Bonjour à toustes !
Aujourd'hui je voudrais remercier tout particulièrement toutes les personnes qui me laissent une review à chaque chapitre, sans faillir, depuis le début. Vous êtes peu à prendre le temps de le faire et je vous suis vraiment reconnaissante parce que cela me fait si plaisir !
Je me demande si vous ne vous ennuyez pas un peu avec ces derniers chapitres plus calmes, il y a une vraie baisse du nombres de reviews. S'il vous plaît, dites moi quand vous aimez ce que vous lisez, c'est important.
Pour aujourd'hui, nous retrouvons Harry, Drago, leurs enfants et un personnage surprise ;) Certain·es d'entre vous ont demandé après lui ^^
Bonne lecture !
Chapitre 32 — Vacances d'automne
Lundi 12 octobre 2020
Les vacances débutent par un modeste périple. Un portoloin de Londres à Paris pour commencer. Il y a une escale de trois heures en France où le petit groupe flâne dans les rues de la Place Cachée. Harry connaît plutôt bien le coin, il y est venu à plusieurs reprises quand il était Auror, mais également à titre privé. Il emmène ses enfants, Drago et Scorpius pour se restaurer au Café Abringer, même si James semblait préférer le Griffon Buveur lorsqu'ils sont passés devant. Après un repas léger, il reste encore une heure et demie à tuer alors les deux adultes suggèrent à leurs enfants de visiter les boutiques qui leur plaisent pour l'heure à venir. Le groupe se disperse.
Scorpius traîne Albus à la Maison Capenoir après avoir repéré un vêtement qui l'intéresse dans la vitrine. Après avoir subi les essayages de son meilleur ami, Albus propose d'aller à la Confiserie Enchantée de K. Rammelle, juste à côté. Ils ressortent les poches pleines de confiseries.
James est parti de son côté, n'en déplaise à son père, il va boire une Bièraubeurre au Griffon Buveur. Seul le fait de retrouver les adultes peu de temps après l'empêche de consommer de l'alcool, il craint que Harry s'en rende compte et lui fasse la morale.
Drago et Harry observent les vitrines en marchant tranquillement main dans la main, ils ne sont pas pressés. Drago commence à se sentir plus à l'aise avec ces petites démonstrations d'affections en public, d'autant qu'ils ne connaissent personne ici. Il ne sait pas quel est l'avis du monde sorcier en France concernant les relations comme celle qu'ils ont, mais il tente de l'ignorer. Il s'est promis de faire des efforts et d'essayer d'accepter qu'il est normal, qu'ils sont normaux. Alors il le fait, même si cela est parfois difficile.
Harry fait un petit tour dans la librairie Magillard et en ressort avec un livre pour Hermione, puis les deux amoureux ne résistent pas à l'envie de visiter la boutique de Quidditch. Leur passion pour le vol est l'un de leurs points communs, bien qu'ils aient trop peu l'occasion de jouer. Harry envisage de réitérer l'expérience de l'année passée en organisant un match amical avec les adultes de Poudlard. Avec les arrivées récentes, il est même quasiment certain de pouvoir former deux équipes complètes sans l'aide des élèves. Il faut qu'il en parle à Neville au retour des vacances.
Lorsque l'on est occupé, le temps s'écoule toujours plus vite. Ainsi Harry est forcé de tirer Drago hors de sa contemplation du dernier Nimbus, sorti un an plus tôt. Ils ont donné rendez-vous aux enfants devant le Café Abringer.
— Pourquoi tu hésites autant, Drago ? Si tu le veux, achète-le ce balai.
— Il est bien trop cher… Et je n'en aurais pas l'utilité. Ça serait du gâchis d'acheter le Nimbus 4000 juste pour le promener dans le parc de Poudlard ! Et puis mon Pulsar est très bien.
— Dommage… Moi qui voulais refaire un match cette année… Tu aurais encore plus de chances de me battre avec ça ! taquine Harry.
— Hé ! Je n'ai pas besoin d'un nouveau balai pour gagner, Harry, je l'ai déjà fait ! fanfaronne Drago, guilleret.
Harry sourit, en effet, il l'a battu lors du match amical, mais il ne compte pas se laisser faire. Il veut sa revanche. Et cela lui fait plaisir de savoir que tous leurs futurs duels d'attrapeurs seront bon enfant et qu'ils peuvent enfin réellement s'affronter sans que la haine obscurcisse leurs jugements. Il s'arrête soudain au milieu de la rue et Drago est forcé de faire de même.
— Qu'est-ce qui se passe ?
— Rien, répond Harry en le regardant avec les yeux brillants, je t'aime c'est tout.
Il le tire vers lui et l'attrape derrière la nuque avant de l'embrasser.
— Harry… murmure Drago contre ses lèvres, il y a du monde partout…
— Chhh, ça suffit. J'ai le droit de montrer que je t'aime, les gens peuvent aller se faire cuire le cul chez les dragons !
Drago se redresse, les joues rouges de gêne, mais le cœur amoureux. Il se force à penser qu'il a le droit de l'embrasser en pleine rue. C'est difficile, mais il se le répète. C'est son combat, il faut qu'il surmonte son éducation, qu'il guérisse de son passé. Et Harry l'aide énormément. Son amour l'aide énormément.
Harry et Drago retrouvent James, Scorpius et Albus qui sont à l'heure, par miracle. Ils se dirigent vers le terminal des portoloins pour enfin prendre leur correspondance vers le Finistère. Harry a ensuite réservé une voiture moldue pour se déplacer depuis Morlaix où ils ont atterri. La campagne française est la même que celle d'Angleterre : soit on connaît sa destination et l'on peut transplaner, soit il faut se débrouiller avec les moyens de transport moldus. Évidemment, aucun des deux adultes ne connaît ce coin de la campagne bretonne. L'endroit a été recommandé par Charlie et Théodore a confirmé. Ce dernier voyage le plus possible, cela lui permet d'être avec David sans se cacher.
Les yeux exorbités, les enfants observent la petite route entourée de forêt, ils ne savent pas du tout où ils sont. Le panneau « Huelgoat » les informe du nom de la ville où ils sont arrivés, mais ça ne leur apprend rien du tout. La maison que Harry et Drago ont louée est en dehors du village et elle appartient à un couple de sorcier·es. Iels les accueillent de façon un peu abrupte mais polie, avant de les laisser s'installer. Harry et Drago se sont débrouillés pour communiquer dans un français approximatif, en feignant de ne pas entendre les rires étouffés des enfants dans leurs dos.
La demeure est ancienne, construite en pierre et en bois. Le toit est en ardoise, ce qui lui donne un charme typique de la région. La cheminée du salon semble aussi vieille que la maison, la suie recouvre ses parois et les bûches empilées dans l'âtre sentent le bois sec et la terre. Elle est reliée au réseau national de cheminette, mais ils ne connaissent personne dans ce pays. Il n'y a aucun appareil moldu dans la cuisine et Harry sait déjà qu'il va devoir s'adapter tandis que Drago est dans son élément. Les vieux placards, l'odeur de la table de chêne cirée, les poignées de porte gravées aux armoiries de la famille, tout cela fait remonter des souvenirs. Drago se rappelle du Manoir dans son enfance, quand il y était heureux. Avant tout cette histoire du Seigneur des Ténèbres.
Les enfants ont chacun une chambre à l'étage de la maison, avec un grand lit double et une armoire en bois décorée d'entrelacs celtiques bretons. Encore une fois, les armoiries de la famille sont gravées un peu partout. James s'affale sur son lit tout habillé et observe le plafond, il pressent qu'il va s'ennuyer comme un rat mort dans ce coin paumé. Il se demande à partir de quel âge son père va cesser de le forcer à partir en vacances avec lui et Albus. Cette fois-ci, il y a Scorpius en plus de son frère et ils sont tellement proches tous les deux que James sait déjà qu'il va se sentir seul. Il aime Albus, mais il se sent parfois si différent de lui. Si au moins Teddy était là…
Albus et Scorpius ont déposé leurs affaires dans leurs chambres, mais sont redescendus presque aussitôt pour aller dans le jardin. Il y a des fleurs partout et Albus s'y intéresse beaucoup. Il se demande de plus en plus s'il ne va pas s'orienter vers la botanique plus tard. Scorpius l'accompagne et le regarde en silence, il réfléchit. Il aimerait que son père les emmène visiter des châteaux. Il sait qu'il y en a plein en France, ça serait dommage de ne pas en profiter !
Drago et Harry ont rangé leurs vêtements dans la chambre du rez-de-chaussée. Cela s'est fait facilement, ils se sont répartis le placard sans même se concerter et Drago a posé son roman en cours de lecture sur l'une des tables de chevet. Celle qui est de son côté préféré. Il aime ses petites habitudes et il sait que Harry se moque de dormir à sa gauche ou à sa droite, il lui a même cédé son côté de lit dans ses appartements de Poudlard.
Cette première journée de vacances s'achève par un aller-retour de Harry au magasin du coin pour préparer le repas du soir. Il a eu du mal à trouver des choses qu'il connaît alors il a fait simple : poulet au four, pommes de terre et chou-fleur. Et quelques tablettes de chocolat. Harry a toujours du chocolat dans ses placards depuis qu'il peut faire ses courses lui-même. Il a une pensée pour Remus quand il en achète, même si maintenant la douleur est devenue diffuse et lointaine. La souffrance s'est transformée avec les années en nostalgie et Harry arrive à garder en tête les bons souvenirs tout en occultant les plus tristes.
Après le dîner, les adultes laissent les enfants se coucher à leur guise, ils leur font confiance pour ne pas trop exagérer. Ils se glissent dans le lit, Drago prend son livre et Harry fait voleter un vif d'or au plafond tout en réfléchissant. Il aime bien faire ce genre de choses, ça libère son esprit. Il pense à ces vacances, les premières avec Drago et Scorpius. Il espère que tout va bien se passer, qu'ils se sentiront assez à l'aise pour qu'il puisse leur proposer de s'installer chez lui bientôt. Il ne veut pas être sans lui en dehors de Poudlard, il est amoureux et il n'a pas envie de perdre du temps. Par ailleurs, Harry a conscience que Drago n'est presque jamais dans son appartement et que cela ne semble pas lui manquer. Il y voit une chance que tout se goupille comme il le désire.
oOoOOoOo
oOoOOoOo
Mardi 13 octobre 2020
Le réveil sonne trop tôt pour les adolescents ce matin. James n'ouvre pas la bouche jusqu'au moment du départ, ne regarde même pas son père et montre bien que ça l'emmerde. Albus et Scorpius sont plus volubiles, mais ils sont absorbés dans une discussion pendant tout le petit-déjeuner. Harry les observe avec un œil attendri, il est content que son fils ait retrouvé la complicité de sa relation avec son meilleur ami. Il boit son café en se brûlant à moitié et grignote les toasts préparés par Drago. Ce dernier finit de faire griller le pain et s'installe à table à côté de Harry.
Ce moment banal d'un repas en famille rend Drago particulièrement heureux et même le visage boudeur de James n'entache pas son bonheur d'avoir enfin l'impression d'être à sa place. Il vit ce qu'il a attendu pendant toute son existence tout en désespérant d'y avoir droit. Il boit tranquillement son thé, beurre quelques tartines et se note d'accompagner Harry aux prochaines courses, il voudrait pouvoir cuisiner un vrai petit-déjeuner demain. Pour sa famille.
Trop vite au goût de James, Drago signale le départ. Tout le monde s'habille chaudement, il fait frais et humide. Cependant ce n'est pas bien différent de chez eux et personne n'est dépaysé. Harry se met derrière le volant, grommelle après le levier de vitesse et la place du conducteur qui n'est pas du « bon » côté, Drago trouve ça drôle. James se moque de son père, desserrant enfin les lèvres pour la première fois de la journée, et Albus ricane en se cachant derrière Scorpius qui tente de garder son sérieux. Il n'ose pas rire ouvertement du caractère grognon de Harry.
Après quelques péripéties, ils arrivent au centre du village et se garent sans difficulté sur une esplanade ovale qui semble concentrer la majorité des commerces de ce coin perdu. Ils en font le tour et Scorpius est ravi : certains bâtiments sont en pierre et il y a même une église. Il espère qu'il y a aussi un château par ici.
— Hey, Papa ! On pourra manger au restaurant ce soir ? sollicite James en pointant du doigt la « Crêperie des myrtilles ».
— Si tu veux, James.
Harry se demande bien l'intérêt d'un restaurant qui ne sert que des crêpes, mais il a envie de faire plaisir à ses enfants. Il a bien vu que James fait la tête et n'est pas dans son élément, contrairement à Scorpius qui semble émerveillé. Il se doute qu'à seize ans, il s'ennuie à suivre son père et son petit frère en vacances. Il espère cependant que la surprise qu'il leur a réservée lui plaira.
À l'Office du tourisme, Harry prend quelques brochures moldues et un plan sorcier de l'endroit qu'il veut visiter. Le présentoir est camouflé aux yeux des moldus et se trouve dans un coin de la pièce, juste en dessous d'une immense affiche vantant les mérites de « la plus grande réserve naturelle magique de France ». Puis il guide toute sa petite troupe vers le début de la promenade.
James ferme la marche, les mains dans les poches, bien décidé à traîner des pieds toute la journée. Il observe son père et Drago qui discutent tout en marchant et leur complicité n'est pas feinte. Ils pourraient passer pour de bons amis vus de l'extérieur, mais l'adolescent sait l'amour qu'il y a entre eux. Pour la première fois depuis toujours, James voit enfin son père être heureux. Il sait maintenant qu'il l'a été avec Charlie pendant quelques années, mais James ne s'était pas rendu compte que Harry était épanoui. Probablement parce qu'il ne l'était pas assez ou parce qu'il était trop jeune pour le réaliser. Ces choses lui semblent si absurdes alors qu'il pense à sa petite-amie Emily. Il trouve absurde qu'aucun des deux hommes n'ait jamais rien dit de leur relation, mais il se doute que certains détails lui échappent encore. Le passé de Harry est si sombre que même lui voit les séquelles de ses traumatismes. Bien sûr, il a appris l'Histoire de Harry Potter à l'école et son père lui a souvent raconté des anecdotes de la guerre. Mais tout ce qu'il y a de plus sinistre, il l'a appris de la bouche d'autres gens : ses oncles et tantes en particulier. Et même là, il sait qu'il y a des choses qui resteront des inconnues pour lui, des choses si dures que personne ne peut dire et ne peut comprendre, sauf celleux qui l'ont vécu. Des personnes comme Drago peuvent comprendre, James s'en doute. Alors peut-être que cette fois, son père va vraiment être heureux, pour longtemps.
Albus et Scorpius rient en écoutant les gens qui parlent en français lorsqu'ils les croisent. Ils n'en saisissent pas grand-chose et c'est ce qui est drôle. Quand Harry fait bifurquer tout le groupe vers la droite le long d'un étroit chemin pavé bordé d'un muret en pierre, Scorpius lève les yeux et s'arrête après quelques dizaines de mètres, ébahi. En contrebas, coule une rivière qui chante au milieu d'amoncellements de rochers extraordinaires. Les cailloux, rendus ronds et lisses par les siècles, sont d'un gris soutenu et partiellement couvert d'une couche de mousse verte qui semble si douce. Les roches sont de tailles variées, du petit galet à l'énorme roc sur lequel des gens sont juchés un peu plus loin. Scorpius n'a jamais vu pareil endroit et il est émerveillé par cette nature brute.
Ils poursuivent leur route et ils passent sous les arbres pour rejoindre un chemin de terre. Ils enjambent des racines qui affleurent, des flaques d'eau et des cailloux qui dépassent. Les pierres, immenses, sont partout, depuis le lit de la Rivière d'Argent qui bouillonne, jusqu'au-dessus d'eux, entre les arbres qui bruissent dans la brise. Scorpius se sent minuscule sous les branches et à l'ombre de la roche. Il y a du monde, il comprend vite pourquoi ce lieu est si touristique. C'est fabuleux et il décide de prendre quelques photos avec l'appareil que son père lui a offert à son dernier anniversaire. C'est un polaroid moldu, exactement celui qu'il voulait. Scorpius est fasciné par la « magie » de l'image qui apparaît au fur et à mesure sur le papier une fois qu'il a appuyé sur le déclencheur.
Les couleurs sont si belles sur ce carré de papier épais. Les feuilles vertes, rouges et orange des arbres et le gris des rochers le font sourire. Il donnerait n'importe quoi pour vivre dans un endroit pareil toute sa vie.
Harry sort sa carte et guide tout le monde le long des chemins des sous-bois. Cet endroit est vraiment particulier et même sans aller dans la réserve magique, cela vaut déjà le coup d'être visité. La promenade dure un moment et la famille de sorciers croise de nombreux groupes de touristes, surtout moldus, près de coins spéciaux comme La Roche Tremblante, la Grotte du Diable, le Chaos d'Anguerand. Harry a envie de rire de ces noms bizarres tout du long, mais il se doute que sa maigre connaissance du français et du folklore local ne l'aident pas à comprendre. Il entend derrière lui Albus et Scorpius qui discutent avec animation de tout ce qu'ils voient, et le clic de l'appareil de Scorpius à de multiples reprises. James est passé devant et marche tête baissée, mais Harry a tout de même pu constater que le lieu ne le laisse pas totalement indifférent. Son regard curieux effleure les amas de roches qui semblent avoir été posées çà et là par des géants d'un autre temps.
Drago, à ses côtés, s'est laissé guider et s'est retenu de s'emparer de la main de Harry. Il s'habitue à cette normalité petit à petit et la liberté de la Place Cachée lui manque. Il se doute que dans un endroit si rural, les couples de même sexe ne doivent être très bien vus. Par ailleurs, il a remarqué d'autres sorciers parmi les nombreuxes visiteureuses. Et quelques regards sur lui ne trompent pas, il est certain d'avoir été reconnu.
Arrivé face à un panneau indiquant « Grotte d'Artus », Harry s'arrête et appelle James qui est toujours une dizaine de mètres devant. Ils attendent que personne ne les observe puis passent un à un sous le dôme de pierre, Harry en tête et Drago ferme la marche. Dans le fond de la grotte, la barrière magique s'ouvre pour eux, exactement comme pour aller sur le quai neuf trois quarts.
De l'autre côté, ils sont accueillis par une sorcière au sourire avenant qui leur propose différentes offres pour la visite de la réserve magique. Harry achète cinq billets pour la journée et cinq bons pour un repas sur le site. Sur l'un des grands panneaux d'affichage, James observe les différentes parties du parc et les créatures qui s'y trouvent.
— Papa, regarde ! Il y a des abraxans ! Et des licornes ! s'exclame-t-il en pointant du doigt le panneau.
— Je me doutais que ça te plairait, répond Harry en s'approchant de son fils, on ira les voir, c'est promis.
Une lueur de joie brille dans les yeux de James. Il a toujours été fasciné par les animaux qui ressemblent aux chevaux et a même fait de l'équitation avant d'aller à Poudlard. Il n'a plus eu vraiment le temps depuis, mais il reste émerveillé par tout ce qui ressemble de près ou de loin à un cheval. Il sait que les sombrals tirent les carrioles de l'école et a souvent dit à son père qu'il rêve de les observer. Harry, lui, préfère que son fils n'ait jamais l'occasion de les voir durant sa scolarité, il ne souhaite pas qu'il soit confronté à la mort si jeune.
La visite commence par de grandes plaines parsemées de bosquets d'arbres sans aucune barrière pour les séparer des animaux qui vaquent à leurs occupations en les ignorant. Il est interdit de les nourrir, mais ils sont tellement habitués aux visiteureuses qu'ils ne s'enfuient que lorsqu'on s'en approche. Ils marchent le long des chemins et aperçoivent des botrucs et un clabbert juchés sur des branches, une colonie de crabes de feu qu'ils prennent soin d'éviter, plusieurs troupes de diricos qui courent, des trous de gnomes, des boursoufs et des terriers de veaudelunes qu'ils observent longtemps sans résultat. Il y a aussi bien d'autres animaux que personne ne reconnaît malgré le document explicatif, notamment des oiseaux qui sont beaucoup trop loin. Harry regrette de ne pas avoir pris de multiplettes à l'entrée.
— Vous voulez aller aux lacs tout de suite ou vous préférez manger ? demande Drago après deux heures au milieu des herbes hautes.
— J'ai trop faim, on va manger ! répond Scorpius.
— J'ai pas envie d'aller aux lacs de toute façon, grogne James qui a retrouvé sa mine renfrognée.
— Arrête de faire la gueule, James, on va aller les voir tes licornes !
— Ferme-la, Al', tu me fais chier !
— Ça suffit vous deux ! intervient Harry. Nous allons manger et ensuite nous nous séparerons si vous voulez.
Albus baisse les yeux, honteux. Il est rarement repris par son père, il est plutôt un enfant sage en général, mais James l'agace avec sa mauvaise humeur. Il fait tout le temps la tête et il ne comprend pas pourquoi.
James acquiesce et serre les poings au fond de ses poches. Il n'a pas envie de commencer les vacances par une punition, mais il est énervé par l'attitude de son frère et de Scorpius qui ne l'incluent pas dans leurs discussions et l'ignorent royalement depuis le Poudlard Express. Et puis surtout Emily lui manque, ses ami·es lui manquent. Teddy lui manque, au moins Teddy n'est pas rébarbatif·ve !
Drago fait signe à tout le monde de se mettre en cercle puis il déclenche le portoloin pour le restaurant du parc quand chacun l'a attrapé. Ils déjeunent dans une ambiance qui ressemble à celle du petit-déjeuner. James est renfrogné et regarde d'un œil torve son frère et Scorpius qui l'ignorent. Harry trouve que son aîné est un peu tendu, il faudrait tirer ça au clair.
— Je vais accompagner James pour voir les abraxans et les licornes après le repas, glisse Harry à Drago alors qu'il termine son dessert. Il a besoin d'être sans son frère je pense, et j'aimerais discuter avec lui. Tu veux bien te charger d'Albus s'il te plaît ?
— Aucun problème, accepte Drago qui a bien saisi la situation.
Drago a remarqué ce genre de comportement si souvent depuis qu'il est professeur qu'il n'est pas étonné de l'attitude de James à l'égard de son frère et de son père. Il n'a pas hâte que Scorpius ait seize ans, même s'il se demande s'il sera aussi renfrogné que James. Son amitié fusionnelle avec Albus est si particulière qu'elle change tout. Scorpius a toujours été un enfant avec un caractère affirmé, il sait ce qu'il veut depuis tout petit et sait le faire comprendre. Mais Albus l'apaise, il le constate depuis le tout début, notamment en cours. Les années où ils ont été dans le même groupe, Scorpius était bien moins agité et plus attentif. Ses notes étaient aussi un peu meilleures ces années-là. Par ailleurs, il est assez content d'avoir l'occasion de se trouver avec Albus. Il connaît bien son élève, mais il connaît moins bien l'adolescent qu'il est en dehors de l'école et il a hâte de faire sa rencontre.
Le groupe se sépare après le déjeuner. Drago emmène Albus et Scorpius vers les lacs pour voir les créatures d'eau et Harry propose à James de transplaner jusqu'à la zone des grands animaux. Il tend son bras à son fils qui le prend sans même le regarder. Harry retient un soupir et agite sa baguette. Ils disparaissent.
oOOo
La zone des grands animaux est délimitée par des enclos démesurés. Harry a déjà visité des zoos moldus et ceux-ci sont sans commune mesure. Ici tout est immense, car la magie permet de se déplacer facilement. Cela lui rappelle un peu la Réserve en Roumanie.
Pendant une petite heure, Harry se laisse guider par James qui va d'enclos en enclos, monte sur les plateformes d'observations et scrute les prairies avec les yeux qui brillent de bonheur. Il le laisse profiter sans l'interrompre avant de le rejoindre alors qu'il est accoudé à une balustrade qui surplombe un bosquet d'arbres entre lesquels on aperçoit le pelage argenté des licornes.
— Hey, James… Je peux te parler ?
James hausse les épaules sans ouvrir la bouche. Harry prend ça pour un oui.
— Tu sais que tu peux me parler si quelque chose ne va pas, n'est-ce pas ?
— Mouais…
— Qu'est-ce qui se passe ?
— Rien du tout.
— Je vois bien que tu n'as pas l'air heureux depuis qu'on est parti en vacances. C'est à cause de la présence de Drago et Scorpius ?
— Non.
Harry soupire en silence et regarde son fils qui ne quitte pas des yeux les arbres. Il ne s'attendait pas à autant de résistance, même s'il a toujours eu des difficultés à discuter avec James. Cela lui était un peu passé depuis un an, mais aujourd'hui il est renfermé sans que Harry comprenne pourquoi. Et il n'aime pas constater que ses enfants ne vont pas bien.
— Aide-moi, James, s'il te plaît. Ça te ressemble pas d'être aussi renfermé, je m'inquiète pour toi.
James relève la tête et Harry croise enfin son regard, ses yeux noisette qu'il tient de sa mère, même s'ils sont plus clairs et parsemés de paillettes dorées. Il a une moue ennuyée.
— Je me fais chier ici, voilà ce qu'il y a.
— Tu n'aimes pas le parc ? Tu avais l'air enthousiaste à l'idée de voir les abraxans et les licornes, pourtant…
— Si, c'est sympa, j'aime bien. Mais… enfin… j'ai l'impression qu'il n'y en a que pour Al' et Scorpius… On s'est tapé tout le truc chiant du début alors que ça m'intéressait pas. Et puis pourquoi on est venus dans ce trou paumé ?
— Drago et moi voulions passer des vacances tous ensemble, pour apprendre à vivre les uns avec les autres, tu vois… Je me doute que c'est pas évident pour toi que je refasse ma vie avec quelqu'un.
James rigole un instant. Harry se demande ce qu'il a bien pu dire qui soit si drôle.
— Non, c'est pas ça, Papa. Je suis content pour toi, vraiment. Mais…
— Mais quoi ?
— J'ai plus envie de faire des trucs de gosses pendant les vacances, j'ai pas envie d'être coincé avec Al' et Scorpius qui m'ignorent et passent leur temps entre eux.
La tristesse étreint Harry comme une chape de plomb. Il se souvient que Teddy a eu une phase similaire à peu près au même âge, un peu plus tard peut-être. James a des envies d'indépendance et cela rend Harry à la fois fier et nostalgique du passé, quand ses enfants voulaient être avec lui tout le temps, quand iels lui réclamaient de rester à la maison au lieu d'aller au travail, quand iels le suivaient partout pour l'enlacer sans même le lui demander.
— Je comprends. Tu auras dix-sept ans dans quelques mois, James, et je ne pourrai plus t'obliger à nous suivre en vacances, mais tu seras toujours le bienvenu tout de même.
Un éclair de gratitude traverse les iris de James et il sourit. Cela éclaire son visage qui retrouve un peu de joie de vivre et réchauffe le cœur de Harry qui lui sourit en retour. Les enfants ne sont pas faits pour rester collés à leurs parents toute leur vie, ils ont besoin de prendre leur envol, vivre leurs propres expériences, essayer de nouvelles choses, se tromper et essayer encore. Il ne peut qu'être là pour soutenir son fils quand il en aura envie.
— Merci, Papa.
Le père et le fils restent encore une heure entière dans cette partie de la réserve, à observer les animaux qui fascinent tant le plus jeune. Harry les trouve majestueux aussi et il est heureux de passer du temps avec James. Cela arrive peu souvent et cela arrivera de moins en moins, il le sait. Il est content d'avoir éclairci les choses avec lui et espère qu'il ne s'ennuiera pas trop pour le reste du séjour. Peut-être pourrait-il demander à Albus de moins mettre son frère à l'écart le temps des vacances ?
oOOo
Harry et James retournent à l'entrée de la réserve et attendent que les autres les rejoignent. Harry scrute les visiteureuses, à la recherche de chevelures blondes. Quand il aperçoit enfin celle de Drago entre deux groupes de touristes, il ne peut s'empêcher de sursauter en constatant qu'une tête rousse est à ses côtés.
— Harry, regarde qui nous est tombé dessus !
— Salut, James, salut, Harry !
Harry fixe Charlie comme s'il lui avait poussé une seconde tête tandis qu'il échange une poignée de main avec James, et met un instant avant de réagir pour l'enlacer brièvement.
— Qu'est-ce que tu fais là ?
— Oh, je suis là pour le boulot, des gardiens ont découvert un œuf de dragon dans une poubelle il y a quelques jours. Je n'ai pas pu venir plus tôt, il y avait une urgence à la Réserve.
Le sourire narquois de Drago n'échappe pas à Harry, mais il n'arrive pas à lui en vouloir de le taquiner de sa réaction. Charlie est bien la dernière personne qu'il s'attendait à trouver ici, mais cela lui fait plaisir de le voir. Le petit tiraillement au creux de son ventre quand il croise son regard bleu est toujours là, il n'a pas disparu même s'il aime Drago plus que tout, mais cela ne le torture plus. Il a compris depuis longtemps qu'il ne sait pas arrêter d'aimer, mais cela ne le dérange plus, il l'a accepté. Parce qu'il sait maintenant qu'il peut aimer quelqu'un d'autre autant qu'il a aimé Ginny, qu'il a aimé Charlie. D'autant plus que Drago le sait et l'aime en retour malgré tout. Sa vie pourrait difficilement être plus belle ou plus apaisée qu'en ce moment.
— Tu repars quand ?
— Demain matin. Comme on ne savait pas combien de temps serait nécessaire, j'ai réservé une nuit à l'hôtel et un portoloin. Ça coûte cher de déplacer le départ alors je reste.
— Tu dînes avec nous ? propose alors Drago, devançant Harry. On a prévu d'aller dans un restaurant que James veut essayer.
— Avec joie ! J'ai l'habitude d'être seul, mais rien ne me fait plus plaisir que d'être en bonne compagnie.
Albus sautille d'enthousiasme et même James sourit, les deux garçons aiment beaucoup leur oncle qu'ils voient uniquement lors des évènements familiaux. Il a toujours des histoires fabuleuses à raconter à propos de son métier. Charlie remarque le bonheur de ses neveux et prend la direction de la sortie en passant un bras autour des épaules de James et en encourageant Albus et Scorpius à le suivre. Il leur relate en détail ce qui l'a amené ici tout en marchant vers le village. Harry et Drago leur emboîtent le pas en silence, ils veulent aussi profiter du récit.
Des gardiens de la réserve magique ont trouvé par hasard un énorme œuf dans une des poubelles quelques jours plus tôt. Ils ont vite reconnu que c'était un œuf de dragon et l'ont mis au chaud dans un feu avant de contacter la Réserve de Roumanie, la plus grande réserve de dragons au monde. Il en existe d'autres, au Brésil, en Afrique du Sud et en Chine, mais elles sont plus éloignées et moins importantes. Quand Charlie a pu se libérer, il a constaté tout de suite qu'il s'agissait d'un œuf de Magyar à pointes, mais que le fœtus était mort. L'œuf avait dû rester au froid trop longtemps après avoir été arraché à sa mère. Cela demeure problématique tout de même, ce genre de chose ne devrait pas se produire et cela veut dire que des braconniers étaient après une femelle Magyar quelque part dans le monde.
Quand ils arrivent au centre du village, le restaurant ouvre tout juste ses portes. Le groupe est affamé, il est tard pour leurs estomacs anglais. Une serveuse les accueille et les installe, tandis que Charlie traduit pour les autres, il parle plusieurs langues couramment grâce à ses collègues de travail qui viennent de toute l'Europe. Il côtoie des Français depuis bien longtemps à la Réserve.
Le repas est étonnant et délicieux, les crêpes ont un goût inattendu et les garnitures le sont tout autant. Harry a changé d'avis une fois son assiette terminée, il comprend maintenant l'intérêt d'un restaurant de ce type.
— C'est marrant ces vacances que Neville a rajouté au planning cette année, fait remarquer Charlie en repoussant son assiette vide.
— Il voulait caler le rythme sur celui des écoles moldues, pour faciliter le lien entre les deux mondes. Et je trouve que c'est une bonne idée, c'est plus reposant d'avoir des vacances plus souvent. Les semaines sont un peu plus chargées, mais je crois que nous sommes gagnants.
— Tant mieux, tant mieux. Qu'avez-vous pensé de la réserve magique les gars ?
— Oh c'était trop bien ! s'exclame Scorpius. Il y avait tellement d'espèces différentes ! Et on a même aperçu un kelpy de loin ! Hein, Albus ?
— Ouais, c'était cool. Et tu as vu toutes ces fleurs dans les plaines qu'on a traversées au début du parc ?
— Tu aimes les fleurs, Albus ? questionne Charlie.
— Il aime les fleurs, les plantes de toutes sortes, du moment que ça pousse dans la terre ça l'intéresse, se moque James.
— Et toi, James, qu'est-ce que tu as aimé ? rebondit Charlie en se tournant vers lui.
— Les abraxans et les licornes. Ils sont si beaux !
— Ça te va bien de te foutre de moi parce que j'aime la botanique alors que t'es amoureux des licornes ! rétorque Albus, bien décidé à ne pas se laisser faire.
— Les garçons… prévient Harry, la voix grave et les sourcils froncés.
James et Albus se taisent, mais continuent à se fusiller du regard. Harry soupire, il va être nécessaire de les séparer un peu ou de les obliger à parler. Il espère qu'après la discussion qu'il a eue avec James, le reste des vacances se passera bien.
— Est-ce que vous aimeriez voir des dragons ? demande soudain Charlie alors que l'ambiance à table est devenue pesante.
Les regards s'éclairent et celui de Scorpius, tout particulièrement, brille d'envie. L'intérêt de ce garçon pour les créatures n'est pas feint et Charlie l'a repéré tout de suite. La façon dont il en parle est passionnée, ça crève les yeux. Il deviendra peut-être magizoologiste ? À moins qu'il lui transmette son amour pour les dragons et qu'il se cantonne à cette spécialité.
— Charlie… commence Harry.
— Non, je suis sérieux. Vous devriez tous venir à la Réserve pendant de prochaines vacances ! Je serai ravi de vous faire visiter et de vous montrer des dragons.
— C'est dangereux, je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, rétorque Drago, inquiet.
— Papa, s'il te plaît ! Tu imagines, des dragons, en vrai de vrai ! Oh, s'il te plaît !
— Non, Scorpius, tu es bien trop jeune, le risque est trop important.
— Et si je vous promets qu'il n'y aura aucun risque pour les enfants ? intervient Charlie, diplomate.
Drago échange un regard avec Harry. Ce dernier est souvent bien trop peu concerné par sa propre sécurité, il en a conscience, ou plutôt ses proches ne cessent de le lui rappeler, mais quand il s'agit de ses enfants la prudence est de mise. Et la Réserve, ce n'est pas un parc touristique. Il a toute confiance en Charlie, il lui confierait sa propre vie sur le terrain, mais il n'est pas prêt à prendre le moindre risque pour Albus, James ou même Scorpius.
— On va attendre encore un peu, tranche Harry. Je suis désolé.
Les visages des enfants sont déçus, mais Harry voit dans le regard de James un peu de défiance et il se doute de ce qu'il pense. Dans quelques mois, il sera majeur légalement, il pourra décider seul de rendre visite à Charlie. Harry sait qu'il le fera et il ne pourra pas le lui interdire.
Les assiettes des desserts sont terminées depuis un moment maintenant et elles ont déjà été débarrassées pendant qu'ils discutaient. Harry paye la note et remercie la serveuse avec un accent anglais abominable, puis ils sortent dans l'air frais de la nuit bretonne.
— Je vais rentrer à l'hôtel, mon portoloin est tôt demain matin.
Charlie embrasse Albus et James, Scorpius accepte une accolade après un temps d'hésitation. Drago lui serre la main avec un sourire et Harry l'enlace. C'est toujours particulier de l'avoir contre lui et Charlie est heureux d'avoir pu vraiment renouer avec Harry.
— Réfléchissez-y quand même encore un peu, d'accord ? lâche Charlie juste avant de partir à pied vers son hôtel.
Harry et Drago passent tout le reste du séjour à y penser. Entre deux sorties avec les enfants qui se sont un peu réconciliés après une discussion tous ensemble. Finalement, ils insistent tant que les deux adultes craquent et acceptent de les emmener à la Réserve bientôt.
Le retour à Poudlard arrive vite, les vacances n'ont duré qu'une seule semaine. Pourtant, tout le monde est reposé et prêt à reprendre.
N'oubliez pas de me laisser une petite review pour me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre, vraiment c'est très important pour moi de savoir ce que vous ressentez à la lecture.
On se retrouve dans deux semaines, le 14 avril 2023 avec le chapitre 33 : « Petites et grandes évolutions ».
En attendant, portez vous bien !
