Partie 2 :

Patmol ferma les yeux et retint sa respiration lorsque l'homme l'attrapa pour lui faire traverser la cheminée.

Ils émergèrent dans un salon à l'aspect moins chaleureux que celui du cottage mais non moins rempli de livres. Un pan de mur entier donnait sous le lac, ses poissons et ses algues, jetant des lueurs changeantes dans la pièce…

Snape entreprit de s'installer sans attendre, laissant le chien libre d'explorer son nouvel environnement. Les Maraudeurs avaient visité chaque recoin du château mais n'avait jamais poussé la chance jusqu'à pénétrer dans les appartements d'un Professeur.

Somme toute, l'endroit était confortable : un salon, une minuscule cuisine qui tenait plus de l'appoint que du fonctionnel, deux chambres et deux salles de bain. La plus petite des chambres appartenait très visiblement à Harry et ne devait pas être utilisée très souvent parce que son odeur était diffuse et légère. Patmol supposait qu'il dormait là à l'occasion ou peut-être pendant les vacances mais passait le plus clair de son temps dans les dortoirs. L'autre chambre appartenait à Snape et il était évident que cela faisait très, très longtemps, sans doute depuis la première guerre. Il n'y avait pas grand-chose d'intéressant à voir, comme au cottage, les meubles étaient de bonne qualité mais l'arrangement spartiate. Mis à part les livres, la seule trace de personnalisation était une unique photo de lui et d'Harry posée sur la commode.

Snape le contourna pour ouvrir son armoire et en retirer d'épaisses robes noires similaires à celles qu'il avait portées le premier jour, sur le Chemin de Traverse. Patmol le laissa se changer pour retourner au salon, se demandant s'il pouvait quémander un ultime repas au Mangemort avant de devoir retourner vivre à la sauvage et de chasser des rats pour survivre.

Et ce fut là qu'il vit le coussin.

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Un énorme coussin rectangulaire à l'aspect moelleux qui bloquait le chemin entre un des fauteuils et le mur, poussé au plus près possible de la cheminée sans que cela ne devienne un risque d'incendie… Et sur le coussin, il y avait un des os à ronger que Snape lui jetait parfois comme une friandise.

Deux gamelles étaient apparues dans la cuisine. Une remplie d'eau, l'autre encore vide pour l'instant…

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Patmol s'assit lourdement au sol.

Snape avait pris le temps de s'assurer qu'il serait à l'aise dans ce nouvel espace. Et il lui avait donné un collier.

Et les appartements empestaient la solitude.

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Serait-il triste une fois que le chien se serait enfui ?

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« Grim, viens. » l'appela Snape. « Si je dois supporter ces idiots tout un repas, autant que tu sois là pour me distraire. »

Vu la manière dont il en parlait, Patmol doutait qu'il soit très proche de ses collègues.

Avec un dernier regard plein de regret pour les appartements qu'il ne reverrait sans doute plus, il trotta à la suite de l'homme.

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Poudlard, au moins, n'avait pas changé.

Dans un monde qui le laissait complètement perdu, c'était un soulagement.

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Ils atteignirent le Grand Hall et la première chose que vit Sirius fut les portes grandes ouvertes. Le moment était idéal. S'il piquait un sprint, Snape serait pris par surprise et ne parviendrait probablement pas à le rattraper avant qu'il ne s'évanouisse dans la nature.

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Il allait le faire.

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Il allait…

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« Ah, vous voilà, Severus ! » s'exclama une voix familière. « Nous sommes dans la salle de réunion. J'aurais besoin de… Par Circé, qu'est-ce que c'est que ce monstre ? »

« Vous devriez changer vos lunettes. » grinça Snape, en posant une main rassurante sur sa tête, comme s'il craignait que Patmol ne prenne peur. « Il s'agit d'un chien et sa taille est tout à fait normale. »

Ce n'était pas par crainte qu'il s'appuya légèrement contre la jambe de Snape mais parce que… Il n'avait pas été prêt au choc de revoir son ancienne Directrice de Maison. Elle avait vieilli mais elle restait la même. Et ils étaient à Poudlard. Et la voix de Snape dans son oreille…

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L'espace d'un instant, il ne sut plus s'ils étaient dans le présent ou dans le passé, ce qui était vrai ou ce qui était faux.

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« Pour un chien de l'enfer, peut-être. » se moqua McGonagall, en secouant la tête. « Je ne suis pas certaine que… »

« Il est absolument inoffensif et Albus m'a déjà donné sa permission de le garder avec moi. » l'interrompit-il, un peu trop sur la défensive.

Elle dût le noter, elle aussi, parce qu'elle pinça les lèvres. « Soit. » Son déplaisir ne tarda pas à se muer en amusement. « Vous êtes conscient qu'Hagrid va chercher à vous le voler dès qu'il le verra ? Il est très enthousiaste à l'idée de rejoindre le corps professoral, par ailleurs, préparez-vous à une avalanche d'explications dont vous n'aurez que faire. Et soyez gentil. »

« Oh, ne me parlez pas de ces cours de Soins aux Créatures… » gronda Snape, en lui emboîtant le pas vers la salle de réunion des Professeurs. « Savez-vous quel genre de manuel il a mis sur la liste ? Avez-vous une idée d'à quel point il est compliqué d'attraper un livre qui essaye de vous mordre ? Harry a dû s'asseoir dessus pendant que je le ligotais avec ma ceinture… »

La Directrice des lions rit de bon cœur à cette anecdote, ce qui n'avait probablement pas été le but du Maître des Potions. Pourtant, lorsqu'elle lui demanda s'ils avaient passé de bonnes vacances et si le garçon allait bien, Snape ne se fit pas prier pour répondre. La conversation était cordiale, amicale même, et il ne remarqua pas que le chien était à la traîne.

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Patmol allait faire demi-tour et partir en courant.

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C'était ce qu'il y avait de mieux à faire, ce qu'il y avait de plus sûr.

Remus n'était pas encore là mais si les autres professeurs le voyaient et lui faisaient une description de l'animal par la suite…

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Cela dit, est-ce que Snape n'allait pas le chercher s'il disparaissait ? Demander de l'aide aux autres enseignants ?

Et s'il décrivait à Remus un chien qui ressemblait au Sinistros, qu'il venait à peine d'acquérir et qui s'était enfui dès leur arrivée au château…

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Non, non, c'était plus sûr de partir.

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Mais il voulait rester.

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La décision fut prise pour lui lorsque Snape se retourna brusquement, s'apercevant sans doute qu'il n'était plus à côté de lui.

« Grim. » appela-t-il, en tendant la main.

« Grim. » répéta McGonagall avec un bruit amusé. « On ne s'ennuie jamais avec Potter et vous… Vous êtes les seules personnes que je connaisse qui auraient adopté le sosie du Sinistros. Deux gallions que Sybil fait un malaise. »

« Trois qu'elle prédit la mort de quelqu'un dans les cinq minutes. » rétorqua Snape.

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Patmol devait arrêter d'être choqué de tout ce que faisait le Mangemort, décida-t-il. Plaisanter et parier avec McGonagall n'était pas aussi ahurissant que de le voir faire une bataille d'eau avec Harry.

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Il aurait dû partir.

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Pourtant il suivit Snape dans la salle de réunion, à la place.

Il y avait trop de monde et trop de bruit et tous les Professeurs l'observèrent avec un mélange de surprise et d'appréhension – la fameuse Sybil s'évanouit de manière théâtrale dans les bras de Dumbledore et revint à elle juste assez longtemps pour prédire que quelqu'un dans la pièce allait mourir bientôt. McGonagall passa un gallion à Snape qui l'empocha avec un sourire satisfait. Le Directeur abandonna la sorcière dans un fauteuil. Tout le monde passa à autre chose.

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Le sujet de conversation principal était Sirius Black et les Détraqueurs.

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Patmol se faufila sous la table où un buffet attendait et, à l'abri sous la nappe, se roula en boule.

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Trop de gens.

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Trop de bruit.

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Trop, trop, trop…

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Une énorme main ne tarda pas à envahir sa cachette, agitant une saucisse.

Hagrid.

Il prit la saucisse par pure politesse et parce qu'il avait eu trop faim ces dernières années pour refuser de la nourriture lorsqu'elle était offerte.

La deuxième saucisse était un peu plus loin et il dût ramper plus près pour la dévorer.

Il n'était pas dupe du jeu du demi-géant mais se laissa attirer à l'extérieur de sous la nappe, une saucisse à la fois.

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Hagrid semblait plus à l'aise avec lui qu'avec les autres enseignants alors Patmol lui tint volontiers compagnie. Même s'il fut un peu soulagé lorsque Snape l'appela, au bout de trop longues minutes.

Il suivit le sorcier jusqu'au bureau de McGonagall où ils s'installèrent pour travailler sur de la paperasse… Repus et l'esprit embrumé par ce qu'il aurait dû faire mais ne voulait pas faire sans trop s'expliquer pourquoi, Patmol se coucha sur les pieds du Mangemort et fit la sieste.

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Il eut de multiples chances de s'enfuir ce jour-là.

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Il n'en saisit aucune.

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Et, lorsque sur les coups de cinq heures, Dumbledore débarqua dans le bureau de la sous-directrice, l'air grave, il en fut heureux.

« Ne paniquez pas. » ordonna le vieux sorcier, à l'attention de Snape, ce qui, évidemment, le fit paniquer.

« Harry ? » s'inquiéta-t-il, déjà à moitié debout.

« Je viens de recevoir un Patronus de Remus. Les Détraqueurs ont décidé de fouiller le train, Harry a fait un malaise. » expliqua le Directeur, en levant immédiatement les mains pour prévenir des questions. « Il va bien. Remus s'occupe de lui. »

« Vous m'excuserez de ne pas me sentir rassuré ! » cracha Snape.

Il se serait sans doute mis à faire les cent pas, comme il le faisait toujours lorsqu'il était angoissé ou stressé, si Patmol n'avait pas anticipé et ne s'était pas planté devant lui avec un léger aboiement. Sans sembler y penser, le Maître des Potions s'accroupit pour mieux le caresser, jetant un regard noir au Directeur.

« Où est le train, à présent ? Je vais transplanner et… »

« Le train sera là sous peu, il est inutile de risquer un démantibulement en transplannant sur un véhicule lancé à pleine vitesse, Severus. » l'interrompit McGonagall, sans pour autant cacher sa contrariété envers le Directeur. « Il n'a jamais été question que les Détraqueurs s'approchent du Poudlard Express. Nous avions un accord avec Fudge, ces créatures ne devaient pas avoir de contacts avec les élèves. »

« Et je vais m'empresser de lui envoyer un hibou. » répondit Dumbledore. « Mais ce qui est fait est fait. »

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Ce qui n'empêcha pas Snape de faire le pied de grue dans le hall, en attendant que les élèves arrivent.

Patmol savait que c'était trop risqué pour lui d'être là quand Remus arriverait mais il ne parvenait pas à se convaincre d'abandonner le Mangemort. Et il était inquiet pour Harry.

Lorsque les premiers carrosses commencèrent à arriver, tirés par des sombrals de mauvaise humeur, le chien se dissimula dans l'ombre de l'escalier.

Remus fut l'un des premiers à pénétrer à l'intérieur du château et fut accueilli par l'expression furieuse de Snape qui fondit sur lui comme la chauve-souris qu'il était, cape claquant dans son sillage de manière menaçante.

« Que s'est-il passé ?! »

Les élèves jetèrent à Snape un seul coup d'œil puis firent un détour pour éviter l'affrontement.

Patmol était trop loin pour entendre les explications de son meilleur ami par-dessus la cohue des élèves. Il se contenta donc de l'observer, songeant que les années n'avaient pas été tendres avec lui non plus. Il avait l'air malade, fatigué. Ses vêtements étaient usés, rapiécés. Il était trop maigre et il y avait de nouvelles cicatrices sur son visage.

Il était évident que la conversation tenait plus de la dispute, du moins pour Snape. Remus, lui, restait d'un calme Olympien.

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Puis Harry et les deux autres enfants que Patmol avait vu sur les photos passèrent les grandes portes et Snape sembla complètement oublier le loup-garou.

Il se précipita vers le garçon, se pencha pour mieux l'inspecter, lui posa tout un tas de questions sans attendre de réponse… Harry avait l'air secoué mais tenta d'en plaisanter, la jeune fille à côté de lui offrit visiblement un récit détaillé que Snape écouta sans vraiment écouter, trop occupé à toucher les bras d'Harry, l'arrière de sa tête, à s'assurer qu'il allait véritablement bien…

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Patmol étudia le rouquin qui se tenait avec eux, sans repérer le rat.

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Il tourna son attention vers Remus juste à temps pour voir l'incrédulité et la surprise passer sur son visage face à l'affection évidente du Mangemort pour Harry.

Le chien en fut quelque peu rasséréné. Il n'était donc pas le seul à penser que Snape avait changé du tout au tout.

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Au bout d'un moment, lorsqu'il fut évident que personne n'avait besoin de lui, Remus disparut dans la Grande Salle à la suite des derniers élèves.

« Cela m'est égal. » décréta Snape, élevant suffisamment la voix pour qu'elle porte jusqu'à lui. « Je veux que Madame Pomfresh t'examine. »

McGonagall arriva sur ces entrefaites et, après une discussion légèrement houleuse, retourna dans la Grande Salle avec le rouquin, laissant Snape entraîner Harry et la jeune fille vers les étages. Patmol, après avoir vérifié que la voie était libre, en profita pour sortir de sa cachette accueillir Harry d'un aboiement joyeux. Le garçon se fendit d'un grand sourire et le laissa lui faire la fête, avant de le présenter à son amie qui paraissait un peu nerveuse.

« Tu as dit qu'il était grand, tu n'as pas dit qu'il était énorme. » remarqua-t-elle, en tendant prudemment la main pour qu'il la renifle.

Il lui lécha le visage à la place juste parce qu'elle avait l'air d'être le genre, comme Snape, qui trouvait ça dégoûtant. Et il ne fut pas déçu. Son petit cri résonna dans les couloirs, lui valant un regard réprobateur de la part du Professeur.

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N'avait-il pas de bureau à lui ? Il les ramena dans celui de McGonagall et entreprit de faire la leçon à Hermione sur le besoin d'être responsable en attendant que l'infirmière arrive.

Au final, une fois qu'Harry eut plaidé et tempêté puis finalement obtenu gain de cause alors que Snape et Pomfresh estimaient qu'il serait peut-être plus sûr de le garder chez le Maître des Potions cette nuit-là, lui et le garçon se virent enjoint d'attendre dehors pendant que l'homme parlait à Hermione en privé.

La conversation ne dura pas plus de cinq minutes mais ce fut suffisant pour qu'Harry s'assoit par terre, les yeux dans le vague. Patmol s'empressa de le distraire, les mots crises de panique absolument clairs dans son esprit.

« Je suis le seul à m'être évanoui. » grommela Harry, à son intention. « Malfoy va s'assurer que ça fasse le tour de l'école. Peut-être que tu pourrais lui faire peur… »

Il aboya joyeusement.

Il serait absolument ravi de faire une farce au fils de Narcissa et Lucius.

La porte du bureau s'ouvrit et Snape escorta les enfants vers la Grande Salle…

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Patmol commença à traîner des pattes alors qu'ils s'en approchaient. Il pila net dans le hall et refusa d'avancer quoi que Snape ou Harry dise ou fasse.

« Je ne crois pas qu'il aime la foule. » soupira Harry, en désespoir de cause.

« Peut-être qu'il veut sortir ? » suggéra timidement Hermione.

Le Professeur leur fit signe de rejoindre le festin et guida le chien jusqu'aux grandes portes. Ils firent un tour rapide dans le parc durant lequel Patmol hésita une bonne dizaine de fois à lui fausser compagnie sans parvenir à s'y résoudre.

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Snape ne chercha pas à le forcer à aller dans la Grande Salle, il le ramena dans ses appartements et le laissa seul en lui ordonnant de ne pas faire de bêtises. Il paraissait un peu inquiet.

Patmol se rendit compte qu'ils ne l'avaient jamais laissé seul à la maison auparavant.

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Pour ce que l'homme en savait, il allait tout détruire.

Et c'était un peu tentant de le faire, juste pour le voir s'énerver.

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Ça aurait également été l'occasion idéale de s'évader ou de fouiller dans ses affaires – il colla son museau dans un tiroir ou deux, par acquis de conscience – mais il ne soupçonnait plus vraiment Snape de vouloir du mal à Harry et il était fatigué.

Il alla s'affaler sur le coussin et se perdit dans la contemplation des poissons qui s'égaraient devant la vitre. Ça devait être reposant d'être un poisson, décida-t-il, tout ce qu'ils avaient à faire était nager jusqu'à ce qu'ils se fassent manger par un poisson plus gros.

La vue du lac était apaisante.

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Demain.

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Il partirait le lendemain.

Sans faute.

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Demain, se promit-il, lorsqu'il se roula en boule contre le corps de Snape, sa tête nichée sur son ventre et se laissa bercer par la main qui courrait inlassablement le long de son échine.

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Seulement, le lendemain, le Mangemort était visiblement stressé par la rentrée, courait partout pour rassembler notes et papiers, et Patmol se sentit obligé de le distraire avant qu'il n'explose – ou n'assassine le premier Gryffondor qu'il croiserait.

Le distraire impliquait de le ralentir, ce qui ne contribua pas à faire diminuer son stress. Pourtant, après qu'il lui ait volé pour la troisième fois ses sur-robes, Snape finit par lever un sourcil, les yeux brillants d'amusement.

« Veux-tu m'aider à terrifier mes élèves au lieu de rester ici tout seul toute la journée ? » s'enquit-il.

Patmol hésita. Il aurait été plus sûr de se terrer ici en journée mais il n'y avait aucune raison pour que Remus décide de visiter les cachots alors il aboya joyeusement.

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L'un dans l'autre, faire peur aux adolescents était plutôt amusant.

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Snape fit des entrées fracassantes dans chacune de ses classes de la journée, à grand renfort de claquements de capes et d'expressions meurtrières – et Patmol trottait dignement derrière lui, en s'efforçant d'avoir l'air menaçant d'un véritable Sinistros.

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À la fin de la journée, les rumeurs les plus folles circulaient dans les cachots et, s'il l'avait pu, Patmol aurait rit de bon cœur.

Snape était tellement ravi de son petit effet qu'il lui donna double ration de poulet, ce soir-là.

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« Les premières années sont persuadées que c'est un loup-garou que tu as envoûté avec une potion. » leur rapporta Harry avec un amusement manifeste, après dîner, lorsqu'il vint leur rendre visite. « Les jumeaux racontent partout que c'est un démon que tu as invoqué du fin fond de l'enfer. Et, ma préférée : c'est Sirius Black, déguisé. Ça vient d'une des Serdaigles de deuxième année. Luna ou quelque chose comme ça. »

Patmol se figea mais Snape parut trouver la chose plus amusante qu'insultante. « Et pourquoi cacherais-je Sirius Black, selon Miss Lovegood ? »

« Parce que vous êtes secrètement amoureux depuis des années. » marmonna Harry, soudain bien moins amusé, les joues rouges. « Et sinon, tu sais quand est-ce que les Serpentards vont faire leurs essais pour l'équipe de Quidditch ? »

Le visage de Snape était cramoisi, son expression entre le dégoût et la colère, et il parut heureux de changer le sujet.

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Patmol était toujours figé.

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Il resta figé jusqu'à ce que Snape décide d'aller se coucher et qu'il ne le suive machinalement.

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Ce ne fut qu'à ce moment-là, des semaines trop tard pour seulement se faire la réflexion, qu'il se dit que c'était bizarre qu'il dorme avec lui tous les jours.

Ou tout court d'ailleurs.

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Il rebroussa immédiatement chemin vers le salon et retourna s'installer sur son coussin.

Il n'avait aucun problème pour faire la sieste dessus le reste du temps mais, là, en pleine nuit, il se tourna et se retourna sans parvenir à trouver une position confortable.

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Il délaissa le coussin pour le canapé.

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Retourna sur le coussin.

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Passa au fauteuil.

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Snape se releva à un moment pour venir voir ce qu'il faisait mais repartit sans un mot.

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Patmol abandonna peu après ça et, irrité de sa propre stupidité, retourna dans la chambre d'un pas traînant, sauta sur le lit et se vit immédiatement attiré contre le torse de l'homme qui ne paraissait pas parvenir à trouver le sommeil non plus.

« Incapable de dormir sans mon chien… » marmonna Snape avec fatigue. « Tu vas ruiner ma réputation… »

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Il repensa à son expression dégoûtée plus tôt, songea à ce que le Mangemort lui ferait si – lorsque ? – il découvrait sans qui il ne parvenait pas à dormir…

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C'était décidé, il partirait le lendemain.

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Excepté qu'il ne le fit pas.

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Ni le jour qui suivit.

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Il avait toujours de bonnes excuses et la plupart de ces excuses tournaient autour de Snape.

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L'homme travaillait trop, ne voyait jamais aucun des autres Professeurs en dehors des repas et se perdait parfois dans le même genre de fugues contemplatives qu'Harry. Si Patmol n'avait pas été là pour le distraire ou pour le forcer à une longue promenade autour du parc le soir, il aurait probablement passé tout son temps à déprimer dans son coin.

Devant Harry, le sorcier ne laissait jamais rien paraître, mais en privé, lorsque le garçon était retourné à sa vie d'écolier…

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Snape était seul.

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Et un peu triste.

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Et Patmol, parce que ce syndrome de Stockholm était décidement persistant, n'aimait pas ça.

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Cela ne signifiait pas qu'il avait oublié Queudver ou le danger que représentait Remus.

Le loup-garou et Snape paraissaient toutefois déterminés à garder un château entier entre eux et cela simplifiait grandement la vie du chien.

Une fois ou deux, il laissa Snape à sa classe ou à sa correction de copies pour s'aventurer seul dans les couloirs juste pour se prouver qu'il pouvait faire quelque chose seul sans incident notable.

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Ce fut ainsi qu'il repéra les jumeaux qui étaient sans conteste des Weasley rôder près de la réserve d'ingrédients de Snape, un peu trop près du couvre-feu.

« Ouvre la Carte. » ordonna l'un à l'autre. « Vérifie que la voie est libre. »

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La Carte.

Ça ne pouvait pas être la même Carte.

C'était impossible.

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Et pourtant, l'un des deux garçons tira un parchemin froissé et jauni par les années de sa poche…

Comme au ralenti, pris d'horreur, Patmol imagina la suite : ils allaient ouvrir la carte, repérer immédiatement le point libellé Sirius Black et… Il ne pouvait pas – ne voulait pas – leur faire de mal, ce qui voulait dire que sa ruse serait découverte et qu'il serait obligé de s'enfuir et…

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Et Snape allait découvrir toute la vérité…

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L'estomac tordu par un sentiment de culpabilité et de terreur qu'il ne s'expliquait pas, Patmol agit sans réfléchir. Il sortit de l'ombre, grondant de manière menaçante, les yeux rivés sur celui qui tenait le parchemin…

« Merde, c'est le chien de Snape ! » s'exclama ce dernier.

« Comme si Miss Teigne ne suffisait pas ! » rétorqua l'autre.

Patmol n'attendit pas d'en entendre davantage. D'un bon parfaitement calibré, il arracha le parchemin de la main du garçon et détala sans demander son reste, ignorant leurs protestations et leurs exclamations.

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Le bruit de course dans son dos indiquait clairement qu'ils lui couraient après.

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Le cœur battant, paniqué, la tête pleine de scénarios désastreux où il allait se retrouver truffe à nez avec Remus, la Carte dans la gueule, il partir en courant vers les étages, filant derrière les tapisseries et enchaînant tous les passages secrets qu'il connaissait.

Il lui fallut plusieurs minutes avant de se calmer suffisamment pour se rendre compte qu'il les avait semés.

Il s'écroula dans un couloir désert, crachant la Carte pour mieux haleter, tremblant un peu…

Et maintenant quoi ? Il ne pouvait pas retourner dans les cachots avec la Carte, c'était trop dangereux. Il devait la cacher… Mais où ?

Il n'était pas très loin du septième étage.

La Salle Va-et-Vient.

Il se dépêcha de la rejoindre et de faire trois allers-retours devant le mur en pensant qu'il voulait un endroit où cacher quelque chose, sans seulement savoir si ça allait fonctionner sous sa forme de chien. Mais la porte apparut et s'ouvrit pour lui sans qu'il n'ait à la toucher.

La salle était pleine d'objets en tout genre.

Probablement des objets perdus.

Il repéra un vase prometteur sous le buste d'un sorcier aux sourcils touffus.

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Pour la première fois depuis deux mois, Patmol redevint Sirius.

Et c'était une expérience suffisamment étrange pour qu'elle soit presque déplaisante.

Ses jambes manquaient de coordination, ses sens lui paraissaient atrophiés, le brouillard dans sa tête était bien plus difficile à chasser… Il enfonça la Carte dans le vase et redevint immédiatement un chien, s'ébrouant plusieurs fois pour chasser ces sensations désagréables.

Être Patmol était plus simple.

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Il fut attentif sur le chemin qui le ramena vers les cachots, prêt à filer si jamais il repérait Remus, mais il croisa simplement quelques élèves qui avaient bien trop peur de Snape pour tenter de s'approcher de son chien. Lentement, il prit confiance.

Le château était grand, après tout.

S'il faisait attention, quelles étaient les chances qu'il rencontre Remus ?

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Il était de bien meilleure humeur lorsqu'il atteignit le bureau de Directeur de Maison de Serpentard. Il gratta à la porte sans obtenir de réponse, tenta d'aboyer… La salle de classe aussi était vide. Personne ne répondit lorsqu'il tenta de regagner leurs appartements…

Agacé et un peu inquiet – non pas que Peter ait vraiment de raisons de s'en prendre à Snape mais et s'il était arrivé quelque chose à Harry ? – Patmol remonta à nouveau vers les étages.

Il croisa Snape dans le hall qui revenait du parc. L'expression sur le visage de l'homme passa de préoccupée à soulagée dans la seconde.

« Où étais-tu passé, stupide chien ? »

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Il s'était inquiété.

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Cela lui fit plaisir.

La faute à son syndrome de Stockholm, aucun doute là-dessus.

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Il aboya joyeusement et sauta sur lui, se dressant sur ses pattes arrières pour mieux essayer de lui lécher le visage, sachant qu'il détestait ça. Snape le repoussa mais cacha mal un rictus amusé.

« Si tu ne t'étais pas perdu, tu ne serais pas si heureux de me voir. » rétorqua-t-il, en lui grattant cet endroit derrière l'oreille qui lui fit fermer les yeux de plaisir et frapper le sol de la patte arrière dans un réflexe absolument embarrassant.

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Il aurait probablement dû s'inquiéter de ça aussi.

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Le lendemain, Patmol s'aventura seul jusqu'au lac pendant le cours de Potions de sixième année, juste pour se convaincre qu'il pouvait le faire, qu'il n'était pas prisonnier des cachots, que tant qu'il évitait Remus, tout irait bien.

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Tout n'alla pas bien.

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Il ne s'était pas approché des grilles mais il sentit pourtant la présence des Détraqueurs même avec la distance.

Il patrouillait la lisière de la Forêt Interdite, l'autre côté du lac…

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Il se glissa dans la salle de classe alors que les élèves en sortaient en échangeant des murmures agacés à propos de Snape et de son caractère tyrannique.

Le tyran en question le vit se précipiter vers lui avec la queue entre les pattes, les oreilles basses, et ferma la porte par magie d'un geste, avant de s'accroupir.

« Que t'est-il arrivé ? »

Il ferma les yeux, s'appuya contre le Mangemort et le laissa apaiser ses tremblements par des caresses inquiètes.

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Patmol choisit de rester sur son coussin dans les appartements de Snape et de regarder les poissons vadrouiller devant la vitre pendant le reste de la journée, après ça.

Il échafauda de vagues plans, plus abracadabrants les uns que les autres, visant à infiltrer la tour des Gryffondors et mettre la main sur Queudver, parvint à se convaincre qu'il n'avait pas développé la phobie des Détraqueurs, et, par-dessus tout, décida que, quoi qu'il arrive, il ne passerait pas la nuit dans le lit de Snape.

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Parce qu'il fallait que ça cesse.

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Il avait pris peur alors qu'il ne risquait rien et son premier réflexe avait été de courir ventre à terre se réfugier dans les robes de Servilus Snape.

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C'était ridicule, syndrome de Stockholm ou non.

Et s'il n'avait pas été à moitié persuadé que les Détraqueurs finiraient par l'attraper à l'extérieur, il serait probablement parti sur le champ et aurait campé dans la Forêt Interdite.

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Là où il n'y avait pas de coussin moelleux et de poulet tous les soirs.

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Patmol laissa échapper un soupir contrarié.

Il ne se convainquait pas lui-même.

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Mais ça suffisait.

Assez était assez.

Il était un Gryffondor et…

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La porte d'entrée s'ouvrit, précédant de peu les éclats de voix.

« Mais c'est injuste ! » protestait Harry avec colère.

« C'est peut-être injuste mais que veux-tu que j'y fasse ? » répliqua Snape, lui aussi semblait sincèrement irrité. « Hagrid n'avait qu'à mieux surveiller sa classe. »

« Mais Malfoy n'a qu'une égratignure ! » s'énerva le garçon. « Il fait semblant ! Tu le sais très bien ! »

Patmol les regarda alors qu'ils entraient dans le salon. Snape cherchait visiblement à échapper à la conversation mais Harry le talonnait.

Sans doute l'avait-il suivi depuis son bureau ou sa salle de classe, vu l'heure.

« Ce n'était pas tout à fait une égratignure. » nuança le Professeur, en posant un tas de copies sur la table de travail dans un coin de la pièce. « La blessure était grave. »

« Madame Pomfresh peut tout arranger. » s'entêta le gamin.

« Ce qui ne signifie pas que Draco aurait dû être blessé, en premier lieu. » soupira l'homme. « Écoute, si Lucius décide de porter plainte, je ne peux rien y faire. Après ce qu'il s'est passé l'année dernière, je doute qu'il accepte seulement de me parler, encore moins de m'écouter. »

La colère d'Harry ne disparut pas mais il se mit à ricaner comme s'il repensait à un souvenir particulièrement plaisant. « Tu te souviens quand il n'arrivait plus à remettre ses cheveux en ordre ? Et après, quand il a trébuché sur sa robe en se relevant ? »

Snape rougit légèrement.

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Ça avait toujours fasciné Patmol de le voir rougir, même à l'époque.

De colère…

De gêne…

Le faire rougir c'était arracher une réaction à un garçon qui ne laissait généralement rien paraître.

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Non pas qu'il ait vraiment remarqué.

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Ou cherché à le faire rougir pour quelque raison que ce soit, d'ailleurs.

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« Je n'aurais pas dû le frapper. » lâcha le Mangemort. « Surtout pas devant toi. C'était un piètre exemple à donner et… »

« Oui, oui… » marmonna Harry, en balayant la remarque de la main. « Mais c'était tellement drôle. »

« Cela n'avait rien d'amusant. » contra Snape. « Il t'avait mis en danger au nom de sa vendetta stupide avec les Weasley et, pour couronner le tout, t'a menacé de sa canne. J'aurais pu faire bien pire. Il a eu de la chance qu'Albus m'ait désarmé. »

« Mais ce n'est pas un exemple à suivre et tout ça. » se moqua le garçon.

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Snape avait mis son poing dans la figure de Lucius Malfoy.

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Pour défendre Harry.

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Ostensiblement, Patmol leur tourna le dos et garda son regard rivé aux poissons, les laissant se disputer à propos d'un hippogriffe qui serait en danger.

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Et il n'imagina pas la scène.

Du tout.

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Il partirait dès qu'il le pourrait.

°O°O°O°O°

Dès qu'il le pourrait.

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Il était toujours là quelques jours plus tard, ayant épuisé tout un nouveau stock d'excuses, lorsque Snape rentra furieux, laissa échapper un cri de rage qui l'effraya un peu et termina son caprice en prenant un bibelot sur une étagère et en le balançant contre le mur.

Puis il se laissa tomber dans un fauteuil et prit sa tête dans ses mains.

Un peu inquiet qu'il soit arrivé quelque chose à Harry, Patmol sauta du canapé – où il n'avait techniquement pas le droit de se prélasser parce qu'il laissait soit disant des poils dessus mais qui s'en souciait ? – et approcha prudemment du sorcier qui respirait fort.

Était-ce de la colère ou de la panique ?

Le feu de cheminée se raviva avant qu'il ait pu tenter de le toucher et la tête de Dumbledore apparut dans les flammes. Le Directeur n'avait pas l'air heureux et son ton était extrêmement docte, le genre qu'il avait pris avec les Maraudeurs lorsqu'il estimait qu'ils avaient dépassé les bornes – comme la fois où ils avaient emprunté Fumseck pour voir qui d'un phœnix, d'un hippogriffe ou d'un focifère volait le plus vite.

« Severus. J'ai cru comprendre qu'il y avait eu un incident devant la salle de Défense ? »

Snape avait relevé la tête dès qu'il avait entendu la cheminée mais ne paraissait pas disposé à bouger de là où il était pour faciliter la communication. Sa mâchoire était contractée, ses poings serrés…

« Il ne lui a pas fallu longtemps pour reprendre les bonnes vieilles habitudes et venir rapporter sur ses camarades. » se moqua-t-il.

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Ah.

Il s'était accroché avec Remus, alors.

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Patmol aurait aimé être un peu moins partagé sur la question.

Prendre immédiatement le parti de Remus, comme il se devait.

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Sans trop réfléchir, il vint poser sa tête sur la cuisse du Mangemort. Snape se mit à le caresser machinalement, sans même lui jeter un seul coup d'œil.

C'était un peu vexant, ce manque d'attention…

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« Remus n'a rien dit. » rétorqua Dumbledore. « La moitié de l'école semble persuadée que vous avez essayé de le tuer. »

« J'ai simplement exprimé mon opinion sur ses méthodes d'enseignement de manière concise. » se défendit Snape.

« En sous-entendant que vous alliez, et je cite ce que j'ai entendu directement de la bouche d'un troisième année : vous occupez de son cas ? » Le Directeur l'observant un long moment, avec désapprobation. « Des menaces, Severus ? Alors que l'année commence à peine ? J'attendais mieux de vous. »

« Allons nous ignorer le fait qu'il m'a humilié devant mes élèves ? Devant mon fils ? » explosa Snape, n'y tenant plus. Il se leva pour mieux pointer un doigt colérique vers l'âtre. « Il a encouragé Londubat et maintenant le château entier se moque de moi dans mon dos ! »

« C'est difficilement la faute de Remus si vous êtes la plus grande peur de Neville Londubat, vous en conviendrez. Et il n'y a pas cinquante manières de se débarrasser d'un épouvantard. »

°O°O°O°O°

Oh, oh…

Qu'avait fait Remus, exactement ?

Ça avait l'air d'une bonne farce…

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Il était évident, pourtant, que Snape ne goûtait pas à la plaisanterie.

« Pourquoi ne suis-je pas surpris ? » siffla-t-il. « Évidemment, tout est de ma faute et votre loup-garou apprivoisé est entièrement innocent. »

La conversation tourna très vite en rond, après ça.

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L'un dans l'autre, Patmol fut soulagé qu'Harry leur rende visite parce qu'il ne savait plus quoi faire avec Snape et il commençait lui aussi à s'énerver.

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Il avait tout essayé pour distraire le sorcier mais aucune de ses habituelles pitreries ne fonctionnait.

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« Il n'est pas aussi ennuyeux que Quirrel ou idiot que Lockhart mais ce n'était pas un si bon cours que ça, de toute manière. » déclara son filleul, avec une dose certaine de prudence, comme s'il craignait un peu sa mauvaise humeur.

Snape en prit visiblement note parce qu'il fit un véritable effort pour au moins avoir l'air calme.

« Je n'ai même pas pu affronter l'épouvantard. » continua le garçon. « Je suis le seul qu'il n'a pas laissé tenter sa chance. Il doit croire que je suis peureux à cause de ce qui s'est passé dans le train. »

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Plus logiquement, Lunard devait penser que voir Voldemort émerger d'une armoire créerait sans doute un vent de panique, songea Patmol.

Snape devait deviner ses raisons mais, sans surprise, il ne défendit pas le loup.

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« C'est un crétin. » décréta-t-il froidement.

Harry grimaça mais ne chercha pas à protester, sans doute par peur de le contrarier.

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Le Maître des Potions fit l'impasse sur le dîner dans la Grande Salle ce soir-là.

Patmol n'arrivait pas à le dérider. Il était renfrogné, furieux et, si le chien devait être honnête, un peu trop susceptible.

Et ça ne s'améliora pas dans les jours qui suivirent.

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Durant ses petites excursions dans l'école, Patmol prenait le temps d'écouter les commérages des élèves.

Or les élèves adoraient Remus et pensaient que c'était le meilleur Professeur de Défense contre les Forces du Mal. Ils avaient aussi relevé le fait que Snape le détestait et avait naturellement pris parti dans cette guerre froide contre le Maître des Potions – ce que le chien aurait eu bien du mal à leur reprocher.

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Snape était furieux.

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« Je les déteste. » cracha-t-il en confidence à Patmol, un soir, tard, dans son lit alors qu'il se tournait et se retournait depuis plusieurs minutes sans trouver le sommeil. Le chien en était tellement dérangé qu'il avait songé à retourner sur son coussin. « Lupin, Black… Je les déteste. Il faut toujours qu'ils me pourrissent la vie. »

C'était un peu exagéré, décréta Patmol, parce que Snape avait pris un grand plaisir à leur rendre la vie tout aussi compliquée à l'époque.

Il n'avait jamais été la victime passive qu'il se plaisait à décrire.

Snape avait rendu maléfice pour maléfice, avait plus d'une fois élaboré des pièges à leur intention et, une fois, en septième année, avait complètement perdu son calme et avait semblé oublier qu'il avait une baguette et l'avait plaqué contre le mur par le col de ses robes et…

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Il se dépêcha de penser à autre chose.

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Stockholm.

S'il parvenait à tuer Queudver et à ne pas se faire attraper par les Détraqueurs, il allait vraiment devoir visiter cette ville.

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À la fin de la troisième semaine de cours, Patmol décida qu'il avait suffisamment perdu de temps comme ça.

Attentif à éviter les zones du château où Remus avait le plus de chance de se trouver, il se faufila jusqu'à la tour des Gryffondor et aboya joyeusement sur tous les élèves qui allaient et venaient jusqu'à ce que l'un d'eux comprenne ce qu'il voulait – cela lui faisait mal d'admettre que Snape avait raison sur quoi que ce soit mais lorsqu'il disait que la majorité des gosses de ce château étaient lents à la comprenette, il n'avait pas tort.

Au bout d'un long quart d'heure, le portrait de La Grosse Dame bascula et Harry passa une tête à l'extérieur.

« Grim ! » s'exclama-t-il.

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Et Patmol entra négligemment dans l'antre du loup.

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Sauf que son plan infaillible consistant à foncer jusqu'aux dortoirs pour attraper le rat prit un coup dans l'aile lorsque l'attention entière de la salle commune se tourna vers lui.

Le chien de Snape, comme le disait le murmure qui enfla dans la pièce.

Aurait-il débarqué dans la salle commune de Serpentard comme si de rien n'était, à l'époque, il aurait probablement obtenu la même réaction.

« Hey ! » s'exclama l'un des jumeaux à qui il avait subtilisé la carte.

« C'est le voleur ! » renchérit le second.

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Tout alla de mal en pis, à partir de là.

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Patmol avait repris du poids et de l'assurance, ces derniers temps, et, c'était vrai, il s'était bien amusé à terrifier les élèves avec Snape en se pavanant dans les couloirs…

De là à provoquer une telle panique chez les plus jeunes années…

Harry tenta bien de leur dire qu'il était inoffensif, aidé par Ron et Hermione qui le caressèrent et le prirent dans leurs bras pour mieux démontrer la chose, mais c'était le chaos.

Et, dans ce chaos, Patmol repéra l'odeur de sale rat de son ancien meilleur ami et plongea le museau dans la poche de Ron avec un grondement menaçant.

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S'en suivit la bagarre la moins glorieuse de tous les temps.

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Queudver échappa à ses crocs d'une torsade du dos, lui griffa le museau, fila sur sa tête, le long de son échine et le temps qu'il se retourne pour le déloger de là, avait sauté au sol et foncé vers l'escalier qui menait aux dortoirs des garçons.

Il se précipita à sa suite, bien sûr, mais Harry le rattrapa in extremis par le collier, l'étranglant à moitié, et, malgré tous ses efforts, Patmol ne parvint pas à se libérer parce qu'il ne voulait pas faire de mal au garçon.

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Ron hurlait.

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Hermione tentait d'apaiser les choses.

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Harry était à moitié couché sur lui.

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Patmol ne voyait que la porte par laquelle le rat avait disparu.

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« Quel est ce désordre ?! » tonna soudain la voix familière de son ancienne Directrice de Maison.

La salle commune redevint entièrement silencieuse.

Ça ne l'empêcha pas de grogner et de se débattre, désespéré d'aller arracher la tête de Peter d'un coup de dents bien placé…

« Potter ! » s'exclama la sorcière. « Qu'est-ce que c'est que ça ? »

Harry grimaça. « Euh… Un chien ? Mais il est à Severus ! Euh, au Professeur Snape. »

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Patmol se retrouva banni de la tour des Gryffondor sous peine de se voir exilé au fin fond du parc dans la cabane d'Hagrid.

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Snape, lui, subit pendant une demi-heure les remontrances de McGonagall et n'était pas plus content qu'Harry.

Il ne se laissa pas attendrir par ses yeux de chiens battus et lui en voulut pendant des heures.

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Pire, l'histoire fit le tour du château et, le lendemain, alors qu'il traînait dans les cachots, en se demandant s'il ne devrait pas tout simplement risquer de s'introduire dans les dortoirs des lions sous forme humaine en pleine nuit – et avec un couteau bien aiguisé – il manqua tomber sur Remus.

Il se cacha rapidement derrière un groupe d'élèves et le loup-garou lui passa à côté sans le voir.

Il attendit plusieurs minutes puis fila ventre à terre jusqu'à la salle de classe et resta prostré sous le bureau de Snape, à l'abri des regards, tout le reste de la journée.

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Non seulement, Remus traînait dans les cachots, à présent – au grand dam de Snape qui avait l'habitude de monologuer devant lui sur les Maraudeurs et à quels points il les détestait, ce qui n'était pas toujours agréable à entendre – mais il posait aussi des questions.

Sur le chien de Snape.

Sa taille, sa couleur…

Patmol resta tapi derrière une des énormes statues abandonnées dans un coin des cachots et l'écouta interroger des Serdaigles de première année, sans même en avoir l'air.

Les gamins lui donnèrent tous les détails nécessaires pour qu'il devine ce qu'il en était.

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Au lieu de faire la chose sensée, avant que Remus ne prenne son courage à deux mains et aille tout avouer à Dumbledore, au lieu de reprendre forme humaine et d'aller directement à la source du problème – peut-être après avoir volé la baguette de Snape parce qu'être armé d'autre chose que d'un couteau ne ferait pas de mal – Patmol resta terré dans leurs appartements pendant plusieurs jours.

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Ce qui avait ces inconvénients.

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Ce n'était pas qu'il le faisait exprès – du moins pas la première fois – mais s'il traînait sur le lit suffisamment longtemps le matin, Snape finissait par sortir de sa salle de bain avec une simple serviette autour des reins et…

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La première fois, il n'avait eu d'yeux que pour les épaisses cicatrices qui lui bardaient le dos.

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Brutalisé.

Pas par Voldemort, donc.

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La deuxième fois – et toutes les fois qui suivirent – ce furent les gouttes d'eau qui glissaient ici ou là qui attirèrent son attention. Il en suivit les chemins, retraçant du regard leurs courses, et se demanda quel goût elles auraient eu sur sa langue.

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Stockholm. Stockholm. Stockholm.

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Tous les matins, il reluquait Snape qui sortait de la douche et tentait mentalement de se convaincre qu'après douze ans à Azkaban n'importe quel corps nu lui aurait fait cet effet, que ça ne voulait rien dire.

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Un matin, remarquant son regard insistant, Snape émit un bruit amusé puis lui lança la serviette sur la tête.

« Pervers. » l'accusa-t-il, en plaisantant.

Patmol laissa la serviette lui couvrir les yeux, plus honteux qu'il ne l'avait jamais été.

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Il était probablement un pervers.

Il doutait fort que Snape aurait défilé pour lui en tenue légère s'il avait su qui était étalé sur son lit.

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Ou que, lorsqu'il fixait les poissons pendant des heures, tous les scénarios qu'il imaginait n'étaient pas entièrement consacrés à sa mission et que plus d'un faisaient de lui l'attraction principale de ses délires, d'ailleurs.

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C'était probablement révélateur que dans tous ses scénarios, Snape cherchait à le tuer avant qu'ils ne passent à des activités plus…

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Stockholm.

Patmol s'accrochait à ce mot comme à une bouée.

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Il était peut-être ou peut-être pas perdu dans un autre de ces fantasmes improbables – personne ne pouvait le prouver – lorsque le sorcier en question et son filleul pénétrèrent dans leurs appartements avec toute la discrétion d'une horde d'hippogriffes.

« Mais tu ne m'as jamais dit que tu ne lui faisais pas confiance ! » soupira Harry, d'un ton légèrement geignard – le ton qu'il prenait quand il avait fait une bêtise mais refusait de l'admettre.

Patmol approuvait : avouer ne menait jamais à rien de bon, mieux valait s'entêter.

« Vu ce qu'il s'est passé ces deux dernières années, je pensais que tu aurais le bon sens de te méfier du Professeur de Défense par toi-même. » gronda Snape, visiblement furieux. « Au lieu de cela, je te retrouve seul dans son bureau en train de prendre le thé ! »

« Parce que Ron et Hermione sont partis à Pré-au-Lard, que je m'ennuyais et que tu as dit que je ne pouvais pas t'aider avec ta potion ! » protesta l'adolescent, en se laissant tomber sur le canapé. Il tapota machinalement le coussin et Patmol s'approcha docilement pour se laisser caresser. « Je l'ai croisé et il m'a proposé de prendre une tasse de thé… ça n'aurait pas été très poli de refuser ! »

Snape se pinça l'arête du nez.

« Tu ne m'as jamais dit qu'il connaissait mes parents. » l'accusa ensuite Harry, d'un ton un peu gardé. « Il ne l'a pas dit ouvertement mais j'ai compris, je crois. Il était dans la bande de mon père, c'est ça ? »

Le Maître des Potions hésita un long moment puis hocha la tête. « C'était un de ses meilleurs amis. »

« Donc il était aussi ami avec Black ? » insista Harry, sourcils froncés. « Pourquoi est-ce que Dumbledore l'a engagé ? C'est un peu bizarre, non ? »

Snape parut satisfait de ne pas être le seul à le penser, en tout cas.

« Ne reste plus jamais seul avec lui, que ce soit impoli ou pas. » ordonna-t-il. « Que te voulait-il ? »

« Oh, rien de particulier… » Le garçon haussa les épaules. « Il m'a juste posé des questions sur nous… »

« Quel genre de questions ? » demanda le Mangemort, une étincelle dangereusement protectrice dans le regard.

Harry eut l'air pensif. « Quand tu m'avais adopté… Pourquoi… Il était étonné que ça n'ait pas été plus médiatisé que ça. Oh, et il voulait savoir quand est-ce qu'on avait adopté Grim aussi. Si on l'avait depuis longtemps. S'il était ami avec mon père, peut-être qu'il s'intéresse ? »

« Peut-être. » commenta Snape.

Mais il ne croyait pas davantage que cet entrevue ait été innocente que Patmol.

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La pleine lune lui donnerait un répit, cependant, et il était décidé à le saisir.

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À chaque fois qu'il consulta la Carte des Maraudeurs dans les jours qui suivirent, elle confirma que Peter se terrait dans les dortoirs des garçons. Et Harry, qui avait demandé à Snape s'il ne connaissait pas un remède pour les rats qui dépérissait, confirma, lui, sans le savoir que Queudver se faisait du souci.

C'était le moment d'agir.

Patmol prit son air le plus innocent lorsqu'il s'étala sur son flanc devant le portrait de la Grosse Dame. La nonchalance même.

Le groupe de sixièmes années ne se méfia pas lorsqu'ils donnèrent le mot de passe.

Le chien fusa et atteignit l'escalier du dortoir des garçons avant que quiconque n'ait réalisé ce qu'il s'était passé. Il y eut bien quelques cris sur son passage mais il ne s'en préoccupa pas, truffe au sol pour trouver le bon dortoir.

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Il n'avait pas prévu que Londubat soit là mais le garçon était pataud alors il ne s'en préoccupa pas.

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Ce fut son erreur.

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Peter fila du lit de Ron ventre-à-terre vers la fenêtre – encore que, ce qu'il espérait faire une fois qu'il l'aurait atteinte, Patmol ne le savait pas aux dernières nouvelles les rats n'avaient pas d'ailes – le chien sur ses talons.

D'une patte, il parvint à plaquer sa queue au sol, provoquant d'atroces couinements.

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On aurait pu croire que Peter aurait la décence de mourir avec dignité mais apparemment pas.

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Patmol l'avait.

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Grondant de jubilation, une griffe plantée dans la queue, il le tira vers lui, prenant plaisir à voir ses petites pattes racler impuissamment le parquet.

Il perdit quelques secondes à se demander s'il voulait reprendre forme humaine et forcer Peter à en faire de même, puis décida qu'il n'en valait pas la peine.

Redevenir Sirius pour consulter la Carte avait été bizarre à chaque fois.

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Ces secondes…

Elles lui coûtèrent sa vengeance.

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Il ne vit pas le petrificus totalus venir.

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Foutu Neville Londubat.

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La suite, il n'en était pas vraiment fier.

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Ron et Harry se disputèrent violemment.

Queudver disparut sous l'oreiller du cadet des Weasley et Patmol était certain que le rat lui avait tiré la langue.

McGonagall l'évacua de la Tour des Gryffondors par la peau de son cou pétrifié et le traîna jusqu'au bureau de Dumbledore où Snape ne tarda pas à arriver, passablement contrarié.

Son ancienne Directrice de Maison était tellement furieuse qu'elle décréta que Patmol était trop dangereux pour le laisser en liberté dans l'école et qu'il devrait, au minimum, être exilé dans le parc.

Snape et elle manquèrent de s'écharper.

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« Quelle est ton obsession pour ce rat ? » siffla Snape, dès qu'ils furent de retour dans son bureau – après qu'il ait tenté de convaincre Dumbledore que le chien était absolument inoffensif et, lorsque cela n'avait pas marché, avait menacé de cesser de préparer la potion de Remus s'ils le forçaient à abandonner son animal de compagnie.

Dumbledore avait dit qu'il pouvait le garder mais que le chien devait se tenir loin de la Tour des Gryffondors et qu'il n'y aurait pas de troisième chance.

« Si tu aimes tellement les rongeurs, chasse donc ceux des cachots. Ces rats-là ne manqueront à personne et je pourrais toujours m'en servir dans mes potions. »

°O°O°O°O°

En guise d'excuses, Patmol lui attrapa une dizaine de rats qu'il déposa sous son bureau.

Snape l'observa sourcils froncés, avant de soupirer.

« Je n'aurais probablement pas dû t'encourager. Stupide chien. »

°O°O°O°O°

Le stupide chien eut le droit à une double ration de poulet et une longue session de caresses alors, l'un dans l'autre, il décida que ce n'était pas tout à fait un échec.

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Parce que Remus était toujours alité après la pleine lune, il prit le risque d'assister au match de Quidditch qui opposait Gryffondor et Poufsouffle.

Harry et Ron ne se parlaient toujours pas et le roux lui fit un scandale lorsque le chien trotta librement dans la Grande Salle mais Patmol l'ignora, volant goulument saucisses à droite et bacon à gauche. Il accepta avec fierté l'écharpe de Gryffondor que Lee Jordan osa nouer autour de son cou.

Snape plissa le nez mais ne la lui retira pas.

°O°O°O°O°

Harry était né pour voler sur un balai.

Il avait les capacités pour devenir un joueur pro.

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Assis sur les gradins, tout en haut, à côté de Snape, Patmol éprouva une sensation de fierté rarement égalée.

À voir le demi-sourire que le Maître des Potions s'efforçait de dissimuler, il n'était pas le seul.

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Et puis, tout bascula.

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Il sentit le froid familier s'insinuer sous sa fourrure, les idées noires qui l'empêchaient de réfléchir correctement, la terreur qui lui mordait les tripes…

Sans réfléchir, il se pressa instinctivement plus près de Snape.

L'homme ne le remarqua même pas.

Au milieu des exclamations de peur, il n'avait d'yeux que pour le garçon qui avait perdu le contrôle de son balai…

Et puis, d'un coup, il bondit sur ses pieds, baguette et main levée.

« Arresto Momentum ! » hurla-t-il.

Au même moment un phœnix argenté s'éleva au-dessus de stade de Quidditch avant d'exploser en une onde de choc qui repoussa les Détraqueurs.

L'esprit un peu plus vif, le chien se précipita à la suite du Mangemort lorsque ce dernier se jeta pratiquement dans l'escalier qui menaient vers le terrain.

Le reste des joueurs s'étaient déjà rassemblés autour d'Harry qui gisait au sol, inerte.

Snape les poussa sans douceur, les yeux rivés sur le garçon, il jeta immédiatement plusieurs sorts de diagnostic, sembla respirer un peu plus librement…

Si Patmol avait encore eu un seul doute qu'il était sincère dans sa relation avec son filleul, il se serait envolé à ce moment-là.

« Severus ? »

Dumbledore s'accroupit auprès d'eux, examina lui-même le Gryffondor.

« Pas de lésion, pas de fracture… » marmonna Snape, soudain très, très pâle.

« Avec une telle maîtrise d'Arresto Momentum, le contraire m'aurait surpris. » répondit calmement le Directeur. « Ce sort est très… »

Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase.

Sans la présence d'esprit du vieux sorcier qui le rattrapa, Snape aurait fini le visage dans la boue.

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Personne ne voulait le laisser entrer dans l'infirmerie.

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McGonagall demanda à Hagrid de s'occuper de lui, ce qui le força à s'évader de sa cabane, d'échapper à Crockdur qui s'intéressait un peu trop à lui, puis à retourner au sixième étage sans se faire repérer.

Il lui fallut attendre que les différents groupes de visiteurs soient partis avant de parvenir à se glisser à l'intérieur.

Snape le repéra immédiatement mais ne le dénonça pas lorsqu'il vint se cacher sous le lit qu'il occupait contraint et forcé, en attendant que la voie soit libre de toute infirmière ou Directrice de Maison.

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Au moins, se consola-t-il, ils étaient tous les deux conscients.

Snape n'avait dû rester que pour veiller sur Harry.

°O°O°O°O°

Harry était inconsolable à propos de son balai dont on lui avait ramené les morceaux. Même lorsque Patmol sortit de sa cachette, une fois l'infirmerie désertée pour la nuit, il ne se dérida pas, contemplant les bouts de bois.

« Noël n'est pas si loin… » offrit Snape.

Le garçon lui jeta un regard empli de détresse. « C'est trop cher. »

Le Maître des Potions leva les yeux au ciel. « C'est Noël. Laisse-moi me préoccuper du prix de tes cadeaux. »

« Non, mais c'est trop. » insista le garçon. « Je peux m'en acheter un autre, de toute manière. C'est juste que… »

« N'avons-nous pas déjà eu cette discussion, Harry ? » soupira Snape. « L'argent de ton coffre est là pour ta majorité. Je suis ton père, je subviens à tes besoins. J'ai largement de quoi remplacer ton Nimbus. Peut-être pas par un Éclair de Feu, certes, mais il y a d'autres excellents modèles. »

°O°O°O°O°

Harry ne voulait rien entendre.

On aurait cru qu'il avait perdu un ami et pas un balai.

°O°O°O°O°

Au milieu de la nuit, alors que Patmol sommeillait roulé en boule contre le garçon qui ne semblait pas parvenir à dormir, Snape soupira à nouveau.

« Harry, veux-tu une potion ? »

Pour l'aider à s'endormir, songea Patmol. Ce ne serait sans doute pas une mauvaise idée.

Le Gryffondor resta silencieux un long moment.

« Qu'est-ce que… Qu'est-ce que tu ressens quand les Détraqueurs sont proches ? » hésita-t-il finalement.

Ce fut au tour de Snape de garder le silence pendant une bonne minute. « J'ai l'impression de plonger dans un bain glacé et mon esprit se fixe sur mes pires souvenirs, mes pires échecs. »

« Mais tu ne t'évanouis pas. » remarqua le gamin.

« Je suis plus vieux et j'ai l'habitude de me débattre avec ma conscience. » contra le Mangemort. « Ta réaction aux Détraqueurs est forte mais ce n'est pas si inhabituel que ça. Beaucoup d'autres gens ne les supportent pas. Tes camarades n'ont simplement pas le même genre d'expériences que toi, comparativement leurs pires souvenirs et leurs craintes sont moins oppressants. »

À nouveau, Harry s'enferma dans son silence.

Puis, alors que Patmol recommençait à sommeiller…

« J'entends Maman. » lâcha le garçon, la voix étranglée. « J'entends Maman qui crie. Il lui dit de s'écarter. Elle crie. Il y a un éclair vert. »

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Patmol resta paralysé d'horreur.

°O°O°O°O°

Snape, lui, réagit dans la seconde.

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Le chien fut poussé du lit sans cérémonie lorsque le Maître des Potions s'assit sur le bord du matelas pour attirer son fils contre lui.

°O°O°O°O°

Écouter Harry pleurer, en sachant que le responsable dormait tranquillement en haut de la Tour, c'était…

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Patmol avait été assez égoïste comme ça.

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Il était temps de laisser Sirius Black entrer en scène.

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Il avait un plan et c'était un bon plan, décida-t-il, le lendemain.

Enfin, ce n'était pas un bon plan.

C'était un plan terrible.

Mais il allait tout de même le mettre en application.

°O°O°O°O°

Première phase du plan ?

Voler une baguette.

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Il aurait pu dérober celle de Snape mais pas facilement. L'homme était suffisamment paranoïaque pour ne pas s'en séparer, même sous la douche. La lui prendre pendant qu'il dormait aurait été plus simple mais… Patmol y rechignait.

Il avait déjà tellement abusé de sa confiance et le Mangemort le haïssait si fort à la base qu'il ne voulait pas en rajouter.

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Le plan était donc de se tapir dans le recoin du couloir nord, à la base de la Tour des Gryffondor, juste avant le couvre-feu et attendre la bonne opportunité : à savoir, un gamin seul qu'il pourrait facilement maîtriser, assommer d'un stupefix et cacher dans le placard à fournitures quelques mètres plus loin.

Il était nerveux à l'idée de devoir faire tout ça sous forme humaine après si longtemps, raison pour laquelle il était toujours sous forme canine.

Il n'aimait pas l'idée de…

°O°O°O°O°

Il sentit la baguette s'enfoncer dans sa nuque, au-dessus du collier, et il se raidit.

°O°O°O°O°

Sa truffe ne relevait aucune odeur.

Un sort.

Un sort pour masquer les odeurs, un autre pour assourdir les bruits de pas…

Était-ce Peter qui l'avait trouvé où…

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« Tu dois vraiment me prendre pour un idiot. » cracha la voix de Remus. « Un chien qui ressemble au Sinistros et qu'Harry a adopté juste cet été ? J'admets que te planquer chez Snape était malin, ça m'a fait hésiter… À moins qu'il soit dans le coup, lui aussi ? Qu'est-ce que vous fabriquez tous les deux, hein ? Qu'est-ce que vous projetez de faire avec Harry ? Redeviens humain et réponds-moi, pour l'amour de Merlin ! »

Lentement, un peu à regret, Patmol laissa place à Sirius et se tourna vers lui.

Immédiatement, il éprouva davantage de difficultés à réfléchir, à gérer ses émotions, à garder l'esprit clair.

C'était tellement plus simple lorsqu'il était un chien…

Tellement plus…

« Je peux me tourner ? » demanda-t-il, en levant les mains devant lui. « Je n'ai pas de baguette. »

« Et je suis censé te croire sur parole, sans doute. » se moqua sèchement Remus, en faisant deux pas en arrière. « Tourne-toi. »

Il s'exécuta. « On ne peut pas rester là, on va se faire repérer. »

Son meilleur ami émit un bruit incrédule. Son expression était un mélange de douleur, de colère et de dégoût. « Parce que tu penses que je vais t'aider ? Je t'emmène droit chez Dumbledore. »

« Non. » Il secoua la tête. « Il faut en finir. Il faut que je le fasse, ce soir. »

Des étincelles échappèrent du bout de la baguette de Remus. « Je ne te laisserai pas toucher à un seul cheveu de Harry. »

« Harry ? » répéta-t-il, en inclinant la tête sur le côté, confus. « Je ne veux pas faire de mal à Harry… Je veux tuer Peter. »

Le loup-garou l'observa longtemps et, cette fois, de la pitié se rajouta aux émotions qui se battaient sur son visage. « Tu as déjà tué Peter, Sirius. Tu l'as tué, il y a douze ans. »

Sirius secouait la tête bien avant qu'il ait terminé. « Non ! Non, il est là haut ! C'était lui ! C'était lui, Remus ! Je peux te le prouver ! J'ai la Carte. Elle est dans la Salle Va-et-Vient… Il a fait semblant… Il… Il… »

Pourquoi était-il si difficile de s'expliquer ?

Il lui suffisait de lui dire qu'ils avaient changé de Gardien du Secret, que…

Frustré, il cessa de parler et baissa la tête. « Je dois le tuer. Pour qu'Harry soit en sécurité. Après, tu peux m'emmener voir Dumbledore, si tu veux. »

Remus l'observait toujours. « Peter est vivant. »

« Il s'est planqué chez les Weasley. » lâcha-t-il. « Ils pensent que c'est un animal de compagnie mais c'est Peter. »

« Pourquoi Peter serait-il resté caché toutes ces années ? » riposta Remus. « Ça n'a pas de sens ! Tu étais… » Il s'interrompit brusquement, un nouvel éclat de douleur passant dans ses yeux. « Vous pensiez que c'était moi, le traître. »

« Oui. » avoua honteusement Sirius.

« Vous avez échangé. » insista le loup.

« Oui. » répéta-t-il encore.

Remus n'était pas tout à fait certain de le croire, c'était évident.

« J'ai passé des mois avec Harry… » murmura-t-il. « Si j'avais voulu… Je ne veux pas de mal à Harry. Pourquoi est-ce que je serais resté caché là avec eux si… »

« Parce que douze ans à Azkaban laissent forcément des marques. » l'interrompit son ami. « Peut-être que tu avais du remord. Peut-être que tu t'es convaincu d'une histoire qui n'est pas vraie. »

°O°O°O°O°

Son cœur battait trop vite et trop fort.

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Parce que, au fond, c'était ce qu'il craignait le plus au monde.

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« Je n'aurais jamais trahi James. » souffla-t-il, avec désespoir. « Jamais. »

Il soutint le regard de Remus très longtemps.

Finalement, le loup-garou baissa très légèrement sa baguette. « On va à la Salle Va-et-Vient. Je veux voir la Carte. »

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Sirius redevint Patmol et ouvrit la voie.

Remus le menaçait toujours de sa baguette mais ne protesta pas le changement de forme.

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Il lui fallut pourtant se transformer à nouveau une fois que Remus eut consulté la Carte et l'ai exigé de lui. Il se vit attiré dans une étreinte étouffante à laquelle il répondit parce que…

Cela faisait si longtemps que personne ne l'avait pris dans ses bras…

Pas Patmol mais lui.

Il se détacha rapidement, cependant, les yeux rivés sur le poing libellé Peter Pettigrow.

« Il se planque dans les dortoirs parce qu'il sait que je n'ai pas le droit d'y aller. » expliqua-t-il. « J'ai failli l'avoir deux fois déjà. »

« Sous ta forme de chien. » remarqua Remus. « Pourquoi ne pas avoir essayé quelque chose sous ta forme humaine ? Ça ne te ressemble pas de faire preuve de prudence… Je me serais attendu à ce que tu fonces dans le tas. »

Trouver les bons mots était difficile.

Et…

« Je préfère être Patmol. » lâcha-t-il. « Je préfère être Grim. »

Grim avait une bonne vie. De gentils maîtres, du poulet, de l'attention et des caresses, un feu de cheminée, un vue pas désagréable lorsque Snape sortait de la douche…

Qu'est-ce qui attendait Sirius mis à part l'étreinte glacée des Détraqueurs ?

Remus fronça les sourcils avec inquiétude. « Sirius, depuis quand est-ce que tu n'es pas resté humain plusieurs jours ? Semaines ? »

Il haussa les épaules en signe d'ignorance.

°O°O°O°O°

Il ne s'en souvenait honnêtement plus.

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Quelques heures ici ou là quand un gardien faisait sa ronde.

C'était tout.

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« D'accord… » marmonna le loup-garou, plus pour lui-même, en lui posant une main sur l'épaule. « Je vais aller chercher Peter et on va tout expliquer à Dumbledore. »

« Je ne lui fais pas confiance. » protesta-t-il immédiatement. « Il traite Snape comme… Il… »

« Snape sait qui tu es vraiment ? » demanda son ami. « Je n'arrive pas à imaginer que… »

« Non. » l'interrompit-il. « Il ne sait pas. Et… Peut-être qu'on est pas obligés de lui dire ? Peut-être qu'on peut juste tuer Peter et… »

« On ne peut pas juste tuerPeter, même si ça me démange. » contra Remus. « On doit le capturer pour pouvoir t'innocenter et ça implique de mettre Dumbledore au courant, à un moment donné. »

C'était sans doute logique.

Pourtant…

« Mais on est pas obligés de le dire à Snape, hein ? » insista-t-il. « Quand on aura Peter, je peux redevenir Patmol et… »

« Et te faire passer pour son chien le reste de ta vie ? » le coupa le loup-garou. « Tu as besoin d'un Médicomage si tu penses que c'est une bonne idée. Et puis, tu n'auras plus besoin de te cacher… Tu pourras parler à Harry, pas juste faire semblant d'être son animal de compagnie. »

°O°O°O°O°

Ce n'était pas ce qui tracassait Sirius.

Mais Remus ne voulait – ou ne pouvait – pas comprendre.

Il le força à attendre sous sa forme de chien devant le bureau de Dumbledore pendant qu'il allait chercher Peter.

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Patmol voulait venir avec lui mais Remus lui dit qu'il serait plus efficace seul.

°O°O°O°O°

C'était vrai parce que quarante minutes plus tard, Sirius était assis dans le fauteuil qui faisait face au bureau de Dumbledore et répétait pour la troisième fois son histoire, une tasse de thé corsée entre les mains, pour un Ministre de la Magie éberlué.

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Il n'était toujours pas certain qu'il n'allait pas terminer embrassé par un Détraqueur avant la fin de la soirée.

Dumbledore n'avait pas été exactement ravi du fait que James et Sirius aient pris une telle initiative malheureuse sans lui en parler d'abord.

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Vingt minutes plus tard, il était officiellement pardonné, Peter avait subi le Baiser, Remus ne semblait pas savoir s'il était heureux ou triste, et Sirius avait eu sa dose de tout contact humain pour le reste de l'année.

Il redevint Patmol avec soulagement et refusa de répondre aux tentatives de Dumbledore ou de Remus pour le convaincre qu'il était en sécurité, à présent.

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En sécurité.

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Il ne savait même plus ce que ça voulait dire d'être en sécurité sous sa forme humaine.

Mais il savait ce que ça signifiait sous sa forme de chien : un coussin, Harry qui parlait sans s'arrêter pour respirer et la main de Snape qui jouait distraitement avec ses oreilles.

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C'est pour ça qu'il fonça se cacher derrière ses jambes, tremblant de tout son corps parce qu'il savait ce qui allait arriver, lorsque l'homme en question fut finalement convoqué dans le bureau du Directeur.

« Qu'avez-vous fait à mon chien ? » siffla immédiatement le Maître des Potions, avec un regard noir pour Remus, comme s'il le soupçonnait de s'en être pris à lui.

Patmol ne manqua pas la légère grimace qu'échangèrent Dumbledore et le loup-garou.

« Asseyez-vous, Severus. » l'invita le vieux sorcier, avec une hésitation à peine détectable. « Il y a eu certains… rebondissements dans l'affaire Sirius Black. »

Avec une réticence évidente, Snape prit le fauteuil que Sirius avait occupé jusque-là, à côté de Remus. Patmol s'appuya immédiatement contre ses jambes et posa la tête sur sa cuisse, les yeux fermés pour ne rien voir du mépris et de la haine qui allaient remplacer l'affection sur son visage.

« Pettigrow était un Animagus ? » s'exclama-t-il avec incrédulité, en plein milieu de leur récit – un récit qui avait, jusque-là, soigneusement évité d'impliquer son chien. « Peter Pettigrow ? Le garçon qui peinait à avoir la moyenne en Métamorphose ? »

« James et Sirius l'ont aidé. » soupira Remus.

Et grand bien leur en avait pris, grommela intérieurement Patmol, alors que Dumbledore reprenait le fil de l'histoire.

« Vous êtes en train de me dire que Black a été innocenté. » cracha Snape, en faisant un effort pour garder un ton neutre. Patmol sentait la panique. « Qu'est-ce que cela implique pour… »

« Vous avez adopté Harry légalement, avec mon aval et celui du Magenmagot, et il est sous votre tutelle depuis plus de deux ans… Techniquement, j'aurais tendance à penser qu'un juge pourrait pencher en votre faveur. » l'interrompit Dumbledore.

« Un juge. » répéta le Mangemort, presque trop calmement.

Les mains qui le caressaient machinalement tremblaient.

°O°O°O°O°

À quoi jouait Dumbledore, se demanda Patmol, il n'avait aucune intention de…

°O°O°O°O°

« Le testament des Potter est très clair sur la personne qui devait prendre soin d'Harry au cas où ils viendraient à décéder. » soupira Dumbledore. « Si Sirius veut contester l'adoption… »

°O°O°O°O°

Mais il ne voulait pas contester l'adoption, songea-t-il avec agitation.

°O°O°O°O°

« Je suis sûr que vous pouvez vous arranger à l'amiable. » intervint Remus. « Je ne pense pas qu'il… »

« À l'amiable. » se moqua Snape, sa panique augmentant encore d'un cran. « Avec Black. » Patmol lâcha un gémissement et lui poussa la main du bout du museau. Il n'aimait pas l'idée que… Ça attira l'attention du Mangemort sur lui et il se remit légèrement en colère. « Aucun de vous n'a jugé bon de me dire pourquoi mon chien a l'air aussi traumatisé. Je suppose que le fait que le rat de Weasley soit un Animagus explique son obsession pour lui. Mais quel était son rôle dans cette histoire ? Pourquoi est-il… »

Soudain, Snape se figea.

Dumbledore chassa une poussière invisible de sa manche.

Remus inspecta le fond de sa tasse de thé comme s'il souhaitait y lire l'avenir.

Patmol gémit à nouveau et osa toucher sa main de la truffe mais Snape la retira brusquement, le souffle un peu plus court.

« Quelle est la forme Animagus de Black ? »

Personne ne lui répondit.

« Lupin. »

Remus grimaça, laissa son regard se balader partout autour de la pièce plutôt que sur eux, puis soupira. « Un chien. »

Snape le repoussa si violemment que Patmol roula au sol. Il couina, plus par tristesse que par douleur, et s'aplatit par terre, les oreilles basses, la queue rentrée sous le ventre…

Le visage du Mangemort était rouge et il ne semblait pas savoir s'il voulait se mettre en colère ou s'il était trop humilié pour cela ou s'il voulait simplement tuer quelqu'un… À ce stade, n'importe qui dans le bureau ferait probablement l'affaire.

Patmol laissa échapper un gémissement de plus.

« Severus… » hésita Remus.

Mais, visiblement, Snape en avait assez entendu.

Il tourna les talons et quitta le bureau, claquant la porte derrière lui.

°O°O°O°O°

Il avait su que Snape ne le prendrait pas bien.

Il l'avait su.

°O°O°O°O°

Il se précipita à sa suite, à peine conscient d'avoir repris forme humaine, à peine conscient que c'étaient ses jambes mal coordonnées qui le portaient…

Il rattrapa le Maître des Potions à mi-escalier. « Attends ! »

Il avait honnêtement pensé qu'il devrait lui courir après plus longtemps, il fut donc choqué quand Snape pivota d'un coup, le faisant à moitié trébucher sur la marche derrière lui. Il se rattrapa au mur et cessa de bouger lorsque la baguette en bois sombre fut pressée contre son sternum.

°O°O°O°O°

La situation était tellement terriblement familière.

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« Tu ne me le prendras pas. » siffla Snape. « J'engagerai les meilleurs avocats. Je… »

Il se tut de lui-même.

Probablement parce qu'il savait ce que Sirius savait aussi : après douze années d'emprisonnement à tort à Azkaban, le Ministère allait vouloir étouffer l'affaire et se le mettre dans la poche, donc, en conséquence, il obtiendrait tout ce qu'il voudrait d'eux, Harry inclus. Et c'était sans même mentionner le fait qu'il était un Sang-Pur d'une vieille famille et que les Sang-Purs gagnaient généralement quoi qu'il en soit.

°O°O°O°O°

Putain mais c'était tellement plus simple d'être Patmol.

Les mots se bousculaient dans sa tête, sur sa langue, mais il n'était pas sûr que ce soient les bons.

C'était si compliqué de parler… De…

°O°O°O°O°

Il leva les deux mains devant lui, en signe de reddition.

« Je ne veux pas te prendre Harry. » promit-il. « J'ai vu… Il est bien avec toi. Tu es… Tu t'en sors bien avec lui. »

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Mieux que Sirius n'aurait pu le faire.

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Snape fronça les sourcils, fouillant son regard, cherchant visiblement où était l'entourloupe…

Il n'avait que de vagues bases en Occlumencie mais ça ne l'empêcha pas de sentir l'intrusion.

« S'il te plait… » murmura-t-il. « Je veux juste… S'il te plait… Je suis désolé… Je… »

Snape fit un pas en arrière. Il ne baissa pas sa baguette mais, au moins, elle n'était plus enfoncée dans sa chair.

« Tu as besoin d'un Médicomage, Black. »

L'idée de se soumettre à un Médicomage le fit frémir d'horreur.

L'idée de devoir remonter dans le bureau de Dumbledore le faisait frémir d'horreur aussi, s'il devait être honnête.

« Je veux rentrer à la maison. » lâcha-t-il. « S'il te plaît, je… »

« La maison. » répéta le Mangemort, dans un sifflement. « Si tu penses… »

« S'il te plaît… »

Il voulut lui attraper le bras, se vit repousser une deuxième fois contre le mur.

Le ricanement de l'homme était haineux, gêné. « Tu t'es bien amusé, j'espère ? Tu t'es bien moqué de moi ? Tu… »

« Non… » protesta-t-il. « Non, ce n'était pas… Je n'avais pas prévu… S'il te plait, je veux juste rentrer à la maison… Ramène moi à la maison… »

« Il n'y a pas de maison ! » explosa Snape.

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C'était trop dur.

Trop dur de trouver les mots.

Trop dur d'affronter son regard accusateur.

Trop dur.

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Sirius redevint Patmol et rampa vers lui en gémissant.

°O°O°O°O°

L'espace d'une seconde, il crut que Snape allait lui donner un coup de pied, comme ce marchand ambulant l'avait fait, quelques mois plus tôt.

Mais la botte de l'homme ne le toucha pas.

« Fais-toi soigner. » cracha-t-il. « Et ne t'approche pas d'Harry. »

Il partit en trombe.

Patmol courut à sa suite.

°O°O°O°O°

Il lui hurla dessus, tenta de lui jeter un stupefix une fois ou deux que le chien évita prestement, essaya de le semer…

Patmol était toujours sur ses talons lorsqu'ils atteignirent ses appartements.

Et se vit la porte claquée à sa truffe.