Heyyoo ! Voilà la partie 5 ! J'aime beaucoup cette partie (bon en vrai j'aime aussi la 4 et la suivante est sans doute ma préfèré, en fait j'aime juste cette fic) j'espère qu'elle vous plaira aussi :3
Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser votre avis !
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TW : consommation d'alcool
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5.
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— Waouh, quand Eijiro m'as dit que tu allais passer, je pensais que c'était juste une blague !
Hitoshi coula un long regard sur Denki qui venait de s'accouder à sa gauche pendant qu'il passait commande au comptoir.
— Ma présence t'indispose-t-elle à ce point ? demanda l'étudiant en sociologie.
Il avait toujours ce ton un peu monocorde et cette expression d'indifférence, comme si rien ne pouvait l'atteindre. Il ne portait pas ses lunettes, tout comme la dernière fois qu'ils s'étaient croisés dans la rue, presque trois semaines plus tôt, et Denki se demanda s'il ne les portait que pour travailler. Ses cheveux foncés laissés libres, lui tombaient en de longues mèches désordonnées sur les épaules et devant les yeux, ça lui donnait un air encore plus apathique.
Denki lui sourit. Un visage si vide d'émotion lui donnait envie de le taquiner juste pour voir quels sentiments pouvaient venir en déformer les traits si lisses.
— Qui aurait cru que Monsieur coincé pouvait venir boire un verre dans un bar et s'amuser avec des amis ?
Hitoshi profita que le serveur lui apportait sa boisson pour ignorer sa remarque. Il attrapa son verre et s'éloigna du bar, suivit par Denki, après tout ils allaient dans la même direction. Un peu plus loin, dans un coin du pub, un petit groupe d'étudiants avait investi plusieurs tables pour fêter la fin des examens du premier semestre.
Denki n'eut pas le temps de surenchérir avant que Hitoshi ne se glisse à une place libre en bout de table à côté d'un garçon bouclés aux grands yeux verts. Agacé de ne pas pouvoir l'embêter davantage, Denki força quelqu'un à se décaler pour pouvoir s'asseoir à son tour. Ils étaient à la même table, mais Hitoshi était trop éloigné pour que Denki puisse lui parler sans que les autres étudiants ne se mêlent de leur conversation.
— Hey Denki ! le salua Hanta à côté de qui il s'était installé. Ça faisait longtemps mec, tu traîne plus trop à la fac.
— Ouais, en fait j'ai arrêté les cours, avoua Denki, un peu gêné. Je suis pas allé aux exam.
Il jeta un coup d'œil pour voir la réaction de Hitoshi, mais celui-ci ne le regardait pas, trop occupé à discuter à voix basse avec son voisin.
— Sérieux ?! Mais tu vas faire quoi maintenant ? s'enquit un autre étudiant assis en face d'eux.
— Trouver un petit job, sûrement, avant de pouvoir m'inscrire dans un apprentissage l'année prochaine.
— Mais on va plus te voir alors, se lamenta Hanta. De qui on va pouvoir se moquer si tu es plus là pour nous raconter tes histoires abracadabrantes ?
— Eh, c'est pas ma faute s'il m'arrive que des trucs bizarres !
— Non, tu dois juste être le type le plus malchanceux du monde. Ce genre de choses ne peuvent arriver qu'à toi !
La remarque déclencha une vague de ricanements affirmatifs et Denki sourit, habitué à être le centre de l'amusement des autres. Il piqua le verre de Hanta pour avaler une gorgée de bière. Trop occupé à embêter Hitoshi, il n'avait même pas pensé à se prendre un cocktail pour lui. Il grimaça au goût un peu trop âpre qui lui resta sur la langue, la bière n'était pas vraiment sa boisson préférée. Hanta protesta devant le vol flagrant et Denki bu une gorgée supplémentaire avant de lui rendre, juste pour le plaisir d'entendre son ami râler.
— D'ailleurs, je vous ai pas raconté …
Comme s'il s'agissait d'une formule magique, les mots de Denki suffirent à faire baisser le volume de la tablée et certains se penchèrent inconscient dans sa direction. Il laissa planer un léger silence, appréciant les expressions avides et les sourires d'anticipations qui florissaient déjà sur leur visage avant de commencer le récit de sa dernière aventure.
C'était juste une banale histoire d'un chien perdu qu'il avait trouvé dans un parc. Il lui avait couru après pendant plus d'une heure sans parvenir à l'attraper, jusqu'au moment où le chien s'était réfugié derrière les jambes d'un mec super baraqué qui s'était révélé être le maître de l'animal. Le maître en question, un petit trafiquant de drogue, au lieu de simplement remercier Denki, l'avait accusé d'avoir voulu lui voler son chien et ça c'était fini en course poursuite.
— Pour une fois que je fais une bonne action, on veux me buter en récompense ! s'insurgea Denki en conclusion, déclenchant les rires autour de lui.
— Faut pas que tu sois gentil, ça te réussit vraiment pas, compatit Hanta en lui tapotant l'épaule.
Denki eut une moue surjouée et dramatique, il porta une main à son cœur.
— Je crois que le monde entier m'en veut. J'ai besoin de boire pour oublier.
Et sur ses bonnes paroles il emprunta une nouvelle fois le verre de son ami et le bu cul sec.
— Hey ! Tu as intérêt à m'en acheter un autre !
— Denki devrai payer sa tournée pour fêter son abandon de la fac ! proposa subitement un autre étudiant.
Denki le connaissait à peine, il savait juste qu'il trainait dans son groupe de potes avec Eijiro et Hanta. Il s'appellait Mineta, ou Minnesota, un truc comme ça.
— Quoi, non ! protesta Denki, ayant peur pour son portefeuille. C'est pas ceux qui ont réussi leurs examens qui devraient payer ?
Mais ça ne suffit pas à réfréner l'enthousiasme général et une bonne partie des étudiants s'étaient levés pour passer commande au bar.
— Est-ce que je dois m'enfuir avant de me ruiner en bière de mauvaise qualité ? glissa Denki à Hanta resté à côté de lui.
Son ami rit de sa déconvenue et passa un bras autour de ses épaules.
— Tes aventures malchanceuses vont vraiment me manquer, déclara-t-il avec un petit soupir.
— Dis pas ça, tu vas me faire pleurer, se moqua Denki essuyant une fausse larme au coin de son œil. Mais t'inquiète, je passerai vous voir de temps en temps pour venir dormir en cours avec vous. Et puis, il faut encore que je trouve mon âme sœur.
— Tu changeras jamais, s'amusa Hanta. Toujours à courir après l'amour.
Comme à chaque fois qu'il pensait à son âme sœur, consciemment ou non, Denki passa ses doigts sur sa marque. Il effleura du bout du pouce la trace sur son poignet gauche. Ce soir elle était d'une jolie couleur, un doux mélange entre un bleu nuageux et un rose timide qui se mêlaient lentement pour former un léger violet. Lavande peut-être ?
Quand il releva la tête, Denki croisa le regard de Hitoshi et s'y attarda un instant. Le violet de ses iris lui parut soudain si semblable à celui qui marquait actuellement sa peau. Est-ce que ses yeux avaient toujours été aussi clairs ?
Mais il n'eut pas vraiment le temps de comparer, l'étudiant aux cheveux bouclés revenait avec deux boissons dans les mains et Hitoshi ne lui accorda plus aucune attention. Denki fusilla l'importun du regard, mais le garçon reprit sa place sans même le remarquer.
— Où est Eijiro, au fait ? demanda Hanta. D'habitude, vous êtes toujours collés ensemble.
— On est pas toujours collés ensemble, contra Denki, il leva les yeux au ciel quand Hanta lui adressa son regard le plus dubitatif. Il devrait bientôt arriver, il achetait des bouteilles pour tout à l'heure.
— Oh, il y a un after de prévu ?
— Seulement pour les survivants de deux heures du matin !
Et vu le rythme auquel les étudiants descendaient les réserves de bière du bar, il n'y en aurait pas beaucoup, de survivants. La soirée se poursuivit joyeusement, dans un brouhaha bruyant de discussions entraînantes. Certains envahirent la piste de danse, démontrant leur talent inné pour se trémousser sans suivre le rythme sur des chansons pop, tandis que d'autres prenaient d'assaut les babyfoots mis à la disposition des clients afin de diluer leur rage énergique contre les joueurs en plastique.
Denki ne parvient à aborder de nouveau Hitoshi seulement après que minuit soit passé et qu'une bonne partie des fêtards se soient dispersés en petits groupes, quelques-uns comatant déjà sur leur chaise. Le garçon aux cheveux bouclés avec qui Hitoshi avait passé tout son temps avait enfin disparu, certainement aux toilettes, il en aurait pour un bon moment à y faire la queue, vu les litres de bières que les autres étudiants s'étaient enfilés. Denki en profita donc pour lui piquer sa place et se glisser, un verre à la main, à côté de Hitoshi qui n'avait pratiquement pas bougé de la soirée.
— Tu as l'air de t'amuser comme un chamallow oublié dans les flammes.
Hitoshi leva sur lui son regard blasé habituel et Denki ne put retenir un sourire en coin d'étirer ses lèvres.
— Boire, hurler ou danser comme si j'étais possédé, ne font pas vraiment partie de mes activités favorites.
— Pourquoi tu es venu alors ? interrogea Denki.
Et peut-être que son ton un peu pressé pouvait paraître un poil agressif, mais Denki n'était pas vraiment le genre de personne à réfléchir avant de parler.
Hitoshi fronça les sourcils.
— Pourquoi venir me parler, si tu ne souhaites pas me croiser ?
Il semblait un peu agacé par les remarques désagréables, il n'était pas autant insensible qu'il voulait le laisser paraître finalement.
Denki tapota nerveusement sa boisson du bout des doigts, ses ongles tintant contre le verre. Il n'avait pas vraiment prévu de parler de ça tout de suite, mais comme ils y étaient…
— En fait, je voulais m'excuser.
Il vit son voisin lui jeter un regard dubitatif.
— Pour être aussi chiant ?
— Eh, je suis pas chiant ! se défendit Denki. Et, et non, c'était pas pour ça !
Il prit une brève inspiration pour se concentrer sur ce qu'il devait dire.
— Tu m'as aidé la dernière fois, et moi j'ai pas été très… sympa. Alors je voulais te remercier.
Hitoshi hocha lentement la tête.
— Ok.
Il n'avait pas l'air de vouloir ajouter quoi que ce soit d'autre. Denki prit une gorgée de son cocktail, un peu gêné du silence qui s'était lourdement installé.
— Je vais me chercher un autre verre, marmonna-t-il quand il eut englouti sa boisson sans même s'en rendre compte.
— Tu devrais arrêter de boire.
Alors qu'il allait se lever, Denki s'interrompit, surprit que Hitoshi lui adresse de nouveau la parole. Il pensait que l'étudiant en sociologie serait ravi de le voir prendre la fuite.
— Pourquoi ?
— Ça t'as pas suffit la dernière fois ?
Denki fit la moue. Ok c'était lui qui avait abordé le sujet en premier, mais ce n'était pas la peine de lui rappeler davantage la soirée désastreuse qu'il avait passé.
— La dernière fois j'avais juste besoin de courage.
Devant le regard sceptique de Hitoshi il s'exclama :
— Tu crois que c'est facile d'aller draguer des mecs peut-être ?!
— Je ne comprends toujours pas pourquoi tu restes convaincu que ton âme-soeur est un homme, souffla Hitoshi. Les âmes-soeurs de même genre sont assez rares pourtant.
— En fait, pas tant que ça ! le contre-dit Denki, ravis de montrer qu'il avait raison, pour une fois. J'ai fais des recherche et il parait qu'il y a environ onze pourcent de paires qui ne sont pas hétéro. Soit plus d' une personne sur dix !
— D'accord, mais pourquoi ça tomberait sur toi ? Eijiro m'as dit que tu n'étais sorti qu'avec des filles.
Alors comme ça, Hitoshi discutait de lui avec Eijiro ? Denki nota mentalement l'information puis réfléchit à la formulation de sa réponse.
— Je pense, que je me défini pas comme hétéro, dit-il lentement. En fait, c'est plus… Je m'en fiche que ce soit un garçon ou une fille, tant que c'est mon âme-soeur.
— Donc tu serais plus pan ?
Denki lui lança un regard perdu. Paon ? Comme l'animal ? En voyant Hitoshi rouler des yeux, il comprit qu'il avait parlé à voix haute et dit une absurdité.
— Pansexuel, explicita Hitoshi. Le genre de la personne avec qui tu es ne t'intéresse pas. Tu apprécies juste l'autre pour ce qu'il, ou elle, est.
— Ouais, si on veut absolument me mettre dans une case, ça serait un peu ça, confirma Denki. Tu t'y connais bien dit donc !
Hitoshi haussa les épaules.
— Je suis en sociologie, fit-il simplement. Et aujourd'hui c'est quoi ton excuse pour boire alors ?
Denki lui jeta un coup d'œil en biais, et ne releva pas.
— En temps normal, je sais me contrôler, expliqua-t-il. J'arrête de boire quand je me rends compte que je dis n'importe quoi.
Il fronça les sourcils.
— Nan, attends, je dis tout le temps n'importe quoi. Je m'arrête juste quand je sens que j'ai plus trop le contrôle sur ce que je fais. Et ça marche très bien, en général.
— En général, répéta Hitoshi, plus que dubitatif et Denki lui fit un grand sourire, le regard pétillant.
— Et puis aujourd'hui, j'ai un chevalier serv'chiant pour m'empêcher de boire trop !
Il accompagna son jeu de mot d'un clin d'œil amusé qui fit rouler les yeux de Hitoshi dans leur orbite. Mais l'étudiant en sociologie ne put retenir ses lèvres de s'étirer légèrement vers le haut.
— Whaa, si on m'avait dit que tu savais sourire, j'y aurais pas cru, le taquina Denki.
Bien sûr, sa remarque fit très vite disparaître l'ébauche d'expression joyeuse et Hitoshi reprit son visage lisse habituel.
— Dit, ça fait un moment que ton ami est parti aux toilettes, non ? fit remarquer Denki pour changer de sujet.
— Izuku ? Je crois qu'il est allé jouer au billard avec les autres.
Surprit, Denki se tourna vers le coin jeux où étaient installés plusieurs babyfoots ainsi qu'une grande table de billard. Il repéra effectivement les cheveux bouclés du garçon qui avait monopolisé l'attention de Hitoshi pendant tout le début de la soirée.
— Oh, il t'a abandonné entre les griffes du méchant Denki, ricana celui-ci.
— Pourquoi tu dis ça ?
Un peu décontenancé devant la réaction inattendue de Hitoshi qu'il imaginait bien plus embarrassée, et l'obligation soudaine de devoir se justifier, Denki perdit de sa superbe.
— Ben, euh, je croyais que tu restais avec lui pour pas que je vienne te parler, marmonna-t-il.
— Parce que tu pensais que je t'évitais ?
Pour une fois, ce fut au tour de Hitoshi de sourire à ses dépends. Enfin, sourire, seuls ses yeux un peu plus brillants que d'ordinaire laissèrent supposer à Denki que l'étudiant se moquait de lui.
— Où, tu étais vexé que je vienne pas te parler peut-être ?
— N'importe quoi, répliqua Denki avec verve, une moue enfantine venant froncer ses traits.
— Ne t'inquiètes pas, notre discussion de la dernière fois ne m'as pas traumatisé. Il me faut plus qu'un gamin chiant bien trop fleur bleue pour m'agacer.
— Un gamin ! s'insurgea Denki. Tout de suite les grands mots ! Je suis sûr qu'on n'a même pas un an d'écart.
— Tout dépend de si l'on parle en âge physique ou en âge mental.
— Hey !
Denki lui donna un coup de coude pour venger son honneur tombé au combat, mais Hitoshi cilla à peine. Enroulant ses longs doigts autour de son verre de coca, il le porta à ses lèvres tentant d'y dissimuler son sourire. Si Denki le remarqua, il ne le releva pas cette fois, se contentant de sourire également, étrangement heureux de pouvoir enfin avoir une discussion avec Hitoshi sans qu'ils ne finissent par se disputer.
Un léger silence apaisant s'installa entre eux, Denki ne sachant pas trop comment relancer la conversation. Il ne connaissait de l'autre pratiquement que sa situation scolaire et n'avait pas foncièrement envie de juste l'interroger sur l'université, d'autant plus qu'ils étaient justement là pour fêter la fin des cours et les vacances de noël.
Il voulut prendre une gorgée de sa boisson pour se donner un temps de réflexion mais son verre était toujours vide. Il tapota nerveusement ses doigts contre les paroies transparentes et son regard se posa avec la force de l'habitude sur la tâche de couleur au creux de son poignet. Sa marque d'âme avait changée de teintes depuis le début de la soirée, elle avait perdue ses douces couleurs pastel pour former un halo jaune pâle autour d'un centre gris un peu rosé (gris de lin, souffla la part de Denki qui avait apprit les noms des nuances de bleus et violets par coeur) et il ne savait pas trop comment l'interpréter.
En général, les couleurs chaudes comme le jaune ou le orange évoquaient des émotions positives, comme la joie, l'amusement. Le rouge et le rose étaient évidemment liés à des sentiments affectueux, amoureux ou amicaux. Le bleu, le gris et le violet, les couleurs plus froides étaient assimilées plus facilement à la tristesse et aux sensations négatives.
Sa marque d'âme tournait plus souvent aux nuances plutôt sombres et tempétueuses, voir une touche de jaune était assez inhabituel. Mais la teinte était tellement claire qu'elle se diluait presque dans le grain de la peau blanche de son poignet. Est-ce que ça signifiait que son âme sœur ne semblait joyeuse qu'en surface mais qu'à l'intérieur, seul un morne pessimisme ne subsistait ?
Réalisant qu'il fixait sa tâche depuis un petit moment, Denki redressa la tête et surprit le regard de Hitoshi qui avait suivi le sien et observait silencieusement sa marque. Denki lâcha son verre vide et frotta machinalement son poignet, un peu gêné de l'attention que portait l'étudiant sur son lien d'âme.
— Donc, hm, tu étudies quoi en socio, demanda Denki pour détourner le sujet.
— Pourquoi veux-tu autant trouver ton âme sœur ?
— Wow, ça à l'air d'un sujet de recherche vraiment inintéressant, ironisa Denki.
Son rire mal à l'aise et son regard évitant firent soupirer Hitoshi. Il lui attrapa soudain le bras, agacé de le voir gratter sa peau déjà bien irritée par les ongles.
— Sérieusement, Denki. J'ai l'impression que tu te pourri la vie avec ça.
L'utilisation de son prénom fit relever le regard fuyant du blond et il croisa les orbes transperçantes de l'étudiant en sociologie qui semblait lire en lui avec bien trop de facilité. Il tourna la tête en ricanant.
— On en a déjà parlé, de ça, pourquoi tu reviens sur le sujet. Tu aimes bien quand on s'engueule à propos des âmes-soeurs en fait ?
— Non, le détrompa Hitoshi, son ton austère étranglant le rire de Denki dans sa gorge. J'aimerai comprendre pourquoi tu t'acharne à la chercher, au lieu de juste profiter de ce que l'instant présent a à t'offrir.
— C'est l'étudiant en sociologie qui demande ça ?
— C'est l'ami.
— On est ami maintenant ?
— C'est le gars qui trouve un mec complètement bourré sur le trottoir, avec des marques de coups parce qu'il est tellement obnubilé par son âme sœur qu'il ne réalise même pas qu'il se met lui-même en danger.
— C'est bon, ça arrive à tout le monde de boire un peu trop, marmonna Denki, il avait l'impression d'être un enfant à qui un adulte faisait un sermon.
— Et tu évites le sujet, reprit Hitoshi. À vouloir absolument la rencontrer maintenant, tu manque pleins d'autres expériences.
Le regard de Denki s'étrécit. Il voulut camoufler sa gêne derrière son verre, mais comme il était toujours désespérément vide, il attrapa une poignée d'apéritif oublié là par un autre étudiant et l'enfourna dans sa bouche.
— Je suis sûr que toi aussi t'es puceau...
Il vit distinctement les yeux de Hitoshi s'écarquiller de surprise avant de se lever d'exaspération vers le plafond.
— Je ne parlais pas forcément de ce genre d'expérience là.
— Donc tu l'es ou pas ?
— Mon expérience sexuelle n'a rien à voir dans ton obstination pathologique à rencontrer ton âme-sœur.
— Oh c'est bon, je rigolais, soupira Denki, puis il ajouta, taquin : Mais je prends ça pour un oui !
Il répondit au regard torve de Hitoshi d'un sourire, avant d'abdiquer et de tendre son bras vers l'étudiant.
— Regarde, fit-il en désignant sa marque qui avait repris une teinte plus sombre. Comment je suis sensé penser à autre chose quand je sais que mon âme-soeur n'est pas heureuse ?
Hitoshi observa qu'un bref instant la tâche bleuté dont les bords jaunâtres la faisait bien plus ressembler à une équimose qu'à une marque d'âme.
— En pensant d'abord à toi, plutôt que de gâcher ta vie pour une personne que tu ne rencontreras peut-être jamais.
— C'est impossible. Et complètement égoïste, je peux pas-
— C'est bien d'être égoïste de temps en temps, le coupa Hitoshi. Tiens, voilà.
Il fouilla dans la poche de sa veste et en sortit un pansement qu'il appliqua sur le bras de Denki, prenant soin de totalement recouvrir la marque.
Denki loucha sur les smiley rouges, jaunes et bleus de la bande adhésive avant de désivager l'étudiant, ahuri.
— Tu ne la vois plus, tu n'y pense plus, se justifia Hitoshi. Simple non ?
— Sérieusement ? souffla Denki après un silence qui dura assez longtemps pour devenir inconfortable. Tu te balade toujours avec des pansements pour enfant sur toi ?
— Oh, ça. Mon coloc passe son temps à se blesser, donc je garde de quoi l'empêcher de se vider de son sang.
— Je vois…
— J'en ai des verts aussi, si c'est la couleur qui va pas.
— Ça va aller merci…
Denki observa encore un moment le pansement coloré avant d'abdiquer. Il adressa un petit sourire à Hitoshi.
— Très bien, je vais essayer d'être égoïste. Mais faudra pas venir te plaindre après !
