Et voici la suite, ce chapitre a été un des premiers auquel j'ai pensé quand j'ai commencé à écrire cette fic. C'est donc un de mes préférés ;). J'espère que vous l'aimerez autant que moi.


Chapitre VIII : Les vacances sont finies

La corne de Basilic moulue est le meilleur remède contre les sifflements incontrôlés.

Prenez en de préférence au premier repas de la journée.

Note de bas de page du Codex de Serpentard.

Serpentard n'avait pas gagné la rencontre contre les Gryffondor, Bellatrix ayant été projetée avec son balai contre un des buts à cause du vent. Sans leur batteuse l'équipe n'avait pas su rebondir et ils avaient perdus à quelques points d'écarts. Les Gryffondor s'étant fait retirer des points toute l'année, les Serpentards étaient les gagnants attendus de la Coupe des Quatre Maisons.

Le banquet de fin d'année se passa dans cette ambiance joyeuse. Eddy avait passé le reste de l'année à réviser ses examens et pensait qu'il ne s'en était pas trop mal sorti. Même s'il avait été incapable de transformer la chouette en vase en métamorphose, McGonagall avait eut l'air satisfaite et l'avait félicité d'un petit sourire avant de l'envoyer attendre avec les autres le reste des épreuves.

Tout aurait pu être parfait, mais Salazar ne lui adressait plus un mot depuis le match. Il était retourné à la solitude dans laquelle il l'avait rencontré. Toujours seul, froid et distant. Eddy l'avait trouvé dans le parc en train de dessiner contre un arbre et avait essayé de lui parler sans que jamais il ne lui réponde. Il était retourné au château d'un pas rageur.

Au festin de fin d'année, Salazar était seul en bout de tablée, lisant un curieux livre aux pages noirâtres.

Bellatrix assise à côté d'Eddy consentit à lui donner la corbeille de pain quand il la lui demanda. Elle le vrilla de son regard violet sombre et siffla :

—Tâche de revenir en vie de l'été Sang de Bourbe, j'ai encore quelques tortures à tester.

—On croirait presque tu en viendrais à l'apprécier, se moqua Médusa. Mais que t'arrive-t-il Bella ? Tu t'es cognée la tête trop fort pendant le match ?

—N'importe quoi. Je disais juste qu'on doit avoir notre petit caniche en vie pour l'année prochaine, c'est tout.

—Mais je ne suis pas un chien, se récria le garçon alors que Rita pouffait et derrière elle même Gwendal ne put s'empêcher de sourire.

—Bien sûr que oui. Un chien ça mord quand on lui tape dessus mais ça revient toujours, et c'est ton cas. Tu es venu t'asseoir à côté de nous après les semaines d'enfer qu'on ta fait vivre. C'est donc que tu aimes ça.

Le garçon leva les yeux au ciel mais Médusa avait l'air songeuse. Elle darda un coup d'œil au bout de la tablée où se trouvait son frère et Eddy lui découvrit une expression de tristesse pure qu'elle n'avait jamais laissé transparaître auparavant sur son joli visage.

Le diner se termina sur les félicitations chaleureuses de Dumbledore envers la maison Serpentard puis il les enjoignit à bien se reposer pendant l'été. Le professeur Jedusor ne s'était pas un instant départi de son air glacial. Depuis l'incident de son bureau, Eddy ne lui avait pas reparlé et c'était tant mieux. Il avait été focalisé sur le nom de son père tout juste retrouvé mais n'avait pas oublié celui qu'il avait vu dans l'esprit de son professeur. Lord Voldemort. Etait-ce lui ? Qui était ce garçon qu'il avait vu dans les flammes ? Le professeur le regardait avec des yeux dangereux et Eddy était tétanisé. Il pouvait lui faire du mal s'il parlait, ou pire encore faire du mal à Salazar et Médusa et cette alternative le terrifiait. Il sentit sa magie crépiter en lui, et alors qu'il se levait, il but une gorgée de sa potion pour se calmer. Il retourna au dortoir en vitesse sans adresser un mot à ses camarades.

Le jour du départ arriva. Eddy était un peu fébrile et inquiet à l'idée de quitter Poudlard pour retourner chez ses gardiens. Il avait réussi à trouver un équilibre ces derniers mois, entre ses potions, ses progrès et ses nouveaux camarades. Que se passerait-il une fois arrivé au Cottage Scamander ?

Il se posait la question alors qu'il devançait la dame au chariot dans le Poudlard Express. Il avait Charme sous un bras, sa valise dans l'autre et peinait à avancer. Il s'était levé en retard et avait failli manquer le train. Il cherchait du regard Médusa et Salazar dans les compartiments qu'il dépassait. Il aurait aimé correctement s'expliquer avec son condisciple, mais il ne le trouva nulle part tout comme sa sœur. Il pénétra à la suite de Gwendal qui partageait son compartiment avec un Gryffondor cousin à lui, Frank Londubat. Le train démarra.

—Notre compagnie te déplait ? Tu cherches quelqu'un ? finit par se moquer Londubat en voyant qu'il ne cessait de jeter des coups d'œil par la vitre pour voir passer son ami.

—Les jumeaux Jedusor. Je dois leur parler.

—Ils ne prennent pratiquement jamais le train, l'avertit Gwendal. Leur père les raccompagne.

Il songea, déçu, qu'il avait manqué sa chance. Peut-être que l'été était le meilleur moyen de faire le point sur sa situation compliquée ? Ces quelques brefs mois avaient été bien remplis et jamais en rentrant à Poudlard il n'aurait pensé être mêlé à tant de problèmes. Oui, il ferait peut être mieux de penser à retrouver sa famille, prévenir les Scamander de ses projets et tant d'autres choses encore. Il avait promis à Salazar de l'inviter chez lui, mais il doutait même qu'il réponde à ses lettres aujourd'hui.

Il se mêla à une partie d'échecs version sorcier que disputaient Frank et Gwendal puis parvint à s'apaiser pour le reste du voyage avec le ronronnement de Charme.

Quand il arriva sur le quai sa valise sous le bras, Tina l'attendait entre les parents d'élèves. Elle était semblable au jour où ils s'étaient quittés en Mars. Grande mais un peu voutée par l'âge, ses cours cheveux gris coiffés en anglaises encadraient son visage un peu ridé mais d'une infinie douceur. En le voyant ses yeux noirs pétillèrent de bonheur.

—Tu as tellement grandi, je suis vraiment ravie de te voir. Comment vas-tu ?

—Très bien.

Et il était sincère, il était en train de retrouver la mémoire, son Obscurus était calme, pour une fois les choses avançaient.

—Newt n'a pas pu venir. Il a eu petit accident avec un hippogriffe. Rien de grave je te rassure, sa jambe est juste immobilisée pour quelques semaines. Viens vite, j'ai des tas de choses à te raconter ! Il faut que tu découvres la maison, tu ne l'as jamais vue maintenant que j'y pense.

Emporté par ce petit tourbillon qu'était sa tutrice, Eddy quitta le quai. Charme bondit sur l'épaule de Tina et sous ses battements de queue fourchue ils disparurent.

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Médusa et Salazar quittèrent la salle commune des Serpentards plus tard que les autres et prirent leurs bagages une fois que celle-ci se fut vidée. Le château était vide, ils le traversèrent en silence vers le deuxième étage.

Ils pénétrèrent dans la salle de classe et s'attablèrent au fond à deux places de distances. Leur père était là à travailler silencieusement, il ne les salua pas ni ne changea de position, concentré. Par habitude, Salazar et elle ouvrirent leurs livres de cours et commencèrent à travailler leurs devoirs de vacances. Ils ne bougèrent pas de cette position pendant plusieurs heures.

Le soleil chauffait leur classe en dépit des lourds rideaux, l'après midi avait été entamé et Médusa commençait à avoir faim. À part quelques scones au petit déjeuner avec son thé elle n'avait rien mangé. Mais son père ne semblait pas bouger, toujours aussi concentré. Salazar, deux places plus loin, avait abandonné l'idée de travailler. Il griffonnait vaguement dans son carnet caché derrière deux livres.

Accio.

Le carnet s'envola dans la main tendue de leur père et Salazar se figea. Médusa quitta ses notes de botanique et observa l'échange, tendue.

Les vacances sont finies, Salazar. Tiens toi correctement et travaille.

Le ton fut si sans appel que les deux replongèrent malgré la faim sur leurs parchemins, les yeux baissés.

À peu près une heure plus tard, leur père se leva, prit les dernières affaires qui lui restait et leur ordonna de le suivre. Ils s'exécutèrent et quittèrent l'étage avec leurs affaires. Dans le Hall ils croisèrent McGonagall qui semblait elle aussi sur le départ.

—Mr Jedusor, Médusa, Salazar, ravie d'avoir pu vous voir avant de partir. Vous avez fait beaucoup de progrès cette année tous les deux.

—J'ai pu observer cela en effet, certains plus que d'autres, la coupa leur père en s'avançant.

McGonagall parut choquée de ses paroles, mais Médusa tenta un petit sourire pour arrondir les angles. Elle aimait bien McGonagall, elle était un peu plus vieille que leur père de quelques années et avait une façon d'enseigner et une justesse qui plaisait à Médusa. Quand on voit sous le masque des gens, croiser des gens animés de justice et impartiaux est souvent troublant. Minerva McGonagall faisait parti de cette troublante catégorie.

Ils se quittèrent ainsi. Médusa prit le bras de son frère. Ils descendirent le parc pour traverser les grilles et une fois hors de l'école, transplanèrent accrochés à leur père.

Ils étaient de retour à la maison. Le prieuré de son ancêtre était un grand bâtiment en pierre grisâtre sur deux étages. Il s'ouvrait en cour carrée avec en son centre une fontaine. L'endroit était touffu de végétation qui sinuait sur la pierre grise comme de longs petits serpents de feuillage. Le prieuré était dissimulé par de grands saules pleureurs, des amourettes, ifs, et pins parasol et abritait un immense marais dans lequel ils se baignaient petits.

Mais il fallait faire attention avec la Mare de Serpentard car celle-ci abritait plusieurs serpents venimeux qui n'hésitaient pas à chasser hors de leurs eaux. Ils pénétrèrent dans le prieuré. Le hall était aussi glacial qu'à l'accoutumée. Duddy et Tinny leurs elfes de maison apparurent pour récupérer leurs bagages dans un mouvement servile et disparurent.

Leur père les laissa sans un mot et disparut dans une fumée noirâtre. Le ventre de Salazar grogna, alors ils suivirent cet instinct primaire et se dirigèrent vers la salle à manger.

Cette salle, toute en longueur mais bien moins haute de plafond que la Grande Salle dont elle avait été le modèle jadis pour Helga Poufsouffle. Les elfes avaient préparé un ragout qui trônait sur la longue table de pierre sculptée de serpents. Ils se servirent et mangèrent toujours en silence. Salazar ne lui avait jamais semblé aussi triste. Il pouvait certes, passer des jours sans parler, mais il n'avait jamais eut cet air glacial et désespéré. Médusa songea que l'été allait être long.

—Ça te dit qu'on aille s'occuper des sombrals après ? demanda la jeune fille en finissant son assiette.

Il hocha la tête. Il avait sans doute décidé depuis longtemps d'y aller. Ils quittèrent la table et se rendirent derrière la mare où se trouvait l'enclot. Dans l'ombre d'un sombral leur mère était cachée. Quand elle les vit, elle apparut sous les rayons de lune.

Comment était votre année les enfants ? siffla-t-elle en coiffant le crin d'un sombral de ses longs doigts.

—Bien, répondirent les jumeaux d'une même voix.

Salazar s'approcha d'un sombral qu'il caressa, puis lentement il monta sur son dos. Ainsi exposé au croissant lunaire, à cheval sur la créature squelettique il offrait un tableau aussi inquiétant que serein. Ne sachant trop quel sens donner à cette image, Médusa se tourna vers sa mère :

—Père m'a offert un nouveau compagnon. Voici Echo, Mère.

Le serpent rose siffla à sa mère. Si elle parut comprendre l'ironie, elle ne la goûta pas et s'en détourna d'un pas las. Elle paraissait fatiguée, songea-t-elle. Leur mère rentra à la maison. Médusa pensa qu'elle l'avait connue plus chaleureuse si c'était possible.

Médusa monta maladroitement derrière son frère sur le dos du sombral. Elle le serra dans ses bras tandis qu'ils faisaient au trot un tour du manège de l'enclos, dissimulés entre les roseaux gigantesques. La créature magique trottinait doucement, ne pouvant plus voler. Leur mère leur avait prit très tôt à briser les ailes des sombrals, un coup de baguette magique suffisant à les remettre ensembles. Salazar était revenu traumatisé de cette expérience.

Depuis il passait tout son temps dehors auprès d'eux. Médusa aurait pensé que la présence de Lee aurait pu aider son frère à oublier un peu leurs soucis, mais c'était chose vaine. Elle le sentit encore plus triste qu'à leur dernière rentrée mais n'osa pas le brusquer par légilimancie pour en savoir davantage.

Elle lui parlerait plus tard.

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Durant les vacances, ils se levaient chaque matin à l'aube, prenaient un livre dans la bibliothèque familiale et devaient en retenir par cœur tous les sortilèges jusqu'à midi. Ensuite ils avaient quartier libre l'après midi. Le soir venu, leur père les interrogeait sur ce qu'ils avaient appris. Selon son humeur quelques bafouillis pouvaient passer, mais s'il était en colère, la moindre virgule mal placée leur assurait une punition jusqu'au matin suivant. Et Salazar y goutait parfois trop souvent. Aujourd'hui cependant depuis deux jours leur père était absent, ils avaient passé la matinée à travailler ensembles dans le laboratoire et espéraient bien profiter de la journée. On était midi et ce fut sous ce soleil là et la chaleur écrasante de l'été qu'ils allèrent se baigner dans le marais.

Profitant de la fraicheur de la mare, ils barbotèrent un moment dans les eaux vaseuses en saluant leurs petits camarades reptiles qui arrivaient. Médusa leur présenta Echo alors que Salazar replongeait sa tête dans l'eau. Cela faisait une semaine que l'école était terminée et ils s'ennuyaient à mourir.

Médusa sortit de l'eau et se mit en plein soleil pour bronzer. Elle aimait avoir ce petit teint hâlé signe de son exposition au soleil contrairement à son frère et son père qui étaient d'une pâleur presque suspecte. Elle invita son frère à la rejoindre au soleil. Ils restèrent un instant à profiter des rayons chauds sur leur peau. Echo à ses côtés bronzait aussi, ses écailles noires et roses scintillant comme des petits diamants. Le serpent semblait dormir.

Elle plongea son regard dans les yeux de son frère.

« Pas de nouvelle de Lee ? » lui demanda-t-elle par la pensée.

« Il a trouvé du travail sur le Chemin de Traverse. Je n'ai pas répondu à sa lettre. Je n'aurais jamais dû l'approcher. »

Médusa eut envie de rétorquer quelque chose de venimeux à son cadet mais s'en abstint. Tout ça n'était pas la faute de Sal, mais la sienne.

« Il t'avait invité à passer l'été chez lui, non ? On peut demander à Mère en août vu que Père sera en Grèce. Elle acceptera peut-être, tant que quelqu'un reste avec elle, elle dit oui le plus souvent. »

Nagini arriva en ondulant légèrement dans les eaux vaseuses. La Maledictus souffla de ravissement envers Salazar. Elle s'enroula autour de lui, joueuse et Salazar répondit à voix haute :

—Ce n'est pas sûr que ça se fasse de toute façon, il a encore des choses à chercher.

Il plongea à l'eau emportant Nagini avec lui. Médusa rajusta ses lunettes de soleil en soupirant. Elle se retourna pour récupérer son livre sur les poisons courants et se mit à lire tandis que Salazar faisait la course avec Nagini.

L'après midi avançant, elle sentit sa mère passer derrière elle dans l'ombre d'un saule mais ne la salua pas. Plus tard, elle releva la tête. Son père se trouvait devant elle, dans sa robe de sorcier. Elle ne l'avait pas entendu arriver mais lui fit un magnifique sourire. Il eut l'air d'être assez bonne humeur pour avoir l'urbanité d'y répondre, et même mieux. Il s'assit sur une souche vermoulue près des herbes folles où elle était étendue. Il avait entre les mains le carnet de Salazar qu'il lui avait confisqué. Elle fronça les sourcils derrière ses lunettes de soleil.

—Nous ne vous attendions pas avant ce soir, Père. Tout s'est bien passé ?

—Assurément. Où est ton frère ? demanda-t-il dans un sourire en coin.

Il ne semblait pas vraiment en colère, juste hautement intrigué. Médusa se demanda ce qu'il y avait de si intéressant dans le carnet de son jumeau. Elle tourna son regard vers la mare, Salazar et Nagini avaient dû plonger et s'enfuir dès qu'ils avaient entendus la présence de leur père sur le domaine.

—Il doit sans doute être dans l'enclos avec Mère. Pourquoi ? ne put-elle s'empêcher de demander.

Apprend ton livre, Médusa, je t'interrogerai ce soir, rétorqua-t-il en fourchelangue tout en se levant.

Celui-là c'est pour le plaisir, railla-t-elle.

Elle l'avait senti, il était de très bonne humeur.

Alors amuse-toi bien, ma petite vipère.

Elle sourit à ce petit surnom affectueux entre eux et le regarda partir entre les fourrées. Elle savait qu'elle ne devait pas bouger, si elle suivait son père son humeur pourrait changer du tout au tout, car elle n'était pas à sa place. Si elle n'agissait pas son père serait plus complaisant au moment de parler à Sal.

Ils revinrent plus tard et son père parut étonnement satisfait et Sal paraissait presque rassuré. Médusa trouva cela très louche. Pendant le dîner leur mère n'était pas là. Ils récitèrent leur leçon, mangèrent puis furent congédiés. Alors que Salazar filait dans sa chambre avec Nagini enroulée autour du cou, sa sœur l'interpella :

—Que te voulait notre père ? demanda-t-elle.

—Il a compris ce qu'était ce que je dessinais… il croit que ce sont de vieilles runes. Peut-être, je ne sais pas.

Médusa savait qu'il faisait ces dessins sans vraiment réfléchir, les gribouillis qu'elle voyait dans le carnet de son frère étaient bien loin des sigles qu'ils apprenaient en Étude de Runes tout les deux. Pourtant Salazar était le premier dans cette matière sans le moindre effort. Son jumeau prit congé d'elle pour un bain de minuit. Elle songea à en faire de même mais s'en abstint.

Elle tourna les talons, franchit l'alcôve en pierre froide reliant la cour aux appartements de son père. Elle toqua à la lourde porte en chêne massif et on lui signala d'entrer. Le bureau de son père et de Salazar Serpentard avant lui était une grande pièce carrée un peu semblable à une chapelle. Il y régnait la même obscurité que dans la classe de Défense Contre les Forces du Mal, seul deux braseros près d'un fauteuil aux allures de trône éclairaient la pièce. Son père était justement assit sur ce trône en prenant des notes. Une potion se préparait au fond de la pièce, sur ses mouvements de main lointains.

—Où est Mère ? demanda-t-elle d'une voix tranquille.

—Tu n'es pas venue ici pour me parler de ta mère. Parle. Sois franche avec le sang de ton sang, lui rétorqua doucement son père.

Il relut ses notes, toujours avec un demi sourire aux lèvres, alors Médusa s'avança.

—Il paraitrait que Salazar écrit des runes dans son carnet ?

—Pas des runes, Médusa, pas seulement tout du moins. Ce sont plusieurs langues anciennes mélangées. Des runes, du sanskrit, du grec et de l'araméen dans ce que j'en ai découvert.

—Oh, et que disent-elles ? ne put-elle s'empêcher de questionner.

Son père releva la tête et fit disparaître d'un revers de main son parchemin. Il posa ses longs doigts sous son menton avec l'air de réfléchir puis l'observa.

—Je ne sais pas encore, nous allons travailler lui et moi à le découvrir.

Il avait l'air bien trop intéressé par ce fait et semblait même heureux, presque fier de l'aptitude de son fils. Il n'avait jamais eu cette expression là. Quand ils étaient petits, elle avait vite compris que son frère était incapable du moindre mal, et il ne voulait surtout pas en faire. Tuer un serpent pour une potion, briser les ailes des sombrals ou maltraiter leurs deux elfes étaient mal… parce que ça les faisaient souffrir. Il avait alors semblé être source d'échecs pour leur géniteur qui avait pris à part Médusa pour s'occuper de son occupation personnellement. C'était après toutes ces années d'études que la vision de la jeune fille ainsi que son sens moral s'étaient un peu brouillés.

Mais en repensant à la tristesse de son frère, le brouillis de sa boussole morale s'épaissit un peu. Elle devait agir.

—Tant mieux si ce mystère est en passe d'être résolu, sifflota-t-elle. Mais quel que soit le nom de son don, il n'a pas être à seul à vous être utile.

Elle s'approcha et s'assit sur un des larges bras de pierre de son fauteuil. Il ne moufta pas et la regarda l'air tranquille. Décidément il était de vraiment très bonne humeur s'il passait plus d'une semaine loin de Dumbledore.

Où veux-tu en venir, Médusa ? siffla-t-il presque taquin.

—J'ai su dévoiler le petit Obscurial, je peux encore vous porter assistance. Je suis la meilleure de notre promotion, mon don grandit-

—Tu veux donc plus de responsabilités dans mes affaires ?

—Oui, avoua-t-elle franchement. L'Obscurial se trouve en ce moment même sur le Chemin de Traverse afin de gagner ses gallions pour un petit voyage. Je peux continuer à me rapprocher de lui.

Elle se tût, attendant que son père prenne la décision ou non de corriger son impudence.

—Tu as fait beaucoup de progrès cette année, je me dois de l'avouer. Et tu as même réussi à faire progresser Edward Lee. Tu es en train de devenir une brillante sorcière… mais tu as encore besoin de supervision.

Il parut réfléchir encore un moment.

—Peut-être qu'un petit stage pour commencer serait des plus bénéfiques ? Si tu réussis la petite mission que je vais te confier, tu pourras rester après le Derby, ronronna-t-il d'un air affable.

L'allégresse et l'appréhension se disputèrent la faveur dans sa tête. Son père se leva et alla éteindre le feu de la potion. Il versa d'un revers de baguette le contenu du chaudron. C'était de petites fioles de potion fortifiante, constata-t-elle. Il parut se rendre compte de son intérêt et enchaina :

—Je ne t'ai jamais raconté ta naissance à toi et à ton frère, me semble-t-il. Quand tu es née, je ne m'y attendais pas. Seul Salazar était prévu. Je suis resté statufié près de ta mère sans bouger jusqu'à ce que ton frère ne naisse cinq minutes après toi. C'est pourquoi je t'ai prénommé Médusa. Tu es la première personne et la seule à m'avoir statufié ainsi. Quelque part, aujourd'hui tu me surprends toujours. Tu n'étais pas attendue mais je suis heureux de t'avoir près de moi.

Il reboucha son dernier flacon, Médusa s'était relevée et l'observait faire, confuse.

—Je vais m'arranger auprès d'un ancien collaborateur pour ton stage. Ta dose de travail ici restera la même. Oh, et si tu tiens à apprendre un livre plus intéressant pour demain, apprend celui-ci.

Il lui jeta dans les mains un petit grimoire rouge. Les auteurs étaient Newt et Popertina Scamander. La jeune fille fronça les sourcils en lisant le titre. Son père la congédia d'un regard et elle retourna dans sa chambre.

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Médusa s'observa dans la glace de son miroir encastré dans le mur. Elle finit d'attacher ses cheveux en chignon avec une épingle. Elle lissa sa tenue, satisfaite. Avec sa longue jupe de sorcière, son petit chemisier cintré, ses bas sombres et ses bottes de cuir noir, elle avait l'air professionnelle et adulte. C'était parfait.

Elle retourna derrière elle prendre le petit grimoire rouge qu'elle avait lu et relu pendant des jours quand bien même l'eut-elle appris en une soirée. La thèse des Scamander était posée sur son lit à baldaquin aux tentures mauve sombre. Il trônait au centre de la pièce en pierre lézardée. La chambre de Médusa n'était pas la plus grande pièce du prieuré mais elle l'aimait beaucoup. C'était deux anciennes chambres de prêtres accolées l'une à l'autre que ses ancêtres avaient modifié au cours du temps en la creusant dans ses fondations autour d'un petit bassin faisant office de baignoire. La chambre était au niveau du sol comme l'étaient souvent celles des anciens corps de prêtres et elle avait un petit balcon donnant sur la mare. Salazar y plongeait souvent étant enfant pour échapper à leur père ou à leur mère. Écho était en train de se baigner dans la baignoire quand elle glissa le livre dans son sac et quitta la pièce. Le soleil se levait doucement sur leur marais.

Salazar était déjà debout et lisait un livre de rune contre la fontaine de la cour, Nagini enroulée autour de ses pieds nus. Il avait près de lui un gnome de jardin curieux que Salazar ne semblait pas remarquer. Pourtant un frémissement alerta son frère qui d'un geste de la main chassa le gnome de la cour. Cinq secondes à peine plus tard leur père apparaissait dans le hall ouvert sur l'extérieur. La petite créature s'était carapatée, Sal parut soulagé et leur père se tourna vers Médusa :

—Allons-y.

Il ne daigna pas accorder un regard à Sal et ils transplanèrent.

Quand ils arrivèrent chez Barjow et Beurk sous un sortilège d'invisibilité, la boutique n'était pas encore ouverte mais son père y pénétra sans s'en faire. Médusa ne tarda pas à le suivre. Elle n'aimait pas être seule dans l'Allée des Embrumes. Si elle ne doutait pas de sa capacité à se défendre par la magie noire, la ruelle glaciale était sale et malodorante. La boutique de Beurk était à peine moins miteuse et crasseuse. La jeune fille retint une grimace en redevenant visibles. Mr Beurk arrivait du fond de sa remise et leur offrit à tous les deux une grimace des plus hypocrite. C'était un vieil homme sale et chauve au petit museau de rat et à la goutte au nez.

Professeur Jedusor, quel plaisir de vous revoir. Voici donc ma nouvelle petite stagiaire.

Médusa lut dans son regard des choses peu ragoûtantes, elle retint une grimace de mépris.

—En effet. Dis bonjour à Mr Beurk, Médusa.

—Bonjour Mr Beurk, minauda-t-elle dans un sourire faux.

Elle savait que son père avait un temps travaillé ici avant de partir en voyage et de rencontrer leur mère. Du peu qu'il lui avait confié sur sa vie, elle savait que Caractacus Beurk était un vieil homme sénile mais sournois. Il avait peut-être deux ou trois choses à lui apprendre lui avait-il dit. Elle serait donc commerciale pour ce vieux renard pour le mois. Ça et d'autres petites missions bien sûr. Son père sortit d'un étui de sa poche une grosse paire de lunettes rondes.

—J'ai apposé un sort de Brouille-Tout sur les verres pour qu'on ne te reconnaisse pas. Réactive le sortilège régulièrement et ne les enlève pas. Je crois que tout est dit, bonne journée.

Il disparut dans un nuage de fumée noire. Mr Beurk se tourna vers elle :

—Même avec les lunettes tu as la jolie petite gueule de ton géniteur, je compte sur toi pour faire tourner des têtes comme lui avant toi. C'était mon meilleur vendeur.

—Je n'en doute pas. Bien, où est la réparation que je dois effectuer ? commanda-t-elle d'une voix sèche.

Beurk eut une grimace et la conduisit au fond du magasin, entre deux sièges en pattes d'acromentules il y avait une armoire à disparaître.

—Impossible à réparer, c'est complètement détraqué, tous mes réparateurs s'y sont essayés, l'un d'entre eux a bien failli s'y faire aspirer. Mais paraît-il que père Jedusor a réussi à réparer sa jumelle.

Médusa se demanda où se trouvait l'armoire jumelle à celle qui se vendait ici mais s'abstint de commentaire. Elle eut un sourire tranquille. Ça ne devait pas être trop compliqué de réparer cette fichue armoire.

Elle avisa sur la hotte de cheminée un objet brillant et se dirigea vers ce point lumineux. Entre un crâne de sombral peint de runes et deux têtes réduites d'elfes il y avait sur un petit coussin le plus beau collier qu'elle eut jamais vu. C'était un long collier d'opales en sautoir, sertis de pierre de jades et perles grises. Il se dégageait du bijou un charme sombre et ténébreux. Elle le voulut immédiatement et puissamment.

—Pas touche, siffla Beurk. Je croirais le voir lui il y a vingt ans. Deux petites pies voleuses, des sales petit niffleurs voilà ce que vous êtes tous les deux.

—Sans doute, ricana la jeune fille. Vous pouvez dire tout ce que vous voulez vous n'avez pas le choix. Restons donc cordiaux Mr Beurk. Si je répare cette armoire, je veux ce collier.

—Il te tuera si tu le portes petite sotte. Ah, les petites sorcières-

—Qui a dit que c'était pour que je le porte ?

—Il est hors de question que je te le donne, c'est pratiquement le triple de ton salaire de stagiaire petite morveuse. Va travailler sur ton armoire pendant qu'il n'y a pas de clients dans la boutique.

—Et risquer de ne pas apprendre à négocier avec vous ? dévia-t-elle aussitôt pour reprendre les rennes de la conversation. Nous n'avons pas à nous entendre, mais à nous comprendre. Je répare cette armoire invendable, je vous ramène vos clients et objets précieux et vous m'apprenez à négocier ainsi que toutes vos petites combines. Je veux étudier ce collier, c'est tout ce que vous avez besoin de savoir.

Le petit visage de rat de Beurk se plissa mais il eut l'air plus enjoué lorsqu'il reprit :

—Peut-être que ce mois en ta compagnie sera moins terrible que je ne le pensais petite sorcière. Fais ce que tu as à faire, et nous en reparlerons.

Médusa eut un petit sourire. Comme son père avant elle, elle avait vu que Beurk était trop faible pour vraiment attaquer, il était donc facile à mâter. Médusa songea qu'elle allait bien s'amuser tout compte fait. Elle avait hâte de retrouver Lee.

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Eddy avait passé les deux premiers jours de vacances auprès de Newt et Tina avant d'aborder l'idée de trouver un travail. Newt avait eu la jambe cassée par un hippogriffe qu'il essayait de calmer. Il était donc la plupart du temps assis sur son rocking-chair à lire ou à travailler avec sa jambe immobilisée. Son médicomage lui avait enjoint à beaucoup de repos. Quand il proposa son projet de job d'été, Newt eut l'air surprit :

—Pourquoi donc ? Si tu as besoin de quelque chose tu n'as qu'à nous demander, mon garçon.

S'il n'avait pas parut comprendre, Tina quelque part estimait qu'il grandissait et qu'il avait le droit d'avoir un peu d'indépendance.

Le Cottage Scamander se trouvait proche de la mer, à Selsey dans le Sussex. Ce n'était pas la seule habitation sorcière de la région. Cachés derrière une petite falaise, excentré de la ville moldue, il y avait d'autres maisons sorcières dont Newt lui avait parlé comme les Avery ou les Lovegood. Cette petite communauté sorcière de Selsey avait fait installer auprès du ministère une cheminée cachée entre les dunes de sable épais de la plage. Tous les matins Eddy s'y rendait donc en compagnie de Tina et avec Charme dans les bras.

—Je te laisse travailler alors, fit la vieille femme. Encore un gros bravo pour tes examens, tu as fait tellement de progrès.

Il avait eut autour de la moyenne dans presque toutes les matières, ses notes de Botanique et Soins aux Créatures magiques lui avaient permis de s'en sortir avec d'honorables encouragements sur son bulletin arrivé plus tôt dans la semaine. Eddy se sentait fier et soulagé de ce fait. Il ne leur avait pas encore parlé de sa décision de partir seul cet été.

—Je compte sur toi pour veiller sur lui, Charme, fit Tina au fléreur dans ses bras avant de le laisser.

Il pénétra dans la cheminée avec son chat, prit une dose de poudre cheminette qu'il avait prise dans le pot en partant du cottage et cria :

—Chemin de Traverse !

Le conduit commun était relié à une petite artère de l'allée sorcière de Londres. Plusieurs sorciers arrivaient ici par un réseau de plusieurs cheminées. L'adolescent se décala pour laisser passer une grosse sorcière apparue après lui et commença à marcher vers son emploi.

Il avait trouvé un travail de serveur chez le glacier, les Sœurs Fortarômes. Gladys et Gélatée étaient justement en train d'ouvrir le magasin quand elles le virent arriver. Les deux sœurs étaient jumelles, toutes deux petites et rondes avec de courts cheveux blonds, elles étaient les expertes des saveurs glacées.

—Allez, va vite t'habiller. La journée sera chaude, ça veut dire beaucoup de clients, s'exclama Gélatée en faisant léviter une table.

Il ne tarda pas à s'exécuter, Charme sur les talons.

La journée était effectivement très chaude, l'allée sorcière n'avait pas été conçue pour abriter des arbres tant fut si bien que l'artère principale était une véritable fournaise que rien ne pouvait rafraichir. Il parvenait difficilement à se concentrer pour enregistrer les commandes tellement il transpirait. Son costume bleu glacé avec un petit nœud papillon mauve n'aidait pas. Gladys qui était la plus âgée des jumelles l'apostropha pendant qu'il encaissait un duo de gobelins.

—Va débarrasser la 7, je dois donner son goûter à Flo.

Il avisa Florian, le fils de cinq ans de Gladys qui dessinait sur la table en fer forgé avec une douille à chocolat qu'il avait chapardé en cuisine. Il s'exécuta et servit son café à une harpie en charentaise.

Il n'avait pas mit longtemps à trouver ce petit emploi, les étés chauds attiraient le chaland et les sœurs Fortarôme avaient sauté sur l'occasion d'avoir un serveur même s'il était incapable de magie.

Il rejoignit Gélatée qui était en train de préparer une commande en cuisine. Sa baguette s'agitait versant glaces, sorbets et petite mignardises gracieusement dans la coupelle en forme de cygne. Les condiments volaient doucement, s'assemblant dans un joli ballet aérien. Eddy songea que c'était de la belle magie, une chose qu'il aurait désespérément aimé être capable de faire plutôt que des explosions.

—Apporte cette glace à la 9. Prend une pause ensuite, on dirait que tu vas fondre, petit chat. Cette glace là c'est pour toi.

Elle lui montra une énorme glace aux pommaçide et à la citrouille posée sur le comptoir. Alors en salivant d'anticipation, et malgré le surnom, il s'exécuta. Quand il revint la glace avait commencé à fondre mais il l'emporta avec lui dans la ruelle. Il croisa Ace, un grand garçon à la peau sombre qui revenait justement de sa pause cigarette pour prendre le relais.

—N'espère pas avoir un peu de fraicheur dehors, on cuit comme dans un chaudron.

Malgré tout il s'y dirigea. Ace n'avait pas menti, il commença à manger sa glace dans la fournaise. Charme était caché du soleil sous une poubelle et collait son poitrail à la fraicheur des pavés. Il avait vingt minutes de pause mais ne savait pas bien par quoi les combler tellement le soleil était cuisant. Il sentit soudain derrière lui un petit courant d'air. Il y avait un petit phénix en papier soigneusement plié qui voletait autour de sa tête et essayait de lui picorer le crâne.

Intrigué, il s'en saisit et l'ouvrit :

« Suis ce petit papier une fois que tu l'auras lu, mon petit Obscurial »

Le message était entouré de petits cœurs grossièrement dessinés ainsi que d'autres petits dessins du même niveau –et d'un goût douteux.

C'était le message le plus bizarre qu'il eut jamais lu, mais de quelqu'un au courant de sa condition. Le papier se reforma en phénix et l'invita à le suivre. Curieux mais un peu tendu, il déposa sa coupe de glace et le suivit Charme sur ses talons.

Le petit origami traversa la foule sous le soleil de l'après midi et bifurqua. Il se dirigeait vers le seul endroit que les Scamander lui avaient interdit : l'Allée des Embrumes. Avant qu'il n'ait pu arbitrer du pour et du contre, le phénix de papier s'était déjà engouffré dans la ruelle. Alors il se mit à sa poursuite et Charme poussa un cri outré.

—Je sais, je sais, tu me feras la tête tout à l'heure.

Entre les murs de pierre froids, l'allée sinuait en serpentant entre les maisons biscornues et grisâtres. Il n' y avait pas un rayon de soleil d'été qui transperçait l'épais brouillard mauve entre les maisons, la ruelle était donc froide, glaciale. En s'avançant, des sorciers dans l'alcôve d'une maison lui jetèrent un regard noir. Il retint un frisson. C'était complètement fou et déraisonné de suivre ce petit origami en papier. Mais la mention de sa condition avait hautement attisé sa curiosité. Alors lentement, il s'apprêta à pénétrer dans la boutique face à lui. Une jeune femme binoclarde était en train de s'activer à l'intérieur.

Quand il entra, la binoclarde se jeta sur un bureau, prit une pose et le regarda d'un air supérieur.

Surprise.

—Mais vous êtes qui ?

La binoclarde eut l'air de comprendre quelque chose, elle jeta ses lunettes sur le bureau. C'était Médusa. Vexée que son effet ait été gâché, elle lui afficha une moue boudeuse et puérile. Eddy ne l'avait absolument pas reconnue avec ces grosses lunettes, c'était comme si les traits de son visage étaient brouillés. Il darda un regard à la pièce où ils se trouvaient, c'était celle d'un antiquaire mais clairement porté sur la magie noire.

—Mais qu'est-ce que tu fais là ? grimaça-t-il alors que Charme sifflait.

La jeune fille jeta un regard impérieux au fléreur mais fit un sage pas un arrière, peu désireuse de se frotter à ses griffes :

—J'ai appris que tu avais trouvé un petit emploi, j'ai trouvé ça étonnement sage de ta part, Lee. J'ai pensé qu'une petite expérience de travail serait un plus pour moi, fit-elle d'une voix innocente.

—On se demande ce que tu vas apprendre ici, grinça-t-il. Je dois y aller. Ma pause est bientôt finie.

—Je n'en reviens pas que tu ne m'ais pas reconnue avec les lunettes Brouille-tout, après tout ce que nous avons partagés, l'interrompit-elle avec de faux airs de petite fille capricieuse.

Eddy l'avait rarement vu aussi en forme, cela cachait quelque chose.

—Le monde ne tourne pas encore de toi, tu sais.

Pas encore, souffla-t-elle d'un air mauvais. Mais ça ne saurait tarder. Je n'arrive pas à croire que tu ais suivi un message dont tu ignorais tout du lanceur. Ce n'est pas très prudent. J'ai eu raison d'y mettre des petits cœurs pour t'attirer. Tu as les hormones qui te travaillent, Lee ? se moqua-t-elle ensuite.

L'adolescent se détourna, lassé mais rougissant. Médusa contourna son comptoir et vint lui saisir le bras avant qu'il ne franchisse la porte :

—Tu as besoin d'argent pour tes petites vacances à la recherche de ton passé, je suis prête à t'en donner. Mais il faut que tu invites Sal chez toi. Il est au plus mal.

—Je n'en veux pas de ton argent, se récria-t-il. Surtout pas fait ici. Que se passe-t-il avec Salazar ?

—Il est renfermé, glacial, inquiet… je ne sais pas. Aucune idée, avoua honnêtement la jeune fille. Père se rapproche de lui et il le laisse faire. Ça m'inquiète. Souviens-toi de ta promesse, je n'ai pas pu te faire ta potion mais toi, je t'en supplie aide-le.

Elle semblait dépitée de cet échec. Eddy se sentit même compatir, les échecs il connaissait ça si bien.

—Notre père sera absent le mois prochain et notre mère pourrait être encline à tel arrangement entre vous deux. Alors s'il te plait, invite-le.

—Tu me demandes de protéger ton frère des plans de ton père que tu suis toi-même ? Je ne suis pas sûr de te comprendre Médusa.

—Parce que, murmura froidement la jeune fille, je t'ai dit que mon père n'a jamais voulu d'enfants. J'ai lu dans son esprit une phrase un jour avant qu'il ne m'en éjecte. On est le plan b. Et je ne sais pas en quoi il consiste. Je dois le savoir. Maintenant tu as intérêt à ne pas penser à ce que je t'ais dit, la prochaine fois que tu regarderas mon père.

Eddy avala de travers devant le regard noir de la jeune fille. Elle était si proche de lui que leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres. Charme à la fenêtre, les observait d'un œil curieux. Eddy parvint à s'esquiver près de l'entrée, un peu mal à l'aise.

—Pourquoi tu me racontes tout ça ?

—Parce que maintenant mon petit rouquin en costume de pingouin, tu y es lié au plan b. Invite Salazar, un peu de temps loin de notre mère lui fera le plus grand bien.

Et elle les raccompagna dehors prestement Charme et lui.

En remontant vers l'artère principale du Chemin de Traverse, Eddy avait la tête bourdonnant de milles questions et il sentait son Obscurus gronder en lui. Sa magie crépitait si fort que lorsqu'une vieille sorcière tenta de lui vendre des doigts humains sur un coussin décrépis, il l'électrocuta.

Elle retomba sur le mur, sonnée, avec un petit cri. Les autres sorciers le laissèrent en paix pendant qu'il sortait de l'allée. Il retourna à son travail sans parvenir à se calmer, mais fit ses taches de façon robotique, complètement obnubilé par les révélations de Médusa.

.

.

Deux jours plus tard, il se décida à parler à ses tuteurs de ses projets en rentrant du travail.

Il n'avait jamais connu le Cottage Scamander, ayant toujours vécu au fond de la vieille valise de Newt ou dans leur maison dans les Everglades aux Etats Unis. C'était une maison tout en hauteur, en pierre claire et au haut toit de chaume et de paille noire, typique de la région. Au bord de la mer, il y régnait un calme serein, sauf quand Newt ouvrait pas mégarde sa valise, ce qui arrivait -un peu trop- souvent.

Il pénétra dans la maison alors que le soleil était couché. Il eut la surprise de voir un invité un peu déplaisant à table avec ses tuteurs.

C'était Thésée, le fils de Newt et Tina. Il était en fin de vingtaine, grand, des cheveux noirs et drus avec de petits favoris soigneusement coupés autour de son visage mou. Ils ne s'étaient pas beaucoup côtoyés ces dernières années, Newt et Tina l'ayant trouvé, il avait déjà quitté le cocon familial depuis longtemps. Newt et Thésée ne s'entendaient pas très bien. Il n'était pas très amoureux des créatures magiques ni même très proche de la nature ayant accepté un petit poste de comptable au MACUSA. Il avait choisi une petite vie simple et bureaucratique à la grande incompréhension de ses parents. Ils ne se voyaient que peu depuis ce choix, le croiser ici était donc surprenant. Il leva les yeux de son assiette et croisa le regard d'Eddy à la porte.

—Bonsoir, tu es en retard.

En retenant un grognement, il s'attabla. Thésée et Eddy ne s'entendaient pas non plus très bien, du peu qu'ils s'étaient vus. Le garçon lui trouvait un air toujours un peu flegmatique et méprisant envers le choix de vie de ses parents, toujours sur les routes et imprévisibles.

—Ça s'est bien passé ta journée ? demanda Newt. Aujourd'hui avec Twinki nous avons survolé un peu la mer. Son aile s'est réparée, il pourra bientôt rentrer chez lui.

Twinki était l'énorme hippogriffe que Newt et Tina avaient recueilli trois mois plus tôt après leur retour du Japon. L'animal avait été blessé par des braconniers et avait été très méfiant vis à vis du couple. Puis comme il savait si bien faire, Newt était parvenu à le calmer et lui produire des soins. Cette aptitude lui rappela qu'il ne leur avait toujours pas parlé de Salazar.

Il prit une portion de spaghettis, les mâcha et pendant que Tina parlait avec Thésée, il répondit lentement.

—Assez calme, une journée classique. Dis Newt, tu te souviens l'ami dont je t'ai parlé dans mes lettres ? J'aimerai bien l'inviter quelques jours.

—Bien sûr, comment s'appelle-t-il déjà ? Je ne me souviens plus, Sullivan ?

—Non, Salazar. Salazar Jedusor.

À ce nom, Tina se figea et s'arrêta de parler avec son fils. Le regard qu'elle échangea avec son mari en disait long. Elle prit le temps de boire son verre de vin et répondit d'une voix peu assurée :

—Oui… bien sûr, pourquoi pas.

À son ton, Eddy sut immédiatement que Dumbledore les avaient mis en garde contre les Jedusor. Il fut en colère contre le vieil homme de l'empêcher d'aider Salazar à sortir un moment de son foyer si peu accueillant.

—Vous deux, vous vous êtes mis dans les ennuis, encore, réalisa Thésée en dardant son père et sa mère d'un regard désespéré. Quel est le problème avec ce Jedusor ?

—Rien, rien, assura très rapidement Tina. Ce sont les enfants du Sous-Directeur de Poudlard, Albus ne l'aime pas trop, cela m'a surprit c'est tout.

—Dumbledore, hein, encore Dumbledore, s'énerva Thésée. Dans quoi veut-il vous mêler cette fois ? Vous n'avez plus l'âge !

—J'ai encore l'âge de te mettre une belle correction en duel, jeune homme, l'apostropha sa mère d'une voix sèche. Cela ne te regarde pas. Changeons de sujet.

Ils repiquèrent du nez dans leurs spaghettis. Malgré l'aura tendue de la pièce, Newt semblait tranquille. Il donnait des petits légumes de la sauce de ses pâtes au petit botruc qui l'accompagnait partout depuis des années.

—J'ai trouvé le nom de mon père, attaqua-t-il sans préambule. Il s'appelait Danny. Daniel Lee.

—Oh c'est fantastique ça, s'enthousiasma Newt en lui frottant les cheveux alors que Tina souriait. Justement pour mon contact, Bill Berry se trouve près de Cardiff au début d'août. Je pense que ma jambe aura bien cicatrisé d'ici là. Nous pourrons le rencontrer.

—Justement… j'aimerai y aller seul. C'est un romani comme moi, je pense que ça passera mieux… sans toi.

Il baissa les yeux, affligé par sa tournure maladroite. Newt s'était figé tout comme Tina, seul Thésée mangeait négligemment ses pâtes d'un air tranquille.

—Tu veux rester seul dans la nature et partir sur la route avec lui, comprit Tina. Écoute mon grand, nous te faisons confiance… mais tu es trop jeune. Tu n'as que quatorze ans. Ce n'est pas possible.

—Mais vous pouvez me préparer des réserves de potion. Je sais me défendre sans magie et me débrouiller tout seul. C'est pour ça que j'ai pris ce travail. Je vais acheter tous les ingrédients et tout mon matériel.

Ses deux tuteurs s'étaient pétrifiés et même Thésée avait arrêté de jouer avec sa nourriture et les regardait un peu confus.

—Tout ce qui nous importe c'est ton bien, Eddy. Mais ce n'est pas possible de rester seul pendant plusieurs jours. Newt s'acclimate très bien aux autres cultures, il se fera tout petit.

—Vous ne comprenez rien, râla-t-il en se levant.

—Ce que je comprends c'est que tu es en train de nous piquer une crise d'adolescent, souffla Tina. Au lit, nous en parlerons demain.

—Bonne nuit, lui cria Thésée sardonique alors qu'il se réfugiait dans l'escalier.

Il monta vers sa chambre à toute hâte, furieux.

.

.

Le lendemain, Eddy ne parla pas à Tina. Elle l'accompagna jusqu'à la cheminée des dunes et parut si désolée de son silence affiché qu'Eddy ne desserra pas les dents, des heures durant. Il était occupé à nettoyer les verres. La journée se terminait doucement, la plupart des sorciers rentraient chez eux. Il alla servir la commande d'une famille de touristes sorciers puis alla encaisser une autre sorcière et enfin débarrassa sa table.

—Tu sembles adorer servir les autres, pourquoi ne pas me servir moi ?

C'était Médusa, elle avait ce petit chignon strict sur lequel étaient posées ses lunettes et une robe de sorcière grise sage et plissée descendant à ses mollets. Ainsi, elle ressemblait à un peu à une banquière travaillant à Gringott avec les gobelins. Elle avait sur le visage son habituel petit sourire rusé.

Ace vint la voir, heureux de pouvoir servir sa commande. C'était une jeune homme de seize ans, mais cracmol, il n'était pas au courant de la réputation de la petite Jedusor à Poudlard.

—Je la gère, fit Eddy peu désireux de laisser son camarade entre les mains malicieuses de la jeune fille.

Il eut l'air jaloux mais haussa les épaules. Il n'y avait plus beaucoup de client, le café-glacier n'allait pas tarder à fermer.

—Tu veux quoi la Gorgone ? demanda-t-il tandis que Médusa s'asseyait tranquillement.

—Glace au Pissenlière, s'il-te-plait, lâcha-t-elle en accolant à la formule de politesse un petit ton mielleux.

Il se dirigea vers le bac à glace. Gladys et Gélatée fumaient une cigarette sorcière dehors et le petit Florian farfouillait des choses à voler parmi les ustensiles de cuisine. Il lui apporta sa commande et s'attabla face à elle. Eddy remarqua qu'elle avait les mains abîmées comme si elle avait fait des travaux manuels.

—Ça va être compliqué pour Salazar… Newt et Tina n'ont pas eut l'air emballé dès que ton nom de famille a été prononcé. Ce sont des amis de Dumbledore.

Dumbledore, siffla-t-elle après avoir enlevé sa cuillère de sa bouche. Méfie-toi de ses jugements à lui, il est bien placé pour donner des leçons.

L'adolescent fronça les sourcils. Il était sur le point de la questionner sur ses propos quand le petit Florian se planta devant eux et adressa un sourire lumineux à la jeune fille puis lui présenta un cookie, charmeur :

—M'dame, m'dame, j't'ai dessiné !

Le cookie représentait une grosse patate faite de crème acidulée et deux bouts de réglisse faisaient office de cheveux. C'était le portrait le plus maladroit qu'on eut pu faire d'elle.

—Oh merci, et si tu allais maintenant t'étouffer avec ? Sale petit cancrelat.

Florian partit en sanglot rejoindre sa mère dehors. Medusa avait fini sa glace et arborait un air satisfait, mais elle avait l'air très fatiguée. Ses vacances comme celles d'Eddy n'étaient pas très reposantes, manifestement.

—Tu as fait pleurer un gosse, tu en es fière ?

—Oh allons, c'est si bon d'être mauvais, ricana-t-elle.

Peu désireux de répondre à sa provocation, il revint à ce qu'elle avait dit.

—Ton père… il a mentionné que Dumbledore avait fait quelque chose et qu'il ne pouvait rien contre lui… tu sais de quoi ça parle ?

—Oui, dit-elle tranquillement. Quand nous étions petits, Dumbledore a essayé de nous enlever Salazar et moi.

Eddy se figea, ne sachant quelle expression offrir à la grimace amusée de Médusa. Elle semblait pourtant sincère. Elle souriait tranquillement en jouant avec sa cuillère.

—Quoi ? parvint-il à articuler un peu sous le choc.

—Oui, il a envoyé deux sorciers pour nous kidnapper alors que nous étions avec Mère sur le Chemin de Traverse. Ils ont tué un de nos elfes pour essayer de nous avoir. Ces sorciers étaient les frères Prewett, les grands frères de Molly Prewett à Gryffondor. De grands amis de Dumbledore. Mon père a les preuves pour le faire accuser, ainsi que les témoins. Dumbledore sait qu'il sait et se tient plutôt sage. Depuis, il le tient plus ou moins par le bout de sa barbe de vieux pruneau. Avec le bon timing, il est foutu.

Eddy songea tremblant que ce serait sûrement le cas sans savoir ce qu'était le bon timing. Mais comment Dumbledore avait-il pu fomenter un enlèvement ? Connaissait-il vraiment cet homme dont Tina lui avait dit de se méfier ?

—Ces sorciers étaient ? releva-t-il en se rappelant l'usage du passé pour les deux frères. Et pourquoi voulait-il vous enlever ?

—Oui, l'un est mort, l'autre a disparu, fit-elle d'une voix faussement chagrin. Quant à ses motivations à ce vieux scabreux, je ne veux pas les connaître. Juste, méfie-toi de lui même s'il t'a fait rentrer à Poudlard.

Eddy songeur baissa les yeux et croisa ses bras sur sa poitrine. Gladys revint vers la boutique en trainant Florian par le bras. Elle avait l'air furieuse.

—C'est vous qui avez insulté mon Flo ?

Médusa se leva tranquillement et prit son sac. Elle regarda sa montre d'une façon insolente avant de lever la tête vers la patronne d'Eddy et de daigner lui répondre.

—Je ne l'ai pas insulté. Je lui ai rappelé son état et le bon usage d'un biscuit. Quand on ne sait pas dessiner, on ne dessine pas. Il n'est pas bon être trop souple avec un enfant, ça le conforte dans la médiocrité.

Elle offrit à une Gladys médusée un large sourire avant de s'en aller en les plantant là.

—Quelle sale petite chipie ! Je ne veux plus la voir ici ta copine. D'ailleurs elle a payé sa consommation ?

Eddy réalisa que non, mais Médusa avait déjà disparu.

La glace fut prise sur son salaire. Alors qu'il rangeait les dernières tables à l'arrière en pestant, Ace, un gros carton entre les bras l'interpella, ironique :

—Effectivement tu l'as géré dans les règles de l'art. Si c'est comme ça que tu gères ta petite copine, je plains tes choix de vie.

—C'est pas ma petite copine et mêle toi de tes mandragores, rétorqua-t-il mal à l'aise.

Ace s'esclaffa et ils fermèrent le magasin.

.

.

Quand il revint le soir, la maison était très calme. Thésée encore en vacances avait emmené Tina et Newt à un récital près de Londres. Il doutait fortement que Newt ait le moindre attrait pour la chose, mais il avait apparemment décidé de venir puisqu'il n'y avait pas un bruit. Il nourrit Charme et chaparda de quoi se faire un sandwich dans le garde manger. Ensuite il monta vers sa chambre. Dans la lumière bleutée de l'été, les faibles courants d'air envahissant la maisonnée lui donnaient un air un peu lugubre et spectral. Son tuteur avait grandi dans cette maison mais ne l'avait jamais aimé dans l'enfance lui avait-il confié. Il comprenait pourquoi. Sans les bruits d'explosion et les cris continus de créatures magiques qui suivaient Newt et Tina, cette maison était un peu froide.

En entrant dans sa chambre, Eddy alluma sa lampe. Il allait s'asseoir sur le lit quand il vit une rangée de petites fioles préparées avec soin. C'était de l'illuminial, il y en avait pour plusieurs jours.

Il tourna la tête vers la porte quand il entendit un petit craquement. Newt se trouvait là, appuyé sur sa canne. Son visage vieilli par le temps arborait toujours cet air de douceur infinie et ses grands yeux bleus luisaient doucement à la lueur de la lune.

—Tu n'es pas au récital ? demanda-t-il maladroitement.

—Thésée sait que je n'aime pas ça, murmura Newt en claudiquant doucement vers lui. Et puis, Cassie l'Occamy est en train de mettre bas, je ne voulais pas la laisser trop longtemps.

—Oh… euh et comment ça se présente ?

—Bien, souffla Newt en s'asseyant près de lui. Il faut encore un peu de temps encore, elle prend des forces pour les derniers instants. J'ai pensé qu'il fallait que je te voie.

Newt avisa les petites fioles posées et demanda encore plus doucement :

—Tu as encore peur de me blesser ? J'ai l'impression que tu m'évites depuis que tu es arrivé.

—Je ne veux pas reproduire ce qu'il s'est passé après mon renvoi, murmura-t-il en retenant de justesse quelque chose qui ressemblait à un sanglot.

—Je ne t'en veux pas, et je me suis rétabli tu sais. C'était un accident.

—Ce sont toujours des accidents, mais je fais du mal, souffla-t-il désespéré. Je finis toujours par faire du mal à quelqu'un.

Eddy enfouit sa tête dans ses genoux puérilement, il sentit Charme ronronner derrière son dos et la main de son tuteur sur son épaule.

—Je ne crois pas que tu finis toujours par faire du mal, Eddy. Tu es un bon garçon à qui il est arrivé de mauvaises choses. C'est tout. Et je ne te laisserai pas partir avec Mr Berry si je ne t'en pensais pas capable.

Eddy releva la tête, incertain. Il brillait dans le regard de son tuteur toute la douceur du monde.

—J'ai connu un Obscurial qui comme toi cherchait désespérément ses racines, je t'ai parlé de lui, Croyance. Il n'a malheureusement pas survécu et a fini par être emporté par son obscurus. Mais il avait eut au moins réponse à ses questions légitimes. Je ne peux pas t'empêcher d'y aller. Je le sais.

Eddy aurait voulu articuler un merci, seulement rien ne venait. Comme à chaque fois la douceur naturelle de Newt produisait un curieux sentiment en lui, à la fois de gêne et d'hébétude.

—L'Obscurus grandit tout de même en toi et nous n'avons rien pour le moment pour l'arrêter, avoua Newt d'un timbre désolé. Mais tu dois toi aussi grandir et vivre, c'est le seul rôle que tu dois avoir et ta préoccupation primordiale. Et pour ça, tu as besoin de tes racines. Tina s'inquiète pour toi, ce qui est légitime, tu as vécu beaucoup d'épreuves à ton âge. Un peu comme l'Occamy dans ma valise. Les Occamy retournent toujours à leur nid dit le proverbe. Les créatures magiques et les humains ne sont pas différents. Notre rôle à nous tes gardiens après t'avoir protégé, c'est justement désormais de savoir te laisser… partir.

Newt avait les yeux un peu brillants alors qu'il parlait. Eddy sentit la boule d'angoisse dans sa gorge péricliter une seconde pour devenir une boule de tendresse intense. Il serra le vieil homme contre lui. Newt répondit avec maladresse à l'étreinte et lui donna un petit miroir ouvragé.

—Comme ça nous pourrons communiquer. Je veux de tes nouvelles régulièrement, d'accord ?

—Ça marche.

L'affaire fut entendue ainsi et Charme clôt leur embrassade d'un coup de patte jaloux. Newt câlina l'animal envieux.

—Pour ton ami, c'est entendu aussi. Nous n'allons pas bouger de l'été. Je suis en train de finir mon prochain livre. Si ses parents sont d'accord, nous sommes d'accord. J'ai hâte de le rencontrer.

Il avait pourtant un petit air gêné.

—Tina n'est pas au courant que Salazar est invité ? comprit Eddy qui savait que Newt ne savait absolument pas mentir.

—Je lui en parlerai. Mais tu semblais soucieux envers lui à table, alors j'imagine que nous pouvons bien abriter un garçon de plus à la maison, si ça peut le soulager un peu.

—Merci, avoua honnêtement le jeune homme.

Newt lui fit un sourire éclatant et se releva aidé de sa canne. Eddy vint le soutenir.

—Et si tu m'aidais à faire venir au monde le bébé Occamy ? Ou bien tu préfères dormir après ta journée ?

—Oh non, j'adorerai, répondit sincèrement Eddy pressé de raconter ça à Sal.

Après trois semaines à travailler, Eddy avait mit suffisamment de côté pour estimer qu'il pouvait rompre son contrat et avancer son voyage. Les sœurs Fortarômes parurent un peu peinées mais lui assurèrent que s'il cherchait quelque chose l'année prochaine il était le bienvenu. Ace lui avait souhaité bon courage avec sa petite copine tandis que Florian lui avait offert un gros cookie à son effigie, à savoir une sorte de grosse patate avec des dessins à la gelée d'orange sanguine pour les cheveux.

Il mangeait alors son effigie avec sa petite copine dans le magasin de celle-ci après avoir rendu son tablier de glacier. Il était venu lui annoncer qu'il partait et que Salazar pouvait venir chez lui.

Mais la jeune fille était concentrée sur un étrange collier d'opale posé sur le comptoir, à bonne distance et baguette tendue. Il voulut le prendre pour l'inspecter, mais la jeune sorcière lui tapa violemment la main.

—Pas touche si tu tiens à la vie. Je te demande encore cinq minutes de concentration le temps que je finisse mon sortilège.

Eddy se demanda quel étrange sortilège elle était en train de créer et se détourna pour observer le magasin de Barjow et Beurk. Mr Beurk était parti plus tôt avant qu'Eddy n'arrive pour s'occuper d'une affaire hors du magasin. L'adolescente était donc seule dans une boutique de magie noire dans une rue très malfamée.

—Ta famille à vraiment des fréquentations louches, marmonna-t-il en regardant un cendrier fait dans la carapace d'un crabe de feu. Ce n'est pas un peu dangereux de te laisser seule ici ?

—Je suis chez les sorciers alors je peux utiliser la magie pour me défendre, maintenant tais-toi, et ne touche à rien surtout.

Il se résolut à se taire. Il y avait au fond du magasin une énorme armoire en bois noir et ouvragé. Médusa y était penchée quand il était rentré la dernière fois. Il inspecta ensuite de loin une couronne faites de houx et d'orties puis un cœur velu dans un bocal. Médusa avait fini son expérience et rangeait du bout de la baguette le collier d'opale dans une pochette dédiée.

—J'aime être entourée de jolies choses, fit la jeune fille. Ce collier est trop joli pour ne pas m'appartenir mais il faut que j'arrive à me débarrasser de sa malédiction.

—Si tu le dis. J'ai envoyé une lettre à Sal, il peut venir. Reste à savoir si ça sera possible avec vos parents.

—Eux, je m'en occupe, minauda Médusa. Je te remercie, Eddy. Vraiment.

Elle avait perdu toutes ses minauderies sur ses remerciements. Eddy retourna vers elle, alors qu'elle comptait la caisse nonchalamment. Quand elle se rendit compte qu'il était toujours là, elle eut une grimace enjouée.

—Tu es encore là ? Tu veux qu'on se partage la caisse ? Beurk n'osera même pas m'accuser. Je lui ai réparé son armoire, et ramené pleins d'argents.

—Non, ça va je m'en passerai. Je suis juste venu te dire que je m'en vais. Je pars pour Cardiff dans deux jours.

La jeune fille perdit sa grimace et eut l'air songeuse :

—Oh. Je te remercie de me prévenir. Tu veux que je te suive là-bas ? Tu as besoin de compagnie ?

—Arrête d'être plus méchante que tu ne l'es, grinça-t-il désabusé. Je voulais juste te souhaiter un bon été et souhaite bon courage à Sal de ma part.

Elle roula des yeux mais Eddy sentit que quelque part elle était touchée qu'il soit venu. Elle joua un instant avec le ruban qu'elle avait accroché à son cou comme un petit serpent.

—Ce sera fait. Bon courage pour retrouver le sang de ton sang.

—Le sang de ton sang ? l'interpella Eddy. Où as-tu entendu cette formulation ? C'est une formule gitane.

—Dans le livre de ma famille, fit la jeune fille d'une voix blanche en fronçant les sourcils.

Elle se figea car une silhouette encapuchonnée se dirigeait vers la boutique. Médusa lui attrapa violemment la main et le remisa au fond de la boutique caché entre la grosse armoire et un mannequin à couture aux huit longs bras pendant. La silhouette pénétra dans la boutique alors que Médusa revenait à sa place en remettant ses lunettes. C'était un grand homme au regard fuyant. Il était stressé et ne voulait surtout pas être surpris dans cet endroit. Jugeant qu'il était un peu mal caché, Eddy entreprit de se trouver une meilleure planque.

Lentement, il fit grincer les portes de l'armoire et s'y camoufla sans que l'inconnu ne le remarque. L'homme s'avançait vers Médusa.

—J'aimerai vendre cet objet. Sa valeur est inestimable.

La jeune fille se pencha pour l'inspecter. De loin on aurait dit une grosse boite en ferraille, mais c'était une machine à écrire.

—Mmh, une machine à écrire de chez Winston et Brodille, du siècle passé. Un peu usée, ça ne vaut pas grand chose. Qu'est-ce que c'est que ce B.T ?

—Ce sont les initiales de Bathilda Tourdesac, s'agaça le grand homme. C'est son ancienne machine à écrire avec ses propres notes et sortilèges. C'est un bijou de collection.

—Ah oui ? minauda la jeune fille peu surprise de cette valeur. Dommage qu'elle veuille s'en séparer. Comment avez-vous eu cet objet ?

—Je l'ai volé chez elle, murmura le petit homme transi sous le pouvoir de la jeune fille.

Il eut l'air catastrophé et blêmit. Eddy se rapprocha pour regarder la scène, posant sa main sur la porte de l'armoire qui fit un petit clic.

—Qu'est-ce que vous m'avez fait ?!

—Rien qui ne vous concerne. J'en prends deux cent gallions.

—Vous avez perdu l'esprit, c'est le dixième de son prix, petite folle, s'énerva le sorcier.

—C'est à prendre ou à laisser. Ou bien je dirai aux aurors la curieuse provenance de cet objet. Pour un petit larcin vous ne vous en tirez pas si mal.

Effectivement, le don de Médusa faisait d'elle une redoutable négociante. Le voleur blêmit encore plus et au moment où les pièces étaient échangées entre eux, Eddy se sentit happé vers l'arrière.

C'était comme s'il était passé dans un rouleau compresseur. Il sentit alors qu'il était écrasé que ses pieds quittaient le plancher de l'armoire. L'espace d'une seconde il flotta en l'air et Eddy retint un cri. Il retomba durement au fond de l'armoire et roula sur le sol. Il se retint de peu de vomir. Quand il leva la tête, il constata avec stupéfaction qu'il ne se trouvait plus dans la boutique de Beurk. Non, il était dans une énorme pièce emplie de bric à bracs en tout genre. Il y avait une épée dans un rocher dans un coin, une fontaine à moitié cassée dans un autre, un vieux grimoire posé sur le sol. C'était un bazar hétéroclite et ancien acheminé au cours du temps.

Un cri derrière lui attira son attention. Médusa venait d'arriver et tombait aussi piteusement que lui sur le sol de pierre. Quand elle se releva en tremblant elle parut reconnaître l'endroit où ils étaient.

—On est à Poudlard, dans la Salle Où tous les Objets sont Cachés. C'est Serpentard qui l'a construite avec les pierres de notre maison.

Eddy songea, confus, qu'il ne pensait pas qu'une armoire était en mesure de le transporter d'un bout à l'autre du pays et encore moins à Poudlard.

—Au moins c'est que cette armoire fonctionne sur les humains. Jusque là mes cobayes étaient des rats. Ne t'avais-je pas dit de ne toucher à rien, Lee ?

—Que se serait-il passé si ta réparation n'avait pas fonctionné ?

—Je t'aurais retrouvé en charpie de l'autre côté, fit la jeune fille peu troublée. Bien, maintenant il est l'heure de rentrer.

Alors qu'elle allait actionner le mécanisme sur la poignée, elle se figea :

—Non… il avait dit qu'il l'avait réparée de l'autre côté.

Elle eut un air hargneux et siffla ce qui devait être une insulte en fourchelangue.

—Qu'est-ce qu'il se passe ? paniqua Eddy. On ne peut pas repartir ?

—Non… il a jeté un maléfice à la porte pour me piéger ici.

—Il ?

—Mon père, rétorqua-t-elle agacée. C'est lui qui a réparé cette armoire. Il doit vouloir me faire passer un test.

—Votre famille a des goûts douteux en matière de surprise, grimaça-t-il.

Peu touchée, Médusa inspectait désormais les portes avec un air rageur, incapable de lever le sortilège. Eddy était inquiet. Que se passerait-il si elle était incapable de lancer le contre-sort ? Resteraient-ils bloqués ? Eddy s'imaginait mal chercher Dumbledore dans le château ou faire le mur pour s'enfuir.

Elle resta plantée là à marmonner une litanie de sorts pendant un moment. Ne sachant que faire, il commença à parcourir l'étrange bric-à-brac. Il y avait la mue d'un serpent gigantesque dans un coin de la pièce. Eddy se dit qu'il ne connaissait qu'un serpent de cette taille, un Basilic et c'était un monstre redoutable aux dires de Newt qui en avait croisé un une seule fois au cours de sa longue carrière. Il se demanda comment la mue d'une telle créature se trouvait entre les murs de Poudlard tandis que Médusa s'énervait de plus en plus. Elle pesta quelque chose en fourchelangue.

—Tu t'en sors ? se moqua-t-il du désarrois affiché de sa camarade.

Si tu savais te servir de tes dix doigts pour utiliser une baguette et pas pour servir des glaces et des petits plateaux, tu pourrais m'aider. Alors, la ferme, siffla-t-elle acerbe.

Il grinça un juron en romani et revint vers elle qui pestait de plus en plus. L'armoire réagit brièvement alors qu'une étincelle de magie survoltée sortait du bout de sa baguette.

Le vieux père serpent. Il veut que je m'énerve, c'est ça ? Il va voir.

En poussant un cri rageur, Médusa s'exécuta et se précipita pour jeter un puissant sortilège rouge. Elle tint son sort pendant quelques instants avant d'être expulsée. Alors qu'il accourait vers elle, la sorcière se releva en s'époussetant. Elle eut l'air satisfaite.

—La jolie petite farce que voilà. Il voulait me mettre en colère, c'était le seul moyen de briser son maléfice, claironna-t-elle d'une voix glaçante de rage. À toi l'honneur Lee.

Peu confiant, l'adolescent remercia vaguement la jeune fille et pénétra dans l'armoire à disparaître. Il y eut un craquement et il subit la même pression qu'à l'allée. Alors qu'il allait sortir, heureux d'être retourné au Chemin de Traverse, il se figea.

Mr Beurk était là et sembla réagir au bruit qu'il avait fait en arrivant car il leva la tête. Une seconde plus tard un violent craquement se faisait entendre et Médusa apparut à sa suite en lui écrasant le pied de ton son poids. Surprise de le voir dans l'armoire, elle lui attrapa le bras et ils tombèrent à la renverse sur le sol crasseux de la boutique juste devant Mr Beurk.

—Je ne te paye pas pour t'enfermer dans les armoires avec les garçons, Médusa, siffla le vieux Beurk.

—La ferme, vieux débris, éructa la jeune fille. Je l'ai réparée votre fichu armoire ! Elle est comme neuve.

Elle avait prononcé sa phrase d'une voix mauvaise, mais Mr Beurk n'en avait pas fini. Alors qu'ils se relevaient, Mr Beurk vint violement saisir Eddy par le col pour le secouer, l'air furieux et inquiet :

—Parle moi sur un autre ton, petite pisseuse. C'est qui ce gars-là ? Il fiche quoi dans ma boutique ?

—Mais lâchez-moi, éructa Eddy en cherchant à se dégager de la poigne du vieil homme.

—Laissez le tranquille, Mr Beurk. Il allait partir.

Puis voyant qu'il n'obéissait pas, la jeune sorcière eut un air encore plus mauvais.

Lâchez-le maintenant.

En couinant le vieil homme obéit, le regard vide pendant une seconde. Eddy recula alors que Médusa tirait la porte de la boutique pour sortir. Mr Beurk avait l'air terrorisé parce qu'il venait de subir et pour l'avoir vécu Eddy savait que ce n'était pas une expérience très agréable.

—Il est tard, il est l'heure de rentrer chez nous. À demain, Mr Beurk.

Et elle partit dans les ruelles sombres d'un pas tranquille. Eddy la suivit. Elle sifflotait gaiement sur le trottoir lugubre et crasseux d'un air de pur contentement.

—Il faut que tu arrêtes de faire ça, murmura Eddy.

—Pourquoi arrêterai-je des capacités qui me sont naturelles et qui en plus m'avantagent ? Allons, ne sois pas un Poufsouffle, Lee. Sois un Serpentard, un vrai.

Ils étaient arrivés sur l'artère principale. Eddy songea qu'il était en retard, cette histoire d'armoire à disparaître lui avait bien fait perdre deux heures. Les Scamander devaient s'inquiéter.

—Bon, et en ce qui concerne ma petite mission de réparation–

—Je sais, la coupa Eddy. Motus et bouche cousue. C'est une expression moldue. Je me tairais, j'ai l'habitude dès que je parle à un membre de ta famille, maintenant.

Elle lui afficha une expression un peu moqueuse. Elle défit l'épingle de son chignon et ses cheveux noirs cascadèrent le long de son visage. Médusa avait l'air fatiguée, sans doute était-elle pressée de rentrer.

—Bien, je vais y aller, mon elfe doit m'attendre. Sois sage, Lee, pas de bêtises quand tu seras sur les routes.

—Compte sur moi, répondit-il malgré tout. Toi aussi, prends soin de toi… et de Sal.

Son visage s'empourpra un peu et elle s'éloigna. Eddy la regarda partir puis prit la cheminée vers Selsey.


Et voilaaa. Le prochain chapitre se concentrera sur le voyage d'Eddy avec "Les enfants doivent rentrer". Prévoir, tarte, plage et gros ennuis. J'espère que ce chapitre vous a plu ! Merci de suivre cette histoire.

A la semaine prochaine :)