notes: Bonjour, bonsoir, voici une nouvelle plongée chez les marinas. Je vous souhaite une bonne lecture.


L'enfant des neiges

Depuis son pilier au fin fond des océans, Isaak prit un chemin souterrain passant sous les fondations du sanctuaire de Poséidon. Un tunnel presque naturel, formé de sable et de parois rocheuses.

Il quittait ce monde féérique, aux couleurs changeantes au gré des courants marins, où les poissons et les coquillages évoluaient à leur guise entre les jambes des Généraux, autour de leurs épaules et même au dessus de leurs têtes. Ce monde où il y avait peu d'êtres humains mais riche par la diversité des êtres vivants.

Depuis qu'il avait choisi de servir le dieu des océans, le préférant à Athéna, depuis toutes ses années, il s'émerveillait encore, même s'il ne l'exprimait jamais ouvertement. Il gardait ses émotions pour lui, de crainte qu'un ennemi puisse les utiliser pour l'affaiblir. Un réflexe de sa vie d'avant, sur la surface, avec les enseignements de son ancien maitre auxquels s'était rajoutée cette cicatrice qui traversait tout le côté gauche de son visage, passant par son œil qui n'existait plus. Ce trait physique ajoutait encore plus à la dureté qu'il dégageait en même temps que ce cosmos glacé et paralysant qui émanait autour de lui, quand il était vêtu de son Ecaille du Kraken et qu'en tant que Général gardien du pilier de l'Arctique, il savait s'imposer naturellement comme l'un des plus puissants parmi l'armée de Poséidon.

Il avait rejoint les rangs de ce dieu par instinct de survie. Parce qu'au moment où il s'était vu sombrer dans les courants marins si capricieux sous la banquise de Sibérie, lui qui songeait devenir chevalier d'Athéna, avait cru que cette déesse l'abandonnait pour son imprudence, pour avoir voulu sauver son ami d'enfance. Il avait même pensé qu'elle était d'une cruauté sans borne pour cela, tandis que l'ombre d'un monstre marin s'était approché de lui, blessé, proche de la mort et l'œil ensanglanté. Un messager du royaume de l'ombre venait le chercher.

Non, c'était le Kraken, une créature légendaire qui s'en prenait qu'aux bateaux remplis de pirates et de criminels en tous genres qui l'emportait vers les fonds marins, alors qu'il perdait connaissance.

Il avait comme ressuscité dans le Sanctuaire de Poséidon. Il s'était fait, au cours de ces quelques années, de nouveaux amis, différents de lui, mais avec qui il se sentait bien. Il avait juré fidélité à son nouveau dieu et défendrait ce monde aquatique avec plus d'ardeur que ce qu'il s'était promis quand il voulait devenir chevalier d'Athéna.

Sa maison était dans les abysses, désormais.

Malgré les accords de paix entre les dieux, il ne regretterait jamais son choix. Ce nouveau retour à la vie l'avait conforté dans ses convictions.

Néanmoins, il continuait d'avancer dans ce tunnel dont le courant d'air de plus en plus glacial lui piquait la peau du visage et de ses bras nus. Cela ne lui faisait rien d'autre qu'une sensation fraiche qui lui indiquait qu'il arriverait bientôt au bout.

Il dut s'accroupir pendant quelques mètres et continuer à quatre pattes, le plafond étant trop bas pour se tenir debout, malgré la petite pente qu'il devait monter, le courant d'air se faisant de plus en plus agressif.

Râlant un peu, une fois au bout, il lança un poing violent au dessus de lui pour dégager la masse épaisse de neige qui l'empêchait de sortir d'un trou au beau milieu d'une étendue d'un blanc immaculé.

Isaak venait d'atteindre un autre paradis. Celui de son enfance, au cœur de la Sibérie Orientale.

Le paysage arborait des couleurs différentes des fonds des mers. Là où il vivait à présent, les colonnes et autres édifices divins se teintaient d'un orange éclatant qui s'accordait si bien avec le bleu vert des coraux et le sable brillant d'un jaune étrangement ensoleillé. Avec au milieu, une multitude de poissons aux nuances variées.

Ici, les étendues blanches, presque immaculées donnaient au le soleil qui se couchait un teint pastel, doux, comme un pinceau qui aurait à peine effleuré la toile d'une aquarelle.

Contrairement au commun des mortels, le jeune homme pensait que le vrai monde était au fond des mers, et que le rêve et l'imaginaire se trouvaient là, sur cette banquise où le vent commençait à se lever plus que de raison. Une tempête s'annonçait, et il devait atteindre sa destination avant de se retrouver enseveli sous un tas de neige. Cela non plus ne l'embêtait pas plus que ça, mais il valait mieux l'éviter.

Il continua sa marche, un peu vers l'inconnu, mais guidé par une présence au loin.

Encore une fois, dans sa tête, des souvenirs affluaient. Il se revoyait tout petit à lever ses poings contre une falaise de glaces éternelles, ou encore à courir le long des lacs gelés ou bien étudier consciencieusement, le nez plongé dans des manuels de théorie et le crayon prêt à écrire sur son cahier. Une formation sévère pour devenir un futur chevalier d'Athéna, celui du Cygne.

Pendant quelques années, il avait été en concurrence avec Hyoga, jusqu'à cet accident.

Non ce n'était pas un accident. C'était le destin et les dieux qui avaient décidé ainsi. Son ami d'enfance du côté de la terre et lui, Isaak sous les mers, près de Poséidon.

Une forme pointue apparut au loin, dans la brume s'installait. Une isba perdue au beau milieu de la neige. Cette petite habitation qui avait résisté à tant de tempêtes, tant de caprices de la nature dans cette région polaire. Elle était là, avec une fumée s'échappant de la cheminée, une lumière chaleureuse provenant d'une fenêtre et quelqu'un attendant à la porte d'entrée.

Le Général laissa un sourire se dessiner sur son visage, allégeant ce côté strict et impassible qu'il montrait le reste du temps. Dans son œil encore valide, une étincelle de joie pétillait, au rythme de ses pas, tandis que les souvenirs dansaient toujours dans son esprit.

La personne lui faisait de grands gestes, l'incitant à accélérer. Sa voix scandait en russe qu'Isaak devait se dépêcher à cause d'une tempête qui éclaterait à un moment ou un autre. Et surtout qu'on n'attendait plus que lui.

Obéissant, le Kraken se mit presque à courir, enfonçant plus lourdement ses pieds dans l'étendue blanche, et arriva à destination.

Il reçut une accolade amicale du jeune homme blond dont les yeux bleu cristallin et le sourire à la fois réservé et sincère n'avaient changé au cours de ces années passées loin l'un de l'autre. Hyoga semblait être en forme et il avait probablement le cœur apaisé. À l'occasion de ces retrouvailles, il lui demanderait s'il avait enfin pu offrir des funérailles décentes pour sa maman.

Isaak avait entendu parler des moyens qu'avait mis la fondation d'Athéna à disposition du Cygne pour faire remonter le corps défunt de sa mère des profondeurs, afin qu'elle ait enfin une place dans ses terres natales pour l'éternité. Très certainement qu'ils en parleraient.

Tout comme sa vie à lui au sanctuaire de Poséidon, et les relations qu'il avait avec les autres Marinas. Et puis...

Une vague de chaleur enveloppa le jeune homme alors qu'il entrait dans la pièce principale. Sans se sentir agressé, il se laissait emporter dans cette bulle de souvenirs, accompagné par le chevalier de Bronze.

Rien n'avait changé. Les grosses bottes fourrées rangées sur le côté de l'entrée, la cheminée en face, avec le coin cuisine et ces placards bien fermés – et toutes ces tentatives à l'époque d'aller voler des gâteaux la nuit... échouées... - la table en bois et ses quatre chaises au centre, et tout près de la porte qui menait à l'unique chambre à coucher, tellement grande dans le regard de l'enfant qu'était Isaak, un vieux canapé offert par des villageois qui habitaient à quelques kilomètres de là.

Tout était resté comme dans ses souvenirs. Tout.

Même leur maitre, Camus du Verseau, assis dans son fauteuil personnel, près du feu, en train de lire un ouvrage épais. Ce dernier, levant les yeux au dessus du livre et des lunettes fixées sur son nez – un détail qui n'existait pas à l'époque – lui adressa un salut simple mais précieux pour le Général.

Et, tout en posant son baluchon sur une chaise, il enleva ses chaussures blanchies par la neige, tandis que Hyoga apportait sur la table trois boissons chaudes aux parfums délicats et remplis de nostalgie.

Pour seulement quelques jours, Isaak faisait un bond dans le temps, dans son enfance, et se laissait porter au gré de la neige et de ses souvenirs, en compagnie de son maitre et de son meilleur ami. Puis, il rentrerait dans son sanctuaire à lui...


notes de fin: Merci d'avoir lu cette histoire. J'ai eu assez de mal à l'écrire, malgré le fait que j'aime beaucoup Isaak. Comme aussi perdue que lui dans la neige, on va dire mdr
Mais je voulais quelque chose de doux, nostalgique, et finalement sans dialogue.
La chanson en titre qui illustre ce OS, ce n'est pas une des plus connues de Dorothée, mais si jamais vous vous perdez sur Youtube, je vous conseille de l'écouter si l'envie vous prend. Pour la douceur et la poésie qui s'en dégage.
Je vous dis à la prochaine. Des bisous.