Et on repart sur un nouvel arc à Poudlard, avec d'autres personnages que les Weasley.
J'espère que ce chapitre vous plaira, n'hésitez pas à laisser un petit mot à la fin pour me dire ce que vous en avez pensé ;)
Bonne lecture,
Yume u_u
AXE 2 : Poudlard
Chapitre 10 : la fin des vacances
Dans la serre familiale des Longdubat, Neville feuilletait machinalement les pages de la Gazette du Sorcier.
Il avait surveillé les journaux pendant toutes les vacances, mais à aucun moment il n'avait trouvé de mentions d'Harry, de sa disparition au ministère ou des recherches menées pour le retrouver. Dumbledore lui-même n'était cité quasiment nulle part, alors que Neville se serait attendu à ce qu'il prenne position officiellement.
Qu'à cela ne tienne, Neville avait d'autres sources de renseignements.
Il s'agissait de Ron, déjà, avec qui il avait échangé durant tout l'été dans de longues lettres (Neville n'avait jamais reçu ni envoyé autant de hiboux de sa vie. C'était d'ailleurs la première fois qu'il envoyait du courrier à quelqu'un d'extérieur à sa famille). Ils parlaient souvent du fameux « plan » de Ron, dont il ne détaillait rien, mais qui s'élaborait un peu plus chaque jour.
Sa grand-mère elle-même, ensuite, lui rapportait à chaque dîner les dernières nouvelles des instances politiques, notamment le magenmagot où elle avait un siège. Il y avait beaucoup d'agitation là-haut : des hauts dignitaires qui perdaient leurs postes sans raisons apparentes, des restructurations de services au Ministère… Pour l'instant, les changements étaient trop confus pour comprendre quel camp tirait les ficelles, mais il était clair que la situation était en pleine évolution.
Et enfin (et c'était ce qu'il y avait de plus surprenant) il y avait la professeure Chourave.
La maîtresse de botanique s'était prise d'affection pour Neville dès sa première année, alors qu'il n'était qu'un garçonnet pataud, maladroit, mal intégré et ne supportant pas la pression. Leur passion commune pour les plantes les avait assez vite rapprochés et Neville se plaisait à lui rendre visite durant son temps libre pour discuter.
Depuis quelques mois, madame Chourave trouvait le professeur Dumbledore très agité. Il recevrait de nombreux invités au château et passerait de longs entretiens dans son bureau avec des personnes qu'elle qualifiait de « louche d'apparence ». Neville supposait que face à la passivité du ministère et malgré les craintes de Ron, leur directeur cherchait tout de même activement à retrouver Harry.
Elle n'en savait hélas pas plus, même si elle était très inquiète pour lui. Rien n'indiquait que Harry serait là à la rentrée, mais Dumbledore n'avait pas fait d'annonce officielle aux autres professeurs, de sorte que madame Chourave gardait encore espoir.
Neville, lui, était plus pessimiste…
Le directeur était pourtant puissant et influent, en somme, il était leur meilleure chance actuellement ! Seulement, avec ce qu'il avait appris par Ron, Neville commençait à en douter.
Qui de si puissant et influent laisserait des gamins sous sa responsabilité se mettre en danger à ce point toutes ces années, sinon en ayant une morale très discutable ?
— Neville !
Le garçon sursauta si fort qu'il manqua de renverser un pot de terre à côté de son bras.
— Grand-mère ?
Que faisait-elle dans la serre ? Elle ne venait jamais ici !
— Il faut qu'on parle.
Fronçant les sourcils, il ferma la Gazette et se leva pour la rejoindre à l'entrée de la pièce. Elle fit demi-tour et il lui emboîta le pas jusqu'à l'un des salons où elle accueillait habituellement les invités de marque. Les seules fois où Neville y avait été convié, c'est lorsqu'il avait quatre ou cinq ans. Ce jour-là, les médicomages de Sainte-Mangouste étaient venus leur annoncer que, malgré leurs efforts, ils ne pourraient jamais ramener ses parents à la raison.
Il s'assit face à la dame âgée et attendit avec angoisse.
Elle lissa longuement sa robe avant de finalement prendre la parole :
— Je sais ce que tu fais avec tes camarades.
Il se crispa, mais se força à rester immobile sans répondre. Que voulait-elle dire par là ?
— Je sais que vous avez créé un petit club, l'année dernière, pour apprendre à vous battre. Que vous suivez Dumbledore dans la lutte contre Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Que tu as risqué ta vie avec eux en affrontant des mangemorts et que tu comptes recommencer. Et je veux que tu arrêtes.
Neville cligna des yeux, stupéfait.
— Pardon ?
— Tu as pu aller à Poudlard de justesse, mais tu n'es pas un grand sorcier comme l'était ton père, Neville. Je refusais d'y croire, mais je dois m'y résigner : tu ne seras jamais à la hauteur. Mais mon garçon, ce n'est pas grave, la barre était sans doute trop élevée. J'ai dû te mettre beaucoup de pression, et je m'en excuse. À présent, je te demande de laisser Dumbledore faire son travail et te concentrer sur tes études.
— Non.
Sa réponse avait fusé sans même qu'il n'y réfléchisse.
Sa grand-mère le fixa, estomaquée : c'était la première fois qu'il s'opposait à elle… Mais il était fatigué de se plier en quatre pour tenter de la satisfaire. Il était hors de question qu'il continue à se soumettre à ses exigences égoïstes.
— Je te demande pardon ? s'exclama-t-elle.
— Non, je ne vais pas me concentrer sur mes études en laissant Dumbledore faire son travail. D'ailleurs, je ne travaille pas pour lui, nous sommes indépendants.
— Neville… !
Il dressa une main devant lui pour la couper. Une colère inconnue grondait en lui, prenant de l'ampleur. Il avait envie de se lever, de crier, de supplier sa grand-mère de le reconnaître enfin à sa juste valeur au lieu de le juger toujours aussi durement. Il ne sut pas où il trouva la force de continuer calmement :
— Je ne suis sans doute pas un grand sorcier comme mon père, tu as raison, et je ne le serai peut-être jamais. Ce n'est pas grave, j'ai d'autres talents et nous savons comment les exploiter.
Un éclat de douleur traversa les pupilles de la vieille dame.
Elle avait voulu son bien en lui demandant de ressembler à Frank Londubat, parce qu'elle désirait qu'il soit fort. Elle n'avait pas eu conscience du complexe d'infériorité qu'elle avait provoqué en lui. Aujourd'hui, elle cherchait à le protéger comme elle n'avait pas pu le faire avec son fils… Mais une fois de plus, elle ne prenait pas en compte ses sentiments.
Lui en parler servirait-il à quelque chose ? Il en doutait… Il devait juste lui faire comprendre qu'il était inutile de tenter de le dissuader.
— Grand-mère, tu m'as enseigné des valeurs et tu ne peux pas me les faire oublier maintenant. Un de mes amis est en danger en ce moment même, rien ne pourra me convaincre de ne pas me battre pour lui jusqu'à ce qu'il soit de nouveau à l'abri.
Il se leva et posa une main sur l'épaule osseuse de la dame qui l'avait élevé.
— Je m'en sortirai, ne t'en fais pas. Mais tu ne peux rien dire qui m'empêchera de suivre mon chemin.
Elle ne répondit rien, les rides accentuant la crispation de sa bouche. Elle hocha simplement la tête et il la relâcha.
Il ne manqua pas, cependant, le sanglot qui retentit derrière lui lorsqu'il ferma la porte.
.
Quelques jours avant la rentrée, son grand-oncle Algie vint le chercher aux alentours de dix heures pour faire ses achats scolaires.
Il était habitué à les faire avec lui depuis deux ou trois ans, sa grand-mère n'ayant plus soit la force physique, soit l'envie de l'accompagner dans les magasins du Chemin de Traverse pendant plusieurs heures.
— Ah, mon petit Neville ! Viens dans mes bras !
Algie le prit par une épaule et lui secoua vivement les cheveux avant de l'entraîner vers la cheminée de la maison familiale, lui demandant de ses nouvelles. Neville répondit poliment, sans rentrer dans les détails de ses recherches en botanique de combat et de défense. Sa grand-mère avait cependant dû toucher quelques mots à son frère puisque celui-ci mit les pieds dans le plat à peine furent-ils arrivés sur le Chemin de Traverse :
— Bon alors, c'est quoi cette histoire de guerre adolescente ?
— De guerre adolescente ? répéta Neville en fronçant les sourcils. C'est comme ça que grand-mère en a parlé ?
— Elle prétend que tu fais partie d'une équipe de petits rebelles à Poudlard qui jouent aux aurors sans se rendre compte des risques. C'est vrai, tout ça ?
« Petits rebelles »… Évidemment, elle ne le prenait pas au sérieux. Elle ne l'avait jamais fait, il ne devrait pas être surpris.
— On ne joue pas aux aurors. On fait juste ce que l'on peut à notre niveau.
— C'est votre niveau, de risquer votre vie ?
Il haussa les épaules.
— Tout le monde la risquera bientôt de toute façon.
Ils se turent une fois arrivés devant le magasin d'Ollivander.
L'artisan fut ravi de voir que Neville venait enfin dans sa boutique.
— Monsieur Longdubat ! je vous attendais bien plus tôt ! Vous savez, maintenant, plus personne ne récupère les baguettes des ancêtres. On en fait sur mesure pour quasiment tous les sorciers de onze ans !
Comme ce n'était pas son choix, il ne répondit rien. Il laissa monsieur Ollivander enchaîner en lui demandant ses mensurations, sa main dominante et toutes les informations qui lui étaient nécessaires avant de commencer les essais.
Algie s'était mis un peu à l'écart et l'observer renverser les feuilles ou agiter les artefact qu'Ollivander lui proposait sans que rien ne se passe, un petit sourire aux lèvres.
— Moi aussi j'ai eu du mal à trouver ma baguette. Elles étaient toutes trop puissantes pour moi !
— C'est vrai. 25,3 centimètres, Bois de bambou et écaille de strangulot, n'est-ce pas ? Une combinaison rare. Mais très efficace. Tenez jeune homme : 33,02 cm, bois de cerisier, crin de licorne.
Neville la saisit et sentit tout de suite la différence. Une chaleur naquit aussitôt dans sa paume et parcourut l'entièreté de son bras, comme un frisson, avant de s'épanouir dans son torse telle une fleur ouvrant ses pétales. Une douce lumière bleutée s'échappa du bout et quelques paillettes vertes glissèrent paresseusement jusqu'au sol.
— C'est celle-là, murmura-t-il en clignant des yeux.
— Effectivement, confirma monsieur Ollivander. Le crin de licorne permet une magie très constante, même si de puissance moyenne. En revanche, le bois de cerisier possède un pouvoir mortel, qui nécessite beaucoup de maîtrise de soi. Votre baguette vous sera fidèle, mais il faudra aussi la dompter. C'est un bois rare, mais ce n'est pas surprenant pour un sorcier de votre âge et de votre carrure.
— De ma carrure ? s'étonna Neville.
Le visage d'Ollivander se fit plus sérieux. Il s'approcha de Neville si près qu'il dut réprimer un mouvement de recul.
— J'ai appris ce que vous avez fait au Département des Mystères, chuchota-t-il d'un air entendu. Grâce à vous et vos amis, beaucoup de mangemorts dangereux ont été enfermés à Azkaban. C'est une bonne chose, quand on voit l'inaction des aurors…
Neville déglutit, se demandant d'où il tenait cette information. Devinant sa question, Ollivander lui accorda un clin d'œil :
— Le Ministère ne peut pas tout cacher à des sorciers comme moi.
Il se redressa et se recula de quelques pas, se glissant derrière son comptoir qu'il rangea d'un coup de baguette.
— Bien, cela fera trois gallions, je vous prie.
Une fois qu'ils eurent rejoint la rue piétonne, Algie s'empressa de lui demander :
— de quoi parlait-il ? Il semblait très impressionné…
— des mangemorts que mon « équipe de petits rebelles » a envoyé en prison cet été. Rien d'important.
C'était peut-être crâneur de s'en vanter, mais il apprécia à sa juste valeur les yeux écarquillés de son grand-oncle.
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Neville mit les pieds sur le quai neuf trois quart parmi les premiers. Pour une fois, Trévor n'était pas parti en vadrouille juste avant l'heure de départ et Neville n'avait pas rien oublié à la dernière minute. Il eut donc l'embarras du choix pour s'installer, ce qu'il fit dans un des derniers wagons, où il espérait être tranquille.
Luna fut la première de ses amis à le rejoindre, son air éternellement rêveur n'ayant pas quitté son visage. Hermione arriva quelques minutes après, survoltée. Elle leur laissa à peine le temps de la saluer avant de déclarer :
— J'ai travaillé pendant toutes les vacances sur les sorts que chacun d'entre nous pourrait apprendre en fonction des talents. J'en ai sélectionné une trentaine par personne. Ça va nous faire beaucoup de boulot. Il faudra en discuter avec Ron et Ginny, mais je pense que l'on pourrait essayer de reformer l'AD, non plus dans un objectif de cours de DCFM comme l'année dernière, sauf si nous avons de nouveau un très mauvais professeur, mais dans une optique de combat. Nous avons également besoin d'un nouveau nom : nous ne devons pas continuer à nous cacher derrière Dumbledore pour faire peur à Voldemort. J'ai réfléchi à quelques idées, mais ce sera mieux de voir ça tous ensemble.
Elle avait débité son discourt d'une traite, presque sans reprendre son souffle.
Luna lui tapota gentiment le genou.
— Nous aussi, nous avons passé de bonnes vacances, Hermione, merci.
Hermione s'excusa pour son emportement puis s'assit.
Elle porta son attention sur le quai, qu'elle regardait consciencieusement en fronçant les sourcils. Il supposa qu'elle espérait un miracle et que son meilleur ami apparaisse parmi eux comme si ces deux mois d'été avaient été parfaitement normaux…
Les Weasley furent, comme à leur habitude, dans les derniers à arriver. Dans leur précipitation à ne pas rater le train, Ron était ébouriffé et il avait mis son pull de travers. Neville lui fit un signe depuis la fenêtre.
Il fut cependant surpris de voir que Malfoy était avec eux, collé aux jumeaux. Ou plutôt les jumeaux collés à lui.
— Ah, on dirait qu'ils ont trouvé un accord, fit remarquer Hermione en suivant son regard.
Comme pour confirmer, Fred et George se penchèrent en même temps pour embrasser les joues du Serpentard qui se dégagea aussitôt, rougissant et contrarié. Il en frappa même un au torse, mais cela ne sembla pas du tout traumatiser le rouquin qui rit de plus belle.
Ils se séparèrent du reste de la famille et grimpèrent dans le train. Seuls Ron et Ginny entrèrent dans leur compartiment. Ginny se précipita sur Luna tandis que Ron leur accordait à tous un sourire.
Ce n'était cependant qu'un sourire de politesse, car bien vite un air malheureux s'installa sur son visage tandis qu'il regardait le quai par la fenêtre. Hermione se leva et posa une main sur son bras.
— Il n'est pas là, n'est-ce pas ?
— Non… On a même traîné un moment du côté moldu au cas où il ne pourrait pas passer la barrière, mais rien.
Les deux restèrent silencieux, dans une attitude digne et crispée. Neville l'avait toujours su, mais en voyant leur regard porté sur l'extérieur, leur visage grave et leur posture droite, il lui sembla comprendre davantage la profondeur du lien entre le trio d'or.
Et il se promit une fois de plus de ramener au plus vite Harry pour compléter leur groupe, quitte à de nouveau risquer sa vie.
Il était prêt à le faire.
