Diaspro

Durant l'Âge d'Or de la sublime Isis, les fées des gemmes protégeaient et guidaient le royaume, alors le plus puissant de la dimension magique.

« Bien tristes doivent-elles être, ces créatures qui lisent dans nos cœurs, sondent nos âmes, et savent par avance combien mauvais nous sommes. Celle-ci m'a regardé, et j'ai su qu'elle avait vu tout ce que je portais de mal en moi. J'étais terrifié. Si elle baissait les yeux, cela signifierait que j'étais un monstre. »

Les forêts chatouillaient les cieux, les cristaux jaillissaient des sols. Tout y abondait, de même que la sagesse des hommes.

« Dans ces contrées, les paysans étaient plus fortunés que de grands seigneurs. On m'y arrosait d'or et de pierreries pour le seul plaisir d'entendre le récit mes aventures. Intrigué, je demandai aux gens de ces terres ce qui faisait leur richesse. On me répondit, d'un air d'indulgence ; -Le chemin des mines est celui des sots. »

Puis une alchimiste fit une découverte dont son Ordre s'empara. Le brasier de sombres projets plongea les gardiennes d'Isis dans la tourmente.

« On leur arracha les ailes, on but leur sang, on récolta leurs larmes. Dépouillées de tout, les griffes de la mort écorchant leurs délicates nuques frissonnantes, leur éclat ne tarissait pourtant pas. Lorsque le premier cadavre fut remonté de nos cachots, on brûla ce corps décharné dont on s'émerveillait encore de la beauté. »

En quelques décennies, le royaume s'effondra. Des millénaires d'histoire effacèrent cette tragédie des mémoires, bien que certaines lignées maudites en gardent la trace...

« Quand je fus envoyé en ce duché pour quelque mission diplomatique mineure, j'emmenai avec moi mon épouse car j'avais entendu dire que c'était un plaisant endroit. Je pensais alors qu'un séjour en ces lieux tranquilles lui serait agréable. Cependant, lorsqu'elle vit l'héritière, elle fondit en larmes. »

Née sur Isis, en le duché d'Erën'h'Val, Diaspro est une fée des gemmes. Elle est un miracle, un espoir sans pareil pour ce monde déchu, mais n'en a pas conscience.

« Elle rayonne, entre toutes les splendeurs. Les mots manquent à ma plume tremblante. Suis-je si misérable que je ne puis l'honorer ? Je bafouille, je m'étrangle ; mon bonheur me désespère. Je ne respire qu'à son souvenir. Il ignore la saveur de la vie celui qui ne l'a pas rencontrée. »