Chapitre 44 : Assaut sur le laboratoire de l'Armée Royale.

J-5

Amélie arriva dans son bureau. Ces derniers jours furent difficiles pour elle. La population avait perdu foi en elle. Ces idiots ne comprenaient pas ses choix et ses sacrifices. Pire, elle ne reçoit que mépris de leur part. Concernant la Guilde, ça allait de pire en pire. Le boycott réduisait le nombre de quêtes et de dresseurs actifs. Du coup, la guilde créait des quêtes afin de pousser tout le monde au travail. Ce qui eut un succès assez mitigé. Comme si ça ne suffisait pas, il fallait que l'Armée Royale fasse son apparition. Sa revendication de soutenir Solus l'héritier légitime au trône avait attiré un grand nombre de sympathisants qui avaient vite fait de déserter Parum et la guilde affaiblissant davantage son propre pouvoir.

Sur son bureau, Amélie trouva une lettre sur son bureau. Visiblement, Stéphanie lui avait apporté comme d'habitude son courrier. Bien que ce soit devenu rare ces derniers temps. Ouvrant l'enveloppe, la Grande Maitre lut son contenu.

« Chère Amélie,

Afin de faire les choses en bonne et due forme, l'Armée Royale vous déclare officiellement la guerre.

Cependant, par la volonté de notre roi Solus, fils de Nara la quatrième fille d'Omnicron et héritier d'Omnicron, nous souhaitons éviter que l'affrontement ait lieu dans Parum. Ceci afin d'éviter des dommages collatéraux.

C'est pourquoi nous vous proposons de nous affronter dans un lieu éloigné de toute civilisation. Si vous acceptez notre demande, mettez un foulard bleu autour du cou et montrez-vous au hall d'entrée du bâtiment principal de la guilde. Vous recevrez l'emplacement de la bataille dans la journée. Après quoi, venez nous retrouver demain à 14h.

Soyez sûre d'amener Vados car sa Majesté sera présente avec son armée de Tyrans. Inutile de compter sur la capacité de détection de Vados, nous nous sommes assurés de les rendre indétectables.

Cordialement,

Lobo, général de l'Armée Royale. »

Amélie mit en boule la lettre et la jeta. La boule de papier roula aux pieds d'Edward qui la ramassa. A côté de lui, Xanders qui s'était remis de sa chute aux Îles Drakes.

-L'Armée Royale nous invite à les affronter hors de la ville, lut Edward. Pourquoi refuser leur demande ? Vados pourrait déployer toute sa puissance sans se soucier des dommages collatéraux.

-Ce n'est pas tous les jours que je serais d'accord avec toi, Edward, ajouta Xanders. Si on sait où ces traitres vont se montrer, alors pourquoi refuser une telle opportunité ?

-Que vous êtes naïfs, rétorqua Amélie. N'avez-vous pas envisagé qu'il s'agisse d'un piège ?

-N'avons-nous pas Vados ? Avec sa puissance, il pourra tout détruire sur son passage. Et puis, je doute que l'Armée Royale ne présente pas à son propre défi. Quelle humiliation ce serait pour eux et Solus. De plus, il leur suffirait d'attendre que l'Alliance Démoniaque fasse le ménage pour eux. Pourtant, ils choisissent de nous défier. Probablement pour s'accaparer toute la gloire. Alors, ils enverront toute leur armée contre nous. Et si pièges il y a, il nous suffit d'envoyer des dresseurs en éclaireur observer la zone et de nous prévenir des pièges. C'est aussi simple.

Malheureusement, Amélie se refusait de suivre ce plan. Elle craignait de voir Parum prise d'assaut par l'Alliance qui était restée inactive. Certes, elle tenait son engagement mais rien ne disait quand l'organisation cesserait de le faire. Edward regarda l'enveloppe et trouva des détails intéressants.

-On dirait que cette lettre vient des Îles Drakes. L'Armée Royale aurait-elle établi une base là-bas ?

-Et tu penses qu'ils laisseraient gentiment leur adresse dessus, demanda Amélie.

-« Laboratoire Abandonné ». J'imagine que oui.

-C'est de la provocation ou je ne m'y connais pas, dit Xanders. On fonce voir là-bas ?

-On ne sait même pas si c'est là où ils se terrent, fit remarquer Amélie.

Soudain, Stéphanie toqua à la porte. Elle amenait un dresseur qui avait entendu des choses que les Grands Maitres devaient absolument entendre. Curieux, les haute-sphères de la guilde demandèrent à interroger ce témoin qui se révéla être Joseph.

-Je passais dans le coin quand j'ai entendu une conversation louche, raconta Joseph. Il fallait bien être sourd pour ne pas comprendre que ces deux types étaient de l'Armée Royale. Ils parlaient de quelque chose d'énorme dans le laboratoire aux Îles Drakes. Apparemment, ça arrivait à son aboutissement et ça renforcerait la force de combat de l'Armée Royale. Les généraux seront même présents pour l'évènement.

-Maintenant, c'est confirmé, dit Edward. On ne peut pas laisser faire l'Armée Royale. On doit agir !

Sur ce point, Xanders était de cet avis. Amélie n'eut pas d'autre choix d'accepter. Cependant, elle insista à mettre en place une sécurité à Parum en cas d'attaque ennemie. Xanders se porta volontaire pour cette tâche. De leur côté, Amélie et Edward rassemblèrent une armée d'une centaine de dresseurs de rang or pour prendre d'assaut le laboratoire abandonné. Compte tenu de la taille de l'endroit et la discrétion dont l'Armée Royale devait prendre, il fallait s'attendre à ce que le projet soit gardé par une troupe restreinte de dresseurs. Ils prirent avec eux Joseph qu'ils trouvèrent un peu suspect. L'avoir près de soi permettrait de le surveiller.

Sur place, l'armée fit irruption dans le laboratoire abandonné. Amélie avait choisi les membres les plus loyaux de sa faction. Elle savait qu'aucun d'entre eux ne révélerait d'information compromettante sur elle. Sa situation actuelle était déjà bien assez critique comme ça. Dès le hall, la guilde vit des cultistes qui fuirent immédiatement à leur vue. Même des idiots pouvaient comprendre qu'ils n'avaient aucune chance.

-Poursuivons-les, ordonna Amélie. Ils vont nous mener à leurs généraux !

Pressant le pas, le groupe suivit les soldats royaux qui battaient en retraite. Tous convergeaient vers une immense salle où ils étaient attendus. Les huit généraux étaient là, entourés de cultistes mais il n'y avait pas qu'eux. Le chef du village était également présent aux côtés des scientifiques. Ensuite, il y avait cinq des sept enfants d'Omnicron en chair et en os. Nadine, Fenrir, Mérida, Zetta et Cloud. Derrière l'Armée Royale, huit énormes capsules en activité. Ce n'était qu'une question de temps avant qu'elles s'ouvrent.

-Tu es en retard, Amélie, commenta Lobo. Bien que ça ne nous dérange pas.

-Tu nous attendais, s'étonna la concernée.

-En effet. Et si tu es ici, c'est que tu as refusé notre invitation. Du coup, on a lancé le plan principal. Bon boulot, soldat Joseph.

-Ce fut un honneur, répondit le dresseur qui revint du côté de ses alliés.

Edward et Amélie serraient les poings. Penser qu'ils avaient vu juste. Les voilà dans un traquenard mais à quoi fallait-il s'attendre ? Rien dans cette pièce ne semblait constituait une menace pour leur armée. Ce qui intéressait plus Edward était Bonnie qui était là. Visiblement, elle semblait être en bonne santé.

-Bonnie, demanda-t-il. Tout va bien ?

-Oui, répondit-elle avant de se cacher. Par contre, vous allez me détester.

-Qu'as-tu fait ? Explique-moi.

-Eh bien… Comme l'Armée Royale avait les plans de la machine de résurrection, on l'a construite.

-Bon sang, comprit Edward. Vous avez ramené à la vie les Enfants d'Omnicron ?! Avez-vous perdu l'esprit ?! Ce sont des monstres sans cœur qui doivent être exterminés.

-Silence, Edward, cria le professeur Grim. Tout ce que tu sais d'eux te vient d'histoires biaisées, remplies de trous et glorifiant des héros dont on se souvienne à peine de leur nom. Quand on prend la peine de discuter avec eux, on découvre que les enfants d'Omnicron sont bien plus profonds qu'ils en ont l'air. Oui, ils ont tué des milliers d'humains et ne regrettent aucun de leurs actes mais ils n'ont pas agi par pure méchanceté. Ils se battaient pour leur peuple !

-C'est complètement absurde, répliqua Amélie. Comme si des monstres aussi cruels pouvaient avoir une raison de se battre.

-Si tu dénigres leur raison de se battre, tu dénigres la tienne, fit remarquer le père d'Amaryllis. Si tant est qu'elle soit sincère.

Touchée au vif, Amélie se sentit blessée. Elle se demandait d'où venait ce sauvage. Cependant, elle devait reconnaitre qu'une grande sagesse émanait de cet homme plus âgé qu'elle. Existerait-il un endroit qui échappait au contrôle de la guilde ?

-Où est le Roi des monstres, demanda Amélie.

-Il n'est pas ici, répondit Lobo. Depuis le début, notre but était de vous attirer ici le temps que son altesse mène sa propre mission à bien. Ne me dites pas que vous comptez partir pour le retrouver.

En effet, devant la guilde, se tenaient les huit généraux de l'Armée Royale. Les capturer affaiblirait grandement leurs ennemis mais celle de Solus détruirait complètement la volonté de se battre de l'Armée Royale. Cependant, la guilde ignorait où était Solus. Une chose était certaine, c'était à portée de vue de la guilde pour qu'on veuille les faire venir ici.

-Professeur Grim, ordonna Lobo. Il est temps de les réveiller. Lydia, c'est à toi de jouer.

-Compris.

Le vieux professeur pressa un bouton sur une commande et les sphères s'ouvrirent. A la grande surprise de la guilde, sortirent les dragons supérieurs. Ces féroces bêtes étaient là. Tous se posaient la question. Que faisaient-ils dedans ? Y avait-il un rapport avec le projet secret de l'Armée Royale ?

-Qui servez-vous, demanda Lydia.

-Notre maitre, Solus, héritier d'Omnicron, répondirent les huit dragons.

-Grim, s'indigna Amélie. Que leur as-tu fait ?!

-Mon équipe et moi avons corrigé leur plus grand défaut, répondit le scientifique. En même temps, tu n'avais pas anticipé la possibilité qu'un Tyran surpuissant apparaisse. Ce qui a effrayé les dragons les rendant agités. Pauvre Solus. Lui qui ignorait que c'est son propre pouvoir qui était la cause de leur folie. Enfin, tout cela est terminé grâce au soutien de l'Alliance Démoniaque. C'est fou à quel point ils sont avancés en terme de connaissances et de technologie.

Pour Amélie, c'était un cauchemar. Huit dragons, sept enfants d'Omnicron et au moins cinq Tyrans. Solus avait réuni une armée assez conséquente pour détruire le monde et vaincre Vados. Elle devait les arrêter maintenant !

-Dresseurs de la guilde, arrêtez ces criminels !

-Enfin, l'heure de la baston, s'écria Cloud. On entre en scène !

-Et vous êtes qui, demanda Edward.

-Mon nom est Cloud, répondit le concerné. Je suis le dernier de la Fratrie, un groupe très spécial dans l'Armée Royale. Derrière moi, mes frères et sœurs. Cependant, nous comptons des absents mais qu'importe. Nous sommes là pour vous botter les fesses. Armée Royale, déchainez-vous ! ça fera l'échauffement avant la grande bataille.

Avec Fenrir, Cloud défia Amélie et Edward. Les Grands Maitres envoyèrent leur Nexomon. De leur côté, les huit généraux affrontèrent les cent dresseurs avec le soutien des dragons et de leurs alliés. Une bataille de grande ampleur eut lieu. Très vite, l'avantage tourna en faveur de l'Armée Royale qui mit en déroute les dresseurs qui prirent rapidement leurs jambes à leur cou. Comme quoi, l'entrainement de Mathio payait. Quant à Amélie et Edward, ils étaient mal en point malgré une résistance vaillante.

-C'est quoi cette force, s'écria Amélie. D'où viennent ces dresseurs ?! S'ils avaient été nos alliés, nous aurions pu vaincre les Tyrans !

-Notre force n'aurait rien changé, dit Nadine. Ce qui frappe ce monde est juste l'ordre des choses.

-Pathétique, dit Fenrir. Pas étonnant que vous n'arrivez pas à protéger l'humanité. Vous n'arrivez pas à la cheville d'Ulzar.

-Mais cette guerre de succession va bientôt se terminer, annonça Mérida.

-Solus va s'éveiller à son statut de Roi des monstres, ajouta Zetta. Lorsque ça arrivera, la paix reviendra dans le monde.

-ça fait longtemps que nous n'avons pas eu une victoire digne de ce nom, termina Cloud. Ce n'est pas ce que nous voulions mais ça reste une victoire. Même si c'est grâce à notre sœur absente et notre neveu.

-Seigneur Cloud, intervint Lobo. Je viens de recevoir un appel de nos hommes. Solus a terminé sa mission. Nous pouvons nous retirer.

-Excellent. Terminons le travail. Notre sœur ne va pas apprécier cela mais éliminer Amélie sera un plus à ne pas laisser passer.

Amélie sentit que cette menace était réelle. Effrayée, elle se téléporta sur le champ pour échapper à la mort. Edward en fit de même de peur de subir le même sort. Ce qui agaça les enfants d'Omnicron. Ulzar et le second héros n'avaient pas fui, eux.

-Nous n'avons plus rien à faire ici, dit le chef du village caché. Rentrons. Solus doit déjà être de retour avec le dirigeable.

-Je suis d'accord, approuva Lobo. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'Amélie découvre ce que s'est passé à la guilde. Elle va vite faire le rapprochement.

Tous approuvèrent et quittèrent le laboratoire avec les dragons. Au village, les choses allaient devoir se hâter pour mener le plan à bien.

A Parum, Amélie était affolée. Elle devait préparer des contre-mesures contre les atouts de l'Armée Royale. Malheureusement, elle ignora l'annonce de l'administratrice qui vint apporter une nouvelle très importante. Ce fut Edward qui prit la nouvelle. Un dresseur avait passé l'examen de Grand Maitre. Son nom, Aelius.