Et coucou ! Voici le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira !
Chapitre X : Lune de fiel
Le Sangsombre dans la nuit s'épaissit,
Sous le soleil de midi peut être à jamais cuit,
Sombre, sombre, dans l'ombre des autres à vie.
Sangsue sans s'en faire, sans sourciller opère.
Sangsombre n'aime pas, et n'aime pas être aimé,
Car Sangsombre derrière lui peut tout emporter.
Note au Don n.6 des annales du Codex.
Tina et Newt avaient été très choqués de la venue de Mr Jedusor. Tina s'était rongée les sangs toute la soirée en songeant à ce qui attendait les filles Black et les jumeaux Jedusor une fois rentrés chez eux. Tina avait été élevée dans une famille aimante avec sa sœur Queenie avant que leurs parents ne meurent de la Dragoncelle, cette violence l'avait surprise et choquée au plus haut point.
Eddy ne pouvait pas lui en vouloir. Ce à quoi il avait assisté avait bien failli faire rejaillir son obscurus. Si Newt ne l'avait pas senti et ne lui avait pas préparé un chocolat pour le calmer, sans doute aurait-il explosé à la gifle de Médusa.
Il ne savait vraiment plus sur quel pied danser avec la jeune fille. Elle l'avait embrassé. Il avait embrassé Médusa Jedusor et avait adoré ça. C'était son premier baiser, mais il songeait que c'était si doux, ça valait bien toutes les punitions comme lui avait confié Arthur Weasley quelques mois plus tôt.
Seulement, il doutait de vouloir encore embrasser la jeune fille après ce qu'il s'était passé. En fait, encore une fois il était dans un imbroglio de sentiments confus vis-à-vis des Jedusor. Il espérait que Sal allait bien, mais il en doutait et n'osa pas envoyer une lettre du reste des vacances.
Septembre arriva après qu'il ait acheté son nouveau matériel et terminé ses derniers devoirs de vacances à toute hâte. Ils étaient arrivés tôt aujourd'hui à la gare avec Newt. Celui-ci avait rendez-vous avec son éditeur juste après l'avoir déposé. Les premiers enfants n'étaient pas encore arrivés, ils étaient pratiquement seuls sur le quai. Il y avait la dame au chariot et le conducteur en train de discuter au loin près de la locomotive principale ainsi qu'un technicien sorcier en train de réparer quelque chose sur les rails. Newt les observa un peu rêveur puis se tourna vers Eddy.
—Une nouvelle année commence, tu as hâte ?
—Plutôt, oui, admit-il. J'espère qu'elle sera un peu plus calme que l'année précédente.
Son tuteur opina doucement.
—J'espère que tes amis iront bien. Salue Salazar de ma part. Tina te l'a dit, mais c'était un bonheur te l'avoir à la maison malgré tout.
Eddy hocha la tête d'un air vague alors que Charme se frottait à ses jambes.
—Vous allez partir au Brésil, du coup ? demanda Eddy qui avait vu Tina commencer à préparer leurs valises la veille.
—Une fois que j'aurais fait les corrections données par mon éditrice, oui. J'ai quelques amis à voir avant de partir. Après le Brésil, nous ramènerons Pascal dans une réserve en Roumanie.
Les premiers enfants et leur famille arrivèrent par la voie 9 ¾ et Eddy les regarda faire. Il se tourna ensuite vers son tuteur qui lui tapotait l'épaule pour avoir son attention.
—Je pense qu'Albus te l'a communiqué également, mais j'aimerais que tu restes loin du professeur Jedusor. Le peu que j'ai vu m'a beaucoup inquiété.
—Je n'ai pas besoin de Dumbledore pour le voir, grinça Eddy. Je sais qu'il a été ton professeur et que c'est ton ami, Newt, mais Dumbledore a aussi beaucoup de choses à se reprocher.
Il ne voulut pas en dire plus et tira sa valise à l'intérieur du wagon avec un vague au revoir. Il vit l'expression peinée de Newt et s'en voulut mais ne fit pas pour autant demi tour. Charme finit par le rejoindre et sans doute que Newt allait désormais à son rendez-vous.
Il se cala dans une banquette avec ses affaires, les bras croisés. Gwendal et Kheiron ne tardèrent pas à arriver avec leur valise. Ils le saluèrent joyeusement.
—Ombrage te cherche, Lee. Si j'étais toi je l'éviterai autant que possible, lui confia Kheiron en calant sur la banquette la cage de son hibou Sigfrid.
Eddy se demanda pour quelle obscure raison Dolorès Ombrage était à sa recherche. Depuis qu'elle avait appris son état d'obscurial elle l'évitait comme la peste. Il aurait même aimé qu'il en reste de même pendant longtemps. Il bavarda avec ses camarades un moment, jouant à une partie de bataille explosive.
Puis alors que le train filait depuis déjà plusieurs heures, Rita Skeeter apparut à l'entrée de leur compartiment. Elle avait revêtu son uniforme de sorcière et semblait boudeuse. Elle parvint cependant à plaquer l'ébauche d'un sourire sur son visage.
—Salut les sangsues !
—Qu'est-ce que tu nous veux, Skeeter ? grogna Shafiq en levant son nez de son jeu de carte.
Eddy se demanda ce qu'elle faisait seule. Elle avait dans sa main un parchemin et une petite plume.
—Maintenant que le Petit Poudlard Illustré est sous ma responsabilité, je suis à la recherche de nouveaux chroniqueurs. Ça vous intéresse ? J'ai déjà Xenophilius Lovegood ainsi que Nancy Parkinson.
—Non merci, rétorqua Gwendal très mal à l'aise. On va s'en passer. Retourne torturer des premières années avec Black.
Mais Rita ne semblait pas pressée de rejoindre sa condisciple. Elle vrilla un regard impatient à Eddy en train de caresser Charme. Elle semblait avoir totalement oublié la journée qu'elle avait passée à Selsey avec ses amies, lui et Salazar.
—Lee, j'aimerai te mettre à contribution. Il faut que tu écrives un article sur ton statut d'obscurial. Ça serait tellement intéressant et vendeur pour le PPI !
—Ah ça non. Merci bien ! Va-t'en maintenant.
Rita eut une grimace moqueuse mais consentit à débarrasser le plancher.
Le train finit par s'arrêter. Eddy suivit ses camarades vers le quai puis monta avec eux et Lovegood dans une calèche tirée par des Sombrals.
—Je me suis toujours demandé ce qui tirait les calèches, murmura Kheiron. Maintenant je comprends.
Ses camarades lui jetèrent un coup d'œil compatissant mais tout aussi curieux.
—Ma grand-mère est morte cet été, souffla le garçon en tournant sa tête vers la vitre.
—Il n'est pas obligatoire d'avoir vu la mort pour voir les Sombrals, répondit Xenophilius d'une voix rêveuse.
Peu désireux de rétorquer à l'adolescent les autres se turent. Ils étaient arrivés à l'entrée du château. Tout en discutant et en montant les marches, Eddy essayait de repérer deux personnes bien particulières dans la foule. Il ne les vit cependant pas et pénétra dans la Grande Salle.
Ils s'attablèrent et Eddy remarqua Médusa au début de la table des Serpentard. Elle était seule et jouait avec son ruban dans les cheveux. Salazar était à l'autre bout de la tablée à des dizaines de mètres de sa jumelle tandis que Bellatrix parlait avec Lestrange. Rita n'était pas non plus près d'elle et s'était attablée proche d'Ombrage.
—Les sœurs Gorgones se sont disputées, remarqua Gwendal. Je me demande ce qu'il s'est passé cet été. Même les Jedusor sont séparés.
Eddy en avait une petite idée mais il préféra se taire.
À la table des professeurs étonnement, le professeur Dumbledore et Jedusor étaient en train de discuter. Leur conversation semblait être des plus polies mais le léger froncement de sourcil du professeur de défense ne pouvait cacher un certain agacement. Jedusor se leva et alla chercher les premières années une fois les autres élèves attablés. Sur son chemin vers la porte il offrit un grand sourire à Eddy, qui retint un frisson. Ce sourire avait l'air d'être très sincère et cela le troubla.
Les premières années entrèrent à la suite de Mr Jedusor qui avait repris un masque sans expression. Il les conduisit, glacial jusqu'au centre de la pièce où se trouvait le Choixpeau.
Celui-ci commença à entonner une chanson.
Je ne suis pas d'une grande beauté,
Mais mes pouvoirs vont vous placer.
Du Hardi Gryffondor, un jour je suis né.
Peut-être voudriez-vous y aller ?
Le courage n'est pas sans sagesse,
Chez Serdaigle vous ferez donc des prouesses.
Si vous préférez la sincérité et l'honneur,
Sans doute que Poufsouffle aimera vot' grand cœur.
Puis il y a enfin les Serpentard rusés et habiles,
En leur nom, on n'devient pas un imbécile.
Sous la tutelle du serpent on apprend si bien,
Il sait faire Roi, un orphelin parti de rien.
N'oubliez pas de préserver votre cœur et vot' esprit,
Tandis qu'en votre sein, votre magie grandit,
Car c'est de ceux-ci que l'obscurité se nourrit.
Après ces vers il y eut un petit instant de flottement avant que les élèves ne se mettent à applaudir. N'ayant jamais vécu une répartition auparavant, Eddy ne savait pas si c'était une chose commune à chaque rentrée. Le regard noir que jeta Jedusor au Choixpeau lui confirma qu'il n'avait pas aimé sa chansonnette. Même Dumbledore, le remarqua Eddy, avait l'air un peu troublé.
—Greta Arterton, appela le professeur.
Une fillette s'avança et la répartition continua ainsi. Il y avait presqu'une quarantaine d'élèves à répartir. Narcissa Black fut appelée et à peine le Choixpeau eut-il frôlé sa tête qu'elle fut envoyée à Serpentard près de sa sœur qui lui avait gardé une place. Lucius Malefoy un petit garçon blond à l'air farouche ne tarda pas à les rejoindre. Un garçonnet rondouillard fut envoyé à Serdaigle, puis une autre petite fillette prit sa suite sur le tabouret.
—C'est ma petite sœur, lui avoua Kheiron. Amaya.
La petite Amaya Shafiq fut aussitôt envoyée à Serpentard et la répartition se termina sur elle. Eddy constata qu'une majorité d'élèves avaient été envoyés à Serpentard par rapport aux autres maisons qui avaient l'air déçues du peu de nouveaux arrivants.
—Le Choixpeau a eut raison dans ses vers, murmura Gwendal. Depuis quelques années, notre maison est la plus nombreuse. Qui voudrait aller chez les autres ?
Eddy ne lui répondit pas car Dumbledore se levait pour réclamer le silence. Il sait faire Roi un orphelin parti de rien, songea-t-il en regardant le professeur Jedusor revenir à sa table. Il eut l'étrange impression que cette phrase le concernait, mais n'en tint pas compte. Dumbledore parla d'une voix claire :
—Chers élèves, bienvenus à tous nos nouveaux arrivants et bon retour à tous nos élèves plus âgés. Que cette année soit source de richesse et d'enseignement pour vous tous. En plus des règles élémentaires que Mr Picott a fait afficher dans le Hall, je me dois de vous rappeler que la forêt interdite vous est formellement interdite.
Dumbledore fit un petit clin d'œil à l'assemblée, et Eddy fut persuadé qu'il leur était adressé à Salazar et lui. Il se retourna pour présenter d'un revers de main une jeune femme blonde à lunette. Elle avait un visage en forme de cœur et de grands yeux innocents derrière le verre épais de ses loupes.
—J'aimerai vous présenter Mrs Charity Burbage qui nous fait le plaisir de reprendre le poste de professeur d'Etude des Moldus jusqu'ici laissé vaquant. Souhaitez-lui un bon accueil. Bon appétit !
Les élèves applaudirent mollement la jeune femme et les plats enfin apparurent. Alors qu'Eddy se servait d'une cuisse de poulet braisé, il vit le regard de Shafiq posé sur Mrs Burbage. Il échangea un regard de connivence avec Gwendal.
—Combien de temps elle va rester selon toi ? Moi je dis moins de quatre mois contre dix gallions.
—Tu es vraiment intraitable, grogna Gwendal. Elle a l'air d'être plus coriace, moi je dis qu'elle tiendra jusqu'à la fin de l'année.
—Tenu. Prépare tes gallions, Pettigrew.
—Quoi ? C'est quoi le problème ? questionna Eddy la bouche pleine que l'échange avait interloqué.
—Il ne fait pas bon être professeur d'Etude de Moldus. Déjà que ce n'est pas une matière très choisie, depuis quelques années ce poste porte la poisse. Le dernier professeur a eut un grave accident dans les escaliers l'année dernière avant que tu n'arrives. Il n'est toujours pas sorti de Ste Mangouste. Celle d'avant, Marcus m'a dit qu'elle avait été attaquée près de la forêt interdite.
—Dumbledore s'entête à en recruter, s'amusa Gwendal. Tu veux parier avec nous sur ce qui lui arrivera ?
—Non merci, sans façon.
Il darda un regard sur le professeur Jedusor et fut persuadé qu'il avait quelque chose à voir avec tout ça. Il chercha du regard Salazar qui dessinait négligemment sur son carnet. Eddy le trouva blême et glacial, il avait sous les yeux des cernes lourdes et violacées. Il se demanda comment s'étaient terminés leurs derniers jours de vacances.
—Alors c'est toi l'Obscurial ? grinça une petite voix à son oreille coupant ses réflexions.
Le petit garçon blond, Lucius Malefoy qui avait été réparti plus tôt le regardait inquisiteur.
—Ouais. T'as un problème, morveux ?
Malefoy prit une mine supérieure et enfourna sa portion de ravioli. Il mâcha lentement et finit par répondre :
—Aucun. Bellatrix m'a dit que tu étais son petit cabot préféré. C'est vrai que tu as été élevé par un Magie-Zoologiste ? Il faut donc accepter les animaux maintenant en plus des sangs de bourbes ?
—La ferme, lui rétorqua-t-il violemment.
Ce fut si sec et sauvage que sa magie imprévisible comme à son habitude répondit à sa place. Les raviolis dans l'assiette de Malefoy s'élevèrent à quelques centimètres de son visage et vinrent un à uns se coller à son visage comme un étrange masque de beauté. Bellatrix et Narcissa éclatèrent de rire tandis que le garçonnet était rouge de rage et de sauce tomate.
—Tu vas me le payer, le clébard !
—Attention à toi alors, je mords fort, rétorqua Eddy en se retournant pour continuer sa conversation avec Gwendal.
La remarque puérile de Malefoy avait malgré tout allumé un brasier brûlant de colère en lui et il parvint difficilement à suivre les discussions avec ses amis. Tout lui semblait terriblement lointain. Au bout d'un moment à jouer avec sa crème brûlée il remarqua que Médusa l'observait en bout de table. Quand leurs regards se croisèrent, elle détourna les yeux et avala sa crème au citron d'un geste rageur.
Ils finirent par se lever une fois le banquet terminé. Eddy ne savait à nouveau plus où il en était et suivit le mouvement de ses camarades vers le cachot. Le nouveau mot de passe leur fut donné par Perceval Rosier, Sang-tier Croisé et il put rentrer.
Eddy était pressé de se coucher mais encore une fois sa poisse naturelle avait décidé de lui jouer des tours. Il sentit une petite main lui agripper violemment l'uniforme. C'était Ombrage et elle était furieuse.
—Oh toi ! Toi ! Il faut qu'on parle, l'Obscurial !
Elle se plantait là les mains sur les hanches au milieu de la salle commune alors que certains élèves jetaient un drôle de coup d'œil à leur duo.
—Qu'est-ce que j'ai fait encore ? Je suis fatigué, j'aimerai bien aller me coucher.
—Tu iras quand tu auras reconnu ta paternité !
—Q-quoi ? bégaya-t-il.
—Ton abominable fléreur a engrossé ma Froufrou ! Elle a eut une portée de petits bâtards roux pendant les vacances !
—Mais qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? Tu as d'autres chats, c'est bien.
—On va se partager les frais dans ce cas, éructa la petite sorcière. Ton chat, mon chat, nos petits ! Tu dois me verser une pension à moi et à Froufrou.
—Non mais ça va pas, grogna-t-il en se dégageant alors que les élèves ricanaient. Tu n'as qu'à les donner ou les vendre tes chatons. C'est pas mon problème !
Gêné et honteux, il s'apprêta à partir mais la main de Dolorès essaya à nouveau de l'attraper. Sa colère des derniers jours et l'angoisse des révélations de l'été explosèrent face à la hargne de la petite sorcière. Elle ne parvint pas à le toucher et un filament de magie l'éjecta à l'autre bout de la pièce comme une poupée de chiffon.
—Il l'a montée en l'air ! souffla Tony Nott.
Les autres élèves s'étaient tus, tandis qu'Ombrage se relevait piteusement. Son petit nœud dans les cheveux était tombé et elle arborait une grimace terrorisée. Certains élèves avaient pareille figure. Certains semblaient horrifiés, d'autres inquiets.
—Tu vois, Lucius, cingla Bellatrix dans un sofa en câlinant Narcissa. Il mord fort notre roquet.
Lucius hocha piteusement la tête, le visage pâle.
C'en fut trop pour lui. Eddy tourna les talons et courut vers son dortoir en refusant de croiser le moindre regard. Charme était sur son lit justement et miaula à son approche.
—Toi, il va falloir qu'on parle de tes fréquentations, gronda Eddy envers son familier.
Celui-ci lui fit un petit coup de patte joueur et le darda d'un regard qui pouvait dire : « Parlons de tes fréquentations, plutôt ».
Et en parlant de fréquentation, Salazar sortait de la salle de bain en pyjama noir avec sa trousse de toilette sous le bras. Il ne décocha pas un coup d'œil à Eddy et rentra dans son lit.
—Sal, l'interpella-t-il. Tu vas bien ?
Sans un mot, l'adolescent tira les tentures de son lit et Gwendal, Kheiron et Tony arrivèrent à ce moment là. Eddy rentra rageusement dans le sien, il tira les tentures si fort que celles-ci se déchirèrent et il poussa un juron.
Ne pouvant ni les réparer, ni rien faire d'autre, il resta là étendu et rageur. Ce soir là, il détestait être ici, détestait les cours, les gens, Charme compris et pire que tout : il se détestait lui même.
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Les cours commencèrent doucement. Profitant d'un été indien, les élèves avaient la chance d'avoir de longues journées ensoleillées pour chasser le stress de la rentrée. Eddy s'en moquait. Ses premiers cours de la semaine furent cataclysmiques aussi bien en métamorphose qu'en sortilège. Malgré ses efforts, il ne parvenait toujours pas vraiment à progresser. Sa magie refusait de l'écouter. En potion ce fut à peine mieux, seul les cours de Botanique et Soins aux Créatures Magiques parvenaient à lui donner espoir.
Il se hâta donc, pressé de rentrer dans le cours de Botanique à la suite du professeur Chourave. Celle-ci était une toute jeune enseignante mais Eddy l'aimait beaucoup. Elle avait une douceur et une façon d'expliquer qui plaisait au jeune homme. Quand Chourave avait appris sa condition d'Obscurial l'année précédente elle avait même été assez gentille pour lui prêter un livre sur les plantes exotiques.
Le cours du jour était sur les Lycor-Lys, une curieuse plante qui ressemblait à une énorme fleur rougeâtre. C'était une plante carnivore qui se nourrissait de petits mulots et insectes dans les forêts d'Asie. Ils devaient donc les nourrir et leur donner de l'engrais pour assurer une bonne croissance à la plante qui aurait la taille d'un humain moyen à la fin de l'année.
Pourtant, Eddy avait du mal à se concentrer alors qu'il enfournait des mouches près d'un pistil de la plante. Il se sentait observé. Quand il releva la tête, il vit que Salazar et Médusa le regardaient depuis leur propre pot. Leurs regards se furent-ils croisés qu'ils baissèrent à nouveau les yeux. Du reste, les autres élèves étaient un peu tendus en sa présence, l'incident avec Ombrage avait dû rapidement faire le tour de l'école.
L'après midi en Soins aux Créatures Magique, ils avaient justement à étudier les Sombrals avec Brûlopot mais Salazar ne se mit pas avec lui. Il fit un binôme avec Rita tandis qu'Eddy se trouvait avec Gwendal.
Eddy se pencha vers l'animal pour lui donner une boulette de viande tandis que son camarade essayait de remplir le schéma qu'ils devaient terminer pour la fin de l'heure. Gwendal lui avait dit avoir perdu son père quelques années auparavant. Il vivait chez sa tante Mathilda et son cousin Peter depuis. Il était donc parfaitement à même de voir les Sombrals mais ne les aimait pas trop.
Eddy tourna la tête, Salazar était sur le dos du Sombral, nonchalamment assit. Skeeter avançait elle même sur le schéma avec un air morne.
—Tu places la croupe trop haut, Skeeter, marmonna Sal.
La blonde eut un sifflement dédaigneux, pressée de rendre le travail.
Eddy se reporta sur son camarade pendant que Brûlopot demandait à Salazar de descendre du dos de l'animal. Gwendal avait l'air songeur.
—Il est plus bizarre qu'avant Jedusor. Il ne te parle plus, je croyais que vous étiez potes ?
—Je ne sais pas ce qu'il a, avoua Eddy. Il est venu quelques jours chez moi cet été mais son père n'était pas au courant.
Salazar descendit du dos du Sombral, toujours stoïque et le visage fermé, indifférent au professeur qui se dirigeait vers un autre groupe.
—Se faire passer un savon pour un mensonge ce n'est pas la mort non plus. Là on dirait qu'il est sur le point de claquer, justement, souffla Gwendal. Bon, je crois que j'ai presque fini. Comment t'appelles le truc qui relie les ailes ensembles ?
—Euh…la membrane ?
—Faisons comme ça.
Le cours était terminé de même que la journée. Certains élèves se dirigeaient déjà vers le parc pour profiter du soleil. Eddy s'attendait à voir Salazar s'enfoncer discrètement dans la forêt interdite mais ce ne fut pas le cas. Il se dirigea tranquillement vers le lac noir. En récupérant ses affaires, Eddy le suivit de loin.
Salazar s'était posé au soleil et griffonnait sur son carnet, les pieds dans l'eau. Certains élèves profitaient de la fraicheur de l'eau non loin de lui sans oser le déranger. Eddy s'assit près de son camarade. Il l'avait senti s'approcher mais ne moufta pas.
Aucun ne parlait tandis qu'ils profitaient des derniers rayons de l'après-midi. Eddy ne savait pas comment aborder la situation avec son camarade. Salazar avait maigri, remarqua-t-il. Son visage avait perdu les dernières rondeurs de l'enfance et s'était beaucoup creusé. Ses cernes sombres ressemblaient à deux hématomes sous ses yeux bleus qu'il ne daignait pas lever vers lui.
—Tu vas m'ignorer comme l'année dernière du coup ? finit par râler Eddy.
Salazar se tendit légèrement mais ne répondit pas, continuant à dessiner. Entre ses gribouillis il était en train de croquer le panorama offert par le parc de Poudlard.
—Je suis désolé que ce soit passé comme ça. Mais ton ignorance commence à me taper sur le haricot, Sal. Parle, je t'en prie.
—Médusa a raison, je n'aurais jamais dû venir chez toi, murmura-t-il finalement d'une voix enrouée.
Sans doute était-ce sa première phrase depuis longtemps. Eddy se souvenait encore très bien des paroles exécrables de Médusa et plus encore de la gifle qu'elle lui avait administré.
—C'était une mauvaise idée car ton père désapprouve ou parce que tu ne veux plus qu'on soit amis ?
Salazar eut une sorte de gloussement glacial qui le fit frissonner. Il se pencha et Eddy remarqua qu'il portait autour du cou le même médaillon qu'il avait vu pendu au cou de son père l'année dernière. Le serpent de pierres précieuses luisait d'une aura glaciale sous la lumière du soleil.
—Ma mère m'a dit quelque chose une fois. Parfois le meilleur moyen de montrer à quelqu'un qu'on l'apprécie c'est de l'éloigner. Alors éloigne-toi.
Il replongea dans son carnet laissant Eddy pantois.
—Une dernière chose… ne va plus jamais dans la forêt interdite.
L'énervement fut tel qu'il se força à se lever et à marcher en sens inverse pour s'éviter un geste malencontreux envers son camarade. Ses phrases sibyllines l'agaçaient et le troublaient car comme tout ce que pouvait dire Sal, il y avait une part de vérité.
Les autres cours de la semaine furent mornes et solitaires. Le cours de Défense contre les Forces du mal fut assuré par un Jedusor étonnement courtois et charmeur. Ombrage et une fille de Poufsouffle, Margaret Bones ne cessaient de soupirer aux petits sourires que faisait le professeur. Eddy devant elles en classe avec Gwendal, eut l'impression de passer l'heure devant une souffleuse. À la fin de la leçon sur les sortilèges offensifs, Jedusor les prévint qu'il serait remplacé à la fin de la semaine suivante. Alors qu'Eddy se demandait où le professeur comptait encore une fois aller, il darda sur le jeune homme un regard tranquille. Il avait l'air calme, serein et cela n'augurait rien de bon à ses yeux.
À la veille du week end, Eddy dans un canapé en train de terminer un devoir vit Lucius Malefoy se planter devant lui. Il était tout tremblant et pâle. Voir ce gamin désagréable aussi inquiet de sa personne lui procura un instant fugace de joie perverse.
—Qu'est-ce que tu veux ?
—Dumbledore m'a donné une lettre à te remettre. Je ne suis pas un hibou, le clébard.
—Mais tu le fais si bien, se moqua Eddy en récupérant la missive.
Alors qu'il replongeait sur son devoir d'histoire de la magie, Lucius n'avait pas bougé.
—Quoi ?
—En général on dit merci. Et sur ton devoir c'est Sibéon Tête d'Enclume le nain à l'origine de la révolte Nubienne, pas Cicéron Fait en Brume. Bella m'avait prévenu, t'es vraiment un cancre.
Le gamin se carapata auprès de Narcissa et Bellatrix avant qu'il n'ait pu lui apprendre le respect. Bellatrix passait beaucoup de temps avec sa sœur et peu avec Médusa et Rita. Les deux jeunes filles à une table d'échec lançaient des regards inquisiteurs à la jeune Black. Un moment le regard de Médusa tomba sur lui et elle lui retourna une grimace de mépris. Cela lui fit mal alors il ouvrit discrètement la lettre de Dumbledore.
« Bonsoir Eddy,
J'espère que ta rentrée s'est bien passée. J'aimerai beaucoup discuter avec toi. Viens à mon bureau demain à 11h. Nous avons beaucoup de choses à nous dire.
Les glaces aux Pommaçides sont mes sorbets préférés. »
Eddy se retint de lever les yeux au ciel. Evidemment que Dumbledore voulait lui parler. Ne sachant comment se positionner vis-à-vis du vieil homme, il fourra sa lettre dans sa poche et se dit qu'il serait plus reposé demain pour y repenser la tête claire.
Le lendemain, après avoir écrit une lettre à Newt et Tina, Eddy se rendit à son rendez-vous avec Dumbledore en trainant des pieds. Quelque part, il aurait aimé esquiver cette entrevue mais savait que le vieil homme n'avait pas l'intention de lui lâcher la grappe de si tôt.
Après avoir donné le mot de passe la gargouille s'enroula sur elle même pour laisser apparaître son escalier qu'il prit. Il frappa ensuite à la porte en se mâchonnant la langue. Dumbledore lui signala d'entrer.
Il avait l'air fatigué mais lui sourit joyeusement.
—Entre, Eddy. Je suis content de te voir. Nous avons beaucoup de choses à nous dire.
Eddy en était moins sûr mais consentit à s'asseoir quand le professeur l'y invita. Il le darda de ses yeux bleus électriques et lui proposa un bonbon avant de se décider à parler :
—Newt m'a parlé de tes recherches. Je suis heureux de savoir que tu as pu avoir quelques réponses à tes questions. Même si elles ont eut un certain coût malheureusement.
—L'Obscurus continue de grandir, lâcha Eddy avec raideur. Je le sens de plus en plus et j'ai de plus en plus de mal à me contrôler. L'autre jour j'ai envoyé valser Ombrage.
—Je suis au courant Eddy. Miss Ombrage semble s'être remise car elle était ce matin encore en train d'essayer de vendre ses chatons à des étudiantes. Mr Picott lui a donné une retenue après l'avoir surprise. Mais je t'avoue que je ne t'ai pas demandé de venir pour te parler d'Ombrage, Eddy. Je pense qu'il nous faut augmenter les doses de tes potions désormais. Étant donné la puissance de l'Obscurus que tu abrites c'est là quelque chose de nécessaire.
—Ça veut dire que je pourrais faire encore moins de magie et que je serais encore plus faible ? demanda Eddy d'une voix froide.
—Tina et Newt sont en train de travailler à une nouvelle recette. Le professeur Slughorn et moi même tentons d'y apporter notre collaboration. Ce ne sera sans doute que temporaire, mais je pense que cela te ferait du bien.
Eddy ne sut trop quoi répondre. Depuis la découverte d'une partie de son passé et du fait que son propre père avait essayé de lui tirer dessus, il le sentait, il avait changé. Sa magie était plus explosive que jamais en conséquence de ça.
—Newt s'est aussi montré très inquiet après que tu sois monté dans le Poudlard Express, murmura doucement Dumbledore. Il m'a envoyé un message juste après t'avoir quitté. Je sais que Salazar Jedusor a passé quelques jours avec toi et si les Scamander se sont montrés enchantés de sa présence, est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais me dire, Eddy ?
Eddy se mâchonna à nouveau la langue. Il observa Fumseck en train de faire sa toilette avec son bec puis les portraits des différents directeurs. Derrière Dumbledore luisait une épée d'une grande pureté au nom de Godric Gryffondor. En ne lâchant pas l'épée des yeux, Eddy murmura :
—Cet été… j'ai travaillé sur le Chemin de Traverse…J'y ai croisé Médusa. Et elle m'a parlé de quelque chose.
Il sentit presque Dumbledore se tendre. Celui-ci se redressa sur son fauteuil et croisa ses longs doigts devant lui.
—Elle m'a dit que vous avez essayé de les enlever quand ils étaient petits.
—C'est exact, Eddy, finit par soupirer Dumbledore. Miss Jedusor t'a dit la vérité.
Eddy ne savait pas s'il devait réagir d'une quelconque manière à ces révélations et préféra rester silencieux.
—Je pense t'avoir parlé suffisamment du Professeur Jedusor pour t'expliquer mes actions. Vois-tu, il y a de cela presque neuf ans j'ai été invité tout comme Tom à une soirée organisée par le Ministère de la Magie. Il travaillait déjà à Poudlard depuis peu mais était très secret sur sa vie de famille. Je n'avais jamais croisé son épouse ni ses enfants. Durant cette soirée, j'ai pu les voir pour la première fois. Le constat qui apparut à moi fut violent. Les jumeaux Jedusor étaient les enfants les plus tristes que j'ai croisé dans ma longue carrière. Le Tom Jedusor que j'avais connu n'avait pas changé vis à vis des autres, bien au contraire. Cela m'attrista mais je me résolus à ne rien faire. Cependant, plus tard j'ai pu croiser le regard du tout jeune Salazar. Ce que j'ai vu dans ses yeux était un appel à l'aide. Ce garçon m'appelait à l'aide de toutes ses forces par légilimancie.
Dumbledore soupira et Eddy le trouva ainsi encore plus âgé. Le vieil homme reprit doucement.
—Je n'avais jamais connu une si grande puissance chez un enfant. Après avoir réfléchi pendant des semaines, je me suis dit que si quelque chose pouvait être fait pour ces enfants, cela devait être fait. Gidéon et Fabian Prewett étaient d'anciens élèves à moi et leurs parents de vieilles connaissances qui se méfiaient également de Mr Jedusor. Après leur avoir confié mon plan, ceux-ci acceptèrent d'y participer. Seulement tout ne s'est pas passé comme prévu dans l'allée des embrumes où se trouvaient les trois Jedusor. On m'avait confié que Méroé Jedusor était cracmole et en conséquence de ça notre vigilance fut abaissée et cela fut fatal. Gidéon et l'elfe des Jedusor furent tués tandis que Mrs Jedusor prenait la fuite avec ses enfants en emportant Fabian avec elle. À l'heure actuelle, il est encore introuvable.
C'était en gros ce que Médusa lui avait confié pendant l'été. Dumbledore continua d'une voix lente :
—Mrs Jedusor est ce qu'on appelle une Sangsombre et je le découvris ce jour là. C'est à bien des égards une malédiction pour les sorciers. Il est rare que les sorciers ayant ce genre de dons atteignent l'âge adulte.
—Pourquoi ? murmura Eddy.
—Parce que les Sangsombres si elles sont aimées finissent par engloutir ceux qui les aiment. Ce sont des sorciers ou des sorcières condamnés à la solitude par nature mais ayant besoin de vampiriser les autres. La solitude rend les gens dangereux malheureusement. Je pense que Mrs Jedusor détient encore Fabian Prewett quelque part. En conséquence de quoi, Tom en plus du témoignage de sa famille a de quoi me faire chanter avec un otage. C'est pourquoi je ne peux prestement pas agir contre lui.
Dumbledore coula ensuite un regard doux envers Eddy, qui était confus et ne savait plus trop comment se positionner.
—J'ai conscience en te parlant alors que tu recherches les tiens, que soustraire des enfants à leurs parents est ce qu'il y a de plus cruel, mais je devais tenter quelque chose.
—Vous avez fait ce que vous avez pu, marmonna Eddy incertain.
Le jeune sorcier songea que si on l'avait soustrait plus tôt à son père abusif, peut-être qu'il aurait été normal et pas complètement fracassé un peu comme Médusa et Salazar.
—Je comprends votre décision mais ça ne me regarde pas. J'aimerai juste finir ma scolarité en paix. J'ai coupé les ponts avec les Jedusor. Okay pour les potions, du reste, je veux avoir la paix.
Dumbledore sembla peiné de sa voix amère mais hocha lentement la tête. Il se leva et le raccompagna à la porte de son bureau.
—Je suis heureux d'avoir pu éclaircir ces quelques points avec toi. Si tu as le moindre questionnement n'hésite pas à m'en faire part. Je serais toujours là pour te porter assistance.
Eddy acquiesça vaguement et s'en alla dans le couloir. En mettant ses mains dans ses poches, il sentit la lettre qu'il avait écrite pour ses tuteurs et changea de trajectoire pour l'envoyer. Dans le parc ensoleillé il retrouva Charme bronzant près de Froufrou sur une statue de sanglier. Son fléreur se leva et partit à sa suite :
—Ne lui fais pas d'autres petits, Ombrage sera intenable sinon, le prévint-il.
Le chat miaula et Eddy ne sut pas s'il donnait son accord ou non. Il traversa le parc et vit en contrebas Médusa et Salazar à se toiser l'air mauvais. À nouveau ils parurent sentir se présence et se retournèrent en le vrillant d'un drôle de regard. Eddy détourna les yeux et se pressa jusqu'à la volière.
Il pénétra dans le bâtiment en évitant les fientes de hiboux sur la pierre grisâtre. Arrivé au premier étage il eut la surprise de trouver Skeeter qui cacha quelque chose prestement derrière elle.
Ils se mirèrent un instant puis Eddy remarqua derrière Rita un petit filament de fumée blanche.
—Tu m'as fait peur, lâcha la jeune fille. J'ai cru que c'était un prof ou le concierge.
Elle enleva sa main de son dos. Elle tenait une cigarette entre les doigts qu'elle fuma avidement. Elle avait aussi changé au cours de l'été, elle avait l'air moins hargneuse mais un peu plus seule. Eddy haussa les épaules et se pencha vers une chouette pour y accrocher la missive. Rita l'observait toujours en fumant.
—Tu n'as pas eu de soucis avec tes parents pour l'histoire sur la plage ? demanda-t-il finalement.
Elle écrasa sa cigarette dans la mangeoire d'un hibou pour s'en allumer une immédiatement après avec ses allumettes.
—Tu parles, fit la jeune fille en soufflant sa fumée. Mes parents sont moins stricts que ceux de Bella et Médusa. J'ai eu droit à une beuglante en direct pour ne pas les avoir prévenus, c'est tout.
—Ça va avec les filles ? Vous êtes séparées ?
—Tu demandes ça parce que tu as un petit béguin pour Médusa, Lee ? caqueta la jeune fille. Tu n'es pas le seul dans cette situation. Ça te passera.
—Oh, la ferme, siffla-t-il en rougissant.
Il se détourna pour lâcher la chouette qui s'envola dans le soleil de midi. Rita souffla encore sa fumée et consentit à lui répondre :
—Bella nous évite, Med et moi. Tout comme Salazar avec Med et toi à ce que j'ai remarqué. J'espère que ça leur passera… ce n'est plus vraiment comme avant.
—Ouais, murmura-t-il en ne sachant plus vraiment ce qu'était le avant.
—T'en veux une ? dit Rita en lui tendant le paquet de cigarette. Ça comble la solitude parfois, ou l'ennui. Je ne sais pas trop.
—C'est pas vraiment le meilleur pour la santé.
—Oh allons, tu vas mourir rapidement de toute façon. Tu vas mourir, je vais mourir, tout le monde va mourir. Alors autant ne pas mourir bête.
En levant les yeux au ciel devant l'argumentaire faussement philosophique de la jeune fille, il consentit à prendre une cigarette qu'il alluma. Le goût était atroce, avec les larmes aux yeux il la retira de sa bouche en toussant. Rita eut un petit gloussement alors qu'elle lui reprenait la cigarette des mains.
—C'est dégueulasse, pesta-t-il en essayant d'ôter le goût de sa langue. Il faut vraiment être masochiste pour prendre ça par plaisir.
—Un peu sans doute. On a tous une part de masochiste en nous et toi tu devrais arrêter le masochisme justement. Tu as une mine épouvantable, Lee.
—Je sais, maugréa-t-il.
Rita termina sa cigarette, la jeta derrière elle et récupéra son sac accroché à un perchoir à hibou. Elle l'attendit alors qu'il descendait les escaliers vers le parc.
—Tu sais, quand tu n'es pas avec tes vipères de copines, tu es presque appréciable.
—Les flatteries ne te mèneront nulle part. Mais si tu veux vraiment me faire plaisir, un article de ta part sur l'Obscurus en toi serait appréciable.
—Même pas en rêve, grogna-t-il. Allez salut.
—Viens me voir si tu changes d'avis, roucoula la blonde avant de prendre le chemin inverse au sien.
Quand elle se fut éloignée, Eddy sentit ses pieds se dérober sous son poids. Il se sentait faible et vaseux, cela n'avait rien à voir avec la cigarette qu'il avait crapoté. Rita était déjà loin et il ne put l'appeler à l'aide. Sonné, il se traina contre les escaliers en pierre de la volière. Il le sentait, quelque chose grondait en lui, tendu et furieux. Cette chose là grandissait vite.
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Tom avait passé la journée au Ministère. Ses week-end se passaient souvent là-bas ces derniers temps. Durant ces deux jours là plupart des fonctionnaires du Ministère n'étaient pas à leur poste et il pouvait rencontrer ses camarades comme bon lui semblait. Après avoir dîné avec Cygnus Black, Abraxas Malefoy et Ismailion Zabini, il leur fit les dernières recommandations. Ceux-ci l'écoutèrent d'une oreille attentive et servile. Comme à leur habitude.
Après avoir quitté Poudlard il avait gardé contact avec ses camarades de classe. Déjà à l'école il avait su voir le potentiel de ceux-ci parmi les Serpentards. Certains étaient riches, d'autres puissants, ou certains juste simplement manipulables. Et ils le servaient lui, avec adoration. Leurs affaires ensembles allaient bon train. Bientôt le monde serait à ses pieds et cela ne se comptait plus qu'en quelques années. Il le sentait. Mais il avait encore de menus détails à régler.
Il quitta le ministère et transplana vers sa demeure.
Avec l'automne approchant son marais était cerclé de brumes qui se densifiaient dans la nuit. Il pénétra chez lui. Les elfes Tinny et Duddy avaient laissé une collation à son intention dans la large salle à manger en pierre sculptée. Il prit simplement un verre de vin et le but en sentant une présence émerger derrière lui.
Méroé était là, près de l'âtre de la cheminée, son ombre découpée en ombres chinoises dangereuses par les flammes verdâtres. Elle avait sur le visage un étrange petit sourire que Tom connaissait bien.
—Je ne t'attendais pas de sitôt, murmura la femme en fourchelangue.
—Parce que tu m'attendais ? se moqua-t-il sirupeux.
Il avala le reste de son verre d'un trait tandis qu'elle s'avançait lentement vers lui. Ils ne s'étaient pas adressés la parole depuis qu'il avait été récupérer ses enfants chez les Scamander. Il ne lui avait pas pardonné d'avoir envoyé son sang chez d'autres personnes sans son accord. Cela le mettait en rage, sa femme lui désobéissait, comme Médusa et Salazar. C'était donc un autre menu souci à régler pour assurer sa tranquillité.
Il sentit la Sangsombre se coller derrière lui, elle était là, toute proche à frotter la pointe de ses seins contre ses omoplates.
—J'aimerai pouvoir te parler, souffla-t-elle.
—Ce n'est pas vraiment ce que tu souhaites en premier lieu. Mais je peux consentir aux deux, répondit-il en se retournant.
Les yeux noirs de sa femme brillèrent. Il lui saisit la main et la fit transplaner avec lui vers sa chambre.
Méroé habitait au grenier, dans une grande pièce au toit mansardé et obscur. Un grand lit, une malle et un énorme miroir servant de mobiliers. Ils se jetèrent sur les draps et se déshabillèrent sans se parler ni même s'embrasser. Ils n'en avaient pas besoin, ni même l'envie ni l'un ni l'autre. Ils s'unissaient froidement ainsi depuis toujours. Tom n'éprouvait que peu de désir contrairement à son épouse qui en était gonflée et cela avait toujours été comme ça. Il n'avait connu que quelques femmes avant la sienne et l'expérience charnelle l'avait vite rebuté.
Avec Méroé c'était différent car elle n'attendait de lui que quelques instants sans demander ni tendresse ni amour. Et là dessus, ils se comprenaient. En sa compagnie, l'exercice que représentait le sexe était devenu un peu plus plaisant. Il poussa un grognement en mordant l'épaule de sa femme alors que les longs ongles de celle-ci laissaient des marquages dans son dos. Ils s'agitèrent un moment l'un sur l'autre, griffant et mordant la peau leur passant à portée car c'était à cela que se résumaient leurs étreintes. Après un soubresaut de plaisir vif, ils se séparèrent et tombèrent chacun d'un côté du matelas.
Si Tom n'aimait que peu le sexe, il appréciait ces moments sereins juste après l'acte. Pendant un bref instant il ne ressentait que de l'apaisement et de la tranquillité. Sans doute qu'une fois le monde à ses pieds il ressentirait le même bonheur vif. Son épouse était étendue à ses côtés, son long corps de liane encerclé d'un rideau de cheveux noirs. Elle saisit délicatement sa main, posant ses lèvres sur la bague de Gaunt comme prise d'ivresse. Il arracha sa main à sa prise et se tourna vers elle.
—Tu voulais me parler, donc ?
Elle se releva quelque peu en tapotant le coussin sur lequel était sa tête. Son long visage creusé exprimait une sorte d'inquiétude intriguée.
—Les Scamander ont quitté le pays. Ils sont au Brésil aux dernières nouvelles. Tu ne vas pas m'envoyer là-bas ?
Elle avait l'air inquiète mais Tom savait que ce n'était pas pour cette raison qu'elle l'avait séduit ce soir. Il allait lui tirer les vers du nez mais avait lui même à régler quelques menus détails.
—Non. Laissons-les pour le moment. Ce ne sont que deux vieillards gâteux à l'image de Dumbledore.
À la mention de Dumbledore, Méroé se figea et ses yeux se plissèrent. Elle n'avait pas oublié le vieux cinglé qui avait tenté de lui arracher leurs enfants et éprouvait une haine presque plus tenace que lui envers le directeur de l'école.
—Tu te souviens de notre lune de fiel ? demanda-t-il de but en blanc.
Elle eut un rire moqueur. Dans l'usage, la lune de miel représentait les premiers instants d'un mariage, souvent doux et suaves. Après s'être prestement passés la bague au doigt dans un monastère sorcier en Grèce, ils n'avaient rien connu de tout ça. Tom s'était plongé dans ses recherches et Méroé avec Nagini avait assassiné plusieurs aurors un peu trop curieux sur son ordre. Ils avaient ensuite quitté le pays pour répandre ce fiel ailleurs.
—Je pensais à ces moments passés en Bulgarie. Et si nous allions rendre une petite visite aux Karkaroff tous les deux ? Prince prend ma place pour la semaine.
Elle leva un sourcil inquisiteur puis se releva, trainant sa longue chevelure comme une ombre dangereuse.
—Le petit Igor doit avoir bien grandi, songea-t-elle à voix haute. Qu'allons-nous faire là-bas ?
—J'ai une petite mission à te confier très chère. Tu t'en sortiras à merveille.
Elle eut une sorte de ricanement allègre mais ne chercha pas à en savoir davantage. Tom se rhabilla prestement. Les enfantillages étaient finis et il avait encore à travailler ce soir. Alors qu'il finissait de reboutonner son pantalon il vit le regard de son épouse dans le reflet du miroir face au lit. Elle fixait un point dans la pièce, les sourcils froncés. Tom sut alors qu'elle allait enfin dire ce à quoi elle pensait. Il retint un sourire. Parfois rien ne sert de forcer, il faut juste savoir attendre.
—Quand j'étais chez les Scamander… je les ais entendu parler du garçon tout comme dans leur livre. Le garçon est romani donc, comme moi ?
—Effectivement. Tu te soucies de ton peuple, maintenant ?
—Peu m'importe ces gens, le sang de mon sang est plus important. Le gamin parle encore le romani ?
—Pourquoi cela t'intéresse ? se glaça Tom en finissant de se rhabiller.
—Comme ça, mentit sa femme si mal qu'il se retint de lever les yeux au ciel. On ne croise pas des gitans tous les jours.
Elle détourna son regard du fond de la pièce et se rhabilla à son tour pour ne pas le regarder.
—Ne t'occupe pas du garçon. J'ai des projets pour lui, tout comme pour Médusa et Salazar. Repose-toi. Si tout se passe comme prévu, dans quelques mois tu auras droit d'engloutir les corps de Dumbledore et le sien.
Elle poussa un sifflement aigu de joie cruelle.
—Ne dis plus de telles choses, tu m'exciterais davantage.
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Hum, y'a de l'ambiance chez les Jedusor, c'est moi qui vous le dit x)
Eddy ne perd donc rien pour attendre, le prochain chapitre s'appellera Pleurer ça sert à rien, au programme : Vomi, Dragée et décision au goût amer
Hâte de vous retrouver ;)
