Chapitre XII : Les filles sages portent des rubans

L'esprit du Père Serpent veille toujours sur nous,

C'est bien pour cela que nous avons si peur de son courroux.

Note de bas de page du Codex de Serpentard.


Cet imbécile d'Edward Lee avait fait un serment inviolable. Et elle était son enchaineuse. Médusa ne parvenait pas à en vouloir à cet idiot pourtant. Elle avait compris sa souffrance et sa douleur. Après avoir vu le carnage laissé par Eddy alors qu'il était inconscient dans l'escalier, elle avait prit la mesure de ce qu'était vraiment un obscurial. Elle était à la fois inquiète et fascinée par cette puissance déployée devant elle.

Alors qu'elle sortait du cours d'histoire de la magie, elle s'était figée à la vue des escaliers en morceaux, de son père en train de léviter et de faire léviter le jeune homme inconscient alors que les débris d'escaliers flottaient sous eux. Elle n'aurait jamais cru une telle scène possible.

Eddy était puissant mais cette puissance avait été enfoncée si profondément au fond de son être qu'elle le détruisait.

Donc oui, il fallait agir, mais elle savait que son père avait prévu de détruire Eddy. Il le ferait dès qu'il se serait emparé de l'Obscurus en lui, elle en était sûre.

Cette pensée déclencha des frissons d'appréhension chez elle que Rita assise dans un coin ne semblait pas remarquer.

Toutes les deux étaient dans son laboratoire caché au fond des cachots, Peeves voletait nonchalamment au dessus de leur tête attendant que la potion de Marais-Cage de Médusa soit terminée. De ce qu'elle en savait il comptait la lancer dans la salle commune des Gryffondor. Rita terminait d'écrire son article pour le Petit Poudlard Illustré en fronçant les sourcils tandis que Médusa ajoutait de la bave de crapaud à sa préparation.

—Mmmh, j'ai presque fini mon article. Il me faut un entête satisfaisant pour attirer les élèves maintenant. Pour cette histoire d'escalier j'avais pensé à : La Grande Dégringolade est terminée. Ou un truc du genre. Même si ça fait deux semaines que tout le monde ne parle plus que de ça, alors autant faire quelque chose de vendeur. Des idées ?

Peeves, son chapeau d'arlequin sur la tête parut réfléchir et fronça sa tête de gnome fantomatique.

—Pourquoi pas « Colimaçon sans façon » ?

—L'escalier fou n'est pas en colimaçon, Peeves, s'agaça Rita. Ooooh et « Les marches folles sont derrières nous » ?

Inspirée, la blonde se pencha sur son parchemin tandis que Peeves regardait par dessus son épaule en se curant le nez. Médusa fronça les sourcils en ajoutant le dernier ingrédient. Il faudrait ensuite laisser la potion reposer dix minutes.

—C'est pas mal comme ça, affirma Rita. Toujours mieux que ce que Lovegood et Parkinson peuvent me sortir comme article. Xenophilius ne cesse de me parler de Ronflak Cornu et Parkinson de potions de beauté.

—Je peux verser de la bile de tatou dans ses potions de beauté, intervint Peeves d'un air enjoué. D'ailleurs elle vient ma potion, Zaza ?

—Elle décante, il va te falloir un peu de patience, Peeves, rétorqua Médusa en se retenant de lever les yeux au ciel face à ce surnom.

Alors que Peeves et Rita étaient occupés à parler de l'article qui allait être maquetté le soir même, Médusa sortit sa baguette. Cela faisait un moment qu'elle s'entrainait pour s'améliorer et sortir un patronus. Hélas, encore une fois rien ne vint. L'hydre argentée de son père était encore bien présente dans son esprit. Lui avait des souvenirs heureux et puissants car il avait décidé depuis longtemps d'embrasser l'obscurité. Ce ne devait donc pas être très compliqué de trouver ce genre de souvenir. Médusa en avait plein de ce genre. Elle avait passé sa vie dans les ténèbres de son marécage.

—Spero Patronum ! siffla-t-elle à voix basse.

Mais rien ne venait comme à son habitude. Peeves et Rita ne l'avaient pas remarqué. Peeves lisait à voix haute l'article en y mettant des cabotinages de théâtre à chaque phrase.

—C'est pas mal du tout ! sifflota Peeves. Tu ne chercherais pas un nouveau chroniqueur par hasard ?

—Je vais y réfléchir, s'amusa Rita. Continue les compliments surtout, venant de toi ça vaut des milliers de gallions.

Peeves exécuta une petite révérence grotesque avec un sourire ridicule. Médusa versa sa petite potion dans un flacon qu'elle tendit à l'esprit frappeur.

—Le Marais-Cage s'étendra plus si tu le lances à la nouvelle lune, qui est demain soir, lui conseilla-t-elle.

Peeves opina joyeusement et disparut avec son nouveau joujou entre les mains. Médusa ne le reconnaitrait jamais, mais elle aimait bien Peeves. Il était imprévisible, sournois et avide de titiller les autres, un peu comme elle. Rita rangea son parchemin et s'épousseta.

—Et si nous allions à Pré-Au-Lard, Médusa ? Je commence à en avoir marre de trainer dans ce cachot.

Elle avait beau avoir dit ça avec emphase, elle arborait un petit sourire crispé. Depuis que leur amitié s'était étiolée avec Bella, les choses n'étaient plus pareilles. Alors que Rita prenait son sac, Médusa l'interpella :

—Rita ?

—Mmmh oui ?

—Est-ce que… tu sais produire un Patronus ?

Surprise, la blonde se tourna vers elle.

—C'est étrange que tu me demandes ça, Med. À la fin de l'été ma mère m'a appris à en faire un. Vu qu'on peut s'en servir pour communiquer des messages, elle a pensé que ce serait bien si je savais en faire un, au cas où. Spero Patronum !

De sa baguette jaillit tout d'abord un léger filament argenté qui se compacta en une petite boule. La boule prit ensuite la forme d'un petit scarabée argenté qui voletait doucement dans le cachot. Médusa était anéantie entre colère, jalousie et humiliation. Rita savait faire un patronus et pas elle.

—Quel souvenir as-tu utilisé ? parvint à articuler Médusa pour cacher son dépit.

Rita fit disparaître son patronus et réfléchit.

—Notre journée à la plage à Selsey. Même… même si ça s'est très mal terminé, je crois que je n'ai pas été aussi heureuse que là-bas avec vous deux, loin de nos parents.

La blonde baissa les yeux en esquissant un petit sourire timide et gêné. Médusa comprenait très bien ce qu'elle entendait par là. Si depuis ce jour, toute sa vie n'était qu'un capharnaüm, elle avait adoré ces moments passés sur la plage avec Rita et Bella, à nager avec Lee et…

Elle ne voulut plus y penser. Elle éteignit son chaudron, prit le reste de ses affaires et suivit Rita dehors.

—Un souvenir doux-amer reste heureux, lui dit Rita. Il faut juste se rappeler ce qui en a fait la saveur.

Médusa acquiesça mollement. Elles quittèrent les sous sols et se rendirent dans le parc où Picott vérifiait les autorisations de sortie. Apollon Picott était un cracmol, borgne d'un œil à la chevelure rare et filasse. Tous les élèves le méprisaient. Médusa ne lui décocha pas un regard alors qu'il vérifiait l'autorisation signée par son père et partit à la suite de Rita. On était le jour d'Halloween, les cours du vendredi avaient été banalisés pour laisser les élèves profiter du village avant le banquet tandis qu'une tempête de grêle était prévue pour tout le week-end. Médusa ne savait pas ce qui avait enjoint Dumbledore a tant de bonté mais elle ne désirait pas approcher le vieux scabreux pour le savoir. Il suffisait juste de profiter.

Elles arrivèrent au village en quelques minutes en suivant le flot d'élèves. Médusa remarqua la chevelure rousse d'Eddy qui avançait, les mains dans les poches de son blouson suivit par son familier. Depuis l'histoire de l'escalier il était souvent tout seul. Certains élèves étaient terrorisés par lui et s'écartaient sur son passage comme s'il était une bête furieuse. Encore une fois, -et comme à chaque fois qu'elle le voyait ou pensait à lui- un méli-mélo de sentiments contradictoires se mélangeaient dans sa tête pour la rendre folle.

—Tu crois que je peux lui demander une interview pour l'histoire de l'escalier ? s'enquit Rita qui fixait aussi Lee qui se dirigeait vers Zonko.

—Il risque de te faire voltiger comme Ombrage à la rentrée, donc à toi de voir, se moqua Médusa. Et si nous allions boire un verre au Trois Balais ?

Son amie opina joyeusement et elles se dirigèrent vers le pub en resserrant leurs capes autour d'elles. Le Trois Balais était un bar chaleureux et agréable où il régnait toujours une grande agitation et plus encore quand les élèves de Poudlard étaient là. Elles parvinrent à trouver une place. Christie Rosmerta, une ancienne élève de Poufsouffle qui avait fini sa scolarité deux ans plus tôt vint prendre leur commande.

—Une bièraubeurre pour Rita et une glace Cannelette pour moi.

—Tu vas manger une glace par ce froid ? gloussa Rosmerta. Attention, tu risques d'avoir mal à la tête.

Elle repartit après son avertissement. Médusa aimait les glaces mais plus encore en hiver quand elles mettaient beaucoup plus de temps à fondre.

—Elle n'a pas tort, lui assura une voix que la jeune fille reconnut.

À la table voisine se trouvait Mrs Prince et son fils Severus. Les deux partageaient une boisson et une assiette de friandises. Médusa n'avait croisé que peu de fois Severus et les rares fois où ils s'étaient vu, elle avait toujours trouvé ce petit garçon très triste. Elle savait qu'il habitait à Pré-au-lard avec sa mère. Sans doute qu'il devait être très solitaire et seul lorsqu'elle enseignait à Poudlard, et en l'absence de son père.

—Bonjour Mrs Prince, roucoula Rita. J'ai adoré votre dernier cours de duel.

—Les flatteries n'amélioreront pas votre note, grinça Prince. Mais continuez à écrire dans le Poudlard Illustré. Votre style s'exerce bien mieux par la plume que par la baguette.

—Oh c'est toi qui fais les bd dans le journal, intervint Severus. Maman le ramène de temps en temps. Je les adore !

—Non, c'est Xenophilius Lovegood, se rembrunit Rita. Ce ne sont que des petits dessins. Il n'a pas l'âme d'un vrai journaliste.

Severus sembla peu convaincu alors il retourna à ses friandises pendant que Miss Rosmerta revenait avec leur commande. Elles remercièrent la serveuse. Médusa avisa Prince qui s'était replongée dans son magazine. Sans doute même ici était-elle écoutée. Même en laissant Echo à Poudlard, elle n'était jamais vraiment tranquille.

Bellatrix rentra à la suite des frères Lestrange et s'attablèrent à l'autre bout du pub. Elle avait son expression des mauvais jours, mais se forçait à suivre la conversation de Rodolphus et Rabastan. Médusa songeait que leur amie s'ennuyait à mourir avec les deux sangs-purs mais que sans doute son père lui avait ordonné de rester auprès d'eux. Elle en détesta plus farouchement encore Cygnus Black. Rita jouait machinalement avec la paille de sa boisson. Elle enfourna sa glace avec délice et la finit en quelques cuillérées.

—Mais pourquoi veux-tu faire un Patronus ? finit par demander Rita au bout d'une demi minute à étancher leur soif et leur faim. Pour envoyer des messages ?

—Ouais, articula-t-elle en surveillant Prince du coin de l'œil. Et puis c'est au programme de cinquième année, autant prendre de l'avance.

Il ne restait plus qu'à trouver un souvenir assez fort. Rien de bien transcendant, ne cessait-elle de se répéter.

Elles terminèrent et payèrent leur consommation, puis sortirent. Avant d'aller chez Zonko comme c'était initialement prévu, Rita se cacha entre deux maisons biscornues pour s'allumer une cigarette. Par habitude, Médusa ne dit rien et la laissa faire. Elle n'était pas la seule à Poudlard à fumer, mais si ses parents l'apprenaient sans doute que la volée serait plus terrible encore que lorsqu'elle avait fait le mur pour les rejoindre à Selsey. Tandis que Rita laissait s'échapper la fumée de sa bouche aussitôt emportée par le vent violent, Médusa remarqua Salazar qui avançait la mine basse. Il était courbé sur lui même pour supporter les rafales. Voir son jumeau dans cet état lui brisa le cœur.

—Je te retrouve chez Zonko, Rita.

La blonde qui avait suivi son regard hocha la tête et replongea dans son bâtonnet de nicotine. Alors Médusa se mit à la poursuite de son cadet. Il avait traversé le village. Salazar n'aimait pas la foule ni même Pré-au-lard. Il y allait rarement et s'il venait c'était souvent pour s'exiler près de la cabane hurlante. Et ce fut là qu'elle le retrouva.

Il était assis sur une pierre, un sombral à ses côtés qu'il caressait d'une main nonchalante. Quand elle arriva, il l'entendit mais ne se retourna pas. Doucement elle s'assit près de lui. Ils ne s'étaient pas échangé beaucoup de paroles ces derniers temps. Salazar était constamment plongé dans son cahier couvert d'écritures anciennes ou alors aux abonnés absents, sans doute dans la Forêt Interdite. La jeune fille s'était toujours dite qu'il existait un lien particulier entre son frère et elle. Ils avaient partagé le même quotidien pendant des années, souffrant de l'attitude de leur mère et de leur père. Ils se protégeaient l'un l'autre depuis leur naissance. Mais aujourd'hui ce statut quo avait été renversé semblait-il à tout jamais.

Ils ne se parlèrent pas pendant un moment. Son jumeau était penché sur son carnet et essayait de mettre de l'ordre dans les runes qu'il écrivait toujours de façon machinale. À son cou, il y avait toujours le médaillon de Salazar Serpentard.

—Tu ne l'enlèves plus ce collier, finit-elle par lâcher en resserrant sa cape contre elle.

—Père m'a ordonné de le garder. Les petites filles sages portent des rubans et les garçons bien sages portent leur collier, j'imagine. Mais au moins j'ai la paix, rétorqua-t-il avec un timbre froid.

Médusa savait très bien ce qu'il entendait par là. Cela l'a replongea des années en arrière. Quand ils avaient cinq ans environ, avant que Dumbledore ne tente de les enlever, leur père les avait emmenés avec lui dans le Londres moldu. C'était une des premières fois qu'ils allaient de ce côté là de Londres et le constat qui s'offrit à eux fut peu glorieux. Leur père les avait guidé dans les rues malfamées de Whitechapel. Ils y avaient vu la misère, la crasse et l'air pitoyable de tous ces moldus. Il s'était ensuite arrêté devant un bâtiment abîmé et désaffecté au milieu du quartier. C'était un ancien orphelinat.

« Voici là où j'ai grandi, leur avait-il confié. Au milieu de moldus répugnants et sots. Cet endroit a abrité toutes mes souffrances. Vous, vous avez la chance de ne pas connaître de telles choses. »

Salazar et elle avaient regardé avec effroi ce bâtiment misérable et sordide. S'ils n'étaient que des enfants ils avaient compris que cet endroit était un des plus tristes pour passer son enfance. Les orphelinats étaient les endroits où on abandonnait les enfants dont on ne voulait pas, ça leur mère leur avait expliqué. Ils avaient alors vu leur père enflammer ce vieux bâtiment qui avait été l'enclave de ses tortures. Médusa avait regardé ces flammes là, fascinée là où Salazar s'était mis à pleurer. Tandis que les moldus appelaient des renforts pour maitriser l'incendie, ils s'étaient détournés.

Salazar avait continué à pleurer et même la main glacée et ferme de leur père ne l'avait pas arrêté. Un moldu attiré par ses pleurs était intervenu. C'était le propriétaire d'une boutique de jouets et confiseries en tout genre. Il avait donné une sucette à Sal sous le regard froid de leur père. Médusa avait vu dans la vitrine de ce petit magasin des choses qu'elle n'avait jamais vu auparavant. Il y avait des rangées de petites poupées bien sages en porcelaine, habillées comme des petites princesses. Puis elle avait vu cette gamine sortir avec sa petite poupée en tenant la main de son moldu de père. La gamine en jolis habits roses souriait d'une façon qu'elle n'aurait jamais cru possible et même son père semblait heureux auprès d'elle. Elle l'avait vu frotter la tête de sa fille qui avait un joli petit ruban en serre-tête comme sa poupée.

De là, leur père les avait tirés par la main, Salazar calmé et silencieux, puis les avait ramenés à la maison.

Oui, les petites filles sages sont censées être aimées, mais Médusa n'éprouvait pas cette sensation malheureusement.

Alors qu'elle jouait machinalement avec un des bouts de son ruban qui s'agitait sous le vent, elle s'arrêta aussitôt en y repensant.

—Sal, regarde-moi, murmura-t-elle. Que se passe-t-il ?

Lentement son frère leva ses yeux bleus glacés vers elle. Ils étaient vides et voilés. On aurait dit qu'une brume opaque avait à jamais caché la lueur si particulière qui brillait en eux. Ce constat fut si terrifiant qu'elle sentit ses défenses faiblir et l'esprit de Salazar se connecta au sien. Ce qui aurait pu la réjouir l'horrifia immédiatement.

D'un bond, les deux jumeaux s'écartèrent et retombèrent dans la bouillasse glacée. Le sombral eut un mouvement surpris et se cabra. Salazar se releva aussitôt pour le calmer et quand ce fut fait, il darda un regard farouche sur Médusa :

—Que… mais qu'est-ce que tu as fait, Médusa ? souffla-t-il. Le serment inviolable ?

—Comme si j'avais eu le choix, Sal, rétorqua-t-elle d'une voix aigüe.

Son cadet se courba sur lui même en se tenant la poitrine. Non, ce qu'il touchait semblait être le médaillon de Serpentard. Avant qu'elle n'ait pu poser plus de questions, il se releva et cracha avec une hargne qu'elle ne lui avait jamais connue :

—Il va réussir. Il va réussir à nous faire devenir comme lui. Avec toi, c'était gagné d'avance.

Et il courut pour s'enfoncer dans le sous-bois, le sombral à ses trousses. Médusa aurait pu le poursuivre mais n'en eut pas le courage. Son petit frère était en train de changer sous la tutelle de leur père et elle qui avait toujours voulu le protéger ne pouvait plus rien faire.

Elle retomba dans la boue sous le vent glacial. Et là, pour la première fois depuis des années, les larmes montèrent. Elle se recroquevilla contre elle même pour cacher ses larmes et se protéger du vent. Plus rien n'avait de sens. Elle n'avait plus Sal, elle n'avait plus Bella, elle avait blessé Lee au delà du concevable. Tout cela ne lui apportait pas de joie.

—Ooh, Med, reconnut-elle la voix de Rita.

Elle venait d'apparaître et avançait dans la descente glissante sur ses vertigineux talons pour s'asseoir à côté d'elle. Médusa ne songea même pas à lui cacher ses pleurs, il arrivait aussi à Rita de pleurer. Ce qu'il fallait c'était le faire avec une personne de confiance.

—Tu en veux une ? demanda la blonde tendrement en lui proposant une cigarette.

—Non, hoqueta-t-elle. Garde tes saletés loin de moi.

—Pas grave. Ça en fera plus pour moi. Est-ce que tu veux un câlin ?

—O-Oui.

Ça, Rita consentit à lui en offrir un car elle même devait en avoir besoin. Les deux jeunes filles se serrèrent dans les bras. C'était quelque chose de chaud, doux et agréable. Cela lui procura un peu de joie au fond de son cœur.

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.

Dès qu'Eddy avait quitté l'infirmerie, il avait senti qu'il était encore moins le bienvenu qu'avant. Les élèves qui s'étaient habitué à lui l'année dernière, le craignaient désormais et rasaient les couloirs quand ils le croisaient.

Il ne parlait plus à grand monde. Même Gwendal et Kheiron après leur avoir avoué que son traitement n'était plus suffisant s'étaient éloignés. Quelque part, il ne leur en voulait pas. Si on lui avait dit qu'un individu très dangereux était tout proche de lui, il ne l'aurait pas spontanément approché. Ou peut-être que si, songea-t-il en revenant de Pré-au-Lard en n'ayant rien acheté. Car ce soir après le banquet d'Halloween il aurait sa première leçon avec le professeur Jedusor.

Il avait fait un serment inviolable et ne pourrait plus revenir en arrière. Avec ces promesses liées entre eux, il avait cependant un peu plus confiance en cet homme. Il ne pouvait pas nuire à Dumbledore en l'utilisant, ni même lui faire fondamentalement mal. Tout du moins, il l'espérait. Il alla s'asseoir contre un banc de pierre coincé dans une alcôve dans l'entrée. Ainsi il était à peu près caché et pouvait voir tout ce qui se passait. Charme semblait content de sa trouvaille et se mit entre ses jambes tout en nettoyant consciencieusement son arrière train. Comme lui, Charme aimait ce genre d'endroit dissimulé tout en étant dans le centre de l'action.

Ainsi, il reposa sa tête contre le mur de pierre en luttant pour garder les yeux ouverts. Il était toujours aussi fatigué et abattu.

Newt et Tina ne lui avaient pas donné de nouvelles pour le moment. Et il ne leur en avait pas donné non plus. S'il ne pouvait pas leur mentionner qu'il avait fait un serment inviolable avec le professeur Jedusor alors que Newt lui avait conseillé de rester loin de lui, il éprouvait aussi de la honte.

Il s'était peut-être laissé avoir par son désespoir et était sur le point de faire une monstrueuse erreur.

—Mr Lee ? l'interpella McGonagall. Est-ce que tout va bien ?

La professeure se tenait là avec un froncement de sourcil inquiet devant son air somnolant. Elle s'assit près de lui et Charme lui demanda immédiatement des caresses qu'elle consentit à lui donner.

—Ça va bien, merci, rétorqua-t-il par habitude.

McGonagall ne le crut pas, alors il se redressa un peu pour faire meilleure figure.

—Albus a mit au courant le corps professoral de la détérioration de votre état de santé, alors je ne pense pas que vous allez bien, Mr Lee. Il serait plus sage d'aller vous reposer pour pouvoir mieux profiter du banquet avec vos camarades.

—Sans doute, oui, admit-il sans pour autant bouger.

S'il avait envie de faire la sieste ici, personne ne pourrait le lui reprocher si on le prenait tant que ça en pitié, pensa-t-il venimeux. McGonagall lui fit un petit sourire pincé en semblant lire dans ses pensées.

—Peut-être n'est-ce pas tant de repos dont vous avez besoin mais de compagnie. Vous passiez beaucoup de temps avec Salazar Jedusor l'année dernière. Avec lui vous avez fait de nombreux progrès et vous en faites encore, tout du moins dans ma matière.

Elle invoqua un parchemin qui alla dans sa main. Eddy reconnut son écriture maladroite. C'était le contrôle qu'il avait fait au début de la semaine en métamorphose. McGonagall avait écrit et entouré en rouge un E, pour Effort Exceptionnel. Un peu de joie étreignit son cœur alors qu'il se saisissait du parchemin.

—Il est vrai que compte tenu de votre situation vous pouvez considérer que tout est fini et que vous ne pouvez plus rien faire. Mais ne soyez pas si pressé de nous quitter Mr Lee. Je ne tolèrerais pas qu'un élève qui a fait de si gros progrès ne termine pas l'année avec une note encore meilleure.

Elle se releva roidement, lui offrit un dernier petit sourire et s'engouffra dans l'escalier. Autant pour sa sieste. Eddy fourra le parchemin dans sa poche, un poil plus serein alors que Charme se lovait contre lui.

Le banquet d'Halloween lui avait été présenté comme un des meilleurs moments à passer à Poudlard. Eddy comprenait aisément pourquoi alors que de milliers de petites chandelles volaient au dessus de sa tête tout comme des centaines de petites chauves souris dressées par Hagrid apportant des sucreries et bonbons à chaque élèves qu'elles croisaient. C'était un spectacle beau et fascinant. Les fantômes avaient décidé de jouer une petit scénette pour l'occasion. Nick Quasi-Sans-Tête et le Moine Gras entamaient un combat de la légende arthurienne avec Peeves jouant les commentateurs en hurlant dans un verre en guise de micro. Les élèves et les professeurs parurent s'en amuser. Sauf le professeur Jedusor qui comme à son habitude ne participait pas à l'allégresse. Il était ennuyé d'être là et lisait un livre posé à côté de son assiette.

Salazar semblait imiter son père en bout de tablée des Serpentards, sauf qu'il ne cessait de jeter des coups d'œil dans sa direction, avec toujours ce même air vide. Quand leurs regards se croisèrent, Sal joua avec la chainette de son médaillon et retourna à son livre. Le banquet était merveilleux et sans doute délicieux. Les elfes des cuisines s'étaient surpassés. Mais Eddy n'avait pas faim, car à ses nausées chroniques il y avait désormais l'appréhension de sa séance à venir. Le diner se termina dans une ambiance joyeuse sans qu'Eddy n'y participe. Il quitta la Grande Salle dans le flot continu d'élèves, Charme dans les bras.

Après s'être un peu écarté de la foule, il déposa son fléreur :

—Retourne dans la salle commune, je te rejoins vite.

Charme poussa un petit miaulement inquiet. Il lui gratouilla les oreilles avant de le laisser. Ensuite, il monta les escaliers vers le deuxième étage. Arrivé dans le couloir, il respira un grand coup et frappa à la porte. On lui signala d'entrer. Le professeur Jedusor était déjà remonté. Sa salle de classe avait été vidée et le large globe lunaire brillait d'une lueur violacée. Sous cette lueur, le charmant professeur avait l'air livide et spectral. Il lui offrit un petit sourire serein et l'invita à le rejoindre au centre de la pièce.

Eddy s'exécuta en réfrénant un tremblement. Il pensa un instant à s'enfuir à nouveau. Rien dans leur contrat ne stipulait qu'il n'avait pas le droit d'arrêter, et quelque part cette pensée lui redonna du courage. Il était encore maitre de la situation sur ce sujet.

—Nous allons donc reprendre nos séances où elles s'étaient arrêtées en juin dernier, dit Jedusor d'une voix froide.

—Donc par légilimancie. Qui est V-Voldemort ?

Ne prononcez pas ce nom ! siffla-t-il d'un ton si tranchant qu'Eddy dut réprimer un mouvement de recul.

Le professeur Jedusor sembla s'admonester au calme car il reprit d'une voix plus claire :

—Si je considère que vos progrès sont suffisants, je pourrais peut-être vous parler de Lord Voldemort.

Comme de toute façon il était sous serment, il ne pourrait rien dire. Eddy hocha la tête. L'inquiétude du professeur à ce patronyme était plus ténue mais semblable à celle qu'il avait laissé voir en juin et cela intriguait beaucoup l'adolescent. Il n'avait pas oublié et n'oublierai sans doute jamais ce qu'il avait vu dans les souvenirs de l'homme, ce petit garçon devant un bâtiment en flammes.

—Avez-vous fait des progrès dans la recherche de votre passé ? demanda finalement Jedusor en dardant sur lui ses yeux froids.

Voyant qu'il ne répondait pas, Jedusor claqua sa langue sur son palais.

—Ce sont des choses que je verrais dans tous les cas, alors autant qu'elles soient dites. Nous n'avons que peu de temps devant nous et je ne désire pas en perdre davantage.

—Je… je me suis souvenu de mon père. Je suis retourné là où il est mort et où j'ai été trouvé. Mon…père m'a tiré dessus et c'est là que l'Obscurus en moi s'est réveillé et que je l'ai tué.

La lueur d'intérêt dans les yeux du professeur ne lui échappa pas. Tous ceux à qui il avait raconté cette histoire avaient été horrifiés et affligés, mais pas lui. Après coup, Eddy comprenait mieux pourquoi ce professeur l'intriguait : Eddy ne voulait pas inspirer de la pitié aux autres et Jedusor n'en avait absolument pas. Et ça c'était aussi nouveau que plaisant quelque part.

—Très bien. Commençons par cela alors. Legilimens !

Elle l'avait laissée seule avec lui. Et lui ne voulait plus le lâcher. Pourquoi ? Pourquoi maman ne l'avait pas emmené ? Parce qu'il était un monstre comme disait justement son père ?

Sale petite enflure ! Tu es seul ! Elle t'a laissé ici parce que tu es une créature violente et dangereuse ! Elle reviendra quand je me serais débarrassé de toi.

Danny Lee le retourna pour l'étrangler. Il avait des mains de titan, tout comme le reste de sa carrure. Il était monstrueux. C'était un monstre roux qui allait le détruire. Cette pensée le tétanisait. Il sentait au fond de lui cette chose qui terrifiait son père et qui avait fait fuir sa mère. Il sentit la chose écarter son père de force. Il s'esquiva vers la porte. Il devait aller rejoindre maman. Elle devait être à Cardiff. Il devait trouver maman ou bibi Zelda. Il ne se souvenait pas bien d'elle mais il savait que tante Zelda était capable de parler à papa.

Sale petit bâtard ! entendit-il hurler dans son dos.

Son père avait prit le fusil qu'il utilisait pour abattre les renards près de la caravane. Il tira. Eddy sentit la balle passer à travers lui. Il s'effondra de douleur. Non, il s'affaiblissait… la chose allait venir et ce serait pire que tout. Alors qu'il se sentait partir, il sentit la chose prendre le contrôle sur son corps. Comme dans un film rembobiné il sentit la balle quitter son flanc pour aller percuter son géniteur. Non ! Il n'avait plus le contrôle ! Il se sentit exploser.

La chose était là.

Et lui, où était-il ?

Qui était-il ? Il sentait l'odeur de la fumée, et la chaleur du feu. Cela faisait du bien, il n'avait plus froid, il était bien.

Il était si bien.

Par l'oiseau tonnerre, Newt… tu vois ce que je vois ?

À qui appartenait cette voix ? Que disait-elle ? Il ne comprenait pas. Qui était cette femme et où était-elle ? Il ne pouvait pas la voir. Il ne voulait voir personne. Il voulait rester dans le feu. Il avait besoin de cette chaleur, dehors il faisait si froid. Pourtant, il sentait qu'autour de lui des formes commençaient à se dessiner. Il ouvrit lentement ce qui devait être ses yeux. Un vieil homme était penché vers lui.

Bonjour, je m'appelle Newt. Voici Tina. Tout va bien se passer mon bonhomme. Ne t'inquiète pas, ça va aller.

Il ne comprenait pas ce qu'on lui disait. Mais il y avait dans la voix du vieil homme quelque chose de doux et calme, ça il ne connaissait pas. C'était nouveau et inquiétant.

Il sentit qu'on le prenait dans les bras. Il avait donc un corps ? Et ça aussi c'était nouveau. Il ne connaissait pas, mais aimait ça énormément. C'était aussi chaud et agréable que le feu. »

Eddy fut le premier à rompre le contact, hors d'haleine. Il tomba à genoux et dut se retenir pour s'éviter de vomir. Quand il releva la tête il vit avec horreur les pupitres de la classe en lévitation autour de lui. Certains brûlaient, d'autres se balançaient frénétiquement autour du grand globe lunaire. Paniqué, il rampa en arrière comme un crabe. Sa magie battait furieusement à l'intérieur de lui. Sa mère était partie à cause de lui. Il lui avait fait quelque chose à elle aussi !

Jedusor n'avait pas bougé. D'un revers de main il remit la classe en place et éteignit les flammes. Tout était si calme soudain, contrairement à son cœur sur le point d'exploser à l'intérieur de sa cage thoracique.

—Laissez ce feu exploser, Mr Lee, siffla Jedusor. Allez-y.

—N-non !

Dois-je vous tirer dessus comme votre sale moldu de père ?

Non ! Cette fois l'Obscurus répondit d'un cri rageur en lui et une longue colonne de fumée jaillit de sa baguette vers Jedusor. Il s'éclipsa derrière le rideau embrasé. Eddy retint un glapissement de terreur.

—Très admirable début de Feudeymon, Mr Lee, dit Jedusor en écartant les flammes d'un revers de sa main.

Elles disparurent derrière lui. La salle de classe était calme désormais mais Eddy en transpirant soufflait légèrement. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été aussi bien. Il venait de lancer un sort de magie noire de haut niveau et ne ressentait plus que de l'apaisement. Son Obscurus était silencieux et sa fatigue s'était atténuée. Jedusor se pencha vers lui et le tira pour le relever. Il se rendit compte qu'il tenait très bien sur ses pieds et n'était pas tremblant comme il l'aurait cru. Non, il était vraiment très bien.

—Pour une première séance, c'est très satisfaisant, confirma Jedusor. L'Obscurus ne s'est pas encore totalement montré, mais vos souvenirs l'attisent désormais. Comment vous sentez-vous ?

—Vraiment très bien, avoua Eddy en pinçant les lèvres.

Cette réponse parut lui plaire. Jedusor fit venir à lui un parchemin où il prit des notes.

—Nous allons continuer nos séances qui consisteront pour le moment à décharger ce trop plein d'énergie en vous. Simplement, si vous vous sentez prêt à affronter votre passé, vous ne pouvez pas affronter cette chose en vous. Avec l'Illuminial que vous prenez à fortes doses votre magie est refoulée à l'intérieur de vous, elle nourrit donc cette chose, comme vous l'appelez.

—Vous me demandez d'arrêter d'en prendre ? Mais je serais dangereux !

—Même en prenant vos potions vous êtes dangereux, Mr Lee. Acceptez-le et vous en ressortirez grandi.

Eddy baissa la tête. Il savait que son professeur avait raison. Mais arrêter de prendre ses traitements alors qu'ils étaient son quotidien depuis plus de quatre ans ? C'était un saut de l'inconnu des plus terrifiant ! Seulement, il le savait avant même que son professeur en parle, sa magie était bridée. Il ne pouvait pas affronter cette chose et le laissait juste s'échapper quand il perdait le contrôle.

—C'est assez pour ce soir, intervint Jedusor en faisant disparaître son parchemin. Je vous ferai parvenir l'horaire de notre prochaine leçon sous peu. Ne vous faites pas prendre en retournant à votre dortoir et tout ira bien.

Il ouvrit d'un revers de main la porte de la salle de classe et l'invita à sortir. Eddy s'exécuta sans un mot et le battant claqua derrière lui à peine en eut-il franchi le seuil. Il retourna à sa salle commune d'une démarche d'automate. Quand il arriva dans la salle commune, il la pensa vide, mais il y avait quelqu'un sur un fauteuil près de l'âtre verdâtre de la cheminée. C'était Bellatrix face au feu, elle avait les yeux rouges et les joues humides. Quand elle se fut rendue compte de sa présence, elle devint livide.

—Toi, si tu par-

—Je m'en fiche, répondit honnêtement Eddy. On a tous nos petits secrets. Bonne nuit.

Il se détourna avec raideur et monta dans son dortoir. Charme l'attendait sur son lit. Les autres étaient endormis et avaient le rideau de leur lit tiré. Il prit son sac de toilette et se dirigea vers la salle de bain. Une fois rentré, il ouvrit sa trousse. Les petites fioles d'Illuminial étaient soigneusement rangées et attendaient d'être consommées. Il resta un moment interdit jusqu'à ce qu'il remarque dans le reflet de la glace une silhouette. De surprise, il lâcha la fiole qui s'écrasa par terre. C'était Salazar assit à même la vasque de douche. Il était toujours à gribouiller dans son éternel carnet. Il leva des yeux vides vers lui et parut encore plus insondable.

—Je sais ce que tu as fait.

Eddy serra les dents. Salazar se releva, il avait toujours autour du cou son étrange médaillon qu'il tenait serré au creux de sa main gauche, l'autre tenant son carnet. Sal s'assit nonchalamment contre le lavabo proche du sien. Il avait dans le regard cette expression qui lui rappelait terriblement son père.

—Est-ce que tu vas dire quelque chose ? questionna finalement Eddy.

—Est-ce que toi, tu vas mieux ? rétorqua Salazar en fixant les carreaux au plafond.

—Oui.

Et encore une fois il était sincère. Salazar jouait avec son bijou et le tirait mécaniquement d'avant en arrière. Sous les torches de la salle de bain les diamants rayonnaient d'ondes noires et furieuses. Eddy le sentait. Salazar remarqua son regard porté sur le médaillon.

—C'est le médaillon de Salazar Serpentard lui même. Mon père me l'a prêté avant la rentrée pour que je ne souffre plus. Après ce qu'il s'est passé, j'avais envie que ça s'arrête alors je l'ai mis. Ça a marché… Pendant un moment je ne ressentais plus rien du tout. Puis j'ai vu ce que tu avais fait avec lui et Médusa. Et pour la première fois depuis le début de l'année, j'ai ressenti quelque chose. De la peur.

Eddy ne voyait pas où Salazar voulait en venir. Il tira sur le médaillon.

—Je ne sais pas quel sortilège il y a sur ce médaillon, mais c'est mauvais, vraiment mauvais. Des fois ça me contrôle totalement. Je n'arrive plus…

Pour la première fois depuis la rentrée Sal laissait échapper une vraie émotion et c'était de la peur panique alors qu'il essayait de tirer le médaillon qui semblait se débattre dans sa main. Eddy comprit que la chainette était ensorcelée pour rester au cou de son ami. Les ondes noires et dangereuses n'étaient donc pas une imagination d'Eddy. Il était lui même un concentré de magie noire, normal qu'il puisse voir celle des autres. Après avoir lancé un Feudeymon à peine quelques minutes auparavant, Eddy voyait les choses sous un autre angle désormais. Il approcha sa main du bijou.

Non ! feula Sal en reculant. Va-t'en !

Mais Eddy saisit la chainette. Il la tira brusquement au dessus de la tête de son camarade et jeta le médaillon à l'autre bout de la salle de bain comme s'il avait été brûlé à blanc. En retournant sa main il constata avec stupéfaction qu'il était effectivement brûlé. La douleur monta alors, il retint un hurlement entre ses dents puis passa sa main sous l'eau. Salazar tomba en arrière contre le mur, comme vidé de son énergie. Il respirait faiblement, le souffle court alors qu'il se massait la poitrine là où se trouvait le médaillon tantôt. Les rôles s'étaient inversés ce soir, songea Eddy alors qu'il glissait contre le mur à côté de son ami.

Cela expliquait tellement de choses chez Sal. Son père l'avait maintenu sous contrôle à distance. À nouveau la rage le prit contre le professeur Jedusor. Mais il ne pouvait rien faire contre lui. Il avait passé un serment.

—Il t'a envouté pour que tu ne puisses plus m'apaiser… et il m'a isolé… le temps que je sois sous sa coupe, réalisa-t-il.

Salazar toussa un peu. Il avait fini de se masser la poitrine et était étendu comme une poupée de chiffon. Sa respiration s'était calmée, il darda ses yeux bleus glacés sur Eddy. Cette fois, ils n'étaient plus vides. Une vraie émotion brillait à l'intérieur.

—Avec Médusa aussi. Il l'a rendue jalouse avec le médaillon. Et ça a très bien marché, souffla Sal. Je n'ai rien vu. Dès que j'ai mis le médaillon, c'est comme si j'étais dans une bulle… Je suis désolé.

—Pas autant que moi, crois-moi.

Ils retombèrent dans leur mutisme. Eddy se releva, en dépit de sa brûlure à la main, il allait terriblement bien. Il la passa sous l'eau de nouveau pour diminuer la douleur. Salazar ne parvenait toujours pas à bouger, encore sous l'effet du contrecoup de l'envoutement. Eddy avisa le collier à l'autre bout de la salle de bain de leur dortoir.

—Que vas-tu faire pour ce médaillon ?

—Faire croire à mon père que je le porte, sans doute. De toute façon, il a eut ce qu'il voulait. Accio.

Le médaillon atterrit dans sa main sans le brûler. Salazar le fourra avec violence au fond de sa poche.

Eddy lui proposa d'aller se coucher, Salazar hocha la tête mais ne put bouger. Il était fiévreux et tremblant. Eddy lui saisit doucement le bras pour le relever et soutenir son poids tandis que Salazar vacillait. Eddy se sentait cependant assez en forme pour ne pas flancher sous cet effort. Alors, en sortant il avisa la petite fiole d'illuminial cassée, d'un coup de pied il cacha les restes et morceaux brisés derrière le meuble de rangement.

Ensuite, ensembles ils partirent se coucher.


Merci à Elaia Asteraptor pour ses corrections sur ce chapitre ;) on se retrouve pour le prochain : De la joie dans l'obscurité. Au programme ? Pâté aux sangsues, patronus et bons conseils.