Et nous revoici pour le second chapitre. Un IMMENSE, IMMENSE merci pour tous vos mises en favoris, follow et vos commentaires.
Voici la suite avec de nouveaux personnages et révélations :)
Chapitre II : La roue qui ne doit jamais s'arrêter
La Langue des Serpents est le don primordial,
Celui qui permet de comprendre notre idéal.
Le serpent miséreux terré au fond des marais,
N'oublie jamais, et des moldus se repait.
Cet héritage en papier de l'arbre à serpent,
Est écrit aux sons de nos communs sifflements.
Nous ne pardonnerons pas, nous fils d'une amourette.
Nous attendons patiemment notre reconquête.
Au sang de notre sang d'assurer cette quête.
Entête de l'annale du Codex de Serpentard.
Le déjeuner avec Ombrage fut un peu moins désagréable que ce qu'Eddy aurait pu penser. Les jumeaux Jedusor avaient été retenus à la fin du cours, -Skeeter et Black attendant religieusement devant la porte de la salle de classe-, ce qui restait des serpentards de son année était presque supportable sans le quatuor.
Dolorès avait une entente cordiale avec Gwendal, mais trainait surtout avec des élèves de cinquième année, ou plutôt imposait sa présence à en voir les regards peu amènes qui lui furent adressés lorsqu'elle s'assit toute guillerette à leurs côtés. Cependant la présence d'Eddy sembla titiller leur curiosité. Un grand brun de cinquième année Rodolphus Lestrange lui rafistola le nez et tenta de lui enseigner le mouvement adéquat avec la baguette. Eddy consentit à participer à cette farce pour assurer sa couverture.
Il répondit à deux trois questions sur Ilvermony du bout des lèvres. Étant arrivé en cours de semaine, on était vendredi, il n'avait donc qu'un seul cours pour l'après midi et cette journée serait terminée. La Divination ne demandant aucune technicité en baguette magique, son choix d'option s'était porté naturellement vers cette matière.
Le professeur Clarence Belline était un gros homme à la peau noire, il portait un tour de cou faites de différentes étoffes précieuses qui scintillaient sous sa démarche étonnement aérienne. Leur cours d'aujourd'hui portait sur la lecture de thé. Ça ne devait pas être trop compliqué.
Ils n'étaient qu'une dizaine d'élèves à assister à cette option, aucune trace des Jedusor, ni même des deux gorgones. Assis sur des poufs avec Kheiron Shafiq et une autre adolescente de serdaigle aux grosses lunettes rondes, Eddy essayait de déterminer ce que signifiait le résidu noirâtre au fond de la tasse de son condisciple.
—Apparemment selon ce livre, un mariage est à prévoir dans l'année, murmura Eddy.
—Je suis fiancé depuis mes trois ans avec une cousine, essaie encore, fit Shafiq en levant les yeux au ciel.
—Mmmh, à tout hasard évite de prendre le Magicobus dans les prochaines semaines. L'espèce de roue c'est pour les accidents je crois.
—N'importe quoi, s'exclama la serdaigle binoclarde d'une voix éthérée. Là c'est la roue du Destin. La roue qui ne doit jamais s'arrêter. Il y a la même dans ta tasse.
Curieux, Eddy se rapprocha cherchant dans la bouillasse noire et odorante n'importe quoi pouvant corroborer les affabulations de sa voisine de table.
—Tu racontes des bêtises Sybille… Mais c'est un bon signe au moins ? demanda Shafiq en essayant de comparer les deux tasses. Tu vois vraiment une roue du Destin ? Je vois au mieux un petit pâté, au pire une chiure de mouche.
Eddy gloussa alors que le professeur se penchait vers Xenophilius Lovegood un garçon frêle de Serdaigle à l'autre bout de la pièce. La binoclarde se vexa de leur moquerie et arracha la tasse dans laquelle avait bu Eddy des mains de Shafiq.
—La roue du Destin n'est ni bonne ni mauvaise. C'est l'assurance d'un long chemin laborieux à venir.
—Je ne suis pas grand assidu du labeur, ni des longs chemins, grinça Kheiron. Je suis plutôt sieste et petite balade. Il faut être complètement masochiste pour agir autrement. Mais bon, apparemment certains aiment bien prendre des chemins périlleux.
Cette pique visait Eddy qui leva juste un sourcil. Shafiq était grinçant et sarcastique mais n'était pas aussi fin d'esprit qu'il voulait bien le croire.
La serdaigle continua d'un air théâtral pour attirer leur attention :
—La Roue du Destin a marqué Lee…Mais ça… ça ce que je vois est plus terrible. Cette étoile noire… Oh par la Pythie, par Cassandre, par Irma… C'est un signe de mooort ! Tu vas causer des dommages irréparables autour de toi ! La destructiooooon pave ta route.
Si Shafiq ricanait peu convaincu, il croisa le regard d'Eddy et son rire se perdit dans sa gorge, car sans doute devait-il être pâle comme le spectre de la mort. Eddy sentit ses poings trembler tandis que la binoclarde eut l'air satisfaite de l'effet qu'elle avait fait sur leur tablée.
—Trelawney, je crois que tu aurais vraiment mieux fait de la boucler…
—T'es complètement malade ! éructa Eddy en se levant, renversant leur table. Pauvre fille !
Comme plus tôt dans la journée, la colère enfla en lui, et cela le terrorisa. Il ramassa ses affaires sous l'œil tétanisé de ses camarades et de leur professeur de Divination.
—Mr Lee voyons, rasseyez-vous ! Le cours n'est pas terminé ! Vous n'avez pas l'autorisation de partir.
Cause toujours, pensa Eddy férocement en se dirigeant vers l'échelle menant à l'étage inférieur d'un pas fébrile. Il le sentait, il devait s'éloigner au plus vite sinon la prédiction farfelue de Trelawney risquait bien de se réaliser plus vite que prévu.
—Vous aurez une retenue Mr Lee ! tempêta Belline en haut de l'échelle.
—Rajoutez là à ma collection, il m'en manquait ! rétorqua farouchement Eddy alors qu'il disparaissait dans l'escalier en spirale.
Sa bravade desserra quelque peu le nœud coulant de rage et d'angoisse qui menaçait de l'asphyxier. Il connaissait encore trop peu l'école pour trouver un endroit adéquat pour s'isoler. Il se résolut à courir jusqu'à son dortoir. Et courir, c'était l'une des choses qu'il faisait le mieux. En quelques minutes, en suivant le flot d'élèves à la robe verte il retrouva le chemin de sa salle commune et cavala vers son dortoir.
Mais comme Merlin, la Roue du Destin ou n'importe quelle autre entité semblait être contre lui, le dortoir n'était pas vide comme il l'aurait cru. Il y avait Salazar Jedusor. Il était aussi pâle que lui, pelotonné dans son lit en tenant Charme dans ses bras.
Eddy réalisa qu'il tremblait autant que lui, pour autant la colère du matin ne l'avait pas quitté. Il prit vivement son sac de toilette et s'engouffra dans la salle de bain. Il sortit les fioles que lui avait donné Slughorn plus tôt dans la journée, les jeta sans ménagement dans sa trousse à l'exception d'une dernière qu'il avala cul sec, cherchant à calmer les tremblements de ses mains et de son cœur. Eddy se recroquevilla entre le lavabo et une tinette puis commença à entonner à voix basse une chanson de son enfance. Cela prit du temps mais cela fit son effet. Au bout d'un long moment, sa magie et sa rage se calmèrent. Il s'aspergea d'eau, heureux malgré tout de ne pas avoir explosé et se dit qu'il était peut-être temps de sortir. Cela devait bien faire une heure qu'il était enfermé là dedans.
Jedusor n'avait pas bougé, figé comme une statue de sel, observant le ballet aquatique d'êtres des eaux à travers les fenêtres. Charme quitta l'étreinte du jeune Jedusor pour se pelotonner contre ses jambes. Comme à son habitude son fléreur comprenait son désarroi mieux que personne. Cela faisait des années qu'il le suivait comme son ombre. Eddy le ramassa, tournant le dos à Jedusor et se dirigea vers son lit. Il referma les tentures d'un coup sec avec l'envie furieuse de dormir jusqu'au lendemain. Seulement il y avait deux lettres posées délicatement sur son oreiller. Un elfe avait dû les déposer. Si l'écriture de la première ne lui disait rien, la seconde en l'occurrence lui arracha un frisson d'angoisse.
Eddy se résolut à lire la première lettre :
« Cher Eddy,
J'espère que ta rentrée au sein de Poudlard s'est bien passée, mais au vu des rumeurs que j'entends depuis ce matin, je doute que ce soit le cas.
Pourquoi ne viendrais-tu pas prendre une tasse de thé en ma compagnie demain à 17h ? Cela nous laissera le temps de discuter avant que tu ne partes faire ta retenue ?
AD.
PS : J'adore les Chocogrenouilles. »
Cela ne l'étonna que peu vu sa rentrée catastrophique. Eddy retint un soupir. Il finit par calmer ses appréhensions et se força à déchirer le papier délicat de la seconde enveloppe.
« Bonjour mon grand,
Tina pour dire vrai, était trop pressée de t'écrire pour attendre le jour du courrier, j'ai dû demander à Albus de te transmettre cette lettre au plus vite après que celle-ci ait transité par Poste-Au-Loin. Nous sommes bien arrivés à Nagoya où je tiendrai ma conférence sur les kelpis. Ceux-ci sont encore tellement méconnus de part le monde ! La philosophie nippone semble pourtant avoir grand intérêt de ces créatures fascinantes. J'ai hâte de te raconter ça lorsque nous nous verrons cet été.
J'espère que ta rentrée s'est bien passée, Albus m'a dit que tu avais été réparti à Serpentard. Je n'en attendais pas moins de toi. J'espère que ceux-ci ne sont pas trop durs avec toi, -ceux de mon époque n'étant pas les individus les plus chaleureux-. Ne perds pas espoir, tu leur montreras qui tu es vraiment, et tu te feras peut-être de nombreux amis, je n'en doute pas.
Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à nous solliciter, ou à demander à Charme, ce fléreur à un sale caractère mais c'est le plus loyal dans sa catégorie.
Prend soin de toi,
Newt.
Bonjour mon garçon,
J'essaie de coincer ces petits mots entre les pattes de mouches de Newt, sa calligraphie ne s'améliore pas avec l'âge, mais ne lui répète pas. Ce sera notre secret à tous les deux. J'espère que tout se passe bien et que Poudlard n'est pas trop grand ou trop bouleversant pour toi. Tu as dû apprendre plein de choses passionnantes. Je rêverai de pouvoir être une petite souris pour assister aux cours dont Newt m'a si souvent parlé. J'espère que tu t'es fait des amis, mais vu ton caractère je pense que ce n'est pas pour tout de suite. Tu trouveras forcément des amis. Prend tes potions, répète nos exercices régulièrement et tout ira bien mon chéri.
Tu es très courageux, sois sage avec tes professeurs, et n'hésite pas à aller voir Albus si tu as le moindre tracas. Il t'a aidé quand tu étais petit, il saura t'aider aujourd'hui.
PS : Les cerisiers en fleurs de Nagoya sont magnifiques, je t'en ramène un plan, nous le planterons cet été dans le jardin.
Je t'embrasse très fort.
Fais attention à toi.
Ta Tina. »
Les mots de Tina et Newt manquèrent de lui décrocher des larmes. La sollicitude de ses gardiens lui fit encore plus mal. Il ne savait pas quoi répondre à cette lettre autrement qu'en égrainant ses échecs successifs. Il ne pourrait jamais leur dire, et se doutait quelque part que Dumbledore tenait auprès de Newt un compte rendu de ses journées tant ses gardiens étaient inquiets pour lui.
Charme ronronna et essayant de lui mordiller la joue puis planta doucement ses griffes sur le tissu moelleux de son pull, patounant contre lui en cherchant à lui prodiguer de la chaleur et du réconfort. Cela marcha, et à nouveau Eddy se calma. Il entendit un frémissement derrière le rideau de son lit puis le léger craquement du plancher. Jedusor s'était levé, mais ne bougeait pas, semblant l'observer derrière la tenture.
Eddy n'avait aucune envie de lui parler, ni de répondre à Newt et Tatina, alors comme c'était quelque chose qu'il faisait très bien, il décida de remettre les choses à plus tard et se laissa bercer par le ronronnement de Charme.
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Médusa observa son reflet dans la glace. Le soleil n'était pas encore tout à fait levé, et par un samedi personne ne viendrait la déranger. Ça tombait bien, elle n'avait envie de voir personne. Elle attacha longuement ses cheveux noirs entortillant ses mèches le long de son ruban rose pour être sûre de parvenir à montrer la meilleure image d'elle même. C'est à dire parfaite. Le reflet du miroir de la salle de bain des filles ne lui donna pas vraiment satisfaction, elle claqua sa langue sur son palais puis avisa sa petite montre dorée. Elle allait être en retard si elle réessayait de se coiffer.
Médusa quitta la salle de bain et traversa sa chambrée, Rita et Bellatrix dormaient et Ombrage ronflait, son abominable chat Froufrou collé contre sa bouche de crapaud. Avec une grimace méprisante, la jeune fille descendit les escaliers jusqu'à la salle commune puis la quitta à son tour. Elle traversa les couloirs encore déserts d'une démarche tranquille. Le fantôme du Baron sanglant passa à ses côtés sans la remarquer. Elle monta les marches alors qu'on entendait au loin le cri d'un coq. Arrivée au deuxième étage, la jeune fille embraya vers la salle de Défense Contre les Forces du Mal qu'elle traversa pour monter vers le bureau de son père.
—Tu aurais voulu me faire attendre, Médusa ?
—Je n'aurais jamais osé, Père, minauda-t-elle.
Le ton de son géniteur l'avait mit sur la bonne voie, il semblait d'assez bonne humeur comparé à la veille. Si l'humeur de Tom Jedusor était très vacillante, Médusa avait appris avec le temps à savoir quand il était raisonnable d'être forte tête ou au contraire de courber l'échine. Elle trouva son père occupé à remplir un bagage d'un coup de baguette tandis que nombreux ouvrages volaient autour de lui. La silhouette longiligne de son père tranchait dans les premières lueurs rosées de l'aube.
—Vous partez, observa inutilement Médusa.
—Je loue ton sens de la déduction. J'ai quelques affaires à régler, la semaine prochaine Eileen me remplacera.
Médusa retint de justesse un grincement de dents. Elle n'aimait pas trop Eileen Prince qui remplaçait son père quand celui-ci s'absentait pour ses affaires. La femme était bonne professeure, mais l'idée d'être écartée des intrigues de son géniteur agaçait la jeune fille.
—Si je t'ai fait venir ici ce n'est pas pour te parler de mes affaires. J'ai une mission à te confier.
À cela, Médusa releva la tête pleine d'espoir. Son père était nonchalamment assit sur son bureau et jouait avec la bague des Gaunt le long de ses doigts fins.
—Tu auras sans doute remarqué notre explosive nouvelle recrue à Serpentard…
—Oui, le petit Lee, l'américain.
—Il n'est pas américain, rétorqua sèchement son père. Le soir de sa répartition il parlait une autre langue avec le Choixpeau. Une langue que j'ai déjà entendue.
Cela titilla l'intérêt de Médusa qui se rapprocha. Son père était plongé dans d'intenses réflexions et quand il agissait ainsi c'était qu'une récompense de valeur serait à la clé. Comme un chien prêt à mordre, Médusa frémit.
—Quelle est cette langue ?
—Je n'en ai pas la moindre idée. Mais c'est là que tu entres en jeu. Je ne peux pas aller chercher ce garçon moi même, tu as vu que Dumbledore y semblait attaché. Celui-ci m'a retiré la retenue que je lui avais donné pour la donner à cet hybride alcoolique de garde chasse. Dumbledore ne veut pas que je reste seul avec lui.
Cela renforça l'intérêt de Médusa. Son père ne prenait jamais la peine de surveiller lui même les retenues qu'il infligeait à ses élèves, déléguant à Prince ou au concierge cette tâche ingrate. Cependant, que Dumbledore décide de son propre chef de confier la retenue à un tiers signifiait quelque chose. Eddy Lee avait un lourd secret et d'une façon ou d'une autre, Dumbledore y était mêlé.
Son père et Dumbledore se détestaient cordialement, quiconque passait plus de deux minutes en leur compagnie le verrait. Médusa ne portait pas non plus le vieil homme dans son cœur. Plus vite il serait hors de Poudlard, mieux ce serait.
—Je dois donc lui tirer les vers de son petit nez cassé ?
—Non, siffla son père d'une voix doucereuse, je veux que tu fasses ce que tu fais de mieux avec tes petites camarades. Pousse-le à craquer. Le garçon est instable. Le jour où il craquera je serais là pour le cueillir. Je ne serai pas absent longtemps, je te laisse juste une longueur d'avance pour agir à ta guise. Il est tout à toi.
La jeune fille ressentit un frisson d'excitation et de joie mauvaise, et se frotta les mains, pressée d'aller chercher Bella et Rita pour commencer à échafauder des plans.
Son père ne semblait pas en avoir fini pour autant. Il rangea un instrument métallique dans une malle en cuir et ajouta :
—Une dernière chose. Ce qu'il s'est passé dans ma classe hier était une première et sera une dernière. Si Salazar ne l'entend pas, j'ose espérer que toi oui. J'attends de sa part une assiduité renforcée et une attitude exemplaire. Il est hors de question qu'il continue à s'afficher de la sorte ou je serai beaucoup moins complaisant.
—Ce n'est pas la faute de Sal, marmonna Médusa, c'est ce Lee qui-
—Je n'ai que faire de tes excuses, siffla son père violemment en fourchelangue. S'il manque encore un cours par lunatisme ou s'attire et donc m'attire des ennuis tu en seras personnellement responsable. Bonne journée, Médusa.
Comme un automate, Médusa baragouina des salutations d'usage et se détourna en fermant la porte derrière elle. Le crépitement des cendres et la lueur verdâtre à travers le mince interstice du panneau de bois lui indiquèrent que son père avait quitté l'établissement.
Médusa s'autorisa un soupir de soulagement. Puis, après cette brève preuve de faiblesse elle descendit vers la Grande Salle. Quelques élèves se levaient et prenaient leur petit déjeuner, la mine peu réveillée.
Bellatrix faisait parti de ceux-là en trempant mollement son petit pain dans son jus de citrouille. Bella salua sa meilleure amie d'une mine barbouillée de fatigue :
—Med ! Où tu étais passée ? Tu es drôlement matinale pour un samedi.
—J'avais un petit rendez-vous.
Les yeux de Bellatrix brillèrent l'incitant à en dire plus. Mais Médusa comme son père, aimait ménager son suspens pour faire frétiller son auditoire. Elle lui fit un clin d'œil pour lui assurer qu'elle lui en dirait plus sous peu.
Elles mangèrent en silence tandis que d'autres élèves rejoignaient la Grande Salle.
—Par Circé c'est moi la dernière debout. Quelle journée, mes amies quelle journée, fit Rita en s'affalant entre ses deux condisciples sans aucune grâce. Je crois que je vais retourner me coucher, il fait moche, froid, et j'ai un mal de ventre terrible.
Rita saisit deux œufs à la coque dans une panière qu'elle cassa méthodiquement dans son coquetier, une expression hargneuse sur le visage.
—Encore tes tu sais quoi ? demanda Bellatrix. Va prendre une potion auprès de l'infirmière par Morgane.
—Ses potions ne marchent pas et elle me traite comme si j'étais une chochotte, grinça Rita. Non, non, non. Ce n'est pas de ma faute si l'infirmière engagée par ce vieux toqué de Dumbledore est incapable de préparer une potion correctement !
—L'école va à vaux l'eau depuis que cet amoureux des moldus est là, confirma Bellatrix trop heureuse de décharger son fiel en dardant sur le directeur un regard féroce.
—Je dois pouvoir te préparer quelque chose de potable, rétorqua Médusa. Il suffit juste de convaincre cette limace de Slug de me laisser emprunter dans sa réserve.
—Tu as vraiment une tête de déterrée Skeeter, les interrompit Sal en s'asseyant près de Médusa. Vous comptez préparer quoi ?
Les trois jeunes filles rougirent, mal à l'aise et Médusa préféra changer de sujet. Salazar était trempé de rosée matinale et une petite plume était coincée dans ses boucles humides.
—Sal, il faut absolument que tu arrêtes d'aller dans la forêt, s'exaspéra Médusa en retirant le duvet dans ses cheveux. Ou au moins pense à te débarbouiller un peu. Tu as bien vu ce qu'il s'est passé hier.
Son jumeau posa sur elle des yeux bleus et contrits. Médusa le vit trembler et posa une main sur la sienne et lui communia par légilimentie toute l'affection qu'elle avait à offrir. Ce qui n'était pas grand chose mais plus que ce que Sal pouvait en recevoir. Il rompit leur contact et se mit à gribouiller dans son carnet en sirotant son thé du bout des lèvres.
Rita et Bella n'avaient pas bougé, observant leur petit manège auquel elles s'étaient habituées depuis la première année. La Grande Salle s'était bien remplie entre temps. Médusa ne mit pas longtemps à trouver sa cible. Eddy Lee venait d'entrer dans la Grande Salle, seul, la démarche affaissée et morne. Il n'y avait ni Pettigrew, ni Shafiq. Ses deux éclats de la veille avaient fait le tour de l'école et tout le monde commençait à se dire que si Lee avait été transféré en cours d'année, c'était bien pour une raison. Il était complètement marteau.
Pourtant une silhouette tenace refusait de laisser Lee seul. Dolorès Ombrage avait mit son ruban le plus criard dans ses cheveux ternes et abreuvait l'adolescent de paroles.
—Ombrage doit le trouver à son goût, ce taré de Lee, cracha Bellatrix en observant le duo.
—Je suis sûre de parvenir à caser ça quelque part entre deux lignes du Petit Illustré de Poudlard, affirma Rita.
—Oh Rita, chérie, tu es incroyable. Sors ta meilleure plume, j'ai hâte de lire ça, gloussa Médusa. Mais je pense qu'il nous faudra appuyer un peu plus sur lui. Cette forte tête t'a insultée, a attaqué Sal et a fait perdre des points à notre maison en une seule journée. Et que fais-t-on des fortes têtes ?
—On les coupe, éructèrent Bella et Rita d'une même voix chantonnante.
—Laissez le tranquille.
Bella, Rita et Médusa tournèrent le regard vers Salazar qui n'avait levé qu'un œil de son carnet comme avertissement.
—Enfin voyons il a essayé de te faire du mal, Sal, rétorqua Médusa.
—Il souffre. Il souffre vraiment, Med.
Salazar avait levé le nez de son carnet pour la regarder avec des yeux suppliants. Médusa avait toujours été intrigué par les dons de son jumeau, sans parvenir à vraiment comprendre ce qu'il était. La communication avec lui était souvent compliquée et nébuleuse, la légilimentie pouvait leur apporter des réponses mais Salazar ne sembla pas décidé à communier avec elle.
—Il souffre, tout le monde souffre, pointa Rita d'une voix sirupeuse. Tout le monde n'est pas obligé de devenir un effroyable troll quand il ne va pas bien. Il est en retenue tout le week end, non ? On se charge de lui ce soir avant qu'il n'aille dans le bureau de ton père ?
—Un petit bain dans le lac noir serait du plus bel effet, songea Bella à voix haute. Ou peut-être une petite coupe de cheveux avec les Bulbes à Scies sauteuses de la serre numéro 3 ?
—Père est absent, Lee a été envoyé chez ce demeuré de Hagrid on peut attaquer ce soir, rétorqua Médusa. Sal, où tu vas ?
Sal s'était levé nonchalamment, laissant son carnet sur la table. Au milieu de la Grande Salle il eut l'air de chercher quelque chose à faire. Aussi, Médusa craignit le pire. Il sembla avoir trouvé ce qu'il cherchait. Il fit léviter une cruche de jus de tomate posée entre les trois jeunes filles et en déversa le contenu sur Bella et Rita. Les deux filles poussèrent un glapissement horrifié tandis que quelques rires éclataient dans la pièce.
—MONSIEUR JEDUSOR ! hurla la voix de McGonagall qui arrivait en courant. Ce soir, retenue ! 19h dans le Grand Hall avec Monsieur Lee. Vingt points en moins pour Serpentard !
Le visage de leur professeur de métamorphose avait pratiquement la même couleur que la contenance de la carafe qui s'égouttait sur le sol.
Salazar opina joyeusement de la tête comme si quelqu'un venait de lui raconter une blague d'un goût exquis. Il se rassit et recommença à dessiner sans se rendre compte du regard furibond des trois Gorgones.
—Qu'est-ce que tu viens de faire ? siffla Bellatrix.
—Ce n'est qu'un peu de jus de tomate, un coup de baguette et personne n'en saura rien, rétorqua Sal.
—Personne n'en saura rien ? Mais tout le monde a vu espèce de retardé ! gronda Rita.
—Ne l'appelle pas comme ça, grinça Médusa.
—Je ne sais plus comment je dois l'appeler, mais je sais que je ne veux pas voir son visage avant un bout de temps ! Salut.
Elle se leva d'un bond et Bellatrix ne tarda pas à la suivre d'un pas furieux. Salazar prit son carnet et s'en alla d'une démarche nonchalante.
Eddy Lee lui jeta un regard surpris et Médusa dut se retenir pour éviter de lui adresser un geste obscène. Quand elle porta ses yeux vers la table des professeurs, sa rage augmenta d'avantage en voyant que Dumbledore lui adressait un clin d'œil amusé.
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—Si je comptabilise bien en plus de ce soir et demain tu as écopé d'une retenue pour toute la semaine à venir de la part du professeur Belline. Et ça en une seule journée.
—Ce doit être un record, maugréa Eddy les mains crispées sur sa tasse.
—Oh non, je préfère être honnête avec toi, mon frère Abelforth le jour de son arrivé a reçu un mois de retenue pour avoir tenté de faire entrer illégalement une chèvre dans son dortoir. La situation n'est pas aussi catastrophique que tu le penses Eddy. Des aménagements devront être faits pour que tu puisses continuer à étudier sereinement.
—Sereinement ? J'ai failli blesser un élève et j'ai bien failli exploser en salle de Divination !
—Et le petit Jedusor n'a rien. Puis comme tu le précises si bien, tu as failli exploser, tu as su te contenir. Le jour de la rentrée n'est jamais facile et j'ai conscience que la maison de Serpentard n'est pas réputée pour être la plus accueillante, pour autant tu as réussi à tenir bon.
—Alors je dois revivre ces journées minables jusqu'à la fin de l'année ? Je vais craquer, je ne vais pas tenir, professeur, cingla Eddy. Je ne veux faire de mal à personne.
—Alors je mettrais tout en œuvre pour que cela n'arrive pas. Ta volonté représente autant que tes efforts. Les potions du professeur Slughorn font leur effet ? Tu n'as pas d'effet secondaire avec ce changement de recette ?
—Pas que je sache, non. Je suis juste fatigué, mais ça j'ai l'habitude.
Les yeux bleus de Dumbledore eurent l'air peiné, mais inspirer de la pitié était la dernière chose que voulait Eddy. Il déposa sa tasse et se releva pour observer les objets précieux miroitant dans le bureau du Directeur. Il y avait devant lui la réplique miniature du Poudlard Express qui effectuait une circumambulation sur rails autour d'un globe terrestre argenté. Eddy l'observa un moment, apaisé par le ronronnement mécanique de la petite locomotive. Fumseck sur son perchoir hulula doucement. Eddy tendit une main hésitante vers le phénix qui avait la forme d'une oisillon à peine sortit de l'œuf et le caressa sous l'œil de Dumbledore. Fumseck lui mordilla affectueusement la main.
—Les phénix sont des créatures fascinantes et ils n'oublient jamais ceux à qui ils ont donné une de leurs larmes.
—Il m'a sauvé la vie, murmura Eddy. Mais je ne sais pas… tout aurait été plus simple pour vous si…
Il n'acheva pas sa phrase, préférant observer ses mocassins usés.
—Penses-tu vraiment que la mort d'un enfant aurait pu soulager Popertina, Newt et moi même ? Ce sont là des pensées bien trop sombres pour un garçon de ton âge. Tu es ici, tu es en vie, et en dépit de tout en relative bonne santé. Poudlard est un endroit magique capable de bien des miracles, je sais que Newt t'en a parlé. Nous espérons tous les trois que tu ailles mieux sous peu. C'est pourquoi j'aimerai… te faire quelques recommandations pour le reste de l'année.
Dumbledore parut hésiter. Il se leva dans un plissement de cape et vint délicatement prendre le bébé Fumseck entre ses longs doigts parcheminés par l'âge. Entre les grandes mains de son professeur, le phénix avait l'air ridiculement petit. Pourtant Fumseck se cala confortablement entre les paumes noueuses de Dumbledore et s'endormit.
—Il est rare de créer un lien aussi fort et complexe avec une créature magique. De ce que m'a dit Newt, ton fléreur Charme semble faire parti de cette catégorie. Charme aura le droit de t'accompagner dans chaque cours, fais en sorte d'être discret sur ce petit passe-droit mais il est bon que tu sois entouré des bonnes personnes. Je sais que tu as rencontré beaucoup de membres de ta maison ces deux derniers jours, ainsi que certains professeurs. Aussi j'aimerai te demander de faire attention à un professeur en particulier. Le professeur Jedusor.
Inutile de dire qu'Eddy l'aurait parié, mais il hocha la tête pendant que Dumbledore glissait bébé Fumseck dans la poche intérieure de sa robe de sorcier.
—Le professeur Jedusor est dangereux, Monsieur ?
—Je dois t'avouer que je ne sais pas vraiment, Eddy. Le Tom Jedusor qui a quitté cette école il y a vingt ans était très différent de celui qui enseigne aujourd'hui. Je ne sais plus bien qui est cet homme alors je te demande de faire très attention à lui.
—À lui et à ses enfants aussi, n'est-ce pas ? rajouta Eddy en songeant à toutes les mises en garde que ses camarades lui avaient adressés depuis la rentrée.
—En un sens, oui, prudence est mère de sûreté. Mais ta retenue va bientôt commencer, je ne vais pas te retarder d'avantage. Cependant, voici une dernière recommandation de ma part, écris à Tina et Newt. J'aimerai que tu ailles ensuite t'excuser auprès de tes professeurs. C'est là le meilleur moyen de te faire accepter après tout ce qu'il s'est passé.
—Donc je dois aussi le faire pour Jedusor ?
—Pour le professeur Jedusor, et oui, ce serait préférable. Bonne soirée Eddy.
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Eddy avait juste eut le temps de chaparder des confiseries à table avant de se rendre en trainant des pieds à sa première retenue de l'année. En engouffrant un dragée surprise de Bertie Crochue au goût cassis Eddy se cala contre le mur de pierre du Grand Hall, Charme assit à ses pieds.
—Il t'aime vraiment beaucoup.
C'était Salazar Jedusor encore plus mal coiffé que le matin même. Il avait les mains dans les poches, mais surtout semblait terriblement heureux d'être là.
Salazar se pencha pour caresser Charme puis se décala pour attendre contre le mur non loin d'Eddy.
—Tu as fait exprès de te faire coller avec moi, pourquoi ?
—Parce que ça m'a semblé juste, répondit l'autre garçon comme une évidence avec un timbre de voix doux. Je ne voulais pas ce qui est arrivé hier en Défense Contre les Forces du Mal. Ce n'était pas fais exprès. Tu as eu le nez cassé et une retenue pour rien. Ce n'est pas ta faute.
Eddy pensa que le Jedusor se moquait de lui et jamais on ne lui avait fait plus mauvaise blague. Alors qu'il s'apprêtait à répondre quelque chose, le garde Chasse Hagrid apparut. C'était un homme gigantesque en fin de trentaine, avec d'épais cheveux bouclés et une barbe fournie. Ses petits yeux de scarabées brillèrent lorsqu'ils tombèrent le jeune Jedusor.
—Salazar, cela faisait longtemps que tu n'avais pas eu de retenue. Tu n'es pas obligé d'en avoir si tu veux passer me voir tu sais.
—Si c'est ma seule chance de pouvoir aller dans la forêt interdite après le couvre feu, je veux bien être collé tous les soirs, Mr Hagrid.
Il est complètement fou, se dit Eddy effaré.
Le géant se présenta au rouquin et lui tendit une paume si énorme que la sienne parut être celle d'un poupon. Pour autant, Hagrid lui inspira une franche sympathie. Il était bourru, simple, donc sans prise de tête. Après les présentations d'usage, Hagrid alluma sa torche et les deux adolescents et le fléreur le suivirent.
—En quoi va constituer notre retenue, Mr Hagrid ? demanda Eddy en s'avançant vers les troncs noueux de la forêt interdite.
—Nettoyer la forêt interdite, ces derniers temps c'est un vrai chantier là dedans. Je suis bien content d'avoir un coup de main ce soir.
La lune avait beau être pleine, à peine eurent-ils pénétré dans la forêt que l'obscurité les encercla. La maigre torche d'Hagrid n'était pas suffisante, Jedusor alluma sa baguette d'un lumos et Hagrid semblait attendre d'Eddy qu'il en fasse de même.
Le jeune sorcier préféra inspecter les troncs noueux et noirâtres cherchant ce qu'il devait nettoyer.
Hagrid leur donna à chacun une paire de gant en peau de dragon puis déclara :
—Nous allons nous séparer en deux groupes. Salazar tu restes avec Lee, tu le gardes bien à l'œil. Ce qu'on va devoir enlever ce soir ce sont des toiles d'araignées, il y en a partout, même les centaures commencent à s'y emmêler. Au moindre problème vous envoyez des étincelles rouges avec votre baguette. Je vous retrouve à vingt et une heure ici pour faire le point.
Le géant les laissa là. Si Hagrid lui avait inspiré plus tôt une franche sympathie, il trouvait totalement déraisonnable de laisser deux adolescents de troisième année en pleine nuit au milieu d'une forêt censément interdite. Pour autant Jedusor sembla s'en moquer, il traçait au milieu des troncs avec l'air de savoir parfaitement où aller. Charme le suivait comme une ombre, ses yeux n'étant que deux billes luminescentes dans l'obscurité.
—C'est ici que tu es constamment fourré, réalisa Eddy en faisant le lien avec les retards et l'air débraillé de Salazar.
—Oui, c'est l'endroit où je me sens le mieux, répondit l'adolescent d'une voix très douce.
Quelque part Eddy le comprenait, le calme et la fraicheur des bois lui inspiraient une certaine sérénité. Ils étaient arrivés au niveau d'une petite clairière recouverte d'un tas conséquent de toiles d'araignées. Avec ses gants, Eddy commença à les arracher mais leur taille et la forme caractéristique des toiles lui rappelèrent les croquis ajoutés par Tina pour la dernière édition Des Animaux Fantastiques.
—Ce sont des toiles d'Acromentules… Comment se fait-il qu'il y en ait ici alors qu'elles vivent dans des forêts à Bornéo ?
—Tu t'y connais drôlement en créature magique, dis-donc. Mais la raison pour laquelle il y en a ici… je ne peux pas t'expliquer.
Ses réponses sibyllines agacèrent une nouvelle fois Eddy.
—Je ne te comprends vraiment pas Jedusor, tu le sais ça ?
—Moi non plus je ne me comprends vraiment pas. Le fait est que… je voulais te parler. En tête à tête. Ma sœur, Skeeter et Black envisagent de s'en prendre à toi dans un futur proche. Peut-être pas ce soir car elles se sont disputées et je n'ai pas très bien compris pourquoi. Mais tu es dans leur ligne de mire.
Salazar fit un tas de toiles arrachées qu'il posa dans un coin, frottant ses gants contre l'écorce d'un arbre centenaire. Eddy jeta son propre tas non loin de là et Charme s'y précipita pour jouer dedans.
—Ça je m'en serais douté, bougonna Eddy. Ces trois pestes ne me font pas peur.
—Mais elles peuvent réveiller l'Obscurus en toi, et vu la souffrance que tu as à le cacher je pense que c'est la pire chose qui pourrait t'arriver.
Eddy se retourna si vivement que son cou craqua. Terrifié, il eut un mouvement de recul et s'étala sur les racines noueuses d'un cèdre. Charme ne semblait nullement inquiet et se léchait consciencieusement le coussinet. Salazar Jedusor se pencha vers Eddy en lui tendant une main pour l'aider à se relever un petit sourire aux lèvres. Il saisit cette main d'un geste fébrile et tremblant.
—C-C-comment tu as su ? C-c-
—Je l'ai senti. Je ne sais pas vraiment expliquer, murmura Salazar en se grattant la tête emmêlant une toile d'araignée dans ses cheveux bruns. Il y a des choses que je sens comme ça, depuis tout petit. Quand tu es arrivé, j'ai senti que quelque chose clochait et hier soir ça m'a sauté aux yeux.
Il lui offrit un sourire timide et incertain. Encore paralysé d'avoir été démasqué aussi rapidement, Eddy se força à articuler :
—Ne le dis pas aux autres je t'en supplie !
—Je ne comptais pas, murmura Salazar perplexe. En fait, je suis venu plutôt pour t'aider. Mon père ne doit pas apprendre qui tu es et encore moins Médusa. Maintenant croise le moins souvent possible leur regard, tu m'entends ? C'est très important.
Il y avait une inquiétude bien visible sur ses traits. Salazar bredouilla quelque chose puis finalement demanda d'une petite voix :
—Depuis combien de temps ? Comment est-ce arrivé ?
Eddy aurait pu se rebiffer de la curiosité de l'adolescent, pour autant, c'était avec une grande pureté que Salazar semblait poser ces questions. Dans ces yeux bleus éclairés par le lumos de sa baguette il y avait une intense sollicitude. Charme avait toujours été son guide pour bien des choses, et le soir même de son arrivé il avait choisi le jeune Jedusor pour dormir avec lui. Ce soir même Charme se frottait contre la jambe de Salazar avec un air de pur contentement. Alors Eddy répondit en sentant qu'un poids s'enlevait lentement de ses épaules.
—J'avais sept ans… Je ne me souviens absolument pas de ma vie d'avant ça. J'ai oublié mes parents et leur visage. La seule chose qui m'est resté c'est ma langue maternelle, le romani, pendant des années je n'ai parlé que comme ça.
—Tu es gitan ? demanda Salazar sans le mépris qui caractérisait habituellement cette question.
—J'imagine, comme je t'ai dit, je ne me souviens pas de ma vie d'avant. Mais sûrement.
Tina et Newt avait eut quelques pistes à son sujet, mais Eddy trouva que ce n'était pas le bon moment pour parler de ça.
Salazar eut l'air soumit à d'intenses réflexions, il se gratta de nouveau la tête, puis ôta ses gants à cuir de dragon.
—Merci d'avoir confié ton secret. Je vais te confier le mien désormais, est-ce que tu veux le voir ?
Interloqué Eddy hocha la tête. Qu'avait Salazar Jedusor à montrer ?
Doucement, Salazar se mit accroupis par terre et posa ses mains entre les racines et les toiles d'araignées tout juste arrachées. Eddy ne comprenait pas que le garçon avait en tête, mais de petits frémissements l'interpellèrent. Autour de lui, Eddy remarqua que de petits serpents arrivaient en ondulant sur la terre, mais ils n'étaient pas seuls, de petits mulots, des hérissons, des botrucs, diablotins, arrivaient comme attirés par le jeune garçon au sol.
Ce fut bientôt presqu'une centaine de petits êtres curieux qui avaient envahis la clairière, dans l'ombre d'un bosquet on distinguait même des sombrals. Salazar s'assit, laissant les botrucs grimper sur ses genoux. Un niffleur s'enroula autour du cou du brun, certains petits êtres voulaient une caresse de l'adolescent, d'autres étaient justes des spectateurs paisibles. C'était là la scène la plus pure à laquelle Eddy eut jamais assisté.
Les bizarreries de Jedusor semblaient trouver leur explication dans cette scène calme éclairée par un rayon de lune.
Eddy se fit alors la réflexion que Salazar Jedusor, -en dépit des mises en garde de Dumbledore- était le plus gentil garçon du monde.
—Ah, vous étiez passés là, c'est l'heure vous deux. Ooh.
Hagrid qui arrivait, observa la scène avec émerveillement mais sans surprise. Salazar soulevait délicatement un botruc pour lui permettre de monter le long du col de sa robe, le remarqua et salua le géant.
—Alors il te l'a montré ? l'interpella Hagrid en s'asseyant lourdement à côté d'Eddy lâchant son sac de toile d'araignées. Il ne l'a montré à pratiquement personne son truc. Moi c'était par hasard, il y a deux ans j'ai vu un gamin s'engouffrer dans la forêt interdite et voilà qu'en me mettant à sa poursuite, je le retrouve nez à nez avec une licorne. J'ai cru qu'il allait se faire embrocher, mais non. De toute ma vie je n'ai jamais vu ça…
—Mr Hagrid… Qu'est-ce que c'est que cette magie ?
—Alors là, faut pas me demander ça à moi, grogna Hagrid mal à l'aise. J'ai arrêté l'école à treize ans, alors les théories, tout ça… Je sais juste que c'est bon… profondément bon, comme le petit. Ce gosse est tout le contraire du professeur Jedusor.
Hagrid retint un frisson, Eddy comprit que le professeur Jedusor inspirait une terreur pure au Garde Chasse. Loin de cette terreur, Eddy sentit qu'une sérénité nouvelle avait pris dans son être. Pour la première fois depuis son accident, Eddy ne sentait plus son Obscurus rugir à l'intérieur de lui. Et ça faisait un bien fou. Plus de cri, plus de rage, juste du calme.
Alors les larmes dévalèrent ses joues toutes seules. Cela faisait des années qu'il n'avait pas pleuré, en fait depuis la nuit où à ses dix ans l'Obscurus en lui avait failli le tuer. Hagrid l'entendit renifler :
—Eh bah mon gars, faut pas pleurer comme ça ! Du nerf !
Il bourra à Eddy une tape maladroite dans le dos qui manqua de lui décrocher les poumons, il s'étouffa à moitié dans ses sanglots. Jedusor s'était relevé, le charme s'était rompu, lentement et presqu'à regret les petits habitants de la forêt regagnaient l'obscurité. Seul un botruc s'accrochait obstinément à la chevelure de Salazar. Il l'enleva délicatement lui permettant de rejoindre la terre ferme.
—Pleurer ça fait du bien, répondit le jeune Jedusor d'une voix douce. La retenue est finie Mr Hagrid ?
S'ils n'avaient pratiquement rien fait, Hagrid trop éberlué par les pleurs d'Eddy, opina.
Ils rentrèrent sous sa garde vers le château avant d'emprunter le chemin des cachots. Personne ne prononçait le moindre mot, mais après avoir partagé leur secret en commun chacun réfléchissait de son côté. En pénétrant dans leur dortoir et en se déshabillant pour la nuit, Eddy songea qu'il s'était peut-être fait un ami. Salazar lui fit un petit sourire maladroit et tira la tenture de son lit.
Charme sauta alors sur son matelas, froissant le papier de la lettre de Newt et Tina à laquelle il n'avait pas répondu. Si un jour plus tôt il n'aurait jamais su quoi répondre à leur missive, aujourd'hui tout semblait avoir changé. Il tira une feuille de parchemin de son sac, posa son encrier et sa plume en équilibre précaire sur son matelas puis commença à écrire d'une main survoltée malgré les tâches d'encre et les fautes d'orthographes.
« Newt, Tatina,
Je ne sais pas trop comment commencer cette lettre, j'ai tellement de choses à vous raconter… J'ai rencontré plein de gens à Poudlard. Tu avais raison Newt c'est vraiment un endroit spécial, mais le plus spécial c'est ce garçon dans ma classe, il faut absolument que vous le rencontriez, je n'ai jamais rien vu pareil de toute ma vie…
Note : Gitans, Roms, Tziganes, Bohémiens, Manouches, Romanis, pour simplifier, ces termes renvoient à un même peuple dont l'origine la plus probable serait l'Inde du nord il y a plusieurs siècles. Ceux-ci ont lentement migré vers l'Europe amenant avec eux leur patrimoine et leur histoire, qui diverge aujourd'hui d'un pays à l'autre.
Essentiellement nomades à l'origine, la majorité des romanis sont aujourd'hui sédentaires. Selon leur parcours ou leur période d'arrivée en Europe, certains termes furent choisis mais tous ces termes n'ont pas la même signification ni la même histoire en fonction d'où vous vous trouvez. "Tzigane" est parfois considéré comme une insulte dans les Balkans par exemple. Manouche peut être mal perçu en France, mais c'est un terme de leur langue pour se désigner dans le sud du pays. Les romanis eux même se nomment "Roma" et leur langue est le romani une langue indo-européenne. Adaptée en fonction des régions et rencontres, cette langue a évolué en différents dialectes, et si les mots gardent une racine commune, la syntaxe et la grammaire peuvent évoluer en fonction des pays, comme l'Anglo-romani que parle Eddy qui reprend la syntaxe anglaise.
Il y aura donc plusieurs mots en romani dans cette fic, ils seront traduit entre parenthèse si le personnage comprend la langue, sinon, en fin de chapitre.
Gadzo, Gadjo : (fem : Gadji) Quelqu'un qui n'a pas de sang romani.
Chavo : (fem : Chavi) Jeune garçon ou jeune fille romani
Manus, Manush : Manouche, Homme vrai.
Merci à MadMarx pour sa première lecture sur ces chapitres
C'est tout pour aujourd'hui, à la semaine prochaine :)
