Bonjour à toustes !
Je vous remercie pour vos reviews sur le chapitre précédent ! Vos mots continuent à me toucher beaucoup et c'est un plaisir de vous lire. N'hésitez pas à laisser un mot ou deux même si vous ne l'avez jamais fait avant.
Un peu d'auto-promo : j'ai publié un OS la semaine dernière, un drarry de 10k mots, allez-le lire et laissez moi un petit mot, il parait qu'il est bien ;) . C'est « L'infiltré » sur mon profil ffnet.
Le chapitre d'aujourd'hui est un peu plus court et il est assez calme, mais j'espère que vous serez heureux de retrouver Albus, Scorpius et Harry et Drago.
Bonne lecture !
Chapitre 31 — Retour à la routine
Mardi 1er septembre 2020
Il est vingt heures et Poudlard résonne de nouveau de cris, de rires, de pleurs et d'enfants qui courent dans les couloirs – bien qu'iels n'en aient théoriquement pas le droit. Le soleil se couche en nuances orangées qui se reflètent sur le lac noir et les pierres du château millénaire. Les plus âgé·es sont encore dehors à profiter des dernières lueurs, en profitant du privilège du couvre-feu tardif octroyé à partir de la septième année. Les autres sont toustes dans les Salles Communes ou les dortoirs, à la fois heureuxes de retrouver leurs camarades et soucieuxes de l'année à venir.
Dans le dortoir de la quatrième année de Serpentard, la lumière est douce et chaleureuse grâce aux bougies et lanternes magiques disséminées un peu partout. La cheminée est éteinte : il ne fait pas encore assez frais pour qu'elle soit allumée, mais cela ne tardera pas, les cachots sont humides et les feux y sont toujours allumés plus tôt qu'ailleurs.
Albus Potter, quatorze ans, termine de ranger ses affaires dans son armoire. Il est plutôt content de revenir à l'école, même si cette année, la rentrée est différente des précédentes. Il a appris des choses sur lui-même l'année écoulée et il ne sera plus jamais aussi serein qu'il l'a toujours été, il le sait. Pourtant l'été lui a fait du bien, surtout depuis la semaine que Scorpius a passé chez elleux. Il est encore amoureux de lui, enfin il en a l'impression, mais il ne se sent plus triste à cette idée maintenant. Les choses étant ce qu'elles sont, Scorpius ne pourra jamais lui retourner ses sentiments, il aime les filles. C'est ainsi, on ne choisit pas ce genre de choses et Albus a compris qu'il doit faire avec. Il espère juste que son père a eu raison en lui disant qu'il trouvera quelqu'un pour l'aimer un jour, ou même sortir avec lui.
De son côté, Scorpius est assis sur son lit, tout est rangé et ordonné dans l'armoire. Il regarde son ami s'affairer et lui trouve une meilleure mine qu'au début des vacances. Ils se sont vus une semaine plus tôt avec leurs familles et il s'était déjà rendu compte qu'Albus va mieux. Les choses reprennent une tournure habituelle et ça le soulage beaucoup. Il est si proche de lui depuis leur premier jour à l'école qu'il se sentait terriblement mal de savoir qu'il était triste, d'autant plus qu'il en était la cause. Alors, quand il constate que son ami a fini son rangement, il le hèle et l'invite à venir sur son lit. Comme ils le font depuis le tout début de leur amitié. Les derniers mois avant l'été, Albus acceptait moins de le rejoindre, gardait ses distances et il était moins tactile. Scorpius comprend très bien pourquoi, mais la proximité d'Albus lui manque. Il sera toujours son meilleur ami, quoi qu'il arrive.
Albus hésite un instant avant de franchir les quelques mètres qui séparent leurs lits. Lui aussi a envie de retrouver leur petite routine alors il s'installe en tailleur au bout du lit, sur l'édredon vert et argent. Après quelques secondes un peu gênantes, Scorpius le questionne sur la dernière semaine des vacances, depuis le pique-nique. Albus lui raconte avec le sourire que James a passé son temps à la fenêtre à attendre le hibou d'Emily, sa copine, pour le lui renvoyer sitôt sa réponse rédigée. À la dixième missive, le pauvre volatile s'est écroulé, épuisé, dans l'assiette de porridge de James. Suite à ça, leur père a décidé d'offrir un téléphone aux deux tourtereaux pour le bien de cet oiseau et de sa santé mentale.
— Ha ha, si tu l'avais entendu, Scorp' ! Mon père grommelait dans sa barbe que « lui quand il avait seize ans il était pas aussi stupide quand il était amoureux ». Tu parles, je pense qu'il l'était autant, mais qu'il s'en souvient plus !
— Ouais, sûrement, réplique Scorpius en riant de bon cœur. Mais j'espère ne jamais avoir l'air aussi débile que ton frère quand ça sera mon tour.
— Je ne manquerais pas de me payer ta tête si c'est le cas, ricane Albus.
Scorpius répond par une moue faussement renfrognée puis éclate de rire. Et Albus a un sourire complice, heureux de retrouver enfin ce lien si cher à son cœur avec Scorpius. Il lui a fallu quelques mois, mais maintenant il est certain que tout est redevenu comme avant et que rien ne pourra briser leur amitié.
À vingt-deux heures, les lanternes magiques s'éteignent peu à peu d'elles-mêmes, il va être l'heure de se coucher. C'est le moment que choisit Chad O'Conor pour rejoindre le dortoir alors qu'il a passé la soirée dans la Salle Commune avec d'autres Serpentard. Albus lui tourne le dos, mais Scorpius voit parfaitement le regard qu'il leur lance et devine ce qu'il pense. Au fur et à mesure de leur discussion, Albus s'est rapproché de lui et leurs genoux se touchent presque. Scorpius a appris à aimer la proximité de son meilleur ami, sa facilité à être tactile avec lui et il apprécie que ça soit revenu après ces quelques mois un peu étranges. Mais les gens tels que Chad voient forcément ça comme quelque chose de perverti et monstrueux. Et le garçon ne tarde pas à confirmer les craintes de Scorpius.
— Tiens, tiens, vous êtes de nouveaux collés l'un à l'autre vous deux… Vous êtes aussi pédés que vos pères, cette tare doit sûrement être génétique !
Scorpius se redresse et jette un regard de haine à Chad avant d'ouvrir la bouche :
— Va te faire voir chez les scroutts, Chad ! On t'a pas demandé ton avis !
— Tapette ! lance le garçon avant de se détourner.
Scorpius sent l'énervement prendre le dessus et il descend de son lit. Mais Albus l'arrête d'une main. C'est vrai qu'il n'aime pas les conflits et préfère en général ne pas répondre à ce genre de provocation. La dernière fois, Scorpius a tellement mal réagi en se laissant porter par sa colère qu'il préfère cette fois abonder dans le sens d'Albus. À sa grande surprise, Albus se lève à son tour, le regard déterminé et les poings serrés. Il s'avance au milieu de la chambre et les yeux des jeunes Serpentards se fixent sur lui.
— Oui, je suis pédé, Chad. T'es intéressé, peut-être ?
Le garçon se fige et une grimace déforme ses traits. Il fait non avec sa tête et fait mine de vomir. Avant qu'il ait eu le temps de proférer une nouvelle grossièreté, Albus enchaîne :
— Si tu nous insultes encore une seule fois, je te dénonce aux préfets pour homophobie. Les refoulés ont toujours ce genre d'attitude… Tu sais pas où t'en es, Chad ? Tu fantasmes sur des mecs, toi aussi ?
Chad ouvre la bouche puis semble changer d'avis et la referme. Il se détourne d'Albus qui l'entend marmonner, puis il se couche et clôt ses rideaux. Albus sait bien que le garçon ne changera jamais d'opinion sur lui, mais peut-être qu'il le laissera tranquille. Il se retourne vers Scorpius et lui fait un signe joyeux de la main en lui souhaitant une bonne nuit. Puis il rejoint son lit à son tour, fier d'avoir réussi à se défendre cette fois.
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Dimanche 4 octobre 2020
Le château est de nouveau occupé depuis un mois. Les habitudes sont revenues chez les élèves et les professeur·es. Pourtant il y a eu des changements cette année, et tout le monde semble en avoir pris son parti. Les plus heureux de ces évolutions sont définitivement les directeurs de maisons qui n'ont plus qu'une semaine d'astreinte par mois. Juste avant les Préfets et Préfètes en chef qui sont fier·es de représenter leurs maisons et d'aider leurs camarades. En somme la routine a repris ses droits.
Harry et Drago ont décidé de faire la navette entre la Tour Gryffondor et les cachots. D'un commun accord et après y avoir longuement réfléchi, ils ont préféré choisir les appartements de Harry comme lieu de vie commun. Ce dernier n'aime pas le sous-sol du château, la lumière verdâtre des pièces le fait déprimer et Drago n'a rien contre vivre chez son amoureux. Ils se déplacent dans les cachots juste pour la semaine d'astreinte de Drago. Harry l'a déjà prévenu qu'il ne viendrait peut-être pas toujours avec lui, mais pour le moment ils n'ont pas envie de se séparer même pour une seule nuit.
Drago a apporté des effets personnels petit à petit, il ne veut pas trop s'imposer et considère qu'il s'agit de l'appartement de Harry, pas le leur. D'abord quelques affaires de toilettes et quelques vêtements. Puis des romans qu'il a prévu de lire dans les semaines à venir et des livres de potions, ses cours, ses parchemins vierges, ses plus belles plumes… Même si les deux hommes continuent à travailler dans la salle des professeur·es la majorité du temps, ils ont souvent besoin de finir des corrections ou peaufiner leurs séances le soir. Après avoir emprunté plume, encre et papier à Harry quelques fois, Drago a rapporté ses effets des cachots. Il a également tenu à avoir quelques objets très personnels avec lui : une photo de son fils qu'il a posé sur le manteau de la cheminée à côté des clichés appartenant à Harry, sa théière et sa tasse préférées, sa boîte à thés.
Après un petit mois à vivre au pied de la Tour Gryffondor, les placards de Harry ont été magiquement agrandis pour accueillir une bonne partie de la garde-robe de Drago, les étagères de la salle de bain ont été réorganisées pour qu'il entrepose toutes ses affaires de soin et les accessoires pour ses cheveux, un deuxième bureau a été installé dans le salon, celui de Harry est tellement en désordre que cela rend fou Drago.
— Dépêche-toi mon cœur, ton astreinte commence dans quinze minutes, rappelle Harry depuis l'entrée de son appartement.
— J'arrive ! répond Drago en fouillant dans le placard à la recherche de sa robe de chambre préférée.
Il ne prend que le strict minimum, mais il a quand même peur d'oublier quelque chose d'important. Ce qui n'est pourtant pas bien grave, il peut parfaitement venir chercher quelque chose dont il aurait besoin pendant la semaine. Un peu fébrile, Drago trouve enfin son vêtement et le jette en boule dans sa sacoche sans fond. Il se dit qu'il faudra faire quelque chose pour ce placard qui est horrible et dans lequel il a le plus grand mal à retrouver ses affaires.
Il s'agit de sa deuxième période d'astreinte depuis la rentrée, mais seulement la première depuis qu'il vit tout le temps chez Harry, puisque les deux premières semaines de septembre leur ont été nécessaires pour décider comment faire. Tout en dormant de temps en temps chez l'autre. Les habitudes ont vite été prises, même s'il a toujours l'impression d'être chez quelqu'un d'autre, pas chez lui.
— Harry… Comment tu m'as appelé tout à l'heure ? demande Drago en le rejoignant enfin.
— Heu… Mon cœur ?
— Pitié, Harry. Ne fais plus jamais ça. C'est ridicule ! On dirait un stupide couple hétéro, j'ai l'impression d'entendre Pansy !
— Mais, j'aime bien moi. Ça te va bien, je trouve.
— Plus. Jamais. Harry.
Harry hoche la tête en souriant. Il sait déjà qu'il ne va pas en rester là.
Drago et Harry franchissent la porte des appartements du directeur de Serpentard juste avant minuit. L'horloge du salon de Drago se met à sonner alors qu'il est encore en train de poser ses affaires sur son canapé. L'astreinte commence officiellement maintenant.
Les deux hommes ne traînent pas et se couchent après un passage à la salle d'eau. Il est tard et les cours reprennent le lendemain. Drago s'endort rapidement, allongé sur son côté préféré, Harry lové dans son dos, comme ils aiment le faire la plupart du temps.
La sonnette d'alerte résonne soudain, alors que tout Poudlard est endormi depuis des heures. Un petit « dring-dring » strident se répète dans les appartements du directeur de Serpentard un long moment avant qu'il sorte du rêve qu'il faisait. Il se demande un instant ce qui se passe puis se rend enfin compte de quoi il s'agit. Il n'est pas encore habitué à cette nouveauté, pourtant fort pratique. Harry grogne, réveillé lui aussi, et se retourne de l'autre côté tandis que Drago se lève en titubant un peu, le temps d'émerger du brouillard dans lequel il se trouve. Il attrape sa baguette et quitte la chambre en silence, puis il lance un Lumos. Il se rend jusqu'au tableau d'alerte qui retentit sans discontinuer et regarde ce qui s'y affiche. Le blason de Poufsouffle est illuminé et éclaire tout le panneau. Drago appuie dessus et la sonnette se tait enfin. À l'autre bout, la personne qui l'a appelé sait maintenant qu'il va arriver.
Drago fouille dans sa sacoche – toujours posée sur le canapé – et en extirpe sa robe de chambre qu'il enfile. Il met ses pantoufles et sort de son appartement en se faisant la réflexion qu'il faudra penser à les emporter chez Harry à la fin de la semaine, il fera bientôt froid partout dans le château et elles lui seront utiles. Le chemin jusqu'à la salle commune de Poufsouffle est court et se fait dans un silence absolu, il n'y a rien ni personne qui perturbe la nuit de Poudlard. Après tout, il est quatre heures du matin et tout le monde dort. Enfin, presque.
Drago parvient devant les tonneaux et tape le code avant d'entrer dans celui qui s'ouvre pour lui. Il monte le passage en pente douce à la lueur de sa baguette, puisque les torches sont éteintes partout à cette heure de la nuit, puis arrive dans la Salle Commune. Celle-ci est silencieuse et faiblement éclairée par deux petites lampes posées sur une des tables.
— Professeur Malefoy ! Ici, s'il vous plaît ! le hèle une voix depuis le coin canapé proche de la cheminée refroidie.
Drago se dirige vers elle et découvre Dominique Weasley, Préfète en chef de Poufsouffle, assise près d'une de ses camarades, roulée en boule sur le canapé. Des gémissements faibles s'échappent du corps recroquevillé et la Préfète a une main sur son épaule.
— Elle m'a réveillée il y a une heure en allant aux toilettes, je ne sais pas ce qu'elle a, elle est brûlante de fièvre et se plaint de fortes douleurs au ventre. Elle refuse que je l'emmène à l'infirmerie moi-même.
— Qui est-ce ? s'enquiert Drago qui ne reconnaît pas son élève dont le visage est caché par sa position.
— Caroline Macmillan, elle est en cinquième année.
Drago s'agenouille près du canapé et touche le front de la jeune fille, elle est en effet particulièrement chaude et sa peau est moite.
— Miss Macmillan, nous allons vous emmener à l'infirmerie, vous ne pouvez pas rester ici dans cet état.
— Je… je peux pas marcher, gémit Caroline d'une voix faible.
— Ne vous inquiétez pas, je m'en occupe.
Drago se relève et invoque une civière rudimentaire. Ce n'est pas aussi efficace que les belles civières d'Amélia Shelby, mais ça fera l'affaire. Il fait ensuite léviter le plus doucement possible son élève d'un informulé et la dépose sur la civière flottante. Un petit cri de douleur franchit les lèvres de Caroline et elle grimace.
— Je m'occupe d'elle, Miss Weasley, retournez vous coucher.
Dominique hésite un peu puis décide de rejoindre son dortoir, le Professeur Malefoy n'a pas besoin de son aide, autant qu'elle se repose. Même si elle doute de pouvoir se rendormir facilement après avoir passé une heure à tenter de soulager Caroline et à essayer de la convaincre d'aller à l'infirmerie. En désespoir de cause, constatant qu'elle ne pouvait pas s'en sortir seule, elle avait appelé le directeur d'astreinte.
Les Préfets et Préfètes, que ce soit en cinquième ou septième année, ont été prévenu·es qu'il ne serait pas toléré des appels pour s'amuser et que les abus seraient punis. Cependant, Dominique a rapidement compris qu'elle ne serait pas disputée pour avoir appelé le Professeur Malefoy en pleine nuit étant donné les circonstances.
Drago appuie sa main sur le bord de la civière et la pousse doucement vers la porte qui mène vers l'extérieur de la Salle Commune. En passant, il constate qu'il a oublié d'éteindre le blason de Poudlard du panneau d'appel lorsqu'il est arrivé. Ce dernier s'est illuminé quand lui-même a répondu à la sollicitation depuis ses appartements. Il pose ses doigts sur la plaque de bois et celle-ci s'éteint aussitôt.
Cette nouveauté est vraiment pratique et utile, Drago se demande pourquoi personne n'y a pensé avant. Jusqu'à l'année précédente, les élèves devaient parcourir les couloirs depuis leur salle commune jusqu'aux appartements de leur professeur référent. Une chose malaisée pour une personne malade par exemple. Mais maintenant que l'enseignant d'astreinte peut être à l'autre bout du château, il fallait une solution plus rapide pour prévenir celui-ci. C'est Gemma qui a trouvé l'idée et Neville s'est empressé de faire mettre en place les panneaux d'alerte dans les salles communes et les appartements des directeurs de maisons. Un sortilège complexe et ingénieux a enregistré les dates des astreintes et des appartements concernés afin que la sonnette ne réveille pas les quatre hommes en même temps.
Drago guide avec précautions la civière flottante, il prend garde à ne pas heurter les murs du large tunnel le ramenant dans les couloirs des sous-sols. Il passe ensuite devant le tableau qui camoufle les cuisines de l'école et continue jusqu'au rez-de-chaussée, puis monte les grands escaliers en poussant toujours la civière, sa baguette éclairant le chemin. Caroline gémit de temps à autre et Drago s'inquiète pour elle.
C'est une fille calme pendant ses cours qui est attentive et assidue, même si ses résultats sont tout juste convenables. Mais tout le monde n'a pas le déclic pour les potions et ce n'est pas important pour Drago. Il sait que Caroline est intéressée et fait de son mieux, c'est tout ce qu'il exige de ses élèves. C'est sa dernière année de potions, après ses BUSE il est improbable qu'elle poursuive cette matière.
Un peu avant d'arriver au quatrième étage, Caroline pousse un nouveau gémissement plaintif et halète un moment.
— Pro… Professeur ? Est-ce que je vais devoir aller à Sainte-Mangouste ? demande-t-elle d'une voix étranglée par la douleur.
Drago tourne la tête vers son élève et son visage faiblement éclairé par la lueur de sa baguette. La souffrance déforme ses traits et sa peau est luisante de sueur. Le cœur de Drago se serre et il compatit pour la jeune fille. La situation l'incite à abandonner le formalisme habituel qu'il s'impose avec ses étudiant·es et l'émotion prend le pas sur son rôle de professeur.
— Je ne sais pas ce qu'il t'arrive, Caroline, mais je suis persuadé que ce n'est pas grave et que madame Shelby va très vite te soigner.
Le regard de Caroline trouve celui de son enseignant, elle est rassurée par son visage calme et confiant. Elle l'aime bien son professeur de Potions, même si elle sait qu'elle n'est pas bonne dans cette matière, elle regrette que ce soit sa dernière année avec lui. Il a toujours été strict en cours, mais jamais méchant et surtout il explique bien, il est patient et passionné par ce qu'il fait, c'est une évidence. Et il a du charme son professeur, iels sont nombreuxes à le trouver beau dans sa classe. Dommage qu'il soit finalement gay.
Le chemin jusqu'à l'infirmerie s'achève enfin. Drago y entre et frappe à la porte qui mène aux appartements d'Amélia Shelby. Celle-ci arrive après quelques minutes en ayant l'air particulièrement alerte pour quelqu'un que l'on vient de réveiller. Drago en est un peu jaloux alors qu'il sait quelle dégaine il a avec sa robe de chambre, ses pantoufles et ses cheveux en bataille attachés à la va-vite en chignon lâche.
Il transmet les informations qu'il possède sur la situation et laisse Caroline Macmillan aux bons soins de l'infirmière. Il fait disparaître sa civière de fortune et retourne se coucher. Il a des difficultés à se rendormir, l'esprit préoccupé par cette jeune fille malade. Il se tourne vers Harry, profondément assoupi, et pose une main sur son dos. La chaleur de sa peau et le mouvement de sa respiration apaisent Drago et lui permettent de retrouver les bras de Morphée.
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Samedi 10 octobre 2020
La Grande Salle est bruyante ce matin. Il est tôt pour un samedi, mais presque personne ne manque au petit-déjeuner. Et pour cause, dans deux heures, le Poudlard Express partira de la gare de Pré-au-Lard pour ramener à Londres les élèves qui ne restent pas à l'école pour cette semaine de vacances. C'est inédit, il n'y a jamais eu de congés en automne avant, mais les étudiant·es ne s'en plaignent pas. Iels changeront peut-être d'avis en passant la moitié de leur temps libre à faire les devoirs que leurs professeurs n'ont pas omis de leur donner, mais pour l'instant, iels sont content·es.
Les hiboux et chouettes envahissent soudain les lieux dans un tourbillon de plumes, en un joli ballet aérien. Deux oiseaux se posent devant Harry, manquant atterrir dans son verre de jus de citrouille et dans son assiette d'œufs brouillés. Il détache les deux missives, offre un bout de lard grillé à chaque animal et les deux volatiles s'en vont sans demander leur reste.
Harry n'est pas étonné, il reçoit souvent du courrier, de Ron et Hermione la plupart du temps, parfois de Ginny, mais aussi de ses autres ami·es. Cependant, cette fois, les écritures ne sont pas habituelles. L'une d'elles est brouillonne, presque illisible et il ne l'a pas vue depuis longtemps, la deuxième il la connaît bien. Il avale les dernières gorgées de son café, vide son verre de jus de citrouille et finit son assiette rapidement avant de la pousser pour se faire un peu de place.
Il décachette la première enveloppe et découvre un courrier de Hagrid qui lui donne quelques nouvelles. Le demi-géant a pris sa retraite pendant l'été sans avertir ses collègues. Il est vrai que Harry est moins proche de lui qu'il ne l'a été dans sa jeunesse, mais Hagrid est une personne qu'il aime beaucoup et de qui il se soucie. Il a été présent aux grands événements de sa vie comme son mariage avec Ginny et il lui a présenté ses enfants bien avant leur arrivée à Poudlard.
Harry a tendance à oublier que même les sorcier·es, sang-mêlé·es ou pas, vieillissent et finissent par arrêter de travailler. Certain·es ont fait bien plus que leur devoir et sont resté·es au-delà du raisonnable, comme Hagrid, Minerva et Filius. Presque toustes les ancien·nes professeur·es de Harry sont parti·es maintenant. Hagrid lui explique qu'il s'est installé dans la montagne dans le centre de la France et qu'il y a rejoint Olympe. Il précise qu'iels sont tombé·es d'accord pour y vivre en toute amitié jusqu'à leurs vieux jours.
Harry est content et a le sourire aux lèvres. Son vieil ami, celui qui lui a ouvert les portes du monde de la magie, qui lui a appris qui il est, a enfin le repos qu'il mérite. Il va pouvoir élever toutes sortes d'affreuses créatures sans risquer la vie des élèves et la désapprobation de ses collègues. Harry espère quand même qu'il sera raisonnable et n'essaiera pas de récupérer un dragon. Il doute qu'Olympe soit très regardante sur ce genre de choses.
— C'est qui ? demande Drago.
— C'est une lettre de Hagrid, il me raconte sa vie en France. Tu veux lire ?
— C'est ton ami, tu sais, pas le mien… Et ça ne m'intéresse pas plus que ça.
Harry n'est pas surpris. Drago s'entend bien avec presque tout le monde depuis qu'il est revenu à Poudlard comme professeur, du moins il a fini par être accepté par la majorité de ses collègues, mais Hagrid ne fait pas partie des gens qu'il aime particulièrement. Ce n'est un secret pour personne d'ailleurs, ils ont été cordiaux l'un envers l'autre et c'était déjà pas mal.
Harry remet le parchemin dans son enveloppe et se promet de répondre dès qu'il pourra. Avant de partir en vacances si possible. Il se demande même s'il ne pourrait pas faire un petit crochet par le Massif central après la Bretagne. Il faudra qu'il en parle avec Drago et les enfants.
Le deuxième courrier porte l'écriture de Charlie, Harry la reconnaît sans difficulté étant donné le nombre de lettres échangées pendant leur histoire. Il craint un instant une mauvaise nouvelle, Charlie n'a pas de raison particulière de lui écrire alors qu'ils se sont vus pendant l'été. Impatient, il déchire le papier et sort de la lourde enveloppe un parchemin et plusieurs photographies sorcières. Il jette un œil aux images sur lesquelles se trouvent deux bébés dragons. Et Harry sait exactement à quoi ressemble un dragonneau pour en avoir observé dès sa première année à Poudlard.
Drago aussi a remarqué les photographies et son regard ne quitte pas Harry. Il a hâte de satisfaire sa curiosité. Son amoureux lui tend finalement le courrier en souriant.
— C'est Charlie. Et la lettre est pour nous deux.
« Chers Harry et Drago,
Je me doute qu'un courrier de ma part est inattendu, mais je n'ai pas pu m'empêcher de partager la bonne nouvelle avec vous. Après tout, vous avez participé à la surveillance de ces petits tout comme Mila et moi.
Vous vous souvenez sûrement de cette femelle Cornelongue que nous avons traquée pendant une journée entière afin de contrôler ses œufs. Les deux derniers œufs encore viables lors de notre vérification le sont restés et deux bébés sont nés vers mi-septembre.
Je vous présente donc Harriet et Draco, des Cornelongues roumains en parfaite santé. Ils ont deux semaines sur ces photos et ils promettent déjà d'être de beaux spécimens !
J'espère que vous allez bien, et les enfants aussi.
À bientôt !
Amitiés,
Charlie »
— Charlie a appelé les dragons Harriet et Draco… C'est une blague ?
— Non, ça m'étonnerait, pouffe Harry, c'est bien son genre. Tous ceux qu'il a le privilège de baptiser ont des noms originaux.
— Ce n'est pas original d'appeler un dragon « dragon », même si c'est en latin…
— Je suis certain que tu as saisi que c'est en notre honneur, hein ?
— Oui, j'ai compris. Mais pourquoi ?
Harry hausse les épaules avant de répondre :
— Sûrement pour nous faire plaisir. Charlie fait ce genre de choses…
Drago reste perplexe, mais il ne pense pas utile de s'attarder sur cette histoire de noms de dragons, c'est plutôt secondaire et si ça fait le bonheur de Charlie… C'est vrai que cela lui ressemble, Drago a remarqué lors de son séjour à la Réserve qu'il est un homme attentionné et qui aime faire plaisir à ses proches. Certaines personnes se sentent probablement fières qu'un dragon – ou tout autre animal – porte un nom en leur honneur.
Drago repose la lettre, plutôt heureux malgré tout de savoir que ces deux petites bêtes se portent bien. Du moment qu'elles restent loin de lui ! Il tend la main et prend les photographies que Harry a déposées devant lui pendant qu'il lisait le courrier de Charlie. Il y en a trois : sur la première un des bébés dragons regarde l'objectif puis approche son museau avec un air curieux, sur la deuxième les deux dragonneaux s'essaient à souffler du feu, sans grand résultat, sur la troisième ils dorment roulés en boule l'un contre l'autre.
— J'y vais, annonce ensuite Drago en se levant, j'ai encore des trucs à prendre chez toi avant de finir ma valise.
— À tout à l'heure, alors.
Drago quitte la Grande Salle en faisant un petit crochet par la table de Serpentard pour s'assurer auprès de Scorpius qu'il sera prêt à l'heure pour embarquer dans le Poudlard Express avec Albus, James et les autres élèves. Ils seront récupérés par Ron et Hermione à la gare de Londres qui les emmèneront chez Harry. Les adultes comptent sur James pour veiller sur les deux plus jeunes, le temps que Harry et Drago les rejoignent. Les deux professeurs ont des choses à terminer au château avant les vacances et une ultime réunion de l'équipe est prévue juste après le départ du Poudlard Express. Ensuite, ils iront chez Harry pour des vacances « en famille ».
C'est la première fois qu'ils seront tous réunis pour plusieurs jours. Harry et Drago ne veulent pas être séparés et Ginny ne peut pas garder James et Albus, elle travaille pendant cette période. Alors ils ont décidé de partir tous ensemble en vacances. Après tout, Harry et Drago ont besoin d'apprendre à vivre avec les enfants de l'autre pour savoir s'ils ont vraiment un avenir.
C'est en mettant ses affaires dans sa sacoche sans fond que Drago se rend compte qu'il aurait été plus simple et plus rapide de commencer ses valises dans ses appartements et d'apporter ensuite sa malle chez Harry. Il n'y a plus grand-chose dont il se sert au quotidien qui n'y soit pas. Il va devoir vider sa sacoche pour remplir sa malle, c'est vraiment du temps perdu. Il soupire et se promet de ne plus faire la même erreur la prochaine fois. Il espère aussi que Neville ne les laissera pas en appartements séparés plus d'une année. Si la nouvelle méthode des astreintes fonctionne, il ne pourra pas leur refuser un logement commun. Il a hâte, d'autant plus que cela officialisera les choses vis-à-vis de tout le monde à Poudlard. Personne n'ignore qu'ils sont ensemble, mais Drago a besoin de cette reconnaissance, de cette espèce de normalité, comme n'importe quel couple.
N'oubliez pas de me laisser une petite review pour me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre.
On se retrouve dans deux semaines, le 31 mars 2023 avec le chapitre 32 : « Vacances d'automne ».
Il y aura un petit voyage en France pour les protagonistes et un personnage surprise !
En attendant, portez vous bien !
