Bonjour à toustes !

Un grand merci pour toutes vos reviews !

Nous voici à l'avant-dernier chapitre… Et oui, déjà !
Préparez-vous, des révélations arrivent ;)

Bonne lecture !


Chapitre 37 — Quand Charlie s'en mêle

Dimanche 4 avril 2021

Charlie est en retard et n'est absolument pas présentable. Couvert de suie, brûlé au deuxième degré à la main droite et l'arcade sourcilière gauche éclatée. Le sang a coulé le long de son cou jusqu'au col de sa chemise qui s'en est imbibée. Il est vacances depuis hier et devait prendre le portoloin de dix heures à Bucarest, mais une urgence à la Réserve l'en a empêché. Personne ne lui a demandé de venir, mais il n'a pas pu laisser tomber ses collègues, qui sont avant tout ses ami·es. Un vieux Magyar s'est retrouvé la patte prise dans un piège posé par un·e braconnier·e et a été découvert en rage et en souffrance ce matin-là par l'équipe de surveillance de la zone. Charlie était prêt à partir pour l'Angleterre et rejoindre sa famille pour Pâques, puis profiter ensuite de ses deux semaines de vacances. Mais quand l'alerte a sonné au village, il n'a pas pu s'empêcher de se précipiter pour apporter son aide.

Iels étaient dix et ont eu du mal à maîtriser le pauvre animal qui était au supplice depuis de nombreuses heures. Sa patte entravée était déchiquetée par des dents en métal scellées d'un sortilège qui avait rendu son retrait particulièrement ardu. Cela a pris plus de trois heures, mais iels ont pu apaiser et délivrer le dragon qui a ensuite été soigné. Charlie a quitté la zone à ce moment-là, afin de laisser l'équipe de vétomages gérer les choses.

Il attend maintenant dans le hangar des portoloins de Bucarest, le prochain départ pour Londres est à quatorze heures. Il sait qu'il a une dégaine affreuse, mais s'il avait pris le temps de se doucher, de se soigner et de se changer à la Réserve, il aurait raté ce portoloin et n'aurait pas pu se rendre au Terrier avant le lendemain. Non seulement il ne veut pas inquiéter ses parents – ni le reste de sa famille – mais en plus il a envie de partager le repas de Pâques avec elleux. Sa mère sera morte d'angoisse s'il n'apparaît pas avant la fin de la journée. Son aspect laisse cependant à désirer et il préfère prévenir avant d'arriver ainsi. Il ressort dans la rue pour être en zone moldue, ouvre le répertoire de son téléphone et entend avec soulagement la sonnerie résonner à son oreille.

— Oui ?

— Harry ?

— Non, c'est Drago, Harry est occupé. Qui est-ce ?

— C'est Charlie.

— Charlie ! Mais où est-ce que tu es ? Tout le monde s'inquiète pour toi, ici !

— Je sais, je sais. On a eu une urgence… Je vous raconterai. Je voulais juste prévenir quelqu'un que j'arrive dans pas trop longtemps. Par contre je suis dans un état déplorable, peux-tu prévenir les autres? Je ne veux pas qu'on s'inquiète pour moi.

— Attends un instant, Harry est en train de me parler. Je lui raconte ce que tu viens de me dire.

Charlie entend des voix chuchoter et un bruit de fond lointain. Il tape impatiemment du pied sur le trottoir.

— Harry a une idée, reprend la voix de Drago. Une fois arrivé à Londres, rejoins-moi chez lui, on va te rendre présentable en quelques minutes. Harry fera distraction au Terrier en attendant. Ta mère est folle d'inquiétude…

— Je me doute. Elle vieillit et depuis la mort de Fred elle est insupportable dès qu'on a un peu de retard. Je dois te laisser, le portoloin part dans cinq minutes, prévient Charlie en vérifiant l'heure à sa montre. À tout à l'heure.

Soulagé d'avoir pu avertir de son arrivée, Charlie prend son portoloin avec sérénité puis transplane sans attendre jusqu'à chez Harry. Il connaît bien cette maison, il a passé de nombreux courts séjours ici, même s'il n'est pas revenu depuis leur rupture. Il apparaît dans le jardin, derrière la petite cabane où sont rangés les outils de jardinage. C'est un endroit discret pour transplaner dans ce quartier moldu. Il n'a pas essayé d'arriver dans la maison, il est fort probable que Harry ait changé son autorisation d'accès depuis longtemps et il n'a vraiment pas besoin de se désartibuler aujourd'hui.

La porte d'entrée s'ouvre à peine trente secondes après son apparition, il a eu à peine le temps de sortir du recoin. Il se glisse dans l'ouverture et Drago referme derrière eux.

— Mais comment as-tu fait pour te mettre dans un état pareil ? demande Drago en le conduisant vers la salle de bain du rez-de-chaussée.

— Un Magyar blessé par un piège qu'on a trouvé ce matin. Le délivrer a été sportif et je n'ai pas eu le temps d'enfiler ma tenue de dragonnier avant de partir avec les autres.

— Bon, assieds-toi là.

Drago lui désigne les toilettes dont le couvercle est fermé. Il s'installe dessus et attend. La baguette de Drago fait quelques arabesques autour de lui et Charlie reconnaît un sort de base de détection des blessures. Puis il sent son arcade se refermer avec une sensation de démangeaison atroce.

— Prends une douche et change-toi, on mettra de l'onguent sur ta main après. Les serviettes propres sont dans ce placard. Tu as ce qu'il faut pour t'habiller ?

Charlie désigne sa valise de la tête et remercie Drago qui quitte la pièce. La porte fermée, Charlie se relève et s'observe dans le miroir au-dessus du lavabo. Il a du sang sur la moitié de son visage et sa chemise est devenue complètement rouge. Son pull en laine tricoté par sa mère est ruiné lui aussi et l'une des manches a brûlé en même temps que sa main. Cela le désole, il aimait beaucoup ce pull, l'un des rares qu'il porte encore. La plupart des autres sont trop vieux, trop abîmés ou trop moches pour les sortir de chez lui, il ne les met que lorsqu'il est seul. Son jean n'est tâché que par de la suie, rien d'irrécupérable.

Il ne traîne pas pour se laver et se sécher. Utiliser sa main brûlée est une torture et chaque frottement de la serviette le fait grincer des dents. Il se demande ce que sa mère aurait pensé en le voyant arriver brûlé et en sang, il remercie Harry et Drago pour leur idée et leur prévenance. Il n'aime pas inquiéter Molly et s'il peut lui éviter de nouveaux cauchemars, ça l'arrange.

Charlie sort de sa petite valise des vêtements propres et jette à la poubelle ce qu'il ne pourra pas récupérer avec un pincement au cœur. Il a de toute façon dû les déchirer à coups de Diffindo pour les enlever. Même la magie ne peut pas tout réparer. Le pantalon sale est roulé en boule dans un coin de sa valise, il s'en occupera plus tard. Il s'habille en évitant d'utiliser ses doigts blessés et constate qu'il n'arrive pas à boutonner ni sa chemise ni son pantalon. Tant pis, il le fera après les soins.

Il pose sa serviette mouillée dans le lavabo et ressort de la salle de bain dans une brume de vapeur chaude. Des bruits dans la cuisine dirigent ses pas et il rejoint Drago qui est en train de nettoyer ce qui semble être un restant de petit-déjeuner.

— Tu as besoin d'aide avec ça ? propose Charlie.

— Oh non, merci, je range ce qu'on a laissé sur la table ce matin, répond Drago sans le regarder. On était en retard à cause de Harry et les enfants ont tout laissé traîner, j'ai occupé mon temps pendant ta douche.

Quelques gestes de baguette supplémentaires et la cuisine est propre et ordonnée. Charlie est admiratif de la rapidité et de l'efficacité des sorts domestiques de Drago. Harry doit être ravi de l'avoir à la maison, ses capacités de rangement grâce à la magie sont plus que limitées et il fait presque tout à la main. Il dit qu'il préfère, mais Charlie sait qu'il est nul avec ces charmes-là.

Drago se retourne vers lui et marque un temps d'arrêt, la bouche entrouverte. Il se rappelle qu'il a toujours sa chemise ouverte sur son torse nu, et son pantalon non boutonné, pas vraiment ce à quoi Drago devait s'attendre.

— Désolé, je pouvais pas attacher les boutons avec ça, explique-t-il en désignant sa main rouge et boursouflée par les cloques.

— Ça ne fait rien, montre-moi ta main.

— Je ne pensais pas m'être brûlé aussi fort, la force de l'habitude je suppose. Tu t'y connais en brûlures ?

— Des accidents arrivent de temps en temps quand on est potionniste, on apprend dès la première année les soins à appliquer en cas de brûlure légère. Je ne crois pas qu'on ait besoin d'aller à Sainte-Mangouste pour cette fois, déclare-t-il après un examen minutieux de la main que Charlie lui a tendu. Je vais chercher ce qu'il faut, installe-toi là.

Charlie obéit, cette fois encore, fasciné par le calme et les compétences de Drago. Cet homme est plein de qualités et plus il apprend à le connaître plus il s'en rend compte. Il revient avec un bocal en métal, lance un soin de base sur sa main qui cesse presque aussitôt de le faire souffrir, puis applique un onguent sur sa peau. Ses doigts sont froids, mais il a le toucher délicat et il est précautionneux pour ne pas lui faire mal. La crème translucide a la consistance du gel d'aloès et a une odeur caractéristique des baumes pour les brûlures superficielles – il en a lui même dans sa pharmacie : le parfum légèrement poivré de la capucine et la pointe citronnée de l'argousier.

En l'espace de quelques instants, l'onguent guérit le plus gros de la blessure – nul doute qu'il s'agit d'un soin sorcier – et la douleur devient presque inexistante. Il ne reste que des rougeurs sur sa peau. Charlie remue les doigts et constate que les mouvements ne le font plus souffrir.

— Merci beaucoup, dit-il en boutonnant enfin sa chemise à carreaux et son jean.

— Je t'en prie.

Drago repart pour ranger le pot et Charlie termine de s'habiller en enfilant un gilet préalablement sorti de sa valise. Il récupère celle-ci dans le couloir puis ils empruntent la cheminette l'un après l'autre pour rejoindre le Terrier.

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Samedi 17 avril 2021

Pour la deuxième fois en deux semaines, Charlie se trouve devant la porte de la maison de Harry. Ses vacances, comme celles de ses hôtes, sont sur le point de s'achever. Il revient juste d'un séjour en Nouvelle-Zélande qu'il a parcourue du nord au sud. La porte s'ouvre sur Teddy qui le fait entrer et l'enlace ensuite longuement. Teddy n'est pas un Weasley, ael n'est pas un Potter non plus, sauf dans le cœur de Harry et ses deux fils, mais Charlie l'aime tout autant que ses neveux et nièces. Par ailleurs, Charlie est le seul de cette grande famille qui comprend vraiment ce que c'est d'être différent et iels ont noué des liens forts depuis que Teddy lui a confié ses doutes sur son identité de genre.

— Comment ça va ? lui demande-t-il en lae suivant dans le couloir.

— Très bien ! Viens, on est dans le salon, on attend encore Victoire qui était chez ses parents ces derniers jours.

Charlie pose sa valise dans un coin et entre dans le salon déjà bien rempli, même s'il s'agit d'un repas en petit comité. Teddy a voulu fêter son anniversaire avec peu de monde cette année et pour une fois Molly n'a pas insisté puisqu'elle avait déjà réuni toute la famille pour le dimanche de Pâques. Alors ael a demandé à Harry d'inviter Charlie pour le fêter avec les gens qu'il aime le plus : ses frères, Harry et Victoire. Scorpius et Drago sont là aussi puisqu'ils vont vivre ici tout le temps maintenant. Teddy sait qu'iels sont de la même famille, même si parfois ael préfère occulter et oublier ses liens avec les Malefoy et les Blacks. Iels n'en parlent pas entre elleux et Teddy apprécie la relation qu'il a développée avec Drago en tant que collègues et ami·es depuis qu'ael est revenu·e comme assistant·e de Neville en Botanique.

Charlie est submergé par les embrassades de ses neveux et de Scorpius qui ne montre plus du tout de timidité avec lui maintenant. Son séjour à la Réserve a tellement plu au jeune garçon que Charlie se promet de tout mettre en œuvre pour le faire revenir d'ici un an ou deux. Harry n'est pas en reste et l'étreint quelques instants à son tour. Il se contente de serrer la main de Drago et de lui sourire, mais cet échange est tout aussi chaleureux que celui qu'il a eu avec Harry, Charlie n'a pas besoin de se coller aux gens pour montrer qu'il les apprécie. Et il sait que Drago préfère ça, le côté tactile qu'il peut avoir se concentre uniquement sur son compagnon et quand il y a peu de monde autour, il l'a remarqué assez vite. Il n'y a que Harry qui fait des câlins à tout le monde et ses proches s'y sont habitué·es.

Quand Victoire arrive enfin, Drago guide tout ce petit monde dans la cuisine et il s'ensuit un joyeux bazar le temps que chacun·e s'installe à la place qu'iel préfère. Il espère au fond de lui qu'il ne va pas avoir besoin de recevoir tous les quatre matins autant de gens pour un simple anniversaire. Il a beau être content d'être bien accueilli par la famille de Harry, il n'est pas encore habitué à autant de monde tout le temps.

Le repas se passe dans la joie et les sourires. Drago est assis entre Harry et Charlie, Scorpius n'a cessé de rire aux transformations faciales de Teddy et James a fait tout le service avec Albus, pour faire plaisir à leur père et à Teddy qu'ils adorent par-dessus tout. Le repas préparé par Drago reçoit les compliments de Teddy et Victoire, qui n'avaient jamais goûté sa cuisine, et cela lui fait plaisir. Pour changer, il a essayé de mettre un peu de Floride dans leurs assiettes, il trouve dommage de ne pas plus souvent mélanger les inspirations culinaires. Il a vécu de nombreuses années aux États-Unis et il aimait bien certains plats.

Après le dessert, tout le monde repart dans le salon et Harry apporte du thé et du café avant de se jucher sur l'accoudoir du fauteuil où Drago s'est assis. Une petite pile de cadeaux en équilibre précaire attend sur la table basse.

— J'ai ramené quelques souvenirs, déclare Charlie en revenant dans la pièce après avoir été aux toilettes.

Les cris de bonheur fusent et Drago se retient de se boucher les oreilles. Mais le sourire s'étale sur ses lèvres, la joie des enfants est communicative. Charlie s'approche avec les bras pleins de petits paquets.

— Ça, c'est pour ton anniversaire, Teddy, annonce-t-il en posant un paquet sur le haut de la pile, la faisant pencher dangereusement, et ça, c'est pour vous.

Il tend alors des cadeaux à tout le monde, l'un·e après l'autre et Drago est surpris de se retrouver avec une petite boîte entre les mains. Scorpius aussi regarde Charlie avec des yeux ronds.

— Tu n'aurais pas dû… grommelle Drago d'un ton faussement agacé.

— C'est rien du tout, une broutille.

La broutille s'avère être un petit coffret de chocolats néo-zélandais, Harry a reçu un paquet d'excellent café, Scorpius, un coquillage typique bleuté d'une beauté époustouflante. Il y a aussi quelques plantes séchées locales pour Albus, un collier avec un morceau de jade en forme de goutte pour Victoire, une sculpture de licorne en bois pour James.

Charlie est une fois de plus remercié de maintes embrassades et il regrette presque d'avoir été généreux, cela commence à faire beaucoup pour son espace personnel qu'il chérit tout particulièrement.

Drago est ému du geste, il trouve que le dragonnier lui fait beaucoup trop de cadeaux, c'est loin d'être la première fois. Et chaque fois il tape juste et ne se trompe jamais, prouvant sa grande capacité d'écoute et d'attention envers les gens. Il se rend bien compte que ce n'est pas lui en particulier et que Charlie est ainsi avec tout le monde, mais après des années de rejet par la société et la peur d'être un paria s'il l'on découvrait son homosexualité, Drago est touché et heureux d'être aussi bien accepté. Il réalise qu'il est en effet difficile de ne pas aimer Charlie et ce n'est pas la première fois qu'il se fait la réflexion. Harry le lui avait dit dès le début pourtant.

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Dimanche 30 mai 2021

Harry est dépité. Le vif d'or qui bat encore mollement des ailes entre ses doigts ne lui apporte même pas une once de réconfort. Le match a été une déception à tous points de vue, enfin presque. S'il est objectif, il doit admettre que son équipe s'est bien défendue face à celle de Drago, comme l'année passée. Le score était au coude à coude jusqu'à ce qu'il attrape le vif. Mais ce duel-là, celui qu'il attendait depuis des mois, de se confronter une nouvelle fois à Drago pour la petite balle dorée, s'est révélé être un fiasco. Drago a fait semblant de l'affronter et il l'a vu presque tout de suite, il n'y avait aucun défi pour Harry. Il avait la tête ailleurs, comme depuis un bon mois. Et Harry en a assez de cette ambiance nauséabonde qu'il y a entre eux depuis des semaines.

Quand Harry ressort de la salle d'eau, Drago est dans le salon, assis sur le canapé, le visage dans ses mains, toujours dans sa tenue d'attrapeur. La douche ne l'a pas détendu du tout et il est agacé. Il y a deux mois encore, son compagnon n'aurait pas hésité un seul instant à le poursuivre sous l'eau pour un câlin, plus ou moins sage, selon l'humeur. Mais depuis quelques semaines il est distant, il parle peu, il s'isole dans son appartement plusieurs nuits d'affilée, il touche moins Harry qu'avant, ne demande plus à faire l'amour avec lui. Quelque chose ne tourne pas rond et Harry a peur. Il a peur de l'éloignement de Drago, qu'il ne l'aime plus, et il est excédé par son silence et ses refus de répondre. Il s'est aperçu que quelque chose le tracassait, peu de temps après les vacances de Pâques, mais Drago a toujours répliqué que tout allait bien, alors que c'était faux. Harry a vu dans ses yeux, dans ses gestes, dans son attitude, que c'était faux.

Et les choses n'ont fait que s'aggraver semaine après semaine et Drago n'a fait que s'éloigner. Il a même surpris Albus et Scorpius qui discutaient du fait que le déménagement allait peut-être être repoussé alors que Drago n'a pas abordé ce sujet avec Harry. Il est temps de se parler, Harry en a plus qu'assez. Il lui a ouvert beaucoup d'opportunités pour se confier, il a espéré que les difficultés de communications du début auraient servi de leçons, mais rien n'est venu. Il essaie de se calmer, il ne veut pas lui hurler dessus, il sait que ça ne donnera rien de bon, il en a déjà fait les frais.

Harry s'installe sur le fauteuil en face du canapé, le fauteuil préféré de Drago. Il l'observe un instant et se rend compte qu'il pleure en silence la tête enfouie dans ses mains. Son cœur se fendille alors aussitôt et son restant de colère retombe. Il s'approche et se met à genoux devant lui.

— Drago… S'il te plaît, dis-moi ce qui va pas. Drago… insiste-t-il.

Un sanglot et un souffle saccadé lui répondent.

— Je t'en supplie, mon cœur, ne me laisse pas assister à ça sans pouvoir t'aider. Je vois bien que tu vas mal et c'est pas seulement aujourd'hui.

Drago secoue la tête. « Mon coeur ». Ce surnom ridicule qui aujourd'hui ne fait qu'aggraver ses larmes. Il ne peut pas être son cœur… pas avec ce qu'il doit lui avouer, pas en connaissant ce qui le ronge. Il va le briser, ce cœur qu'on lui a confié…

— Je… Je ne peux pas… Je ne peux pas, Harry, déclare finalement Drago d'une voix étranglée.

— Mais si tu peux. On peut tout se dire, on l'a déjà vécu au début. Si j'ai pu entendre ton histoire, je peux entendre ce que tu as sur le cœur.

— Non… Non… sanglote Drago, je ne crois pas que tu puisses entendre ça.

— Drago, je t'aime plus que tout, laisse-moi t'aider. Est-ce que tu… Oh, Merlin, j'arrive pas à croire que ça puisse être ça… Mais, est-ce que tu veux rompre ? Tu ne m'aimes plus, c'est ça ?

Les sanglots de Drago redoublent alors et Harry craint le pire. Il ne comprend pas ce qui peut le mettre dans un état pareil, Drago n'a jamais craqué comme ça. Et pourtant il lui a tout dit, il lui a raconté des choses qu'il n'avait avouées à personne, il lui a confié son passé, ses peurs, sa haine de lui-même. Ils ont parlé pendant des heures de ses traumatismes, de ses craintes, de ses angoisses. Il ne voit que l'éventualité d'une séparation pour le rendre aussi mal et Harry a peur. Il pensait pourtant que ça n'arriverait pas avec Drago, qu'ils étaient faits l'un pour l'autre.

— C'est ça, alors ? Tu ne m'aimes plus ?

— Non… souffle la voix pleine de larmes de Drago. Non, ce n'est pas ça. C'est pire encore…

— Je ne vois pas ce qui peut être pire, Drago ! Tu as appris une mauvaise nouvelle ? Scorpius a un problème ? Ta mère est malade ? Je ne sais pas moi, aide-moi à comprendre !

Drago relève enfin la tête de ses bras, ses joues ruisselantes de larmes, son visage défait par la tristesse, ses yeux gris humides et délavés, comme des nuages qui versent leur pluie contenue depuis des mois. Harry a le cœur qui se serre, l'estomac qui lui fait mal, Drago a l'air d'être si désemparé. Il pose une main sur sa joue et essuie les larmes qui continuent de couler.

— C'est juste moi, Harry. C'est moi… Je… je t'ai trahi et je me sens si mal…

— Mais de quoi tu parles ?

— Théo… Théo est au courant. Il… Il m'a dit de t'en parler, mais je n'y arrive pas. Ça fait deux semaines au moins que j'essaie et je n'y arrive pas !

— Si tu as pu le dire à Théo, tu peux me le dire à moi aussi.

— J'ai essayé… J'ai écrit une lettre.

Harry continue de lui caresser la joue, il sent le visage de Drago qui appuie dans sa paume. Mais il est perplexe par tout ça, il ne comprend rien de ce que Drago raconte et sa détresse n'a aucun sens.

— Et tu comptais me la donner quand au juste ?

— C'était… Enfin, c'était mon dernier recours… Au cas où je n'arrivais pas à te le dire avant la fin de l'année scolaire. J'ai même tout prévu au cas où tu veux qu'on se sépare…

— Quoi ‽ Comment ça, si je veux qu'on se sépare ? Mais t'es dingue, Drago, je veux pas qu'on se sépare ! Je comprends rien de ce que tu racontes ! Donne-moi cette lettre, qu'on en finisse.

Harry sent l'énervement qui remonte à force de tourner autour du chaudron comme ça. Il voit bien à quel point Drago se sent coupable et malheureux, mais ils ne peuvent pas rester sur des non-dits ainsi. Drago se lève et se dirige la tête basse vers son petit bureau de travail, celui qu'il a installé quand il en a eu marre d'utiliser celui de Harry, toujours en désordre. Ce dernier en profite pour se lever à son tour, ankylosé par la position accroupie, il plie et déplie ses jambes pour faire circuler le sang.

Drago revient avec une enveloppe qui paraît plutôt épaisse, combien de centimètres de parchemin y a-t-il là dedans ? Il ne pleure plus, mais il semble avoir le poids entier du monde sur ses épaules. Il se rassoit lourdement sur le canapé et tend l'enveloppe à Harry qui s'en saisit.

— Tu es sûr que tu ne préfères pas me le dire ?

— Je n'y arrive pas…

Harry s'installe sur le fauteuil et du coin de l'œil constate que Drago a baissé la tête vers le sol, il ne veut pas même le regarder. Il craint un peu ce qu'il a écrit, il se demande ce qui le bouleverse à ce point. Il déchire l'enveloppe avec ses doigts et sort le long parchemin sur lequel les belles lettres de Drago s'étalent. Puis il commence sa lecture.

Il lui faut dix minutes pour tout lire. Il a vraiment pris son temps malgré l'envie urgente de comprendre la situation, il ne voulait pas rater la moindre information. Puis il relève la tête, regarde Drago qui observe toujours ses pieds, voûté et la mine basse. Il a littéralement mal pour lui, maintenant qu'il sait, il comprend sa détresse. Et son amour pour Drago s'en trouve renforcé, si c'est encore possible. Il le sent palpiter en lui, au rythme de son cœur, son cœur qui bat pour Drago, sans le moindre doute. Il repose la lettre.

— Drago, regarde-moi. S'il te plaît.

— J'ai honte de ce que je t'ai fait, Harry… Je ne peux pas.

— On ne va pas se séparer et je ne suis pas fâché contre toi. Regarde-moi. S'il te plaît.

Le visage de Drago se relève sous le coup de la surprise, il ne s'attendait pas à ça. Harry n'a plus du tout l'air en colère maintenant et son regard plein d'amour le transperce avec violence. Son cœur galope, ses mains sont moites, il a si peur de ce qu'il va lui dire.

— Tu es tombé amoureux de Charlie ? résume Harry.

— Oui… répond Drago, la gorge serrée, la honte le submergeant.

— Tu m'aimes toujours.

Ce n'est pas une question cette fois-ci, c'est une affirmation et Drago l'entend.

— Je t'aime inconditionnellement, Harry.

— Tu comptais me donner cette lettre et démissionner si je réagissais mal ? Partir aux USA avec Scorpius ? Vraiment ?

— Oui, je ne voyais pas d'autre solution en fait.

Harry se lève et revient se mettre à genoux devant Drago, à hauteur de son visage. Il le prend en coupe et le fixe droit dans les yeux. Ses joues sont sèches maintenant, mais son regard est si triste, si empli de souffrance.

— Drago. Je t'aime. Je t'aime plus que n'importe qui. Je t'aimerais même si tu étais amoureux du monde entier. Comment as-tu pu imaginer que je voudrais qu'on se sépare ? Tu sais pourtant ce que je pense du polyamour. Et aurais-tu oublié que je n'ai jamais arrêté d'aimer totalement ni Ginny ni Charlie ? Est-ce que mes sentiments pour d'autres que toi nous ont empêchés de construire quelque chose ensemble ?

Drago reste sans voix. L'inquiétude qui le taraude depuis des semaines s'envole quelque peu. Il vit avec une angoisse constante depuis qu'il a compris ce qu'il ressentait pour Charlie. Ça n'a pas été brutal, ça s'est fait avec le temps, comme toujours certainement. Mais il l'a réalisé un jour, comme ça, comme si ça avait toujours été là, comme si c'était normal et naturel d'aimer Charlie et Harry. En même temps. Pas de la même façon, mais il a fini par réaliser qu'il les aime tous les deux. Le monde lui est tombé sur la tête ce soir-là et il s'est rendu chez Théodore quelques jours plus tard pour lui en parler, complètement désorienté par ses sentiments.

Drago commençait tout juste à se sentir normal alors qu'il aime les hommes, à accepter qu'il n'y a rien de bizarre en lui et que son couple est tout aussi valable que n'importe quel autre, à guérir de ses blessures et de son passé, et voilà qu'une nouvelle étrangeté fait son apparition dans sa vie. Il ne veut pas être encore une fois à la marge, il ne veut pas être différent ! Théodore l'a aidé à relativiser, un peu, a été à l'écoute et de bons conseils. Il est toujours de bon conseil.

— Je crois que j'ai paniqué, Harry.

— Je t'aime, Drago. Tout va bien. Tu as le droit d'aimer Charlie ou n'importe qui d'autre, du moment que tu continues à vouloir de moi dans ta vie. La seule chose que je souhaite c'est que tu veuilles de moi dans ta vie.

— Oh, Harry !

Drago se penche et embrasse Harry avec violence, les doigts crispés dans ses courtes mèches noires qui grisonnent un peu. Puis il tombe à genoux et l'enserre dans une étreinte à lui couper le souffle, il s'accroche à son pull comme si sa vie en dépendait, il respire son odeur pour s'en enivrer. Il l'aime tellement, il ne mérite pas un homme comme lui. Il ne mérite pas sa compréhension et son amour. Mais il les veut si fort qu'il se demande s'il survivrait sans lui.

— Ne lui en parle pas, s'il te plaît… exige-t-il après avoir relâché sa prise sur Harry.

— Je ne lui dirai pas, mais je ne peux pas garantir qu'il ne le devine pas lui-même. Ce genre de choses peut finir par se voir, tu sais.

— On pourrait… Je ne sais pas, on pourrait ne plus le voir ? Peut-être que ça s'en ira si on ne le voit plus ?

— Est-ce que c'est vraiment ce que tu veux ?

Drago secoue la tête. Non, ce n'est pas ce qu'il souhaite. Absolument pas. De la même façon qu'il ne peut pas s'empêcher de vouloir être avec Harry, il ne veut pas s'interdire de voir Charlie, il n'imagine pas le sortir de leur vie parce qu'il a des sentiments à sens unique pour lui. D'autant plus que cela peinerait Harry, qui serait privé d'un ami précieux, d'une personne qu'il aime aussi. Ça ne serait pas juste pour Harry et il ne désire pas le faire souffrir, surtout pas. Il l'aime trop pour cela.

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Samedi 12 juin 2021 — Drago

Assis dans le petit jardin de Harry, je profite du soleil sur ma peau. Le soleil du mois de juin est un vrai bonheur, il chauffe enfin un peu. J'adore être né au mois de juin, j'ai souvent pu fêter mon anniversaire dehors, au soleil. Les oiseaux pépient dans la haie, les abeilles bourdonnent dans les pissenlits qui parsèment la pelouse et je me sens bien.

Deux mains viennent s'installer sur mes épaules avant de glisser le long de mon torse et l'on me dépose un baiser sur les cheveux. J'ouvre les yeux et relève la tête pour croiser le regard vert de Harry qui me sourit. C'est étrange de le voir à l'envers, les perspectives sont différentes.

— Pansy et Blaise sont arrivés, ils sont en train de changer Nya qui a vomi en sortant de la cheminette.

— Quand vont-ils se décider à la faire transplaner ? À chaque fois c'est la même chose, elle ne supporte pas la cheminette.

— C'est pas à moi qu'il faut demander ça, ce sont tes amis, Drago.

Il ricane doucement, mais je n'arrive pas à être en colère après sa petite pique gratuite. La sonnette retentit de nouveau et il repart pour ouvrir.

— Laisse tomber, Drago, intervient Théo, assis à côté de moi. Blaise est impossible à convaincre, j'ai essayé pourtant.

Blaise est convaincu que faire transplaner Nya est néfaste à sa croissance. C'est ridicule, j'ai transplané avec Scorpius quasiment dès sa naissance, mais il ne veut rien entendre et Pansy a décidé de le laisser gérer les conséquences de son obstination. Je referme les yeux pour profiter du soleil et du calme qui ne va pas durer, j'essaie de me détendre avant le tsunami émotionnel auquel je vais avoir droit d'ici peu.

— Tu as parlé à Harry, je suppose ? me demande Théo d'un air détaché.

Il connaît déjà la réponse, sinon il ne me l'aurait pas demandé comme ça, en plein milieu du jardin de la maison de Harry, alors qu'il y a des invités qui arrivent pour fêter mon anniversaire. Étant donné mon état quand je suis venu m'épancher auprès de lui il y a quelques semaines, il a deviné sans difficulté que nous en avons parlé. Sinon je ne serais pas aussi détendu aujourd'hui. Du moins en apparence. Je tourne la tête vers lui et je le croise son regard.

— En effet.

— Vous avez décidé quoi ?

— Harry a invité Charlie. Je pense que ça résume bien la situation.

— Je t'avais dit qu'il le prendrait bien.

C'est le moins qu'on puisse dire. Si j'avais su que ça serait aussi « facile » pour Harry, je ne me serais pas mis dans un état pareil. Je suis vraiment ridicule. Il n'empêche, la situation est tout de même étrange et je continue à trouver ça particulièrement bizarre. Et un peu anormal.

— Bon anniversaire ! s'exclame une voix grave dans mon dos.

Je me lève de mon fauteuil de jardin, le cœur battant, et je me retourne en sachant déjà qui c'est. Charlie vient d'arriver et je me sens vraiment stupide tandis que mon estomac papillonne. Je bafouille des remerciements alors qu'il me serre la main avec chaleur et me tend un paquet.

— Ce n'était vraiment pas nécessaire…

— T'occupe, c'est rien du tout ! Au fait, Harry a dit qu'on mangeait indien, c'est toi qui as cuisiné ?

— Oh, non ! Il a commandé chez un traiteur, il ne voulait pas que je fasse à manger pour autant de monde alors qu'on fête mon anniversaire.

— Dommage, tu cuisines vraiment bien. Une prochaine fois ?

— Oui, pourquoi pas, je réponds, obnubilé par ses yeux bleu océan et touché par ses compliments.

J'aperçois Pansy qui arrive dans le jardin et je lui fais un signe de la main. Blaise et Nya la suivent de près et tous trois nous rejoignent. Je fais les présentations et je vois Pansy me lancer un drôle de regard. Elle doit sûrement se demander ce que fait Charlie Weasley à ma fête d'anniversaire alors que je ne lui ai jamais parlé de lui avant. Blaise est très à l'aise et discute déjà avec lui, au sujet de Nya qui observe Charlie avec de grands yeux effrayés. Dans dix minutes elle sera conquise, c'est certain, mais il lui faut toujours un peu de temps pour ne plus avoir peur des adultes qu'elle ne connaît pas. J'en profite pour m'excuser et m'éclipser.

Je pose le paquet de Charlie sur la table basse du jardin et je rejoins Harry à l'intérieur. Ron et Hermione viennent d'arriver. Ils me souhaitent un bon anniversaire et se rendent dans le jardin avec tout le monde. Dans la cuisine, Harry sort des verres, du jus de citrouille et une bouteille de champagne qu'il dépose sur un plateau. Il le soulève d'un geste de la baguette, mais je l'empêche d'avancer.

— Harry… Je pense que c'était une erreur d'inviter Charlie.

— Qu'est-ce qui se passe ? Il a dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?

— Non, au contraire ! Il est adorable, comme toujours. Je ne sais pas, j'ai l'impression que c'est mal. Je ne devrais pas ressentir ça !

Harry repose le plateau sur le plan de travail et range sa baguette dans son holster de cuisse. Il le porte tout le temps, il dit que c'est pratique de l'avoir à portée de main. Moi je trouve ça sexy, mais je ne lui ai jamais dit. Il récupère mon attention en posant ses doigts sur mon bras.

— On ne contrôle pas nos sentiments Drago, c'est comme ça c'est tout. Je sais très bien à quel point Charlie est une personne que l'on peut facilement aimer.

— Je sais… Mais je n'arrive pas à trouver ça normal.

Harry m'ouvre ses bras et je me blottis contre lui, j'en ai besoin. J'ai besoin de ses bras, de sa chaleur, de son odeur, de sa force. Harry continue à nous porter, encore et toujours. C'est lui le plus fort de nous deux, c'est grâce à lui que je m'accepte mieux, que j'affronte les regards extérieurs sur mes différences, que je guéris peu à peu de mon passé. Et encore une fois, c'est lui qui m'aide à affronter ce qui m'arrive.

Ses cheveux chatouillent ma joue et ses mains caressent mon dos de façon réconfortante. Que ferais-je sans lui ? Comment vais-je survivre à une journée entière avec Charlie et les autres invités, maintenant que j'ai conscience de ce que je ressens pour lui ?

— Tout va bien se passer, mon cœur, me chuchote Harry alors que je m'éloigne de lui, comme s'il savait ce que j'ai besoin d'entendre.

— Espérons-le. Ne le laisse pas s'asseoir à côté de moi cette fois s'il te plaît.

— Promis.

Harry récupère le plateau et je le suis à l'extérieur. Nous avons bientôt tous un verre à la main et nous trinquons à ma santé. J'évite avec soin les regards de Charlie et de Théo. Ensuite, tout le monde insiste pour que j'ouvre mes cadeaux avant le repas. Cela arrange Harry qui ramène les plats pendant ce temps et je constate que Blaise et Ron l'aident spontanément, suivis par Nya qui veut se comporter comme une grande.

Pansy, Hermione et Théo discutent du projet de loi, tandis que Charlie, Neville et David sirotent leur boisson en me jetant des coups d'œil réguliers. Ça me fait plaisir que les différents pans de ma vie s'entremêlent sans heurts et que nos groupes d'amis n'en forment maintenant plus qu'un. La seule ombre au tableau, la seule difficulté, c'est Charlie et mes sentiments inappropriés. Je n'espère qu'une chose : qu'il ne l'apprenne jamais et que cette incongruité disparaisse de ma tête et de mon cœur. Après avoir tout déballé, je les remercie chaleureusement pour leurs gentilles attentions : des livres sur les potions, deux romans, un dessin de Nya, un coffret de thés du monde et une bouteille de whisky-pur-feu single malt.

Au final, une fois que nous sommes tous assis autour de la grande table de jardin de Harry et que nos estomacs se remplissent des excellents plats aux saveurs épicées, j'oublie un peu mes craintes. Harry est à côté de moi et ne cesse de me toucher le bras ou la cuisse pour me rassurer ; Théodore est de l'autre côté, il me parle de ses prochains projets de voyage et Neville qui est face à moi participe à la conversation avec intérêt. Il pose des questions sur les plantes que l'on peut trouver dans tel ou tel pays. Bien qu'il soit maintenant directeur de Poudlard, sa passion pour la botanique n'a pas disparu et je trouve ça touchant. J'aime croire que ma passion pour les potions ne s'éteindra jamais non plus, c'est un métier que j'aime et que j'ai choisi pour cela. L'une de mes premières vraies décisions pour moi, par moi-même, sans contrainte parentale. Il s'en est écoulé du chemin depuis et c'est particulièrement visible si l'on observe notre tablée.

Pansy et Blaise sont les premiers à partir, peu après le dessert, il est déjà tard dans l'après-midi et Nya s'ennuie, le repas s'est éternisé. Théo et David suivent assez vite, ce dernier se lève très tôt le dimanche matin, ils préfèrent une soirée au calme chez eux. Neville, Ron, Hermione et Charlie restent un peu pour boire une tisane qui va nous aider à digérer ce copieux déjeuner. Nous nous sommes déplacés dans les fauteuils de jardin pour plus de confort. Je tends l'oreille vers la discussion qui se déroule à côté de moi.

— Tu passes voir Papa et Maman demain au fait ? demande Ron à son frère.

— Je pensais prendre le dernier portoloin pour Bucarest ce soir vers vingt heures, donc je ne crois pas non.

— Tu n'as pas réservé en avance ? s'étonne Hermione.

— Non, je n'ai pu me libérer qu'à la dernière minute, je devais être d'astreinte ce week-end, mais Mila m'a demandé à échanger pour être libre la semaine prochaine à la place.

— Je déteste prendre les derniers portoloins, se plaint Neville, ils sont toujours bondés et on est jamais sûrs d'avoir une place.

— Je suis habitué, ça me dérange pas plus que ça.

— Oh, bah de toute façon, si t'as pas de place pour Bucarest, t'auras qu'à revenir ici, plaisante Ron.

Je me crispe sur mon mug de tisane sans oser les regarder, espérons que cela n'arrive pas. Harry me pose une main sur le bras et la fait glisser jusqu'à mes doigts qu'il entremêle des siens. Sa capacité à deviner quand je vais mal et à me réconforter par de petits gestes me fait tellement de bien, je sens mon inquiétude diminuer et mon cœur reprendre un rythme normal. Je suis d'un ridicule à avoir peur pour si peu, j'ai honte.

Un peu avant vingt heures, nos derniers invités partent. Je suis content d'avoir vu Neville en dehors de Poudlard, il ne sort pas beaucoup et ne prend pas assez de temps pour lui depuis des années, trop consciencieux dans son travail. Ron et Hermione sont toujours aussi agréables et j'apprécie de les connaître mieux maintenant.

— Au fait, j'ai laissé une petite surprise dans votre réfrigérateur, nous précise Charlie au moment de quitter la maison.

— Qu'est-ce que c'est ? demande Harry, toujours trop curieux pour attendre.

— De la mousse au chocolat, la recette de Maman. J'ai cuisiné ça ce matin, elle devrait avoir assez reposé pour être mangée dès ce soir, mais elle sera peut-être encore meilleure demain.

— Tu es un amour Charlie, Drago va adorer ça. On te voit le trente-et-un juillet ?

— Normalement oui. À bientôt !

Charlie quitte la maison et j'interroge Harry du regard.

— Cette mousse est une tuerie, toi qui aimes le chocolat, tu vas avoir du mal à t'en remettre.

— Qu'est-ce que tu as bien pu lui dire pour qu'il apporte ça aujourd'hui ?

— Absolument rien ! Mais comme il connaît ton amour du chocolat, tu peux être certain qu'il trouvera toutes les occasions possibles pour te faire plaisir. C'est exactement pour la même raison qu'il me ramène du bon café à chaque fois qu'il voyage.

Je soupire en me demandant comment je vais réussir à faire disparaître mes sentiments pour un homme aussi gentil et attentionné, qui donne sans jamais demander en retour, qui pense à ses amis et qui se plie en quatre pour sa famille. Le genre de personne calme et tranquille qui vous apaise d'un regard, qui vous met en confiance en l'espace de quelques minutes et qui vous accueille chez lui alors que vous ne le connaissez presque pas. C'est mission impossible et je ne sais même pas si j'ai réellement envie que ça cesse. Aimer Charlie est presque une évidence, tout autant que d'aimer Harry.


Alors, alors, vous l'aviez vu venir que Drago tombait amoureux de Charlie ?

On se retrouve dans deux semaines, le 23 juin 2023 avec le chapitre 38 : « L'amour rend plus fort », le dernier de l'histoire avant l'épilogue.

En attendant, portez vous bien !