Merci pour vos premiers retours, ça me touche que ce début d'histoire vous intéresse ! On commence donc avec le premier arc narratif, concentré sur le Terrier et ses habitants. J'espère que ça vous plaira :) N'hésitez pas à me laisser une petite review à la fin de votre lecture, vous n'imaginez pas à quel point ça compte pour les auteurs et autrices
Bonne lecture !
Yume u_u
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Arc 1 : Les Weasley
Chapitre 3 : la fratrie Weasley
Lorsque Ron avait expliqué aux jumeaux qu'ils avaient besoin d'apprendre la magie sans baguette, il n'avait pas abordé tout le reste de son plan, parce qu'il n'en avait pas parlé aux autres non plus. Une stratégie aux échecs ne comprend après tout pas uniquement le prochain coup à faire ! Il ne comptait pas se contenter de se préparer à une bataille hypothétique qui arriverait peut-être s'ils se trouvaient au bon endroit et au bon moment.
Sans Harry, les probabilités de se retrouver confrontés malgré eux aux mangemorts avaient drastiquement diminué.
La rencontre, il faudrait la provoquer.
Pour cela, ils avaient besoin de localiser le lieu où Harry avait été enfermé (Ron ne croyait pas un seul instant qu'il puisse être mort). Pour ça aussi, il avait une piste. Et même s'il n'était pas très fan de cette partie du plan, il comptait bien se sacrifier pour la cause…
— Chez tante Muriel ? s'étonna sa mère quand Ron, lors du dîner, avait évoqué l'idée d'aller lui rendre visite. Mais enfin, pourquoi donc ?
De son air le plus naturel, comme s'il était face à MacGonagall furieuse demandant d'où venait ce bébé dragon cracheur de flamme, il haussa les épaules l'air de rien.
— Ça fait un moment que je ne l'ai pas vue, c'est tout. Ça me changerait les idées…
— Et tes devoirs d'école ?
— Ce ne serait que pour une après-midi, maman, la supplia-t-il en faisant son regard spécial « S'il vous plaît madame Chourave laissez-moi me mettre à côté de Neville promis je ne casserai rien ! »
— Tu n'y vas pas pour l'embêter, n'est-ce pas ?
Sa mère le dévisageait d'un air aussi suspicieux que Rogue quand des ingrédients disparaissaient de sa réserve. Mais Ron (qui n'avait rien volé dans la réserve de Rogue depuis au moins trois ans) affirma qu'il désirait simplement discuter avec elle.
Ginny et les jumeaux, les derniers de la fratrie à habiter chez eux puisque Percy avait quitté définitivement le domicile familial, l'observaient avec des yeux ronds. Sa sœur articula silencieusement « Qu'est-ce que tu fous ? » ce à quoi il prit bien garde de ne pas répondre pour ne pas paraître encore plus suspicieux.
— Bon… soupira sa mère en le resservant sans qu'il ait besoin de demander. Mais tu promets que tu seras sage ?
— Maman, je n'ai plus dix ans !
Elle lui jeta un regard froid. C'est vrai qu'il faisait effectivement plus de bêtises depuis qu'il était entré à Poudlard qu'avant…
— Très bien !
Il se retint de sauter de joie.
— Je lui enverrai un hibou cette après-midi pour savoir si elle est d'accord. Mais ne t'avise pas à me faire regretter !
— Merci maman !
Il se leva pour l'embrasser, ce qui ramena un sourire tendre sur ses lèvres. Elle lui tapota gentiment la joue.
— Oui oui, très bien, retourne manger à présent. Tu dois encore avoir faim.
Il s'empressa d'obéir.
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Sa sœur le coinça dès qu'ils furent sortis de table. Elle ne le laissa même pas atteindre sa chambre avant de le traîner dans la sienne. Après avoir vérifié qu'il n'y avait personne dans les couloirs, elle claqua la porte.
— À quoi est-ce que tu joues ? lui demanda-t-elle en se retournant vers lui.
— À rien, protesta-t-il aussitôt.
— Tu détestes tante Muriel !
— Je ne la déteste pas, je pense juste qu'elle sent mauvais. Ça ne fait pas d'elle une personne malfaisante.
Ginny plissa les yeux et fit un pas en avant.
Elle intimidait peut-être les jumeaux, mais Ron avait l'habitude de côtoyer Hermione. En comparaison, Ginny n'avait guère de potentiel menaçant, malgré ses chauves-furies et ses hurlements.
— Tu me caches quelque chose, Ronald Weasley.
Il eut un sourire en coin, reconnaissant dans le ton de la voix de sa petite sœur une tentative d'imitation de leur mère.
— Peut-être bien que oui. Mais je vais continuer à le faire jusqu'à ce que tu aies terminé la première partie du plan, qui est je te le rappelle de maîtriser la magie sans baguette et les sorts offensifs de grande envergure. Tu as déjà fini ?
Elle fit la moue, clairement amusée de sa réplique.
— Et bien. Je crois que le plus petit de mes frères aînés commence enfin à prendre confiance en lui à ce que je vois.
Ron soupira et tira la chaise bancale à lui pour s'asseoir.
— Il était temps, non ?
Elle hocha la tête en s'installant en tailleur sur son lit.
— Tu n'as pas tort. Je me suis toujours demandé pourquoi tu étais si… introverti. Surtout quand je te vois interagir avec Ron et Hermione. Tu n'es plus du tout le même avec eux !
Il soupira et s'accouda au bureau, posant son menton dans la paume de sa main.
— Tu sais bien pourquoi. Être le sixième Weasley, ce n'était pas… Enfin, je n'étais pas beau comme Bill, courageux comme Charlie, intelligent comme Percy, drôle comme Fred et George… j'étais juste le plus jeune garçon, banal à en pleurer. Comment est-ce que j'aurais pu m'affirmer dans ces circonstances-là ?
— Je l'ai bien fait, moi.
— Tu es une fille, protesta aussitôt Ron. Tu étais forcément différente !
Elle lui envoya son coussin en pleine figure.
— Tu crois vraiment que le fait que je sois une fille est ma seule caractéristique ? grogna-t-elle, mécontente.
— Ce n'est pas ce que je voulais dire…
— Tu m'étonnes que tu sois toujours célibataire !
— Laisse-moi tranquille, marmonna Ron à son tour en lui renvoyant l'oreiller. Tu peux parler en plus ! Quel garçon serait attiré par un caractère comme le tien de toute façon ?
Il avait prononcé cela avec un sourire moqueur, mais il le perdit rapidement en voyant le visage de sa sœur s'assombrir.
— Heu, non, mais Ginny, je disais ça pour rire, bien sûr que tu peux plaire, après tout, Dean et toi…
Il n'arriva pas à finir sa phrase. Déjà parce qu'il était furieux que quelqu'un comme son camarade de classe ose embrasser sa petite sœur, mais surtout parce que Ginny semblait encore plus renfrognée.
— Dean et moi, ce n'est pas ce que tu crois…
Faites qu'ils aient rompu, pria intérieurement Ron en la laissant continuer.
— J'avais besoin de tester et d'être sûre, tu vois ?
Il se plaqua aussitôt les mains sur les oreilles en devenant blanc comme un linge.
— Ne me dites pas que vous l'avez déjà fait !
Le coussin revint le heurter violemment à l'épaule. Ginny semblait furieuse.
— Arrête tes salades ! Si tu veux jouer les grands frères protecteurs, commence par m'écouter !
Il baissa ses mains et tenta de se reprendre. Au moins, sa petite sœur n'avait pas encore sauté le pas… Si elle l'avait fait à son âge (avant lui en plus), il aurait sans doute fichu un coup de poing bien mérité à Dean.
— Je t'écoute, vas-y.
Elle croisa les bras sur son torse, lui lança un long regard scrutateur avant de finalement se décider. Son pied s'agitait nerveusement quand elle prit la parole :
— J'ai commencé à me poser des questions en début d'année, mais c'était encore flou, tu vois ce que je veux dire ? Je crois que j'avais besoin d'essayer de sortir avec un garçon pour être certaine que ce n'était pas ce que je désirais.
Elle pinça les lèvres et détourna les yeux, hésitant visiblement à continuer.
Ron fronça les sourcils.
— Je ne suis pas sûr de comprendre. Tu es en train de me dire que tu veux rester célibataire ? Maman sera sans doute déçue, mais c'est ton droit. Regarde, tante Muriel, ça ne lui a pas si mal réussi. Bon, elle a mauvais caractère, mais elle ne regrette pas son choix de vie.
Elle soupira, mais ne semblait pas vraiment agacée. Lasse, plutôt.
— Non Ron. Ce que je suis en train de te dire, c'est que je ne suis pas intéressée par les garçons.
— Oh !
Sa sœur préférait donc les filles. Il réfléchit quelques secondes à cette idée avant de hocher la tête.
— OK.
Sa réplique sembla encore plus perturber Ginny.
— Comment ça, OK ? C'est tout ce que tu trouves à répondre à mon coming out ?
Ron haussa les épaules.
— Je n'ai rien d'autre à dire. Et puis, je ne sais pas, je suppose qu'une fille est moins risquée qu'un garçon, donc…
Elle leva les yeux au ciel.
— Tu es définitivement trop protecteur, Ronny !
— Jamais trop !
Ils s'échangèrent un sourire, bien conscients que leur relation venait, juste avec cette petite discussion, de prendre en profondeur.
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— Tu es sûr que tu n'as rien oublié ?
— Maman, je ne sors que quelques heures et c'est chez la famille ! Il n'y a vraiment pas de quoi s'inquiéter !
— Oui et bien, excuse-moi, mais après ce que ta sœur et toi m'avez fait, j'ai le droit de me méfier ! Tiens, prends un casse-croûte. Et la casquette moldue que t'a offerte ton père, c'est pratique contre le soleil.
Ron accepta docilement tout ce que lui donna sa mère, puis après une dernière étreinte, il entra dans la cheminée, jeta la poudre et cria sa destination.
L'instant d'après, il disparaissait dans les flammes.
Muriel Prewett était une sorcière avec un nez fin et crochu, des yeux bordés de rouge et les doigts devenus osseux à cause de la vieillesse. Elle devait à peu près avoir l'âge de Dumbledore, mais n'avait pas du tout sa forme physique.
Dès qu'elle vit apparaître Ron, elle s'empressa de critiquer sa tenue moldue, ses cheveux mal coupés et sa venue presque à l'improvise (rendez-vous compte, Molly ne l'avait prévenu que l'avant-veille !).
Contrairement à ce qu'il avait prétendu à sa sœur, Ron n'aimait pas Muriel. Il avait déjà des difficultés à gérer ses complexes tout seul, il n'était jamais impatient qu'on lui en rajoute d'autres… D'un autre côté, Ron avait affronté des araignées géantes, lui qui était terrorisé par la plus petite de ces bêtes à huit pattes, pour sauver Hermione. Il pouvait parfaitement se mesurer à tante Muriel pour sauver Harry.
— Bonjour tante Muriel. Ne reste pas debout pour moi, tiens, assis-toi. Tu veux que je prépare du thé ?
Elle sembla agréablement surprise, mais s'exécuta. Elle l'observa se mouvoir dans la cuisine avec aisance (contrairement à sa sœur ou aux jumeaux, il adorait aider sa mère à la concoction des repas et des collations). Il servit deux tasses du thé préféré de la vieille femme, même s'il n'en était pas fan, avant de s'installer face à elle.
— Et bien, il semblerait que tu aies appris les bonnes manières depuis la dernière fois que je t'ai vu.
— Merci tante Muriel, répondit-il comme s'il n'avait pas remarqué le reproche voilé.
Ils commencèrent tranquillement à siroter.
Ils n'étaient pas encore à la moitié de leur coupe (Ron se forçait à boire à son rythme pour rester poli) quand elle craqua et reprit la parole.
Le fait le plus notable de Muriel Prewett était son amour pour les ragots. Elle avait beau être bourrée de préjugés et avoir tendance à être trop hâtive dans ses jugements, elle n'en demeurait pas moins une mine d'informations utiles.
Ron se savait mauvais dans les recherches. Quand il avait une question, il préférait demander à Hermione que s'en occuper lui-même. Le gain de temps était incomparable dans la mesure où sa meilleure amie connaissait déjà tout ce qu'il y avait à lire dans la bibliothèque, ou presque.
Aujourd'hui, cependant, ce n'était pas dans un livre qu'on pourrait trouver les informations dont Ron avait besoin. C'est donc vers sa tante acariâtre et caractérielle qu'il avait décidé de se tourner.
Évidemment, parmi les grands faits d'actualité, il y avait l'emprisonnement des mangemorts capturés lors de l'attaque du Ministère.
— Je n'arrive pas à croire que ce Lucius Malfoy ait été envoyé à Azkaban ! C'était pourtant un jeune homme tout à fait comme il faut. Il s'entendait d'ailleurs très bien avec ton père à une époque ! Quel dommage que nos familles ne se parlent plus…
Ron faillit en recracher son thé.
Arthur Weasley ? Avec Malfoy ! Ils se comportaient comme Harry et Malfoy fils, toujours à se chercher des poux et à tenter de se blesser l'un l'autre ! Son père ne manquait pas une occasion de lui mettre des bâtons dans les roues et il se plaignait régulièrement que Malfoy avait empêché qu'il obtienne une promotion ou un changement de poste demandé. Ils s'étaient même battus à la moldue la dernière fois qu'ils s'étaient croisés sur le Chemin de Traverse !
— Enfin, c'est vrai qu'il avait quelques tendances problématiques.
Ron se retint de lui faire remarquer que Ginny avait failli mourir à cause de lui. Sa tante semblait bien lancée, il n'avait qu'à attendre qu'elle développe.
Elle commenta chaque mangemort arrêté lors de cette fameuse bataille, racontant en détail comment elle supposait qu'elle s'était déroulée (de toute évidence, elle n'avait aucune idée que Ginny et lui étaient présents). Ce n'était pas pour cela qu'il était venu discuter avec elle, cependant.
Enfin, comme l'espérait Ron, elle dévia sur les ragots des présumés mangemorts qui n'avaient pas été capturés.
Ron avait rarement été aussi concentré de sa vie. Il écoutait chacune des anecdotes, se contentait de « ah bon ? », « je l'ignorais ! » et autres « fascinant ! » pour encourager sa tante à continuer. Malgré l'aspect badin de la conversation, le cerveau de Ron semblait vibrer dans son crâne tant il traitait de données. Noms, âges, accusation, domicile, patrimoine immobilier, statut de sang, influence politique…
Lorsqu'il retourna au Terrier, le soir venu, il avait une telle migraine qu'il prit à peine de quoi manger avant de grimper les escaliers jusqu'à sa chambre.
Il s'écroula sur le lit, ferma les yeux, et s'endormit tout habillé.
Cette nuit, il rêva de douze localisations possibles où son meilleur ami pourrait être enfermé et de quatorze plans de sauvetage différents.
Au réveil, il n'avait toujours aucune certitude, mais sa motivation pour s'entraîner avait drastiquement augmenté.
