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Semaine 3.
Hal était en train de devenir une sorte de star sur les réseaux, et ce depuis le lancement du podcast. La décision qu'il avait prise avec Bradley de ne rien cacher des difficultés de leur entreprise y était pour beaucoup. Il avait montré différents visages au cours de ces derniers jours. Face caméra il éprouvait différents sentiments et émotions et jamais il ne mentait ou il n'essayait de dissimuler quoi que ce soit. C'était le deal et ça marchait. Les réactions et commentaires étaient bienveillants dans leur grande majorité au vu de cette sincérité. Avec grande intelligence Bradley se tenait toujours en retrait et laissait la plus grande place médiatique à son frère. Elle n'intervenait qu'en clôture de chaque épisode pour donner son point de vue et son témoignage en tant qu'aidant familial.
De son côté, Hal commençait à se projeter sur un après. Ensemble avec Bradley ils avaient réussi à trouver un thérapeute prêt à accompagner Hal en visio. De fil en aiguille, Bradley reçut des propositions d'associations et de médecins pour créer un autre programme, totalement indépendant sur l'addiction et les drogues en général. Dans sa tête elle commença à penser au programme qu'elle pourrait créer et faire un vrai contenu journalistique. Son carnet grouillait d'idées et de formats. Il fallait à tout prix qu'elle en parle à Gayle… Laura aurait pu l'aider aussi, sans parler de Cory. Non, non non non non. Il fallait qu'elle gère ça, seule. Pas le choix.
Hey, toujours en train de bosser ? glissa Hal en entrant dans la chambre.
- Ouais. J'avance, je fourmille d'idées.
- C'est bien ça. Je suis content pour toi.
- Et toi ? Comment s'est passé ta séance ?
- Bien. C'est étonnant.
- Quoi donc ? demanda Bradley en relevant la tête de son écran.
- Je ne pensais pas que ça pouvait faire cet effet de parler à quelqu'un. Je ne sais pas comment dire mais c'est une bonne chose. J'ai l'impression de respirer à nouveau.
- C'est ta manière de me dire que je devrais le faire ? lança-t-elle plus durement qu'elle ne l'aurait cru.
- Alors, non. Mais vu la manière dont tu viens de réagir, tu devrais peut-être y penser.
- La dernière personne qui m'a parlé de thérapie est à 2 000 miles de moi maintenant ! Tu vois, elle a suivi une thérapie et elle est loin.
- Ouais, et c'est à cause de ça précisément que tu te tapes chaque soir des trails dans les escaliers de cet hôtel sans doute. C'est quoi ton objectif exactement ? Faire 2 000 miles en courant pour simuler une repentance ?
- Hal !
Elle lui jeta sa tasse à la figure. Il l'esquiva de peu. Elle s'écrasa contre le mur et le café froid dégoulinait . Bradley peinait à contenir les larmes qui lui montaient aux yeux. Bientôt son visage fut ravagé par la douleur et elle s'effondra. Hal vint à son secours et pour la première fois depuis longtemps, c'est lui qui devint un soutien pour sa sœur. Il la garda contre lui, silencieux. C'était elle qui avait toujours été là, qui l'avait toujours soutenu. Pendant trop longtemps elle avait gâché sa vie à essayer de maintenir ce semblent de famille en vie, à s'oublier pour les autres. Ils restèrent ainsi l'un contre l'autre jusqu'à ce que le téléphone de Hal sonne.
- Attends, je vais voir ce que c'est, dit-il en relâchant son étreinte.
Il regagna le salon et attrapa son téléphone. Évidemment. Il fallait que ce soit elle, toujours au bon moment. De son côté, Bradley avait essuyé son visage et commençait à ramasser les morceaux de sa tasse. La porte étant restée ouverte, elle entendit tout ce qui suivit.
- Maman, comment ça va ? demanda-t-il innocemment.
- Comment ça va ? Comment ça va ? Mes deux enfants sont loin de moi et me laissent seule face à tout ce merdier !
- Va te faire foutre OK ? hurla-t-il dans le téléphone. T'en as jamais eu rien à foutre de nous si ce n'est pour nous contrôler selon tes propres besoins. Putain, maman !
- Comment tu oses ? C'est pas toi qui dois faire face aux regards des voisins. Une fille… pervertie et débauchée, et toi… Regarde-toi… bipolaire et drogué. A l'autre bout du pays et te montrer sans aucune honte…
- Ça fait longtemps que j'aurais dû faire ça maman. Alors je le répète : va te faire foutre. Et pour ton information, je vais très bien.
Il raccrocha. Contre toute attente, il se sentit… réellement bien. Plutôt fier même.
- Wow, Hal. C'était… impressionnant.
- Mais c'est vrai en plus. Je me sens bien , ça m'a fait du bien.
- Je suis contente pour toi petit frère.
Ils tombèrent à nouveau dans les bras l'un de l'autre et restèrent ainsi jusqu'à ce que Hal se racle la gorge :
- Sis, tu sais, j'aimerais te demander quelque chose.
- Quoi ?
- Tu sais l'autre jour, quand on a parlé, enfin, que tu m'as parlé d'elle et qu'on était assis par terre ?
- Oui, et bien ?
- J'aimerais qu'on le refasse. J'ai besoin que tu me parles, ça m'aide à mieux te comprendre.
- Je ne sais pas si je peux.
- S'il te plaît.
Pourquoi le lui refuser ? Elle lui demanda un peu de temps pour se décider. Les choses étaient assez compliquées à se mettre en ordre dans sa tête. De fait elle repartit dans sa chambre-bureau et téléphona à Gayle. Elle gagna presque deux heures de répit tout en créant un programme d'informations. Le format, la durée, les intervenants, le nombre d'émissions, tout se décanta avec une facilité déconcertante. Il faudrait qu'elle trouve un moyen de la remercier convenablement quand tout ceci serait terminé. Dans tous les cas, elle allait remettre sa demande au Conseil, Sybil en tête. Elle la remercia et raccrocha.
Peu après elle se retrouva dans les escaliers, son endroit préféré du monde en ce moment. Elle commença à dévaler les marches sans réfléchir. Il n'y avait pas de décor, rien à regarder, personne à écouter. Elle se laissait emporter par un rythme automatique encouragé par l'assonance de sa foulée. Le temps n'existait plus. Elle n'existait plus. Monter, descendre. Monter, descendre. Monter, descendre. C'était à se demander comment elle ne s'était pas encore faite réprimander pour ses sorties nocturnes. Il devait forcément y avoir des caméras… La question disparut aussi rapidement qu'elle était arrivée et elle continua ses pérégrinations. Une fuite sans issue.
Pendant ce temps, Hal regardait une émission sur la chasse lorsqu'il entendit vibrer un téléphone. « Alex Levy ? ». Il se demanda ce qu'il devait faire. C'était peut-être important.
- Allô ?
- Bonjour, je voulais avoir Bradley.
- Je suis son frère. Désolé, elle est sortie.
- Sortie ?
- En quelque sorte.
- Vous devez être Hal, c'est ça ?
- Oui.
- Bravo pour ce que vous faites. C'est très courageux et ça doit donner des perspectives à ceux qui n'en n'ont pas.
- Mme. Levy…
- Alex, appelez-moi Alex.
- Ok Alex. Vous êtes une amie de ma sœur, non ?
- … Je ne me suis pas vraiment comportée comme une amie ces derniers temps mais j'aimerais me rattraper, je lui dois ça.
- Je ne sais pas vers qui me tourner pour ça, mais j'aimerais aider ma sœur. Elle ne va pas bien elle non plus. Pas bien du tout je crois.
Oh…
Pendant un bon quart d'heure, Hal expliqua à Alex ce qui s'était passé ces derniers jours n'omettant aucun détail. Il lui parla de l'enregistrement qu'ils avaient fait après la visite de Cory. La réaction d'Alex fusa. La démarche de Hal était dangereuse, mais honnêtement, il ne savait pas du tout vers qui se tourner. Alex lui paraissait être la meilleure option mais si Bradley venait à l'apprendre… A l'issue de leur conversation, Alex pria Hal de garder son numéro et d'effacer toute trace de cet appel s'il le pouvait. Mais s'il avait pu décrocher, il ne disposait pas du code permettant d'ouvrir le portable. « Elle va me tuer si elle sait… »
La porte s'ouvrit. Hal était absorbé par la télé, du moins, c'est ce qu'il montra… Dans sa poitrine son cœur battait la chamade. Bradley lui sourit. Il la trouva fatiguée et en sueur. C'est à ce moment qu'il remarqua à quel point sa sœur avait maigri. Elle lui offrit un autre sourire en enlevant son tee-shirt et fila à la douche. Ses côtes ressortaient. Même s'il n'était pas habitué à voir sa sœur en sous-vêtements, il pouvait dire qu'elle commençait à faire maigre. « Qu'est-ce que j'ai fait ? » se demanda-t-il. Il éteint la télé et se mit à regarder à travers la fenêtre en soupirant. Sans s'en rendre compte, il venait de trouver un dérivatif à ses problèmes d'addiction.
Lorsqu'elle sortit de la douche, Bradley vint le voir.
- J'ai réfléchi à ce que tu m'as demandé. C'est d'accord, glissa-t-elle.
- Super. On peut faire ça quand ?
- Maintenant si tu veux, je me sens prête.
Tout excité, Hal alla chercher son téléphone. Instinctivement il s'assit par terre, comme la dernière fois. Bradley en fit autant. Hal tourna l'objectif directement sa sœur. Elle était en peignoir. Ses cheveux étaient mouillés, à peine démêlés.
- Qu'est-ce que tu veux savoir Hal ?
- Lors de notre dernière discussion, tu m'as parlé d'elle : Laura Peterson. Je me demandais si c'était la première fois que tu avais une relation avec une femme. On n'a pas été exactement élevés comme ça.
- Tu veux dire qu'on n'a pas du tout été élevés ?
- Ouais, peut-être.
- Peut-être ?
- Ben, moi au moins je t'ai eue toi. Papa en taule, maman… c'est maman. Mais toi tu as toujours été là.
- Hal…
- Et maintenant je dois être là pour toi. C'est le moment, souffla-t-il dans un murmure.
- On est là pour toi Hal, pour te sortir de cette merde parce que tu en as la volonté cette fois. C'est le plan depuis le début.
- Oui, mais j'ai aussi besoin de comprendre certaines choses, et j'ai besoin de t'aider.
Elle ne voyait pas du tout où il voulait en venir quand il parlait de l'aider, alors elle continua.
- Non, Laura n'est pas la première. J'ai eu d'autres… « expériences » quand j'étais plus jeune. Pas des tonnes.
- D'accord, mais pourquoi ? Je veux dire… C'était en toi ? Enfin, je sais pas. Là où on a grandi, c'était pas exactement très « libéral ». Et, tu ne m'en as jamais parlé.
- Hal. J'étais ado, en perpétuelle rébellion et révoltée contre le monde. J'étais prête à toutes sortes d'expériences, et les femmes en étaient une. Je n'avais pas réalisé que j'avais cette attirance quand j'en ai embrassé une pour la première fois. Puis je suis tombée enceinte, et quand je me suis faite avorter j'ai fait profil bas. Je ne voulais pas que maman découvre quoi que ce soit sinon elle m'aurait probablement virée de la maison et tu serais resté seul avec elle. Je ne pouvais pas le permettre. Alors je me suis tenue à carreau pendant quelques temps.
- C'était quand alors ? demanda Hal qui comprenait de plus en plus le rôle de tampon qu'avait joué sa sœur pour lui et tout ce qu'elle avait subi et enduré. Il lui devait encore plus que ce qu'il croyait.
- A l'université. J'étais plus libre mais je n'arrivais pas à assumer. J'étais consumée par la honte. Je découvrais plein de choses nouvelles, d'émotions, de sensations, mais j'étais toujours prisonnière du Sud et de cet esprit conservateur pour m'épanouir. Au final ça rejoint ce que j'ai dit à Laura de son interview. Même si c'est personnel et non professionnel, je m'étais interdite ce genre de rêve ou désir appelle ça comme tu veux.
- Hal absorbait les paroles de sa sœur qu'il avait de la peine à reconnaître. Jamais il ne s'était questionné un seul moment sur son identité ou son désir. Tout avait toujours coulé de source et n'avait jamais compris en toute sincérité que tout le monde n'ait pas eu « cette chance ».
- Et après ?
- Elle détourna le regard.
- Elle est arrivée et elle a tout fait exploser.
- C'est-à-dire ?
- Chaque verrou que j'avais posé, elle les a fait sauter. J'avais devant moi une femme qui assumait, qui s'assumait. Une star du journalisme, reconnue et respectée, et elle ne se cachait pas. Un jour elle m'a raconté ce qui lui est arrivé en 1997, comment elle a été outée et virée par sa chaine en conséquence alors qu'elle était déjà au sommet à même pas 30 ans.
- Elle a été virée pour ça ?
- Oui, mais pas officiellement. Je crois que c'est ça le pire dans l'histoire. Enfin bref. Suite à cela elle ne s'est pas résignée, elle n'a pas lâché. Elle a combattu, elle est repartie de zéro. Tu te rends compte de tout ce qu'elle a enchainé pour arriver là où elle est aujourd'hui ? Reporter de guerre, Pulitzer, Emmy Award… Elle a combattu, tout combattu et elle est elle-même. Tout ce à quoi je suis incapable d'aspirer.
- Bradley…
- Quoi ?
- Est-ce que tu te considères comme lesbienne ?
- Non, je ne crois pas, répondit-elle directement. Et cette fois, c'était vraiment spontané et sincère.
- Je ne comprends pas.
- Je ne peux pas dire ça parce que ce n'est pas vrai. Je suis aussi attirée par les hommes, je ne peux pas mentir sur ça. Je suis honnête Hal. Je déteste me mettre dans des cases mais je dois pouvoir me considérer comme bisexuelle.
- Tu sais quoi ? Je suis fier de toi.
- Pourquoi ?
- Parce que je pense que je suis le premier auprès de qui tu as fait ton coming out.
- Pour la première fois depuis le début de leur conversation elle ne sut que répondre, prise de cours par ces paroles. Elle sentit sa mâchoire trembler et son nez lui piquer avant de s'écrouler en pleurs dans les bras de son frère.
- Bradley chérie, dit-il tout bas, je pense que tu devrais vraiment commencer une thérapie.
