Francis

« Allons, allons ! A quoi bon me présenter ? Je ne suis personne, il ne faut pas faire attention à moi. Je suis là, je pourrais être ailleurs. En des endroits où le soleil assomme comme en d'autres où le blizzard hurle. Je suis née à Magix, mais qu'importe ! J'ai arpenté tant de rues, cogné à tant de portes... Je me moque bien d'où je viens et n'ai que faire d'où je vais. Seuls m'intéressent ces peuples, ces gens qui gravitent les uns autour des autres, dont les existences s'effleurent ou se heurtent. »

« Leurs regards me traversent ; insignifiante que je suis et demeurerai pour eux aussi longtemps qu'ils n'auront nul besoin de moi. Lorsqu'ils me voient, c'est comme par inadvertance. Il y a toujours dans leurs yeux une lueur de stupéfaction. A croire qu'il leur paraît invraisemblable que quelqu'un puisse ainsi se donner en spectacle, au détour d'un chemin sombre ou sur la grand-place, afin de leur tirer la plus infime marque de gaieté. Je suis au service exclusif de ces émotions qu'ils n'entretiennent plus. »

« Je slalome habilement entre eux, montée sur de gigantesques échasses qui ajoutent à ma naturelle haute taille. J'ai ces mèches brunes trop courtes, trop indisciplinées, qui ne sont pas sans rappeler le pelage de ces chiens bâtards, communs, que l'on raille affectueusement. Ma chair s'est abreuvée des rayons du soleil, et je me souviens que mon grand-père dit un jour que j'avais du miel dans les prunelles. Dans mes vêtements colorés, ma grand-mère prétendait promener une friandise. »

« Mais assez perdu de temps ! Soyons simples, soyons francs ! Je suis là, oui, je marche dans vos pas. Vous éclairez la voie que mon âme de fée emprunte. Tantôt elle fait ma joie, tantôt ma peine. Que vous ayez ou non conscience de ma présence, je vous soutiendrai. Et vous constaterez, les aubes succédant aux crépuscules, qu'il n'est rien de plus précieux en cet univers que l'esquisse d'un sourire, l'ébauche d'un rire, et rien de plus profitable que les conduire à s'épanouir et résonner. Ayez confiance ! »