Buck croisa son regard et lui sourit, avant de reporter son attention sur Christopher.
Il l'aimait et il savait qu'il marchait sur des œufs. Sur le moment, lui confier son passé était un moyen d'être honnête, tout en se libérant un peu de son terrible secret. Le lendemain de leur première soirée, les doutes avait assaillit Buck et l'avaient paralysé.
Eddie était un premier intervenant, ce qui signifiait qu'il pouvait facilement passer un ou deux coups de fil, quelle que fût la promesse qu'il lui avait faite. Il parlerait à quelqu'un, qui parlerait à quelqu'un... jusqu'à ce que cela parvienne aux oreilles de Doug.
Buck était terrorisé à cette simple idée.
Il n'avait pas dit à Eddie que son mari était un excellent officier de police, capable de relier entre elles deux informations apparemment isolées. Il ne lui avait pas non plus précisé que lorsqu'un suspect était en cavale, Doug savait presque toujours où le trouver.
Il ne lui avait pas dit ce qui était arrivé à Tyler, pas dans les détails.
Buck avait revu par hasard son meilleur ami à l'hôpital après une énième « chute accidentelle ». Il s'y trouvait en cure de désintoxication et quand il avait vu que Buck attendait le médecin en se tenant les côtes alors que Doug lui tenait l'épaule d'une façon menaçante et possessive, il avait compris, sans que Buck ne sache vraiment comment.
Il avait volé une blouse et s'était fait passer pour un médecin, emmenant Buck passer une radio. Une fois isolés, ils s'étaient serrés dans les bras l'un de l'autre un long moment. Buck avait eu du mal à lui confier ce qui se passait dans son couple, la honte était si forte, mais Tyler avait compris, tout comme Eddie.
Il avait réussi à le faire sortir de l'hôpital à l'insu de Doug.
Il l'avait emmené avec lui à New York dans l'appartement de son père qui, par un hasard absolu était lui aussi pompier. C'était d'ailleurs lui qu'il l'avait convaincu d'essayer de devenir pompier et encore lui qui lui avait appris à conduire. Les deux amis avaient même tenté leurs chances à l'académie où Buck s'était inscrit sous un faux nom.
Malheureusement cela n'avait pas suffi.
Doug l'avait retrouvé et était entré de force dans l'appartement. Buck s'en voudrait toute sa vie. Il avait baissé la garde, il avait recommencé à vivre et il avait ouvert la porte sans crainte, pensant trouver le livreur de pizza.
Il avait reçu un puissant coup de poing au visage et s'était effondré sur le sol.
Il avait essayé de lui échapper et Tyler avait essayé de le défendre mais Doug était fort et il l'avait maitrisé rapidement. Buck était terrorisé par sa rage froide. Doug était hors de lui et Buck savait que ça ferait mal.
Il espérait qu'il le tuerait cette fois.
Quand il avait repris connaissance, plusieurs heures plus tard, il était allongé sur la banquette arrière de sa voiture, menotté. Sa vision était trouble et son épaule était démise de son axe. Imperturbable, Doug conduisait vite.
Buck n'avait aucune idée de ce qui s'était passé entre son arrivée à l'appartement et son retour auprès de Doug mais il présageait que c'était mauvais. Alors, il était resté prostré, pleurant en silence sur son éphémère liberté, trop tôt perdue.
Doug avait pesté un moment avant de s'arrêter pour pouvoir le cogner, aggravant ainsi ses blessures. Puis ils étaient repartis.
Après plusieurs heures, ils étaient de retour dans leur maison et Doug avait fait attention à son épaule quand il l'avait aidé à sortir de la voiture. Il l'avait détaché et avait remis son épaule en place.
Buck avait attendu les coups mais Doug s'était seulement agenouillé devant lui, caressant sa joue et parlant d'une voix calme comme s'il était un enfant auquel il expliquait les conséquences d'une grosse bêtise.
Et les conséquences étaient terribles.
Doug lui avait admis cette nuit-là que Tyler était mort d'une overdose, qu'il lui avait fait une injection mortelle et que tout était de sa faute. Buck s'était figé d'horreur, refusant de le croire mais Doug avec cet air suffisant qu'il arborait quand il savait qu'il avait gagné.
Et Buck savait que tout était vrai.
Cette nuit-là, il n'y avait pas eu plus de coups, Buck était complètement sous le choc. Doug avait poussé le vice jusqu'à le forcer à avoir des relations sexuelles pour la première fois. Jusqu'à ce jour tout avait été plus ou moins consensuel entre eux mais pas cette fois-là. C'était la première fois qu'il l'avait étranglé aussi et Buck avait bien cru qu'il allait mourir cette nuit-là.
Mais Doug savait quand s'arrêter.
Il lui avait fait la promesse qu'il tuerait quiconque essaierait de le séparer de lui, tout homme qui oserait poser la main sur lui, tout homme qui l'approcherait et cela l'avait terrifié. Doug avait tué son ami d'enfance, le seul qui avait essayé de l'aider.
De quoi d'autre pourrait-il être capable ?
Et aujourd'hui, il avait eu l'imprudence de tomber amoureux d'Eddie malgré la mise en garde de Doug et de lui raconter une partie de son histoire. Le simple fait de penser aux confidences qu'il lui avait faites l'empêchait de dormir la nuit.
Mais, il sentait ses craintes s'atténuer de jour en jour.
Plutôt que de profiter de quand ils se retrouvaient seuls pour l'interroger sur son passé, Eddie agissait comme si Buck ne lui avait pas lâcher cette bombe, comme si ça n'avait aucune importance que son passé soit si lourd et que cela ne changeait rien sur la façon dont ils devaient vivre. Les journées s'écoulaient avec sérénité, sans que l'ombre de son ancienne vie ne vienne l'obscurcir.
Et Buck ne pouvait s'empêcher de faire une confiance totale à Eddie.
Quand ils s'embrassaient, ce qui se produisait à chaque fois qu'ils se retrouvaient dans l'espace l'un de l'autre, autant dire très souvent, il sentait ses jambes flageoler et se retenait de lui prendre la main pour l'entraîner dans la chambre.
Le samedi, deux semaines après leur premier dîner, ils se tenaient enlacés sous la véranda de Buck, pendant sa pause entre deux services, et s'embrassaient paresseusement. Chris était invités par Harry à jouer à son nouveau jeu vidéo et y passait toute l'après-midi.
Lorsqu'ils se détachèrent enfin, Buck soupira.
- Il faut vraiment que tu arrêtes de faire ça.
- Quoi donc ? s'étonna Eddie.
- Tu le sais très bien.
- C'est plus fort que moi, sourit-il.
À qui le dis-tu..., songea Buck.
- Tu sais ce que j'apprécie chez toi ?
- Mon corps ? le taquina Eddie.
- Ouais, c'est vrai ! répliqua-t-il en riant. Mais aussi le fait que, grâce à toi, j'ai l'impression d'être exceptionnel.
- Parce que tu l'es, répondit-il sérieusement.
- Je ne plaisante pas, Eddie. Mais je me demande pourquoi tu n'as jamais trouvé quelqu'un d'autre. Depuis le décès de ta femme, je veux dire.
- Je n'ai pas cherché... Mais même s'il y en avait eu quelqu'un d'autre, je l'aurais largué pour être avec toi.
- Ce n'est pas très sympa, ça, observa-t-il en lui donnant un petit coup de coude dans les côtes.
- C'est pourtant vrai. Shannon disait que j'étais capable de voir l'âme des gens, et tu as une âme merveilleuse.
- Mouais, ironisa-t-elle. Tu ne sors qu'avec des âmes cabossées alors.
- Ce n'est pas ton cas. Tu es solide. Tu es un survivant. En fait, je trouve ça plutôt sexy.
- Je crois que tu essaies de me flatter dans l'espoir que je t'arrache tes vêtements.
- Et ça marche ?
- Presque, admit-il en faisant la moue.
Le rire d'Eddie lui rappela encore combien il l'aimait.
- Je suis content que tu aies atterri à Los Angeles, avoua-t-il. Dans mon quartier, dans ce supermarché.
- Ouais...
L'espace d'un instant, il sembla perdu dans ses pensées et ses yeux se voilèrent.
- Quoi ? demanda-t-il en scrutant son visage d'un air inquiet.
- Je l'ai échappé belle..., soupira-t-il en s'enveloppant dans ses bras, tandis que les souvenirs lui revenaient en mémoire. J'ai failli ne pas y arriver.
