Lestat
Les couronnes appartiennent aux fées, aux Bons. On ne saurait laisser un sorcier s'asseoir sur le trône, se faire le leader d'un peuple, le maître d'un monde. Cependant, n'est-il pas étrange que l'on n'ait jamais vu dans aucune famille royale naître un enfant qui porterait en lui cette magie redoutée ? Bien sûr que ça l'est. Nul n'en parle mais tous le savent ; les héritiers sorciers sont systématiquement tués à peine leurs yeux ouverts et la nature de leurs pouvoirs révélée.
Toutefois, lorsque le roi Radius ordonna la mise à mort de Lestat, la reine Luna approuva afin d'apaiser sa fureur tout en réfléchissant à la manière dont elle s'assurerait que la vie de son fils serait épargnée. Elle dupa son époux et confia le nourrisson aux soins d'une planète où personne ne serait en mesure de soupçonner l'ascendance du prince ; la Terre. Il y serait en sécurité et, pensait-elle, un jour viendrait où il pourrait se présenter devant son père et réclamer ce qui lui revenait de droit.
Néanmoins, comment le garçon pourrait-il savoir d'où il venait, qui il était ? Eh bien, sa mère lui avait laissé un médaillon d'argent sur lequel des feuilles d'or incrustées dessinaient l'emblème de Solaria, et dans le dos duquel son prénom était gravé. Le bijou était enchanté et, à travers lui, la reine envoyait au jeune homme des souvenirs, images muettes ou sons aveugles. Par ce lien, le sorcier connut un peu la vie qui aurait dû être la sienne. Il n'en éprouva que plus de chagrin.
Il savait le désir de sa mère de le voir accéder au trône, mais il n'oubliait pas qu'elle avait été trop lâche pour prendre ouvertement sa défense, pour oser reprocher, dans les années qui suivirent, sa décision à son mari. Elle attendait patiemment que Lestat soit assez fort et déterminé pour venir à elle. Croyait-elle, naïvement, que le roi l'accueillerait à bras ouverts ?
Le prince ignorait cependant que sous ce masque de tendresse, derrière cette apparente servilité que la reine entretenait, se cachait une intrigante impitoyable. Elle tenait à éviter tant que cela se pouvait à sa famille d'éclater davantage, mais était prête à mener un coup d'État et à arracher sa couronne à son époux. Elle n'avait, en somme, pas plus pardonné que son fils.
Malgré tout, qui sur Terre pourrait imaginer la rancune que le sorcier nourrit ? Le roux de sa crinière est certes terne, mais l'indiscipline qui y règne l'auréole d'une bestialité séduisante. Il porte un regard d'un bleu aux ténèbres avides sur son prochain. Il a la chair d'une pâleur presque maladive de sa mère et les traits peut-être trop durs de son père. Sans être tout à fait androgyne, il en détient le charme.
Usant et abusant de sa beauté, manipulant adroitement les mots, il passe d'un lit à l'autre et brise les cœurs avec nonchalance. C'est un lion, et ses semblables ne valent guère plus pour lui qu'un troupeau de brebis. Il tourne tout en dérision, se fait passer pour un idiot satisfait. Il est un tel acteur qu'il en vient parfois à ne plus discerner ses propres mensonges de la vérité.
« Miroir, affreux miroir, je m'y vois je te brise.
Miroir, maudit miroir, je te brise je m'y vois. »
[... ... ...]
Note de l'auteur : Enfin un potentiel antagoniste ! Et même deux, si l'on considère Luna... Ses pouvoirs ? Rêves, cauchemars, inconscient, subconscient... Votre esprit est son terrain de jeux et votre corps une marionnette toute trouvée pour son petit théâtre. S'il semble attendre quelque chose de vous, c'est qu'il a déjà agi et guette le lever de rideau.
