Hello ! Un nouveau chapitre qui ouvre la porte sur l'un des couples de cette histoire. J'espère qu'il vous plaira ! N'hésitez pas à laisser un petit commentaire à la fin de la lecture pour me dire ce que vous en avez pensé ;)
Yume u_u
Chapitre 6 : rouquine sous la lune
Ginny passait toutes ses journées chez Luna depuis le début des vacances.
Ce n'était pas qu'elle évitait sciemment l'intrus que ses parents avait décidé d'héberger, non. Après tout, elle travaillait avec Luna, sur leurs devoirs d'école officiellement, sur leurs spécialisations la plupart du temps. Le fait qu'elle ne rentre quasiment que pour dormir était juste une conséquence malencontreuse dont elle ne se plaignait pas le moins du monde.
Elle était offusquée que leur mère tente de les marier comme ça, en douce, sans même les informer de ses plans. Et si Fred et George n'avaient pas espionné ? Ils se seraient retrouvés au pied du mur à la fin des vacances ? À devoir choisir, qui parmi les Weasley, était prêt à se sacrifier pour ce petit con de Malfoy ?
Pour Ginny, c'était hors de question. De toute façon, les jumeaux semblaient plus que ravis de s'occuper du cancrelat, sans compter Ron qui lui avait affirmé que Malfoy « pourrait nous être utile ». Elle n'avait donc pas besoin de s'en préoccuper. Un de ses frères prendrait cette corvée.
— Tu es pensive…
Ginny leva les yeux des herbes grasses qu'elle déchiquetait machinalement depuis elle ne savait combien de temps.
Assise en tailleur de l'autre côté de la rivière, Luna lui souriait doucement. Autour d'elle valsaient joyeusement une vingtaine de petits galets et quelques lucioles qui avaient allumé leur lumière malgré le soleil bien haut dans le ciel. Une preuve d'adoration envers la jeune Serdaigle probablement.
Ginny ne pouvait que les comprendre. Luna était merveilleuse, paisible, gentille, terriblement attachante et dépourvue de jugement. Elle vivait dans un univers qui lui était propre, qui nécessitait des efforts pour être saisi. Ginny était prête à tous les efforts du monde pour sa meilleure amie, sa seule amie.
Même à celui de cacher ses réels sentiments.
— Je pensais à Malfoy. Je me demande ce que mes frangins peuvent bien lui trouver.
— Oh, c'est facile, s'exclama Luna en faisant tournoyer les pierres de plus en plus vite autour d'elle. Ron espère lui soutirer des informations sur Harry et les jumeaux qu'il peut résoudre leur dilemme. Tes autres frères, en revanche, je ne sais pas.
Ginny sourit, amusée par ces derniers mots puisque le reste de sa fratrie n'était pas venu à la maison donc n'avait probablement aucun avis sur Draco.
Puis elle fronça les sourcils en comprenant l'une des phrases de Luna.
— Leur dilemme ? Fred et George ont un dilemme ?
— Sans doute, répondit évasivement Luna. Est-ce que nous n'en avons pas tous un ou deux ?
Ginny devina qu'elle n'en saurait pas plus aujourd'hui.
Délaissant ses bouts d'herbes, Ginny se leva et dépoussiéra sommairement son short.
— Bon, on s'y remet ?
— D'accord, acquiesça Luna.
Elle envoya les galets voler bien plus haut, à une dizaine de mètres au-dessus de leurs têtes. Les lucioles, sentant le danger venir, éteignirent leurs lumières et se dispersèrent sans attendre.
— J'aimerais que mon reducto ait plus d'amplitude. Tu pourrais les étaler davantage ?
Sans prendre la peine de répondre à voix haute, Luna s'exécuta. Bientôt, les galets recouvraient une large étendue de ciel, écartés d'environ un mètre les uns des autres.
Ginny acquiesça avant de froncer les sourcils.
Utiliser la magie sans baguette n'était pas si compliqué qu'on le faisait croire, c'est vrai. Mais la concentration nécessaire pour produire un simple sort et l'énergie que cela drainait pouvait sans mal décourager les moins obstinés…
Ginny, cependant, était une Weasley. Il n'y avait sans doute pas plus obstiné que les gens de sa famille.
Après avoir remué les épaules pour se détendre, elle rassembla sa magie. Non pas au bout de sa baguette qu'elle n'avait pas prise, mais directement sur le point d'impact, et…
— Reducto !
La moitié des galets explosa, partant en poussière pour la plupart, mais restant en morceaux pour d'autres.
Luna et elle placèrent leurs mains au-dessus de leur tête pour éviter les graviers qui tombaient du ciel.
— J'ai encore des progrès à faire, grogna Ginny.
Ses poumons lui faisaient mal, comme si elle avait retenu sa respiration trop longtemps.
— C'est mieux qu'hier et moins bien que demain, philosopha Luna.
Ginny haussa les épaules. Elle n'allait pas se décourager pour si peu de toute façon.
— Allez, à toi maintenant.
Les galets survivants revinrent se poser au sol tandis que Luna se mettait debout. Ginny ramassa la batte de Quidditch qu'elle avait emprunté aux jumeaux puis soupesa une petite pierre ronde.
— Prête ?
— Oui, chantonna Luna avec son éternel sourire doux.
Ginny lança la roche en l'air puis s'arma de la batte. Elle frappa de toutes ses forces et le projectile fila du côté opposé. Luna l'immobilisa juste avant qu'elle ne touche le sol et la ramena vers Ginny qui recommença deux fois son manège, envoyant la pierre dans différentes directions. Luna parvenait toujours à l'arrêter quelques centimètres avant l'impact.
— C'est dingue ! s'exclama Ginny à la sixième tentative. Tu utilises des informulés en plus de te passer de ta baguette, et tu n'es même pas fatiguée !
— J'ai mis un bébé mandragore sous mon lit, ça m'aide à bien me reposer.
Elle grimaça.
— Luna, tu ne devrais pas faire ça. Si elle sort de son pot, ça pourrait sérieusement te blesser. Neville t'a prévenu pour ça, non ?
Luna lui sourit puis sauta à pieds joints sur les rochers débordant de la rivière pour rejoindre Ginny. Elle s'accrocha à son bras et Ginny fit de son mieux pour ignorer les battements affolés de son cœur.
— Neville m'a dit que les bébés n'étaient pas mortels, et tant qu'ils restaient bien au chaud dans la terre, je ne risquais rien.
Ah, si Neville se mettait de son côté, ils étaient perdus…
— Les filles !
— Oh, c'est Ron.
Ginny se tourna pour voir son frère arriver vers elle. Il boitait légèrement, remarqua-t-elle, et son pantalon était déchiré au niveau de son genou. Pourtant, il abordait un immense sourire.
— Bonjour Ronald !
— Salut Luna !
Son frère était un des rares à se comporter aussi naturellement avec Luna, comme si toutes ses bizarreries étaient normales. Il était également capable de faire rire Luna comme personne d'autre, talent que Ginny lui enviait secrètement.
— Ça avance de votre côté ?
— Très bien, même si Ginny est parasitée par des joncheruines.
— Ça veut dire qu'elle est frustrée ?
— C'est ça ! s'exclama Luna avec ravissement.
Ron était aussi l'un de ceux qui comprenaient le mieux la façon de parler de Luna. Un jour, il lui avait dit que devoir apprendre les expressions moldues d'Hermione et Harry l'avait aidé pour cela. Ça ne lui paraissait pas plus compliqué que de saisir le sens de « un raisonnement téléphoné ».
— Tu es blessé ? demanda finalement la sœur en regardant le genou de Ron.
— Oh, oui, c'est pour ça que je suis venu vous voir ! En fait, je crois que j'ai découvert en quoi je pourrais me spécialiser.
— Ce n'est pas la stratégie militaire, ta spécialisation ? s'étonna Ginny.
— Si, bien sûr, concéda Ron en finissant d'arriver à leurs côtés. Mais pendant les combats, je ne vais pas rester en arrière à vous crier des ordres.
Ginny frémit à la facilité avec laquelle Ron évoquait les combats.
Elle avait participé à la bataille du Ministère avec lui, mais l'idée de se retrouver à nouveau face à des mangemorts la rendait malade de trouille et de colère. Ron, lui, parlait des combats comme il pourrait parler des cours de potion ou des examens : pas avec envie, mais avec habitude. Sa proximité avec Harry l'avait amené à survivre à des dangers beaucoup trop régulièrement depuis le début de sa scolarité. Ginny le savait depuis longtemps, mais elle commençait juste à se rendre compte d'à quel point cela avait affecté son frère.
Ron n'était pas un aventurier partant à la recherche d'affrontements sanguinaires. Il était un garçon ordinaire qui avait appris à vivre avec une menace continuelle.
Luna la relâcha, ramenant Ginny à la réalité.
— Alors, quel est ton grand talent ?
— Le protego !
Les deux filles s'échangèrent un regard surpris.
— Le protego ? Ton talent c'est un seul charme ? C'est assez léger, non ?
Sans se démonter, Ron leur expliqua :
— j'ai appris le protego en quatrième année, pour aider Harry à s'entraîner pour la troisième tâche, et je n'étais pas si mauvais l'année dernière, avec l'AD. Et puis tout à l'heure, les jumeaux et Malfoy m'ont attaqué…
— Quoi ? s'exclama Ginny.
— Non enfin je crois qu'ils étaient en train de jouer avec Malfoy contre son gré et que je suis entré dans le salon au mauvais moment.
Il secoua la main d'un geste désinvolte.
— Bref, ils faisaient je ne sais quoi avec la dernière invention des jumeaux quand je suis passé à côté. Il y a eu une explosion, et le buffet de grand-père m'a foncé dessus.
Ginny écarquilla les yeux, bouche bée. Le buffet en question était énorme et terriblement lourd.
— J'ai pensé à un bouclier pour me protéger et PAF ! Un bouclier est apparu. Le meuble s'est écrasé contre lui, sans même que je ne sente le choc.
— Et ta blessure ?
Ron baissa le nez pour regarder son genou, confus.
— Ah, ça, non, c'est quand Malfoy s'est énervé contre George, il s'est mis à lui lancer plein de choses à la tête, lui criant de le laisser tranquille ou je ne sais pas quoi. Une de ses inventions a explosé à mes pieds et je ne l'avais pas vu venir. Mais franchement, ça va, ça ne saigne même plus.
Il haussa les épaules d'un air distrait.
Ginny se souvenait encore du garçon qui pleurait au moindre bobo lorsqu'ils étaient enfants… Tout cela était bien loin à présent. Sauf la cause des bobos qui était déjà les jumeaux à l'époque, ça, ça n'avait pas beaucoup changé.
— Tu veux que l'on te lance des choses pour que tu t'entraînes au bouclier ? proposa joyeusement Luna. Très bien !
Elle n'attendit pas de réponse et leva les mains. L les petits graviers créés par l'explosion de Ginny s'arrachèrent du sol pour foncer droit sur Ron. Ce dernier eut tout juste le temps de croiser les bras devant sa poitrine avant que les projectiles ne l'atteignent… Repoussés par un champ de force invisible !
— Pas mal ! échappa Ginny, impressionnée malgré elle. En informulé en plus !
Si ça continuait, elle allait être la seule à ne pas savoir en faire. Hors de question que cela arrive : ce serait son prochain objectif à accomplir !
Ron sourit, ravi de sa réussite.
— Ce que j'aimerais, en fait, c'est de tester si je peux faire ça avec des sorts.
— Merveilleux ! Je commence alors : rictusempra !
Ron avait à peine eu le temps de lever les bras à mi-chemin que le sort le frappa. Il éclata aussitôt de rire en se tortillant sous le sortilège de chatouille. Luna le laissa durer plus longtemps que prévu, un sourire amusé aux lèvres, avant de finalement le relâcher. Ron eut besoin d'un moment pour reprendre son souffle, les deux mains appuyées sur ses cuisses et le corps penché en avant.
— Pas assez rapide, remarqua Ginny. Et ça, tu bloques ?
Elle brandit sa batte et l'abattit de toutes ses forces sur son frère. Il réussit, cette fois, à réagir. C'est donc sur un bouclier scintillant que la batte cogna. L'onde de choc fit reculer Ginny de plusieurs pas, déstabilisée. Elle finit par glisser et tomba les fesses dans la rivière.
Absolument pas vexée, elle accepta la main de Ron qui l'aida à se remettre debout en s'excusant.
— Pas mal du tout !
Et elle était heureuse de ne pas être la seule à avoir besoin d'entraînement.
— Ça va ?
— Je ne suis pas en sucre, s'agaça Ginny en se libérant de sa poigne. Mais pourquoi est-ce que tu fais ce geste avec tes bras ?
Ron regarda pensivement ses mains, cherchant ses mots pour lui répondre :
— Je ne sais pas, c'est instinctif. Comme les mouvements de baguette, tu vois ? Ça m'aide à visualiser le sortilège.
— Cela te donne un air très classe, fit remarquer Luna.
Ron rougit légèrement et se frotta la nuque en marmonnant un « merci » hésitant.
Ils passèrent bien deux heures à s'entraîner près de la rivière. Luna envoyait des sorts à Ron qui parvenait de mieux en mieux à les bloquer, et Ginny l'attaquait par surprise dès qu'elle le soupçonnait de relâcher son attention.
Ce fut vraiment un moment amusant, où Ginny oublia qu'elle faisait ça parce qu'un de ses amis était emprisonné et peut-être torturé à l'heure qu'il était. Elle se sentait forte, elle voyait qu'elle s'améliorait, qu'ils devenaient tous plus puissants et de meilleurs combattants. Il y avait quelque chose de grisant dans la sensation de parvenir à maîtriser une magie qu'on prétendait leur être inaccessible.
Ron finit par les quitter pour retourner au Terrier à l'heure du déjeuner.
— Et si on faisait une pause ? demanda Ginny dont les cheveux collaient à sa nuque à cause de la sueur.
— Quelle excellente idée ! s'exclama Luna en sautillant de joie. J'ai préparé des sandwichs !
La cuisine des Lovegood laissait parfois à désirer, tant elle était surprenante par les mélanges de saveur et des goûts tout à fait inattendus. Ginny s'y était cependant habituée, peut-être davantage à cause de la compagnie que des talents culinaires.
Elles s'installèrent sur le même rocher, au bord de la rivière où elles plongèrent leurs pieds nus. Dégustant leur sandwich tomate-fraise-fromage, elles contemplèrent le paysage tranquille.
Ginny adorait les terres où elle avait grandi, l'herbe à perte de vue, les arbres noueux, la faune allant des gnomes aux lapins sauvages… Elle se plaisait à se balader dans les environs, parfois avec Luna, parfois seule.
Luna, d'ailleurs, posa sa tête sur son épaule.
L'odeur de son amie envahit ses sens et Ginny sentit ses oreilles chauffer.
Elle détourna les yeux, gênée, mais pas honteuse des sentiments qui l'habitaient. Elle n'avait pas à avoir honte. Ron lui avait assuré son soutien, mais même sans cela, Ginny savait qu'il n'y avait rien de mal à aimer qui que ce soit ! Surtout pas une personne aussi douce, gentille, extravagante, sensible et adorable qu'était Luna Lovegood.
Ensemble, la guerre à venir semblait moins effrayante. Elle comprenait d'autant mieux la proximité de Ron, Hermione et Harry alors qu'ils n'avaient pas beaucoup de points communs. Elle comprenait également mieux comment ils arrivaient à affronter leurs aventures avec le sourire même s'ils avaient bien trop souvent risqué leurs vies pour leur âge.
Alors elle passa un bras dans le dos de sa meilleure amie et se laissa son regard se porter vers l'horizon.
Elle était confiance pour l'avenir.
