Chapitre XI : Pleurer, ça sert à rien.


N'utilisez pas les filtres d'amour trop souvent,

Cela détraque un peu les enfants.

Note de bas de page du Codex de Serpentard.


Cela faisait presque deux mois que Salazar ne lui parlait presque plus, à l'instar de Bellatrix et Eddy. Médusa aurait voulu à jamais effacer cette journée passée à la plage. Qu'elle avait été sotte et mièvre ! Elle avait perdu tellement ce jour là qu'elle ne savait plus qui accuser pour décharger son fiel. Sur le moment, Médusa avait choisi Eddy car c'était la personne la plus facilement attaquable, mais quelque part elle le regrettait.

Cependant à chaque fois que Lee la regardait avec des yeux de cocker, elle sentait monter en elle quelque chose de bouillant et dangereux. Et il n'arrêtait pas cet abruti. Peut-être que le détruire était la meilleure solution, songeait-elle. Mais Salazar ne lui pardonnerait jamais, comme il ne lui avait pas pardonné cette journée.

Depuis que Père lui avait confié le médaillon de Salazar il était distant avec elle. Et quelque part, la jeune fille était jalouse. Pourquoi son frère avait eut droit à ce présent alors qu'elle était la meilleure des deux ? C'était injuste et insensé. Salazar ne méritait pas ce présent et s'en fichait. Ils vivaient désormais en parallèle, un peu comme avec Bella.

En se rendant à son entraînement de Quidditch auprès de la jeune fille, celle-ci ne lui décochait pas un mot comme à son habitude. Cygnus Black avait fait quelque chose à sa fille et elle ne savait pas quoi. Elle avait essayé d'interroger Narcissa sans que la fillette n'accepte de lui répondre. Elle s'était enfuie à la suite de Lucius qui était son meilleur ami. Bella avait prévenu Cissy de ne pas l'approcher pour ne pas subir son don. Mais Médusa n'avait pas dit son dernier mot.

—Allez, Jedusor, on se réveille, l'interpella Perceval Rosier à son oreille.

Elle retint un frisson tandis que le jeune homme s'écartait en s'esclaffant, fier de lui même sans doute. Avec Rabastan et Rodolphus il prit son balai et le mit sur l'épaule. Tony Nott qui avait été accepté comme attrapeur après le départ de Marcus Zabini, attendait que l'entraînement commence, l'air flegmatique. Sans un mot, Médusa et Bellatrix enfourchèrent leur balais et s'envolèrent.

L'exercice du jour sous la supervision de Rosier était simple, ils étaient en face à face en équipe de deux et devaient anticiper les attaques et défenses de leurs adversaires. Quand on était legilimens comme Médusa cet exercice là était facile. Il suffisait comme aux matchs de regarder le joueur face à elle, et elle pouvait deviner toutes les tactiques et bien plus encore. Ils changèrent d'exercice et la jeune fille ne le réalisa qu'un instant trop tard.

—Oh ! Médusa ! Tu es vraiment dans la lune aujourd'hui ! cria Rosier depuis les buts.

En retenant un sifflement rageur, elle suivit ses condisciples tandis que Rosier lâchait le vif d'or pour Nott. Sur sa Comète 60s, le garçon était rapide, il ne lui fallut que quelques minutes pour attraper le vif. Sous leurs acclamations, Nott revint vers eux. Médusa songea qu'ils avaient peut-être une chance de gagner la coupe cette année mais n'en tira pas la même joie que l'année dernière. Même le Quidditch avait perdu de sa saveur.

Quand l'entraînement fut terminé, Rosier atterrit près d'elle alors que les autres joueurs rentraient dans le vestiaire.

—Il va falloir se reprendre, Médusa, gronda-t-il. Tu as besoin de leçons de rattrapage ?

—Brosse-toi les dents avec un Éruptif plutôt. Tu me gâches mon air.

Elle se dirigea vers les douches où se trouvait Bellatrix qui n'avait pas desserré les dents de l'entraînement. Elle entendit les garçons dans les douches adjacentes commencer à sortir. Leurs douches étaient vraiment courtes, à peine quelques secondes et la jeune fille trouva cela dégoûtant. Bellatrix lavait ses longs cheveux en regardant ses pieds. Elle finit avant elle. Médusa se sécha et se rhabilla prestement pour partir à sa poursuite. Les autres joueurs avaient déjà filé et elle bénit ce fait. Il ne restait donc plus qu'une seule personne pour compléter le tableau. Et elle arrivait justement.

Avec un sourire un peu tendu, Rita levait le rideau entre les vestiaires et l'extérieur. À sa vue, Bella se figea et leur coula un regard farouche. Médusa bloqua aussitôt l'autre sortie. Ainsi, leur amie avait l'air d'un animal sur le point d'être abattu.

—Bella, tu nous évites très chère ? dit Rita d'une petite voix de fausset.

—Non, mais si vous me bloquez encore le passage, je vous enterre sous les vestiaires. Poussez-vous par Morgane.

—Et moi, susurra Médusa, j'aimerai savoir ce qui te tracasse. Est-ce qu'on doit discuter ou bien dois-je te forcer ?

—Utilise ton don sur moi et ce sera la dernière chose que tu feras dans ta foutue vie, Médusa, cracha Bellatrix en sortant sa baguette.

—Alors je t'en prie… parle nous, fit Rita plus conciliante à la vue de la baguette.

Bellatrix eut l'air de peser le pour et le contre puis elle soupira et alla s'asseoir d'un mouvement peu gracieux sur le banc du vestiaire. Ses deux amies la suivirent. Médusa remarqua que Rita sentait la cigarette et vit les cernes sombres de Bellatrix. Cette dernière tapota sa cuisse, cherchant comment commencer.

—Andromeda a fui la maison.

—Oh merde, ne put s'empêcher de souffler Rita.

—Tu l'as dit. Après ce qu'il s'est passé sur la plage… j'ai dit à notre père ce que j'avais vu. J'ai pensé que s'il s'en prenait à Andromeda, il nous laisserait Cissy et moi. Mais ça ne s'est pas passé comme prévu, siffla-t-elle. Andromeda a réussi à trouver sa baguette que notre père avait caché et a fuit avec son sang de bourbe, Tonks. Depuis, ils se cachent tous les deux.

Médusa comprenait mieux le désarrois affiché des deux sœurs Black.

—Je te préviens Rita, si je vois la moindre mention de ce dont on est en train de parler dans le journal de l'école, je ne serai pas la seule à te torturer. Tous les Black s'y mettront. C'est un tel déshonneur pour la famille. Je n'avais jamais vu ma mère comme ça. Elle a fait flamber tout le jardin après le départ d'Andy. Les fiançailles avec Zabini ont été annulées mais Père m'a fiancée moi. Avec Rodolphus.

Rita et Médusa eurent une grimace choquée. Rodolphus en sixième année était un garçon au visage gable et peu gracieux, et pire encore, il était bête et cruel. Les deux jeunes filles posèrent une main compatissante sur l'épaule de leur amie qui se dégagea brutalement.

—J'en veux pas de votre pitié ! De toute façon ça allait bien finir par arriver. Pleurer ça sert à rien, comme s'apitoyer sur son sort. Je déteste Andy, vous ne savez pas à quel point. Si je la revois, je la finis de mes mains.

Médusa songea que la tristesse et la colère faisaient parler Bella mais ne lui en voulut pas. Elle comprenait d'une certaine façon. Andromeda en partant avait détruit leur famille et laissé ses deux sœurs plus jeunes à leur bourreau de père. Bellatrix avait le droit d'être fâchée. Médusa pensa un moment que Bella regrettait qu'Andy ne les ait pas emmenées Cissy et elle. Elle se sentait abandonnée et captive.

—Voilà, vous savez. Je dois me tenir à la baguette. Mon père ne veut plus que je te parle Skeeter car tu es de sang mêlée et tu as une mauvaise influence sur moi. Il veut même que j'arrête le Quidditch !

Rita grimaça. Sans s'en empêcher Médusa sonda l'esprit de la jeune fille et y lut une grande peine d'être rejetée par Bellatrix en raison de ses origines. La blonde tourna le dos à ses camarades un instant avec l'air de réfléchir. Médusa se demanda à quoi elle pensait cette fois.

—Ton père est un idiot, Bellatrix, finit par lâcher Rita.

—Merci je sais. Ça fait quinze ans que je le pratique. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je dois rejoindre Rodolphus.

Elle se leva d'un coup et partit d'un pas sec.

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Le reste de la semaine Bella ne leur adressa pratiquement pas la parole mais au moins un mystère était éclairé. Médusa jouait avec Echo en salle d'étude. Elle avait fini ses devoirs depuis longtemps et Mrs Prince ne les surveillait pas vraiment. Elle était plongée dans un copieux magazine de potionniste et prenait des notes en tournant chaque page. Ils étaient un groupe de classe mélangé de plusieurs promotions et maisons. Assise à côté d'elle, Rita travaillait sur la maquette du prochain numéro du Poudlard Illustré tandis que Bellatrix assise à côté de Prince avait la tête enfouie de son livre de métamorphose.

—Miss Skeeter, vous finirez votre maquette plus tard, souffla Prince sans lever les yeux de son livre. Vu votre dernière note à mon contrôle, je vous prierai de bien vouloir vous replonger plus ardemment dans vos études.

Quelques élèves gloussèrent. Médusa avisa Evora Zabini qui ricanait en prenant Cecil Hornby à parti. Médusa avait lu dans l'esprit de la jeune fille dès le premier jour. Evora avait été fiancée à deux ans à son cousin Kheiron Shafiq. Comme Bella, elle n'avait pas eu le choix sur son destin. Shafiq, homosexuel n'avait que peu d'intérêt pour sa cousine et entendait bien être le plus libre possible dans son mariage. Un peu comme Evora. Ce que Médusa avait lu deux ans auparavant l'avait intriguée. La jeune fille entendait bien garder son indépendance. Une fois mariée et l'enfant dans son ventre elle avait l'intention de se débarrasser de son cousin et reprendre son nom de jeune fille. Elle avait une affinité avec les poisons et savait s'en servir. Médusa songeait qu'elle était sans doute Sangpoisonne. Son père avide de nouveaux talents l'avait sûrement déjà repérée. Evora Zabini s'était dit que pleurer et se lamenter sur son sort n'était pas utile, elle avait décidé d'agir. Quelque part, Médusa espérait que Bellatrix ferait le même choix quoi qu'il en coûte. Evora se retourna vers elle et lui offrit un magnifique sourire innocent.

Oui, la petite Evora avait de l'avenir.

À la fin de l'heure Salazar partit prestement avec les autres, tandis que Médusa fut appelée par Mrs Prince. La jeune fille se planta devant la suppléante qui lui fit un sourire sec. Mrs Prince n'était pas une très belle femme, elle avait le nez busqué, les yeux petits et froids ainsi que les joues creuses. Ses robes noires et longues lui donnaient parfois l'air d'une énorme chauve souris.

Mrs Prince lui présenta un devoir. Son devoir plus particulièrement. Un misérable Acceptable se dessinait en rouge sur le parchemin, mais ce n'était pas l'écriture de Prince.

—Ton père a corrigé expressément ta copie. Il t'enjoint à travailler bien davantage. Il rentre ce soir et veut te voir.

Ces mots lui firent l'effet d'une douche froide pourtant Médusa se força à sourire :

—Il a raison, tout comme vous. Je vais me reprendre. Merci Professeur Prince.

La femme lui fit un sourire qui parut sincère et la laissa partir.

Dans le hall, elle croisa Lee qui avait encore maigri et semblait pâle comme un spectre de la mort. Quand elle croisa son regard, elle y lut beaucoup de tristesse et surtout une peur panique. De quoi avait-il peur ? Ce n'était pas d'elle, car lorsqu'elle s'approcha la peur fut un instant chassée par la colère. Les yeux rageurs de Lee avaient quelque chose de profondément satisfaisant mais elle ne pouvait s'empêcher de repenser au regard tendre qu'il lui avait lancé après qu'elle l'ai embrassé. Elle se gifla mentalement.

—Si tu viens encore me frapper, je ne suis pas d'humeur, lâcha Lee en la dépassant.

Médusa retint un ricanement moqueur.

—Te frapper est satisfaisant il est vrai, siffla-telle. Il y a tellement de choses que j'aimerai faire.

Mais je ne peux pas, pensait-elle férocement. Lee qui avait commencé à monter les escaliers se tourna vers elle :

—Arrête de faire ça, Jedusor.

—De quoi ?

—Être cruelle pour lui plaire à lui. C'est pathétique.

Il se détourna et partit rapidement, Médusa dut se retenir de lui jeter un mauvais sort car McGonagall passait non loin. La jeune fille pensa un moment le suivre pour s'occuper de son cas à l'écart mais il était tellement maigre et fatigué qu'elle s'arrêta là. Rita lui avait confié une expression moldue un jour, il ne sert à rien de tirer sur l'ambulance. Si la jeune fille avait dû lui expliquer ce qu'était une ambulance, elle avait compris qu'Edward Lee était désormais une ambulance piteuse attendant d'être écrasée par son père.

Le soir venu, elle se rendit au bureau de son géniteur. Il avait été absent plus d'une semaine et semblait avoir très bonne mine. Il ne l'avait pas invitée dans son bureau depuis longtemps.

—Oui mon voyage s'est bien passé, inutile d'entrer dans les détails, lâcha son père sans la regarder avant même qu'elle n'ait pu poser sa redondante question. Assied-toi.

La jeune fille s'exécuta après avoir fait léviter une chaise devant le bureau. Il la regardait avec des yeux insondables sans utiliser ses dons de légilimens.

—J'ai croisé l'Obscurial tout à l'heure, murmura Médusa. Il a vraiment une tête de déterré.

—Oui. Son Obscurus a beaucoup grandi en très peu de temps. Si je n'agis pas les choses peuvent mal tourner.

Mal tourner pour qui ? se demandait Médusa en retenant une grimace inquiète. Est-ce que Lee allait si mal que ça ? S'il mourrait une part des tourments de la jeune fille cesserait. Elle le savait, mais ne put se réjouir de cette pensée.

—Je m'occupe de lui. Quant à toi, il est temps de reprendre ton éducation. Prince t'a donné ton dernier devoir, il me semble.

En retenant un frémissement Médusa hocha la tête. Qu'avait-il l'intention de faire ?

—Tout cela est très décevant, siffla-t-il. Tu es ailleurs et ta magie n'est pas assez instinctive. Comment peux-tu même espérer travailler pour moi ainsi ? C'est la raison pour laquelle je t'ai écartée du Derby après ta réparation chez Beurk. Ce dernier m'a d'ailleurs prévenu que tu avais volé un petit collier. Lorsque tu auras réussi tes petits tests dessus, montre les moi.

C'était un ordre pur et simple. Médusa hocha à nouveau la tête, heureuse de s'en sortir à si bon compte malgré les récriminations de son père.

—Je sais que tu essayais de produire un Patronus l'année dernière, y es-tu parvenue ?

—Non, souffla-t-elle en retenant son dépit.

Il le savait déjà, alors pourquoi poser cette question si ce n'était pour l'humilier davantage ? En comprenant qu'elle était incapable de jeter un patronus, son moral et sa fierté avaient pris un coup. Elle n'avait pas de souvenir assez heureux et assez puissant en elle pour en créer un. Son père leva sa baguette, elle crut un instant qu'il allait lui jeter un doloris :

Spero Patronum.

De sa baguette d'if jaillit un léger filament blanchâtre qui devint de plus en plus puissant. Bientôt un gigantesque serpent à plusieurs têtes sifflait devant eux. Non, ce n'était pas un serpent, c'était une hydre. Les têtes de serpents animées et argentées sifflaient dans un son de cloche. L'hydre argentée cracha une fumée blanchâtre et disparut.

—Il n'est pas nécessaire -contrairement à la croyance- que le souvenir soit pur pour parvenir à jeter un Patronus. Il faut qu'il soit heureux et puissant. Ce bonheur là peut se trouver aisément dans l'obscurité. Quand je montre ma puissance, c'est là un nectar assez divin de puissance et de bonheur je dois l'avouer. Ce que j'essaie de te faire comprendre, c'est que c'est cette puissance que tu dois canaliser pour qu'elle soit instinctive. Dans l'obscurité se trouve ta véritable force. Ainsi tu seras imbattable.

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Eddy courut aux toilettes à toute vitesse et s'y pencha pour vomir. Depuis qu'on avait doublé ses rations de potion, il avait du mal à garder ses repas. À l'intérieur de son corps l'Obscurus grandissant s'agitait contre ce remède auquel il était devenu coutumier.

Ce sont les toilettes des filles ! gronda la voix de Mimi au dessus de sa cabine. Qu'est-ce que tu fais ?

—Ça ne se voit pas ? grogna-t-il acerbe, tout en s'essuyant la bouche. Je fais l'inventaire de tes chouineries.

La jeune fille fantôme eut une moue boudeuse et voleta à quelques centimètres de son visage alors qu'il se relevait. Il avait couru le plus rapidement possible aux toilettes et celle des garçons étant au quatrième étage, celles des filles avait été un choix plus pragmatique et pressant.

—C'est toi l'Obscurial ? Donc tu vas mourir bientôt ? J'ai entendu Skeeter en parler l'autre fois.

Sans répondre, il alla se rincer la bouche dans le lavabo. Après avoir recraché l'eau, il constata que Mimi l'observait, songeuse.

—Dis, si tu deviens un fantôme tu voudras partager les toilettes avec moi ? C'est très cosy quand on s'hab-

Va te noyer dans la chasse d'eau.

Et la jeune fantôme y alla effectivement en explosant en sanglot. Eddy ne trouva pas beaucoup de joie à faire pleurer Mimi comme beaucoup de choses désormais. Tout avait le goût rance de son vomi et chaque jour l'inquiétait davantage. Une fois, après avoir prit sa douche il s'était cogné le petit orteil contre la vasque de pierre et sa magie avait réagi si violemment que la salle de bain avait tout simplement explosé. Salazar y était entré et avait tout réparé sans un mot avant qu'un préfet n'aille chercher Slughorn. Il avait bredouillé une excuse maladroite à son directeur de maison qui était reparti sans s'en soucier. Eddy n'avait confié à personne son état de plus en plus catastrophique. Il n'avait pas osé dire à Newt et Tina que depuis que la dose d'Illuminial avait été augmentée il était au plus mal.

Peut-être était-ce juste un temps d'acclimatation, pour que son corps s'habitue au nouveau dosage ? Il l'espérait mais savait qu'il y avait peu de chances que ce soit le cas.

Peut-être qu'avant la fin de l'année, il serait emporté par son Obscurus ou mort. Et cette pensée le paralysait de peur. Il ne voulait pas mourir.

Il quitta les toilettes en tremblant tout en remettant son sac en bandoulière. Il avait cours d'histoire de la magie et était déjà en retard. Il se mit à courir vers son cours mais au bout de quelques mètres il dut s'arrêter tellement sa tête lui tournait. En retenant une nausée, il monta le dernier escalier vers son cours. En ouvrant la porte, il constata que la leçon avait déjà commencé. Binns n'en tint pas compte, d'un geste de la main il lui demanda d'aller s'asseoir à la seule place vide sur les pupitres. À côté de Salazar.

Son camarade ne lui adressa pas un regard. Il était en train de remettre ensembles des runes et autres dessins sur son cahier dont il tournait les pages fébrilement. Eddy s'en soucia peu et commença à essayer de prendre des notes.

Au bout de quelques minutes cependant, il sentit une nouvelle nausée violente le prendre à la gorge. Il se força à déglutir en tremblant alors que Salazar levait la tête l'air vaguement intrigué. Ses yeux bleus glacés étaient ternes, et ses cernes plus grandes encore. Ils devaient avoir une tête de déterrés tous les deux. Eddy avait mal à la tête, il sentait la fièvre monter en lui et un bourdonnement furieux avait envahi son crâne. Il ne pouvait plus tenir.

Il leva la main et dut attendre presqu'une minute de supplice que le professeur fantôme le remarque.

—Oui, Mr Lee ?

—J-je dois aller à l'infirmerie.

Avec un geste de tête agacé le professeur lui permit de quitter le cours. Dans son dos il sentit le regard de Salazar et pendant qu'il prenait son sac, il vit Médusa la bouche pincée l'observer avec une étrange expression. Il partit dans le couloir. Il ne savait même pas s'il devait aller à l'infirmerie. Ce qu'il voulait c'était être seul et en paix. Alors qu'il descendait l'escalier fou, une autre nausée le prit. Il tomba à la renverse sur les marches, la vision troublée. Il vit vaguement le professeur Jedusor monter l'escalier en contrebas. Dans quelques secondes son professeur le verrait dans cet état. Il essaya de se relever en s'agrippant à la rampe mais il sentit son cœur se contracter et lâcha un gargouillis de douleur. Et puis, il se sentit partir.

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Quand Eddy commença à émerger, il était un peu mieux. Il sentait dans son dos des coussins moelleux ainsi qu'une odeur de lessive à la lavande des plus apaisantes. Cependant, il avait soif, alors il ouvrit les yeux.

—Oh Eddy ! Quelle peur tu nous as fait !

Eddy retint une grimace, s'il n'avait pas eut le temps de voir qui l'étranglait de la sorte, il avait reconnu la voix et l'odeur de mirabelle de Tina. Derrière elle, Newt était assis près du lit. Son tuteur lui sourit tandis que la femme s'écartait en observant son visage sous toutes les coutures. Elle avait de grosses cernes sous les yeux et était terriblement inquiète.

—Ça va, murmura-t-il. J'ai soif.

D'un mouvement de baguette elle fit apparaître un verre d'eau de la taille d'un verre doseur qu'il but avec contentement. L'eau coula dans sa gorge comme la crue d'une rivière. Ul en mit la moitié à côté mais ça faisait tellement de bien ! Après s'être essuyé la bouche, il demanda :

—Je ne me souviens plus de rien… que s'est-il passé ?

—Tu t'es évanoui, mon garçon, répondit Newt doucement. Cela fait une semaine que tu es à l'infirmerie. Nous sommes arrivés hier de Roumanie.

Une semaine ? songea-t-il effaré. Même s'il se sentait faible, il ne pensait pas qu'il aurait pu rester inconscient aussi longtemps. Il retomba sur les coussins, dépité.

—Pourquoi ne nous as-tu pas dit que tu allais aussi mal ? pointa Tina, accusatrice. Par Merlin, quand Albus nous a envoyé une lettre j'ai cru que nous allions te perdre de nouveau.

Elle tourna la tête pour cacher ses yeux embués et un sanglot. Son époux posa une main douce sur l'épaule de sa femme et sur la main d'Eddy.

—Ce que Tina essaye de dire, c'est que nous nous sommes faits un sang d'encre. Mais tu as été pris en charge rapidement. Le professeur Jedusor t'a trouvé et t'a emmené à l'infirmerie. Cela a limité les dégâts.

—Les… dégâts ? questionna-t-il en craignant déjà la réponse.

—Quand tu t'es évanoui, Eddy, une partie des escaliers s'est effondré sous ta magie. Avec le professeur Jedusor nous avons réussi à les maintenir et les réparer avant qu'ils ne s'effondrent sur les élèves dans le Hall, répondit Dumbledore en arrivant.

Il marchait vers eux d'un pas vif, sa robe de sorcier violette ondulant à chaque mouvement de ses pieds. S'il paraissait serein, Eddy connaissait désormais suffisamment son expression pour y voir une certaine inquiétude. Et il avait raison d'être inquiet, Eddy lui même était catastrophé. Il avait failli malgré lui attenter à la vie de ses camarades en intercours. La honte lui fit monter le rouge aux joues et il se tassa sur ses coussins.

—Ce n'est pas ta faute, Eddy, murmura doucement Newt. Tu as déjà eu le réflexe de quitter ton cours. Mais il faut que tu nous tiennes au courant désormais. Ton Obscurus grandit très vite et nous devons nous assurer que tout ira bien.

Mais tout n'irait pas bien, pensait le jeune homme alors qu'une nouvelle nausée de panique le prenait. Rien n'irait bien avant qu'il soit mort. Dumbledore parut deviner ses pensées et s'assit au bord de son lit près de Newt.

—Nous allons essayer de délayer un peu la préparation pour qu'elle soit plus facilement ingérable. Ton Obscurus semble avoir prit l'habitude à ce traitement, il se bat contre lui.

—Alors nous allons trouver une nouvelle formule, éclata férocement Tina en lui saisissant la main. Nous allons t'aider mon grand. Nous allons consacrer tout notre temps à ça. Il n'est plus question d'attendre !

Pour un peu, Eddy aurait sourit de la virulence de la vieille femme. Elle qui avait des allures si douces pouvait se révéler des plus pugnaces dès lors qu'un obstacle lui barrait le chemin. Là dessus il s'identifiait à elle énormément. Il se redressa un peu sur le coussin, puis essaya de sortir du lit. Seulement ses jambes répondaient à peine à ses sollicitations. Il se sentait faible et pâteux.

—Pouvons-nous t'examiner ? demanda Dumbledore. Quand tu étais inconscient, il était très compliqué de t'approcher, ta magie nous repoussait.

Il hocha vaguement la tête et commença à déboutonner sa chemise par habitude. Dumbledore, Tina et Newt lui tournèrent autour, baguette levée. L'une prenait sa tension, l'autre son rythme cardiaque, un autre encore analysait sa magie à travers son corps. Depuis qu'il les connaissait, ses tuteurs et Dumbledore avaient toujours examiné son état de la sorte. Au milieu des trois sorciers, il avait un peu l'impression d'être un rat de laboratoire.

Mrs Pomfresh rentra dans l'infirmerie et fronça les sourcils devant cet examen à plusieurs mains. C'était une sorcière pulpeuse d'une trentaine d'année qui savait très bien se faire respecter.

—Mr Lee a besoin de beaucoup de repos ! Laissez respirer ce garçon !

—Nous avons terminé, Poppy, opina Dumbledore en s'écartant.

Mrs Pomfresh arriva à son niveau et lui tendit une cuillère de sirop qu'elle lui enfourna dans la bouche sans même demander son accord. Le sirop avait un goût de groseille. Il l'avala en toussant malgré lui.

—Alors ? interrogea-t-il inquiet.

—Nous allons analyser les informations récoltées, mais il semble que cette crise soit passée. Beaucoup de ta magie s'est déchargée la semaine précédente. En conséquence de quoi, ton obscurus se tient sage pour le moment, lui dit Dumbledore.

—Tu pourras bientôt retourner en cours, lui sourit Tina. Ne t'inquiète pas mon chat.

Ces paroles et le surnom affectueux le firent froncer les sourcils. Il reboutonna sa chemise tandis que Mrs Pomfresh tapotait les coussins et ouvrait les draps pour le laisser se recoucher. Retourner en cours était une des dernières choses qu'il voulait car cela voulait dire risquer de blesser quelqu'un. Pourtant, il ne voulait pas retourner auprès de Tina et Newt car il risquait de leur faire du mal à eux aussi. Alors quoi ? Retourner au fond de la vieille valise de cuir de Newt pour ne pouvoir en sortir qu'une fois tous les jamais en attendant la fin ? Cette pensée faillit lui déclencher un hurlement d'angoisse et de rage mêlées.

—Nous allons travailler cette recette, lui assura Newt. J'ai quelques pistes auprès de camarades chercheurs en Californie. Nous allons y aller immédiatement et nous te tiendrons au courant.

—Tout va bien se passer, confirma Tina émue.

Cette émotion et cette sollicitude le touchèrent mais il ne parvenait pas à être reconnaissant. Tout ce qu'il voulait c'était disparaître à tout jamais de la surface de la terre pour ne plus causer autant de soucis à son entourage.

—Mr Lee doit se reposer, désormais, commanda Mrs Pomfresh. Son calmant est en train de faire effet. Mr Lee doit dormir.

Ses deux tuteurs opinèrent et l'embrassèrent vivement avant de le laisser. Sur le chemin, Newt se retourna et lui fit un sourire confiant avant d'être escorté par Dumbledore vers la sortie.

Alors il laissa les calmants agir et finit par s'endormir à peine eut-il fermé les yeux.

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Au bout de quelques jours, Mrs Pomfresh lui confirma qu'il pourrait bientôt quitter l'infirmerie, ses paramètres de santé étant redevenus à peu près normaux. Newt et Tina lui avaient envoyé une lettre lui disant qu'ils se trouvaient en Californie auprès d'un chercheur en particules magiques et qu'ils lui donneraient bientôt des nouvelles.

Son explosion avait évidemment fait le tour de l'école. En même temps en détruisant tout un escalier de pierre, comment pouvait-il en être autrement ?

—Tu aurais vu, lui dit Gwendal. C'était incroyable.

Il prit un chocogrenouille dans une corbeille envoyée par Tina sous le regard de Eddy et Kheiron. Ceux-ci étaient venus prendre de ses nouvelles et lui donner les devoirs à rattraper. Kheiron leva les yeux au ciel alors que son camarade finissait de mâcher sa sucrerie. À peine cette dernière fut-elle avalée que le garçon reprit :

—Là, on sort du cours d'Histoire de la Magie, on entend un énoooorme boum et on te voit toi en lévitation avec le professeur Jedusor qui te tient d'une main et de l'autre l'escalier ! Dumbledore est arrivé à ce moment là pour amortir les pierres et prendre la relève le temps qu'il t'emmène à l'infirmerie.

—Je ne les avais jamais vu travailler en collaboration, songea à voix haute Kheiron. À deux ils étaient tellement puissants ! C'était un truc de dingue ! McGo est ensuite arrivée pour nous escorter vers la Grande Salle le temps que tout soit réparé. Elle a fait léviter des bouts de marches et on sautait dessus, c'était assez marrant.

Eddy pensa que c'était une chance incroyable que personne n'ait été blessé. Il avisa ensuite la montagne de devoirs qui l'attendait et se dit que peut-être réveiller l'Obscurus était presque plus plaisant que s'attaquer à son travail.

—Bon, au moins tu vas mieux, finit par dire Gwendal en ouvrant une dragée surprise de Bertie Crochu.

—Ouais, apparemment je sors lundi.

—Alors tu vas manquer la rencontre Serpentard-Poufsouffle, dit Shafiq. J'ai eu des multipliettes à Noël. Si tu veux je t'enregistrerai le match. Par contre, ta potion elle fonctionne encore du coup ? Ou c'est que tu ne l'as pas prise ?

—Il faut changer la recette, finit par admettre Eddy.

Au regard inquiet que se jetèrent ses deux camarades, l'adolescent se fustigea d'avoir été honnête. Gwendal parut un peu moins enthousiaste quand il enfourna la dragée dans sa bouche. Petitgrew eut ensuite une grimace dégoûtée.

—Beuh, goût poubelle !

—C'est pour ça que j'en mange plus de ces saletés, ricana Kheiron.

—Qui a eu l'idée de faire des goûts pareils ? Autant vomi tout le monde a déjà vomi, pareil pour les crottes de nez, tout le monde a déjà goûté pour ne pas mourir bête… mais poubelle… ça veut dire que ce vieux Bertie s'est dit que lécher une poubelle était une bonne idée ?

—Tu bouffes tes crottes de nez, toi ? se moqua Eddy.

Gwendal se marbra d'une belle couleur rouge et ses deux comparses ricanèrent.

—Chacun ses histoires de pif, susurra Kheiron.

—Oh, occupe-toi du tien de pif, rétorqua aussi sec Gwendal.

Mrs Pomfresh arriva à ce moment là. Gwendal rougit. Comme beaucoup d'adolescents dans l'école, il avait son premier béguin pour la jeune et belle infirmière. Certains garçons n'hésitaient d'ailleurs pas à se rendre malades pour passer quelques jours en ces lieux histoire d'être bichonnés. Mais Eddy avait passé suffisamment de temps auprès de Mrs Pomfresh ces derniers jours, pour savoir que si elle était très belle, elle était aussi intraitable avec des patients récalcitrants comme lui.

—L'heure des visites est terminée, Messieurs. Il va falloir laisser à mes bons soins Mr Lee maintenant.

Veinard, lui souffla Gwendal en se levant. Bon, on se voit lundi du coup.

Kheiron et lui le saluèrent une dernière fois et quittèrent l'infirmerie. Mrs Pomfresh lui enfourna de nouveau de force une cuillère de sirop au fond de la gorge.

—Vous savez, toussa Eddy, vous pouvez juste me demander d'ouvrir la bouche. Pas besoin de me casser les dents au passage.

—Si vous faites de l'esprit c'est que vous allez un peu mieux, Mr Lee.

Eddy et Mrs Pomfresh tournèrent la tête vers le professeur Jedusor qui marchait vers eux. Il était souriant et charmeur.

—Professeur Jedusor, ce garçon a besoin de soins. L'heure des visites est terminée ! attaqua aussitôt l'infirmière.

—Je suis désolé, mon cours vient de se terminer. Je ne pouvais pas passer avant. S'il vous plait, Poppy, répondit-il d'une voix langoureuse.

Si langoureuse que le dragon qu'était la jolie infirmière parut imiter un coquelicot. Rouge et bafouillante, elle s'écarta pour les laisser et rentra dans son bureau. Eddy la regarda partir, incertain de la conduite à tenir. Le professeur s'assit calmement sur le lit face au sien. Il semblait tranquille avec sa robe de sorcier noire étalée autour de lui, sa chevelure brune soigneusement coiffée en arrière et ses yeux noirs sombres sur lui.

—Je… suppose que je dois vous dire merci, finit par dire Eddy au bout de presque une minute de silence religieux.

—Effectivement. Mais les mercis ne m'intéressent que peu. Vous avez failli blesser ou tuer bon nombre de vos camarades.

—Je sais, siffla Eddy.

Son ton ne sembla pas surprendre le professeur qui continuait à garder son petit sourire en coin. Rien de ce que pourrait dire Jedusor n'était une nouveauté, mais pourtant la culpabilité l'assaillit plus violemment encore que sa magie.

—Vous êtes faible, lâcha finalement Jedusor.

—Essayez de vivre avec ça, tiens, lui rétorqua aussi sec Eddy. On verra qui est faible.

Sans doute avec un autre professeur, sa réplique lui aurait valu une retenue, mais Jedusor semblait peu touché.

—Je ne peux rien faire, l'Obscurus a grandi…

—Et si vous ne faites rien, vous serez sans doute emporté avant d'avoir atteint l'âge de vos quinze ans. Un âge particulièrement jeune, vous n'avez rien vécu.

Eddy le savait, il eut le pressent besoin de se retourner pour échapper à la vue de son professeur mais ne put bouger. Il était comme statufié devant les yeux noirs qui le fixaient.

—Je ne veux pas mourir, avoua Eddy du bout des lèvres en baissant le regard.

—Vous avez encore votre petite famille de manouche à trouver. Oui, je sais, répondit calmement son professeur. Pour ça, il vous faut votre mémoire. Pleurer et vagir comme un veau ne sert à rien, il vous faut agir désormais.

—Avec vous, donc.

—Je suis un des seuls capables de maitriser votre puissance. Vous ne vous en souvenez pas évidemment, mais la scène de l'escalier était des plus violentes. Je suis à même de canaliser la puissance qui est en vous pour vous aider.

—Pourquoi faites-vous ça ? Ce n'est pas par bonté d'âme. Je sais qui vous êtes. Je sais ce que j'ai vu avant les vacances.

Il vit une légère étincelle rougeâtre apparaître dans les yeux de son professeur. L'adolescent frémit. Il aurait aimé que son Obscurus se réveille pour éloigner le mage, mais il était calme et serein en lui. Le professeur se composa une moue amusée.

—Votre puissance m'intrigue. Je veux en comprendre l'origine, tout comme vous en somme. Je vous propose de reprendre nos séances là où elles s'étaient arrêtées. Ça et bien sûr d'autres cours pour vous permettre de combattre efficacement le mal qui vous ronge.

Eddy ne savait pas quoi répondre. Il savait que cet homme face à lui, les mains nonchalamment croisées entre ses genoux, n'était pas une bonne personne. Pourtant, il lui proposait une alternative moins passive que ses tuteurs ou Dumbledore. Pour une fois, il pouvait vraiment agir.

—Je vais y réfléchir, marmonna Eddy.

Jedusor lui fit un franc sourire et se releva. Eddy dut réprimer malgré lui un mouvement de recul sur son matelas.

—Pour un jeune homme aux résultats aussi médiocres, vous réfléchissez beaucoup, Mr Lee. Mais soit, je reviendrai bientôt pour entendre votre réponse.

Il s'en alla en susurrant le bruit des aiguilles d'une horloge alors qu'il s'éloignait : tic tac, tic tac.

Et ce bruit là, Eddy considérait avec terreur qu'il était le fil rouge de son existence depuis trop d'années déjà.

.

.

Le temps s'était rafraichi considérablement ces derniers jours. Le match Poufsouffle-Serpentard s'effectuait ce jour là sous une petite brume et une pluie torrentielle. Bien au chaud dans l'infirmerie, Eddy ne pensait pas que louper un match de Quidditch pouvait lui procurer autant de satisfaction. Sans doute que ses camarades et les joueurs étaient trempés jusqu'aux os.

Par la fenêtre il apercevait le terrain et les petites silhouettes des joueurs sur leur balai se noyaient sous les gouttes d'eau. De loin, il pouvait les voir peiner à attraper les balles. Il se demanda comment se terminerait l'issue de la partie.

En revenant à son lit, il prit son manuel de métamorphose pour réviser. McGonagall avait prévu un contrôle écrit le lendemain alors qu'il devait tout juste sortir de l'infirmerie. Si la professeur était gentille, elle n'en était pas moins stricte et manquer pratiquement deux semaines de cours n'était pas une excuse.

Seulement, au bout d'à peine dix minutes de concentration, les portes de l'infirmerie s'ouvrirent. Mrs Pomfresh soutenait Médusa avec le professeur Slughorn. Elle paraissait mal en point dans son uniforme de Quidditch. Eddy remarqua avec stupeur que l'un de ses bras était mou et pendant comme s'il s'était agi de caoutchouc.

Alors qu'il ouvrait la bouche, choqué, l'infirmière et Slughorn installèrent la jeune fille trempée sur un lit non loin du sien.

—Je vais le tuer, murmura Médusa assez fort pour qu'il puisse l'entendre.

Slughorn eut un petit gloussement apaisant mais Mrs Pomfresh siffla :

—Et je suis tentée de vous y aider, Miss Jedusor. Votre camarade a entièrement fait disparaître les os de votre bras. Il va nous falloir les faire repousser.

La jeune fille retomba sur ses coussins. Son bras pendouillant mollement glissait sur l'édredon comme un serpent en plastique. Slughorn s'en alla après lui avoir souhaité bon rétablissement et gratifia Eddy d'un coup d'œil un peu inquiet.

Pomfresh alla ensuite chercher quelque chose dans la réserve de son bureau, alors Eddy glissa un coup d'œil à Médusa. Elle lui retourna une mine glaciale et trempée.

—Quoi ? Tu veux ma photo ?

—Ouais, pour chasser les épouventards au fond de mon placard, rétorqua-t-il sèchement avant de se reprendre. Il s'est passé quoi avec ton bras ?

—Un cognard d'Hugo Barney m'a atteint au bras, je suis tombée de mon balai, soupira-t-elle finalement en croisant son seul bras valide sur sa poitrine. Ensuite, cet idiot de Rosier a cru bon d'essayer de me réparer tout seul. Seulement quand on ne sait pas lancer un sortilège, on n'en lance pas. Toi tu as mis le temps mais tu as fini par comprendre. À part quand tu fais exploser des escaliers, bien sûr.

Devant ce ton mauvais Eddy s'abstint de commentaire et retourna se cacher derrière son livre de métamorphose. Quand il risqua un œil derrière les pages, il vit que Médusa avait pourtant l'air peinée de lui avoir parlé si mal. Il en avait cependant assez de son petit jeu de la méchante et la gentille sorcière. Mrs Pomfresh revint peu après avoir une potion dans une grande bouteille blanche.

—Bien, miss Jedusor. Je peux réparer des bras bien facilement, mais faire repousser des os est plus complexe. Il vous faudra boire ça toute la nuit, qui, je vous préviens ne va pas être facile.

La jeune infirmière tendait à Médusa une bouteille de potion Poussos. Lentement, la Jedusor commença à la boire. Il lui fallut mobiliser toutes les ressources de son éducation pour ne pas cracher le liquide mais sa tête était des plus comique. Eddy retint un gloussement. Pomfresh retourna ensuite chercher quelque chose au fond de son office.

À peine une minute plus tard les joueurs de serpentard encore en tenue et aussi trempés que Médusa entraient dans l'infirmerie. Bellatrix et Rosier en tête de peloton. Aucun ne décocha un regard à Eddy en passant devant lui.

—Med ! On a gagné. Nott a attrapé le vif avant Gloria Madrigal, dit Bellatrix en tombant près de son lit. Oh par tous les porcs de Circé, tu es dans un sale état !

Les deux brunes jetèrent un coup d'œil furieux à Rosier qui eut le bon goût de paraître gêné.

—Je suis désolé, Médusa, murmura Rosier. Je pensais bien faire.

Alors qu'il allait s'approcher de la jeune fille pour lui saisir la main, Bellatrix lui attrapa violemment l'épaule. De sa main libre Médusait semblait prête à se venger. Eddy retint un frisson d'appréhension. Il savait ce qui allait venir.

—Tu casses, tu payes maintenant. Quel est ton pire secret, Percy ?

—Je… Je suis un enfant illégitime entre mon père et une moldue. Il m'a reconnu à un an.

Rosier devint d'une étrange couleur verte. Médusa le relâcha avec un sourire satisfait. Rabastan et Rodolphus Lestrange miraient leur ami, surpris tandis que Bellatrix, Flint et Mulligan ne purent retenir un ricanement. Rosier regarda tour à tour les joueurs puis Médusa. Son visage était passé du verdâtre à l'écarlate :

—Tu vas me le payer espèce de petite garce !

—Mr Rosier, langage ! Comment osez-vous dire de telles choses ? Oh mais pourquoi tous ces élèves sont-ils ici ? Dehors ! DEHORS ! Mes patients ont besoin de repos et de soin ! hurla l'infirmière en constant le grand nombre de personnes présentes dans l'infirmerie.

Elle était si rouge que les joueurs pourtant coriaces de l'équipe ne se le firent pas dire deux fois. Rosier jeta un dernier coup d'œil furieux à Médusa et Bellatrix partit à la suite de Rodolphus et Rabastan. Médusa retomba sur son matelas avec un sourire de pur contentement qui se changea en grimace quand elle rebut de sa potion. Eddy songea que l'air qu'avait eut Rosier en partant était si menaçant qu'elle devrait y prendre garde, mais cela semblait être le cadet des soucis de la Jedusor.

—Voilà une bonne chose de faite, soupira d'aise Médusa en lui décochant un clin d'œil mauvais depuis son lit.

—Je ne dirai pas que c'était bien, rétorqua Eddy. Arrête de faire ça.

—Jamais, rétorqua-t-elle butée. Maintenant la ferme ! En dormant, cette potion fera plus vite son effet.

Elle lui tourna ostensiblement le dos, ses longs cheveux noirs trempés coulant comme une rivière d'encre sur le matelas.

Plus tard, alors que la nuit était là, et que tout le monde était endormi depuis bien longtemps, Eddy peinait à trouver le sommeil. Il ne cessait de réfléchir à ce qu'il devait faire désormais. Il était étendu sur son matelas un bras derrière la tête. Médusa non loin ne dormait pas non plus, sans doute que la potion la faisait souffrir. Sous un rayon de lune, son visage froncé restait quand même beau et délicat. Il se souvint avec une étrange émotion de leur baiser. Ses lèvres plissées en une grimace restaient toujours aussi attirantes. Elle tourna la tête et lui jeta un regard mauvais, alors il se détourna en vitesse.

Au bout de quelques instants il entendit la porte de l'infirmerie grincer légèrement et le professeur Jedusor apparut. Sous les rayons de l'astre lunaire il avait l'air d'une créature fantomatique et dangereuse s'avançant lugubrement vers eux. Eddy pensa qu'il venait prendre des nouvelles de Médusa, mais s'arrêta au niveau de son lit à lui.

La fille du professeur s'était relevée de ses coussins et attendait fébrile, que son géniteur se décide à parler. Eddy leva les yeux vers lui. Il savait très bien pourquoi il était venu au beau milieu de la nuit.

Il risqua un regard vers la porte du bureau de Pomfresh.

—Mrs Pomfresh ne se réveillera pas ce soir, Mr Lee, prévint Jedusor. Elle dormira à poings fermés jusqu'au matin.

Eddy retint un soupir. Refusant d'être dans ce lit en position de faiblesse plus longtemps face à cet homme, il se mit debout.

—C'est d'accord, répondit l'adolescent. Je veux apprendre à me maîtriser mais je ne veux qu'en aucune manière Dumbledore y soit mêlé. Je ne veux pas servir vos desseins pour lui nuire. Je ne vous fais pas confiance.

—Evidemment, siffla Jedusor. Et nous allons nous en assurer. Médusa, lève-toi.

Interloquée la jeune fille s'exécuta. Les os de son bras gauche avaient commencé à repousser. La moitié de son bras restait mou tandis que l'autre était bizarrement gonflée. Elle alla se planter aux côtés de son père.

—Connaissez-vous le Serment Inviolable, Mr Lee ?

Médusa devint livide et Eddy dut réfréner un tremblement.

—Je connais la théorie, souffla-t-il.

—Parfait. Mettons au point les termes de notre contrat. Ni Dumbledore ni qui que soit d'autre n'y seront mêlés. C'est une affaire entre, votre Obscurus, vous et moi même.

—Je sais qui vous êtes. Je veux être sûr que vous ne me ferez pas de mal.

—C'est, hélas, quelque chose que je ne peux pas vous promettre. Votre corps abrite le mal, c'est la seule solution et vous le savez. Cela vous demande juste d'être courageux, pour une fois. Cessez de fuir. Sommes-nous en accord ?

Eddy hocha vaillamment la tête. Mr Jedusor décocha un regard froid à sa fille qui sortit sa baguette de sa main droite. Mr Jedusor lui présenta sa main fine et blanche, il la saisit immédiatement. Ses doigts étaient glacés comme ceux d'un mort. Médusa débuta d'une voix ténue :

—Tom Elvis Jedusor, t'engages-tu à venir en aide à Edward Daniel Lee dans son combat contre l'Obscurus et à le soigner ?

Je m'y engage, répondit Jedusor père alors qu'un filament doré s'échappait de la baguette de sa fille pour rejoindre leurs deux mains.

—T'engages-tu à ne pas utiliser Edward Daniel Lee ni les connaissances que tu auras apprises contre le Directeur de Poudlard ?

—Je m'y engage.

Un nouveau filament joignit leurs deux mains.

—Et toi, Edward Daniel Lee, t'engages-tu à ne divulguer en aucun cas tes séances avec Tom Elvis Jedusor ni à porter atteinte à votre pacte ?

—Je m'y engage, murmura Eddy d'une voix hachée.

Un dernier filament enserra leurs deux mains jointes. Ils brillèrent un instant comme un brasier de cheveux d'anges puis disparurent. Tom Jedusor lâcha sa main et sourit à sa fille. Il semblait désormais à Eddy que tout avait changé. Il ne pouvait plus revenir en arrière.

—Excellent. Nous nous voyons donc vendredi soir pour notre première séance. Soigne-toi bien Médusa.

Sur ces paroles le professeur se détourna d'eux et partit d'un pas tranquille vers la porte. Quand celle-ci se fut fermée, Médusa rangea sa baguette et se tourna vers lui. Elle était à nouveau toute proche, à son odeur de fraise des bois s'était mélangée celle de lavande des draps de l'infirmerie. Insondable, elle déclara :

—J'espère que tu vivras assez longtemps pour que nous sachions si ce choix que tu as fait ce soir était une bonne chose ou pas. J'espère vraiment, Eddy.

Elle se détourna et partit se coucher. Pantelant, il en fit de même.


Un énorme merci à Elaia Asteraptor pour ses corrections, remarques et conseils sur ce chapitre.

On se retrouve la semaine prochaine pour Les filles sages portent des rubans. Au programme ? Halloween, souvenirs et révélations.