nous n'avons rien de spécial à faire, juste passer du temps ensemble, peut-être partir quelque part à l'improviste, rien d'extraordinaire. Cependant, l'idée de me promener une semaine entière dans la Réserve me tente beaucoup, je suis obligé de le reconnaître. L'occasion est inespérée, l'endroit est protégé et les visiteurs sont limités. Si je n'étais pas avec Harry, il n'y aurait aucune chance que je puisse y aller un jour. Il est même étonnant que Charlie nous ait invités, j'ai beau y réfléchir, je ne comprends toujours pas. D'après Harry, il s'agit simplement d'un geste d'amitié typique de Charlie. Et je dois dire que depuis ma première rencontre avec lui, Harry avait raison sur son ex. Il met à l'aise, il est très abordable, un homme simple et gentil. Je n'ai jamais ressenti de malaise entre eux non plus alors que ça serait justifié.
Les heures passent et je ne peux me décider. Par ailleurs, je préfère rester disponible et joignable pour Scorpius.
Mère m'a invité demain pour prendre le thé, je ne sais pas ce qu'elle me veut. En temps normal Scorpius aurait été chez elle pendant mon absence, mais j'ai prévu autre chose étant donné son rejet de qui je suis. Blaise et Pansy ont proposé de le garder une semaine et Théodore également. Scorpius les connaît bien, il a l'habitude de les voir et Blaise est son parrain. Je sais qu'il passera de bons moments et il est tout excité à l'idée d'avoir des vacances avec eux.
La fatigue me rattrape, il est excessivement tard. Tant pis, je prendrais une décision demain.
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Dimanche 2 août 2020
Drago s'assoit dans un des fauteuils du salon, un peu mal à l'aise. Narcissa claque des doigts et son elfe apparaît avec un plateau contenant du thé et des biscuits. Iels n'ont échangé que quelques mots depuis que Drago est arrivé. Il n'avait pas envie de venir du tout, mais il souffre malgré tout d'être en froid avec elle. À part Scorpius, il ne lui reste plus qu'elle, car il ne désire plus entendre parler de son père.
Il lui a fallu du temps pour accepter de reparler à sa mère après qu'il soit sorti d'Azkaban, mais iels ont fait la paix. Drago lui en voudra toujours de ne pas l'avoir assez protégé, mais il a mis ça derrière lui depuis longtemps. Par ailleurs, il a constaté que Scorpius est touché par la situation avec Narcissa. Ils en ont discuté ce matin même et c'est ce qui a décidé Drago à venir. Scorpius aime sa grand-mère, mais il ne souhaite plus la voir si elle continue à avoir des réflexions méchantes sur les personnes homosexuelles. Il lui a confié que cela lui faisait de la peine, pour Drago. Et pour son ami Albus. Drago n'a pas posé de questions, pourtant surpris d'apprendre cela. Scorpius est resté pensif après ça et n'a plus ouvert la bouche du petit-déjeuner. Alors, Drago a accepté l'invitation de sa mère. Pour essayer d'arranger les choses.
Narcissa sert le thé et tend une tasse à son fils. Elle le trouve reposé, les vacances lui font du bien. Et peut-être qu'il n'y a pas que cette raison. Elle le trouve aussi plus apaisé que d'habitude. Plus apaisé que toujours en définitive. Elle a réfléchi longtemps, a retourné le problème dans tous les sens, mais les faits sont là. Il est évident que son fils est plus heureux maintenant qu'il vit ainsi qu'il le souhaite. Cela la rend infiniment triste que son enfant unique soit si différent, anormal. Mais elle l'aime plus que tout et n'a pu se résoudre à le perdre. Et à perdre son petit-fils par la même occasion.
— Où est Scorpius ?
— Chez Blaise et Pansy… Il va passer une semaine avec eux. Et ensuite Théodore l'emmène en Allemagne, une semaine également.
Narcissa se force à garder un visage neutre, mais cela lui fait mal. Son cœur se serre de savoir que son fils a organisé les vacances de Scorpius loin d'elle. Elle s'en doutait évidemment, mais cela n'est pas agréable d'en avoir la confirmation.
Drago connaît assez sa mère pour deviner qu'elle est touchée par l'absence de Scorpius. Il ne peut s'empêcher de jubiler un peu. C'est mal, c'est très mal, mais elle l'a tellement blessé par son rejet !
— Drago… J'aimerais que tu me laisses voir Scorpius aux prochaines vacances. C'est mon petit-fils aussi et il me manque.
— Il est assez grand pour décider s'il veut venir ou pas. Et il m'a encore dit ce matin qu'il ne le souhaitait pas actuellement. Pas tant que vous n'aurez pas changé d'attitude envers moi.
— Mais… Je ne comprends pas, il n'est pas concerné par le différend que nous avons tous les deux.
Drago soupire et se pince l'arête du nez. Il se force à rester calme. Il a promis à son fils de l'être, mais c'est difficile.
— Comment pouvez-vous considérer qu'il n'est pas concerné ? Je suis son père ! Et il a des amis homosexuels, Mère ! Les enfants se cachent beaucoup moins maintenant qu'à mon époque et c'est tant mieux. Il a été blessé par vos mots !
— Je ne pensais pas qu'il l'avait si mal vécu, avoue Narcissa.
Drago sait qu'utiliser Scorpius est peut-être un peu manipulateur, mais il s'en moque. Le but est de faire comprendre à sa mère qu'elle a été insultante et qu'elle doit se contenir. Il doute qu'elle change jamais d'opinion sur les gens comme lui, comme Harry, mais peu importe si au moins elle fait semblant.
Narcissa sent maintenant que les cartes sont dans sa main. Si elle veut revoir Scorpius un jour, si elle veut revoir Drago après ce jour, elle doit faire quelque chose. Drago l'a menacée de ne plus jamais revenir la dernière fois et elle ne doute pas qu'il tiendra parole si elle ne fait rien. Il suffit de constater l'acharnement qu'il met à ignorer Lucius depuis son emprisonnement. Plus de vingt ans se sont écoulés et Drago refuse toujours de répondre à ses lettres. Il n'a jamais été le voir à Azkaban, même si cela elle peut le comprendre. Voir la prison risque de rappeler de trop mauvais souvenirs à son fils.
— Drago, je te présente mes excuses. Je n'avais pas l'intention de vous faire du mal à toi et Scorpius.
— Mais vous n'approuvez pas que je sois avec Harry, n'est-ce pas ?
— Non, je n'approuve pas. Que ce soit monsieur Potter ou quelqu'un d'autre. Je ne peux pas comprendre, Drago, je ne sais pas si je pourrais un jour. Mais je garderai mes opinions pour moi.
Drago s'attendait à ce genre de réponses, il n'y a aucune surprise. Mais c'est déjà un grand geste de la part de sa mère, il le sait aussi. Si lui-même a mis tant de temps à s'accepter, il comprend qu'elle n'y parvienne peut-être jamais. Son éducation, ses convictions l'ont formatée et l'opinion publique est une énorme pression pour elle.
— Je ne veux plus jamais vous entendre dire quoi que ce soit de négatif sur l'homosexualité, Mère. Et Scorpius me dira si cela arrive quand il est chez vous, je peux vous le garantir.
— Je te le promets, Drago.
Narcissa s'arrête là. Elle ne dit pas à son fils qu'elle l'aime quand même, qu'elle l'aime malgré ce qu'elle considère comme une tare. Elle pourrait simplement lui dire qu'elle l'aime, mais elle ne s'en sent pas capable. Personne ne lui a appris à dire « Je t'aime », dans son milieu ça ne se fait pas en dehors de cas particuliers.
Drago termine son thé et grignote quelques biscuits en se forçant à faire la conversation avec sa mère. Les choses se sont arrangées en apparence et c'est un premier pas. Il en parlera avec Scorpius après ses vacances et laissera son fils choisir s'il veut voir sa grand-mère. De son côté, il espère pouvoir revenir avec Harry, mais il ne sait pas si ce dernier acceptera. Drago aimerait tellement avoir une vie normale, comme tout le monde. Mais ses parents, et surtout le destin, en ont décidé autrement.
N'oubliez pas de me laisser une petite review !
On se retrouve dans deux semaines, le 16 février 2023 avec le chapitre 29 : « La Réserve ». J'espère que vous aimez les dragons ;)
En attendant, portez vous bien !
