Hello ! Ceci est une petite histoire crack en trois parties, à ne pas trop prendre au sérieux. On y trouvera du Severus & Harry en mentor/père adoptif et du Sirius/Severus. Il n'y a rien de graphique mais du très sous-entendu.

J'espère que ça vous plaira !

Merci à Ellie pour la correction !

Enjoy & Review !


À L'Heure De Stockholm


Partie 1


Patmol était à court d'idées.

Du moins, de bonnes idées.

°O°O°O°O°

Et il n'était pas certain d'avoir échappé aux Détraqueurs aussi sain d'esprit qu'il s'était plu à le croire jusque là.

Il aurait dû s'évader plus tôt.

°O°O°O°O°

Pourquoi ne s'était-il pas évadé plus tôt ?

°O°O°O°O°

Ah oui… Cela avait demandé plus d'énergie, de ruse et de concentration qu'il n'était parvenu à en trouver depuis des années.

°O°O°O°O°

Il avait trouvé ça très drôle de demander son journal à Fudge, de lui parler comme si de rien n'était et comme si le reste des prisonniers tout autour d'eux n'était pas complètement fou à lier, de prétendre ne pas être touché par l'effet des Détraqueurs… Mais il avait cessé de rire en voyant la Une de la Gazette. Il avait cessé de rire en voyant le rat.

Le rat qui allait à Poudlard avec Harry.

°O°O°O°O°

Harry.

°O°O°O°O°

Il avait presque oublié Harry.

°O°O°O°O°

Les Détraqueurs affectaient moins Patmol et il avait passé la majorité des dernières années sous sa forme de chien mais cela ne l'empêchait pas de vivre encore et encore ses pires cauchemars, de rester englué dans un état de dépression tel qu'il était incapable de faire autre chose que rester roulé en boule dans un coin, de ressasser sans arrêt le fait que James et Lily étaient morts à cause de lui, de sa brillante idée de…

°O°O°O°O°

Le chien noir s'ébroua comme pour chasser ses souvenirs parasites.

Il n'y avait plus de Détraqueurs.

Il s'était échappé.

Et si son objectif principal restait Peter, il ne voulait plus oublier Harry. C'était pour ça qu'il était allé droit vers le Surrey, une fois qu'il s'était extirpé de la mer déchaînée qu'il avait dû traverser à la nage – et avait manqué de s'y noyer plusieurs fois. Il n'aimait pas l'idée que la sœur de Lily ait recueilli Harry mais il ne savait pas non plus où chercher ailleurs. Il ne savait pas où était Remus et ne se serait pas risqué à approcher son meilleur ami de toute manière, pas sans preuve qu'il disait la vérité. Et puis, Lunard n'aurait pas adopté Harry. Il ne s'en serait pas senti capable. Qui d'autre, alors ?

Patmol avait bien trouvé Pétunia dans le Surrey et le reste de sa famille mais pas Harry.

Il y avait de vagues traces de lui autour de sa maison. Il n'avait pas oublié l'odeur du bébé même si elle était un peu différente maintenant qu'il avait grandi. Mais les traces dataient de plus d'un an auparavant, comme s'il ne vivait plus là.

Patmol ne savait pas où chercher ailleurs.

Il avait essayé le Manoir des Londubat, au cas où Alice l'aurait recueilli… Mais il avait fini par comprendre, après plusieurs jours caché dans des buissons, qu'Alice et Frank n'étaient plus là. Leur fils déambulait sur le domaine, la mère de Frank occupait aussi le manoir mais, du couple, il n'y avait aucune trace.

Il s'était rabattu sur le Chemin de Traverse tout en sachant que c'était stupide et risqué. L'endroit grouillait d'Aurors. Son visage était partout, dans le monde Moldu comme dans le monde sorcier… Placardé sur les murs, étalé sur les écrans de télévision…

Le dangereux psychopathe tueur en série…

Le chien s'ébroua encore, rasant les murs et tâchant de se faire plus petit qu'il ne l'était. Plus d'un sorcier lui avait jeté un regard alarmé et, s'il ne disparaissait pas rapidement dans une allée, il n'allait pas tarder à avoir des ennuis. Il fallait dire qu'il ne devait pas inspirer beaucoup la bienveillance. Sa forme Animagus avait toujours été massive et, s'il n'avait pas rapetissé, il avait perdu en masse. Le chien était squelettique, sa fourrure était dans un état pitoyable… Il était sale, affamé, empestait la charogne et, pour couronner le tout, avait tellement mal aux pattes d'avoir parcouru la moitié du pays à pieds ou en se faufilant dans un train de fortune, qu'il boitait.

Il savait qu'il avait l'air d'un chien dangereux.

°O°O°O°O°

Peut-être l'était-il.

Cela faisait plusieurs jours qu'il se nourrissait dans les poubelles.

Au début, il était parvenu à attraper des rats – et à imaginer, à chaque fois qu'il leur arrachait la tête d'un coup de dents, que c'était Queudver qu'il zigouillait – mais avec la fatigue et la faim, il était désormais trop faible, pas assez agile.

°O°O°O°O°

Il n'aurait pas dû être sur le Chemin de Traverse.

Il aurait dû rejoindre l'Écosse, se frayer un chemin jusqu'à Pré-au-Lard ou la Forêt Interdite… Attendre le début de l'année scolaire. Harry serait à l'école pour l'année scolaire… Il retrouverait sa trace à ce moment-là et…

Il s'immobilisa à quelques mètres du glacier dont le propriétaire était moins hostile que les autres commerçants et lui donnait parfois des restes de gaufres à la fermeture, le museau en l'air, la patte levée… À l'arrêt.

Était-ce le désespoir qui consumait ses pensées qui lui faisait imaginer des choses ou bien…

Non…

.

L'odeur était légère. Un peu différente de celle qu'il avait reniflée chez les Dursley mais c'était bel et bien la même.

Harry.

Et, comme une réponse à ses prières, il vit l'adolescent sortir de l'animalerie, tentant d'enfoncer son portefeuille dans la poche de son jean d'une main et de ne pas lâcher une bourse de ce qui devait être des friandises pour hiboux de l'autre.

Patmol laissa échapper un gémissement de plaisir mêlé de douleur.

Merlin, ce qu'il pouvait ressembler à James…

Sauf les yeux.

Les yeux étaient ceux de Lily.

Comme hypnotisé, il suivit de loin le garçon, sans plus prêter attention à personne, ni aux mères de famille qui éloignaient leurs enfants du gros chien à l'aspect dangereux avec effroi, ni aux Aurors qui patrouillaient.

Il n'aurait pas été prudent de s'approcher, bien sûr, et il n'allait pas le faire. Non, il n'allait pas le faire… Sa mission était de tuer Peter, pas d'approcher Harry. C'était pour ça qu'il s'était évadé. Pour ça qu'il…

Son filleul avait l'air d'aller bien et ça lui était un grand réconfort. Mieux, Harry avait l'air heureux. Il souriait distraitement, son pas était leste…

Patmol était rasséréné.

Il ne savait peut-être toujours pas où Harry vivait mais, visiblement, il y était bien et c'était le principal. Ses vêtements étaient de bonne facture, ses baskets étaient neuves… Il s'amusa du tee-shirt sur lequel le lion de Gryffondor rugissait en silence dans un cercle infini…

Évidemment qu'Harry était à Gryffondor.

C'était la meilleure Maison.

Il se demandait s'il était aussi aventureux que James lorsque le garçon pressa soudain le pas, agitant le bras pour attirer l'attention de quelqu'un…

« Papa ! »

Patmol s'arrêta net, choqué.

Il ne lui était pas venu à l'esprit qu'Harry pouvait avoir des parents adoptifs. Quelqu'un avait bien dû l'élever, ce n'était pas la question, mais il ne lui était pas venu à l'idée qu'il pouvait appeler ces gens papa ou maman. C'était un coup au cœur.

Ces mots auraient dû être réservés à James et Lily.

C'était injuste.

C'était…

Harry traversa la rue, se dirigeant vers l'apothicaire, et lorsque Patmol vit à qui il faisait signe.

Non, non, non… Ce n'était pas possible.

Dumbledore ne serait jamais aussi irresponsable.

Ce n'était pas possible.

Ou alors c'était une plaisanterie.

Ou alors il était bel et bien fou.

Parce que, là, devant l'apothicaire, engoncé dans des robes noires dans lesquelles il devait cuire vu la chaleur estivale, le teint aussi crayeux et les cheveux aussi gras que par le passé, se tenait nul autre que Servilus Snape. Il ne se départit pas de son air vaguement hostile lorsque le garçon approcha mais ses épaules perdirent une fraction de leur tension.

Grondant à moitié, Patmol se dépêcha de traverser la rue à son tour, se faufilant derrière le stand ambulant d'un vendeur d'amulettes pour mieux se rapprocher et écouter furtivement leur conversation.

Il avait dû mal entendre, décida-t-il. Oui, c'était ça.

« Tu vois ? » lança son filleul, avec un brin de défiance lorsqu'il rejoignit l'homme. « Je suis revenu en un seul morceau. »

Snape ne semblait pas goûter à la plaisanterie. Il leva un sourcil, débarrassa le garçon de sa bourse de friandises pour hiboux qu'il fit disparaître dans sa poche, sans trahir la moindre émotion.

Merlin, c'était lui le vrai psychopathe.

« Je suis impressionné que tu aies résisté au besoin de te jeter dans la gueule d'un autre basilic sans me consulter au préalable. » lâcha Snape.

Un autre basilic ?

Un autre ?

Mais qu'est-ce qu'il racontait ?

Loin de sembler trouver sa réponse curieuse, Harry soupira. « Toujours fâché ? »

« Le ciel est-il toujours bleu ? » rétorqua le sorcier.

« Ce n'est pas juste, tu sais. » bouda le garçon. « J'ai sauvé Ginny, libéré Dobby et j'ai copié trois cent fois la définition de dangereux du dictionnaire… Tu pourrais passer à autre chose. »

« Je passerai à autre chose lorsque tu comprendras pourquoi je suis tellement fâché. » répondit Snape, sans pourtant paraître particulièrement contrarié.

Il avait toujours l'air de mauvaise humeur, de toute manière, alors c'était dur à dire.

Harry ne protesta pas lorsque le sorcier plaça une main dans son dos et l'encouragea à avancer d'une légère poussée.

« As-tu trouvé tout ce que tu souhaitais ? » s'enquit Snape. « Es-tu sûr ? » insista-t-il, lorsque Harry hocha la tête. « Dans l'idéal, je préfèrerais ne pas avoir à revenir ici avant la rentrée. »

« À cause du sorcier qui s'est échappé de prison ? » demanda curieusement son filleul.

Patmol était tellement fasciné – et horrifié – par la scène qu'il avait oublié de se méfier de son environnement. Et le propriétaire du stand derrière lequel il s'était caché ne fut pas particulièrement heureux de trouver un animal sauvage tapi derrière une des roues de son stand.

Il ne vit pas le coup de pied venir et ne put retenir un glapissement de douleur lorsque le talon d'une botte en cuir de dragon le cueillit aux côtes avec assez de force pour l'éjecter au loin. Il peina à se redresser mais vit la baguette du sorcier pointée sur lui, devina que ce qui allait suivre n'allait pas être plaisant…

« ! »

Soudain, James se dressait entre lui et le vendeur ambulant.

°O°O°O°O°

Non, pas James…

°O°O°O°O°

Harry.

°O°O°O°O°

Harry s'était placé devant lui, l'air absolument furieux. « Ce n'est pas une manière de traiter son chien ! »

Le vendeur cracha par terre, regardant le gamin d'un air mauvais. « Ce n'est pas mon chien, c'est de la vermine et le Ministère devrait faire quelque chose pour tuer tous ces rats et ces chiens errants… Et, toi, tu devrais apprendre à te mêler de… »

Au prix d'un gros effort, parce que tout son corps lui faisait mal et que le coup de pied n'avait rien arrangé, Patmol se traina devant le garçon, et montra les dents, fourrure hérissée, parce que le sorcier avait toujours la baguette levée et la maintenant pointée sur son filleul. Il eut à peine le temps de gronder, toutefois.

La seconde suivante, son champ de vision était envahi de noir.

Le bout de cape lui battit le nez, mettant un terme à son grognement.

« Menacez encore une fois mon fils de votre baguette et vous le regretterez profondément. » menaça Snape.

Son fils, releva Patmol, bouillant de fureur.

°O°O°O°O°

Son fils.

Cette larve humaine osait

°O°O°O°O°

« Il y a un problème, Professeur Snape ? » demanda joyeusement une jeune femme aux cheveux roses – et aux robes bleues des Aurors.

Le chien se plaqua au sol, soudain heureux que les amples robes de Snape le cachent à la vue des regards.

Une minute…

Professeur Snape ?

Dumbledore avait été assez stupide pour engager Snape en tant que Professeur ?

Il commençait à comprendre comment Harry avait pu atterrir avec lui.

Dumbledore était clairement sénile.

« Cela dépend de ce que vous considérez un problème, Auror Tonks. » répliqua Snape. « Cet homme pense qu'il est apparemment acceptable de menacer un enfant. »

°O°O°O°O°

Tonks.

°O°O°O°O°

Il osa ressortir la tête de sous la cape.

La fille d'Andy…

Elle était si grande, à présent… Une adulte.

Se souvenait-elle seulement de lui ? Elle était encore très jeune lorsque…

Snape s'éloigna un peu avec elle pour mieux se disputer avec le marchand – ou plus probablement pour mieux menacer de le tailler en pièces.

Au moins, il prenait la sécurité d'Harry au sérieux ?, se dit vaguement Patmol, non sans désespérer de trouver une explication rationnelle au fait que son filleul semble être sous la tutelle de Severus Snape. Peut-être était-il simplement chargé de l'escorter pour la journée ? Et ils avaient l'air proches parce que… Eh bien, si Snape travaillait à Poudlard… D'accord, il avait du mal à imaginer que Snape puisse passer au-dessus du fait qu'Harry était le fils de James, surtout vu qu'il avait été amoureux de Lily pendant des années, mais il supposait que c'était possible. Soit Snape enseignait les Potions, soit il enseignait la Défense… Si Harry était bon dans l'une ou l'autre des matières…

Certes, ça n'expliquait pas pourquoi Harry le tutoyait ou l'appelait… ce mot mais il y avait peut-être une explication tout à fait sensée qui…

« Harry ? » appela soudain le sorcier, en se désintéressant du vendeur ambulant que Tonks était en train d'encourager à se déplacer. Le temps que Patmol se ressaisisse et se tourne vers son filleul – qui avait été étrangement silencieux depuis qu'il avait pris sa défense – Snape était déjà là, l'ayant éloigné d'autorité du chien. « Harry, regarde-moi. »

Le garçon tremblait, sa bonne humeur envolée, sa respiration était courte et il empestait la peur. Patmol gémit et rampa un peu plus près.

Snape, après un coup d'œil nerveux dans sa direction, l'éloigna de tout autant. « Harry. »

« Il n'avait pas le droit de frapper le chien. Il n'avait rien fait. » lâcha le gamin, en s'accrochant au regard de Snape avec un désespoir apparent. « Ce n'est pas juste. »

Connaissant Snape, il s'attendait à ce que le sorcier rétorque que la vie était injuste ou bien lui ordonne de se ressaisir parce qu'il l'embarrassait en public ou quelque chose du genre. Au lieu de ça, Servilus le surprit.

« Non, ce n'est pas juste. » lui accorda-t-il. « Et il n'aurait pas dû pointer sa baguette sur toi non plus. »

Harry secoua la tête. « Moi, je peux me défendre. Mais le chien… Il n'aurait pas dû frapper le chien. »

Snape soupira comme s'il était très, très fatigué. « Rentrons à la maison. »

Le garçon fronça les sourcils, son regard vert – Lily, c'était le regard de Lily – tombant sur lui. Patmol gémit à nouveau, rampant en avant d'un tout petit centimètre.

« Il est peut-être blessé. » protesta son filleul.

« Je ne suis pas vétérinaire et il n'a pas l'air d'un animal domestique. » grinça Snape.

« Mais il s'est mis devant moi pour me défendre ! » insista le gamin. « On ne peut pas le laisser comme ça. »

Harry leva vers lui des yeux suppliants auxquels, techniquement, Servilus aurait dû rester froid.

°O°O°O°O°

Patmol ne comprenait pas ce qu'il se passait.

Snape était un connard sans cœur, un abruti, le pire

°O°O°O°O°

Le connard sans cœur soupira à nouveau puis se tourna vers lui. Il fit deux pas dans sa direction et Patmol recula, le cœur battant à cent à l'heure. Montrer des dents et gronder fut tout autant un réflexe.

Un réflexe idiot qu'il regretta immédiatement parce que Snape s'immobilisa et se tourna vers le garçon avec un air entendu. « Tu vois ? Il est sauvage. »

« Peut-être qu'il a juste peur. » rétorqua le Gryffondor, en tendant prudemment la main. « Viens voir… Viens… » Le chien n'hésita pas, il boita jusqu'à lui et cogna immédiatement la tête contre sa main, encourageant les caresses. Le garçon adressa à Snape un sourire espiègle et lança, sur le même ton supérieur. « Tu vois ? »

« Je vois que tu as un don pour attirer les créatures dangereuses. » grommela Snape, en s'approchant à nouveau.

Patmol ne put pas plus contrôler le grondement que plus tôt.

C'était instinctif.

L'odeur de Snape, il la connaissait depuis l'adolescence et il la haïssait à peu près autant qu'il haïssait l'homme.

« Harry, fais attention. » ordonna immédiatement le sorcier.

« Je crois que c'est toi qui lui fais peur, papa. » contra pourtant le garçon, en le grattant derrière l'oreille.

°O°O°O°O°

Ce mot. Encore.

Impossible qu'il ait mal entendu cette fois.

Mais alors…

°O°O°O°O°

« Possible. » admit le sorcier. « Peut-être que son dernier propriétaire n'était pas des plus aimants. »

« Il n'a pas de collier. » remarqua Harry.

« Il n'a visiblement pas mangé à sa faim depuis un moment. » commenta Snape.

« On devrait le ramener à la maison. » suggéra le garçon, d'un ton qui se voulait sans doute détaché. « On pourrait lui donner à manger. Et si on le lave, on pourra voir où il est blessé. »

Servilus lui jeta un regard mi-sévère, mi-amusé qui n'était absolument pas dupe et qui fit bouillir Patmol de rage.

Ça aurait dû être James.

Ça aurait dû être James qui regardait Harry comme ça parce qu'il était évident que le gamin cherchait, l'air de rien, à adopter un animal errant.

°O°O°O°O°

Ça aurait dû être James.

°O°O°O°O°

Le grondement lui échappa à nouveau.

Les yeux noirs se tournèrent vers lui, plus inquiets qu'il fasse du mal au garçon qu'amusés, à présent, et Patmol poussa sa tête davantage sous la main d'Harry parce qu'il ne voulait plus le voir.

°O°O°O°O°

Rien n'avait de sens.

Rien.

°O°O°O°O°

Et il était fatigué.

Il avait faim.

Il avait mal.

Et…

Et…

°O°O°O°O°

« Nous n'allons pas adopter ce chien, Harry. » décréta finalement Snape. « Je veux bien le ramener à la maison et tenter de le soigner, si tu y tiens, mais dès qu'il ira mieux, nous le confierons à Hagrid. »

« D'accord. » accepta immédiatement le garçon, comme s'il n'en avait pas espéré autant.

« Et toi… » poursuivit Snape, avec méfiance. « Viens voir, ici. »

Patmol mit un moment à comprendre que c'était à lui qu'il parlait.

Le sorcier avait la main tendue, offerte à son inspection – la baguette serrée dans son autre poing.

L'odeur du sorcier avait un peu changé. Ce n'était pas tout à fait de la peur, pas comme lorsqu'il s'était mis entre Harry et le vendeur plus tôt, mais il y avait une légère appréhension.

Servilus pensait qu'il allait le mordre.

Peut-être qu'il le devrait.

Mais s'il le mordait il ne pourrait pas rester avec Harry…

Ce n'était pas le plan, se remémora-t-il, le plan était de se faire discret et d'attendre le retour de Queudver à Poudlard pour mieux le déchiqueter.

Mais s'il pouvait rester avec Harry, en attendant…

Et puis, il ne pouvait pas permettre que son filleul soit à la merci de Snape, entre tous. Merlin savait comment ce connard le traitait réellement à l'abri des regards.

Il ne croyait à rien de ce qu'il avait vu aujourd'hui.

Snape était une pourriture.

Les gens ne changeaient pas, certainement pas à ce point là.

Lentement, en s'efforçant de contrôler l'instinct qui lui disait de lui arracher la jugulaire, Patmol renifla la main tendue et se fit violence pour rester immobile lorsque Snape lui caressa prudemment la tête, appréhendant un mauvais coup ou…

« Il a définitivement été maltraité. » décréta l'homme, avec une pointe de tristesse.

Feinte, sans aucun doute. Pour mieux amadouer le garçon. Ou tromper son monde.

°O°O°O°O°

Mais pourquoi ?

°O°O°O°O°

La main qui lui caressait la tête glissa jusqu'à sa nuque.

Patmol se crispa avant d'en comprendre la raison lorsqu'il tendit son autre bras à Harry.

Le transplannage d'escorte n'était jamais agréable et sa forme canine ne rendait pas la chose moins affreuse, surtout dans l'état où il était. À la seconde où Snape le lâcha, il se laissa aller au sol, la langue pendante… S'il avait eu quelque chose à vomir…

« Le pauvre… » se désola Harry. « Ça ne va pas fort… »

« Va lui chercher à boire. » suggéra Snape.

Patmol entendit le garçon s'éloigner mais n'avait pas la force de lever la tête pour voir où ils étaient ou même ce que fabriquait Snape. Il eut à peine la force de glapir lorsqu'il sentit une main se balader sur ses côtes douloureuses. Il ne pensait pas que le vendeur en avait cassé une mais elles étaient tellement prononcées sous sa peau que…

« Tu me sembles être un chien plutôt intelligent, alors soyons clairs. » murmura le sorcier. Il avait attendu qu'Harry soit parti, réalisa Patmol, parce que c'était là son vrai visage. Il allait se trahir, mettre un terme à cette comédie qu'il avait jouée jusque-là. « Si tu mords le garçon, si tu l'attaques, si tu as le moindre geste agressif envers lui, je me ferai une descente de lit de ta fourrure. » La main passa à nouveau sur son flanc, à moitié une caresse, à moitié une manière de tâter ses côtes à la recherche d'une blessure. « Tant que tu lui es loyal, toi et moi n'aurons aucun problème. »

Harry revint avec un bol d'eau dans lequel il plongea le nez avec reconnaissance. La dernière fois qu'il avait bu, c'était dans une flaque dans l'allée des embrumes et il ne voulait pas savoir d'où elle était venue.

« Doucement. » le gronda Snape, lui retirant le bol alors qu'il était encore à moitié plein.

Il ne se laissa pas attendrir par son gémissement non plus.

Mais Patmol se sentait un peu mieux. Suffisamment, du moins, pour regarder autour de lui. Ils étaient à la bordure d'un jardin clôturé d'un muret de pierre au-delà duquel s'étalait un champ en friche – ou peut-être était-ce un pré – il y avait une forêt sur la gauche et un petit chemin de terre battu qui devait mener quelque part, probablement vers la civilisation. Pour le reste, il n'y avait aucune autre trace de civilisation sorcière ou moldue mis à part pour le cottage qui attendait au bout du jardin.

Ils étaient à l'arrière, très visiblement, et l'endroit avait l'air confortable. Chaleureux, presque.

Où était-il ?

Ça ne pouvait pas être chez Snape.

Snape vivait probablement dans un cachot quelque part dans un vieux manoir en ruines.

« On lui donne à manger ? » hésita Harry.

« Il ne mettra pas une patte à l'intérieur avant d'avoir pris un bain. » décréta Snape. « Il est plein de puces. »

°O°O°O°O°

De puces, de poux, d'autres vermines tout aussi peu ragoûtantes…

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Il n'avait rien contre l'idée d'un bain et les suivit donc sans protester mais avec un peu d'hésitation lorsqu'ils l'encouragèrent à s'approcher de la maison. Après avoir enjoint à Harry d'être prudent, Snape disparut momentanément à l'intérieur et revint avec un vieux chaudron et plusieurs potions.

Le chaudron fut métamorphosé en une baignoire de fortune dans laquelle Patmol sauta sans hésiter. Harry s'était approprié le tuyau d'arrosage et le chien ferma les yeux et se laissa nettoyer avec un plaisir non dissimulé. Les paupières closes, il était plus simple d'oublier quelles mains le frictionnaient.

« Il y a du sang là, non ? » s'inquiéta Harry, tout d'un coup.

Les doigts du sorcier tâtèrent prudemment une zone au-dessus de son épaule et Patmol gémit de douleur lorsqu'ils rencontrèrent une plaie et écartèrent les poils pour mieux l'examiner.

°O°O°O°O°

Comment s'était-il fait ça ?

Il avait oublié.

Un grillage quelque part sous lequel il s'était glissé pour voler de la nourriture.

°O°O°O°O°

Ils trouvèrent plus d'une plaie et l'homme désinfecta et soigna chacune d'entre elles avec ses potions.

« Là… Bon chien… » murmura Snape, d'un ton qui aurait été apaisant chez n'importe qui d'autre.

Patmol en frissonna d'horreur.

Mais si c'était le prix à payer pour garder Harry dans son champ de vision…

Il fallut un long moment avant que Snape ne décrète qu'il était suffisamment propre – et libre de tout parasite – pour pouvoir passer le seuil de sa porte – sa porte, qui aurait cru que Snape vivait dans un endroit comme celui-ci ? L'intérieur n'était pas plus en adéquation avec ce qu'il s'imaginait : des bibliothèques qui s'élevaient du sol au plafond remplies de livres, des tons taupes qui parvenaient toutefois à rendre l'endroit plus chaleureux que froid, des fauteuils dépareillés mais à l'aspect confortables, des tapis moelleux… Il régnait dans la maison un désordre organisé qui respirait la vie.

Impossible que Snape vive ici.

Il avait un tel balai dans le cul que ses sous-vêtements étaient probablement organisés par jour de la semaine alors une maison moins qu'impeccablement rangée…

« Viens, le chien ! » l'appela Harry, en disparaissant dans une autre pièce, glissant à moitié sur le parquet parce qu'il s'était débarrassé de ses chaussures sur le seuil – comme Snape – et était maintenant en chaussettes – comme Snape. Qui eut cru que Snape mette des choses aussi normales que des chaussettes ?

La cuisine était petite mais confortable avec une table ronde sur laquelle étaient restés deux bols et une tasse, probablement du petit-déjeuner. Snape les envoya dans l'évier d'un geste distrait – sans s'embarrasser de sa baguette, nota Patmol – et la vaisselle commença à se faire toute seule.

Le chien posa ses fesses dans un coin et les regarda discuter de ce qu'ils pourraient faire pour dîner, comme si la situation était absolument normale.

Patmol attendait encore que le Polynectar cesse de faire effet.

Ou peut-être que c'était un sort de confusion et que…

Snape déposa une assiette pleine de viande hachée devant lui. Patmol était trop choqué pour protester la main qu'il avança lentement vers sa tête ou la caresse amicale derrière les oreilles.

Il avait trop faim pour se laisser couper l'appétit mais, après coup, une fois qu'il se fut laissé aller sur le flanc, plus que repus, et qu'il les observa aller et venir dans ce qui s'apparentait certainement à leur train-train quotidien, Patmol ne pouvait s'empêcher d'être de plus en plus inquiet.

Quelque chose ne tournait pas rond.

Parce que Snape taquinait Harry.

Et Harry plaisantait avec lui.

Et il y avait de l'affection ouverte entre eux.

Et…

°O°O°O°O°

C'était presque assez pour lui donner le tournis.

°O°O°O°O°

« Il lui faut un nom. » décréta Harry, plus tard, après le repas, alors qu'ils s'étaient tous retirés au salon.

Snape était occupé à annoter un livre, Patmol s'était effondré sur le tapis tellement moelleux qu'il aurait pu s'endormir immédiatement et Harry s'était assis par terre et l'observait.

« Ne vas pas t'attacher, nous ne le gardons pas. » lui rappela le sorcier. « Demain ou après-demain, nous l'amènerons chez Hagrid. »

« Il a quand même besoin d'un nom. Même chez Hagrid. » contra le garçon, en tapotant sa jambe.

Patmol ne se fit pas prier et se traîna jusqu'à lui pour poser la tête sur sa cuisse, heureux de laisser Harry le caresser et le gratter à sa guise. Snape, cependant, gardait, sans en avoir l'air, un œil attentif sur ses mâchoires et sa baguette n'était pas loin.

« Je croyais que tu n'aimais pas les chiens. » remarqua l'homme, d'un ton nonchalant.

Le commentaire, en soi, était anodin pourtant Harry se tendit brusquement, sa main s'immobilisant sur son cou. Patmol lui donna un coup de museau pour l'encourager à reprendre.

Après douze ans à Azkaban sans aucun contact humain, ces gestes d'affection, surtout venant du fils de James, c'était…

°O°O°O°O°

Il n'avait pas les mots.

Il avait un peu honte d'admettre qu'il appréciait même lorsque Snape le touchait.

°O°O°O°O°

« Juste ceux de Tante Marge. » marmonna le Gryffondor.

Tante Marge. Qui était cette Marge ?

« Et je ne suis pas très fan de Touffu non plus. » grimaça le garçon. « Mais j'aime bien Crockdur. Et celui-ci n'a pas l'air de vouloir me poursuivre jusqu'en haut d'un arbre et a le bon nombre de têtes, donc… »

Snape émit un bruit posé qui voulait tout dire et rien dire. « Il ressemble au Sinistros. »

Patmol hésita un instant à prendre ombrage puis décida que c'était plutôt flatteur et aboya son approbation.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Harry avec curiosité.

« Un présage de mort auquel croient les sorciers superstitieux. Nul doute que le Professeur Trelawney en rabattra les oreilles à tes camarades dès le premier cours… » se moqua Snape.

« Ça a l'air bien plus sympa que de vieilles runes. » grommela Harry, entre ses dents.

« Je ne t'ai pas forcé à prendre les cours d'Anciennes Runes plutôt que la Divination. » rétorqua immédiatement le sorcier, d'un ton impatient, comme si le sujet était récurrent. « Je maintiens simplement que choisir tes matières en te basant sur les décisions hâtives de ton meilleur ami n'est pas le meilleur chemin académique à suivre. Miss Granger aussi suivra le cours de Runes, non ? »

« Oui. » soupira le garçon.

« Tu ne seras donc pas seul quoi qu'il en soit. » conclut l'homme, en tournant la page avec irritation. « La Divination est un ramassis de bêtises, de toute manière. L'Étude des Anciennes Runes te sera bien plus utile. »

« Si tu le dis. » marmonna son filleul.

« Je le dis. » déclara Snape d'un ton péremptoire, en jetant un coup d'œil vers la pendule.

Il ne fit pas un commentaire de plus et il n'était pas si tard mais Harry dut comprendre le message parce qu'il soupira à nouveau.

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Ça agaçait Patmol que son filleul soit obligé de se plier aux règles idiotes de cet abruti.

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Il n'était même pas minuit. Quel Gryffondor qui se respectait se couchait aussi tôt ? La queue battant le sol avec agacement, les yeux rivés sur Snape, il gronda.

Harry plaça immédiatement une main sur son museau comme pour lui rappeler que contrarier l'homme qui les hébergeait n'était peut-être pas la meilleure idée.

« Sinistros… » dit-il pensivement, en lui grattant l'endroit parfait derrière l'oreille. Il en secoua la patte de plaisir, ce qui arracha un bruit amusé au garçon. « C'est un peu long… »

« Il a d'autres noms… Grim, Black Shuck, Barghest, Cù-sìth… » offrit Snape.

Toujours le même monsieur je sais tout, se moqua Patmol intérieurement, toujours en train d'étaler sa science. Au moins, ça, ça n'avait pas changé.

« Grim. » répéta Harry. « J'aime bien Grim. Qu'est-ce que tu en dis ? »

Patmol aboya son consentement, simplement heureux de lui faire plaisir. Il y avait pire noms que Grim.

« Je crois que c'est adopté. » rigola Harry.

« Ne t'attache pas. » insista Snape. « Nous n'allons pas le garder. »

Harry passa sur ses pieds et, preuve que le chien pouvait toujours être choqué même après les événements de la journée, il ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux lorsque le garçon l'étreignit alors qu'il lui disait bonne nuit. Et, plus perturbant encore, Snape passa un bras autour de lui pour lui rendre cette étreinte.

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Quel garçon de treize étreignait volontairement ses parents sans raison valable ?

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Peut-être que ce n'était pas du tout Harry, s'inquiéta Patmol. Peut-être qu'il était en train de délirer seul et mourant sur le bord d'une route. Peut-être qu'il n'était jamais parti d'Azkaban et que ceci était un nouveau cauchemar.

Parce que le fils de James et Lily qui disait « Bonne nuit, Papa » à Severus Snape…

C'était définitivement trop étrange.

Et il n'allait pas rester seul avec Servilus alors il emboîta le pas à son filleul, espérant un peu que Snape l'interdirait uniquement pour qu'il ait une bonne raison de lui grogner dessus. Mais l'homme s'était replongé dans sa lecture, comme si de rien n'était.

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Comme si l'enfer n'avait pas dû geler ou des cochons voler ou des poules se voir soudain pousser des dents.

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« Ne t'inquiète pas, Grim. » lui murmura Harry, dès qu'ils furent à l'étage. « Moi aussi, il disait que ce n'était que temporaire, au début. Puis il m'a adopté. »

Cela semblait être une source de fierté.

Qu'était-il arrivé au monde magique pour que Harry considère que Snape soit le haut du panier ?

Et pour l'amour de Merlin était Lunard ? Comment avait-il pu laisser arriver une chose pareille ?

Adopté ? Adopté ?! Le fils de James et Lily adopté par Snape ?

Il espérait que le garçon parlait au figuré, que…

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Mais il l'appelait papa. Et il l'étreignait. Et…

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Depuis combien de temps est-ce que cette situation durait ? Harry souffrait-il du syndrome de Stockholm ? La communauté magique était-elle au courant que le Garçon-qui-avait-survécu était aux mains d'un Mangemort ? Est-ce que Harry savait seulement qui était véritablement cet homme qu'il appelait son père ?

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Un titre qui n'aurait dû appartenir qu'à James et…

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La chambre de l'adolescent était peinte dans des tons bleus apaisants qui auraient pu rappeler la Maison Serdaigle sans les fanions rouge et or visiblement récupérés après un match de Quidditch. Il y régnait un certain désordre qu'il s'étonnait que Snape permette.

Cela dit, Snape n'avait pas l'air aussi à cheval sur l'ordre qu'il l'avait toujours cru, à voir les piles de livres oubliées un peu partout dans la maison.

La chambre racontait une histoire et, pendant que le garçon disparaissait dans la salle de bain au bout du couloir, Patmol étudia tout ce qu'il pouvait, avide d'en apprendre plus sur son filleul – et déterminé à comprendre comment il était arrivé .

Sur la table de nuit, une photo encadrée de James et Lily attira son attention. Il colla pratiquement son nez à la vitre, gémissant de détresse alors que James attrapait inlassablement Lily qui fuyait pour échapper à des boules de neige et l'embrassait finalement. C'était Lunard qui avait pris cette photo et c'étaient ses boules de neige que Lily tentait d'éviter.

Il y avait d'autres photos dans la pièce, disposées au mur ou sur le bureau. Harry semblait aimer exposer ses souvenirs. Il repéra trois ou quatre autres photos de Lily et James, ensemble ou séparément, d'autres d'Harry avec une fille et un garçon – le même garçon que dans l'article de la Gazette, le Weasley qui tenait Queudver entre ses mains – et, plus rares, deux photos avec Snape. Le garçon était beaucoup plus jeune sur la première, peut-être sa première année à Poudlard, et Snape, comme Harry, paraissait extrêmement gêné. La photo avait beau être magique, ils étaient tous les deux tellement crispés qu'ils bougeaient à peine. Il était évident que quelqu'un les avait forcés à poser. Et la raison aussi était évidente. Entre ses mains, Snape tenait un papier à l'apparence officielle.

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Probablement celui qui était encadré au mur et que Patmol faisait de son mieux pour ignorer.

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Parce qu'il ne savait pas quoi faire de cette information : Snape avait officiellement et légalement adopté Harry.

Ça n'aurait pas dû être possible. Pas sans son accord. Il était le parrain du gamin, il…

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Mais il avait été déchu de tous ses droits à sa condamnation à Azkaban.

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La seconde photo était posée sur l'autre table de nuit, celle qui semblait servir davantage que l'autre et, vu le sapin dans le fond, avait été prise à Noël. Probablement cette année même. Ils étaient tous les deux beaucoup plus à l'aise et, Harry déballait sans cesse le même cadeau avant de le montrer à Snape avec excitation – une paire de gants de Quidditch – et l'homme le regardait avec une affection manifeste et ce qui, chez quelqu'un d'autre, aurait pu être un sourire.

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Qu'était-il censé faire de toutes ces informations ?

C'était encore plus déstabilisant que de découvrir que Peter les avait trahis ou que, après douze ans, il avait refait surface et avait certainement passé les dernières années à se faire passer pour un animal de compagnie chez les Weasley.

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Une chouette se glissa par la fenêtre ouverte et rejoignit son perchoir avec un hululement, l'observant avec une curiosité mâtinée de méfiance. Il la lui rendit.

Peut-être que, elle aussi, était secrètement une Animagus.

Peut-être que rien n'était réel et…

« Coucou, ma belle… » lança Harry, en revenant dans la chambre, en pyjama. « Regarde, on a un nouvel ami. C'est Grim. Grim, Hedwige. »

Il offrit une friandise à la chouette, passa plusieurs minutes à la flatter jusqu'à ce qu'elle gonfle les plumes avec fierté, puis détacha finalement la lettre qui pendait à sa patte. Il la parcourut rapidement, laissa échapper plusieurs bruits amusés puis l'abandonna sur le bureau et gratta une dernière fois le cou de la chouette avant de s'installer dans son lit. Patmol se tordit le cou pour voir le parchemin…

L'écriture était serrée mais nette, parfaitement régulière…

Elle était signée Hermione.

La fille sur les photos, peut-être ?

« Grim ? » Harry tapota le bout du lit. « Tu peux dormir là si tu veux. »

Il ne se le fit pas dire deux fois. Il bondit sur le lit, s'étala de tout son long et, soulagé de savoir qu'il pouvait faire rempart de son corps entre Harry et tout danger potentiel, s'endormit comme une masse.

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Il se réveilla tard le lendemain, bien après qu'Harry se soit levé. La faute au matelas trop confortable et à son ventre trop plein.

Il était sur ses gardes lorsqu'il se glissa dans la cuisine, nerveux de ce qu'il allait trouver. Snape devait en avoir assez de prétendre être autre chose que ce qu'il était… Certainement, avait-il dû se lever ce matin-là et se rappeler qu'il n'était qu'un connard sans cœur ?

Mais Snape lui jeta à peine un regard lorsqu'il fit son apparition. Il ne décolla pas les yeux de l'article de la Gazette qu'il était en train de lire – un article qui prétendait que Sirius Black avait été repéré à Douvres, apparemment. Ce fut Harry qui lui ouvrit la porte et Harry qui insista pour qu'il aille faire ses besoins dans le champ au-delà du jardin parce que Severus ne serait pas content de trouver ce genre d'engrais dans ses ingrédients.

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Severus.

Il y avait donc eu une période où, avant d'être papa, Snape avait été Severus.

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Et Severus, chez lui, préférait apparemment les tenues Moldues. S'il n'avait pas déjà été aussi choqué par tout le reste, voir Snape dans un jean – noir évidemment – et un tee-shirt – également noir – l'aurait probablement laissé cois. Il nota la bande de gaze autour de l'avant-bras gauche pourtant, nota qu'il n'exposait jamais son poignet…

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Parce que la Marque des Ténèbres s'y lovait et qu'il ne voulait sûrement pas qu'Harry la voie.

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Patmol fut presque tenté de jeter sa couverture aux orties et de redevenir humain juste pour pouvoir demander quelle était cette putain de réalité parallèle dans laquelle il était tombé.

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Il resta à l'affût toute la journée mais personne ne se décida à évoquer les circonstances de cette adoption. Snape et Harry interagissaient comme si c'était parfaitement naturel pour eux d'être ensemble, comme une famille.

Patmol n'était pas plus avancé lorsque Harry l'invita à le suivre pour dormir, cette nuit-là.

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Et s'il fut tenté de se relever sous le couvert de l'obscurité pour se glisser dans la chambre de cet homme qu'il exécrait pour l'assassiner…

Les protections autour du cottage étaient importantes mais elles ne semblaient pas avoir relevé qu'il était un Animagus, pourtant il était persuadé qu'à la seconde où il redeviendrait humain, elles en informeraient Snape. Mieux valait s'abstenir pour le moment. Mieux valait attendre, reprendre des forces, observer.

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Le jour suivant ne l'éclaira pas davantage or il fut nerveux toute la journée parce que Snape avait dit qu'ils ne le garderaient que quelques jours avant de le confier à Hagrid et… Mais l'homme avait semblé oublier complètement ce détail. Il avait passé un long moment à les observer, lui et Harry, jouer avec une vieille balle dans le champ et il n'avait pas mentionné une fois le fait que le garçon n'était pas censé s'attacher. Au lieu de ça, il était retourné au sous-sol où il avait apparemment un laboratoire dans lequel le chien avait interdiction d'entrer sous peine de finir en ingrédients.

Pire, Servilus ne cessait de tenter de le caresser et ne semblait pas plus perturbé que ça lorsqu'il lui grognait dessus à chaque fois qu'il s'approchait d'un peu trop près.

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L'homme avait de la patience, il fallait lui reconnaître ça – et de la sournoiserie parce qu'il essayait de l'amadouer avec des bouts de nourriture – et ne semblait pas prendre ombrage de son hostilité tant qu'il ne la tournait pas contre Harry.

S'il n'avait pas su la chose impossible, Patmol aurait eu tendance à dire que l'homme était surprotecteur envers le gamin. Il apparaissait à la seconde où Harry tombait et s'écorchait un genou ou dès que le chien aboyait un peu trop fort ou lorsque le garçon laissait échapper une exclamation surprise…

Le fameux basilic fut mentionné une fois ou deux, toujours dans ces demi-plaisanteries qui ne semblaient pas en être vraiment.

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C'était déroutant.

Et ce n'était pas la seule chose bizarre.

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Harry était un garçon extrêmement attachant – et pas seulement parce qu'il était le fils de ses meilleurs amis. Il avait très visiblement le cœur sur la main, avait un humour un peu sarcastique nettement influencé par celui de Snape, débordait d'énergie… C'était également un vrai moulin à paroles, par moment. Parfois, il déblatérait des heures durant, sans sembler reprendre sa respiration. Snape ne le grondait jamais pour ça – alors que même Patmol aurait probablement fini par lui réclamer un peu de silence à certains moments – au contraire, il l'encourageait par des questions distraites si le sujet ne l'intéressait pas ou plus pointue s'il s'agissait d'une véritable discussion, et, tout du long, Harry paraissait à la fois heureux et touché de se voir écouté… Le gamin était aussi très affectueux et pas seulement avec Hedwige ou lui, Patmol avait perdu le compte du nombre de fois où il avait brièvement passé ses bras autour de Snape pour une étreinte furtive. À croire qu'il était assoiffé de ce genre de gestes d'affection. Et Servilus ne le repoussait jamais.

Mais, plus préoccupant, il y avait des moment où l'énergie retombait, où il cessait de parler, où son regard se perdait dans le vide… Souvent, il s'asseyait tout recroquevillé dans ces instants-là…

Patmol n'aimait pas le voir comme ça, toute joie de vivre envolée, comme si un Détraqueur était rentré dans la pièce. Dans ces cas, il quémandait l'attention de son filleul, quitte à lui lécher le visage et à s'attirer ses remontrances à moitié sérieuses, jusqu'à ce que le garçon éclate de rire et retrouve sa bonne humeur.

Plus d'une fois, après un de ces moments où Harry s'était renfermé uniquement pour succomber à la persistance du chien, Patmol avait repéré Snape qui l'observait rire avec ce qui ressemblait à du soulagement.

°O°O°O°O°

Les jours passaient, entièrement normaux pour Harry et Snape, complètement surréalistes pour lui.

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Environ une semaine après son arrivée, le garçon se leva de très mauvaise humeur. Patmol devinait que ça avait un lien avec le cauchemar qui l'avait réveillé en sursaut et l'avait laissé le souffle court et en sueur mais, ça, le garçon le garda pour lui, devenant de plus en plus insolent et sec à chaque fois que Snape lui demandait si quelque chose n'allait pas, tout au long de la journée.

L'un dans l'autre, il fut un peu soulagé lorsque la dispute éclata finalement parce que, enfin, cette mise en scène allait voler en éclat, Snape allait révéler son vrai visage et Harry allait s'apercevoir que le sorcier s'était servi de lui en prétendant l'adopter pour une quelconque raison – probablement ayant à voir avec une vengeance envers James – et Patmol allait pouvoir cesser de douter de sa santé mentale.

Il n'était pas entièrement certain de ce qu'il s'était passé parce qu'il sommeillait dans un coin de la cuisine et ne suivait la conversation que de loin mais, soudain, Harry s'était énervé, Snape avait levé la voix, un verre avait été renversé sur le sol…

Et Patmol avait sauté entre eux, babines retroussées, avec un grondement sourd qui venait du ventre, fourrure hérissée… Il égorgerait Snape avant de le laisser faire du mal à Harry. Il…

« Arrête ! » ordonna soudain son filleul, clairement paniqué. « Grim, arrête ! »

Patmol l'ignorant, tout entier focalisé sur le sorcier qu'il avait détesté au premier regard et dont les yeux s'écarquillèrent tout à coup avec panique. « Harry, non ! »

Il ne releva ni la peur sincère dans la voix de Snape, ni le mouvement derrière lui. Tout ce qu'il vit fut le geste brusque de l'homme vers le garçon.

Il referma les mâchoires sur son poignet et serra jusqu'à ce que le sang envahisse sa gueule…

Ce ne fut que lorsqu'il sentit les mains du garçon qui essayaient de le tirer en arrière, ce ne fut que lorsqu'il entendit la panique dans sa voix qu'il réalisa que Snape n'avait pas essayé d'attaquer Harry mais de l'empêcher de toucher un chien un peu trop sauvage alors qu'il était menaçant.

Il lâcha prise immédiatement mais trop tard pour qu'Harry ne le regarde pas avec crainte.

Plus blessé par ce regard que par tous les maléfices que Snape aurait pu lui lancer en réprimande, il s'aplatit au sol et gémit, les oreilles basses en signe de soumission.

« Papa… » s'inquiéta Harry.

« Ce n'est rien. » mentit l'homme. « Je n'ai rien. »

C'était faux.

Patmol s'était fait un plaisir de l'attaquer correctement.

Non seulement la morsure devait être profonde mais elle devait lui faire un mal de chien.

Il avait encore le goût de son sang dans la bouche.

Il n'arrivait pas à en être véritablement désolé.

Il ne fut pas non plus particulièrement surpris de se voir mettre à la porte. Il sortit sans faire d'histoire parce qu'ils semblaient avoir oublié qu'ils avaient été en train de se disputer et qu'il ne pensait plus que Snape soit un danger pour Harry, pas à l'instant.

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Ça ne rendait pas les choses moins confuses.

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Il s'installa sous un plant de dictame, les idées noires. Snape allait l'envoyer chez Hagrid pour sûr, maintenant. Il pourrait probablement retrouver le cottage s'il y était décidé mais la manière dont Harry l'avait regardé… Le sentiment de trahison qui avait brillé dans ses yeux…

Et si son filleul le détestait, à présent, que ferait-il ?

Tout ça parce qu'il avait mordu Snape, entre tous ?

Lorsque la porte se rouvrit après un très long moment, Patmol leva immédiatement la tête, espérant voir le garçon mais ce fut Snape qui sortit et s'assit sur les marches du porche, sans le quitter des yeux. Le chien se força à se traîner plus près, oreilles basses, queue rentrée… L'image même de la contrition. Peut-être que s'il pouvait amadouer Snape…

« Je sais que tu es plus intelligent qu'un chien normal, tu es probablement croisé à une race magique… » déclara l'homme de sa voix insupportablement traînante. « Tu n'es pas le seul qui a été brutalisé sous ce toit, nous savons tous les trois ce que cela fait. Je ne ferai jamais de mal à Harry. Jamais. Tu te méfies de moi, probablement parce que ton dernier maître était un homme, et c'est une chose. Que tu m'attaques… C'est la première et la dernière fois. Si je vois la plus petite trace d'agressivité envers nous, tu te retrouveras à dormir à nouveau sous les stands des marchands ambulants. C'est clair ? »

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Trop d'informations.

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Des informations à lui faire tourner la tête.

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Snape avait été brutalisé ? Par qui ? Voldemort ? C'était bien fait. Ce n'était que ce qu'il méritait.

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Mais le sous-entendu que Harry

Pourtant ça expliquait pas mal de choses dont ces fugues étranges qui le prenaient parfois. Ou la manière un peu incertaine dont il cherchait les gestes affectueux et l'attention.

Ça expliquait même pourquoi Snape le couvait un peu trop.

Quant à savoir pourquoi c'était lui qui avait adopté le garçon…

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Snape tendit la main vers lui, non sans une légère appréhension. Il avait soigné la morsure, il n'en restait déjà plus rien qu'une vague marque sur son poignet.

Patmol se fit violence mais approcha la tête jusqu'à le laisser le toucher, sans toutefois se détendre. Le sorcier soupira, sur ses gardes lui aussi bien qu'il continuât à le caresser doucement.

« Je ne te ferai aucun mal, stupide chien. » grommela-t-il. « Mais je ne te laisserai pas en faire à Harry, non plus. Tu dors au salon, jusqu'à nouvel ordre. Je sais que tu cherchais simplement à le défendre mais comment puis-je être certain que tu ne te retourneras pas contre lui ? »

Ce n'était pas juste mais aucun gémissement désolé ne l'attendrit.

Plus préoccupant, Harry ne tenta pas une fois de négocier pour qu'il soit autorisé à dormir avec lui, comme c'était le cas depuis qu'ils l'avaient ramené au cottage. Il y avait un peu de peur dans les yeux du garçon et beaucoup de culpabilité.

°O°O°O°O°

« Je suis désolé pour tout à l'heure, Professeur. » balbutia-t-il.

Le Gryffondor ne paraissait pas capable de décoller les yeux du sol ou de cesser de tortiller ses mains. Sa respiration était courte et Patmol sentait la panique qui émanait de lui par vagues.

C'était la première fois qu'il entendait Harry l'appeler autre chose que papa – ou Severus lorsqu'il parlait de lui à la troisième personne.

« Harry, regarde-moi. » exigea Snape, avec une légère lassitude. C'était plus triste qu'amer, toutefois. Il attendit que le garçon s'exécute avant de continuer. « Tu es mon fils. Je ne vais pas changer d'avis et t'abandonner parce que j'ai décidé que tu me causais trop de tracas. » Ça sentait le discours répété plusieurs fois. « Il n'empêche que tu t'es mal comporté. Pas de balai pendant trois jours. Cela te donnera l'occasion de terminer tes devoirs. »

Patmol était outré pour son filleul.

Il ne méritait pas d'être puni pour si peu.

Et puis regarder Harry voler était un de ses nombreux petits plaisirs dernièrement. Il volait peut-être encore mieux que James.

Et…

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Harry se jeta sur Snape.

°O°O°O°O°

Le chien se remit debout, prêt à l'aider si jamais…

Mais Harry n'attaquait pas le sorcier… Il l'étreignait suffisamment fort pour que Snape en grimace. Non pas qu'il émît la moindre protestation, au contraire… Il le serra dans ses bras avec un soupir.

« Je suis désolé. » répéta le garçon.

« Je sais. » offrit un peu trop calmement le sorcier. « J'aimerais simplement que tu me fasses un peu plus confiance. »

« Je te fais confiance. » protesta Harry, en s'éloignant, les yeux un peu trop brillants.

« Pas assez pour me dire ce qui ne va pas avant d'exploser, apparemment. » remarqua-t-il. « Pas assez pour venir me chercher avant de te lancer à la poursuite d'une pierre ou d'un basilic. »

À nouveau, Harry baissa la tête avec un air coupable. « Ce n'est pas pareil. Et ce n'est pas… Je n'avais pas le choix ! Et puis on avait emmené Lockhart ! »

Snape leva les yeux au ciel. « Tu sais pertinemment toute l'estime que j'ai pour ce charlatan. »

« Est-ce qu'on peut arrêter de parler de ça tout le temps ? » soupira le gamin. « J'ai été puni. »

« Mais tu ne comprends toujours pas pourquoi j'étais tellement en colère. » contra le sorcier.

« Parce que j'ai désobéi. » riposta immédiatement le Gryffondor. « Parce que j'ai fait quelque chose de dangereux sans t'en parler d'abord. »

« Non, Harry ! » s'énerva Snape. « Parce que s'il t'arrivait quelque chose… » L'homme ne termina pas sa phrase. « Veux-tu me dire ce qui te tracassait aujourd'hui ? »

°O°O°O°O°

Patmol aurait pu le croire sincère.

Il était très, très bon comédien.

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« J'ai mal dormi. » admit finalement l'adolescent, dans un marmonnement. « J'ai rêvé que j'étais toujours chez les Dursley. »

Le sorcier l'observa un moment, l'air fatigué. « Tu aurais pu venir me réveiller. Je t'aurais donné une potion ou je t'aurais tenu compagnie. »

« J'avais Grim. » répondit Harry, en haussant les épaules. Mais le sourire qu'il adressa au chien mourut rapidement sur ses lèvres, probablement parce qu'il venait de se souvenir du petit incident dans la cuisine. Harry tenait à Snape. Patmol devait s'en souvenir. Maintenant l'affection facile et ouverte que le garçon lui avait témoignée depuis le début était teintée de méfiance.

°O°O°O°O°

Et ça ne s'améliora pas dans les jours qui suivirent.

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Harry hésitait parfois avant de le caresser, comme s'il avait peur de se faire attaquer, il ne jouait plus vraiment avec lui et il était tellement tendu à chaque fois que Snape passait à côté du chien que Patmol dut faire l'impensable et initier le contact lui-même avec ce connard prétentieux.

Il profita que l'homme soit en train de lire dans son fauteuil pour venir poser la tête sur l'accoudoir, s'assurant qu'Harry le voit faire. Snape devait avoir lui aussi remarqué les réticences nouvelles du garçon parce que, malgré une légère odeur de peur, il ne laissa rien paraître lorsqu'il lui gratta machinalement la tête derrière les oreilles, comme si la chose était anodine.

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Il dut reproduire trois fois la chose et il fallut quatre jours de plus avant qu'Harry semble oublier de se méfier de lui et qu'un terme soit mis à son exil nocturne dans le salon.

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Une part de lui attendait toujours que Snape explose ou se venge, une autre se disait qu'il lui aurait été facile de s'en prendre au chien sans que Harry le sache mais qu'il n'avait jamais eu le moindre geste violent…

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Patmol était perdu.

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Mis à part ça, toutefois, la vie au cottage était plaisante et confortable. Il avait trois repas généreux par jour, un endroit douillet où passer la nuit et son filleul dans son champ de vision en permanence…

Si ça n'avait été pour la présence de Snape, il aurait été parfaitement heureux pour la première fois depuis des années.

°O°O°O°O°

Un soir, alors que Harry et l'homme étaient penchés sur une partie d'échecs – et que Patmol avait collé son museau au plateau pour mieux suivre, résistant à peine à l'envie de soupirer à chaque fois que le garçon faisait un mauvais choix et il y en avait beaucoup – la cheminée s'embrasa soudain de flammes vertes et la tête de Dumbledore apparut dans l'âtre.

« Severus, puis-je traverser ? »

Partagé entre la terreur d'être démasqué – Lunard avait-il dit à Dumbledore qu'il était un Animagus ? – et une colère soigneusement nourrie envers le vieux sorcier – qui n'avait même pas cherché à le voir lorsqu'il avait été arrêté, Patmol se leva d'un bond et, obéissant à son instinct, se mit à grogner et à gémir tout à la fois, aboyant de temps en temps pour faire bonne mesure…

« Je vois que vous avez un nouvel ami. » déclara le Directeur, lorsqu'il émergea de la cheminée, visiblement surpris. « Et il ne semble guère m'apprécier. »

« Ce n'est pas vous, il a un problème avec les hommes. » soupira Snape. « Grim, ça suffit. Grim. » Le ton était suffisamment autoritaire pour que Patmol se taise d'un coup et lui jette un regard agacé que l'homme n'interpréta pas correctement. « C'est un ami. Inutile d'en avoir peur. »

Il grogna son mécontentement mais se laissa tomber sur son postérieur, sans pourtant cesser de surveiller les faits et gestes du Directeur du regard.

Un ami, un ami, songea-t-il alors qu'ils échangeaient tous les trois les politesses d'usage, quel genre d'ami confierait un enfant aussi précieux à Snape ?

Dumbledore accepta la tasse de thé qui lui fut offerte, s'installa dans un fauteuil et observa le reste de la partie d'échecs tout en leur faisant la conversation. Patmol prit soin de rester entre lui et le garçon.

Puis, lorsque Snape remporta inévitablement la partie, Harry étouffa un bâillement et s'excusa pour aller se coucher sans se faire prier.

« Grim ? » hésita-t-il sur le seuil parce que Patmol n'avait pas bougé.

Le chien se laissa aller au sol en guise de réponse, à moitié sur les pieds de Snape – ce qui était inédit et peu plaisant mais il ne voulait pas être forcé de quitter la pièce alors qu'il avait enfin une possibilité d'obtenir des informations. Et le meilleur moyen d'être autorisé à rester là était de faire plaisir à l'homme. Or ce dernier paraissait toujours content de ces petites preuves de confiance de sa part.

Qui eut cru que Snape se soucierait de l'opinion d'un chien errant ?

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Sauf que ce n'était qu'une comédie.

C'était forcément une comédie et…

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Oh, mais Snape savait précisément où le gratter derrière l'oreille pour qu'il en agite la patte arrière de plaisir.

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Ce qui était perturbant sur plusieurs plans.

°O°O°O°O°

Son filleul, voyant ça, n'insista pas.

Il ne se passa pas plus de quelques secondes après son départ avant que Patmol ne sente le poids d'un sort anti-intrusion se refermer sur la pièce. Visiblement, Dumbledore ne voulait pas qu'Harry les entende. Le chien avait bien fait de rester.

« Qu'est-ce qui vous amuse donc autant ? » accusa Snape, tout de go, sur la défensive. Il remettait distraitement les pièces d'échecs nouvellement réparées à leur place sur le plateau – celles d'Harry n'étaient vraiment pas heureuses et semblaient fomenter une révolution.

« Je me remémorais simplement les multiples fois où vous m'avez assuré que le garçon était probablement pourri-gâté et n'avait jamais entendu le mot non… » le taquina Dumbledore, une étincelle amusée dansant dans ses yeux bleus. « Je ne vous savais pas sur le marché pour un animal de compagnie… »

« J'aurais préféré avoir raison à l'époque. » cingla l'homme, absolument pas amusé, lui.

Un voile de tristesse passa sur le visage du Directeur qui perdit son sourire. « Bien sûr. Pardonnez-moi, je… »

« Et je ne gâte pas Harry au-delà du raisonnable. » grommela Snape, deux ronds rouges sur les joues. « Certes, je n'avais pas prévu de l'autoriser à le garder plus de quelques jours mais… » Il soupira, pianotant distraitement sur l'accoudoir de son fauteuil, délibérant visiblement sur ce qu'il souhaitait révéler. « Harry n'a pas eu une seule crise de panique depuis que nous avons recueilli ce chien. L'animal lui fait du bien. »

Crise de panique

Patmol n'aimait pas ce qu'il entendait.

Il n'aimait pas ce qu'il devinait.

°O°O°O°O°

Brutalisé.

°O°O°O°O°

Peut-être devrait-il retourner voir les Dursley sous sa forme humaine. Peut-être devrait-il…

°O°O°O°O°

« En souffre-t-il encore régulièrement ? » s'étonna Dumbledore, l'air sincèrement peiné. « Cela fait plus d'un an qu'il vit avec vous. Je pensais… »

« Ce n'est pas le genre d'expérience qui s'efface en dix-huit mois. » rétorqua Snape. « Il s'épanouit de plus en plus mais Pétunia et son imbécile de mari ont laissé leurs marques. » Il agita la main. « Quoi qu'il en soit, le chien lui fait du bien donc le chien reste. Qui plus est, Grim est extrêmement protecteur envers lui, ce que je vois d'un bon œil, particulièrement au vu des… circonstances. »

Les circonstances, c'étaient sans doute son évasion, songea Patmol.

N'était-ce pas ironique ?

Le Directeur émit un bruit amusé. « Je doute que Minerva autorise un chien à résider dans la tour de Gryffondor. »

« Elle a bien fait une exception lorsqu'il était question de laisser un première année jouer au Quidditch. » grinça l'homme. « Ne pouvez-vous pas lui faire entendre raison ? »

« Elle est contrariée après moi, en ce moment, alors je ne m'y risquerai pas. » plaisanta le vieux sorcier, en observant Snape par-dessus ses lunettes. « Je peux, en revanche, vous autorisez à le garder avec vous dans vos appartements. Non pas que je doute que vous alliez me demander la permission d'emmener un tel molosse sur le domaine… »

Le molosse en question jeta un regard noir à Dumbledore, juste pour lui signaler qu'il pouvait le mordre si l'envie lui en prenait.

« C'est un bon chien. » grommela Snape, en se penchant pour lui gratter la tête. « Il ne causera pas de problèmes. »

Aucun problème, songea joyeusement Patmol, juste quelques méfaits et un tout petit, petit meurtre pour lequel il avait déjà fait douze ans de prison de toute manière. Il avait le droit d'en avoir pour son argent, puisqu'il avait payé d'avance, non ?

Le Directeur se pencha pour poser sa tasse de thé vide sur la table basse et, lorsqu'il se rassit correctement, semblait un peu plus guindé.

Ils en avaient sans doute terminé avec les discussions sans intérêt.

« Je suis heureux de voir qu'Harry et vous passez un bon été mais ceci n'est pas simplement une visite de courtoisie… » annonça Dumbledore, sans surprise.. « J'ai plusieurs nouvelles qui ne vont pas vous plaire. »

Parce qu'il était à moitié affalé contre ses jambes, le chien sentit le sorcier se tendre. « Black ? »

Patmol se figea en entendant son véritable nom mais se traita immédiatement d'idiot. Il n'était pas en train de l'appeler. C'était une question.

Une question à laquelle Dumbledore répondit par un soupir fatigué. « Les Aurors ont complètement perdu sa trace. Il y a eu quelques signalements, ici ou là, dernièrement, mais il ne s'agit que d'hystérie collective. Les Moldus ont arrêté un clochard qui lui ressemblait vaguement, Cornelius était fort dépité lorsqu'il s'est avéré être un simple vagabond. »

C'était insultant, décida Patmol.

Il ne ressemblait pas tant que ça à un vagabond.

Même sa forme canine avait repris du poil de la bête dernièrement. Entre les repas réguliers, les siestes au soleil et les potions dont le sorcier l'avait badigeonné, on commençait à ne plus voir ses côtes et son poils était beaucoup moins rêche.

« A-t-on interrogé ses anciens amis ? » ironisa Snape.

« Remus n'a rien à voir là-dedans. » répondit calmement Dumbledore, une note d'avertissement dans la voix.

« En êtes-vous certain ? » siffla-t-il. « Parce que, dans mes souvenirs, vous n'étiez pas si convaincu, à l'époque… »

« Suffisamment certain pour lui offrir le poste de Défense et l'avoir convaincu de l'accepter malgré ses réticences. » déclara le vieux sorcier.

Snape se leva d'indignation. « Pardon ? »

Patmol se mit à gronder, sans trop savoir pourquoi. À cause de la haine dans la voix du sorcier ? Parce que Dumbledore l'agaçait ? Parce que, bien qu'il ait très envie de retrouver son meilleur ami, avoir Lunard dans les pattes allait contrarier ses plans ?

Le grondement mourut lorsqu'une main familière se posa sur sa nuque, comme pour le retenir, puis vint le caresser distraitement. Snape se rassit, Dumbledore prétendit ne pas avoir remarqué son mouvement d'humeur, et Patmol se retrouva avec le menton appuyé sur la jambe du sorcier qu'il détestait sans savoir s'il était heureux ou irrité de le sentir si énervé par la nouvelle.

D'un côté, voir Snape irrité était toujours plaisant.

D'un autre… Il n'aimait pas la manière dont Dumbledore paraissait occuper l'espace, comme s'ils avaient été chez lui et pas chez eux, et il n'aimait pas non plus la façon dont le vieil homme observait le sorcier, avec une légère désapprobation.

°O°O°O°O°

Harry avait été brutalisé.

Qui avait été responsable de la sécurité d'Harry avant Snape, hein ?

Dumbledore avait merdé, voilà la conclusion logique.

Et ensuite, non content d'avoir placé son filleul dans une situation dangereuse chez sa tante, il l'avait confié à Snape.

Est-ce que le vieil homme essayait de tuer Harry au lieu de le protéger ?

°O°O°O°O°

« Vous plaisantez. » cracha Snape, les doigts légèrement contractés dans sa fourrure.

Le Directeur poussa un long soupir fatigué. « Je n'ignore pas que vous avez des sentiments compliqués pour Remus… »

« Mes sentiments n'ont rien de compliqué, Albus. » le coupa-t-il froidement. « Il a failli me tuer. »

« La faute à Sirius Black, pas la sienne. » remarqua Dumbledore.

Patmol s'agita.

°O°O°O°O°

D'accord, très bien, c'était un peu vrai, mais…

°O°O°O°O°

« Et, si je me souviens bien, Black s'en est tiré avec une retenue et quelques points en moins pendant qu'on m'enjoignait, moi, au silence, en me faisant comprendre que c'était ma propre faute pour être tombé dans le panneau. » gronda-t-il. « Avez-vous si peu de respect pour moi que… »

« J'ai le plus grand respect pour vous, Severus. » l'interrompit le vieux sorcier à son tour. « Mais personne ne connaît mieux Sirius que Remus et il me semble judicieux, pour la sécurité de votre fils de mettre tous les as possibles dans notre manche. »

S'en référer à Harry comme à son fils était un coup bas, décida Patmol, parce que la colère de Snape retomba comme un soufflet. Comme si l'argument était imparable.

Une part de lui commençait à croire que ça l'était.

Il laissa échapper un nouveau grondement en direction de Dumbledore.

Après tout, l'homme débarquait sans prévenir, envahissait leur territoire, avec ses nouvelles que personne ne voulait entendre et brisait l'illusion que ces semaines pourraient durer toujours, que Patmol pouvait rester avec Harry et…

« Je vois qu'il n'est pas protecteur qu'envers Harry… » remarqua le Directeur, ses yeux bleus rivés sur lui.

Indigné par cette accusation mensongère, Patmol se tut.

Puis se demanda si la Legilimencie fonctionnait sur les chiens.

Puis s'inquiéta du fait que Dumbledore, qui était après tout un Maître de la Métamorphose, puisse deviner qu'il n'était pas exactement un chien.

Puis…

Les caresses reprirent sur sa tête et sa nuque, un peu trop saccadées pour être agréables, comme si Snape cherchait à se réconforter lui-même davantage que le chien.

« Peut-être devriez-vous avertir Lupin de ne pas m'approcher de trop près, dans ce cas. » riposta-t-il. « Ou d'Harry, tant que nous y sommes. » Il secoua la tête. « Allez-vous véritablement laisser un loup-garou… »

« Vous préparerez vous-même la Potion Tue-Loup. » l'interrompit à nouveau le Directeur. « Ainsi vous serez certain qu'il est inoffensif durant la pleine lune. »

« Il ne sera jamais inoffensif, pas même avec la potion. » rétorqua-t-il. « Je le sais mieux que quiconque ou avez-vous également oublié ce que les Maraudeurs m'ont… »

« Je n'oublie rien, Severus. » soupira à nouveau Dumbledore. « Je n'oublie rien. Mais je pense à Harry et à ce qui est plus sûr pour lui. »

°O°O°O°O°

Oh, c'était tellement un coup bas.

Patmol en souffla d'indignation par le nez.

Le Directeur avait-il toujours été aussi manipulateur ? Parce qu'il était nettement en train de manipuler Snape.

Et, certes, Snape jouait forcément la comédie avec Harry mais…

Mais…

Mais…

°O°O°O°O°

« Vous avez changé, Severus. Vous n'êtes plus l'adolescent que vous étiez et regardez-vous aujourd'hui… Père de famille, Maître des Potions respecté, avec un tout nouveau chien… » l'encouragea Dumbledore, d'un ton qui se voulait taquin. « Peut-être Remus pourra-t-il vous surprendre ? »

Snape resta de marbre mais la main qui courrait toujours inlassablement dans sa fourrure tremblait un peu. Patmol lui jeta un coup d'œil. Son expression était lisse et ne laissait rien transparaître.

Il n'arrivait pas à interpréter le léger changement d'odeur. Ce n'était pas tout à fait de la peur mais ça s'en approchait.

À nouveau, le Directeur poussa un de ces soupirs légèrement déçus.

À nouveau, Snape tressaillit légèrement comme si l'homme l'avait frappé.

°O°O°O°O°

Patmol détestait les sentiments contradictoires qu'il éprouvait.

Cela aurait été beaucoup plus simple s'il avait toujours vu Dumbledore avec ses yeux admiratifs de jeune adulte et si Snape avait bien voulu se comporter comme le salaud qu'il était au fond.

°O°O°O°O°

« Je ne vous demande pas d'être ami avec lui mais j'attends de vous que vous soyez professionnel et courtois. » Le vieux sorcier observait son Maître des Potions par-dessus ses lunettes en demi-lunes avec un regard sévère.

C'était un ordre, pas une requête.

« Soit. » répondit Snape, d'un ton trop détaché. « Y avait-il autre chose ou puis-je profiter de ce qu'il me reste de mes vacances avant de devoir m'inquiéter qu'un élève trop curieux se fasse accidentellement mordre ou pire ? »

Le sarcasme passa loin au-dessus de la tête du Directeur. « Voilà précisément le genre de remarques que je ne veux pas entendre. » L'expression du vieil homme se durcit légèrement, tout d'un coup. « Et vous ne dévoilerez pas à Harry le secret de Remus, non plus. »

Snape tiqua. « Harry est mon fils et ce que je lui dévoile ou pas ne vous regarde pas. Lorsque j'ai signé les papiers d'adoption, vous m'avez promis une totale autonomie en ce qui le concerne et… »

« Severus. J'insiste. » le coupa Dumbledore.

Les deux hommes s'affrontèrent du regard un long moment.

Snape détourna le sien le premier.

Patmol supposait que ça voulait dire qu'il avait perdu.

Il n'aimait pas ça non plus et il s'agita avant de décider de retourner s'affaler sur les pieds du sorcier. Ainsi, ses jambes ne feraient pas obstacle si jamais le chien devait attaquer Dumbledore.

°O°O°O°O°

Et il était un peu tenté de le faire.

°O°O°O°O°

« Il y a autre chose. » reprit plus calmement le Directeur. « Malgré mes protestations, Cornelius a décidé qu'il serait judicieux de placer des Détraqueurs autour de Poudlard. »

Patmol ravala de justesse un gémissement.

°O°O°O°O°

Non, non, non

°O°O°O°O°

« Avez-vous d'autres bonnes nouvelles de ce genre ou bien est-ce la dernière ? » s'énerva Snape. « À quoi pense le Ministre exactement ? Lâcher ces créatures dans une école, c'est inviter un incident. »

« Il est sous pression et chaque jour qui passe sans que l'on retrouve Sirius rend sa position de plus en plus précaire. » répondit Dumbledore. « Ils resteront à la lisière des protections mais j'avoue ne pas plus apprécier la chose que vous. Minerva a dit sa façon de penser à Cornelius si cela peut vous consoler. »

« Oh, oui. » grinça-t-il. « Cela me console énormément. » Il se pinça l'arête du nez. « Êtes-vous convaincu qu'il compte s'en prendre à Harry ? Est-il possible qu'il ait fuit ou… »

« Ou tente de retrouver son maître ? » termina Dumbledore pour lui. « Je l'ignore. Toutefois, connaissant Sirius… Harry semble la cible logique. Remus est d'accord avec moi. »

Snape resta silencieux un long moment puis soupira. « Je n'ai rien expliqué à Harry jusqu'ici car j'espérais qu'il soit appréhendé avant la rentrée… Je lui ai simplement dit que c'était un ancien Mangemort qui s'était évadé. »

« Que souhaitez-vous lui expliquer exactement ? » s'inquiéta le vieux sorcier. « Ne serait-il pas plus judicieux de s'en tenir à cette version ? »

« Connaissez-vous seulement ce garçon ? » se moqua-t-il. « Si j'en fais un mystère, il voudra le résoudre. Non… Mieux vaut qu'il entende l'histoire de ma bouche plutôt que de quelqu'un d'autre. »

« Ne craignez-vous pas qu'il veuille se venger ? » insista Dumbledore. « Que savoir qui était Sirius l'encourage à le chercher pour… »

« Harry n'est pas stupide. » grinça Snape sèchement, comme s'il était personnellement vexé par ce sous-entendu. « Et il aurait été moins prompt à se mettre en danger par le passé si vous n'aviez pas semé des indices et des encouragements comme autant de miettes dans un jeu de piste… Ne pensez pas que je suis dupe de vos petites manigances initiatiques. »

« Encore une fois… » rétorqua le Directeur, d'un ton fatigué, comme s'ils avaient eu cette discussion un bon nombre de fois. « Je n'ai pas encouragé Harry à se lancer à la poursuite du monstre de la Chambre des Secrets… »

°O°O°O°O°

La Chambre des Secrets…

Monstre…

Basilic…

Mais que se passait-il dans cette foutue école ?

°O°O°O°O°

Patmol gigota, inquiet.

Harry s'était lancé à la poursuite d'un basilic ? Il commençait à comprendre pourquoi Snape était si furieux.

Et ça transparaissait toujours dans sa voix lorsqu'il reprit la parole. « Mais vous n'avez pas cherché à l'en dissuader non plus. Il a failli mourir, Albus. Si votre phœnix n'était pas… »

L'émotion dans la voix du sorcier n'était pas feinte. Patmol le savait parce qu'il lui suffisait de renifler pour sentir la détresse de Snape.

°O°O°O°O°

Bordel mais le monde marchait sur la tête.

°O°O°O°O°

« Il a failli mourir. » répéta le Maître des Potions, plus calmement. « J'ai failli le perdre. Cela fait deux fois que je manque de le perdre. Il n'y aura pas de troisième. Harry est raisonnable pour peu qu'on lui explique clairement les choses. Il ne va pas se lancer à la poursuite de Black parce qu'il sait qu'il n'aurait aucune chance contre lui. Et si Black s'avise de l'approcher… Je le tuerai, Albus. Je le tuerai et j'y prendrai plaisir et ils me donneront probablement un Ordre de Merlin pour ma peine. »

Dumbledore esquissa un geste vers lui, probablement parce qu'il percevait son agitation, mais Snape esquiva avec agacement, préférant se pencher pour caresser à nouveau le chien.

« Souhaitez-vous que je sois présent lorsque vous lui expliquerez ? » s'enquit le Directeur avec tact. « Je sais qu'il vous est difficile d'être objectif lorsqu'il est question de James… »

Le mouvement de colère de Snape alarma Patmol qui passa rapidement sur ses pattes pour mieux esquiver un coup qui ne vint pas.

« James est son père et il l'idolâtre. » cingla le sorcier. « Il n'ignore pas que nous avions le même genre de rivalité qui l'oppose à Draco mais je ne lui ai jamais dit non plus jusqu'où Potter et ses amis poussaient la plaisanterie parce que c'est lui qui en souffrirait. Je suis parfaitement objectif lorsqu'il est question de James Potter. Je peux aussi mentir comme un arracheur de dents ou m'en tenir à des demi-vérités. Il n'a pas besoin de savoir que son père était le même genre de brute que son cousin. »

Patmol l'observa sans ciller, peinant à croire ce qu'il entendait.

Il devait être en train de mentir.

C'était…

C'était presque noble autrement et Snape n'était qu'un serpent peureux qui…

°O°O°O°O°

Une seconde…

°O°O°O°O°

James n'était pas une brute. Et, certes, peut-être qu'ils avaient poussé trop loin certaines plaisanteries mais c'était Snape et il le méritait. Il fallait lui donner une leçon parce que…

°O°O°O°O°

Parce que c'était un connard puriste.

°O°O°O°O°

Et parce qu'aucun des Gryffondors n'aimait la manière dont il était toujours en train de suivre Lily partout.

°O°O°O°O°

Et parce qu'il était bizarre.

°O°O°O°O°

Même à onze ans, Snape avait tout eu du parfait mage noir en devenir et…

°O°O°O°O°

Et

°O°O°O°O°

« Vous le connaissiez mieux que moi. Je vous fais confiance pour gérer la chose au mieux. » répondit le Directeur.

Si Patmol avait été humain, il aurait probablement froncé les sourcils.

Surtout parce que Snape parut se détendre et semblait presque… heureux de s'entendre renouveler la confiance de l'homme.

Après qu'il ait passé la dernière demi-heure à le traiter comme un laquais.

Dumbledore ne tarda pas à prendre congé, après avoir encouragé Snape à le contacter s'il en avait besoin ou si Harry avait des questions auxquelles il ne pouvait pas répondre.

Patmol s'ébroua dès qu'il fut parti, sans parvenir à chasser ce sentiment étrange que rien n'allait comme il le fallait. Qu'il éprouve plus de sympathie pour Snape que pour Dumbledore, c'était…

Le sorcier en question ne paraissait pas plus à l'aise que lui avec ce qui venait de se passer.

Ces dernières semaines, Snape avait été détendu, ricanait à l'occasion, plaisantait avec Harry bien que son humour sarcastique ne soit pas toujours très drôle, il marchait pied nus souvent, se comportait comme un humain normal au lieu du vampire que les Maraudeurs l'avaient plusieurs fois accusé d'être…

À cet instant, Patmol retrouva le vieux Snape, celui qu'il connaissait.

°O°O°O°O°

Il empestait le stress, l'angoisse et la colère, il se tenait raide et ne paraissait pas tenir en place.

°O°O°O°O°

Le chien le regarda faire les cent pas dans le salon pendant plusieurs minutes avant de finalement se décider à leur rendre service à tous les deux et à mettre un terme à cette scène. Après tout, ce n'était pas juste de laisser Snape s'inquiéter que Sirius Black puisse faire du mal à Harry alors que Patmol n'avait aucune intention de laisser quoi que ce soit arriver au garçon – au contraire, il allait s'assurer que Peter ne pourrait plus jamais l'approcher.

Si Snape fut surpris lorsqu'il trouva un chien sur son chemin, il n'en laissa rien paraître. Il se tendit un peu plus, pourtant, comme s'il s'attendait à ce que Patmol le morde à nouveau.

Au lieu de ça, tout en se répétant qu'Azkaban lui avait définitivement broyé le cerveau, il poussa la main du sorcier du bout du museau. Il ne poussa pas jusqu'à lui lécher les doigts comme il l'aurait fait avec Harry, il avait ses limites, mais il laissa l'homme le caresser jusqu'à ce qu'il laisse échapper un profond soupir qui semblait contenir toute la misère du monde.

« Veux-tu sortir ? » demanda-t-il. « Allons marcher. »

°O°O°O°O°

Patmol n'avait pas particulièrement envie de sortir. Après avoir traversé la moitié du pays à pattes – et en train – il n'était pas exactement avide de longues promenades, surtout la nuit lorsqu'il était trop facile d'imaginer qu'il était encore à Azkaban. Pourtant, il suivit docilement Snape à l'extérieur, trottant devant lui.

Il ne comprit qu'au bout de plusieurs minutes que le sorcier n'avait pas proposé une sortie uniquement pour se changer les idées. Baguette à la main, l'homme marmonnait entre ses dents.

Il vérifiait les protections, comprit Patmol, un peu nerveux. Elles ne l'avaient pas trahi jusque-là, mais si Snape poussait un peu plus, s'il…

°O°O°O°O°

Il se tint sur ses gardes tout le temps que dura la balade – et elle dura longtemps parce que Snape fit le tour de sa propriété et elle incluait apparemment le champ, une partie de la forêt et une bonne partie du chemin qui menait visiblement à un village Moldu.

°O°O°O°O°

Patmol avait mal aux pattes lorsque Snape ouvrit finalement la porte du cottage, n'ayant pas l'air plus heureux qu'avant.

Mais, au demeurant, les humeurs de Snape n'était pas son problème alors il fila droit à l'étage, se faufila dans la chambre d'Harry par la porte entrebâillée et sauta sur le lit, en prenant garde à ne pas réveiller le garçon qui dormait profondément.

°O°O°O°O°

Un sommeil que Patmol ne tarda pas à lui envier.

°O°O°O°O°

Il n'arrivait pas à dormir.

°O°O°O°O°

Il n'arrêtait pas de ressasser la conversation avec Dumbledore, le comportement étrange de Snape, celui plus préoccupant du Directeur, les quelques révélations sur Harry…

°O°O°O°O°

Sur les coups de trois heures du matin, un bruit incongru et inhabituel l'alerta et il leva immédiatement la tête, aux aguets.

Il y avait très peu de chances que Queudver se soit décidé à venir le traquer parce que Peter avait toujours été un gros lâche mais il n'excluait pas que les Aurors aient pu le retrouver ou que Dumbledore ait perçu plus qu'il ne l'avait laissé paraître… Il sauta silencieusement du lit et se fondit dans les ombres du couloir.

Le bruit ne venait pas d'en bas, ce n'était donc probablement pas une opération commando. Curieux mais plus aussi inquiet, il se faufila jusqu'à la chambre de Snape. La porte était fermée mais ce n'était pas un problème, il n'eut qu'à se lever sur ses pattes arrière pour actionner la poignée, il ne la verrouillait jamais au cas où Harry ait besoin de lui.

Il ne savait pas trop à quoi il s'attendait.

Peut-être à l'attraper dans une situation compromettante ou gênante qui l'aurait laissé plus traumatisé que toutes ces années à Azkaban.

Mais c'étaient de légers gémissements de détresse et pas d'autre chose qui venaient du lit et vu la manière dont l'homme s'agitait…

°O°O°O°O°

Qu'est-ce qu'il en avait à faire que Snape ait des cauchemars ? C'était mérité. Il était horrible. Il était mauvais. Il était…

°O°O°O°O°

Il repensa à cet après-midi-là lorsque Harry avait refusé de mettre de la crème solaire et que le sorcier, au lieu de s'énerver comme il l'aurait cru, avait tartiné la pâte de force sur le visage de l'adolescent, sans hésiter à lui courir après pour mieux l'attraper. Patmol avait tenu à participer en leur trottant autour et en bondissant joyeusement, ralentissant Snape autant que possible pour qu'Harry puisse fuir… Harry avait ri à s'en tenir le ventre et le sourire si incongru sur les lèvres du Maître des Potions avait duré un bon moment.

°O°O°O°O°

Soupirant intérieurement, se demandant s'il commençait à souffrir du même syndrome de Stockholm qu'Harry, Sirius sauta sur le lit. La pièce puait la peur. Le sorcier se débattait dans ses rêves, marmonnant des phrases inintelligibles dont Patmol ne comprit qu'un seul mot : Harry. Le chien évita de justesse le bras sans coordination qui fusa vers sa tête puis lui donna des coups de museau dans l'épaule en espérant que cela suffirait à le réveiller…

°O°O°O°O°

Cela marcha un peu trop bien.

°O°O°O°O°

Snape s'assit brusquement, un bras levé comme pour parer un coup, cherchant à tâtons sa baguette de l'autre… Puis il l'aperçut et la puanteur de sa peur augmenta encore d'un cran. Le sorcier recula autant qu'il le put jusqu'à être acculé contre la tête de lit, poussant un cri étranglé… « Non ! »

Patmol agita la queue avec agacement, sans comprendre ce qu'il avait d'effrayant. Il ne voulait pas aboyer dans la crainte de réveiller Harry alors il laissa échapper un bruit inquiet.

Lentement, Snape parut revenir à lui.

« Grim ? » demanda-t-il finalement.

Intérieurement, le chien leva les yeux au ciel.

Qui d'autre ?

Le véritable Sinistros ?

Encore que vu le karma qu'il devait se traîner…

Une main un peu tremblante agrippa sa fourrure. « Tu es presque aussi gros qu'un loup-garou… »

°O°O°O°O°

Ah.

°O°O°O°O°

Oh.

°O°O°O°O°

Une pointe de culpabilité naquit dans le ventre de Patmol et il eut beau essayer, il ne parvint pas à l'en chasser.

°O°O°O°O°

Cela n'avait pas été sa meilleure farce.

Ça avait même été un désastre qui avait failli lui coûter son amitié avec ses trois meilleurs amis.

En partie parce qu'il avait eu beau nier, une partie de lui avait espéré qu'il arrive quelque chose de grave à Snape.

Il le détestait tellement que…

°O°O°O°O°

Mais à le voir là, haletant, l'expression défaite, la terreur indéniable dans ses yeux…

Dumbledore savait-il qu'il en cauchemardait encore ? Il avait eu l'air bien conscient que Snape n'allait pas apprécier de se voir confronté à Remus. Avait-il engagé le Maraudeur malgré ça ?

Avec hésitation, Patmol approcha un peu plus près. Il ne protesta pas lorsque Snape l'empoigna un peu trop brutalement ou lorsqu'il se pencha jusqu'à pouvoir presser son visage contre sa fourrure. Il fallut du temps avant qu'il sente son souffle se réguler contre son cou mais il attendit patiemment que le sorcier se calme. Lorsqu'il parut évident que ça prendrait un moment, il laissa tomber son train arrière, tout en se demandant comment il en était arrivé là.

De mauvaises idées, comme d'habitude.

Et de mauvais choix.

« Bon chien. » marmonna Snape, la voix étranglée. Il n'aurait probablement pas fait preuve d'autant de détresse s'il ne s'était pas cru seul – les animaux ne comptaient généralement pas. « Bon chien… »

Patmol aperçut l'ombre de la Marque sur l'intérieur de son poignet. Le Mangemort ne prenait visiblement pas la peine de la cacher en privé. Il ne ressentit pas le triomphe qu'il s'était attendu à éprouver, le plaisir de savoir qu'il avait toujours eu raison et que Snape était un salaud.

Parce que si Snape était un salaud alors soit il jouait la comédie avec Harry, soit c'était plus compliqué que ça.

Et quant bien même, l'homme n'avait aucune raison de jouer la comédie lorsqu'il était seul dans sa chambre et sa détresse était palpable.

°O°O°O°O°

Le chien n'aimait pas ces zones de gris.

Il ne les aimait pas du tout.

°O°O°O°O°

Snape se rallongea mais ne chercha pas à se rendormir. Il fixait le mur avec une expression perdue, le caressant d'une main distraite…

Patmol aurait dû sauter du lit et retourner dans la chambre d'Harry. Il n'aurait certainement pas dû s'allonger pour mieux étudier le sorcier qui paraissait déterminé à lui donner l'impression que son monde bien défini était sans dessus dessous.

°O°O°O°O°

Tous les membres de l'Ordre avaient su que Dumbledore avait retourné un des Mangemorts, à l'époque, mais personne n'avait su qui c'était. Il avait entendu que c'était Snape, plus tard, lorsqu'il était déjà à Azkaban, à l'époque où Bellatrix était encore en état de lui faire la conversation de l'autre bout du couloir. Il n'y avait pas cru une seconde – et il l'avait bien dit à sa cousine – Snape avait joué sur les deux tableaux ou bien il avait trompé Dumbledore mais il n'avait jamais cru qu'il ait pu avoir un véritablement revirement moral.

Et maintenant…

Maintenant…

°O°O°O°O°

Il poussa un long soupir frustré. Il était fatigué de trop réfléchir et il n'était pas certain de pouvoir se fier à ses propres raisonnements. Pour l'instant, en ôtant le passé de l'équation, voilà ce qu'il savait : Snape l'avait recueilli et soigné alors qu'il n'y avait pas été obligé, il lui faisait confiance avec Harry, il ne l'avait pas battu ou essayé de le tuer alors qu'il l'avait mordu jusqu'au sang, il était évident qu'il adorait le gamin et que ce dernier le lui rendait bien, il avait visiblement sauvé Harry de quelque chose… Harry était heureux ici. Patmol était heureux ici.

°O°O°O°O°

Peut-être que, pour le moment, il n'y avait pas besoin de chercher plus loin.

°O°O°O°O°

Snape finit par se rendormir, un bras passé par-dessus le corps du chien.

Il aurait été si facile de le tuer dans son sommeil, attraper Harry, fuir là où personne ne les retrouverait jamais…

Il ferma les yeux et laissa le sommeil l'emporter à la place.

°O°O°O°O°

Les semaines qui suivirent passèrent trop vite.

Patmol restait à l'affût d'une preuve que Snape jouait un rôle mais ne vit jamais rien prouvant qu'il faisait semblant de tenir à Harry.

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Au contraire.

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Plus les jours défilaient, plus il devenait évident pour le chien qu'Harry était ce qu'il y avait de plus important pour lui et la pierre de chope autour de laquelle tournait sa vie. Il ne paraissait pas très emballé à l'idée de retourner à Poudlard, contrairement au garçon qui se préparait doucement à la rentrée avec une certaine impatience.

°O°O°O°O°

Patmol non plus n'avait pas hâte d'aller à Poudlard.

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Une fois là-bas, il devrait se concentrer sur ce qui importait vraiment. Lorsqu'il pensait au fait que Queudver vivait tranquillement ses jours alors que James et Lily…

Cela le faisait sentir coupable de se prélasser dans l'herbe au soleil ou d'apprécier autant ces moments qui lui donnaient l'impression d'avoir une vraie famille – même si cette famille incluait Snape.

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Il lui faudrait probablement leur fausser compagnie une fois au château. Avec Remus dans les parages, il ne pourrait pas prendre le risque… Ce ne serait pas raisonnable. Il essayait donc d'en profiter au maximum, emmagasinant le bonheur simple en sachant qu'il avait un terme. Il tuerait Peter et il finirait par se faire capturer.

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Il savait ce qui l'attendait : le Baiser.

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Ce n'était pas si grave.

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Sa propre vie n'avait pas d'importance.

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Harry était en sécurité, c'était tout ce qui comptait.

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« Tu as l'air bien morose pour un chien qui vient d'avaler la moitié d'un poulet. » remarqua Snape, le distrayant de ses pensées déprimantes. L'homme était à genoux dans le jardin, en train de recueillir tous les ingrédients qu'il pouvait avant la rentrée.

Il y avait une flaque de boue derrière lui.

Patmol ne tenta même pas de résister. Il lui sauta dessus avec un aboiement joyeux, le renversant en arrière, pile dans la flaque – et l'empêcha de se relever immédiatement en bondissant autour de lui, aboyant facétieusement.

« Stupide chien ! » s'énerva Snape.

Puis le rire d'Harry éclata de l'autre bout du jardin et le Maître des Potions, après lui avoir jeté un regard noir, finit par voir l'humour de la situation et secoua la tête, un rictus amusé aux lèvres.

« Nous verrons si tu trouves toujours ça aussi drôle lorsque j'aurais sorti le shampoing. » menaça le Mangemort. « Les chiens couverts de boue ne rentrent pas chez moi. »

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C'était toujours aussi drôle, décida Patmol quelques minutes plus tard, parce que cela lui était égal de devoir prendre un bain – au contraire, se sentir propre était un luxe. Et puis Harry, accidentellement ou pas, dirigea le jet d'eau vers Snape et il s'en suivit une bataille rangée à laquelle le chien participa volontiers et qui les força à le relaver une nouvelle fois.

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Snape passa un quart d'heure à le frictionner avec serviette après coup pour éviter qu'il mette de l'eau dans tout le cottage.

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Il aurait nié sous la torture apprécier l'attention.

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Douze ans à Azkaban.

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Il était assoiffé de tout contact physique.

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L'activité l'avait laissé épuisé et, en conséquence, il ne fit pas long feu après le dîner. Il s'étala sur le tapis, ignora le commentaire sarcastique que fit Snape à Harry sur le fait qu'il ressemblait à une carpette, et se prépara à faire une longue sieste avant d'entamer sa nuit.

Mais au lieu de sortir le plateau d'échecs ou un autre jeu de société comme la plupart des autres soirs, Harry se racla la gorge d'une manière qui laissait clairement entendre que le sujet allait être sérieux.

Snape leva la tête avec une certaine méfiance.

« Tu n'as toujours pas signé mon autorisation de sortie à Pré-au-Lard… » lâcha finalement le garçon, avec une certaine appréhension.

Un éclat de regret passa dans les yeux du Maître des Potions, rapidement remplacé par de la résignation. « Assieds-toi. »

Devinant ce que ça signifiait – parce que Snape n'avait toujours pas expliqué quoi que ce soit au garçon, espérant visiblement toujours que les Aurors l'arrêteraient avant la rentrée – Patmol roula sur le côté pour mieux les observer.

Son filleul s'exécuta sans sembler savoir s'il voulait adopter un air bravache ou désolé. « Si c'est à cause du basilic… »

« Le basilic ne plaide pas en ta faveur. » grommela Snape, avant de soupirer. « Mais non… Ce n'est pas juste à cause de tes choix malheureux en juin dernier. »

« À cause de ce prisonnier qui s'est évadé, alors ? » devina Harry. « Mais, papa, ce n'est pas juste ! Hermione et Ron ont le droit d'aller à Pré-au-Lard et ce n'est pas comme s'il allait attaquer le village de toute manière ! Je… »

« Je ne t'ai pas tout dit à propos de Sirius Black. » l'interrompit le sorcier.

Harry se tut.

Et Snape se lança dans une version de la vérité qui n'était pas tout à fait correcte sans être totalement fausse non plus.

Fidèle à la promesse qu'il avait faite à Dumbledore, le Mangemort resta neutre lorsqu'il décrivit la bande que formaient les Maraudeurs mais ne chercha pas à épargner Sirius, l'accusant des pires maux. À en croire cette version, il avait fait de la scolarité de Servilus un véritable enfer sans raison valable ce qui était très loin d'être le cas : il avait eu tout un tas de raisons valables.

Snape expliqua à Harry tout le désastre du Fidelitas, sa trahison avérée, le meurtre de Peter…

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L'espace d'un instant, il se laissa aller à penser que c'était peut-être la vérité, après tout. Peut-être qu'il avait vraiment trahi James et Lily, peut-être qu'il avait vraiment tué Peter, peut-être que…

Il se sentait tellement coupable que parfois, à Azkaban, les Détraqueurs l'avaient fait douter de sa version des faits.

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« C'était son meilleur ami ? » demanda Harry, presque trop bas pour être entendu. « Comme Ron et Hermione ? Comme toi et maman ? »

Patmol passa sur le ventre avec un bruit agacé.

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Certainement pas comme Snape et Lily.

Snape et Lily n'avaient plus échangé un mot après leur cinquième année. Et c'était Snape qui poursuivait tout le temps Lily, de toute manière. Elle avait trop pitié de lui pour l'envoyer chier. C'était, du moins, ce que James avait toujours dit lorsqu'il avait besoin de soigner son égo blessé par les multiples rejets de Lily Evans.

Lui n'en avait jamais eu grand-chose à faire que la jeune fille soit ou non véritablement amie avec lui. Snape avait toujours eu le don de le faire sortir de ses gonds et ce dès leur rencontre.

Et puis, le Mangemort pouvait refaire l'histoire comme il le voulait, il n'avait pas été qu'une victime dans leur rivalité. Sirius avait gardé plus d'une cicatrice de leurs multiples duels ou de ses vengeances suite à une de leurs farces.

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Soudain, le gamin eut un mouvement de colère et se leva pour faire les cent pas au milieu de la pièce, enjambant Patmol à chaque aller retour.

« C'est… C'est… » balbutia le garçon, sans trouver les mots.

Au bout de plusieurs minutes et plusieurs exclamations enragées et outrées de la part de son filleul, Snape parvint à le faire asseoir et à accepter une tasse de thé largement dosée à la potion calmante.

« Ce n'est pas que je souhaite t'interdire l'accès à Pré-au-Lard, Harry, comprends-moi. Si la situation évolue, je m'arrangerai avec le Professeur McGonagall… » hésita le sorcier. « Mais il est fort probable que… »

« Qu'il en ait après moi. » conclut le garçon, en se frottant le visage. Il jeta un regard fatigué au Mangemort. « Tu penses que je pourrais passer un an sans qu'il n'y ait de catastrophe ? »

« Black ne touchera pas à un seul de tes cheveux. » gronda Snape. « Que cela soit clair, je le tuerai avant. J'ai plus d'un compte à régler avec lui. »

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Il y avait tellement de haine dans sa voix…

C'était tellement en contradiction avec la manière dont il l'avait frictionné plus tôt…

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Qu'aurait-il fait s'il avait su qui était véritablement le chien qu'il laissait parfois dormir dans son lit après un cauchemar ?

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Il l'aurait probablement abattu sur place juste pour être sûr qu'il ne puisse jamais dire à personne que Servilus Snape était un humain avec des émotions.

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Peut-être que ce fut la raison pour laquelle il se glissa dans sa chambre plus tard, ce soir-là.

Pour la satisfaction de savoir que Snape ne se doutait absolument pas de qui venait de sauter sur son lit et de se rouler en boule à sa gauche.

Peut-être que c'était par goût du risque.

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Peut-être aussi qu'il appréciait un peu trop la manière distraite dont Snape lui caressait le flanc tout en lisant son livre, sans paraître agacé que Patmol se serve de son ventre comme d'un oreiller.

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Ce n'était pas comme s'il en était venu à apprécier Snape ou comme s'il se sentait coupable, se répéta-t-il, ce n'était pas ça du tout.

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Peut-être qu'il avait juste le syndrome de Stockholm. Comme son filleul.

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Quatre jours avant la rentrée, Harry débarqua dans la cuisine pour le petit-déjeuner, les cheveux en bataille et l'air déterminé. Il tendit à Snape une lettre encore cachetée que l'homme parcourut avec une expression curieuse qui ne tarda pas à virer à contrariée puis à un mélange de fierté amusée.

« Il est vraiment regrettable que tu ais convaincu le Choixpeau de ne pas t'envoyer à Serpentard. Me voilà mis au pied du mur, je vois. »

Patmol manqua s'étouffer avec l'os que le Mangemort lui avait donné à ronger.

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Serpentard ?

Son filleul ?

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« Je peux y aller ? » demanda Harry avec excitation.

Il était évident que Snape aurait préféré refuser mais l'homme se contenta d'un de ces demi-sourires crispés. « J'aurais du mal à l'interdire après tout le mal que s'est déjà donné Arthur Weasley pour assurer ta sécurité. »

Il fut soumis à l'une de ses étreintes un peu brutales mais débordantes d'affection.

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Ce fut tout ce dont Harry parla jusqu'à ce qu'Arthur vienne le chercher au petit matin, la veille de la rentrée : combien il avait hâte de retrouver ses amis et combien ils allaient s'amuser sur le Chemin de Traverse. Patmol aurait préféré qu'il en parle un peu moins, même s'il était content de le voir heureux, simplement parce que ça sentait la fin de l'été et de cette parenthèse inattendue.

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Une fois que son filleul fut parti avec Arthur, le chien tourna en rond pendant des heures puis finit, de guerre lasse, par venir s'affaler à côté de Snape qui faisait ses bagages.

« Il va me manquer à moi aussi. » offrit le Maître des Potions, avec un bruit amusé. « Mais nous le retrouverons demain. »

Patmol poussa un long soupir plaintif.

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Il ne le retrouverait pas le lendemain parce qu'il devrait échapper à la vigilance de Snape dès qu'ils seraient à Poudlard.

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C'était trop risqué de rester.

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Et puis, il n'avait aucune raison de rester avec Snape alors qu'Harry allait s'installer dans les dortoirs. Il n'avait même pas une excuse.

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Il ne s'expliquait pas la tristesse qu'il traîna toute la journée.

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C'était stupide.

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Il se dit qu'Harry lui manquait et que c'était bien naturel.

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Il se dit qu'il était impatient de ne plus avoir la sale tronche de Snape perpétuellement sous les yeux.

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Il se dit qu'il savait qu'il allait se sentir seul dans les jours à venir et que c'était la raison pour laquelle il suivit Snape jusqu'à sa chambre lorsque ce dernier alla se coucher.

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Pas parce qu'il trouvait un quelconque réconfort à la sensation d'un autre corps près du sien mais parce qu'il allait à nouveau devoir opérer seul.

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Le lendemain matin, alors que Snape terminait de rassembler ses bagages, ceux de Harry et la cage d'Hedwige, il fit le tour de chaque pièce du cottage pour être certain de se souvenir de chaque détail.

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L'homme l'appela plusieurs fois du salon.

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Patmol ne parvint pas à se convaincre de sortir de sous la table de la cuisine.

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C'était ridicule et stupide et immature et…

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Il écouta les bruits de pas approcher sans bouger. Lorsque Snape s'accroupit, sourcils froncés, il refusa de regarder vers lui. L'homme finit par soupirer puis tendit la main pour le caresser.

« Je ne t'abandonne pas, Grim, et Harry ne t'a pas abandonné non plus. » murmura le Mangemort. « Viens ici. Viens. »

Patmol obéit à l'ordre parce qu'il n'y avait pas vraiment d'alternative de toute manière et le laissa le cajoler sans en éprouver le réconfort qu'il aurait souhaité.

« Tu vas te plaire à Poudlard. » promit le Maître des Potions. « Il y a un grand parc, tout un tas de première année avec qui jouer, des chats à terrifier… Harry ne vivra pas tout le temps avec nous mais nous nous tiendrons compagnie en l'attendant. Je n'allais pas t'abandonner ici, stupide chien. »

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Snape planta un baiser sur le haut de sa tête, sans prévenir.

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Ça aurait dû être sa limite, supposa Patmol. Il aurait dû redevenir humain, l'attaquer… Ou au moins grogner son mécontentement.

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Au lieu de ça, il se retrouva à lui lécher la joue.

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Le Maître des Potions maugréa pour la forme à propos de germes et de manque d'hygiène mais il le gratta aussi derrière l'oreille, là où il le préférait.

« Allez, en route. » soupira Snape. « Albus insiste malheureusement pour que les Professeurs se retrouvent pour un brunch le jour de la rentrée. Sauf Lupin, bien évidemment, qui, comme de coutume, est exempt de toute obligation. Merlin préserve que les Maraudeurs doivent suivre les mêmes lois que nous autres simples mortels. »

Snape continua à marmonner mais Patmol avait cessé de l'écouter.

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Remus n'était pas encore au château.

Il aurait le champ libre pour trouver une cachette…

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« Ah, j'oubliais… » s'exclama soudain Snape.

Patmol n'eut pas le temps de fuir avant de se voir passer un collier autour du cou. L'homme vérifia qu'il ne l'étranglait pas et le laissa s'ébrouer plusieurs fois avant de toucher la médaille en forme d'os qui en pendait.

Grim Snape était gravé dessus.

« Ne me regarde pas comme ça, Albus a insisté. » Il leva les yeux au ciel. « Ce n'est pas la pire idée, en vérité. Hagrid va vouloir t'adopter après un seul coup d'œil. Autant qu'il sache que tu es mon chien. »

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Un collier.

Snape lui avait mis un collier.

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Grim Snape

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Patmol pressentait que, dans un avenir proche, Snape allait découvrir la vérité et essayer de le tuer.

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Autant de raisons de se sauver au plus vite.