Chapitre 2 : début des vacances

Neville posa ses valises dans l'entrée et regarda sa grand-mère partir sans lui demander quoi que ce soit.

Le voyage depuis la gare aussi avait été silencieux. Neville avait l'incompréhensible impression qu'elle était en colère contre lui. Pourtant, elle qui rêvait depuis si longtemps qu'il soit comme son père aurait dû se réjouir de le voir s'investir dans la lutte contre Voldemort, même si le ministère ne le reconnaissait pas…

Il grimaça, le cœur douloureux, mais décida de ne pas s'attarder sur cette question. Si sa grand-mère ne savait pas ce qu'elle voulait, c'était son problème ! Neville en avait assez de déprimer et de complexer à chaque fois qu'il devait interagir avec elle.

Il sortit de la poche de sa robe la baguette que les mangemorts avaient brisée durant la bataille. La baguette qui avait appartenu à son père… et dont il n'avait jamais été digne, d'après sa grand-mère. Il l'observa un moment, la faisant glisser entre ses doigts, puis la déposa sur le petit meuble de l'entrée, comme il le ferait avec un simple trousseau de clés ou une poignée de noises. Il abandonna l'artefact et ne le regarda plus.

Laissant à l'elfe de la maison le soin de monter sa valise dans sa chambre, Neville partit directement dans la serre familiale.

C'était sa mère qui l'avait mise en place, un an avant sa naissance. Sa grand-mère n'y avait jamais touché, après la mort du couple. Lorsque Neville, âgé de huit ans, en avait découvert l'existence, elle était abandonnée depuis si longtemps qu'elle en était devenue sauvage.

Cela n'avait pas été facile d'apprivoiser toutes ces plantes caractérielles qui n'étaient plus habituées à la présence humaine. Mais à force d'efforts, de lectures, d'essais et d'échecs, Neville y était parvenu et avait grâce à cela acquis beaucoup plus de connaissances et de pratique que les autres enfants. C'est ce qui lui avait donné une avance considérable en botanique… Et donc son fameux « talent », comme l'appelait Ron.

— À quoi est-ce que les plantes pourraient bien servir en combat ? se demanda-t-il en déambulant dans les allées.

Ron avait parlé d'un filet du diable, mais cette plante était peu commode à utiliser en extérieur ou de jour, un peu de lumière les faisait fuir. Par contre, les aconias exotiques avaient des lianes solides qui pouvaient immobiliser un sorcier pendant plusieurs minutes sans qu'il ne puisse se libérer sans aide. Et les spores de champignons tsii-yu peuvent avoir des effets paralysants. S'il parvenait à les rendre transportables, cela pourrait effectivement être efficace. Est-ce que des mandragores pourraient servir également ? S'il se débrouillait bien, il pourrait peut-être se procurer quelques graines supplémentaires cet été.

Debout au milieu de la serre, Neville fit un tour sur lui-même pour observer l'étendue verte et colorée qui l'entourait.

Un sourire étira ses lèvres, lui faisant perdre son habituelle timidité apparente.

Oui, il devrait pouvoir faire quelque chose de bien avec tout cela.

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Hermione resta avec ses parents pour sa première soirée chez eux. Elle parla, comme toujours, de Poudlard et de ce qu'il s'était passé à l'école cette année. Elle dissimula, comme toujours, les dangers qu'elle avait affrontés, les peurs qu'elle avait eues et les humiliations qu'elle avait subies.

Pour eux, elle vivait le rêve dans un château magique avec des tas d'amis qui la comprenaient et des professeurs qui l'encourageaient. Ils n'avaient plus besoin de s'inquiéter, comme lorsqu'elle était enfant et qu'elle se faisait harceler à l'école.

À l'époque, comment aurait-elle pu le leur cacher ? La maîtresse leur répétait tout, les parents discutaient entre eux également, et ils ne pouvaient que s'angoisser sans pouvoir lui venir en aide…

Aujourd'hui, ils n'avaient aucun moyen de savoir ce qu'il se passait dans le monde magique en dehors de ce qu'Hermione voulait bien leur dire.

Jamais elle n'aurait pu leur dire que presque un tiers de l'école méprisait son origine et que la quasi-totalité la prenait pour une miss je-sais-tout insupportable. Comment leur dire qu'elle avait failli mourir deux mois après son entrée dans le monde magique, puis de nouveau en deuxième année et encore cette année ? Comment leur dire qu'elle avait bien des amis, mais ils n'étaient que deux et risquaient leur vie au moins aussi souvent qu'elle si ce n'est plus ?

Quant aux professeurs, oh, certains tentaient bien de l'aider et répondaient à ses questions, mais aucun d'entre eux n'allait à son rythme. Elle avait autant besoin de se renseigner seule à la bibliothèque que lorsqu'elle vivait chez les moldus.

Aurait-elle pu leur dire que son monde venait d'entrer en guerre et que son meilleur ami était entre les mains de l'ennemi ?

Non, évidemment.

Alors elle mangeait avec eux en riant aux blagues de son père, elle racontait des anecdotes soigneusement choisies, elle écoutait les ragots sur le voisinage et ses anciens camarades de classe… Après le repas, elle se brossait les dents à la moldue, elle s'installait avec ses parents devant la télévision et ils regardaient un documentaire tous ensemble jusqu'à ce que, sagement, elle parte se coucher.

Elle joua son rôle à la perfection.

Mais une fois la porte de sa chambre refermée, le masque tomba. Elle plaqua ses mains sur ses yeux et fit des exercices de respiration pour reprendre son calme. Elle se retenait de faire demi-tour pour leur hurler que non, ça ne se passait pas bien à l'école, qu'elle avait peur pour ses amis, pour l'avenir de son pays et pour ce monde où elle ne se sentait pas intégrée.

Elle ne voulait plus leur raconter de mensonges… Mais elle ne devait pas craquer.

Elle releva la tête.

Elle était forte.

Elle se décolla de la porte.

Cette guerre, elle allait la gagner.

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Luna s'installa en tailleurs dans sa chambre dès qu'elle arriva chez elle. Son père, au rez-de-chaussée, chantait la berceuse préférée de sa défunte mère. C'était une chanson que Luna adorait, qui parlait des étoiles, d'affection et des énergies cachées de la nature. Une très jolie mélodie.

Commençant à fredonner en rythme avec son père, elle leva les yeux vers le plafond pour le contempler. Des peintures seraient sans doute charmantes là-haut… Représentant Ginny, par exemple, sa première et meilleure amie…

Et puis pourquoi pas les autres aussi ? Harry qui ne se moquait jamais d'elle, Ron qui la faisait mourir de rire, Neville qui baissait timidement le regard devant elle, Hermione qui prenait sa défense… Oui, cela pourrait faire une jolie décoration. De quoi lui donner envie de lever les yeux au ciel.

Continuant sa chanson, elle s'allongea sur le dos et tenta de visualiser les visages de ses petits camarades, les couleurs à utiliser.

Pour les cheveux des Weasley, ce bel orange doré qu'il y avait sur les écharpes Gryffondor qu'elle avait récupéré. Pour les iris vertes de Harry, pourquoi pas ces jolies pierres de jade qu'elle avait ramassé près de la rivière l'année dernière ? Pour le corps de Neville…

— Oh ! s'exclama-t-elle, surprise, en voyant lesdits objets se mettre à flotter jusqu'au plafond.

Un sourire lunaire étira ses lèvres.

La magie sans baguette, finalement, n'était pas si compliquée que cela.

La berceuse se terminant, elle passa à une ballade des Bizarr'Sister que Ginny aimait beaucoup. Sur les airs Rock&Rolls, elle plaça tout ce qui se trouvait dans sa chambre en lévitation. C'était comme son premier wingardium leviosa : un peu de bonne volonté, et la magie obéissait ! Il suffisait de savoir comment lui parler.

Elle fit voltiger les accessoires pendant deux bonnes heures avant de finir par s'ennuyer.

Tout revint alors à sa position de départ, puis elle se leva.

Un pot de peinture à la main, le pinceau dans l'autre, elle se mit à léviter elle-même en direction du plafond. Couchée sur le dos sur un nuage aussi magique que son esprit, elle commença son œuvre.

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À peine Ron et Ginny eurent-ils déposé leurs malles dans leurs chambres qu'ils filèrent à l'étage des jumeaux où ils toquèrent furieusement.

Ils entendirent des jurons et un bruit de rangement précipité, avant que la porte ne s'ouvre sur le sourire innocent de Fred.

— Salut vous deux, quel bon vent vous amène ?

La tête de George apparut par-dessus son épaule, sa joue droite tâchée d'une sorte de glue violette dont personne ne voulait savoir la provenance.

— On vous manquait trop, vous vous ruez chez nous à peine rentrés à la maison ?

— C'est flatteur.

— Mais là, vous voyez, on est un peu occupés.

— Revenez plus tard !

Ils tentèrent de fermer le battant de bois, mais Ginny y donna un grand coup d'épaule pour forcer le passage. Les deux plus jeunes s'engouffrèrent dans la chambre et claquèrent la porte derrière eux sous les cris offusqués des jumeaux.

— Et bien, surtout ne vous gênez pas !

Il régnait dans la pièce une forte senteur de soufre et de sang de dragon, qui fit plisser le nez de Ron. L'odeur était cependant bien plus supportable que dans les cours de potions, ce n'était pas cela qui allait les décourager.

— On a besoin de vous, annonça Ginny tout de go.

— Pour faire quelque chose de presque illégal, précisa Ron qui savait que cette information leur plairait.

Les jumeaux levèrent identiquement leurs sourcils.

— Venant de toi, Ronny, ça ne nous surprend pas.

— On était déjà au courant que ce pauvre Harry t'a dévergondé.

— Mais toi, Ginny ?

— Notre douce et précieuse petite sœur ?

— Qui s'est cependant introduite illégalement dans les couloirs secrets du ministère d'après les rumeurs.

— Il faudra que vous nous racontiez ça, d'ailleurs.

— Plus tard, les coupa la « douce et précieuse » Ginny en ne s'offusquant pas des qualificatifs. Vous savez sans doute qu'Harry a été kidnappé par les mangemorts ?

Le sourire des jumeaux fut aussitôt remplacé par un air tout à fait sérieux.

— Oui, on a surpris les parents en parler. Mais il n'y a eu aucune annonce dans la Gazette des Sorciers.

À la grande déception de tous, le ministère avait reconnu le retour des crimes du « groupuscule terroriste », puisque plusieurs avaient été arrêtés dont Lucius Malfoy lui-même, mais n'avait pas changé d'avis sur Voldemort. D'après les journaux, les mangemorts avaient agi de leur propre chef. Dumbledore et Harry étaient donc toujours considérés comme des menteurs. Rita Skeater s'en était d'ailleurs donné à cœur joie dans un article pour les descendre tous les deux…

— Peu importe ce que dit la Gazette, trancha Ginny sur un ton furieux. Harry a été enlevé par un connard de mangemort et Dumbledore prétend que l'on ne peut rien faire. On nous met une fois de plus à l'écart, mais on ne va pas se laisser faire ! Ron a prévu une stratégie, et on a besoin de vous pour ça !

Ils tournèrent leur attention vers Ron qui fit de son mieux pour ne pas rougir.

— Vraiment ?

— Une stratégie ?

Habitué à ce qu'on ne le prenne pas au sérieux (jusqu'à présent, lui-même ne se prenait pas au sérieux d'ailleurs), il ne s'en vexa pas. Il leur expliqua ce qu'il avait prévu : la spécialisation et l'entraînement en dehors de Poudlard.

— Vous voulez apprendre la magie sans baguette ?

— Oui, comme vous le faites en secret depuis votre deuxième année !

— Vous le saviez ? s'étonna George.

— Et on n'a rien dit à maman, alors on compte sur vous pour en faire de même.

Ils s'échangèrent un regard puis hochèrent la tête.

— Très bien. On va vous donner un petit coup de main dans ce cas.

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