Voilà la dernière partie que j'avais d'avance, pour le reste il va falloir encore plus patienter parce que je bloque dessus depuis plus d'un mois déjà et que je suis pas vraiment l'auteur la plus productive du monde.
On commence à attaquer les parties plus longues, c'est pendant l'écriture de celle là que j'ai réalisé que cet "OS" devenait bien trop long et qu'il fallait que je le découpe pour le poster par petits bouts.
Bonne lecture.
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TW : Mentions de consommation d'alcool et de violence physique.
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4 .
Les enseignes lumineuses des magasins éclairaient sa peau d'une lueur blafarde. Denki fixait son reflet dans une vitrine, contemplant les ombres que les néons verts et blancs laissaient sur son visage. Il se tordit le cou d'une manière peu naturelle qui fit craquer ses cervicales et observa la marque bleue qui assombrissait de plus en plus sa pommette. Il porta sa main à sa joue, effleurant du bout des doigts le coup que l'homme avait laissé. C'était un peu douloureux. Il y avait quelque chose d'un peu étrange, c'était la première fois qu'il se faisait frapper.
Il ne put s'empêcher de ricaner, c'était nerveux, et c'était ridicule.
— Oh euh, tu es l'ami de Kirishima, non ?
Entendre le nom de son meilleur ami arracha Denki à la contemplation de son reflet. Un gars le dévisageait étrangement, leur regard se croisèrent un instant puis l'autre garçon fronça les sourcils.
— Est-ce que ça va ?
— Oui ? Qui …?
Les yeux sombres et cernés lui disaient vaguement un truc, mais ses pensées étaient embrouillées par l'alcool et sa soirée mouvementée. L'homme était vêtu d'un trench coat beige passé de mode et une écharpe violette lui cachait la partie inférieure du visage, ce qui n'aidait pas Denki à mettre un nom dessus.
— Hitoshi Shinso, se présenta celui-ci en comprenant qu'il ne se rappelait pas de lui. On s'est croisé à la bibliothèque il y a quelques semaines.
— Oh oui, se souvient Denki. Le sociologue anti-âme-sœur... Tu as l'air encore plus blasé sans tes lunettes.
Sa remarque ne parut pas affecter l'autre étudiant, il le regardait étrangement et Denki se demanda s'il avait quelque chose sur le visage.
Il pouffa.
Bien sûr qu'il avait quelque chose sur le visage ! Un énorme bleu qui étalait paisiblement sur sa joue. Une légère douleur lorsqu'il ricana lui rappela qu'il s'était également mordu méchamment la lèvre.
— Tu es sûr que ça va ? demanda de nouveau Hitoshi, il fit un pas hésitant dans sa direction.
— Oui, oui ! s'exclama Denki. Je me suis fait frapper !
Et il éclata de rire.
Hitoshi afficha plusieurs expressions intéressantes, passant entre l'incompréhension, l'interrogation puis l'inquiétude. Denki n'aurait jamais soupçonné que cet étudiant au regard pourtant si peu émotif était capable d'exprimer autant de sentiments en si peu de temps. Maintenant que Hitoshi lui avait dit son nom, il se souvenait parfaitement de leur rencontre à la bibliothèque. Difficile d'oublier leur altercation, c'était pourtant rare que Denki ne parvienne pas à s'entendre avec quelqu'un. Ils avaient juste réussi à se mettre d'accord sur le fait qu'ils n'étaient pas d'accord et Denki avait fini par partir. Au grand soulagement de Eijiro qui désespérait de pouvoir travailler sur son projet de groupe.
— Fait pas cette tête là, ricana Denki. Sinon on va croire que tu as des émotions et ta réputation de méchant inexpressif va s'effondrer.
— De quoi tu parles, je suis pas-
Un doigt tapotant sa joue interrompit Hitoshi dans sa phrase. Denki s'était subitement approché et appuyait sur son visage comme on ferait à un enfant. Hitoshi lui attrapa le bras pour le faire reculer.
— Tu as trop bu, constata-t-il.
Hitoshi l'observa un moment, s'attardant sur la joue blessée, puis Denki l'entendit soupirer.
— Viens avec moi.
Sans lâcher son poignet, il lui fit faire demi-tour et entraîna le blond derrière lui, marchant assez lentement pour ne pas le bousculer.
— Tu vas me tapper aussi ? demanda Denki avec amusement sans lui opposer de résistance.
— Quoi ? Non !
— Je sais que tu m'aimes pas.
— C'est pas parce qu'on n'a pas le même avis que je vais te frapper.
Denki rigola une nouvelle fois en l'entendant soupirer. Il le suivit docilement sans même se préoccuper de l'endroit où voulait l'emmener l'étudiant en sociologie. Il était encore assez lucide pour mettre un pied devant l'autre sans trébucher, mais Hitoshi ne relâcha pas son bras avant de s'arrêter devant d'une supérette.
— Attends-moi là, souffla-t-il avant de disparaître à l'intérieur du magasin.
Denki lui obéit sagement et n'osa plus bouger, même lorsque ses jambes commencèrent à lui faire un peu mal à force de rester debout.
Heureusement Hitoshi ne le fit pas patienter trop longtemps et revient, un petit sac course dans les mains.
— Tu as acheté quoiii ? demanda Denki.
Il voulut fouiller dans la poche mais Hitoshi lui enleva des mains.
— Allons nous asseoir d'abord ça sera plus pratique.
— Pratique pour quoiii ?
Mais Hitoshi ignora sa question et la curiosité poussa Denki à le suivre lorsqu'il s'éloigna. Comme ils ne trouvèrent pas de banc, Hitoshi le fit s'asseoir sur un muret et posa ses achats à côté. Il sortit une canette de Fanta et la tendit à Denki.
— Oh ! Comment tu as su que j'avais soif ! s'extasia le blond.
Il s'apprêtait à ouvrir la boisson mais Hitoshi lui retira des mains.
— C'est pas pour boire, c'est pour ta joue.
— Mais ma joue elle a pas soif.
Denki cru voir Hitoshi lever les yeux au ciel, mais dans la pénombre, il n'était pas sûr d'avoir bien vu.
— Appuie le Fanta contre ta joue pendant que la canette est froide, ça t'évitera d'avoir un énorme bleu, lui expliqua l'étudiant de sociologie.
Mais comme Denki se contentait de se plaindre, il finit par poser lui-même la canette de métal contre la peau du blond.
— C'est froid ! couina Denki.
Il laissa tout de même Hitoshi faire et ne protesta pas lorsque l'autre l'obligea à tenir la boisson contre sa joue tout seul. Il l'observa fouiller dans le sac plastique et en sortir un gobelet de café dont il but une longue gorgée.
— Pourquoi tu as le droit de boire, toi ?
— Parce que je suis pas blessé.
— Pff, rigola Denki, s'attirant un regard étonné de l'étudiant. On dirait que tu t'inquiètes pour moi. C'est drôle.
— Je vois pas ce qui a de drôle.
— Tu m'aimes pas, répondit Denki comme si ça expliquait tout.
— Tu dis encore ça, soupira Hitoshi, il baissa une main dans ses longs cheveux puis le regarda de nouveau. Tu sais, les gens peuvent avoir des avis différents sans pour autant se détester.
— Tu m'aimes alors ?
L'expression blasé que Denki récolta en réponse lui déclencha un nouvel éclat de rire.
— Je prends ça pour un oui !
— C'était pas un oui.
— Mais tu t'inquiètes pour moi et tu m'as acheté à boire !
Il leva fièrement la canette de soda comme preuve.
— C'est parce que je n'ai pas trouvé de glace, se justifia Hitoshi. Garde là appuyer tant que c'est froid.
— Tu vois que tu t'inquiètes, tu es gentil en fait.
— J'ai le ticket de caisse, tu peux me rembourser si tu insistes tant.
La mauvaise foi dans sa voix fit de nouveau rigoler Denki. Il lui donna une tape amicale sur l'épaule et rit de plus belle lorsque Hitoshi le fusilla du regard, après avoir manqué de renverser son café.
— Il y a pas de honte à être gentil ! Tout le monde devrait l'être, ça serait bien.
Denki hocha la tête, affirmant ses propres paroles.
Il y eut un moment de silence, où Hitoshi bu son café et Denki résista à l'envie d'ouvrir sa boisson. Finalement il ne tient pas très longtemps et il s'empressa de décapsuler le fanta avant que l'autre ne trouve à y redire.
— J'ai plus mal ! argua -t-il devant le regard blasé de l'étudiant en sociologie.
— Fait ce que tu veux, mais ne vient pas te plaindre demain quand ton visage aura doublé de volume.
— C'est possible ça ?!
Comme Hitoshi se contenta de hausser simplement les épaules en réponse, Denki avala rapidement une gorgée de soda avant de plaquer de nouveau la canette contre sa joue.
— Doucement, le réprimanda Hitoshi dans un soupir d'agacement. Tu vas te faire encore plus mal. Et fait attention, tu vas en mettre partout.
Il lui attrapa le poignet pour modifier la position de la canette et éviter d'en renverser le contenu maintenant que Denki l'avait ouverte.
— Merci !
Denki lui fit un grand sourire comme remerciement mais Hitoshi se contenta à nouveau d'un mouvement d'épaule peu expressif.
Maintenant qu'il était plus près, Denki trouvait ses yeux bien plus brillants qu'il ne l'avait pensé. En fait le regard de Hitoshi était rempli d'émotions, il fallait juste bien chercher pour les trouver sous cette couche désabusée que l'étudiant en sociologie bâtissait autour de lui.
Denki observa les orbes violines dériver sur son visage, passer un instant sur sa pommette puis descendre encore et s'attarder sur ses lèvres. Denki sentit quelque chose s'agiter dans son ventre, et le temps qu'il identifie le sentiment d'expectative qui montait en lui, Hitoshi s'était détourné.
Il monta à son tour sur le muret pour s'y asseoir et tendit le sac plastique de la supérette à Denki.
— Y a de la pommade pour ta joue, ça t'évitera de ressembler à un ballon. J'ai aussi pris des pansements pour les blessures mais je suis pas sûr que ça soit très utile.
Denki passa sa langue sur sa lèvre inférieure et sentit la coupure que ses dents avaient laissés à cause du coup. Certainement qu'un pansement ne tiendrait pas. Il adressa un regard mutin au garçon à ses côtés.
— Si gentiiil~ , roucoula Denki en se penchant vers lui.
Hitoshi le repoussa mollement lorsqu'il s'appuya de tout son poids contre son épaule.
— Redresse toi, tu vas mettre du fanta partout, marmonna-t-il mais il fut royalement ignoré
— Je veux… commença Denki d'une voix si sérieuse qu'elle arrêta Hitoshi dans son mouvement pour le relever.
Le blond sembla ensuite réfléchir à ce qu'il voulait dire, plissant les yeux sous la concentration. Mais ça dura si longtemps que Hitoshi soupira.
— Dis moi, combien de verre tu as bu au juste ?
— Ce soir ou pendant toute ma vie ?
— Juste ce soir, ça sera déjà suffisant.
— Si tu crois que je m'en souviens ! s'exclama Denki, avant de rouler des yeux puis d'éclater de rire.
— Trop pour que tu t'en rappelles c'est ça ?
— Qui se souvient de ce genre de choses ? C'est comme les cours, qui a le temps de retenir tout ce que disent les profs ? Il y a pleins d'autres trucs à faire comme…
Il fronça les sourcils.
— J'ai pas d'exemples, mais je suis sûr qu'il y a d'autres trucs à faire.
— Comme se bourrer la gueule et se battre ? proposa aimablement Hitoshi
— Eh ! C'était même pas ma faute d'abord ! s'indigna Denki, puis il prit un air conspirateur. Tu veux que je te raconte ?
— Tu n'es pas obligé de-
— Tu vas voir c'est une histoire drôle !
Soudain très enthousiaste, il se redressa et s'installa en tailleur face à Hitoshi.
— En fait mon âme-sœur est un garçon, tu vois. Alors je suis allé dans un endroit spécial pour le trouver, et là, y a un gars qui est venu me voir. Il était beau et tout, et il embrassait super bien, mais après j'ai vu que ma marque était presque noire, alors je lui ai dit qu'il était pas assez dépressif pour être mon âme-sœur. Mais je crois qu'il l'a mal pris, parce qu'après il était pas content et il a commencé à me crier dessus, d'autre gars sont venus pour essayer de le calmer, mais ça l'a encore plus énervé, puis il m'a donné un coup de poing, voilà !
Denki prit une vive inspiration pour récupérer son souffle puis attendit avec impatience la réaction de Hitoshi. Mais l'étudiant laissa passer un moment de silence avant de réagir, parlant d'un ton assez détaché.
— Ce n'était… Pas vraiment drôle...
— Tu trouves ? bougonna Denki, assez déçu de sa réaction. D'habitude mes amis aiment bien quand je leur raconte mes histoires. C'est juste parce que tu as pas d'humour, voilà tout.
— Il y a rien de drôle la dedans, répéta Hitoshi
Et Denki eut l'impression de revenir au jour de leur première rencontre, lorsque Hitoshi contredisait tous ce qu'il racontait. Il le fusilla du regard.
— Je suis sûr que Eijiro aurait rigolé !
— Alors c'est que c'est pas un bon ami.
— Quoi ! s'insurgea aussitôt Denki, piqué à vif. C'est un meilleur ami que tu ne le sera jamais !
Il écarta vivement les bras pour donner de l'emphase à ses paroles, oubliant pendant un instant qu'il tenait toujours le soda dans sa main. La canette fit un vol plané de plusieurs mètres avant de s'écraser sur le trottoire d'en face.
— Oups.
Hitoshi soupira lourdement, il passa une main dans ses cheveux et se massa la tempe.
— Eh, je suis désolé, fit doucement Denki se sentant soudain coupable. C'est pas grave, hein, je vais aller en racheter, faut pas t'en faire pour ça.
— Tu pense vraiment que tu va rencontrer ton âme-soeur dans une boite gay ?
Denki qui s'était levé pour retourner à la supérette, se rassit subitement. Ils y étaient, au sujet qui fâche : leur vision différentes des âmes-sœurs.
— Et pourquoi pas ? marmonna-t-il, bien consient qu'il était idiot de se braquer mais incapable de pouvoir s'en empêcher.
— Déjà, tu es même pas certain que ce soit un garçon.
— Je sais que c'est un garçon, le contredit aussitôt Denki.
— Tu es gay ?
Denki manqua de s'étouffer avec de l'air tant la question lui paru arbrute.
— Non, non ! Tu comprends pas… Il y a quelque chose au fond de moi qui fait que… Je sais que c'est un mec. Je veux que ce soit un mec.
— C'est ce qu'on appelle être gay, affirma platement Hitoshi, devant le regard effaré de Denki il ajouta : et y a pas de honte à être gay. Tu peux aimer qui tu veux.
— J'aime juste mon âme-sœur.
— Bien sûr, souffla Hitoshi. J'ai bien compris que tu étais obsédé par l'idée de la trouver, mais ça vaut pas la peine de mettre ta vie en danger pour ça.
— J'ai pas mit ma vie en danger, marmonna Denki
Hitoshi se pencha en avant et lui toucha la joue qui commençait à virer au violet.
— Aïeuh !
Denki s'écarta vivement, lui attrapant le bras pour l'éloigner de son visage tuméfié.
— J'ai même pas appuyé, lui fit remarquer Hitoshi. Ça sera quoi la prochaine fois ? On te cassera les jambes ?
— Dis pas n'importe quoi, Katsuki était juste un peu trop émotif, c'est tout. Il a pas du supporter de se faire rejeter. Je ferais plus attention la prochaine fois.
Les traits de Hitoshi se tendirent et il mit un peu plus de temps avant de répondre.
— Ne cherche aucune excuse à quelqu'un qui t'a frappé, commença-t-il lentement. La violence n'est jamais excusable, quelle qu'en soit la raison.
— Je sais, c'est bon, marmonna Denki.
Il lâcha brusquement la main de l'étudiant et descendit du muret, il n'était pas vraiment en état d'entendre encore une leçon de morale. Hitoshi avait été sympa de l'aider, mais il commençait à en avoir marre que l'autre remette toutes ses décisions en cause. C'était sa vie au dernière nouvelle, comment il l'a vivait ne le regardait pas. Il vacilla un instant quand il se retrouva debout, l'alcool lui montait à la tête, ça lui donnait la nausée.
Un bras secourable lui permit de retrouver son équilibre. Il le repoussa énervé.
— C'est bon ! répéta-t-il hargneusement. Je peux me débrouiller tout seul. Merci pour la boisson et les pansements. Je rentre.
Il partit vers la gauche, juste parce que ça lui permettait de ne pas passer devant Hitoshi et marcha au hasard. En fait, il n'avait aucune idée d'où il se trouvait, mais il finirait bien par reconnaître une rue au bout d'un moment, la ville n'était pas si grande que ça, et il pourrait rentrer chez lui.
Dire qu'il fut surpris en entendant un bruit de pas derrière lui aurait été faux. Bien sûr que l'autre ne pouvait juste pas le laisser repartir comme ça. Denki se retourna vivement pour lui adresser un regard noir.
— Tu comptes me suivre jusqu'à chez moi ?
— Je veux juste m'assurer qu'il ne t'arrive rien sur le chemin.
— Tu te prends pour un chevalier servant ? Achète toi des lunettes, je suis pas une demoiselle en détresse !
— J'ai déjà des lunettes, répondit simplement Hitoshi,
Son ton et son visage étaient toujours aussi impassibles, ce qui acheva d'énerver Denki.
— Raaaah ! Fais comme tu veux je m'en fou !
Il déambula dans les rues pendant un long moment et, malgré sa mauvaise humeur et ses fréquents commentaires plus ou moins agréables, Hitoshi ne le quitta que lorsque Denki retrouva enfin son chemin et qu'il s'engouffra dans son immeuble et en claqua la porte sans même un remerciement.
