Roxy

« Quand elle était enfant, elle courait partout, bondissait, virevoltait... Elle trouvait toujours le moyen de se couvrir de terre, de déchirer ses vêtements, de s'emmêler les cheveux, de se faire des bleus et de s'écorcher. Elle était adorable... Mais c'est maintenant une jeune femme, et je m'inquiète... On ne peut pas dire qu'elle ait beaucoup évolué... »

« L'autre jour, je l'ai vue penchée sur le bord du canal... Elle parlait avec les poissons en surface ! Vous savez qu'elle fait ça souvent ? Chiens, chats, oiseaux... Ou peu importe de quelle bestiole il s'agit, en fait ! Elle s'arrête et elle discute avec ! D'accord, elle a vraisemblablement un don avec les animaux, mais là c'est aller un peu loin... Elle fait simplement son intéressante. »

« Elle est complètement folle ! Il faut la faire enfermer ! Pas plus tard qu'hier, elle a chopé un pauvre gamin pour le secouer ! Elle s'époumonait dessus, il fallait voir comme ! Tout ça parce qu'il avait arraché la queue d'un lézard en jouant avec ! Le môme pleurait ! Il a les bras marqués ! Je vous le dis ; elle est dangereuse ! Et son père qui ferme les yeux... Il ne faudra pas s'étonner si un drame se produit ! »

Prise au piège entre la civilisation humaine et son instinct animal, Roxy détonnait.

Dominée par ses émotions, elle pouvait être d'une douceur incomparable comme d'une férocité tout bonnement terrifiante, et passer de l'une à l'autre en un instant. Sa joie ou sa fureur étaient intimement liées à ces murmures qu'elle seule percevait. Par le passé, elle ne les entendait pas. A présent, qu'ils lui soient adressés ou non, ces chuchotements lui parvenaient. Ils pouvaient être source d'un inestimable bonheur, autant que d'une accablante souffrance.

Une fois, elle découvrit un chat fraîchement renversé. Tandis que les autres passants détournaient le regard, elle s'en approcha et vint glisser ses doigts tremblants dans la fourrure encore chaude. Pour tous, la bête était morte. Il était exact que le félin n'en avait plus pour longtemps, néanmoins il était bel et bien en vie. La fée, ignorante de sa nature véritable, l'avait su avant même de le toucher. Ses prunelles étaient brouillées de larmes alors que l'animal gémissait ;

« J'ai mal. J'ai mal. J'ai mal. »

Depuis, on raconte qu'un chat étrange apparaît à ceux qui abandonnent à son sort une bête qu'ils auraient blessée, et les poursuit, les tourmente jusqu'à ce qu'il leur arrive malheur à leur tour. La légende urbaine ravit les internautes. Pourtant, dans le quartier, les gens qui en parlent sont très sérieux ;

« Ne mettez pas le chat en colère ! »