« Madame Ginny Potter. » Murmura le directeur avant de passer sa tête dans l'âtre de la cheminée.

Severus dû attendre un long moment avant que la mère de famille ne daigne répondre à son appel. La femme qui montra sa tête semblait épuisée, non pas physiquement, mais moralement. Son sourire disait bonjour, mais ses yeux suppliaient qu'on la laisse tranquille.

« Bonsoir, Madame Potter. » Commença severus un brin sceptique.

À la vue de son ancien professeur de potions, Ginny se redressa légèrement surprise. Essayant de défroisser comme elle le put ses habits du dimanche. La mère de famille adressa au directeur un sourire de bienséance, tentant comme elle le put de camoufler sa gêne.

« Monsieur Snape ? … Je veux dire… Bonjour monsieur le directeur ! Bégaya la jeune femme. Que me vaut l'honneur de cet appel à une heure si… tardive ? »

Severus ne tarda pas à répondre, il examina un peu plus en détail son interlocutrice.

« Madame Potter, votre fils James a fait l'objet d'ennuis durant la journée. Je souhaiterais pouvoir échanger avec vous à ce sujet dans les plus brefs délais. »

La mère de famille parut étonnée momentanément, puis son regard se biaisa.

« C'est-à-dire que je n'ai actuellement pas la possibilité d'une entrevue. Peut-être, pouvons-nous en discuter par cheminée… Ou sinon… voyez avec Harry. Je suppose que cela ne lui fera pas de mal d'être un peu le sujet principal de notre famille pour une fois.» Dit-elle d'une voix de plus en plus basse.

Severus jeta un œil au gamin endormi dans son lit puis soupira. La mère de famille essayait d'éviter la discussion comme son fils.

Il tenta donc de prendre le taureau par les cornes,

« Écoutez Madame Potter. Il serait préférable pour vous et votre mari , que je vais bien entendu contacter si vous n'en êtes pas capable, d'accepter ce rendez-vous. Votre fils nécessite votre intervention et je ne parle pas de sanction, ce gamin est présentement dans une détresse sociale et mentale, il a besoin de ses parents à ses côtés. Je ne compte pas m'étaler par appel de cheminée. En revanche, si vous n'intervenez pas, je ferai le nécessaire pour qu'une assistante sociale s'immisce dans vos histoires de famille.» Expliqua avec calme severus non sans exprimer son mécontentement par deux sourcils froncés.

Ginny se mit à rougir de gêne, ses lèvres légèrement tremblantes de ne pas savoir comment répondre.

« Je vais faire mon possible Monsieur Snape, je vais tenter de joindre mon mari. Mais, peut-être, pouvez-vous l'appeler de votre côté ? Quand vous obtiendrez ses disponibilités, je tâcherai de me rendre disponible aussi… » La voix traînante de Ginny augmenta les doutes dans l'esprit du proviseur.

« Soit, j'espère que cette situation ne va pas s'éterniser. Vous avez été mon élève Miss Weasley et vous savez que je ne tolère aucun débordement. Vous comme moi savons qu'un enfant a besoin de cadre pour évoluer et se sentir en sécurité. Votre fratrie en est l'exemple même, vos parents, vos frères, ont toujours pourvu à ce besoin, et ce, sans atteindre une éducation proche la perfection. Il est temps que vous fassiez de même pour vos enfants.» Claqua la voix du directeur dans les oreilles de son interlocutrice.

« Je vous fais confiance Miss Weasley. Je vais donc vous laisser faire le nécessaire.» Les derniers mots avaient été doux et encourageants.

Ginny n'eut pas le temps de répondre que severus raccrocha. Le maître des potions s'était bien évidemment attendu à ce genre de réponses.

Il ne suffisait pas d'une petite leçon de morale pour modifier les habitudes d'une famille enlisée dans un quotidien toxique. Severus ne désirait pas outrepasser sa fonction, il n'était pas non plus du genre a montré une quelconque empathie et pourtant une famille qui se déchirait plongeant leurs enfants dans une sphère nuisible sonnait faux dans ses oreilles.

Le directeur se rapprocha du garçon, il ne lui restait plus qu'à contacter le père. Il ne parviendrait pas à l'avoir par appel de cheminée, où pouvait-il bien se trouver s'il fuyait le foyer familial ?

Un homme a de nombreuses possibilités de cachettes quand il s'agit de fuir. La meilleure restait encore la chambre d'un ami. Cependant, Harry ne se serait jamais rendu chez un Weasley donc Ron et Hermione ne devaient pas êtres ses hôtes.

Il lui restait Neville et Luna, mais impossible là aussi, ces deux-là vadrouillaient toujours à la recherche d'une nouvelle espèce de plantes à découvrir. En conséquence soit Harry dormait chez d'autres amis, soit il traînait dans des endroits peu recommandables pour passer ses longues soirées de solitaire.

Fuir le foyer familial, severus connaissait bien cela, pour autant, il n'approuvait pas quand cela concernait directement un parent. Qu'avait donc Harry dans la tête pour tenir sa famille autant à distance. Il tenta bien d'appeler le ministère, mais l'heure tardive donna raison à ses doutes. Personne ne savait où il se trouvait, il tenta de joindre Ron et Hermione.

Ron décrocha lui aussi surpris de voir le directeur de Poudlard dans sa cheminée. Derrière le gryffondor, on entendait la télé moldue branchée sur des dessins animés destinée sûrement à leur petit garçon Hugo.

« Bonsoir monsieur Weasley. Je vous appelle pour un renseignement urgent.»

Ron avait après toutes ses années gagnées en maturité, ses yeux de chiens battus eux été cependant restés les mêmes et ils donnaient toujours à severus l'envie de le taquiner. Même après avoir laissé leurs enfants dans ses mains, Ron avait toujours autant la trouille de son ancien maître des potions. Enfin là n'était pas le sujet, il aurait tout le temps de profiter de cette naïveté plus tard.

« Bonsoir monsieur Snape. Je vous écoute ?» Commença Ron.

« Avez-vous un quelconque renseignement sur Harry Potter ? Un lieu où il apprécie passer du temps avec vous, un bar, une boîte de nuit, même un parc, peu importe l'endroit j'aimerais obtenir autant d'informations que possible. » Le pressa un peu le directeur.

Ron sembla réfléchir,

« Hé bien, oui, il y a le bar 'croissant de lune' où nous avons toujours fêté nos événements. Sinon, nous allions souvent dans le parc de 'la tête de loup' pas loin de chez nous, pour y emmener de temps en temps les enfants. Pourquoi ? Se passe-t-il quelque chose avec Harry ? » Demanda Ron une inquiétude naissante dans son regard.

Severus acquiesça,

« Vous n'êtes pas sans savoir les problématiques liées à votre ami, je suppose. Dans tous les cas, je vous remercie pour ses informations monsieur Weasley. Je vous recontacterai prochainement concernant votre fille rose pour un bilan annuel. »

Le Gryffondor afficha un sourire heureux,

« Ravi d'avoir pu vous être utile. Ne martyrisez pas trop Harry. C'est vrai qu'il n'a pas l'air dans ses baskets ces derniers temps. Enfin, je ne vous apprends rien, les médias ont dû le faire à ma place. » Dit Ron une tonalité moqueuse au fond de la gorge.

Severus ne releva pas le pique,

« Vous me connaissez monsieur Weasley. Si j'ai besoin de retrouver monsieur Potter ce n'est pas pour faire de la dentelle. Merci encore pour vos informations, passez une bonne soirée, vous et miss Granger. » Conclu severus avant de clôturer l'appel.

Une fois enfin au calme, Severus se retourna vers James. Le gamin dormait bien profondément, prenant dans le lit du directeur, toute la place qu'il pouvait. Un maigre sourire sur les lèvres dévala le visage du directeur, avant qu'il ne se retourne pour aller chercher Minerva.

Il confia la garde du gamin à sa collègue, puis s'éclipsa enfin pour retrouver ce fuyard de Harry Potter.