Chapitre 4 : nouveau venu au Terrier

Fred et George, contrairement à ce que pensaient leur mère, leurs professeurs, la majorité des élèves de Poudlard et toutes les victimes d'au moins une de leur farce, étaient des personnes sérieuses et réfléchies.

Seulement, ils avaient une façon différente d'exprimer leur sérieux que celle de Percy le protocolaire ou Bill le persévérant.

George et Fred étaient ambitieux. Ils savaient que leurs parents ne pourraient jamais leur prêter d'argent pour les aider à lancer leur commerce, alors ils avaient choisi d'en économiser eux-mêmes en commençant leur production dès Poudlard. L'investissement d'Harry dans leur projet avait été énorme et ils avaient une dette envers lui qu'ils comptaient bien lui rembourser un jour, ne serait-ce qu'en montant une boutique digne de ce nom.

Harry, de toute manière, leur avait tout de suite plu. Timide, accroché à leur benjamin qui ne le lâchait pas d'une semelle, il avait l'air d'un petit ange sage à première vue, mais n'était pas le dernier à briser le règlement quand il le fallait. Il était aussi droit et loyal qu'un Poufsouffle, et ses allures de minet mouillé par la pluie donnaient envie à tous les Weasley de le protéger ! Même Percy, du temps où il était préfet, gardait un œil sur le jeune brun. Sans parler de leur mère qui le maternait dès qu'il passait à proximité. Et que dire des jumeaux eux-mêmes, qui lui avaient légué la carte des maraudeurs, leur bien le plus précieux ?

Alors forcément, quand ils avaient appris que leurs cadets avaient entrepris de monter un plan pour récupérer Harry, ils avaient sauté sur l'occasion. Non seulement ils comptaient leur enseigner ce qu'ils savaient sur la magie sans baguette, mais également participer activement.

C'est pourquoi ils étaient en ce moment assis dans l'herbe du jardin, suffisamment à l'écart de la maison pour que leur mère ne puisse pas entendre la conversation.

Ginny était partie quelques heures plus tôt chez Luna, qui habitait à quelques vallées du Terrier. Ils faisaient donc face à Ron seul.

Ce dernier était nerveux, mais il tentait de son mieux de ne pas le montrer. En vain, bien entendu : ils étaient ses frères après tout. Ils ne pouvaient être dupés.

— Comme je l'ai expliqué aux autres, la priorité ce n'est pas forcément d'exceller en Défense Contre les Forces du Mal, mais plutôt de se spécialiser là où on est déjà bon.

Les jumeaux s'échangèrent un regard malicieux. George plaisanta :

— Dans les Farces et Attrapes ?

— Exactement.

Le ton sérieux de leur frère leur coupa le sifflet.

— Vos inventions peuvent être très utiles sur un champ de bataille. La poudre d'obscurité, le marais portable, et même les bonbons à gerbe, en les modifiant un peu. Imaginez un mangemort essayer de vous lancer un sort en vomissant !

Un petit sourire étira les lèvres des jumeaux. Effectivement, vu comme ça !

— Du coup, si vous voulez participer, voilà ce que je vous propose : développez une gamme de produits destinés au combat et à la défense. On…

Il soupira, l'air de rajouter la dernière phrase à contrecœur :

— On jouera les cobayes s'il le faut.

— C'est noté ! s'exclama Fred en frappant dans la main de son jumeau.

— Tu ne peux plus revenir dessus à présent.

— Je le regrette déjà, marmonna Ron en levant les yeux au ciel. Mais vous êtes sûrs de vous ?

— Sûrs et certains ! On veut le retrouver notre Harry, qu'est-ce que tu crois ?

Un bruit de transplanage les coupa dans leur conversation. Ils se tournèrent vers l'extérieur du jardin pour voir qu'une sorcière venait d'apparaître, vêtue d'une cape noire dont la capuche était relevée, malgré le temps caniculaire du mois de juillet.

La femme fit quelques pas en direction du portail, mais s'arrêta avant de passer les barrières de protection. Elle pivota vers eux et, après une ultime hésitation, enleva sa capuche pour dévoiler une longue chevelure blonde.

— Bonjour messieurs, dit-elle en les observant tour à tour. Molly est-elle présente ?

— Heu, oui, répondit Ron en se levant. Je vais la chercher.

Il se précipita aussitôt vers la maison en criant un « maman ! » retentissant.

Les jumeaux s'échangèrent un regard. Ils n'avaient jamais vu cette femme, encore moins dans le cercle d'amies de leur mère. Elle avait l'air plus jeune, peut-être quarante ans. Sa coiffure était sophistiquée et sa robe d'excellente qualité. Elle ne semblait définitivement pas issue du même milieu.

— Cissa ? Mais enfin, que fais-tu là ?

La matriarche Weasley se précipita, baguette en main, jusqu'à la barrière qu'elle tapota rapidement pour ouvrir le passage. La nouvelle venue enleva sa cape et pénétra dans le jardin puis s'immobilisa le temps que Molly remette les protections en place.

— J'ai besoin d'aide, Molly. Je sais que nos familles ne sont pas… en excellents termes, depuis cette histoire, mais mon fils…

— Attends, la coupa leur mère en leur jetant justement un regard. Viens avec moi à l'intérieur.

Évidemment, Fred et George leur emboitèrent le pas, mais Molly les coupa dans leur élan. D'un ton autoritaire, elle les envoya dans leur chambre pour les laisser discuter en paix.

Ils s'exécutèrent en grognant, mais à peine la cuisine fut-elle refermée qu'ils sortirent leurs oreilles à rallonge. Aller dans leur chambre sans espionner alors qu'il se passait visiblement quelque chose d'intéressant ? Hors de question !

Accroupis dans le couloir, ils firent glisser l'oreille artificielle sous la porte et, après quelques secondes, la voix de sa mère retentit dans l'autre extrémité sur laquelle ils se penchaient :

— … pas te revoir un jour.

— Je sais, répondit la voix de la dénommée « Cissa ». Mais je ne doute pas que, avec la proximité de ton dernier avec le jeune Potter, que tu sois au courant de ce qu'il se passe dans le dos du Ministère.

— Ton mari ?

Un soupire retentit.

— Oui, mon mari, comme tu dis… Depuis que Lucius est en prison, la situation est vraiment devenue compliquée.

George articula silencieusement « Lucius Malfoy ? » et Fred haussa les épaules, les yeux écarquillés.

— Qu'est-ce que vous faites ? demanda Ron qui arrivait derrière eux.

— Chut !

Leur petit frère vint s'accroupir à côté d'eux et écouta à son tour.

— Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer le nom a investi le manoir, nous n'y sommes plus en sécurité, Draco et moi. Je suis… Oh !

Un sanglot retentit.

— Cissa, ne pleure pas, voyons. Reprends-toi…

— Il veut le marquer pendant les vacances d'été ! Je ne peux pas laisser mon fils être embarqué dans les mêmes histoires que son père, je ne le supporterais pas !

— Je comprends, affirma Molly sur un ton réconfortant. C'est pour cela que tu es venue me trouver, n'est-ce pas ?

Il y eut un temps de silence durant lequel les trois garçons se tendirent comme des balais pour en savoir plus. Finalement, la voix de madame Malfoy retentit de nouveau :

— Je ne pensais pas que ce contrat serait réveillé un jour. Depuis la dispute d'Arthur et Lucius, nos familles ne semblaient plus destinées à croiser leurs chemins. Mais je ne vois aucune autre solution pour sauver mon fils. C'est le seul moyen de le protéger d'une vengeance.

Leur mère soupira.

— Cissa… Je n'ai pas élevé mes enfants dans cette optique. Arthur et moi nous sommes mis d'accord dès la naissance du premier pour ne pas leur imposer de mariage.

De mariage ? Pourquoi parlaient-elles de mariage imposé à présent ? Et qu'est-ce que c'était que cette histoire de contrat entre leurs familles ?

— Je vois… Je, je m'en doutais. Il ne me reste plus qu'à…

— Rassies-toi, Cissa ! Je n'ai pas dit que je refusais de t'aider !

— La seule justification que je peux donner pour son absence serait des fiançailles, Molly. Aucune autre raison ne peut autoriser mon fils à quitter le domicile dans la loi sorcière, tu le sais aussi bien que moi ! Si je ne peux pas faire appel au contrat entre les Black et les Prewett, mon petit Draco sera…

Malfoy voulait conclure un mariage avec la famille de leur mère ? Alors ça, les jumeaux n'avaient jamais entendu une blague pareille ! Bien sûr que Molly allait refuser. En plus, Ginny détestait Malfoy !

— Je t'ai dit de t'asseoir. Tiens, reprends un peu de thé. Et permets-moi de parler avant de sauter aux conclusions. Je vais t'aider.

Fred et George secouèrent la tête, pas étonnés le moins du monde. Évidemment, le jour n'était pas venu où Molly Weasley laissera un enfant souffrir si elle pouvait y faire quoi que ce soit…

— Voilà ce que je te propose : amène ton petit au Terrier demain, annonce qu'il est fiancé avec un membre de la famille Weasley, mais ne précise pas avec qui. Ils auront toutes les vacances pour voir s'ils peuvent s'entendre, et ils choisiront en leur âme et conscience lequel voudra prendre Draco comme époux. J'en ai encore quatre à la maison. Ton fils n'a rien contre les garçons ?

— Je l'ignore. Et les tiens ?

Leur mère poussa une exclamation qui fit rougir les trois frères cachés derrière la porte.

— Je me suis posé la question sur chacun d'entre eux ! À part peut-être Bill, et encore. Les enfants, tu sais comment c'est… On ne peut pas être certain tant qu'ils ne nous disent rien.

— Tu es sûre de toi ? Le caractère de Draco est un peu… Il tient beaucoup de son père.

— Je suis convaincue qu'il tient aussi beaucoup de toi.

Les frères s'échangèrent un regard avant que George tire l'oreille pour la récupérer. Silencieusement, ils s'éloignèrent de la cuisine pour remonter de quelques étages.

— Qu'est-ce qu'il vient de se passer ? demanda Fred en glissant nerveusement ses mains dans ses cheveux. Maman a vraiment adopté un huitième môme ?

— Neuvième en comptant Harry, rectifia George.

Ron, qui ne goûtait pas à la blague, croisa les bras sur son torse et s'appuya sur le mur en fronçant les sourcils

— Ils parlent d'un contrat de mariage qui aurait été passé entre les Black et les Prewett. Je vois, je comprends mieux…

Les jumeaux s'échangèrent un regard surpris.

— Qu'est-ce que tu comprends ?

— Tante Muriel a évoqué une dispute entre papa et Lucius Malfoy qui était dommage. Pourquoi Muriel aurait-elle trouvé ça dommage, si la famille n'y avait pas perdu ? J'imagine que leur conflit a annulé un mariage prévu entre les descendants de madame Malfoy et ceux des Prewett.

— Et elle veut le relancer avec l'un d'entre nous ? grogna Fred qui n'avait jamais envisagé une union contre sa volonté. Mais pourquoi maman a-t-elle accepté ?

— Tu la connais, fit George en haussant les épaules. N'importe quel enfant peut réveiller son instinct maternel. À croire qu'on n'était pas assez de sept.

Fred s'apprêtait à répondre par une blague quand il remarqua que Ron était pensif, les sourcils froncés. Il grimaça. Il n'avait jamais vu son frère aussi sérieux qu'en ce moment, c'était assez inquiétant…

-Ronny ?

— Hm ?

— Ne me dis pas que tu envisages d'épouser la fouine ?

Ron ne réagit même pas, profondément plongé dans ses réflexions. Au bout de longues secondes, il lâcha un autre « hm » distrait avant de se détacher du mur pour reprendre sa montée des escaliers vers le dernier étage.

— Quel billywig l'a piqué ?

Fred haussa les épaules.

Quelques heures plus tard, leur mère les appela pour le dîner. Madame Malfoy était repartie.

Arthur était revenu du travail entre temps et avait l'air très ennuyé, les rides de son front étaient plus profondes que d'ordinaire. Sa femme avait dû lui expliquer la situation. Ginny aussi était de retour de chez les Lovegood et remarqua tout de suite la tension entre les différents membres de sa famille installés à la cuisine.

— Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda-t-elle en s'asseyant.

— Les enfants, il faut que je vous parle, commença Molly sans amener la marmite sur la table. Narcissa Malfoy est venue à la maison aujourd'hui.

— La mère de Draco Malfoy ? s'étonna la benjamine.

— Exactement. Comme vous le savez, Lucius Malfoy a été envoyé à Azkaban après ses actions de mangemort. Narcissa craint que son fils soit en danger à cause de cela, et m'a demandé si nous pouvions le garder à l'abri, parmi nous.

— Quoi ? s'exclama Ginny en frappant la table. Tu n'as pas accepté, n'est-ce pas ? Malfoy est aussi pourri que son père ! Pourquoi devrait-on l'accueillir ici !

— Ginny ! s'écria Molly, choquée.

— On le connait maman. À Poudlard c'est un vrai petit péteux ! Ron peut te le confirmer !

Elle se tourna vers son frère pour avoir son appui. En temps normal, Ron se serait aussitôt jeté sur l'occasion pour corroborer les propos de sa sœur et renchérir, tout le monde le savait. Ron détestait Malfoy autant qu'Harry, leurs disputes ne manquaient pas…

Pourtant, Ron ne prit pas son parti :

— Je pense que maman a bien fait d'accepter.

Ginny le dévisagea avec stupéfaction.

— Je ne l'apprécie pas plus que toi, Ginny. Mais on ne peut pas le laisser aux mains de Voldemort s'il ne le veut pas.

— Ronald ! s'exclama leur mère en entendant le nom interdit être prononcé à table.

Cette fois, le regard de Ginny se fit suspicieux puis calculateur. Sans un mot, elle hocha la tête puis se mura dans le silence, sourcils froncés. Arthur, lui, observait son dernier fils avec beaucoup de fierté.

— On est d'accord avec Ronny, intervint Fred.

— Ouais ! Un Malfoy chez nous, c'est un mangemort en moins.

— On va en prendre soin, du petit blondinet !

— Lui apprendre la vraie vie de la campagne, tout ça.

— Vous n'avez pas intérêt à l'embêter pendant tout son séjour ! les prévint Molly en agitant le doigt.

— Pas du tout ! se défendit George.

— Après tout, tu espères bien qu'au moins l'un d'entre nous s'entende avec lui, n'est-ce pas ?

Elle fronça les sourcils en les regardant tour à tour, se demandant sans doute s'ils étaient au courant de la deuxième partie du marché qu'elle avait passé avec Narcissa Malfoy. Les jumeaux firent comme si de rien n'était : ils estimaient qu'elle aurait dû leur en parler d'elle-même. La transparence, cependant, n'était pas la plus grande qualité de Molly Weasley.

Fred et George ne lui en voulaient pas pour cela : c'est justement parce qu'ils avaient besoin de chercher, depuis leur enfance, qu'ils étaient devenus si inventifs et géniaux.

— Ne t'en fais pas maman.

— On s'occupera de lui !

Ron avait très probablement un plan avec Malfoy, vu la manière dont il l'avait accepté facilement. Et bien, les jumeaux aussi allaient profiter de cette opportunité.