Notes: Bonjour, bonsoir! On se retrouve avec une nouvelle histoire concernant le sanctuaire marin, en espérant qu'elle puisse apporter un peu de fraicheur en ce début d'été. Je vous souhaite une bonne lecture.
Et la pluie
Grèce, propriété des Solo.
Dans le bureau de son père, Julian laissa pousser un long soupir de lassitude. Pas à cause du fait qu'il devait travailler ses cours d'université... quoique parfois c'était un peu trop facile pour lui. Mais cela lui changeait de ce grand manoir où, en ce moment, il ne croisait que les domestiques. Pas même un Marina avec qui il avait sympathisé au fil du temps et de la paix entre les dieux. Être l'incarnation de Poséidon lui permettait de se rendre à sa guise dans le sanctuaire sous marin et profiter de ce royaume enchanté aux couleurs et aux créatures si inhabituelles pour la surface de la terre qu'elles l'émerveillaient comme un jeune garçon qui découvrait la vie. Cependant, ses études lui prenant actuellement le plus clair de son temps, il ne pouvait faire un détour dans les eaux, même pour constater la reconstruction et la splendeur de son domaine.
Il aurait tant voulu plonger, abandonner ses notes sur le cours de gestion d'entreprise – une matière tellement superflue pour lui – sauter directement depuis la falaise du Cap Sounion et réveiller ce cosmos qui l'empêcherait de mourir noyé et qui le ferait entrer dans son autre univers.
Juste s'évader quelques heures, oublier sa vie terrestre, et remonter ensuite le cœur en paix.
Mais ce n'était pas possible pour l'instant. Il devait terminer ce travail de recherche pour une dissertation de commerce international, et les ouvrages dans ce bureau lui étaient indispensables. Et surtout, il n'avait que cette journée entière pour consulter les livres, son père en déplacement reviendrait le lendemain et aurait besoin de travailler là bas.
Il soupira encore, en se tournant vers la fenêtre, observant la pluie tomber sur les carreaux, tantôt doucement, tantôt plus intense, au gré des nuages qui passaient dans le ciel gris.
Une journée idéale pour étudier, oui, sans le moindre doute.
Pourtant des souvenirs s'écoulèrent également dans le cœur de Julian, à la fois douloureux mais tout aussi précieux de cette époque où il avait enfin rencontré Saori Kido, cette belle jeune femme, l'incarnation d'Athéna actuelle.
Dans les temps mythologiques, tous deux furent ennemis, puis Hadès environ tous les deux siècles et demi déclarait la guerre à la protectrice de la terre et des hommes, tandis que le dieu des océans avait peu à peu calmé ses desseins belliqueux. Le fait que le clan Solo fut choisi pour perpétuer ses renaissances lui avait fait réaliser l'importance de l'équilibre entre terre et mers, pour la paix entre les hommes et les créatures marines. Bien sur, rien n'empêchait une guerre entre Athéna et Poséidon parfois, mais leur conflit ne revenait jamais régulièrement et était bien moins dévastateur que la Guerre Sainte opposant la Sagesse au Seigneur des Enfers.
À présent, un traité de paix avait été établi entre les trois divinités, incluant même le dieu nordique Odin, pour que les humains puissent vivre sans craindre une catastrophe à priori naturelle, provoquée par des entités qui dépassaient leur entendement. Et les guerriers qui défendaient leurs causes respectives méritaient également un peu de répit. Au moins jusqu'aux prochaines générations et réincarnations.
Julian se rappelait clairement de son affrontement face à Saori Kido. Poséidon face à Athéna.
Bien plus qu'une bataille, il avait été touché par la grandeur et la noblesse de la jeune femme. À leur échelle humaine exclusivement.
Quand bien même le dieu était sur le point de se réveiller et allait dominer son esprit entièrement, il n'y avait que les grands yeux déterminés et étincelants de la jeune déesse. Et de leur première rencontre dans cette même propriété, lors de son seizième anniversaire, il garderait à tout jamais gravés dans son cœur et son esprit ce sourire fin et poli sur les lèvres finement nacrées, la peau de sa main douce comme la caresse d'un nuage sur sa bouche au moment de la saluer, sa voix cristalline quand elle lui parlait poliment ou bien quand elle criait sa détermination alors qu'il l'avait enfermée dans le plus solide des piliers des océans.
Elle était parfaite à ses yeux. Elle était la seule qui pouvait le rendre heureux, sincèrement. Peu importe qu'elle fut elle aussi une riche héritière ou même la représentation d'une déesse sur terre. En si peu de temps qu'il l'avait fréquentée, il en était tombé amoureux. C'était elle.
Il avait tout fait pour attirer son attention. Lui envoyant des lettres d'excuses pour l'avoir détenue et noyée sous l'eau qu'il voulait abattre à la surface et engloutir la terre. Lui offrant son aide financière pour reconstruire le Sanctuaire d'Athéna. Lui proposant un partenariat entre la fondation de feu son grand père et l'empire Solo pour aider les gens dans le besoin à travers le monde, sur terre comme dans les mers. Dès que ses études le lui permettaient, il se rendait au Japon pour une visite de courtoisie.
Et à chaque fois, il lui transmettait ses sentiments les plus sincères, exprimés avec autant de délicatesse et d'attention qu'il le pouvait. Julian aimait Saori de tout son être.
Il appliquait à la lettre les préceptes des chevaliers d'Athéna: ne jamais perdre espoir si on a un rêve qui nous est cher, et se donner les moyens d'y arriver coute que coute.
Il avait tant envie de croire au jour où il pourrait se promener dans sa propriété grecque, Saori à son bras, tous deux à observer la Mer Méditerranée danser au fil des vagues, de jour comme de nuit, quand les étoiles brilleraient dans le ciel. Et, déterminé, une fois nommé vice directeur de l'empire Solo aux côtés de son père, il renouvellerait sa demande en mariage. Il attendrait de voir le regard de la jeune femme s'illuminer et ses lèvres nacrées s'élargir en un sourire de bonheur signifiant qu'elle aurait accepté de l'épouser.
Il en rêvait très souvent, espérant qu'un jour cela se réalise vraiment.
L'union d'amour entre Julian et Saori.
L'union de paix entre Poséidon et Athéna.
Sur le pupitre du bureau de son père était posé un journal concernant les grandes personnalités du monde. En une, une photo de l'élue de son cœur, souriante et sereine, et juste à côté, un Japonais très proche d'elle. Le titre de l'article indiquait ''Saori Kido, héritière de la Fondation Graad annonce ses fiançailles avec un ami d'enfance, Tsunoba Jabu''.
Il l'avait lu ce matin au petit déjeuner. Il s'était senti suffoquer, perdre petit à petit toute énergie vitale de son corps.
Comme lui, Athéna avait renoncé temporairement à l'éternité que lui offrait son statut divin pour n'être qu'une mortelle et vivre sa vie de femme. Mais pas avec lui. Avec ce chevalier de Bronze qu'il n'avait aperçu que quelques fois lors de rassemblement entre sanctuaires. Ou bien ne lui avait-il pas accordé la moindre attention alors que... c'était lui qui lui volait Saori.
Julian, d'un revers de la main, fit tomber le journal dans la corbeille à papier. Ses forces l'abandonnaient à nouveau.
Il n'avait plus envie de rien.
Plus envie d'étudier.
Plus envie d'aller dans son domaine sous marin.
Dehors, la pluie tombait abondamment, et à l'horizon, les nuages n'indiquaient pas une once d'éclaircie.
Tout comme dans le cœur de Julian. Et de ses yeux d'où perlaient de grosses larmes qu'il n'avait plus la force de retenir...
notes de fin: Merci d'avoir lu.
L'histoire d'amour ratée entre Julian et Saori est un de mes petits délires pas méchants, et le voilà posé dans un OS. Même si j'ai un peu de mal à écrire sur Juju, j'ai préféré plonger dans ses pensées et cet amour impossible pour la réincarnation d'Athéna (qui est avec Jabu.)
Concernant le nom de famille de Jabu, Tsunoba, je l'ai fabriqué à partir de Tsuno (corne) et Ba, une lecture du kanji Uma, cheval en japonais.
Je vous fais des bisous et vous dis à la prochaine.
