Temari finissait de se préparer. Elle était contente que Konoha fournisse une chambre aux voyageurs même si elle était petite et d'un confort très sommaire. Elle s'attacha les cheveux et se mit en route pour acheter de quoi tenir deux jours.
Elle voulait aussi passer chez les Nara pour demander à la maîtresse de maison ce qu'elle était censé apporter. (Shikamaru était inutile pour tout protocole civil.) Elle ne voulait pas s'inviter une deuxième fois les mains vides, c'était très impoli. Une fois qu'elle se fut renseigner auprès de Yoshino, elle fit ses courses et rentra à sa chambre.
Elle était toujours surprise d'avoir embrassé Shikamaru. Ce n'était pourtant pas la meilleure période pour se laisser aller à une idylle de ce genre. Elle était venue annoncer que l'alliance était en péril à cause de la méfiance engendrée par cette attaque. Et elle n'aimait pas devoir gérer les criminels de Konoha avec pour seul objectif de rassurer les siens.
Enfin, au moins les trois shinobi avaient pris la nouvelle calmement. Et Shikamaru ne lui en avait pas parlé le soir même donc tant mieux. N'empêche qu'elle n'aurait peut-être pas dû l'embrasser. Elle s'était laissé porter pour ses traits aimants et sa main dans la sienne et ce petit sourire qui semblait lui promettre de fondre de bonheur.
Son invitation avait maintenant une tout autre signification.
La blonde espérait que cela ne serait pas trop gênant. Pitié, faites qu'il n'ait pas l'idée de l'embrasser devant sa famille, elle en mourrait d'embarras.
Elle lut donc jusqu'à ce que l'heure se rapproche et qu'elle se mette en route. Yoshino lui avait dit qu'elle pouvait apporter une entrée ou un dessert et elle avait choisi une entrée. Arrivée, elle trouva Shikamaru nonchalamment assis sur les marches comme s'il l'attendait. Vu le regard qu'il posait sur elle, c'était le cas. Depuis quand ses attitudes molles avaient-elles arrêté de lui courir sur les nerfs ?
— Salut, souffla-t-il en l'observant en contre-plongée.
— Salut.
Ils restèrent l'un face à l'autre pendant de longs instants. C'était intense, intime. Ils se rendaient doucement compte que le moment qu'ils avaient partagé la veille avait bien la même valeur pour l'autre. C'était tellement plaisant de constater que oui.
— J'espère que ce n'est pas toi qui a cuisiné ça, brisa Shikamaru d'une voix moqueuse.
— Si, j'ai même remplacé le sel par du plomb, c'est meilleur pour la santé.
Temari dut abandonner son éventail à l'entrée avec regret, elle retrouva la famille Nara avec enthousiasme. Elle n'avait pas beaucoup d'occasions de discuter avec des habitants de Konoha habituellement. La plupart était réservé avec les ninjas venant de pays étrangers.
Elle fut accueillie dans un joyeux brouhaha, elle n'eut qu'à poser son plat sur la table et profiter du repas.
— J'ai prié pour ton frère, lui apprit Yome en face d'elle.
— Merci beaucoup, il va beaucoup mieux ces derniers mois.
— Shikamaru a dit que ton village allait bien, c'est vrai ?
— Pourquoi je m'amuserais à mentir ? questionna mollement le concerné à sa droite.
— Oui c'est vrai, coupa Temari pour éviter tout dispute. Nous avons l'habitude de vivre avec peu, ça a été un avantage ce coup-ci.
Temari sourit doucement mais elle remarqua que l'oncle Shikatori était bien moins assertif qu'à leur première rencontre. Il avait le regard vide et avait du mal à suivre la conversation. Elle se demanda qui il avait perdu pendant la guerre mais n'osa pas poser la question. La mère de Yome tenait mieux le choc mais elle avait de petits yeux rouges certainement dû au manque de sommeil.
Tout le monde semblait avoir pris dix ans en si peu de temps. Même Yome qui semblait tenir bon avait des moments d'absence pendant lesquels Temari prenait soin de ne pas la déranger.
La discussion roulait facilement, grandement grâce à Yoshino et Shikaku qui se renvoyaient la balle quand leurs invités avaient besoin d'une pause. Ils eurent même l'occasion de louer leur fils qui était adoré par leur Hokage selon eux. Et Temari n'eut aucun mal à les croire : Shikamaru était sobre et efficace, il avait tout ce qu'il fallait pour plaire à Kakashi.
Quand ses parents prédirent son rang de jônin, le fils souffla bruyamment comme si on lui avait demandé de débarrasser la table.
— Je t'en prie Nara, tu n'arrives à berner personne, se moqua Temari devant cette piètre démonstration de désintérêt.
— Tu peux parler, tu es déjà jônin.
Yome sauta sur l'occasion de questionner davantage leur invité :
— Comment tu as été promue ? C'était il y a longtemps ?
— C'était il y a un peu plus de deux ans, j'ai protégé mon frère, le Kazegake d'une tentative d'assassinat. Tout simplement.
Elle vit du coin de l'œil son ami sourire – peut-être devrait-elle le nommer « petit-ami » maintenant. Peu importe son air moqueur, elle n'allait pas détailler les événements à un dîner de famille. Elle ne voulait pas choquer ni même repenser à ces sordides complots.
— Et ça te plaît ? C'est difficile ?
— Ça a été un grand pas mais je suis contente de l'avoir fait. C'est beaucoup de responsabilités mais je suis satisfaite de pouvoir donner plein d'ordres, allégea Temari devant les regards attentifs.
— J'aimerais bien avoir ça aussi, soupira Yome s'attirant le regard déjà agacé de sa mère. J'ai reçu une invitation pour l'étude mécanique à Nohau mais maman ne veut pas me laisser y aller.
— Ça semble intéressant, c'est loin ?
— C'est à deux jours de marche et elle serait complètement isolée : nous ne connaissons personne là-bas. Ce n'est pas le moment.
Temari reconnut le ton stricte de la mère qui n'appelait aucune discussion mais d'un autre côté, elle voyait le regard suppliant de l'adolescente. Elle se doutait qu'elle avait tout essayé pour convaincre sa mère mais que ses arguments avaient dû passer à la trappe à cause de son jeune âge. Il n'en fallut pas plus pour prendre sa décision :
— Donc c'est une opportunité si je comprends bien ?
— Y'en aura d'autres, soupira l'oncle d'une voix bourrue avec ennui.
Yome s'insurgea aussitôt, soulignant qu'elle risquait de perdre sa place et que si elle était trop âgée, elle ne serait jamais acceptée. La kunoichi était touchée de la voir si investie et elle se dit que ça valait une petite dispute si besoin.
— Deux jours, cela peut sembler loin mais pas tant que ça. C'est dans le pays et ça lui permettra de grandir et d'apporter à son tour sa pierre à l'édifice.
— Elle a quinze ans, c'est trop jeune. Et nous venons de vivre une guerre, ce n'est pas le moment de s'éparpiller.
— Si c'était vraiment ça, tu serais venue avec moi plutôt que de me retenir ici ! explosa Yome avec colère. Tu parles toujours de faire au mieux pour la famille mais tu fais uniquement ce que tu préfères. D'ailleurs, je te parie que papa aurait été d'accord pour que j'y aille.
Shikaku reprit sa nièce sur sa façon de s'adresser à sa mère et Temari attendit qu'il ait fini avant de faire remarquer :
— Ce n'est pas très classe de faire parler les morts Yome.
Elle vit la jeune femme s'empourprer sous la critique mais elle reprit bien vite à l'adresse de la mère :
— Il n'est jamais très bon de laisser la peine ou la peur guider nos choix. Et garder ses êtres chers à proximité n'ait pas toujours le moyen le plus sûr de les garder… proches.
Elle s'attira des regards un peu trop intenses et s'en sentit gênée. Il était trop tard pour faire marche arrière. Temari se sentit particulièrement inquiète de l'intérêt de Shikamaru ayant peur qu'il la questionne tôt ou tard.
— Tu as eu des soucis de famille ? demanda abruptement Yome qui semblait avoir oublié sa gêne…
Jusqu'à ce que le regard de Temari revienne sur elle et qu'elle rougisse brutalement. La kunoichi mit un peu de temps avant de répondre, ne sachant pas ce qu'elle avait envie de partager mais elle se dit que finalement, un exemple vaudrait mieux qu'une abstraite leçon :
— Notre père s'est beaucoup occupé de nous lorsqu'il était en vie, mais c'était une relation à sens unique. Malgré tout le temps investi, c'est quasiment un inconnu à nos yeux.
Rien qu'évoquer son paternel faisait monter la tension de Temari et malgré ses efforts pour se contrôler, elle n'était pas satisfaite de sa performance. Elle se sentit infiniment soulager quand Shikamaru prit la parole attirant les regards sur lui :
— Je pourrais passer à Nohau de temps en temps vérifier que tout va bien.
— On en rediscutera, éluda la mère du bout des lèvres, beaucoup moins rigide que quelques instants plus tôt.
En réponse sa fille lui offrit un court câlin, s'excusant d'avoir évoqué ainsi son père. Cela acheva d'alléger l'ambiance et le repas reprit. Elle prit soin d'éviter de se faire de nouveau remarquer, elle n'avait ni envie de parler d'elle, ni de s'attirer une réputation de grande gueule. Elle était toujours inquiète que son comportement ait des conséquences sur son village.
Alors qu'elle déclinait la proposition de dessert, Shikamaru lui proposa de visiter un peu ce qu'elle accepta sans façon. Ils partirent sous les regards plein de sous-entendus des adultes mais il n'y eut aucun commentaire.
Shikamaru l'emmena en premier dans la bibliothèque qui était toute proche. C'était une grande pièce avec un espace de lecture, un bureau et des allées de bouquins. En passant les titres en revue, elle en trouva beaucoup qui traitait du corps humain, de la flore, et de biologie. À peine deux étagères supportaient des livres de fictions.
— On va voir ta chambre maintenant, ordonna Temari la voix joueuse.
Elle était persuadée qu'il allait refuser mais il haussa les épaules et lui indiqua la direction. Sa curiosité grimpa en flèche et elle observa chaque recoin de la chambre. Il fallait reconnaître qu'il n'y avait rien de très remarquable. Le bureau croulait sous les vêtements comme s'il était jamais utilisé. Le lit était fait au carré et quand elle l'interrogea du regard, il reconnut que c'était l'œuvre de sa mère.
Incapable de se retenir, Temari se pencha pour regarder sous le lit. Rien de rien.
— Où caches-tu tes magazines ? soupira-t-elle en se laissant tomber sur le matelas. Le placard semble bien trop éloigné du lit.
— Je n'ai pas de magazine de ce genre. S'il te plaît ne t'assied pas ici.
— Parce que c'est ton lit ? le charria Temari trop heureuse de voir sa bouille pleine de gêne.
— Oui, exactement pour cela.
Temari se leva, abrégeant ses peines. Ils sortirent discrètement dehors et s'enfoncèrent dans la forêt.
— Quand nous sommes revenus, raconta doucement Shikamaru, une partie de la forêt était en cendres. C'est stupide mais après les pertes humaines, ceux qui avaient succombé à leurs blessures, et l'incertitude de comment survivre, ça a été comme le coup de grâce.
— Cette forêt est spéciale ? questionna l'invitée qui sentait qu'elle manquait quelque chose.
— C'est celle du première Hokage, son premier lègue, le plus durable. C'est comme si son esprit veillait sur nous. Et nous avons été incapable de protéger cela.
Le ton sévère de Shikamaru ne la surprit pas elle aussi avait tendance à être une dure critique surtout lorsqu'ils échouaient à la protection du village. Et cela peu importe qui était la victime. Si elle avait voulu l'apaiser, il ne lui en laissa pas le temps :
— La forêt n'a même pas eu besoin de nous pour se soigner. Elle s'est reformée et je pense que c'est le meilleur présage qu'on aurait pu avoir.
Temari sourit face à cette note d'espoir. Elle se disait aussi qu'elle était supposée le prendre dans ses bras ou l'embrasser mais elle n'avait aucune idée de comment franchir naturellement cette distance entre eux. Elle espérait que cela était dû à sa retenue automatique et non à une quelconque gêne.
Toujours affalé sur le tronc dans son dos, Shikamaru reprit, sans la regarder :
— J'ai repensé à hier, (Il lui jeta un rapide regard pour qu'ils soient bien sûr qu'ils pensaient à la même chose.) ça va être galère d'être aussi éloigné.
Temari sentit son sang se glacer devant une perspective si radicale.
— Donc ?
Il eut l'air gêné, ce n'était pas plus rassurant.
— Donc, est-ce que tu veux tenter quand même ?
Elle ne put s'empêcher de sourire finement. Alors il y avait pensé, rassurant. Sans doute était-ce un signe qu'il se projetait au moins un peu dans le futur à ses côtés. Et puisqu'il était connu pour cogiter, elle se disait qu'il avait certainement déjà fait son choix.
— Si ce n'était pas le cas, je ne t'aurais pas embrasser.
Shikamaru ricana sans se retenir :
— Je vois. Encore la politique du « toujours préparé ».
— Tu n'as pas répondu de ton côté, fit remarquer sa copine qui n'avait pas l'esprit à répliquer.
Ça eut au moins le mérite de lui couper le chiquer. Il acquiesça fermement et tendit le bras pour lui prendre la main.
— Je pensais que l'on pourrait reprendre nos échanges par lettre du coup.
— Je pensais la même chose, abonda Temari un sourire dans la voix.
Elle sentit son cœur battre plus fort lorsqu'elle vit ses yeux pétiller joyeusement et son corps se pencher vers elle pour lui offrir un baiser. C'était léger, rien qu'une seconde collés l'un à l'autre. Mais c'était réel et elle sentait la joie que cet instant lui avait procuré.
— Tu ne m'as pas montré le plus important, fit alors remarquer la blonde alors qu'ils reprenaient une distance plus conventionnelle.
— J'ai aucune idée de quoi tu parles, dut-il avouer devant son air joueur.
— Ton jardin à nuage.
Il s'esclaffa bruyamment arguant que cela ne s'appelait pas ainsi. Il la conduisit néanmoins à un nouvel endroit : le toit d'une petite dépendance néanmoins relié à la maison. La pente était douce et ils purent s'allonger et observer le ciel. Temari reconnut intérieurement que cela était plus confortable que ce qu'il n'y paraissait.
— Je ne comprends toujours pas l'intérêt d'observer le ciel pour ses nuages, murmura-t-elle en observant le ciel parsemé de gris.
— Ça me calme. Je les vois et je me rappelle que tout ce qui m'a l'air capital à l'échelle de ma vie, n'est qu'une brise à l'échelle du monde. Et ça me détend.
— Ça fait sens. Enfin, je crois.
Elle voyait comme les nuages étaient loins d'eux et insensibles à leur état d'âme. Peut-être même qu'elle se sentait un petit peu insignifiante malgré toutes ses capacités, tout son pouvoir décisionnaire. Ça lui rappelait la première fois qu'elle avait trouvé un squelette dans le désert.
Les os étaient blancs, presque brillants, étrangement doux. Les vents et le sable l'avaient comme poli délicatement, année après année. Et ce jour-ci, elle avait été incapable de déterminer qui était cette personne. Un ennemi perdu dans l'immensité sableuse. Un marchant handicapé par une blessure. Un ninja laissé à l'abandon. Toute sa vie lui avait semblé vide de sens ce jour-là.
— J'ai été surpris que tu prennes le partis de Yome tout à l'heure.
— J'ai été surprise que tu ne l'aies pas fait avant, renvoya Temari.
Elle avait bien remarqué qu'il n'avait pas du tout semblé surpris de la discussion, et même sa proposition finale était certainement quelque chose de réfléchi – tout était toujours réfléchi de sa part. Et pour le coup, elle ne comprenait pas pourquoi il n'avait pas défendu le partis de sa cousine plus tôt, sa voix aurait eu du poids.
— C'est toujours des discussions merdiques et chiantes, fit valoir Shikamaru d'une voix ennuyée.
— Donc tu parles pour briser les rêves des gens mais pas pour les soutenir, conclut sa petite-amie avec cynisme.
Elle vit ses yeux s'agrandir alors qu'il se rappelait lentement à quoi elle faisait référence. Lorsqu'ils étaient jurés de l'examen chûnin ensemble, il avait parlé trop abruptement à une candidate ce que Temari n'avait pas cautionné. Il s'était déjà pris une remarque ce jour-là mais elle n'avait aucun scrupule à remettre le sujet sur la table. Et elle espérait qu'il ne lui sorte pas la même excuse qu'à l'époque, à savoir « c'est que des mots ».
— Tu y accordes vraiment autant d'importance que cela ? questionna-t-il avec intérêt.
— C'est par principe, assura Temari. Est-ce que tes parents t'ont déjà interdit de faire une mission ?
— Bien sûr que non.
— Pour elle c'est pareil, c'est une opportunité de faire ses preuves, d'apporter quelque chose de son fait à son village, à son pays. Je trouve irrespectueux de ne pas la laisser faire.
— C'est quand même une civile et je me vois pas assurer à sa mère qu'elle ne risque rien à partir aussi loin.
— Comme tu ne peux assurer à personne qu'il risque rien en se douchant et pourtant on ne va pas se mettre à interdire aux gens de se doucher.
L'exemple fit grandement sourire Shikamaru qui lui offrit un regard amusé.
— Je suivrai l'histoire, tu en auras le mot final dans une lettre.
Ils restèrent encore un peu à contempler le ciel mais Temari sentit ses jambes la démanger et lui demanda s'ils pouvaient y aller. Ils saluèrent la famille qui discutait autour d'une partie de shogi et se mirent en route pour la tour du Hokage.
Arrivés là-bas, un genin fonça droit sur eux.
— Shikamaru-sempaï, une missive du Hokage !
L'adolescent repartit aussitôt et Temari fit remarquer :
— On te donne du « sempaï » maintenant, t'es vraiment un ancien.
Shikamaru secoua la tête, lisant du même coup le missive. Sa voix portait un vent de panique lorsqu'il ouvrit la bouche :
— Il faut qu'on aille rapidement voir Kakashi, ce que tu craignais c'est produit.
Temari écarquilla les yeux comprenant qu'une attaque similaire à celle qui avait visé Suna avait dû être orchestrée. Elle pensa à Naruto, espérant qu'il tiendrait le coup. Elle sentait ses méninges tourner au maximum en pensant à ce qu'ils pouvaient faire pour protéger la première grande alliance shinobi.
