Disclaimer : Si j'étais l'auteur de Game of Thrones, tous les Stark auraient survécu et les enfants aussi!
Résumé : Décidément, la vie de Lyarra n'est pas de tout repos. La Louve du Nord s'est vue devenir reine des Sept Royaumes. Que deviendra-t-elle désormais, avec les conséquences de la Bataille de la Nera ? [La Louve du Nord tome 5]
Note de l'auteur : Un grand merci à ma beta, Marina Ka-Fai, pour sa relecture et sa correction.
La Louve du Désert
Chapitre 3 : Doran Martell
L'homme qui me faisait face m'intimidait. Il avait beau être assis dans un fauteuil roulant à cause de la goutte qui le faisait souffrir, ses yeux sombres me regardaient comme un loup observait un lapin. Je n'avais pas besoin de réfléchir à deux fois avant de savoir que toute joute orale avec lui serait ma perte. Après tout, j'étais certaine que c'était lui qui avait accepté que je devienne la femme de son fils, c'était lui qui avait envoyé son frère, qui avait organisé l'enlèvement des enfants Lannister au cœur même de la bataille de la Nera. Je ne sous-estimais donc aucunement la dangerosité de mon interlocuteur.
-Lady Lyarra, mes hommages. Le chemin aura été semé de bien des embûches, mais vous voilà arrivée à Dorne. J'espère que vous vous plairez en cette couronne.
Je me retins de renifler d'amusement. C'était le moins qu'on puisse dire! Les obstacles avaient été très nombreux entre mon départ de Winterfell et mon arrivée aux Jardins Aquatiques.
-Effectivement Prince Doran. Je dois admettre que j'aurais manqué quelque chose d'exceptionnel si mes pas ne m'avaient pas conduite en ces lieux.
Je tournai la tête pour admirer les jardins une nouvelle fois. Le chef de la maison Martell avait décidé de me recevoir sur l'une des terrasses qui nous donnait une vue enchanteresse. Il me fit un mince sourire avant de prendre une gorgée du jus de fruit qu'on nous avait servi.
-Si vous me le permettez, je suis navré des tragédies qui vous ont frappée. La mort de votre frère qui fut certainement une figure parentale pour vous, la disparition de vos plus jeunes frères dans le Nord.
Il ne mentionna pas Joffrey et je n'eus pas besoin de lui demander pourquoi il ne s'excusait pas. C'était de sa parole que le roi était mort. Quant aux autres… La disparition de Père avait sûrement mit en l'air ses projets et quant à Winterfell… Je supposai que ça leur rappelait ce qui était arrivé à la princesse Elia et ses enfants.
-Je vous sais gré de vos aimables paroles, mon prince. La maison Stark vous doit des remerciements, je présume, pour la survie de ma sœur Arya. C'est moi qui lui ai dit de partir pour Dorne au moment de notre arrestation à Port-Réal. J'avais l'espoir, qui semble s'être confirmé, que vous prendriez soin d'elle.
-Puis-je vous demander pourquoi? S'enquit-il.
-Pourquoi Dorne plutôt que le Nord, le Conflans ou le Val où nous avons de la famille?
Il acquiesça.
-Je savais que Cersei Lannister enverrait des soldats pour la rattraper. La seule direction qui était plus qu'incertaine était le sud. Dorne aurait pu être une direction ratissée par l'armée, mais je ne pouvais pas dire à ma sœur que le Bief ou les Terres de l'Orage étaient sûre pour elle. Le Nord étant trop évident... Il ne me restait que le sud.
-Vous devez savoir qu'elle est tombée sur la délégation qui escortait mon frère vers le Donjon Rouge. Deux de mes hommes ont escorté la demoiselle jusqu'ici où elle semble s'être épanouie avec les filles d'Oberyn.
Je me demandai vaguement pourquoi par les Dieux Anciens pourquoi Oberyn ne m'avait rien dit, mais je laissai passer. Le plus important, c'était que ma solution pondue dans l'urgence alors que des soldats s'apprêtaient à nous prendre avait fonctionné. Je me promettais de parler plus longuement avec ma petite sœur dès cet entretien terminé. On avait juste échangé une longue accolade, soulagées, et quelque larmes.
-Je vous en remercie infiniment. Je me répète, mais la maison Stark vous en est reconnaissante, nous avons une dette envers la vôtre mon prince.
-La maison Stark. Certain de mes seigneurs et d'autres, je suis persuadé, se demandent où va votre allégeance, Lady Lyarra. Le loup, le cerf ou le lion. Vous avez épousé, semble-t-il, sans grande protestation celui qui a ordonné la mort de votre père. Dit-il sa voix devenant doucereuse.
Je m'ordonnai mentalement de ne pas m'indigner à ce sous-entendu et surtout de conserver mon calme.
-Je suis, et resterais toujours fidèle envers ma famille et mes amis, prince Doran. Cela comprend des loups et des lions. Je me suis vendue à mon ennemi, vos accusations est offensante, mais néanmoins exacte. Cependant, dans la position que je me trouvais, je n'avais pas beaucoup d'options. Si j'avais été seule, je me serais volontiers trancher la gorge plutôt que de laisser ces gens faire de moi leur jouet, mais je ne l'étais pas. Tout comme votre sœur qui n'a pas voulu fuir sans ses enfants si l'occasion s'était présentée, je n'aurai jamais abandonné ma sœur Sansa. Que vos seigneurs, que votre famille m'estiment déshonorante s'ils l'estiment, moi j'ai la conscience tranquille. J'ai fait ce qui fallait pour nous sauver.
Je repris mon souffle après cette longue tirade. J'avais voulu rester calme, mais mon sang s'était quelque peu échauffé. Ces accusations avaient été dures à entendre et reflétaient une de mes plus grandes angoisses. Que dirait Mère, que dirait Robb si on se retrouvait? Me mépriseraient-ils pour avoir été la femme de Joffrey? J'avais la peau dure face au attaque des autres, mais je savais que si cela venait de ceux que j'aimais, ça me détruirait. Le dornien me dévisagea un long moment, semblant méditer mes paroles. Est-ce qu'il les approuvait ou pas, j'aurais été bien en peine de le dire. Après m'avoir regardé avec une grande intensité, il tourna le regard vers les piscines et fontaines, réfléchissant visiblement. Je ne troublai pas le silence qui s'était instauré, préférant prendre de petites gorgées de mon verre et reprenant le contrôle de mes émotions.
-Et quels sont maintenant vos projets… Majesté?
Je sursautai à la formulation et reposai précipitamment mon jus pour le dévisager avec choc et suspicion. Puis, me rappelant que mon excès d'orgueil m'avait forcée à arborer cette couronne que mon défunt mari m'avait offerte, je grimaçai. Je levai les mains et la retirai de ma tête avant de la laisser choir au sol dans un tintement bruyant. Il me regarda faire, haussant simplement les sourcils.
-La reine est morte quand elle a été assommée dans ses appartements. Je ne suis plus que Lyarra Stark, une otage de la maison Martell pour un échange contre les responsables de la mort de votre sœur.
-La reine consort de Joffrey Baratheon, enfant illégitime de Jaime et Cersei Lannister n'est plus, il est vrai. Mais cela ne répond pas à ma question. Quels sont vos projets? Que voudriez-vous faire? Vous remarier pour fonder votre famille? En admettant qu'un homme accepte l'enfant que vous portez à l'heure actuelle?
Je réfléchis à sa question et repensai à ce que je m'étais dit plus tôt sur le bateau.
-Si j'en avais le pouvoir mon prince, je retrouverais ma famille. Je me vengerais pour la mort de mes frères… Puis, j'avancerais mes propres pions pour mettre un terme à cette guerre. Pour ce qui est de montrer sur le Trône de Fer, j'en ai aucune idée. Les Lannister ont commis une trahison en falsifiant la lignée royale, mais Myrcella et Tommen sont innocents. Ils n'ont pas à payer de leur vie les crimes de leurs parents. Stannis est par le fait même le roi légitime des Sept Couronnes, mais est-il digne? Je ne le crois pas. J'arrive de Port-Réal et votre frère a dû vous parler de la magie d'Essos et du meurtre de Renly. Le trône est, pour l'heure, vaquant de digne représentant.
-Oberyn m'a informé des actes de Stannis Baratheon. Vous n'avez pas mentionné votre frère Robb, n'est-il pas digne du trône de Fer?
-Les Stark sont les rois du Nord, Prince Doran, pas les rois de Westeros. Nous ne comprenons rien aux affaires du sud. De plus, nous avons aucune prétention à ce maudit siège. Alors non, la maison Stark n'a pas sa place à Port-Réal.
Doran hocha la tête une nouvelle fois sans rien ajouter, ce qui me fit monter un peu de frustration intérieurement. Étrangement, dans la capitale, j'avais été en mesure de deviner une partie des sentiments de mes vis-à-vis, bien que j'ai pas pu voir venir le coup en traître d'Oberyn, mais ici, j'étais totalement aveugle. Je me dis que ça aurait sûrement été le cas si j'avais fait face à Tywin Lannister, en admettant que j'aurais vécu assez longtemps pour m'en faire une opinion. Bref, ce prince était un vrai champion de la dissimulation, le meilleur que je n'avais jamais rencontré.
-J'espère que vous pourrez avoir Justice pour la perte de vos frères, Lady Lyarra. Ils ont connu une fin terrible à l'âge le plus tendre, au sein de leur propre maison. En attendant, vos sœurs et vous, soyez nos invitées d'honneur sous notre toit.
Je restai troublé, ne m'avait-il pas déjà souhaité la bienvenue? Cependant, je le vis faire un signe à un serviteur qui était resté dans un coin sombre de la terrasse. L'homme avança avec un plateau et le posa entre nous d'eux. Je vis avec surprise et soulagement un pichet de vin, du pain et du sel. Je regardai Doran préparer l'offrande qu'il sépara en deux avant de m'en donner un morceau et d'avaler l'autre. Je pris le pain couvert de sel et le manger avant de l'arroser d'une gorgée de vin. Le droit des invités venait d'être offert par les Dorniens et ça signifiait beaucoup pour moi. Otages nous étions peut-être ici, mais nous étions sous la protection du prince de Lancehélion.
-Merci, dis-je avec reconnaissance.
-Je vous en prie. Vous pouvez disposer, Princesse Lyarra.
À mon regard interrogateur, il expliqua :
-Votre frère a été proclamé roi du Nord, ce qui fait de vous une princesse.
J'acquiesçai et lui souhaita le bonjour avant de me lever et de prendre la direction de la sortie. Toutefois, juste avant de disparaître dans l'escalier qui me mènerait aux jardins, je me tournai vers lui.
-Mon prince, vous souffrez de la goutte, j'ai appris au fil de mes lectures et discussion que si vous changiez votre régime alimentaire, plus pauvre en viande rouge vous pourriez moins souffrir. Je peux aussi vous préparer une pommade. Un guérisseur de Volantis a écrit un livre, dont l'un des chapitres y est consacrée. Pensez-y.
Le prince de Dorne regarda surpris le dos de la jeune femme disparaître dans les escaliers. Elle était vraiment particulière… Il se tourna ensuite vers la chaise qu'elle avait occupée et salua d'un signe de tête Varys qui venait de s'y asseoir.
-Nous devons discuter de l'avenir, Maître des chuchoteurs.
-Oui mon prince, des choses se doivent d'être discutées. Répondit l'eunuque qui venait de ramasser la couronne qui avait été abandonnée par la princesse et qui reposait désormais sur la table.
A suivre
