Chapitre I : Chavo.

Le Pensif, le Légilimens qui d'un regard sait tout,

N'oublie jamais ce que l'on se susurre en soi.

Il a en plus de ces précieux atouts,

Les connaissances et le pouvoir d'être Roi.

Tout savoir, sans surprise, signe souvent la fin des illusions.

C'est sagesse surprenante que de savoir en faire un don.

Encore lui faut-il pour lui savoir attendre,

Trouver les failles des autres et les apprendre,

Dévoiler ces blessures et les comprendre,

Pour à jamais pouvoir s'en défendre.

Insensiblement séduit-il, sans s'en soucier.

Semble-t-il sympathique qu'il est prêt à attaquer.

Note au Don n.1 des annales du Codex de Serpentard

Mars 1966.

—Cela faisait bien des années que nous ne nous étions vus, n'est-ce pas Edward ?

—C'est Eddy.

Albus Dumbledore vrilla ses pupilles bleutées sur lui. Il y avait dans le regard bleu électrique du vieil homme autant de douceur que de fermeté. Résolu à ne pas craquer, Eddy le soutint quelques instants avant de devoir abandonner. Ainsi il avait l'impression d'être totalement mis à nu. Aussi, il baissa les yeux et se dandina maladroitement sur son siège.

—Très bien, Eddy, reprit Dumbledore en jouant tranquillement avec deux poils de sa longue barbe blanche. Tu as drôlement grandi. Si je ne m'abuse, la dernière fois que nous nous sommes vus tu n'avais pas encore ta baguette.

—Pour ce qu'elle sert, rétorqua Eddy avec colère.

Des sifflements accueillirent sa réponse. Dans le bureau du directeur de Poudlard, les tableaux des anciens directeurs houspillaient son manque de respect de commentaires sirupeux, tout simplement choqués de son affront. Eddy les vrilla d'un regard noir comme si à fixer ces coups de pinceaux barbouillés dans des toiles il parviendrait à en effacer leurs occupants.

Dumbledore émit une petite toux pour focaliser son attention sur lui, alors l'adolescent en serrant les dents le laissa enchaîner.

—Après ton renvoi d'Ilvermony, ton ancienne directrice m'a fait parvenir ton dossier. Newt m'avait déjà prévenu, mais ton caractère est toujours si impétueux. J'y lis plusieurs fugues, de multiples bagarres avec tes anciens condisciples, insolence, dégradation de matériel scolaire… Est-ce que je dois continuer ?

—Non, murmura Eddy d'une petite voix en cherchant à se ratatiner sur son siège.

Chaque élément de son dossier était plus éprouvant à entendre, comme s'il entendait le compte rendu de procès d'un personnage diabolique. Mais non, ce n'était que lui, la colère et la honte se disputèrent la faveur dans sa tête en songeant à quel point Newt et Tina avaient été désappointés de son renvoi. Mais qu'auraient-ils pu attendre d'autre de sa part ?

—Non, monsieur, corrigea doucement Dumbledore. J'ai conscience de ta particularité et d'à quel point il est difficile de l'appréhender, néanmoins ces erreurs commises outre-atlantique ne peuvent advenir ici si tu souhaites continuer ta scolarité parmi nous.

Eddy ne comptait suivre sa scolarité nulle-part à vrai dire, mais selon la loi des sorciers il devait avoir une éducation magique pour le peu qu'elle servirait avec lui. Tina et Newt n'avaient pas pu l'emmener avec eux.

Ils étaient partis pour la mer du Japon quelques heures plus tôt après l'avoir déposé dans le Poudlard Express et s'être assurés qu'il était bien dedans au moment où celui-ci démarrait. Ses gardiens depuis son enfance avaient proposé Poudlard comme solution de repli après son renvoi et Eddy s'y était plié bon gré malgré. Il n'en pouvait plus d'être un poids. Dumbledore eut l'air de deviner ses pensées car il embraya :

—Une nouvelle chance s'ouvre à toi désormais. Je me souviens du petit garçon que j'ai quitté il y a quatre ans, c'était un enfant triste, mais bon. Ce petit garçon est encore là, en dépit de cet air renfrogné que tu affiches.

Eddy se contint pour cacher son demi sourire ironique à l'entente de ces mots niais, puis voyant l'air sérieux qu'affichait Dumbledore, sa posture ironique s'affaissa.

—Je… je ne veux pas causer de problème, murmura-t-il finalement. Je vais finir l'année. Je ne veux plus embêter les Scamander, ils ont déjà tellement de choses à gérer…

—Et bien voilà un fait établi. Le dîner ne devrait pas tarder, je vais t'emmener de ce pas dans la Grande Salle pour ta répartition. Newt t'a parlé de notre système de maison, n'est-ce pas ?

Eddy hocha vaguement la tête alors que délicatement Dumbledore se levait de l'espèce de trône doré qui lui tenait lieu de siège directorial.

—Je ne t'ai pas demandé, réalisa Dumbledore, comment souhaites-tu être appelé ici ? Eddy Scamander ?

—Non. Eddy Lee, rétorqua Eddy un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Ce sera très bien Eddy Lee, monsieur le Directeur.

L'ajout de politesse élémentaire lui coûta, mais Dumbledore opina joyeusement et le conduisit hors de son bureau. Dehors le soleil s'était déjà couché sur le château, les flammes des torches ondulant derrière leur grillage de fer donnaient une atmosphère lugubre au long couloir qu'ils traversaient.

Des élèves se pressaient dans les couloirs en gloussant, certains jetèrent un coup d'œil à leur curieux duo et chuchotèrent entre eux. Si cela rendit Eddy mal à l'aise, Dumbledore agissait comme si tout ceci était parfaitement normal et marchait tranquillement, les mains jointes devant sa robe de sorcier pervenche.

Après avoir descendus quelques marches, ils étaient devant la Grande Salle alors que s'y pressaient les derniers retardataires manifestement affamés vu leur démarche galopante.

—Suis moi, s'il-te-plait Eddy.

Avec un soupir l'adolescent s'exécuta suivant Dumbledore comme son ombre alors qu'ils pénétraient dans la Grande Salle. Eddy eut alors bien du mal à cacher son admiration à la vue qui se présenta à lui.

La Grande Salle de Poudlard devait être bien deux fois plus grande que le réfectoire d'Ilvermony. Ses hautes fenêtres, son plafond enchanté pour imiter le ciel étoilé et les milliers de bougies flottantes donnaient un air de féerie à la pièce et Eddy dut se forcer à garder la bouche close tant celle-ci s'obstinait à s'ouvrir bouche bée par la majesté des lieux. Il ne se rendit pas tout de suite compte que le professeur Dumbledore avait cessé de marcher et Eddy lui percuta le dos. La Grande Salle explosa en un rire unanime, certains professeurs de leur table souriaient et même Dumbledore eut un gloussement.

Eddy mortifié de honte sous les ricanements d'autres adolescents se sentit devenir rouge brique et fixa ses pieds avec la puissante envie de s'enfuir de la Grande Salle à toute jambe et peut-être même bien de Poudlard. Pourtant avant même qu'il n'ait amorcé le moindre geste pour se dérober, Dumbledore posa une main ferme sur son épaule et s'éclaircit la voix pour faire péricliter les ricanements des élèves.

—Chers élèves, chers professeurs. C'est avec une grande joie que je vous annonce l'arrivée d'un nouveau pensionnaire au sein de notre merveilleuse école. Mr Lee tout juste transféré d'Ilvermony va terminer sa troisième année parmi nous.

Un brouhaha plus curieux cette fois, remplaça les ricanements. Eddy baissa la tête de plus en plus mal à l'aise. Il détestait être le centre d'attention. Dumbledore leva sa baguette et un tabouret et un chapeau pointu rapiécé apparurent sur l'estrade. Alors que Dumbledore s'asseyait à son siège un autre professeur se levait en prenant bien soin de contourner le directeur.

Cet homme là était assez jeune, peut-être une petite quarantaine d'année ou un peu moins, il était grand, brun et élancé. Son visage pâle et creusé arborait une expression étrange quand il posa ses yeux sur Eddy, un bizarre mélange de curiosité et de mépris. Il leva le chapeau, Eddy l'observa faire, interdit. Il sentait les regards de ses futurs condisciples sur sa nuque, les yeux bleus du directeur qui le jaugeaient et il y avait les deux orbes sombres de ce professeur et à nouveau l'envie de prendre ses jambes à son cou se fit plus féroce encore. Peut-être que s'il détalait à toute allure et s'enfonçait dans la forêt interdite qu'il avait vue en arrivant personne ne le retrouverait ? Il serait tranquille et ne poserait plus de problème à Tatina et Newt ?

Veux-tu bien t'asseoir sur ce siège ? siffla le professeur brun d'une voix exaspérée. Nous n'avons pas toute la nuit.

À nouveau quelques rires se firent entendre mais moins nombreux cette fois. Alors Eddy en se retenant de lever les yeux au ciel s'exécuta et sans ménagement l'autre professeur lui enfonça le tissu rapiécé sur le crâne.

—Tiens… tiens, entendit-il murmurer le Chapeau à son oreille. Un nouveau petit sorcier en pleine année scolaire. Ce n'est pas courant. Le choix est difficile, très difficile… Un petit ćhavo particulier, très particulier même.

—Vous… vous parlez romani, bégaya Eddy dans cette même langue, trop interloqué pour jouer la forte tête.

—Crois-tu être le premier gitan à avoir étudié entre ces murs, mon garçon ? répondit le Choixpeau d'une voix rocailleuse en romani. Tu es le premier dans ton genre ça je le reconnais. Tu as un esprit de corps et une loyauté propre aux tiens qui irait bien à Poufsouffle, une forte tête de Gryffondor… mais je crois que la bonne voie serait bien… SERPENTARD.

Quelques applaudissements secs furent adressés à l'annonce du Choixpeau. Le professeur brun lui enlevait le tissu rapiécé de la tête avec de nouveau une étrange expression dans ses prunelles sombres. Eddy n'en tint pas compte, il contourna le professeur et alla s'asseoir à la table des verts et argent où il reçut des regards entre curiosité et animosité. Eddy dépassa ces regards là comme on franchit une brume d'été, lourdement, car ce que lui avait dit le Choixpeau résonnait dans sa tête. Il n'était pas le premier sorcier romani à passer à Poudlard. Peut-être que parmi ces illustres noms…

—Oh ? Tu m'écoutes ?

Un claquement de doigt le fit sortir de sa transe, un garçon à ses côtés essayait désespérément de capter son attention. Eddy lui jeta un regard mauvais plus par automatisme que par réel méchanceté mais le garçon le prit pour lui et arbora un air suffisant.

—Je suis Perceval Rosier, ton préfet et capitaine de l'équipe de Serpentard. Je suis censé t'aider à te retrouver dans Poudlard mais si c'est pour recevoir ce genre de regard là, merci bien.

Ce type ne lui plut pas avec son visage rubicond et rougeaud, mais comme il sentait qu'il était le point de mire de sa tablée, il fit en sorte d'arrondir les angles.

—Tu m'as surpris, c'est tout. Je ne suis pas très réveillé, le décalage horaire c'est compliqué.

Cette excuse était bidon mais Perceval sembla s'en accommoder, il lui tendit une main rugueuse qu'Eddy serra. Dumbledore de sa place semblait observer leur échange en sirotant son verre de jus de citrouille et parut approuver. Le choixpeau et le tabouret avaient disparus et le professeur brun reprenait sa place à côté d'un petit sorcier rond à la grosse moustache de morse. Les plats qui étaient apparus embaumaient mais Eddy n'avait pas vraiment faim, il triturait sa cuisse de poulet du bout de la fourchette en se mordant la lèvre. Il était à Poudlard en Angleterre sur les terres de ses ancêtres sans pouvoir vraiment s'en réjouir car il savait bien que le pire était à venir demain avec ses premiers cours.

—Ce n'est pas bien grave, reprit Perceval. Tu as de la chance d'être arrivé chez nous. Nous sommes la meilleure maison tu t'en apercevras rapidement.

—Alors je te crois sur parole, répondit Eddy avec une ironie que Rosier ne nota pas.

—Tu es de sang pur ? demanda impérieusement une jeune fille de son âge assise trois places plus loin aux grands yeux violets et aux cheveux bruns bouclés autour de son visage aristocratique. Je ne connais pas de sang pur du nom de Lee aux Etats Unis.

—Oh mais les Etats Unis sont vastes tu sais, rétorqua Eddy d'une voix nonchalante. Et toi, tu es ?

—Bellatrix Black, rétorqua-t-elle dans un soprano courroucé avant de se mettre à chuchoter à l'oreille de sa condisciple une blonde à lunettes à la mâchoire carrée.

Ce qu'elles se disaient devaient le concerner car en croisant son regard les deux filles étouffèrent un rire dans leur main. Une fille au teint olivâtre plus loin suivait l'échange et jouant avec une mèche de ses longs cheveux bruns.

—Fais pas attention aux sœurs Gorgones, ce sont de vraies pestes, murmura un garçon rondouillard assis à ses côtés après avoir assisté à l'échange. Fais profil bas face à elles et tu seras tranquille. Gwendal Pettigrew se présenta-t-il.

—Ravi, rétorqua Eddy en n'en pensant pas un mot. Les sœurs Gorgone, qu'est-ce que c'est ce surnom ridicule ?

—Si tu t'approches trop d'elles tu sauras que ce n'est pas démérité comme surnom, fit Pettigrew d'une voix tranquille. Je suis moi aussi en troisième année, comme elles, donc il faut bien se serrer les coudes. Black, Skeeter et Jedusor peuvent t'en faire voir de toutes les couleurs si tu les cherches.

Eddy se dit que ce nouvel interdit semblait bien excitant à transgresser, qu'est-ce qu'il en avait à faire d'un trio de gamines capricieuses ?

—Il n'a pas tort, reprit Perceval à voix basse. Tu vois le professeur qui t'a fait passer l'épreuve du Choixpeau ? C'est le professeur Jedusor qui enseigne les Défenses Contre les Forces du Mal et le sous directeur de l'école. Il a deux enfants à Serpentard, Médusa que tu as vu près de Black, pointa-t-il la fille brune aux longs cheveux qui s'était retournée pour apostropher une autre élève, et Salazar

—Et Salazar aimerait manger tranquille Rosier, répondit doucement un garçon brun derrière une petite sorcière blonde.

Ce garçon là était le portrait craché du professeur Jedusor, le même physique élancé et les mêmes traits fins, mais il avait la peau un peu moins pâle et surtout d'exceptionnels yeux bleus. De toute sa vie, Eddy n'en avait jamais vu de tels, on aurait dit deux billes de verre translucide qui les transperçaient silencieusement pour avoir la paix. Salazar Jedusor après cet échange de regard replongea dans son assiette ou plutôt dans le petit carnet sur lequel il gribouillait d'étranges formes sans un mot de plus. Gwendal Pettigrew retint un petit soupir rassuré alors que les desserts arrivaient dans de petits pops légers.

Comme le sucre avait toujours été son pêché mignon, son estomac se rappela à lui. Eddy se servit d'une part de tarte à la mélasse qu'il engouffra avec bonheur. Le sucre calmait ses appréhensions mieux que toutes les paroles qu'avait prononcée Tina ce matin là en le serrant dans ses petits bras de vieille femme. Il mâchonna son bout de tarte et laissant son regard vagabonder dans la Grande Salle, indifférent aux conversations autour de lui. Gwendal essayait de lui parler de quelque chose mais son regard dériva vers la table des professeurs.

Dumbledore était en pleine conversation avec une femme au chignon strict et aux lunettes en triangle et ne prêtait pour le moment plus attention à lui. Ce fut un autre regard qui l'interpella, celui du professeur Jedusor. Le Sous Directeur ne le lâchait pas de ses yeux sombres avec un visage sans expression. Quand leurs regards se rencontrèrent il eut le frémissement d'un sourire avant de prendre à parti le gros sorcier à la moustache de morse assit près de lui.

Ce professeur lui provoquait une étrange impression, aussi Eddy retint un frisson. Il remarqua non loin de là que Salazar Jedusor n'avait rien manqué de l'échange de regard entre son père et lui. Il était silencieux, pensif, une cuillère de flan à la main. Il n'avait même pas constaté que le contenu de sa cuillère s'était déversé sur sa voisine de tablée et quand il s'en aperçut il retourna à son carnet dans un haussement d'épaule sous les cris de sa voisine.

Le repas était fini. Certains s'étaient déjà levés à la table des verts et argents. Perceval Rosier l'interpella pour le conduire vers sa salle commune. Eddy le laissa faire, fatigué et las. Il avait hâte que cette fichue journée se termine mais n'était pas pour autant prêt à ce que celle de demain ne commence. Arrivés dans les cachots, Perceval lui montra un pan de murs de pierre :

Sang descent, c'est le mot de passe. Ne l'oublie pas sinon tu te retrouveras coincé dehors. Il change régulièrement.

Puis jugeant qu'il s'était correctement acquitté de sa tâche de préfet, le Rosier pénétra sans autre forme de procès dans la salle commune. Eddy le suivit, puis avisa Pettigrew montant l'escalier vers le dortoir, ce devait être par là qu'il allait dormir.

Le dortoir était à l'image de la salle commune, glacial et verdâtre, les fenêtres donnant sur le lac noir laissaient voir quelques petits poissons et autres algues ondulant près des vitres à croisillon.

Depuis sa répartition ses affaires avaient été transportées près de son lit. Charme le vieux fléreur roux que lui avait confié Newt ronflait sur sa valise. Rassuré de voir ce visage amical, Eddy se pencha pour le caresser. Charme en le reconnaissant eut un petit miaulement de contentement, ouvrant à peine ses yeux vert pomme.

—Sympa ton chat, fit un garçon noir au crâne rasé. Kheiron Shafiq, se présenta-t-il.

—C'est un fléreur, répondirent Eddy et Jedusor qui venait d'arriver d'une même voix.

—Ça a des oreilles de chat, des moustaches de chat, une queue de chat, la taille d'un chat, ça reste un fichu matou, rétorqua Shafiq piqué au vif avant de s'enfermer derrière les tentures de son lit à baldaquin.

Agacé d'avoir vexé ce garçon sans raison, Eddy se déshabilla et mit son pyjama alors que le dernier garçon de leur chambrée arrivait. Tony Flint lui avait été vaguement présenté durant le dîner, il n'eut pas l'air de vouloir paraître sympathique et s'enferma lui aussi derrière les tentures émeraude de sa couchette. Alors qu'il allait se mettre au lit suivi de Charme, l'animal revint sur ses pas. Il inspecta le lit où se trouvait le jeune Jedusor avec intérêt puis sauta dessus réclamant des caresses à l'adolescent snobant totalement Eddy.

Cela fit augmenter son dépit. Eddy s'apprêtait à se lever pour récupérer Charme mais Jedusor l'interrompit :

—Ça ne me dérange pas. Il a envie d'être avec moi.

Alors l'adolescent tira simplement un bout de sa tenture et se coucha sur le flanc et Charme vint délicatement s'y lover en ronronnant de plaisir. À cela Gwendal n'eut qu'un haussement d'épaule en rejoignant son lit. Scié et furieux Eddy shoota dans un caillou invisible en maugréant une insulte en romani avant de se coucher. Il se sentait seul, désespéré et en colère et pire encore il sentit sa magie crépiter. Paralysé de terreur, il commença à réciter mentalement le conte de Babitty Lapina que Tatina lui lisait quand il était petit. À ces mots réconfortants, sa magie et sa tétanie périclitèrent lentement et il s'endormit.

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Quand il se réveilla le lendemain ce fut d'un bon, car Charme lui sauta dessus en poussant un long miaulement rauque.

—Tu vas être en retard, Lee ! l'apostropha Gwendal en finissant à toute vitesse de lasser ses chaussures. J'ai essayé de t'appeler, t'as le sommeil d'un ogre des montagnes !

Et il se carapata en emportant son sac. Eddy quitta ses draps moelleux avec regret et s'habilla à la va vite. Il alla se débarbouiller dans la salle de bain, cherchant à rendre ses traits brouillés par la fatigue à peu près présentables. Il était toujours fidèle à lui même, avec sa peau cuivrée, ses cheveux roux bouclés tombant devant son visage, son nez un peu épaté et ses lèvres épaisses et ses yeux sombres.

Tina disait pour le taquiner que plus tard il allait briser de nombreux cœur, mais il avait brisé des fioles, des pots, des vitres, des portes sans jamais briser le moindre petit palpitant. Il n'aurait plus manqué que ça, il faisait assez de dégâts sur son passage. Eddy avala sa potion qu'il eut bien du mal à déglutir de part l'amertume de son goût et rangea la fiole dans son sac de toilette. Il descendit en trombe en saisissant l'emploi du temps que Dumbledore lui avait fait parvenir.

Il commençait par potion justement. Voilà bien une matière qui ne demandait pas de baguette mais après plusieurs cours séchés à Ilvermony, Eddy doutait d'être à niveau. Il n'avait plus que cinq minutes pour rejoindre son cours.

Encore fallait-il savoir par où aller. Jedusor, Shafiq et Flint étaient partis comme Gwendal. Il y avait bien quelques septièmes années occupés à réviser, mais Eddy répugnait à leur demander de l'aide, et encore moins à Perceval Rosier astiquant d'un geste évocateur son insigne de préfet face à une fille désabusée.

Il chaparda un chocogrenouille laissé sur une table basse, l'enfourna dans sa bouche et se précipita hors de la salle commune, Charme sur ses talons.

—Bon… de ce que j'ai compris ici les cours de potion sont dans les cachots donc techniquement on ne devrait pas être loin. Tu peux m'aider ?

Charme le lorgna et dans un mouvement de queue fourchue l'invita à le suivre. Ils pérégrinèrent dans les alcôves sombres jusqu'à ce qu'il finisse par reconnaître quelques visages de ses condisciples attendant l'arrivé de leur professeur devant la salle de potion. Eddy remercia Charme d'une bonne dose de caresse en lui promettant de chouraver pour lui du poisson pané s'il y en avait au déjeuner. Le fléreur s'en alla dans un mouvement de queue satisfait et Eddy pénétra dans la salle de classe à la suite de ses camarades.

Le professeur Slughorn comme son nom était indiqué sur son emploi du temps était un sorcier ventripotent au crane chauve et lisse et à la grosse moustache de morse. Pourtant la façon dont il regardait certains élèves passant devant lui pour rejoindre leur chaudron, Eddy eut l'impression de voir une grosse limace gluante. Il s'installa près de Gwendal qui lui avait laissé une place de libre sur sa paillasse.

Le cours débuta, ils devaient réaliser dans l'heure et demi une potion contre les Eruptions d'Éclabouille, mais Eddy n'en avait jamais fait de telles, ni vu ce genre d'ingrédient. Les cours à Poudlard étaient radicalement différents de ceux d'Ilvermony. Gwendal semblait lui aussi en peine, essayant de suivre les instructions au tableau. Ils partagèrent les tâches, Eddy couperait les ingrédients quand Gwendal s'occuperait de tout ce qui aurait attrait de près ou de loin à de la magie.

Au bout de quelques minutes, on toqua à la porte et le visage de Salazar Jedusor apparut. Il était débraillé, avec des feuilles et aiguilles de pins dans ses cheveux. Il arborait un air totalement neutre et alla s'asseoir le plus naturellement du monde sur la paillasse au premier rang aux côtés de sa sœur.

—Mais où étiez-vous passé Monsieur Jedusor ? Voilà bien quinze minutes que le cours a débuté.

—J'étais dehors, répondit le garçon en défaisant ses affaires tranquillement.

Eddy remarqua que les élèves avaient cessés de se concentrer sur leur potion pour s'intéresser à la discussion entre leur professeur et le jeune Jedusor comme si ce genre de chose arrivait fréquemment.

—Je vois bien que vous étiez dehors, mais vous avez cours.

—Et maintenant je suis là.

Slughorn ouvrait la bouche comme une grosse carpe cherchant à trouver de l'air. La scène fut si drôle qu'Eddy ne put retenir un gloussement. Il n'avait jamais connu quelqu'un d'aussi insolent de sa vie.

Médusa Jedusor se retourna et le vrilla d'un regard noir. Il ne l'avait jusqu'ici qu'entraperçue au diner, mais Eddy se dit que c'était vraiment une jolie fille, aux mêmes traits délicats que son frère, ses longs cheveux coiffés par un ruban en serre tête sage. Elle se désintéressa de lui pour épousseter son jumeau tout en lui indiquant la potion à faire.

Slughorn parut se remettre en admonestant le garçon à être plus ponctuel, tandis qu'un concert de protestation s'élevait de la part des Gryffondors avec qui ils partageaient leur cours. Eddy ne connaissait pas très bien les règles de Poudlard mais il était évident qu'une telle attitude aurait normalement dû être punie s'il n'y avait pas eu de favoritisme de la part du professeur. Slughorn tenta de remettre de l'ordre dans son cours. Gwendal se pencha vers lui et chuchota :

—Ne fais pas attention, c'est normal avec Jedusor. Il est complètement zinzin. Les deux Jedusor sont frapadingues, reste loin d'eux.

Eddy remarqua une certaine raideur chez le susnommé zinzin et fut à peu près sûr qu'il avait entendu ce que Pettigrow venait de chuchoter à l'autre bout de la classe. Il n'aurait normalement pas dû l'entendre d'aussi loin, songea Eddy. Il ne put cependant se questionner d'avantage car la potion contre l'Eclabouille qui aurait normalement dû prendre une couleur rouge vif était noire et avait vaguement la consistance du goudron moldu.

Gwendal plissa les yeux vers le tableau cherchant à deviner où ils s'étaient trompés tandis que Slughorn se rapprochait de leur paillasse.

Le vieux professeur de potion inspecta le contenu de leur potion avec une vague expression dédaigneuse puis son regard se porta sur Eddy qu'il lorgna d'un air gourmand.

—Mr Lee, vous devez savoir que c'est un plaisir d'avoir un élève en transfert parmi nous. Ilvermony ne vous manque pas trop j'espère ?

—Nullement, répondit Eddy incertain de la conduite à tenir face à cette énorme limace curieuse.

—Dans quelle maison étiez-vous là-bas ? Je pense que le professeur Binns ne l'a pas encore abordé avec vous, mais sachez chers élèves qu'Ilvermony a été fondée sur le système de maison de Poudlard par une descendante de Salazar Serpentard lui même.

Gêné d'être à nouveau le centre d'attention, Eddy ne remarqua qu'à peine Médusa et Salazar s'échanger un regard.

—J'étais chez les Oiseaux-Tonnerre, professeur, répondit-il d'une petite voix.

—La maison des têtes brûlées, héla la fille blonde près de Bellatrix Black. Des Gryffondors de seconde main à ce que ma mère m'a dit.

Ooooh miss Skeeter, voyons un peu de tenue. Mais il est vrai que votre mère Catalina Skeeter-Song a fait ses études là-bas avant d'entamer la carrière musicale qu'on lui connaît…

Le reste se perdit alors que Slughorn s'éloignait pour pavoiser auprès de Skeeter et Black.

—Tu as eu de la chance, encore une minute dans les serres de Slughorn et tu serais devenu un nouvel ajout à son petit club des Slug. Il adoooore les curiosités, murmura Gwendal en imitant à voix basse le ton que prenait leur professeur de potion face à une Skeeter rayonnante.

—Le club de Slug, c'est quoi ça encore ?

—Une soirée où il invite tous ses petits chouchous avec d'anciens élèves pour y nouer des relations. Prie pour ne jamais y aller ni être collé par Slughorn ou tu feras le service là-bas, rétorqua le garçon rondouillard. Bon maintenant comment on l'arrange cette fichue potion ?

Gwendal mit aile de chauve souris, racines de valériane dans un ordre incertain en agitant sa baguette pour modifier la chaleur du feu.

—Il n'y a pas marqué ça sur le livre ni au tableau.

—Je sais, mais foutu pour foutu, je fais n'importe quoi. Je me dis que sur un malentendu ça peut passer.

Et sur un malentendu ça ne passait pas. Leur potion devint rapidement aussi dure et épaisse que du béton. À la fin de l'heure ils ne pouvaient même pas en sortir un flacon pour le présenter au professeur qui leur donna un magistral zéro sous les gloussements de quelques Gryffondors. Eddy songea avec ironie que les choses ne changeaient pas tant que ça. Les autres élèves s'en allaient après avoir nettoyé leur chaudron, mais Slughorn l'interpella.

—Mr Lee, j'aimerai vous parler quelques instants.

Eddy frôla vaguement Salazar qui se carapata derrière Gwendal et attendit que son professeur finisse de ranger les fioles dans son petit tiroir. Quand le dernier élève fut parti et que la porte claqua, Slughorn se retourna vers lui et un sourire un peu crispé étira sa moustache de morse :

—J'ai été mis au courant par Albus de votre petit souci. Etant donné votre condition, je serais votre référent en potion pour vos soins. Voici vos potions pour la semaine. Si vous ressentez le moindre changement par rapport à la recette à laquelle vous êtes habitué n'hésitez pas à me prévenir. Nous ne voulons pas d'incident, n'est-ce pas ?

—Non monsieur, merci monsieur, ânonna Eddy en essayant de cacher sa colère.

Il récupéra les fioles qu'il glissa dans la poche de sa robe en pestant contre Dumbledore. Si certes sa démarche de mettre Slughorn au courant pour garantir ses soins était pleine de bonnes intentions, une personne de trop était déjà au courant de son secret. Quand il ouvrit la porte, il eut la surprise de ne pas le trouver vide. Médusa Jedusor, Bellatrix Black et Skeeter l'attendaient avec un grand sourire.

Gwendal l'avait prévenu de ses méfier de ces trois filles alors sans s'en empêcher il eut un mouvement de recul. Le sourire qu'elles arboraient lui rappelait l'air goulu de Charme quand il était sur le point de s'abattre sur ses proies.

—Je ne me suis pas présentée au dîner hier soir, tu avais l'air un peu bougon, j'ai préféré attendre. Médusa Jedusor, enchanté.

—Moi c'est Rita. Rita Skeeter, bienvenue à Poudlard.

—Eddy, marmonna-t-il en s'avançant dans le couloir.

Les trois filles lui emboitèrent le pas avec toujours ce même sourire de façade. Médusa jouait avec le ruban dans ses cheveux, Rita mastiquait son chewing-gum faisant craquer sa large mâchoire à chaque mouvement tandis que Bellatrix s'approchait jusqu'à poser une main trop familière sur son épaule. Bientôt le bras de Bellatrix fut totalement coincé contre son cou pendant qu'elle marchait à ses côtés. Plus il essayait de se défaire, plus la prise de la Serpentard se faisait dure, comme celle d'un boa constrictor. Il avait rarement vu une fille aussi musclée de sa vie.

—Les garçons n'ont pas été très gentils de te laisser sans guide dans Poudlard, claironna Bellatrix. Nous allons t'accompagner au cours de Défense Contre les Forces du Mal. Entre Serpentard on se serre les coudes, tu dois connaître les rivalités entre les maisons d'où tu viens, n'est-ce pas ?

Eddy aurait voulu rétorquer quelque chose de sec mais ce fut la main de Médusa qui se serra sur son bras libre comme les serres d'un rapace. Elle tourna son joli minois vers lui avant de demander d'une voix innocente :

—Que te voulais ce bon vieux Sluggy ? T'inviter à son club ?

—O-oui, mentit Eddy. J'ai refusé.

L'expression de Médusa lui indiqua qu'elle ne croyait pas et son instinct lui indiqua de baisser les yeux et de ne surtout rien ajouter de plus.

Ils arrivaient au grand escalier. Ou plutôt l'escalier fou comme l'avait prévenu Newt en lui racontant combien de fois il avait failli se casser la jambe entre les marches imprévisibles. Alors qu'il montait enserré dans l'étau des Sœurs Gorgones, Eddy se demanda si elles comptaient le jeter du haut des marches.

—Dis Eddy ? Je peux t'appeler Eddy ? Pourquoi tu as été transféré à Poudlard ? Ilvermony n'est pas bien ? demanda Médusa d'une voix mielleuse de petite fille.

—Si-si… très bien même. J'ai voulu me rapprocher… de ma famille, éluda-t-il en espérant que cette demi vérité satisferait les trois harpies.

—J'ai entendu une rumeur, ronronna Skeeter. Et j'aime les rumeurs et les scoops. J'ai des sources aux États Unis, et elles ne m'ont pas dit ça… on raconte que tu as été mis à la porte d'Ilvermony.

—Tes sources ne sont pas très fiables, rétorqua Eddy en sentant la colère commencer à monter. Ne deviens jamais journaliste si c'est pour raconter autant de bêtises.

La pique eut l'air d'atteindre Skeeter car son visage devint rouge brique. Ils étaient arrivés au deuxième étage où se trouvait le cours de Défense Contre les Forces du Mal. Gwendal et Shafiq eurent l'air sur le point de suffoquer en le voyant entre les griffes des trois harpies mais ne firent rien pour l'aider pour autant. Ils contemplaient ce spectacle d'un air navré mais Skeeter se planta devant lui en n'ayant rien perdu de sa superbe :

—Pour ta gouverne je suis chroniqueuse junior dans le Petit Poudlard Illustré, notre gazette hebdomadaire. L'année prochaine je serais Rédactrice !

—Ça a l'air passionnant tout ça, ricana Eddy. Tu fais la rubrique du rat écrasé ou les meilleures astuces contre l'acné ? Vu les grosses lunettes que tu portes pour cacher tes boutons je pense que j'ai ma réponse.

Bellatrix gloussa, Médusa sourit tandis que ses camarades de dortoir semblaient hésiter entre la crise cardiaque et l'apoplexie. C'était idiot il le savait, mais les commérages de Rita l'avaient énervé et pour avoir côtoyé des camarades semblables à Ilvermony il savait que bien souvent mordre plus fort que l'autre est la meilleure défense. Rita n'était plus qu'un point rouge de fureur alors qu'il pénétrait dans la salle de classe. Médusa ne l'avait pas lâché et au lieu de se dégager, par provocation il alla s'asseoir sur la chaise à côté de son bureau.

Bellatrix et Rita chuchotèrent derrière eux tandis que Gwendal semblait clairement désapprouver au fond de la salle. La salle se remplit progressivement et Eddy en profita pour inspecter ces lieux étranges.

C'était une grande salle en mezzanine lugubre dont les larges fenêtres avaient les rideaux baissés, seul un énorme globe semblable à une lune donnait une lueur bleuâtre et inquiétante à l'endroit. Il y avait dans l'obscurité des instruments hétéroclites en métal qui luisaient faiblement sous la pâle lumière. Il se dégageait de cette pièce une impression de froideur intense, comme si la vie au dehors s'était arrêtée. Dans un grand aquarium il y avait une étrange créature aquatique que Eddy avait déjà croisée avec Newt et Tina, un strangulot.

Le silence se fit quand le professeur Jedusor apparut à la porte de son bureau. Sous la lueur bleuâtre, alors qu'il descendait les marches de la mezzanine vers son pupitre, son ombre agrandie se découpait comme celle d'une sorte d'esprit frappeur. Son visage pâle rendu bleui par le globe inspira à Eddy le spectre de la mort. Plus aucun élève ne mouftait attendant religieusement le début du cours.

Ce fut ce moment que choisi Salazar Jedusor pour arriver en sueur comme s'il avait couru un marathon. Le professeur Jedusor ne daigna pas lui accorder un regard, ses yeux fixés sur une page de son livre. Médusa à ses côtés se tendit :

—Dégage, change de siège, chuchota-t-elle si bas qu'il crut avoir mal entendu.

Salazar Jedusor se plantait devant lui, en le dardant de ses impassibles yeux bleus. Il était immobile en pleine réflexion.

—C'est ma place.

—Il y en a d'autres, non ? rétorqua Eddy.

S'il y en avait d'autres effectivement, Jedusor n'eut pas l'air de comprendre car il restait là à le fixer sans un mot. Médusa s'était figée tandis que le professeur Jedusor levait un sourcil d'agacement.

—C'est ma place, répéta laconiquement Salazar Jedusor.

C'en fut trop pour Eddy, après ce mauvais début de journée, sa fatigue accumulée et tout le reste, il se releva d'un bond, prêt à affronter Salazar. Cependant, sa magie fut encore plus vive que sa colère.

BANG.

Sans qu'il ne puisse la contenir, sa magie explosa envers le jumeau Jedusor, mais la suite l'étonna encore plus. Le filament violent qu'il avait envoyé vers Salazar rebondit tout simplement contre lui et Eddy se prit sa propre attaque de plein fouet. Il fut tout bonnement expulsé à l'autre bout de la classe sous le cri des autres. Eddy s'explosa le nez contre une table et sentit un craquement très net.

Il étouffa un cri de douleur tandis que les ricanements prenaient la salle. Salazar s'était assis à la place qu'il occupait plus tôt et baissait la tête tandis que l'expression du professeur Jedusor aurait pu faire fuir les détraqueurs d'Azkaban.

—Il m'a cassé le nez, jura Eddy en se tenant l'appendice blessé.

—Alors c'est quelque chose dont vous vous remettrez très aisément monsieur Lee. J'enlève dix points à Serpentard. Et vous serez en retenue tout le week end pour que plus jamais un tel débordement n'ait lieu dans ma salle de classe. Ai-je été clair ? Maintenant, assis.

L'ordre claqua comme un fouet, Eddy s'assit piteux, en ayant l'impression d'être un cabot obéissant. Les rires des autres avaient fait péricliter sa rage. Son nez continuait de couler tâchant son pupitre de sang. Il se l'essuya d'un revers de manche alors que le professeur débutait la leçon sur les Strangulots.

Pour une fois qu'il connaissait quelque chose, Eddy aurait aimé participer, mais il était tétanisé de rage et de honte. Médusa répondit à une question posée, regagnant les points qu'il avait perdu quelques minutes plus tôt. Salazar Jedusor avait toujours la tête baissée.

—Tiens.

Une petite main tapota son épaule. Eddy se retourna. Derrière lui, une petite sorcière aux cheveux châtains attachés en un nœud rose à pompon lui tendait un petit mouchoir rosâtre décoré de broderies de chatons. Eddy s'en saisit maladroitement. Une sorte de sourire étira la bouche molle de la petite sorcière qui chuchota :

—Tu ne sais pas lancer un Episkey ? À ce rythme tu vas faire un malaise.

Miss Ombrage, des remarques à faire partager à vos camarades de classe ? demanda le professeur Jedusor d'une voix onctueuse.

La petite sorcière rougit et se ratatina sur place, tandis que le professeur de Défense reprenait. Eddy n'avait même plus le cœur à l'écouter. Une boulette de papier émergea de derrière lui pour atterrir entre son encrier et sa plume. Le professeur Jedusor avait le dos tourné, aussi, lentement, craignant d'être vu et entendu il déplia le papier.

« Je m'appelle Dolorès. Ne fais pas attention aux jumeaux Jedusor. Ce sont des vipères. Tu veux déjeuner avec moi et mes amis ? »

Eddy sentait presque Dolorès se tendre derrière lui dans l'attente de sa réponse, alors il hocha la tête.