Encore un chapitre difficile, de la violence verbale et sexuelle. Peur et emprise psychologique également. Prenez soin de vous.

...

Doug resta quelques instants au-dessus de lui, puis lâcha un soupir de déception. Il récupéra son verre et quitta la cuisine.

Buck mit près d'une minute pour rassembler ses forces et se relever.

Lorsqu'il revint devant la planche à découper, ses mains tremblaient. La cuisine était glaciale et la douleur dans son dos l'élançait à chaque battement de cœur. Une semaine plus tôt, il l'avait frappée si fort à l'estomac qu'il avait passé le reste de la soirée à vomir.

Il s'était effondré et il l'avait saisi par le poignet pour le relever. Son poignet portait encore la marque des doigts de Doug, tels les stigmates de l'enfer qu'il vivait, jour après jour, depuis quatre ans.

Les larmes coulaient à présent sur ses joues et il devait changer sans cesse de position pour chasser la douleur, tandis qu'il finissait ses dés de tomates. Il attaqua ensuite le concombre. Toujours en petits morceaux. Puis la salade, finement tranchée.

Comme il l'aimait.

Il sécha ses larmes du dos de la main et but son verre de vin pour essayer d'anesthésier la douleur. Puis, il s'approcha lentement du frigo. Il sortit le roquefort et trouva les croûtons dans le placard.

Au salon, Doug avait monté le volume de la télévision.

Le four était à la bonne température. Il mit la plaque de pommes de terre à l'intérieur et le minuteur en route. En sentant la chaleur sur son visage, Buck réalisa que sa peau la picotait encore, mais il doutait que Doug ait laissé une marque car il savait exactement de quelle manière frapper.

Il se demandait où il avait appris cela, si c'était quelque chose que son métier lui avait permis d'apprendre ou si c'était seulement inné chez lui.

La douleur commençait enfin à s'apaiser.

Il pouvait de nouveau respirer normalement. Le vent soufflait par les interstices de la fenêtre et le ciel prenait une nuance gris sombre. Les flocons de neige s'écrasaient doucement contre la vitre.

Il jeta un regard au salon et vit Doug assis sur le canapé, puis il s'appuya contre le plan de travail. Il retira une chaussure et se frictionna les orteils en essayant de faire circuler le sang, de réchauffer son pied.

Il répéta l'opération avec l'autre, avant de se rechausser.

Buck rinça les haricots verts et les découpa, puis versa un peu d'huile d'olive dans une poêle. Il lancerait la cuisson des haricots quand il ferait griller les filets. Il évita de penser au téléphone portable sous l'évier.

Il sortait la plaque du four quand Doug réapparut dans la cuisine, un air coupable sur le visage. Il avait toujours cet air là quand il s'était calmé et Buck ne savait jamais si ce qui l'attendait était mieux ou pire.

Buck posa la plaque sur la cuisinière.

– Encore un petit moment, annonça-t-il d'un ton neutre, comme si rien ne s'était passé.

Il avait appris qu'adopter une attitude contrariée ou blessée ne réussissait qu'à faire enrager Doug.

– Je dois d'abord mettre les filets sur le grill et le dîner sera prêt.

– Je suis désolé, dit-il, en venant l'enlacer par derrière.

Buck lui sourit.

– Je sais, souffla-t-il. Tout va bien. Tu travailles dur depuis quelques semaines.

– C'est un nouveau pantalon ? demanda-t-il en caressant le tissu.

– Non. Ça faisait un petit moment que je ne le mettais plus.

Il est bien trop serré et me fait mal à l'entrejambe mais je le porte quand même pour que tu sois content et que tu évites de cogner.

– Il te va bien.

– Merci.

Il resserra son étreinte sur lui.

– Tu es si beau, murmura-t-il. Tu sais que je t'aime, n'est-ce pas ?

– Je le sais.

– Je n'aime pas te frapper, affirma-t-il. Mais parfois c'est nécessaire pour que tu comprennes comment les choses doivent être faites.

Buck hocha la tête, tout en détournant le regard et en essayant de se trouver quelque chose à faire. Il lui fallait rester occupé mais Doug gardait son corps pressé contre le sien et Buck était bien incapable de lui échapper subtilement, sans le mettre encore une fois en colère.

Il se dégagea de quelques centimètres et le fit pivoter vers lui. Buck sentit son haleine aviner et repoussa la nausée au fond de lui. Il se contenta d'inspirer avant de pousser un soupir de ravissement, car il savait qu'il adorait ça.

– Tu es censée dire que tu m'aimes aussi, murmura Doug.

Il lui embrassa la joue et Buck passa ses bras autour de son cou. Il le sentait se frotter à lui, et il savait ce qu'il voulait.

– Je t'aime, dit-il.

La main de Doug s'aventura sur sa joue remontant dans ses cheveux.

Il s'attendait à ce qu'il les tire comme à son habitude, il adorait lui tirer les cheveux, mais non. Il passa doucement ses doigts dedans. Le souffle de Doug était erratique signe qu'il était excité.

– Bon sang, ce que tu es beau ! Tu l'as toujours été, depuis la première fois où je t'ai vu.

Il le serra encore plus fort contre lui et il sentit son désir tendre contre sa cuisse.

– N'enfourne pas les filets tout de suite. Le dîner peut attendre un peu.

– Je pensais que tu avais faim, dit-il en feignant de le taquiner.

– Pour le moment, j'ai faim d'autre chose, susurra-t-il.

Il lui déboutonna sa chemise et l'ouvrit pour taquiner ses mamelons. Buck les sentit durcir malgré lui et il en fut honteux.

Puis Doug s'attaqua à son jean.

– Pas ici, dit-il en renversant la tête en arrière, tandis qu'il continuait de l'embrasser. Dans la chambre, tu veux bien ?

– Pourquoi pas là, sur la table ? Ou sur le plan de travail ? Je rêve de te mettre à genoux dans cette putain de cuisine.

– S'il te plaît, mon amour, murmura-t-il, alors qu'il lui couvrait le cou de baisers. Ce n'est pas très romantique.

– Mais c'est sexy.

– Et si quelqu'un nous voyait par la fenêtre ?

– Tu n'es pas drôle, bouda-t-il.

– S'il te plaît ? répéta-t-il. Pour moi ? Tu sais combien tu m'excites une fois au lit.

Il l'embrassa encore, les mains remontant sur sa gorge.

Il lui dévora la bouche en l'entrainant dans la chambre.

Sitôt dans la pièce, il fut pris d'une véritable frénésie. Il lui baissa son jean sur les hanches puis jusqu'aux chevilles. Il le fit basculer sur le lit et Buck sentit son nez s'écraser contre le matelas alors que Doug prenait place derrière lui.

Il pantela, gémit et l'appela par son prénom, sachant qu'il voulait le voir agir comme ça, parce qu'il ne voulait pas le mettre en colère, parce qu'il n'avait pas envie de recevoir des gifles, des coups de poing, des coups de pied, parce qu'il ne voulait pas qu'il sache pour le téléphone portable.

Ses reins l'élançaient toujours un peu alors qu'il l'éperonnait avec vigueur et il transforma ses gémissements de douleur en cris de plaisir, en lui disant les mots qu'il souhaitait entendre, en l'excitant à tel point que son corps fut parcouru de spasmes.

Lorsque ce fut terminé, il se leva du lit, se rhabilla et l'embrassa, puis il revint à la cuisine pour finir de préparer le repas.

Doug regagna le salon et leur resservit un verre de vin à chacun, avant de s'installer à table alors que Buck la dressait.

Puis, ils passèrent à table.

Doug lui parla de son travail, puis retourna se planter devant l'écran en l'attendant, pendant qu'il nettoyait la cuisine et allait changer les draps, pourtant propres pour qu'il ne se rende pas compte qu'il n'avait pas joui. Ensuite, Doug voulut qu'il s'assoie auprès de lui et regarde la télévision.

Ce qu'il fit jusqu'à ce que vienne l'heure de se coucher.

Dans la chambre, Doug vint se presser contre lui, le prenant en cuillère et il ne tarda pas à se mettre à ronfler en l'emprisonnant entre ses bras, inconscient des larmes que Buck versait en silence, de la haine qu'il éprouvait pour lui, pour lui-même. Inconscient de l'argent qu'il dissimulait depuis près d'un an, ou du téléphone jetable camouflé sous l'évier.

Inconscient du fait que, dans quelques jours à peine, si tout se passait comme il l'espérait, il ne le verrait plus jamais... ne le frapperait plus jamais.

Et c'était cette seule idée qui lui permettait de survivre.