Chapitre IX : Les enfants doivent rentrer
Le Métamorphomage peut sembler bien sage,
Mais continuellement il change d'image.
Difficile à dresser, s'il fuit, il ne peut être cherché.
Alors, dans l'enfance tendez lui un miroir,
Ordonnez-lui de se voir,
Puis retirez à sa vue tout objet réfléchissant,
Et ce, pendant longtemps.
Adulte, ordonnez lui de se voir,
Et discrètement brouillez le miroir.
Montrez d'un sort votre visage,
Et vous ferrerez le métamorphomage.
Note au Don n. 4
Le jour de son départ, Tina avait dû lui répéter quatre cent fois les recommandations pour sa sécurité. À savoir bien prendre ses potions, se ménager, ne pas faire n'importe quoi, et autres règles élémentaires.
Il l'avait écoutée l'œil vitreux dans son bol de porridge alors que le soleil se levait. Thésée dormait encore et il partageait le petit déjeuner avec ses deux tuteurs. Quelque part cela lui rappelait sa vie avant Poudlard, quand ils étaient seuls tous les trois sur les routes.
—On devrait y aller, murmura doucement Newt.
En hochant maladroitement la tête, Eddy s'exécuta. Il prit son sac et finit d'attacher ses chaussures sous le regard inquiet de Tina.
—S'il y a le moindre problème, tu nous appelles, lui recommanda-t-elle une dernière fois. N'hésite pas, je viendrais.
—Allons Poppy, lui dit affectueusement son mari. Tout va bien se passer.
Ils la saluèrent et quittèrent ensembles la demeure. Ils marchèrent le long des dunes en silence puis Newt leva sa baguette, une fois arrivés près de la route. En quelques secondes il y eut un crac sonore, puis le magicobus se présenta devant eux. Le bus à double impérial mauve fit ronronner son moteur et un petit homme chauve à lunettes rondes et épaisses sortit pour les accueillir.
—Mr Scamander, voilà bien longtemps qu'on ne t'avait pas vu. Tu n'as pas encore des monstres dans la valise, rassure-moi ?
—Ne t'inquiète pas, Ernie, le rassura Newt en montant. Aujourd'hui, je suis les mains dans les poches. Nous allons à St Bristel au sud de Cardiff.
Ernie semblait avoir mille questions à leur poser tandis que la conductrice une petite sorcière asiatique remettait ses énormes lunettes devant ses yeux. Les portes se fermèrent et la sorcière embraya :
—T'as entendu Sue-Ann ? St Bristel ! On y sera en vingt minutes.
Et violemment le bus démarra. Eddy manqua d'être emporté, il fallut que la poigne tranquille de son tuteur ne lui saisisse le col de la chemise pour lui empêcher de s'envoler. Newt était un habitué du magicobus et tenait debout sans le moindre effort avec un sourire tranquille malgré les qualités de conductrice tout à fait particulières de la sorcière Sue-Ann.
Eddy se pencha pour s'éviter de vomir. Ernie se tourna vers lui et lui tendit un petit carré de chocolat :
—C'est ta première fois ? Ils sont moins résistants de nos jours les petits, ma Sue-Ann a pourtant une conduite très délicate par rapport à moi.
Eddy se demanda alors ce que pouvait être la conduite d'Ernie mais n'était pas pressé de le découvrir. Il prit le carré de chocolat. Le paysage défilait à toute vitesse sous leurs yeux, au bout du temps imparti, ils étaient effectivement arrivés.
Quand ils sortirent, Eddy s'empressa d'ouvrir son sac pour laisser Charme en jaillir et vomir son petit déjeuner. Lui même n'était pas loin de le faire.
Ils étaient à St Bristel, une petite ville moldue du Pays de Galle près de la mer à quelques dizaines de kilomètres de Cardiff, là où ses tuteurs l'avaient trouvé. Son cœur s'emballa d'excitation alors que le magicobus redémarrait derrière eux. Les moldus ne s'étaient pas rendus compte de la présence des deux sorciers, ni du bus avant eux, ils vaquaient à leurs occupations dans le soleil matinal.
—De ce que j'en sais, Mr Berry est souvent sur le port, fit Newt. À toi de le trouver, je te laisse faire.
Quelque part ça devait être une sorte de test pour vérifier sa débrouillardise même si sans doute que Newt ne l'aurait jamais envisagé de la sorte. Précautionneux comme on le ferait avec un animal sauvage à réintroduire dans son milieu naturel, il le laissait s'acclimater. Eddy prit Charme dans ses bras et commença à marcher vers le port de St Bristel. Il questionna quelques moldus avec Newt marchant quelques mètres derrière lui. Après avoir questionné une jeune fille curieuse de voir des étrangers dans son petit village, elle leur indiqua une auberge sur le front de mer, La Morue. Ils s'y rendirent.
La Morue était un petit bar un peu miteux attaqué par l'humidité. Il sentait à l'intérieur du petit pub une odeur forte d'eau de mer mélangée à celles plus suave de l'alcool et du bois pourris. La matinée avait été entamée et quelques hommes étaient déjà en train de savourer une Guiness sur le comptoir. En raffermissant la prise sur Charme, il se planta vers le serveur, un adolescent boutonneux :
—Je suis à la recherche de Bill Berry. On m'a dit qu'on pouvait le trouver là.
Un autre grand homme, roux à la mâchoire carrée leva la tête de sa pinte. Il était vieux, ses traits burinés par le soleil ne semblaient pas sympathiques.
—Tu lui veux quoi à Billy, hein ?
Il lâcha une insulte dans un dialecte qu'Eddy connaissait bien et l'adolescent lui répondit dans la même langue et sur le même ton. L'œil du romani sembla s'éclairer. Il jeta un coup d'œil suspicieux à Newt au fond de la boutique qui observait leur échange avec un peu d'inquiétude.
—C'est toi le petit chavo dont on m'a parlé ? Celui qui cherche le sang de son sang ? demanda-t-il dans son idiome.
L'adolescent hocha la tête tandis que les autres clients s'interloquaient de leur échange incompréhensible. Berry darda un regard sur Newt toujours silencieux :
—T'es qu'un gosse avec une peluche. Je ne veux pas de gamin pleurnichard avec moi. Et lui, le gadjo il vient ?
—Non, rétorqua sèchement Eddy. C'est mon histoire, c'est mon chemin.
La méfiance du vieil homme diminua quelque peu. Il termina sa pinte, paya sa consommation et se leva.
—Je t'emmène à Cardiff, mais tu as intérêt à travailler. J'veux pas de parasites.
Eddy hocha la tête. L'affaire sembla entendue ainsi. Bill Berry quitta le bar avec l'adolescent sur les talons. Newt les observait de loin. Puis, rassuré de voir qu'il avait réussi à se faire écouter du vieil homme bourru, il lui adressa un signe de tête et disparut entre deux allées.
Eddy le regarda faire un peu sonné, cette fois il était définitivement seul.
Bill Berry habitait en dehors de la ville, une caravane rouge était tirée par deux chevaux gris à l'air fatigué. Eddy remarqua qu'il était le seul de son campement. Le vieil homme bourra sa pipe et s'assit contre la courroie de la roue de sa roulotte.
—Quel est ton nom, chavo ?
—Edward Daniel Lee, murmura le garçon.
Il ne savait pas trop quoi faire les bras ballants, planté au milieu de ce campement de fortune alors que le vieil homme fumait. D'un geste il l'invita à s'asseoir, Charme alla se fourrer sur ses genoux.
—Les Lee, hein ? J'en ai entendu parler mais ils ne sont pas bien nombreux au Pays de Galle. J'espère pouvoir t'aider petit garçon.
—Je ne suis pas un petit garçon, j'ai quatorze ans, râla l'adolescent.
—Pour mon peuple tu serais un homme, certes, mais je ne côtoie plus beaucoup les miens. A quatorze ans, on est encore un môme quoi que tu en penses. Si tu fais des bêtises, je te chasse à coup de pieds au derrière toi et ta peluche.
Berry lui offrit un sourire un peu édenté. Il se releva après avoir crapoté une ultime fois sa pipe puis commença à préparer la carriole.
—T'as déjà conduit une varda (roulotte) ? demanda-t-il alors qu'il harnachait ses chevaux.
—Je pense' pas, avoua honnêtement Eddy incapable de se souvenir si c'était quelque chose qu'il avait fait avec sa famille avant son amnésie.
En se rapprochant des deux chevaux, il plaça si naturellement le mord de la longe entre les grandes dents de l'équidé, qu'il se dit qu'il avait déjà fait ça. Une sorte de nostalgie confuse le prit. Peut-être arriverait-il à se souvenir de quelque chose ? Mr Berry sembla content de ses réflexes et l'invita à monter près de lui. Charme sauta ensuite entre eux, et ils partirent.
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Conduire une roulotte était en fait beaucoup plus compliqué et éreintant qu'il n'y paraissait. Dans les montées comme dans les descentes il fallait descendre de la roulotte pour guider les chevaux afin que leur poids ne blesse pas les bêtes ou ne les entraine pas. Les chevaux étaient essentiels pour les communautés romani, c'était leur seul moyen de locomotion, et c'était donc avec un certain pragmatisme qu'ils en prenaient soin. Ils avançaient lentement, la roulotte était lourde et Berry peu pressé. Ce fut deux jours plus tard qu'ils atteignirent Cardiff et firent leur camp. Bill Berry était batelier une bonne partie de l'année, durant la saison chaude il travaillait comme ferrailleur la plus part du temps. En fait, il prenait le travail qui passait sans s'en soucier, heureux de pouvoir manger contre son effort. Il avait mit Eddy à contribution. Ils s'arrêtaient au bord de la route et l'adolescent récupérait ce qui pouvait avoir de la valeur alors qu'ils avançaient dans la campagne anglaise. Les moldus jetaient tant de choses sur leur chemin qu'il avait presque l'impression de faire du nettoyage.
La lenteur de leur caravane déplaisait aux moldus qui ne cessaient de les klaxonner avant de les dépasser au volant de leur voiture. Mr Berry semblait s'en moquer et abreuvait les chauffards d'insultes gratinées murmurées dans sa barbe.
—Il ne sert à rien d'être si pressé, grondait-il peu soucieux d'être compris. Le monde ne pas s'arrêter de tourner parce que vous arrivez au retard à votre brunch.
Le soir venu, alors qu'Eddy allumait le feu pour leur campement, Berry fumait sa pipe. Ils n'avaient pratiquement pas échangé ces derniers jours. Mr Berry était d'un tempérament calme et Eddy peu porté sur les conversations. Alors que le vieil homme faisait chauffer une tranche de lard dans une poêle au bord du feu, Eddy se résolut à lui poser davantage de questions.
—Vous ne vouliez pas que mon tuteur vienne avec nous, constata Eddy en romani.
—Non. Une connaissance commune m'a parlé de ta quête, mais je n'aime pas les étrangers… et encore moins les muller (sorciers).
Eddy hoqueta alors que Berry coupait le lard en deux avec son opinel.
—Vous savez que Newt est sorcier ?
—Oui, chavo. Et toi aussi. Chez nous, les romanis, nous avons souvent des sorciers. Je suis ce que vous appelez vous autre un cracmol. Ma mère était une sorcière mais pas moi.
Eddy récupéra l'écuelle que le vieil homme lui tendait et coupa un bout de graisse du bout des doigts pour l'offrir à Charme. L'animal lui léchouilla les doigts avant de s'en saisir dans un ronronnement allègre.
—Elle n'a jamais été à l'école, continua Berry. Je crois savoir qu'il existe une école pour apprendre à maitriser et cacher ses dons… mais chez nous il n'est pas vraiment besoin de se cacher. Nous nous cachons déjà des gadje, pas besoin de se cacher de son peuple. La mère de ma mère lui a appris ce qu'elle devait savoir.
Alors, songeait Eddy, peut-être que sa mère était effectivement une sorcière. Mais pourquoi ne serait-elle jamais partie à sa recherche ? Ces questions ne voulaient pas interrompre le brouhaha qui avait envahi sa tête désormais. Il mangea un peu en se rapprochant du feu. Si les journées étaient chaudes, les nuits restaient fraiches.
—Est… est-il déjà arrivé qu'on exclue quelqu'un de la communauté ? demanda Eddy d'une petite voix en observant les flammes danser devant ses yeux.
Il risqua un regard vers Berry qui semblait mélancolique :
—C'est déjà arrivé, oui. Mais on ne laisserait pas un gamin sur le bas côté. Jamais.
Il retourna à son assiette, refusant d'en dire plus.
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Le lendemain, le ciel était grisâtre pendant que la roulotte avançait entre les collines. Eddy descendu de la carriole pour l'alléger observait les arbres et les maisons alentours. Cet endroit ne lui disait rien, il aurait été bien incapable de se rappeler ces ruelles ou même l'agencement du pâté de maison. Alors qu'il pensait qu'ils allaient s'arrêter, Berry l'interrompit :
—Remonte, on va vers le port. Nous ne sommes pas les bienvenus ici.
En effet quelques moldus jetaient un regard courroucé à leur équipée. Il s'exécuta. Au bout de quelques minutes ils avaient quitté le petit quartier populaire pour un petit port excentré et miséreux. Il y avait des vieilles péniches côtoyant des voitures d'un autre âge. Le port comme le ciel était grisâtre. Eddy eut l'impression d'être transporté dans une photo ancienne tant tout semblait monochrome. Berry quitta la roulotte.
—Attend-moi là, gamin. Je vais me renseigner.
Le vieil homme partit vers un groupe de bateliers près d'un hangar. Il le regarda partir avec un sentiment fébrile d'inquiétude. Charme miaula pour capter son attention et il lui donna quelques caresses. L'animal eut un ronronnement de contentement.
Non loin de la roulotte, des adolescents d'à peu près l'âge d'Eddy jouaient au football dans des habits anciens et usés. Ils avaient l'air haves et tristes même s'ils criaient. L'adolescent songea que dans ses malheurs il avait eut la chance de tomber sur Newt et Tina.
Berry continuait à parlementer avec les bateliers mais le ton s'envenimait. Eddy entendit une insulte émaner de la bouche du vieil homme. Il admonesta Charme à garder la caravane et se dirigea d'un pas incertain vers le groupe.
—Je t'avais dit de rester dans le varda, chavo, gronda Berry.
Les hommes lorgnèrent Eddy avant de braquer un regard furieux sur Berry. Eddy songea qu'ils devaient avoir un compte à régler.
—Que se passe-t-il ? demanda-t-il en romani.
À cette langue le groupe parut à peine moins méfiant.
—Nash avri, William Berry. Tu n'es plus le bienvenu ici. (Va-t-en)
Le dénommé cracha sur le sol tandis qu'Eddy se demandait ce qu'il avait bien pu faire pour s'attirer autant de mépris. Berry retournait à la caravane d'un pas rageur, mais l'adolescent ne l'entendit pas de cette oreille :
—Attendez, les apostropha-t-il en romani. Il essaie de m'aider. Je suis à la recherche de ma famille. Les Lee. Ils devaient habiter dans la région il y a sept ou huit ans ! Ils habitaient une caravane.
—Il n'y a plus de Lee sur ce territoire depuis longtemps, gronda un des hommes en jetant sa cigarette sur les pavés grisâtres.
—Attend, une caravane ? sembla se souvenir un homme du groupe. Est-ce qu'elle a brûlé ta caravane, chavo ?
—A-Avva (Oui) parvint-il à articuler, trop heureux d'avoir enfin une réponse.
Le groupe parlementait désormais dans un romani si soutenu et rapide qu'il ne parvenait plus à les comprendre. Derrière Eddy, Berry fumait sa pipe nonchalamment près de la caravane et Charme lui demandait des caresses. Quand les trois hommes eurent terminé leur négoce, le plus âgé qui devait être le chef du groupe se tourna vers l'adolescent :
—Oui, il y avait bien une caravane au nord du port. Continue sur Fisher Road, tu arriveras à un petit champ excentré à la sortie de la ville. Depuis l'explosion nous n'y allons plus. Cet endroit a le mauvais œil.
Puis les trois hommes s'en retournèrent à leur besogne alors Eddy revint sur ses pas. Il communiqua ces informations à Berry qui avait l'air soucieux. Un policeman regardait leur équipé d'un air courroucé et semblait avoir envie d'en découdre.
— Qu'avez-vous fait à ces hommes ? demanda Eddy d'une toute petite voix.
Et le regard que lui vrilla le cracmol fut si sec qu'il ne chercha pas à en savoir plus. Ils se mirent en route rapidement.
Ils arrivèrent en vue du champ indiqué par les gitans au bout d'une heure à peine.
C'était un petit pâturage excentré des maisons et caché par quelques arbres qui s'agitaient doucement sous le vent lointain venu de la mer. En s'approchant, Eddy ne savait pas vraiment à quoi s'attendre. L'endroit était vide. Il descendit de la caravane en marche et courut sans réfléchir vers le centre du pâturage.
Il y avait en son centre un petit cercle noirci d'herbes comme si du feu y avait brûlé il y a peu. Mais les hommes lui avaient certifié que leur clan ne s'installait plus en ces lieux. Se pourrait-il…
—C'est toi qui a fait cette trace, chavo ? demanda Berry en s'approchant d'une démarche inquiète.
Oui, ça devait être ici que son obscurus s'était réveillé et lui et qu'il avait tué son père. De la sueur dévala le long de son cou. C'était peut-être la pire chose à faire que de revenir ici tout compte fait. Il avait autant envie de détaler que d'en savoir plus. Incertain de la décision à prendre, il approcha sa main des herbes brûlées. Après toutes ces années la magie de son obscurus avait laissé des traces semblait-il indélébiles.
Quand ses doigts entrèrent en contact avec les bouts d'herbes noircis, il poussa un cri et se sentit partir.
« Maman était partie. Elle était partie !
Elle l'avait laissée seule avec lui. Et lui ne voulait plus le lâcher. Pourquoi ? Pourquoi maman ne l'avait pas emmené ? Parce qu'il était un monstre comme disait justement son père ?
—Sale petite enflure ! Tu es seul, elle t'a laissé ici parce que tu es une créature violente et dangereuse ! Elle reviendra quand je me serais débarrassé de toi.
Son père lui colla une monumentale rouste. Eddy sentit sa magie s'activer en lui et parvint à se dégager. Alors qu'il allait attraper la clenche de la porte pour s'enfuir, il entendit son père hurler ainsi que le cliquetis d'une arme à feu.
—Sale petit bâtard !
Son père tira, et ce fut le noir. »
Quand il revint à lui, ce fut parce qu'on le secouait dans tous les sens. Mr Berry était penché vers lui et semblait mort d'inquiétude.
—Ça va p'tit gars ? T'as touché l'herbe et tu t'es mis à voler avant de t'évanouir ! Par la mère, c'était la chose la plus folle que j'ai vu depuis longtemps.
Il avait l'air inquiet et catastrophé. Avant qu'il n'ait même pu protester, le vieil homme avec une force surprenante l'avait jeté sur son épaule pour le ramener vers la roulotte. Il le déposa là comme un sac à patate et partit à l'arrière en ronchonnant.
Eddy était tremblant et fiévreux. Il ne pouvait empêcher ses doigts de se secouer dans tous les sens. Alors qu'il allait prendre l'illuminial dans sa poche, Berry revint avec une flasque qu'il lui tendit :
—Bois moi cette potion, c'est plus qu'efficace pour se délier la langue.
Il savait qu'il ne devait pas accepter de boire des présents d'un inconnu mais Tina et Newt puis Berry après eux, lui avaient appris que les inconnus ne sont pas forcément ceux animés des plus mauvaises intentions. Parfois ceux proches de vous sont capables de vous faire bien plus de mal. Il avala la potion qui se trouvait être une flasque d'alcool vieilli. Il s'étouffa à moitié alors que le liquide coulait dans sa gorge comme un brasier.
Cela parvint cependant à le calmer assez pour qu'il soit en mesure de caresser Charme près de lui. Il resta ainsi à partager sa flasque avec le vieil homme pendant un moment.
Il sentait sa vision devenir trouble et un début de mal de tête l'envahir.
—Qu'as-tu vu ? demanda finalement le cracmol après avoir terminé la vieille flasque.
—Mirro… dade (mon père), hoqueta-t-il. Il a essayé de me tirer dessus… alors je l'ai tué.
Il ne savait pas trop s'il devait se réjouir ou non de ce fait. Il savait depuis des années que son obscurus avait tué son géniteur, Tina et Newt ayant trouvé son corps carbonisé dans la caravane. Mais même en sachant battu, l'horreur s'abattit soudain sur lui. Son père avait essayé de lui tirer dessus de sang froid. Mr Berry eut l'air cependant peu inquiet de ses aveux. Il se releva dans un craquement de vertèbres et partit desseller les chevaux.
Le soleil se couchait et Eddy était même trop faible pour bouger de la place où il était pelotonné. Il raffermit sa prise sur Charme contre lui et l'alcool aidant, il s'endormit d'un coup.
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Il avait communiqué à mi mot ses découvertes à Tina et Newt par miroir. Si ceux-ci avaient été paniqués, il tenta de les rassurer du mieux qu'il put. Il avait encore de nouvelles recherches à effectuer.
Seulement depuis sa vision du cercle d'herbe noirci, aucune autre n'était venue. Il avait essayé pendant plusieurs jours de toucher cet endroit où il avait fait exploser sa magie sans que ses souvenirs ni même son obscurus ne moufte. Mr Berry avait fini par se fatiguer de le voir pester autour du cercle d'herbe. Il lui avait proposé de continuer à avancer pour continuer leurs recherches. Eddy avait été peu enclin à le suivre, en quittant le pâturage ce fut comme si une part de lui avait été de nouveau arrachée. Il ne décoléra pas du reste de la journée aux côtés du vieil homme.
Berry lui avait proposé de suivre le bras de mer le long des côtes pour se rendre à Bristol hors du Pays de Galle. Apparemment les siens n'étaient plus dans la région depuis longtemps, alors pourquoi s'attarder ? Eddy eut l'impression de ne pas avoir beaucoup avancé ces derniers jours.
En fait, depuis ces révélations il était toujours tendu et fébrile. Une rage le prenait dès qu'il pensait à son géniteur.
Ils avaient fait le campement après avoir quitté Newport dans le Gwent. Eddy avait passé la matinée à travailler avec le vieil homme à faire le tri de ce qu'il avait trouvé sur la route. Dans l'après midi ils s'étaient arrêtés non loin d'un petit étang. Eddy y avait sauté joyeusement avec Charme, ravi de pouvoir se débarrasser de la saleté et la sueur qu'il avait accumulées ces derniers jours.
Eddy n'était pas très bon nageur, mais l'eau lui arrivait à la taille, il batifola un peu avec son fléreur alors que le vieil homme trempait ses vieilles péniches dans l'eau en se coupant un quartier de pomme avec son opinel.
Encore une fois, Eddy remarqua qu'il semblait soucieux. S'ils s'étaient rapprochés au cours de la semaine écoulée, Bill Berry n'était pas pour autant un ami. Il était solitaire, sec et n'admettait pas que l'on soit trop curieux envers lui. Ce fut donc pourquoi le vieil homme le vrilla d'un regard froid quand il s'aperçut qu'Eddy le regardait.
L'adolescent replongea dans l'eau à toute vitesse, mais le vieil homme l'arrêta :
—Quand nous serons arrivés à Bristol, je t'indiquerai des gens. Tu leur parleras à ma place.
Eddy acquiesça en ne pouvant s'empêcher d'être suspicieux. Il sortit de l'eau et s'ébroua comme un chien. À peu près sûr d'être un peu moins dégoulinant, il s'assit sur une pierre couverte de mousse. Berry ne voulait pas être en contact plus que de mesure avec d'autres romanis.
—Que c'est-il passé avec votre clan ? demanda Eddy à nouveau.
L'homme eut l'air encore plus agacé. Il coupa furieusement sa pomme jusqu'au trognon, puis cette torture fruitière achevée il sembla avoir perdu de sa hargne :
—La même chose que toi en un sens, chavo. Mandi marem mirro kishna. (J'ai tué un des miens). C'est pour cette raison que l'on banni un romani. Pour avoir tué le sang de son sang.
Eddy hoqueta et se sentit devenir encore plus fiévreux. Est-ce que sa mère lui avait tourné le dos pour ça ? À peine cette pensée fut-elle évoquée qu'elle devint presque une certitude à ses yeux. Alors pour refouler les sanglots qui montaient, il regarda Berry qui avait un air nostalgique.
—Mon frère et moi étions amoureux de la même racli. Mon frère avait beau avoir des pouvoirs, c'est avec mon opinel que je l'ai suriné. J'ai perdu beaucoup ce jour là, je n'avais que seize ans. Adulte en un sens, mais gamin paumé quelque part.
Eddy baissa les yeux ne sachant plus vraiment s'il pouvait faire confiance à un homme qui avait avoué avoir tué de sang froid son propre frère.
—Il est extrêmement facile de tuer quelqu'un, fit le vieux Berry. Magie ou pas magie. Une fois que c'est fait, c'est fait. On ne peut plus revenir en arrière. Il faut juste apprendre à vivre avec. Toi aussi ça viendra, avec du temps.
Eddy songea que justement il ne devait plus lui en rester beaucoup, du temps, et ils se remirent en route vers Bristol.
Ils parvinrent en vue de la ville le lendemain dans la soirée. Il s'échappait de Bristol en plein agrandissement un air pollué et difficilement respirable. Eddy ne se sentait toujours pas bien, voire même pire qu'avant. Les révélations de Berry n'avaient pas calmé ses appréhensions, bien au contraire.
Berry et lui firent leur camp dans un bras de mer près des falaises. Derrière celles-ci se trouvait un camp de gitans et de travellers irlandais. Berry lui indiqua ce qu'il devait dire et il s'y rendit. Proche de la mer, les roulottes et chevaux offraient un curieux tableau d'ombres découpées par la lumière d'un feu. Lorsqu'il s'approcha plusieurs têtes pivotèrent vers lui.
—Je ne suis pas un ennemi, se présenta-t-il vaillamment dans sa langue, agrippé à Charme. Je veux voir votre chef.
Deux adolescents en salopette eurent l'air très méfiants mais le conduisirent vers une roulotte excentrée. Seulement, son arrivée avait amené beaucoup de curieux et quand ils parvinrent à la roulotte du chef, ils étaient déjà une dizaine à attendre le début de leur conversation. Le chef était un grand homme à la peau claire et aux longs cheveux noirs et drus. Il leva un regard noir vers lui.
—Qui es-tu, chavo ?
—Je m'appelle Eddy Lee. Je suis le fils de Danny Lee, je recherche le sang de mon sang.
Son patronyme avait fait se lever quelques têtes, certains gitans commentèrent entre eux. Des travellers(1) parlementèrent à voix basse avec le chef, mais ils ne parlaient pas du tout la même langue.
—Les Lee ne sont plus ici. Certains sont retournés vers Dublin, d'autres sur les routes, fit le vieux chef. Tu es le fils de Danny Lee ? Je le croyais mort.
—Il l'est, articula difficilement Eddy cramponné à son fléreur. Vous le connaissiez ?
—Ton père pratiquait la boxe, petit, il était même connu pour ça. J'avais vu un de ces matchs il y a des années de ça. C'était le meilleur crochet du droit que j'ai vu. Mais tu ne trouveras rien ici.
Eddy se sentit piteux de ne pas avoir trouvé davantage d'information et refusa de bouger. Deux petites filles au regard un peu méchant sifflèrent choquées devant son refus puis carapatèrent dans les jupons de leur mère.
—Si vous connaissez mon nom, vous devez savoir si d'autres membres de ma famille sont en vie ! Aidez-moi s'il vous plait.
Le vieux traveller se leva. Celle qui devait être sa femme à ses côtés habillée d'une étole noire eut l'air songeuse. Elle grogna quelque chose à son mari dans un dialecte dérivé du romani et du language travellers qu'Eddy ne comprit pas. L'autre y répondit d'une voix sèche avant de se tourner vers lui :
—Lee avait une sœur je crois. Zelda Lee. Désormais pars, chavo. Dis à Bill Berry que nous ne l'avons pas chassé uniquement parce que tu étais avec lui. Si au matin vous êtes encore là, vous serez considérés comme des ennemis.
Lentement et sous le regard du clan, Eddy se détourna, pantelant. Il avait le nom de sa tante sans pour autant en savoir plus sur sa famille. Cela provoqua en lui une sourde colère alors qu'il s'éloignait de la baie. Il ne voulut pas rentrer tout de suite vers la falaise qui abritait sa caravane et s'en alla d'un pas énervé dans la nuit. Il poussa un cri de rage et Charme dans ses bras voulut l'aider à décharger sa colère en joignant à son cri un feulement.
Il ne s'attendait pas à trouver ces informations là, mais la défiance et la méfiance qu'il inspirait auprès de ces gens le peinaient plus encore que tous les commentaires qu'il avait entendu à Poudlard sur son état d'Obscurial.
Il était exclu, partout. À sa place nulle part.
Alors, remarqua-t-il terrorisé, sa magie se mit à crépiter autour de lui comme de petites étincelles furieuses. Il lâcha Charme et essaya de se calmer. Il se mit accroupi pour réciter les comptines de Tina, mais ça ne s'arrêtait pas. Il se sentit envahi par une brûlante et puissante colère. Peut-être que le professeur Jedusor avait raison ? Ces sornettes n'étaient pas suffisantes ? Un puissant rayon émana de lui et alla frapper Charme qui voulait lui prodiguer du réconfort.
—Non ! CHARME !
L'animal se carapata dans un couinement et disparut dans l'obscurité. Eddy sentit les larmes lui monter aux yeux, il avait frappé Charme. Il lui avait fait du mal. Bientôt autour de lui tout ne fut qu'une sorte de brouillard mélangé de magie, de poussière et de sable et rien ne voulait s'arrêter. Il vit le vieux Berry arriver vers lui, Charme sur ses talons avec dans sa bouche le miroir des Scamander.
Puis ce fut le noir.
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Quand il ouvrit les yeux, Eddy sut qu'il était rentré au Cottage Scamander. L'odeur de boiserie mêlée au sel de la mer était si particulière qu'il l'aurait reconnue entre mille. Newt et Tina étaient à son chevet.
—Tu nous as fait tellement peur, mon garçon, soupira Tina en le serrant contre lui. Que s'est-il passé ?
—Ça fait combien de temps que je dors, couina-t-il mal à l'aise en cherchant à se dégager.
—Deux jours, répondit doucement son tuteur. Tu as fait une petite crise, rien de grave. Ces derniers jours ont dû être éprouvants pour toi.
—Mais j'ai pris ma potion correctement. Deux fois par jour à horaire régulier, se récria-t-il en voulant se lever.
Au regard que ses tuteurs lui jetèrent il comprit que ça n'avait rien à voir avec son traitement. Il blêmit et se rassit sur son lit.
—Il semble que ton Obscurus ait beaucoup grandi ces derniers temps, murmura Newt d'une voix désolée. Mr Berry a failli être assommé, si Charme n'avait pas réussi à allumer le miroir les choses auraient pu être plus graves.
—Charme ! Charme, je l'ai blessé, il va bien ?
—Ce fléreur est plus costaud qu'il en a l'air. Il va bien. Il se repose et ne t'en veut pas. Il a comprit, comme nous.
Eddy jugea que ce n'était pas une raison suffisante. Tina fit apparaître du bout de sa baguette une copieux petit déjeuner, mais le garçon n'avait pas faim. Il tourna son regard vers la vitre de sa chambre en refusant de les regarder, dévoré par la honte. Tina essaya de lui parler pour l'enjoindre à manger mais comme il ne répondait pas, elle finit par soupirer et partir.
—Tu vas avoir besoin de repos à partir de maintenant, souffla Newt. Un peu de temps ici te fera le plus grand bien. Albus pourra passer plus tard pour t'examiner lui aussi.
—Non. Je ne veux pas le voir, lui.
Son ton avait été si sec que Newt eut un mouvement de recul. Il s'apprêta à partir, mais Eddy jugea qu'il ne pouvait pas congédier aussi sèchement ceux qui prenaient soin de lui depuis tant d'années :
—J'enverrai une lettre à Mr Berry pour m'excuser… J'ai trouvé le nom d'une tante, Zelda Lee. C'est la sœur de mon père.
Newt lui offrit alors un doux sourire rassurant.
—Les choses avancent alors, Eddy. Pas aussi vite que tu le voudrais, mais je sais que tu les retrouveras. Mange un peu, Tina te trouve tout pâle.
Alors il s'exécuta une fois que Newt fut parti.
Les deux jours suivants furent plutôt calmes. Même s'il était au courant du nom d'un membre de sa famille, cela avait le goût de trop peu. Il rêvait désormais de partir à sa poursuite et se sentait à l'étroit dans le confortable Cottage Scamander. Il passait toutes ces journées à regarder la mer en face lui. Charme venait parfois le voir, mais craignant qu'il ne finisse pas l'attaquer, Eddy était distant. Il avait besoin d'être seul.
Tout à sa joie de se faire des amis et de retrouver son passé, il avait oublié qu'il n'était qu'en sursis. Son Obscurus lui avait fait une cuisante piqure de rappel. Il était toujours là et il serait toujours là, jusqu'à ce qu'il le consume.
Il entendit un bruit de pas derrière lui et aperçut Tina. Elle s'avançait dans sa longue robe de moldue parme. Elle avait sur la tête un petit chapeau pour la protéger du soleil et une petite ombrelle délicate. Ainsi elle ressemblait un peu aux demoiselles des tableaux impressionnistes du musée où elle l'avait emmené quand il était aux États Unis.
Elle s'assit doucement à ses côtés.
—Ton ami est censé venir dans deux jours. Est-ce que tu souhaites décommander ? Si nous l'accueillons ce n'est pas pour qu'il te voie faire la tête toute la journée.
Il avait presqu'oublié que Salazar devait venir avec tout ça. Eddy secoua la tête. Sa situation était compliquée mais il ressentirait encore plus d'impuissance et de tristesse à laisser seul son ami.
—Est-ce que tu fais confiance à Dumbledore, Tina ? demanda-t-il au bout d'une demi minute à observer le ressac marin.
Il sentit la vieille femme se tendre à ses côtés.
—D'une certaine façon oui je lui fais confiance. Je n'en oublie pas pour autant ses défauts. Dumbledore a été le seul à croire en Newt fut un temps et il a eut raison. Dumbledore croit en toi de cette manière. Alors si je ne peux pas tout le temps lui faire confiance, je me fie tout du moins à son jugement.
Elle lui offrit un merveilleux sourire et se releva tranquillement en dépit de la main qu'il lui proposait.
—Ne me traite pas comme une vieille chouette, jeune homme. Mais si tu tiens vraiment à m'aider, viens, il faut préparer la chambre de Salazar. Depuis que Thésée est retourné au MACUSA je ne l'ai pas nettoyée.
Un peu plus souriant, il s'exécuta.
Salazar arriva le jour dit avec sa mère et un elfe de maison. On était le soir et les Scamander attendaient depuis presqu'une heure leur invité. Eddy songea que ce retard n'était pas des plus poli, mais trop heureux de revoir son ami il ne lui en tint pas rigueur.
Mrs Jedusor resta sur le perron, refusant d'entrer dans la demeure illuminée. Elle était semblable à la fois où il l'avait croisée à Poudlard, toujours lugubre et sinistre avec ses longs cheveux noirs coulant autour de son visage creusé. Tina parut un peu surprise en voyant l'allure de la femme :
—B-Bonsoir, nous sommes Newt et Tina. Ravis que Salazar ait pu venir ici. Nous allons bien nous occuper de lui.
—Je n'en doute pas, susurra la femme avec une pointe d'accent.
Elle avait une voix grave et profonde qui les rendit tous les trois mal à l'aise. Seuls Salazar et l'elfe semblaient habitués. Eddy remarqua que la petite créature était terrifiée. La mère se pencha vers son fils et lui saisit le visage.
—Sois sage ou je le saurais. Amuse-toi bien. Bonne soirée.
Sur ces courtes phrases, elle se retourna, saisit rudement la main de l'elfe et disparut à sa suite. Salazar, sa valise en main leur offrit un petit sourire timide et mal à l'aise. Semblant se reprendre un peu, Tina l'accueillit avec chaleur.
—Entre Salazar. Nous allions commencer à dîner. Tu aimes la tourte au fenouil ?
—Je n'en ai jamais mangé, mais je suis sûr d'aimer. Merci de m'accueillir.
Avec sa politesse et ses grands yeux bleus il était si charmant qu'Eddy sentit presque le cœur de Newt et Tina fondre en un instant. Ils s'attablèrent et les deux amis se firent un sourire complice. Leur dispute avant la fin des cours avait été oubliée. Sal semblait tellement heureux d'être ici, face à Newt Scamander qui était son idole qu'il ne s'enlevait pas son large sourire du visage.
—Pardon pour le retard, Mrs et Mr Scamander. Ma mère avait des choses à faire avant le coucher de soleil.
Au petit regard qu'il lui adressa, Eddy que ce devait être lié à son pouvoir de Sangsombre. Peut-être ne pouvait-elle pas se déplacer en plein jour ? Une femme vampire pour leur si lugubre professeur semblait être le seul choix logique, tout compte fait.
Ils mangèrent dans une bonne ambiance. Newt raconta des anecdotes de ses voyages à leur auditoire passionné. C'était une de ses façons de travailler, souvent il racontait à voix haute ses aventures avant de les coucher sur le papier pour être sûr de ne pas oublier un des détails les plus captivants. De toute façon, si Newt avait oublié un détail, Salazar ne l'aurait jamais coupé tellement il était absorbé par ses histoires. Ils allèrent se coucher ensuite. Eddy avait mille choses à raconter à son ami, mais encore sous le coup de sa rechute il ne put tenir bien longtemps et s'endormit.
Quelques jours plus tard, Sal et lui étaient dans la valise de Newt en train de nourrir un crabe de feu quand Eddy se décida à lui raconter son voyage. Sal l'écouta comme il savait si bien le faire, silencieux et songeur.
—Tu as donc une tante peut-être en vie entre Dublin et le reste de la Grande Bretagne ?
—C'est l'idée. Je vais mettre du temps à la retrouver, mais j'ai déjà son nom. C'est mieux que rien.
Il gratifia le crabe de feu d'une papouille tandis que Salazar se dirigeait d'un air extatique vers un autre bout de la valise où se trouvait un petit Cornelongue Roumain. L'animal avait été empoisonné par des braconniers et ne pouvait plus cracher de feu depuis des années. Le dragon eut l'air piteux quand doucement Salazar s'approcha.
—Et toi, ton été ?
—Mon père m'a fait traduire du grec et des runes. Rien de très palpitant mais il a parut content.
Eddy ne savait pas trop ce qui pouvait réjouir Mr Jedusor dans la traduction de ces langues, mais ne posa pas davantage de questions. Sal ne parut pas pressé d'en dire plus. Il observait la vieille valise avec ravissement.
—C'est ici que tu as grandi ? demanda Sal. Tu as tellement de chance.
Eddy ne considérait pas vraiment que c'était de la chance, mais la façon de voir du jeune serpentard était souvent un peu différente de la sienne alors il ne lui en tint par rigueur.
—Par intermittence, admit-il. Je suis resté plusieurs mois sous forme d'Obscurus. C'est Tina et Newt qui ont réussi à me faire redevenir humain. J'ai attendu mes dix ans pour sortir définitivement de la valise.
Ce temps là lui parut si lointain qu'il lui parut être il y avait une éternité, pourtant ce n'était que quatre ans plus tôt qu'il avait failli mourir. Et il n'était toujours pas sorti d'affaire. Quelque part, Sal parut se rendre compte de son trouble car il lâcha le Cornelongue du regard et se tourna vers lui.
—Tu as réussi à en sortir de cette valise, tu n'y retourneras plus.
Eddy était moins sûr de cette affirmation mais pour ne pas vexer Salazar, il se força à sourire et à acquiescer.
Newt descendait précautionneusement de l'échelle menant au sous-sol de la valise.
—Ah vous êtes là les garçons ? Tina vous cherchait pour aller faire les courses.
Les deux garçons firent un sourire innocent tout à fait conscients qu'ils s'étaient cachés au fond de la valise justement pour éviter cette corvée. Newt ne sembla pas leur en tenir rigueur. Il avançait avec un lourd panier pour nourrir les petites créatures sous sa garde. Après avoir nourri Cassie l'Occamy et son bébé Didi du nom de celui qui l'avait fait naitre, le vieil homme se tourna vers le Cornelongue Roumain.
Newt se pencha vers le petit dragon en cherchant à lui caresser le museau. Il avait dans ses mains un énorme cuissot de viande que l'animal ne voulait même pas renifler.
—Mange un peu Pascal, souffla Newt attristé. Tu as encore perdu du poids.
—Qu'est-ce que les sorciers lui ont fait ? demanda Sal. Je sens sa douleur mais il ne veut pas répondre.
—Pour l'attraper des braconniers lui ont fait ingurgiter du poison. Cela devait juste l'endormir mais il y eut des effets secondaires. Il sera incapable de cracher du feu pour le restant de ses jours.
Sal parut si horrifié de ce constat qu'il darda sur Pascal le Cornelongue un regard presqu'embué. Newt avait à peu près le même en sommes. Ainsi, ils se ressemblaient beaucoup.
—C'est un grand tourment que de pouvoir ressentir ce que eux ressentent, murmura Newt. Quand on voit comment les animaux voient les hommes, j'ai souvent honte de faire parti de cette catégorie.
Doucement Newt se posa près de Pascal et le caressa entre ses longues cornes noires. Le dragon émit un petit soubresaut mais parut content de cette caresse car il souffla une petite fumée piteuse de ses naseaux. Mû par un drôle d'instinct, Salazar s'était assis face au dragon et posait ses mains sur son long nez. Salazar commença alors à murmurer quelque chose et une douce énergie jaillit d'entre ses doigts pour couler vers les naseaux du dragon. Newt et Eddy regardaient ce spectacle, estomaqués.
Le rayon de lumière blanche s'arrêta. Pascal brisa le contact de son nez avec Salazar et arqua subitement sa tête en arrière en se relevant. Les trois sorciers firent un bon en arrière. Le Cornelongue prit alors une grande inspiration et pour la première fois cracha du feu vers le plafond.
La colonne de flamme aurait pu engloutir la valise si son intérieur n'était pas grand de la taille d'un immeuble. Newt éclata d'un rire clair qui le fit paraître beaucoup plus jeune qu'il ne l'était tandis que Salazar le suivait dans son rire.
Incertain de s'il devait rire ou être choqué, Eddy les suivit dans leur allégresse.
Alors que Salazar se détournait pour s'occuper d'une famille de lutins dans un autre coin de la valise, Newt se tourna vers lui.
—Tu m'avais parlé des dons de ce garçon, mais cela dépasse tout ce que j'ai vu, souffla Newt encore ébahi.
—Tu n'as encore rien vu, regarde.
Sal s'était effectivement accroupi sur le sol de la valise et utilisait sa douce magie pour apaiser les créatures autour de lui. Un hippogriffe et une manticore s'étaient rapprochés de Salazar et souhaitaient de sa part de nombreuses caresses. Newt eut l'air encore plus surpris. Il sourit davantage.
—Il me rappelle un peu toi, avoua Eddy.
—Ma magie n'est pas aussi puissante, mais je te remercie du compliment, dit doucement le vieil homme. Certains sorciers ont des aptitudes pour communiquer avec les créatures magiques, mais lui, c'est extrêmement puissant.
Il semblait songeur.
—N'en parle pas à Dumbledore, dit Eddy. Je sais qu'il est déjà au courant, mais Sal mérite un peu d'avoir la paix. Je crois que ça ne lui arrive pas souvent.
Newt avait semblé un peu suspicieux à l'entente du nom de Dumbledore. Ils ne tardèrent pas à rejoindre le jeune Jedusor qui câlinait contre lui un petit botruc et un niffleur. Ainsi Sal était apaisé et quelque part Eddy l'était aussi.
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Médusa s'ennuyait. Après son stage elle avait passé la moitié de l'été à travailler à désensorceler le collier d'opale qu'elle avait volé. Sans grand succès. Son père avait été absent la plus grande partie de l'été mais avait été très amusé de la petite farce qu'il lui avait joué avec l'armoire.
—Allons, avait-il dit sans lever les yeux de ce qu'il était en train de faire. Tu avais besoin d'être mise en colère pour arriver à faire sauter mon sortilège ? C'est que ta magie n'est pas assez instinctive. Il te faudra travailler davantage.
Il avait remit à plus tard les projets de rester après le Derby et l'avait congédiée. Elle était furieuse.
En accompagnant sa mère au Derby justement, elle avait croisé Bellatrix et Rita dans la loge. Le Derby était le lieu où se rencontraient tous les sorciers de la bonne société. Les talents de sa mère en tant qu'éleveuse leur avait naturellement assuré une bonne place en ces lieux tout comme le poste de leur père. C'était des courses de Sombrals ou d'Abraxans gigantesques dans lesquels les sangs-mêlés, les sangs-de-bourbes et les cracmols dilapidaient tout leur argent.
Quand ses parents allaient au Derby ce n'était pas pour parier cependant. Il s'y déroulait bien des mystères. Leur mère saluait justement Abraxas Malefoy à qui appartenait ces lieux ainsi que son fils Lucius qui devait commencer sa première année à Poudlard à la rentrée. Sa mère et Abraxas s'éclipsèrent et Médusa fut rongée par la curiosité. Elle envisagea de les suivre.
—Salazar n'est pas avec toi ? demanda Rita en la coupant dans ses velléités.
—Non, il est chez Lee, mais pas un mot. Mon père n'est pas au courant, souffla-t-elle à ses camarades en prenant un verre de bièraubeurre en loge.
—Alors il serait dommage qu'il soit tenu au courant, fit la petite voix sournoise de Lucius derrière elles.
—Va boire ton lait et faire ton rot, Lucius, cingla Bellatrix. Si j'apprends que tu as encore cafardé je me sers de ta tête comme cognard.
Le petit garçon blêmit et partit sans demander son reste alors les trois amies ricanèrent. Rita partit rejoindre sa mère Catalina qui observait une course alors que Bellatrix la tirait à elle.
—Tu ne te sens pas trop seule ? J'envisage de t'inviter pour la fin de l'été. Père sera aussi absent la plupart du temps. J'ai une petite surprise à te montrer.
Intriguée, Médusa voulut en savoir plus mais Bellatrix se détourna en lui faisant un énigmatique petit sourire.
Quand sa mère revint avec Malefoy père, Médusa lui fit donc la demande de passer un peu de temps avec sa camarade. Comme à son habitude et avec flegme, sa mère ne parut pas s'y opposer. Elle avait Nagini pour ne pas être seule et surtout elle semblait avoir besoin de repos. Médusa ne savait pas ce que son père lui avait demandé de surveiller mais cela l'avait fatiguée.
Ce fut pourquoi deux jours plus tard, elle était au Manoir Black. La maison n'était pas aussi grande que le reste des demeures Black. La famille de Bellatrix étant plutôt désargentée, cette maison était même une donation d'une lointaine cousine Lestrange.
—Ma grande cousine Leta l'a léguée à ma mère avec son elfe, lui avait confié Bellatrix avec qui elle partageait sa chambre.
Narcissa et Andromeda se partageaient l'autre chambre à l'autre bout du couloir tandis que le couple avait élu domicile au Grenier. Cette maison était petite pour des Sangs Purs de leur rang et Cygnus le père des filles espérait bien des mariages fructueux pour assurer la prospérité de sa lignée. D'après Bella il était en pourparlers pour un mariage entre Andromeda et Marcus Zabini.
Dans la chambre verte émeraude de Bellatrix, cette dernière était à la fenêtre et avait un petit sourire malicieux. Alors Médusa se rapprocha. La chambre donnait sur la mer, et sur la côte il y avait une demi dizaine d'autres maisons sans doute sorcière car aucune voiture ni autre engin à moteur n'était garé.
—Tu vois cette maison blanche au fond ? Mère pensait qu'elle était à vendre. Elle n'était juste pas occupée par leurs propriétaires. Les Scamander.
Médusa eut la soudaine envie d'embrasser sa condisciple qui souriait d'une joie mauvaise :
—Ton frère et Lee sont là. Je les ai vu descendre à la plage avant que tu n'arrives. J'ai prévenu Rita par cheminée, elle prépare son sac.
Elles échangèrent un regard rusé.
Il ne fallut que quelques minutes pour convaincre Druella Black de les laisser sortir. Celle-ci souffrant d'une migraine avait même ordonné qu'elles emmènent Narcissa avec elles et Andromeda avait été nommée chaperonne. L'aînée des Black marchait en tenant la petite fille blonde un peu rondelette par sa main. Elles descendaient un petit chemin de cailloux et de sable jonché d'herbe folles.
—Mère dit que Narcissa a encore pris du poids, souffla Bellatrix en marchant près d'elle. Tu trouves ? Elle dit qu'elle ne pourra jamais se marier à ce rythme.
—Mais non.
Si Narcissa avait encore les rondeurs de l'enfance, elle n'avait justement que onze ans. Les parents pouvaient avoir des mots tellement cruels, songea-t-elle en arrivant vers la plage.
Eddy Lee et Salazar étaient effectivement là à jouer au ballon sur le sable. Si quand ils les aperçurent Salazar leur sourit, Eddy Lee se figea.
Médusa songea qu'il avait bien grandi durant le mois écoulé, il avait perdu sa carrure de petit moineau fébrile pour quelque chose d'un peu plus mature et un peu plus sombre. Il avait les joues creusées et la jeune fille lui trouva l'air très fatigué.
Derrière eux une vieille femme posait son livre sur sa serviette, surprise de leur arrivée.
—Qu'est-ce que vous faites là, les Gorgones ? demanda Lee son ballon entre les mains.
Andromeda soupira et se détourna pour emmener Narcissa se changer dans une cabine excentrée mais Bellatrix rétorqua d'un air supérieur :
—Et bien, voisin, on a perdu son sens de l'hospitalité ? J'habite dans la maison sur la colline, ricana-t-elle en montrant la demeure derrière elle.
Lee verdit considérablement. Bellatrix avait remarqué la vieille femme et ne semblait pas d'avis d'insulter gratuitement le jeune homme tant qu'elle ne se serait pas éloignée.
—Génial, grogna-t-il dans sa barbe.
Sal offrit à Médusa un regard curieux, ils communiquèrent quelques secondes par légilimancie et s'échangeant des nouvelles puis son frère partit à la suite de Lee. Lui aussi avait bien changé ces derniers jours, il avait bronzé et repris son air si innocent. Médusa n'avait jamais vu son visage aussi serein. L'éloigner de la maison était une bonne idée.
Les deux filles virent Rita arriver en maillot de bain, une capeline en osier sur le crâne et d'énormes lunettes de soleil en forme de cœur sur les yeux, émergeant d'entre les dunes où se trouvait une cheminée. Elle s'avançait vers elles en souriant :
—C'est donc vrai que Lee est ton voisin, Bella ? Je ne pensais pas que l'on pourrait s'amuser avec lui avant Poudlard, dit-elle d'un air carnassier.
Elle étala ses nombreuses affaires avec un sourire de contentement. Andromeda partait se baigner avec Narcissa. Bellatrix les regarda faire avec envie mais ne bougea pas de sa serviette.
—Tu ne veux pas aller te baigner, Bella ? demanda Médusa en s'étendant sur sa serviette.
—Ce n'est pas bon genre avec d'autres garçons sur la plage, dit-elle avec la voix d'une petite fille qui a bien appris sa leçon. Andromeda y va pour accompagner Cissi, mais imagine ce que mère dirait.
—Et ta mère n'est pas là, vu la migraine qu'elle avait, elle ne se lèvera pas de son lit de sitôt, pointa Médusa.
Si l'argument ne fit pas mouche, le ballon qui s'écrasa près d'elle oui. En fulminant, Bellatrix se leva pour infliger une correction aux deux garçons qui s'échappaient horrifiés de leur erreur. Les trois partirent dans une sorte de match improvisé où il fallait éviter le ballon que Bella lançait à leurs trousses. Médusa et Rita ricanèrent.
Médusa s'apprêtait à replonger dans son livre pour bronzer mais elle remarqua que la vieille femme avait quitté sa serviette pour les rejoindre. C'était une grande sorcière d'une soixantaine d'année à l'air très doux.
—Vous êtes des camarades de classe de mon Eddy ? demanda-t-elle en s'asseyant près d'elles.
Les deux filles hochèrent la tête, figure d'innocence tandis que Bella revenait vers elles vengée de la maladresse de Sal et Lee. Devant cette inconnue la brune se figea puis avança lentement vers sa serviette comme un animal inquiet. Mrs Scamander tourna la tête vers la jeune Jedusor.
—Ce doit être toi Médusa, la sœur de Salazar ? Mon Eddy m'a beaucoup parlé de toi, lui avoua-t-elle sur le ton de la confidence.
Médusa élargit son sourire là où Rita et Bellatrix pouffaient un peu plus. La femme ne sembla pas le remarquer, elle observait avec tendresse son protégé en train de courir entre les dunes avec Salazar. Lee courrait très vite, il était presqu'impossible à rattraper en dépit des efforts de son cadet.
—Je suis contente qu'il se soit trouvé d'aussi bons amis aussi rapidement. Il le mérite. Vous avez l'air d'être vraiment de charmantes jeunes filles toutes les trois.
—Merci, roucoulèrent les trois en même temps.
—Si vous voulez partager le goûter sous notre parasol, vous serez les bienvenues. J'ai fait de la tarte à la mélasse.
Après cette invitation, la vieille femme retourna doucement vers sa place et reprit son livre. Médusa songea que cette femme était d'une grande douceur et d'une grande sensibilité du peu qu'elle avait vérifié chez elle. Elle savait après avoir lu sa thèse qu'elle avait été auror avant de choisir une vie sans doute plus calme et douce. Quelque part cette douceur avait amené un peu de colère et de dépit dans le cœur de Médusa.
—Mon Eddy, mon Eddy, se moqua Rita d'une petite voix de fausset. Mon petit Eddy a un béguin.
—Oh tais-toi, susurra Médusa amusée. Laisse-moi finir mon chapitre plutôt.
—Arrête de lire, se récria Bellatrix en lui retirant le livre des mains. Pour une fois qu'on est toutes les trois un été, tu ne vas pas nous snober ?
Médusa lui accorda le point. Andromeda et Narcissa quittaient l'eau. La petite blonde voulait absolument faire un château de sable puisqu'elle y entraina sa sœur aussitôt.
—Je suis en train de faire Poudlard, expliqua très sérieusement Narcissa.
Médusa jugea qu'elle n'avait pas vraiment le talent d'une Magearchitecte mais s'abstint de commentaire. Narcissa avait l'air tellement heureuse de son projet que même Bellatrix finit par quitter sa serviette pour venir l'aider.
—Les tours sont plus hautes, Cissi. Là ce sera la tour de Gryffondor. Si tu veux après je trouverai un gros crabe pour qu'il la détruise comme un monstre ?
La petite fille parut emballée par cette idée. Andromeda se leva et les quitta d'un pas pressé. Cela interpella les trois adolescentes qui firent semblant de rien le temps qu'elle s'éloigne.
À peine l'aînée des Black eut-elle dépassé une haute dune que les trois filles y grimpèrent et se cachèrent.
Il y avait deux adolescents derrière la dune qu'elles n'avaient pas remarqué de prime abord. Andromeda rejoignit l'un d'entre eux, un adolescent dégingandé et aux cheveux châtain. Médusa le reconnut, c'était Ted Tonks, un né moldu ancien préfet en chef de la maison Poufsouffle. Les yeux de Rita brillèrent et ceux de Bellatrix se plissèrent.
—Je comprends mieux pourquoi elle tenait tant à venir alors qu'elle n'aime pas le sable… La petite cachotière.
Bellatrix eut une grimace insondable et Médusa se demanda ce que cela pouvait signifier.
—Tu comptes le dire à vos parents ? s'enquit Rita qui observait le petit couple avec envie.
—Pas encore. Même Andy a droit à un peu de répit, si ça l'amuse de se bercer d'illusions avec son petit moldu en attendant d'être mariée, tant mieux pour elle. Mais avec ça… j'ai de quoi la faire chanter pendant un moment, reprit-elle d'une voix cruelle.
Elle se détourna de la dune et redescendit vers leur serviette alors ses deux amies la suivirent. Médusa songea que c'était une attitude sage de la part de Bella mais que quelque part elle avait raison. Andromeda serait sûrement mariée avant la fin de l'année.
Lee, Narcissa et Salazar mangeaient près de Mrs Scamander, alors, un peu rechignantes les trois jeunes filles rapprochèrent leurs affaires. Narcissa arborait une figure enjouée mais couverte de sable et de tarte à la mélasse. Une attitude bien peu noble, mais ici sur cette plage la noblesse semblait être le cadet de leurs soucis.
—Mangez les filles, il y en a plus qu'il n'en faut.
Elles se servirent un part. La tarte était sucrée et vraiment bonne. Mrs Scamander avait des talents certains en pâtisserie.
—Merci, Mrs Scamander. C'est très bon. Votre mari n'est pas là ?
—Il termine son livre à la maison. Mon Newt aime trop travailler ses notes à l'extérieur, il s'est pris une mauvaise insolation hier. Mais je te remercie de cette sollicitude et pour le compliment. C'est une recette de famille.
—Les petites filles méchantes le sont moins quand elles n'ont pas de public, se moqua Lee en finissant sa part de tarte.
Au regard sec que Mrs Scamander porta sur lui, il rentra la tête dans les épaules comme une tortue. Les trois filles ricanèrent. Il finit la croute de sa tarte et se leva brusquement. Sal ne tarda pas à le rejoindre et sans un mot, ils partirent se baigner.
—Il est encore plus bizarre qu'avant, grogna Bellatrix avant de se rendre compte ce qu'elle avait laissé échapper devant Mrs Scamander.
Mais celle-ci ne sembla pas en prendre ombrage. Elle se cala plus confortablement sur sa serviette et alluma le tourne-disque magique qu'elle avait emmené avec elle. Seulement ce n'était pas une musique sorcière qui sortait de cet appareil.
—C'est de la musique moldue, s'affola Bellatrix. Ce n'est pas bien.
—Allons, ce n'est que de la musique, gronda gentiment Mrs Scamander. Il y a des choses qui sont bien plus mauvaises que des chansons.
Seulement cela semblait avoir inquiété Bellatrix qui prit la main de Narcissa pour terminer leur Poudlard de sables. Le tourne-disque continuait sa mélodie. C'était la voix de plusieurs hommes entonnant en chœur un refrain. Médusa trouva les paroles enjouées et un peu apaisantes :
—C'est quoi comme musique ? demanda-t-elle.
—Les Beatles, lui répondit Rita avant même Mrs Scamander. Ils sont très populaires.
—Qui appellerait un groupe : scarabée ? C'est trop bizarre.
—J'aime bien, moi, couina Rita d'une petite voix.
Médusa connaissait l'histoire de Rita. Sa mère Catalina Skeeter-Song était une née moldue et son père Richard Skeeter un ancien capitaine de Quidditch de l'Équipe d'Angleterre au sang mêlé. Dans leur monde si compliqué et si étroit d'esprit, les Skeeter étaient un peu une figure d'exception. Leur renommée leur avait permit de se faire accepter à plus d'un titre, Catalina ayant ouvert de sa voix le dernier bal du ministère. Ils participaient même d'une certaine façon à la ségrégation des autres sangs pour faire oublier le leur.
Mais aux yeux de bien des sorciers, les Skeeter n'étaient qu'un petit duo de troubadours qui devaient rentrer bien tranquillement dans leur loge une fois le rideau baissé. On les tolérerait tant qu'ils auraient des choses à faire pour divertir les autres, mais ils semblaient s'accommoder de cette situation, désireux de se faire une place. Ce devait être dans cet état d'esprit que Rita Skeeter avait été élevée. Ne sachant ni voler, ni chanter, elle avait trouvé dans sa plume un outil pour continuer à grimper l'échelle sociale fabriquée par ses parents.
Médusa savait très bien qu'au début, Rita ne les avait pas côtoyé Bella et elle par amitié mais bien par intérêt. Elles l'avaient laissé venir, puis quelque part avaient senti chez leur condisciple la même vieille blessure qu'en leur sein. Et puis, Rita malgré son sang était intelligente, rusée, douée et surtout fidèle avec ses amis les plus chers.
Médusa risqua un regard vers la blonde qui arborait son air le plus mutin. Oui, Rita allait faire des étincelles, une fois sortie de Poudlard, et elle avait hâte de voir ça. Mais elle, que ferait-elle une fois diplômée ? Son père lui avait promis beaucoup de choses pour l'avenir, mais elle ne savait pas vraiment de quoi il serait fait.
Rita s'était levée et dansait sur autre air des scarabées en se déhanchant. En pouffant, Médusa la suivit. Cela faisait longtemps qu'elle ne s'était pas autant amusée loin de ses soucis. Mrs Scamander de loin, les observait avec un sourire aux lèvres.
—Mais que t'arrive-t-il, Médusa ? se moqua Rita.
—J'espère qu'en dansant cela attirera Bella.
En effet celle-ci les observait avec un regard noir d'envie. Bellatrix adorait danser car elle abordait la scène comme ses combats, avec beaucoup d'assurance. La brune finit par se lever d'auprès de sa sœur pour les rejoindre.
—Si ça sort de cette plage, je jure de faire de vous mes inferii !
Médusa et Rita gloussèrent alors que Bella tentait de faire coïncider ses pas de danse aux rythmes nouveaux qu'elle entendait. La jeune fille suivit ses camarades un moment sous le soleil de l'après midi. Elle avait chaud.
Elle darda un regard vers la mer. Elle se déshabilla et finit par rejoindre son frère et Lee qui faisaient la course dans l'eau. Si Lee était agile, il était un peu moins adroit dans l'eau. Sal et lui arrivèrent au même moment au point d'arrivée qu'ils s'étaient fixés sur la plage.
—Tu t'es musclé pendant l'été, ce n'est pas juste, râla Salazar.
Médusa songea qu'effectivement en plus d'avoir grandi, il s'était un peu épaissi et elle sentit la chaleur lui monter un peu aux joues.
—Toi aussi ça t'arrivera, se moqua Eddy. Chacun son rythme. Donc 10 à 0 en course et ex æquo en nage.
—Et faire la course contre moi, ça te dit ? susurra Médusa en rentrant dans l'eau.
L'adolescent un peu rouge darda un regard sur son maillot de bain, puis ne sut pas vraiment où regarder. Le sourire de Médusa s'étira alors que son frère se moquait.
—Je te le laisse, Med. Je dois aller me reposer un peu.
Il partit rejoindre Cissi en train de creuser les douves de Poudlard avec ses petits doigts. Lee lui fit un sourire de défi et plongea à l'eau. Médusa ne tarda pas à le suivre. Elle nageait très bien et depuis longtemps. En ayant grandi au milieu d'un marais ce n'était pas étonnant. Il ne lui fallut que quelques brasses pour le rattraper, et quelques brasses encore pour le dépasser. Quand ils émergèrent, Lee parut un peu vexé.
—Battu par une fille, siffla-t-elle. Ça devient lassant.
—On s'y fait, répondit l'autre en sortant de l'eau.
Le courant et leur course les avaient emmenés là où se trouvait Andromeda et Tonks ainsi que son ami. La jeune Black leur offrit un regard farouche et mit son doigt devant sa bouche pour les inciter à ne pas répéter ce qu'ils avaient vu. Médusa roula des yeux en songeant qu'elle avait bien mieux à faire que cafarder aujourd'hui. Elle lui fit un geste tranquille pour l'apaiser et dépassa le couple avec Lee.
L'adolescent avait rentré ses mains dans les poches bleues de son short de bain. Il semblait incertain de s'il devait rester avec elle ou non.
—Ta tutrice est vraiment gentille, finit par dire Médusa. Tu dois lui en faire vivre des misères la pauvre. Alors tes recherches se sont bien passées ?
—Tu demandes ça parce que ça t'intéresse toi ou parce que ça intéresse ton père ?
—Mon père se moque de tes recherches, avoua franchement la jeune fille en croisant les bras.
Il se mordit la joue et eut l'air de s'admonester à plus de cordialité.
—Je suis retourné là où j'ai été trouvé… et j'ai trouvé le nom de ma tante. Elle serait encore en vie.
Il ne semblait pas avoir envie d'en savoir plus. Médusa planta ses yeux dans les siens avec curiosité mais il se détourna aussitôt.
—Non. Je ne veux pas que tu rentres dans ma tête !
Il était déjà en train de monter sur une dune pour la contourner. Médusa le poursuivit :
—Attend ! Désolée, c'était plus fort que moi.
Elle lui saisit le bras pour l'arrêter et parvint à le faire sans trop de difficulté. Ils s'étaient un peu enfoncés dans les dunes et la plage s'étalait sous leurs yeux. Il y avait Bellatrix et Rita en train de rire près de Mrs Scamander, Salazar dans l'eau, Narcissa à jouer au ballon, et de l'autre côté de la dune Andromeda et ses deux amis.
—Au moins tu as dit pardon, on arrivera peut-être à faire quelque chose de toi, Jedusor, fit Lee d'une voix cynique.
—Sans doute, oui, rétorqua-t-elle sur le même ton.
Elle remarqua que derrière eux il y avait une étrange cabine de ferraille usée. Sous le soleil, elle brillait de mille feux. Intriguée, elle s'en rapprocha :
—Qu'est-ce que c'est que cette chose ? C'est vraiment hideux.
—Une cabine téléphonique, répondit Lee. Les moldus s'en servent pour se parler.
Elle ouvrit la cabine, interloquée. Ce n'était pas bien grand, il y avait un étrange combiné ainsi qu'une sorte de petit rouage dardé de trous et de numéros.
—Mais comment se voient-ils ? Ils mettent l'espèce de banane noire devant le visage ?
—La banane noire c'est un téléphone. Ils le mettent sur l'oreille, ils ne peuvent pas se voir.
Il lui fit la démonstration avec des gestes lents et simples, comme on le ferait avec un enfant idiot. Elle fronça les sourcils, vexée d'être traitée de la sorte. En voyant le regard de Lee s'attarder sur son maillot de bain, elle ne put cacher son sourire.
—Tu aimes bien mon bikini, Lee ? Rita me l'a offert pour mon anniversaire.
Elle s'était avancée jusqu'à coincer l'adolescent dans la cabine téléphonique, ses deux bras de chaque côté de l'entrée. Lee oscilla entre le rouge et l'écarlate en s'étranglant avec sa salive.
—Il y a pas… beaucoup de tissus, finit-il par articuler.
—Finement observé, se moqua-t-elle.
Elle remarqua en contrebas Andromeda et Ted Tonks. Les deux étaient allongés sur une serviette et s'embrassaient à pleine bouche. Leur ami, lassé de tenir la chandelle avait décidé d'aller nager. Ne sachant comment interpréter la scène qu'elle voyait du haut de sa dune, Médusa se retourna vers Lee qui n'avait pas quitté sa cage téléphonique. Elle y pénétra, rejoignant le garçon, fermant la porte derrière elle. Ils étaient plus proches qu'ils ne l'avaient jamais été dans cette petite cabine. Lee semblait terrifié et observait un graffiti près du combiné pour ne pas la regarder.
Quand leurs yeux finirent par se croiser, Médusa y lut qu'il la trouvait très jolie, qu'il avait un peu peur d'elle mais qu'il ne voulait surtout pas qu'elle s'en aille. Ces pensées lui plurent beaucoup.
—Si c'est encore un de tes tours… Laisse-moi sortir.
Lee avait grandi pendant l'été, il faisait désormais une tête de plus qu'elle, mais il était là à la regarder avec ses grands yeux bruns, surmontés d'une tignasse rousse. Avec son air bougon et fatigué, Médusa le trouva mignon.
—Je te dois quelque chose, avoua-t-elle franchement.
—Oui, ta glace, elle a été prise sur mon salaire, figure-toi.
—Non. Souviens-toi après le match, à Action ou Vérité.
Il mit du temps à comprendre et à peine l'éclair de compréhension passa-t-il dans ses yeux que Médusa se mit sur la pointe de pieds et attira le garçon dans un baiser.
Ses lèvres étaient chaudes et avaient un petit goût de sel. Il y répondit maladroitement en refermant ses bras autour de sa taille. C'était la première fois qu'on la prenait ainsi dans les bras, elle trouva ça très agréable. Quand elle se détacha, Lee avait le regard heureux mais confus. Médusa décida qu'elle adorait ce regard là et qu'elle voulait le voir plus souvent.
Pourtant se furent-ils détachés qu'ils entendirent un cri strident. En contrebas, Narcissa avait décidé d'aller nager seule et était emportée par le courant au loin. Rita, Bella et Mrs Scamander étaient catastrophées. Les deux adolescents quittèrent la cabine téléphonique et dévalèrent la dune alors qu'Andromeda et ses amis arrivaient. Narcissa battait des jambes et des mains, terrifiée dans l'eau. Elle disparut entre deux vagues.
Bellatrix poussa un cri si perçant qu'un elfe apparut près d'elle. L'elfe parut se rendre compte de la situation et disparut dans un petit crac sonore avant même qu'ils n'aient totalement descendu la dune.
Salazar fut le premier à plonger dans l'eau, il disparut à son tour. Andromeda proche de Médusa et Bellatrix se tourna vers Tonks :
—Otis est parti chercher notre père ! Va-t'en avant qu'il ne te voie !
Tonks blême comme un mort s'exécuta et prit la main de son camarade avant de disparaître. Salazar était sorti de l'eau et tenait une Narcissa tremblante contre lui. Ils accoururent tous vers eux. Narcissa semblait d'aller bien, mais elle était confuse et choquée. Bellatrix se tourna vers Andromeda, hargneuse :
—Tu as préféré dire à ton moldu de se cacher plutôt qu'aider ta sœur qui se noyait, Andy ?
—Bella, je-
—Sale trainée !
Violemment la cadette des Black gifla son ainée et se reporta sur Cissi. Alors que Mrs Scamander allait empêcher Andromeda de répondre à la gifle, Rita se figea :
—Oh oh…
Rita quitta le rivage comme s'il s'était agi de lave en fusion et courut vers la plage récupérer ses affaires à toute hâte. Mr Black arrivait sur la plage l'air furieux. Cygnus Black était une des personnes que Médusa aimait le moins sur cette terre. Il était cruel, violent et souvent très sot. Le regard qu'il vrilla à ses filles fut si terrifiant que les trois hoquetèrent. Cissi se cramponna à Salazar en retenant un sanglot.
—Père, commença doucement Andromeda.
Elle ne finit pas sa phrase car il lui administra une violente gifle à l'endroit même où Bella avait frappé quelques instants plus tôt. Mrs Scamander s'était levée tandis que Rita courrait prendre sa cheminée, ses affaires dans son sac. Sans doute que ses parents seraient très bientôt au courant de son escapade. Médusa retint un tremblement. Leur père aussi allait être au courant.
—Vous n'avez pas honte, petites dévergondées ? Sur la plage en petite tenue avec des garçons ?
Il saisit Bellatrix pour lui administrer une retentissante gifle alors que Narcissa pleurait davantage. Médusa détourna les yeux par pudeur, refusant de voir sa meilleure amie malmenée devant elle.
—Mr Black, ces jeunes filles n'étaient pas seules, intervint rudement Mrs Scamander. Je les chaperonnais, tout comme Eddy et Salazar. Ne les punissez pas, je vous en prie.
—Vu votre chaperonnage, Sang-mêlé, vous n'avez pas d'ordre à me donner.
Pour clore la triade, il gifla une Narcissa à peine remise et la tira derrière lui. Les filles Black avaient l'air piteuse et sanglotaient de terreur. Sans doute que les gifles n'étaient qu'un avant goût de ce qui allait suivre. Mrs Scamander était catastrophée, tout comme Eddy qui avait le teint pâle et semblait tremblant.
—Mr Black ! Arrêtez !
La vieille femme avait sorti sa baguette, outrée par la violence du sorcier alors qu'il s'en retournait vers sa maison en trainant ses filles pleurant derrière lui. Médusa posa sa main sur celle de Mrs Scamander, lui communiquant du regard qu'il ne servait à rien d'agir, les retours risquaient justes d'être plus lourds encore pour les trois jeunes filles.
Médusa constata cependant que Cygnus Black l'avait oubliée alors qu'il ramenait ses filles. Elle était donc seule sur la plage avec la vieille femme et les deux jeunes sorciers.
—Tu étais avec Narcissa, murmura Eddy à Salazar. Tu ne l'as pas vue entrer dans l'eau ?
—Si… mais elle pensait à partir. Elle pensait si fort à partir loin quand je l'ai récupérée. Je n'ai pas compris tout de suite.
Médusa était catastrophée, et au regard qu'elle échangea avec Salazar, lui aussi. Mrs Scamander parut se reprendre en posant une main douce mais ferme sur son épaule :
—Viens à la maison avec nous, ma chérie. Je pense que nous avons tous besoin d'un bon chocolat.
C'était la dernière chose au monde qu'elle voulait, mais Médusa hocha la tête. Mrs Scamander rangea ses affaires, tout comme eux. Médusa constata que dans sa hâte, Rita avait sans le vouloir pris sa robe. Ils quittèrent la plage sans un mot. Leur euphorie était passée si rapidement que cela leur fit l'effet d'une douche glacée.
En arrivant dans la demeure des Scamander, Médusa trouva le cottage accueillant et presque chaleureux par rapport à son prieuré. Le salon était une grande pièce en pierre claire et aux tympans de bois ouvragé, il y régnait un capharnaüm monstrueux. Mr Scamander travaillait à sa table basse avec un niffleur sur la tête et des petites lunettes rondes au bout de son long nez rougis par un vilain coup de soleil. Quand il leva les yeux sur leur quatuor, il eut une seconde de surprise avant que le regard de sa femme ne lui fasse comprendre tout ce qu'il avait besoin de savoir.
Médusa se sentait honteuse et sale, elle n'avait que son maillot de bain sur elle. Il ne fallait pas que quelqu'un d'autre la voie dans cette tenue.
—Mrs Scamander, est-ce que je pourrais vous emprunter une robe ? Mes affaires sont restées chez Bella…
La femme opina et fit apparaître une robe bleue claire que Médusa enfila dans la salle de bain. Quand elle ressortit elle était fébrile et tremblante, Eddy et Salazar étaient attablés à la cuisine face à une tasse de chocolat que Mr Scamander faisait fondre du bout de la baguette.
—Tu en veux ? Tu es la jumelle de Salazar, c'est ça ?
Le vieil homme avait dit le nom de son frère avec tellement d'affection que Médusa sentit la hargne l'étreindre plutôt que la peur. Elle en avait assez de ces Scamander si gentils, de leur maison si jolie, de cet air niais qu'ils avaient constamment, et surtout elle en avait marre d'Eddy Lee qui la regardait d'un air éperdu comme un petit chiot.
—Non merci, pas de chocolat pour moi. Je ne suis plus une gamine.
Salazar souffla, dépité. Mr Scamander partit rejoindre sa femme qui était dehors et bouleversée. Lee but un peu de son chocolat, mal à l'aise.
—Med, pour ce qu'il s'est passé-
Avant que Lee n'ait fini de parler, Médusa lui administra une retentissante gifle et souffla, mauvaise :
—Med ? Med ? Qui t'a permis sur cette foutue planète de ma parler sur ce ton ? Va mourir, Eddy Lee ! Ça ne saurait tarder !
Elle avait crié si fort qu'elle était sûre que les Scamander l'avaient entendue. Salazar se leva brusquement pour la tirer par le bras. Lee la regardait avec des yeux furieux.
—Mais tu ne vas pas bien ! souffla son jumeau. Ne lui parle pas comme ça !
—Arrête de prendre sa défense par Morgane ! Tu n'aurais jamais dû venir ici, te remplir la tête des bêtises de ces traitres à leur sang était une mauvaise idée !
Le regard que son frère lui adressa fut le plus froid qu'il lui ait jamais accordé. Ils entendirent alors Mr et Mrs Scamander hoqueter. De la fenêtre, Médusa vit que son père venait d'apparaître sur une dune et se dirigeait vers le portail en bois flotté. Cygnus Black l'avait donc bien prévenu. Leur géniteur se heurta aux protections de la maison et fut brièvement repoussé. Puis, avec un sifflement et d'un revers de main il détruisit les maigres protections des Scamander et s'avança dans le jardin. Quand il fut assez près, Médusa remarqua qu'il avait l'air calme mais il ne pouvait empêcher une étincelle rouge dans ses yeux de s'allumer.
Les trois adolescents sortirent de la maison, oubliant leur rancœur. Mrs Scamander eut le réflexe déraisonné de se mettre devant Salazar et elle.
—Mr Jedusor… nous pouvons vous expliquer la situation. Ce n'était rien de grave, les enfants s'amusaient.
—Et les enfants doivent rentrer désormais. Médusa. Salazar.
Il avait un ton si glaçant que les deux adolescents s'exécutèrent en baissant la tête. Médusa sentait son cœur battre à tout rompre dans sa cage thoracique. La punition allait être terrible. Eddy tenta de lui attraper le bras, elle s'en dégagea inquiète et furieuse et lui siffla :
—Tu tiens donc tant que ça à crever ? Je vais t'y aider si tu ne me lâches pas !
Mrs Scamander parut si choquée de son affront qu'elle la vrilla du regard avec un air glacial que n'aurait pas dédaigné son père. Mr Scamander avait l'air confus mais l'aura de leur père fut suffisante pour l'inciter à se taire. Tom Jedusor posa ses mains rudement sur leurs épaules.
—Bonne soirée. Mr Lee. Monsieur et Madame Scamander.
Il leur fit traverser le portail et ils transplanèrent. Sal et elle retombèrent sur le sol froid du salon.
—Endoloris, siffla leur père
Le sort atteignit Sal qui se mit à convulser au sol en hurlant. Médusa se retourna vers leur géniteur, terrorisée :
—C'est moi qui l'ai convaincu d'aller là-bas !
—Je sais, éructa leur père. Le prochain est pour toi ! Endoloris !
Le sort l'atteignit si brutalement qu'elle ne put empêcher un glapissement sourd de s'échapper de ses lèvres. Elle avait l'impression d'être jetée dans un brasier brûlant. Avec le temps elle n'était pas parvenue à mieux supporter les impardonnables de leur géniteur. Salazar ne s'était pas relevé, il était collé à la pierre froide l'œil vitreux alors qu'elle se tortillait de douleur.
—Tu es de retour ? souffla leur mère en fourchelangue en apparaissant d'un coin de mur.
Leur père mit fin à l'impardonnable, son regard devint encore plus rouge. D'un mouvement de la main, il embrasa totalement la pièce. Piégés au milieu des flammes, Sal et Médusa hoquetèrent, leur mère, elle, était terrifiée. Elle cherchait une ombre pour disparaître comme une biche face à un chasseur. Elle se faufila avec difficulté derrière le sofa embrasé.
—Toi, oh toi, siffla leur père en se tournant vers leur génitrice. J'ai le dos tourné et tu n'en fais qu'à ta tête ! Tu emmènes le gamin chez des amis de Dumbledore ! Es-tu donc à ce point stupide sale cracmole !?
Il s'avançait vers elle au milieu des flammes de plus en plus hautes et brûlantes. Médusa se tourna vers leur frère, il ne bougeait plus, préférant faire le mort plutôt que subir un nouveau sortilège. Leur mère ne s'enlevait pas son expression terrifiée, à la lueur des flammes ses yeux étaient éclairés et agrandis de peur panique. Médusa constata qu'ils étaient bleus sombres. Jamais elle n'avait vu sa mère assez longtemps éclairée pour s'en apercevoir.
—Envoie-les encore hors de ces murs pendant que je suis en voyage, et je te brûle vive ! C'est clair ?
Lentement et horrifiée, leur mère acquiesça. D'un autre mouvement de la main les flammes périclitèrent et disparurent sur l'ordre de leur père.
—Emmène-les ! Hors de ma vue tous les trois.
Sa mère se releva ventre à terre, les saisit Sal et elle par le bras et les plongea dans l'obscurité. Quand le froid glaçant la quitta et qu'elle sortait de l'obscurité, sa mère la lâchait dans un cachot sombre dans la cave de leur demeure.
—Tu me le payeras, Médusa, souffla leur mère en allant enfermer leur frère dans une autre cellule.
Elle lui répondit d'un sifflement rageur en frappant aux grilles.
Et elle resta là, longtemps.
Elle n'avait aucune idée du temps passant, son père était retourné terminer son voyage d'affaire et sa mère ne venait pas. Elle l'entendit libérer son frère au bout de ce qui lui sembla une éternité mais ne vint pas pour elle. Alors elle restait là, tremblante de froid dans la robe légère de Mrs Scamander qui était devenue grisâtre de salpêtre. La colère dans son cœur n'avait pas périclité tout comme son sentiment intense d'humiliation. Elle ne mangeait pratiquement pas les plateaux laissés par les elfes, abrutie par la fatigue et la rage. Elle était là, recroquevillée dans un coin sans bouger.
Elle entendit finalement au bout de ce qui devait être des jours un craquement sur les marches de pierre. Son père se présenta à elle devant la grille. Et là, la rage diminua pour être remplacée par de l'appréhension.
Il pénétra dans la cellule sans un mot et s'assit contre le mur où elle se trouvait. Ainsi assis c'était sans doute la pose la plus saugrenue qu'elle eut pu voir de son géniteur.
—Poudlard commence demain. Tu sors ce soir, finit-il par lâcher.
Elle ne savait même pas si elle devait se réjouir de cet état de fait. Plus rien n'avait de sens dans l'obscurité de ce cachot. Son père posa une main presque tendre sur sa tête pour l'amener sur son épaule. De là, il lui caressa les cheveux d'un geste lent et machinal, comme il le faisait avec Nagini. Elle retint un frisson.
—Me trouves-tu dur avec toi, Médusa ?
Il lui saisit le menton sèchement pour avoir réponse à ses questions. Elle n'essaya pas de se dégager. Il y lut tout ce qu'il avait besoin de savoir et plus encore car elle vit ses yeux rougir dans l'obscurité.
—Je suis plus dur avec toi car tu le mérites. Tu peux être une puissante sorcière digne de notre sang si tu t'en donnes les capacités. Ce qu'il s'est passé à Selsey restera à Selsey. Je t'ai demandé de te rapprocher de l'obscurial, tu sembles avoir dépassé mes espérances.
Elle se figea alors que la main de son père continuait à caresser ses cheveux. Allait-il lui jeter un doloris pour ça ? La mettre sous impérium ? Elle ne savait pas et cette appréhension fit couler de la sueur glacée le long de son dos.
—Cesse tes enfantillages, siffla leur père en se relevant brusquement. Edward Lee mourra dans peu de temps, et je te demanderais de m'aider à le détruire.
Il lui tendit la main pour l'aider à se relever. Tremblante, elle la saisit.
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(1) Les Travellers sont un peuple originaire d'Irlande, nomades pour la plupart. Ceux-ci sont souvent confondus avec les romanis comme un seul ensemble unique du fait de ce mode de vie. Si les travellers, comme les gitans souffrent de discriminations et de racisme, ils n'ont cependant pas la même histoire, ni la même origine. Pourtant, certaines familles de travellers et romanis se sont mélangées par mariage au cours de l'histoire.
J'espère que ce chapitre vous a plu. On se retrouve pour le prochain baptisé Lune de Fiel. Au programme ? Explosion, tête de mulle et discussion sur l'oreiller ;)
A la semaine prochaine ! Merci infiniment à toutes les personnes qui suivent cette histoire, très bon week end à vous.
