Shikamaru était surpris d'entendre les cris de Naruto en franchissant la porte. Ils avaient vraiment bien revu l'isolation du bureau du Hokage. Son ami militait pour que son supérieur le laisse se rendre à Iwa pour régler la situation. Il assurait qu'il serait capable de calmer le Tsuchikage et son conseil.
Kakashi rétorquait qu'il en était hors de question et répétait d'une voix lasse qu'ils n'avaient pas assez confiance en Iwa pour le laisser effectuer ce voyage. Ce serait se jeter dans la gueule du loup. Qu'ils pourraient décider de l'éliminer en représailles. En voyant Sai refrénait un baillement discrètement, Shikamaru se dit que la discussion devait tourner en rond depuis un petit moment.
Naruto mit du temps à se rendre compte de la présence du duo mais dès que ce fut fait, il les prit à partis :
— Expliquez lui pourquoi je dois voir le Tsuchikage ! On ne peut pas laisser la situation s'envenimer !
— Tu veux dire comme dans le cas où tu es assassiné par des ninjas d'Iwa.
La réponse de Temari ne lui plut pas donc il se tourna vers son ami.
— Désolé mais la situation est trop délicate pour que tu fonces dans le tas. Sai tu as trouvé quelque chose ?
Naruto grogna mais leur ami put enfin s'exprimer :
— Il semble y avoir un groupe de ninjas de Konoha très remontés contre les récentes décisions concernant Naruto et en particulier le rôle qu'il a joué pendant la guerre. La plupart sont des gens mécontents mais certains parlaient de passer aux actes et ils étaient très impatients de voir les résultats des deux premières attaques.
Shikamaru fixa le bureau en bois massif du Hokage le regard vide. La guerre avait causé bien plus de tension et de scission que prévu. Un nombre important de ninjas avait refusé de se battre pour protéger les hôtes et cela avait malheureusement allongé la durée de la guerre. Par contre il ne voyait pas quels actes de Naruto auraient pu pousser ces dissidents à la rébellion.
— J'ai fait tout ce que j'ai pu pour aider ! s'insurgea Naruto rudement. Qu'est-ce qu'ils ont à reprocher à ça ?
— Ce n'est pas ce que tu fais le problème, clarifia le Sixième du Nom, c'est ce que tu représentes. Le fait que certains ninjas ait un statut spécifique, qu'ils ne soient pas considérés comme sacrifiable, ne leur plaît.
— C'est ça, abonda Sai. Pour eux, on aurait dû assassiner les hôtes et renoncer aux démons à queues. D'autant que maintenant que vous avez démontré votre puissance, ils ont peur que vous imposiez vos volontés y compris en usurpant le pouvoir et l'autorité des Kage.
Naruto écarquilla les yeux en apprenant cette nouvelle. Shikamaru aussi était surpris : fréquentant toujours les mêmes collègues, il lui paraissait aberrant que certains aient des idées si extrêmes et apeurées. Quand il pensait aux efforts que Naruto avait fait pour être considéré comme un shinobi de Konoha, une personne de valeur sur qui on pouvait compter. Et maintenant qu'il avait atteint son but on lui renvoyait qu'il était devenu « trop » puissant ? Quel hypocrisie !
Pourtant, Shikamaru se sentait coincé. Sai continuait sa description du groupe et il ne voyait pas comment les coincer ni leur faire payer leur traîtrise. Les ninjas qui avaient activement participé pourraient toujours être sanctionnés mais ceux qui s'étaient contenté d'un soutien s'en tireraient. Cette perspective était loin de le rassurer.
— Alors qu'est-ce qu'on fait ?
— Je discuterai de la situation avec Iwa avec le Conseil. En attendant, Naruto une équipe réduite sera chargée d'assurer ta sécurité. Sai continuera sa mission d'infiltration. Vous pouvez y aller tous les deux.
— Kakashi-senseï laissez-moi vous aider, insista Naruto avec émotion.
— La meilleure façon est de suivre mes ordres. Je te donnerai bientôt une mission, laisse-moi un peu de temps.
Naruto acquiesça mollement avant de sortir, épaulé par son coéquipier.
— J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit hier, commença le Hokage à l'attention de la blonde. Je ne suis pas en mesure de faire des objections au fait que vous déteniez nos ninjas. Mais c'est temporaire et il est évident que ce sujet sera abordé au Sommet et que nous comptons récupérer les criminels. Je compte sur Shikamaru pour nous faire une brillante proposition qui mettra tout le monde d'accord.
Le concerné grimaça en apprenant cette mission supplémentaire. Temari hocha sobrement la tête. Le sommet aurait lieu dans quatre mois et réunirait les Cinq Kage des principaux villages ninjas. Naruto n'était pas très content que les villages ninja mineurs n'y aient pas leur place.
Temari informa le Hokage de ce que vivaient ses ninjas en détention. Elle précisa qu'ils étaient traités comme n'importe quel criminel de Suna. Elle évoqua quelques autres discussions en cours entre Konoha et Suna mais partit assez rapidement.
Shikamaru resta, les mains dans les poches, conscient que son Hokage ne s'était pas encore adressé directement à lui.
— Je ne veux plus être surpris par les possibles agissements de nos troupes, commença-t-il calmement. Je veux que tu établisses un rapport exhaustif de comment un ninja pourrait nuire à Konoha pour que nous puissions classifier les éléments à risque. C'est dans tes cordes ?
Même s'il sentait les difficultés à des kilomètres à la ronde, il acquiesça fermement.
— Parfait. Est-ce qu'être jônin spécialiste t'intéresserait ? Parce qu'une promotion pourrait te tomber dessus sous peu.
— Je suis dans la course, assura Shikamaru.
Au sortir du bureau, Shikamaru se demanda si Temari était encore dans les parages. Elle partait bientôt et il aurait voulu rester encore un peu en sa compagnie. Heureusement, il la trouva dans un des bureaux vides qu'on laissait aux ninjas pour rédiger leur rapport. Elle devait préparer son rapport pour son retour, le lendemain.
— Tu es prête pour le trajet du retour ? questionna-t-il dans un souffle.
— Bien sûr, et ce sera bien plus rapide qu'avec le convoi.
Ils retombèrent dans le silence, chacun à ses écrits. Shikamaru commençait à peine à dresser les contours de ses deux missions. Il voulait faire les choses bien mais était un peu impressionné par l'ampleur de ses tâches. Il savait que mille questions tourneraient encore et encore dans son esprit pendant des semaines voire des mois.
L'idée que s'il ne trouvait pas d'assez bonnes solutions, son pays risquerait de se refermer sur lui-même, d'être hostile aux autres nations ou de s'entre-déchirer lui glaçait le sang. Il savait que dans une situation comme celle-ci, son couple bégayant volerait en éclat. Ça lui faisait peur. Il tenait à ce petit bout, il tenait à Temari. Mais il resta obstinément silencieux.
Après deux heures de travail, ils choisirent d'arrêter là et de profiter du reste de temps qui leur restaient ensemble. La météo était toujours aussi passable, Temari lui proposa de profiter de la chambre qu'on lui avait confié.
Le jeune homme eut besoin d'un effort particulier pour ne pas rougir à cette idée. Il n'allait pas dans les chambres des filles, jamais. Et même si avec le temps, des piques d'intérêt étaient apparus ci et là, ils ne s'étaient jamais rapproché ainsi de quiconque. Alors il se savait pas à quoi s'attendre pour cette invitation.
Heureusement, au fur et à mesure que le temps s'écoulait, le Nara s'aperçut qu'aucune attente particulière ne collait à cette invitation. Ils s'étaient assis avec le lit comme table, avaient joué à des jeux stratégiques de cartes, avaient discuté de livres, avaient échangé des piques d'une voix faussement désintéressée. Ce n'était pas si différent que de lui tenir compagnie dans une salle de réunion ou dans la rue.
C'était aussi grâce à la personnalité carré de Temari : rien ne dépassait dans sa chambre. Il n'y avait pas de vêtements qui traînaient, pas de vaisselle, pas de saletés. Shikamaru ne savait pas comment elle faisait pour tenir dans un lit si exiguë mais à ses yeux, elle assurait.
— Est-ce qu'on se verra au Sommet ?
La question le prit de court, ils avaient sagement contourné les sujets diplomatiques durant tout l'après-midi.
— Je pense, il y a des chances que je sois affecté.
Le lieu du sommet était encore inconnu car les Kage voulaient l'annoncer au dernier moment pour des raisons de sécurité. Aux yeux de Shikamaru, ce n'était pas une protection de trop.
— Avec tout ce qu'il se passe ces derniers temps, cette réunion va être déterminante.
Il ne savait pas pourquoi elle lui disait quelque chose d'aussi évident mais abonda d'un hochement de tête. Peut-être était-ce l'inquiétude qui parlait. Après tout, elle aussi avait de lourdes responsabilités. Il lui prit de nouveau la main, désireux de montrer son empathie.
— Est-ce que tu restes dormir ce soir ?
Shikamaru cligna des yeux face au changement de sujet, il regarda rapidement le lit et la réponse lui vint immédiatement :
— Non, pas ce soir.
Elle hocha la tête et lui proposa une dernière partie de cartes. Ils jouèrent autant de temps qu'ils le pouvaient avant de se quitter sans savoir quand ils se reverraient. Le jeune couple s'accorda juste le temps d'un voluptueux baiser, qui sembla leur briser le cœur à sa fin.
Shikamaru grimaça en se levant. Il n'était pas sûre d'avoir assez dormi. Il se sentait mou et son passage à la salle d'eau ne l'aida pas à sortir des limbes. De toute façon, toutes les journées étaient mauvaises ces derniers temps.
Il passait un temps fou à étudier des archives (celles qui n'avaient pas été perdues ou détruites) pour se faire une idée plus précise de ses missions. Il avançait horriblement doucement et ces lectures lui minaient le moral ce que n'appréciaient pas forcément ses parents.
Et son humeur ne s'améliora pas quand Chôji passa sa tête dans une des salles d'étude pour lui demander s'ils pouvaient se voir dans la soirée. Son instinct lui disait que rien de bon ne se tramait (Chôji ne l'aurait pas dérangé autrement). Incapable de rester enfermé entre quatre murs plus longtemps, il enroula les parchemins, les mit dans une besace et partit sur le toit qu'il affectionnait dans.
Les yeux sur les nuages qui roulaient au loin, il laissa la nature le détendre et balayer son exaspération. Plus serein, son esprit parvint à monter des scénarios plus tordus les uns que les autres des façons dont un ninja pourrait nuire à son pays. Il avait défini plusieurs catégories et tentait de tester leur robustesse en imaginant des scènes farfelues.
À côté de ça, il avait beaucoup de mal à définir comment juger les criminels ninja qui n'agissaient pas conformément aux directives ou contre leur pays. Habituellement, tous les ninjas voyaient leurs actes couverts et assumés par leur chef de file. Cela permettait de protéger les ninjas car les assassiner équivalait à une agression contre le pays entier. L'idée que les ninjas puissent être désavoué à n'importe quel instant allait saper la loyauté des troupes.
Cette question resterait sans réponse aujourd'hui encore. Fatigué, Shikamaru alla ranger ses travaux à l'abri dans la tour du Hokage. Il se mit en route pour la maison des Akimichi et trouva son ami qui mettait la table :
— Je suis passé au restaurant, j'ai pu avoir de la nourriture.
Shikamaru le remercia d'un signe de tête et entreprit de prendre des couverts, des verres et une carafe d'eau. Il avait passé beaucoup de temps dans cette maison lorsqu'il était enfant. Ils s'assirent tous les deux et commencèrent à manger.
— J'ai croisé Ino aujourd'hui, l'informa Chôji. Elle a une sale tête, elle passe encore tout son temps à réparer les blessures mentales de la guerre.
L'idée même déprimait Shikamaru qui hocha mollement la tête. Il remplit la conversation en évoquant Kurenaï et Mirai qu'il était passé voir la semaine dernière. Quand le Nara eut fini son repas, il patienta tranquillement laissant son ami manger jusqu'à plus faim.
— Je vais quitter Konoha pour Kumo, lâcha-t-il abruptement. Ce sera une mission d'au moins six mois, plus si je fais du bon travail.
Shikamaru resta obstinément silencieux alors que son ami donnait plus de détail sur sa mission :
— Je serai ambassadeur, comme Temari à l'époque. Kakashi-senseï trouve que c'est une bonne façon d'établir un dialogue avec les pays alliés et ça permet d'avoir bien moins de latence dans les discussions. Je pars dans trois jours pour arriver à temps pour m'intéresser au Sommet et à leur point de vue. Ça va vraiment être un défi pour moi, sourit Chôji, j'ai hâte de faire mes preuves.
Chôji lui parlait avec un enthousiasme rare de sa part. Il ne savait pas ce qu'avait dit Kakashi mais cela avait fonctionné. Il repensa à Asuma-senseï et à quel point il était agacé de leur manque d'ambitions. Cela avait changé pour l'Akimichi. Pour chacun d'entre eux finalement. Et ils ne sauraient jamais si c'était à cause de la guerre ou de la maturité.
— Ça va faire bizarre que tu ne sois plus dans les parages… Enfin tu reviendras quand la situation sera stable.
Ils échangèrent un sourire crispé. Même si Shikamaru faisait de plus en plus de mission seul, il restait à Konoha et n'avait pas l'impression de vivre de grandes aventures comme à l'époque. Le départ de Chôji lui mettait un coup supplémentaire au moral il était son coéquipier de toujours et l'idée de ne pas pouvoir l'appeler à l'aide à n'importe quel moment le mettait curieusement mal à l'aise.
Ils prolongèrent la soirée, dans l'unique but de prolonger le temps passé ensemble. Trois jours plus tard, Chôji s'en allait avec juste un sac à dos et Shikamaru restait là à observer son dos s'amenuiser jusqu'à n'être qu'un point à l'horizon. Il pensa qu'il pourrait en parler à Temari mais il n'avait aucune idée de comment le lui dire. Il ne savait même pas précisément ce qu'il ressentait.
Alors qu'il s'était levé tôt pour rejoindre Saï, il eut droit à quelques réprimandes maternelles sous la passivité agaçante de son père qui s'excusait. Il étouffait de toutes ses forces le juron qui le démangeait. Il lui fallait une diversion et elle vint presque en un éclair de génie.
— Au fait, puisque vous êtes là, vous vous souvenez de Temari ?
Ses parents hochèrent la tête, surpris que ce nom apparaissent aussi soudainement.
— Bah je sors avec.
Un coup d'œil à leur visage lui faisait comprendre que même si la nouvelle n'était pas une surprise complète, elle n'était pas accueillie avec beaucoup de joie.
— C'est… curieux, hésita sa mère avec un calme précautionneux. Est-ce que c'est sérieux ? Ça risque d'être compliqué.
— Je vois pas pourquoi, buta le fils qui étouffait maintenant son agacement.
— C'est une kunoichi. D'un autre village. Faut faire des liens, railla-t-elle avec agacement. On ne sait même si Suna est un allié fiable.
Shikamaru débarrassa ses couverts et sortit de table en soufflant juste :
— Ouais, bah maintenant vous savez.
Il détestait quand sa mère mettait le doigt sur ses inquiétudes. Il repensa au Sommet, il ne restait que quatorze semaines. Ça semblait long mais c'était une fausse impression. Il fallait qu'il avance assez dans les missions que Kakashi lui avaient confiées pour consolider la position de Konoha et l'Alliance du même coup.
Quand il arriva aux portes du village. Saï attendait le regard au loin. Ils se saluèrent et se mirent en route sans un mot. Shikamaru n'aimait pas la mission d'aujourd'hui. Enlever et interroger un ninja de Konoha. Mais il fallait qu'ils mettent la situation au clair le plus vite possible. Saï était parvenu à identifier trois individus considérés comme les leaders du mouvement anti-hôtes et anti-Alliance. Le ninja des forces spéciales avait la tenue calibrée et le masque ANBU.
Une fois qu'ils furent arrivés à une des planques souterraines des forces spéciales, Saï le quitta pour procéder à l'enlèvement. Shikamaru patienta en faisant les cents pas. Ça ne résonnait pas, c'était que de la terre battue. Tous les sons semblaient se faire absorber. C'était vraiment une pièce conçue pour la torture.
Dégoûté, le chûnin se concentra sur les informations qu'il devait parvenir à récupérer. Il essaya de ne pas penser à l'ensemble des conséquences que cette mission pouvait porter. Il devait être entièrement dédié au moment présent, à ce qui lui était possible.
Saï revint portant adroitement un jônin spécialiste qui était immobile. Dès qu'il l'attacha à la chaise, les signes du sceaux s'illuminèrent pour témoigner de son activation. Génial, un sceau par extorsion sur une victime droguée, ça mettait la bonne ambiance. Saï se posta derrière leur victime, hocha la tête à son attention puis cessa complètement de bouger.
À lui de mener l'interrogatoire.
C'était de sa faute de toute façon : Kakashi lui avait offert la possibilité de se défiler mais il ne l'avait pas saisie. Il n'avait plus qu'à jouer son rôle :
— Salut, vous m'entendez bien. (La jônin captive hocha la tête.) Naruto n'est pas vraiment content que vous savoir en train d'utiliser son nom pour vos conneries. Du coup il m'a envoyé savoir qui vous êtes pour vous attaquez aussi sournoisement à lui. Vous savez, son démon est plutôt en colère…
