Traduction : Turand

Relecture : Zodiaaque, Tressym383

Résumé : Bakugo atteint son point de rupture à l'entraînement commun avec les secondes B.

NAO : Ce chapitre est assez sombre par moment, mais j'ai tenu à le garder. Cette histoire tourne beaucoup autour du fait que rien ne se passe dans une bulle et que le contexte peut améliorer ou empirer les choses.


Il n'allait pas manquer l'entraînement. Oh que non. Il était le putain de Bakugo Katsuki et il n'allait certainement pas reculer face à un combat. Mais la pensée qu'une autre personne le touche en ce moment lui hérissait les poils, l'adrénaline bouillonnant dangereusement juste sous sa peau. Il reconnaissait cet état d'esprit comme celui qui lui avait fait croire que pousser Six sur un bureau était une bonne idée.

Ne merde pas.

Il ne voulait pas se dégonfler, juste peut-être… limiter son potentiel de désastre.

"Hey, monsieur." il marmonna sans vraiment regarder Aizawa.

"Tu me parles à nouveau." l'interpellé remarqua. "J'en suis honoré."

"Je veux m'entraîner avec Kirishima aujourd'hui."

Il retint son souffle, attendant un long discours sur l'importance de s'entraîner avec des personnes différentes (probablement quelque chose sur le fait qu'il ne méritait pas de traitement spécial), mais ça ne vint pas.

"Fais ce que tu as besoin de faire." Aizawa répondit simplement. "Je dirai à Cementos de ne pas en tenir compte."

Il tiqua au mot « besoin », mais le soulagement l'emporta finalement sur l'irritation. Aussi, était-ce le Messmer de la filière générale ? Planté derrière Aizawa, le garçon l'observait de ses yeux noirs et cernés. Généralement, Bakugo ignorait toutes les personnes extérieures aux secondes A, et même parmi eux, il ne reconnaissait que ceux qu'il appréciait. Ce gars-là méritait peut-être son attention cependant. Monoma, en revanche, n'était pas du genre à se laisser ignorer.

"J'espère qu'on pourra s'entraîner aux missions de sauvetage avec la seconde A." il gloussa en regardant vers lui. "Comme ils ont un expert qualifié dans l'art de se faire kidnapper..."

"Tu veux crever, Mister Mime ?!" Bakugo déclencha une impressionnante série d'explosions, la sueur nécessaire déjà disponible grâce à son anxiété incontrôlable.

"Effrayant." Monoma ricana. "Quelqu'un devrait museler cette chose."

Avant que Bakugo ne puisse donner suite à sa menace, la fille aux mains extensibles traîna Monoma plus loin en s'excusant hâtivement.

Ça allait être une putain de longue journée.

Cementos leur demanda de former des duos mixtes des deux classes et le nombre impaire d'élèves rendit rapidement évident le fait que Kirishima et Bakugo étaient une exception à la consigne.

"J'imagine que c'est logique." Kirishima songea en examinant les autres paires.

"De quoi ?" Bakugo interrogea sur la défensive.

"Que les gens de l'autre classe veulent pas s'entraîner avec moi." il clarifia. "Ils peuvent pas vraiment apprendre grand-chose de plus d'un deuxième Tetsutetsu."

"T'es sérieux ?"

Le carmin se retourna vers lui, la confusion inscrite sur son front plissé.

Oh bordel, il est vraiment aussi irrécupérable ?

"C'est moi, idiot." Il le cria presque dans l'exaspération. "Je suis le problème, pas toi."

"Vraiment ?" Kirishima avait l'air à la fois empli d'espoir et incrédule.

Putain, il pense honnêtement que quelqu'un préférerait faire équipe -ou faire quoique ce soit, vraiment- avec moi plutôt qu'avec lui ?

"Oui, vraiment."

Kirishima avait toujours l'air suspicieux. "Pourquoi ?"

"Parce que…" Il essaya de ne pas rendre son malaise trop évident. "Tu sais comment mon alter est difficile à contrôler ?"

"Ouais." l'idiot acquiesça.

"Et si ça part en couilles, la plupart de ces autres faibles mouraient, littéralement."

Les mèches rouges rebondirent alors qu'il continuait à hocher la tête comme une figurine de chien à l'arrière d'une voiture.

"Et je suis un peu… à bout, aujourd'hui."

Bordel, c'était dur de s'exprimer. Pourquoi Tête d'orties avait-il dû tirer une conclusion aussi dévalorisante sur lui-même ?

Dis-le simplement, putain.

"Donc j'ai demandé à Aizawa si on pouvait se mettre ensemble."

Silence.

"Vu que, tu vois, ça aura pas vraiment de conséquences si je vais trop loin, parce que t'es solide et que tu peux le supporter- "

L'idiot continuait simplement de le fixer avec les yeux écarquillés.

" -Donc ça me permet de faire des matchs qui en valent la peine sans me faire virer de UA."

Il parlait pour combler le vide désormais, pour simplement atténuer l'anxiété de ne pas savoir à quoi son ami pensait. Puis, le visage de l'idiot s'éclaira comme si c'était le putain de jour de Noël.

"Baku-bro !" il s'exclama. Il sauta, littéralement, avec excitation. Punaise, il était tellement absurde.

"Ouais, ouais, laisse pas ça te monter à la tête." il grommela.

"Tu peux compter sur moi !" Kirishima déclara, le sourire rayonnant comme un putain de soleil.

"T'as pas à le faire si tu veux pas." il essaya de minimiser, comme si ce n'était pas la première fois qu'il se mettait dans une situation aussi vulnérable de son plein gré. "Ce cours est une bonne occasion de tester tes capacités face à différents alters. Alors que tu peux t'entraîner avec moi n'importe quand."

"Je sais déjà comment la plupart des alters des secondes B fonctionnent contre le mien grâce à Tetsu." Kirishima rejeta. "Et tu donnes toujours les meilleurs conseils de toute façon."

Bakugo n'avait aucun moyen de le vérifier, mais à en juger par l'étrange chaleur qui le brûlait de son ventre à ses oreilles, il soupçonnait être devenu aussi rouge que les cheveux de Kirishima.

"Trop bien pour s'associer avec nous, le numéro un ?!" Monoma cria depuis l'autre côté du terrain.

Il avait déjà ouvert la bouche pour répondre lorsque Kirishima le coupa.

"Ignore-le, mec."

Sa mâchoire se referma aussitôt. Il en devait une à Kirishima, le minimum qu'il pouvait faire était de garder son sang-froid. Monoma continua cependant sur sa lancée.

"Plutôt arrogant pour une demoiselle en détresse."

Okay, que son sang-froid aille se faire voir, il allait tuer ce salaud-

"Monoma."

"Hm ?" l'interpellé répondit instinctivement.

"Tais-toi."

Et il le fit. Sa bouche continua de bouger mais aucun son n'en sortit, la voix paralysée par l'alter de Shinso. Bakugo n'avait pas besoin qu'un gars random en filière générale le défende, mais son expression mi-ennuyée mi-énervée pourrait tout aussi bien être interprétée comme une envie personnelle de ne plus entendre Monoma l'ouvrir.

Que foutait même le Panda-man ici, d'ailleurs ? Aizawa avait un enfant secret ou quelque chose du genre ?

"Bakugo, Kirishima." Aizawa interpella. "Sentez-vous libre d'ignorer les rotations. Travaillez simplement sur ce sur quoi vous voulez travailler. La seule règle que vous avez à respecter est d'éviter les excès.

"Oui, monsieur." Kirishima accepta avec un sourire motivé. Bakugo prit ça comme son signal pour mettre autant de distance entre lui et Monoma qu'il pouvait le justifier.

"C'est quoi le plan ?" son partenaire demanda avec enthousiasme, comme si se battre avec lui n'était pas quelque chose qu'il avait déjà fait des dizaines de fois.

"T'as travaillé ton endurance sous ta meilleure forme, mais ça te servira pas à grand-chose si ton adversaire décide de reculer et d'attendre." Bakugo était doué pour les combats, il pouvait le faire. "Tu dois mettre fin au combat avant que ton temps s'écoule, donc on ferait mieux de travailler sur ta mobilité et les coups que tu peux donner avec ça."

"Mec, tu restes éveillé la nuit et réfléchis à des stratégies de combat ?" Kirishima demanda avec admiration.

"Parfois." il admit. Habituellement, il le faisait pour lui-même, mais c'était aussi de plus en plus pour son groupe d'amis ces derniers temps. Non pas qu'il l'admettrait un jour.

"T'es le meilleur, mec."

Ouais, je le pensais aussi.

Il réprima l'amertume.

"Allez, viens te battre, Tête d'orties !"

Dire qu'il ressentait ses mauvais choix de vie aurait été un euphémisme. Il était tremblant, nauséeux et avait vraiment besoin de manger quelque chose. Pour autant, le combat était son point fort, alors il réussit tout de même à pousser Kirishima dans ses retranchements.

"Te contente pas de foncer tête baissée, Tête d'orties, regarde mes mouvements et prédis où je vais aller !"

Quelques secondes plus tard, Kirishima se précipitait vers le lieu d'atterrissage de Bakugo selon sa trajectoire actuelle, le forçant à faire un virage serré qui lui tordit maladroitement les épaules. Il s'étala de tout son long à l'impact.

"Bien !" il haleta avec fierté. "Même si tu peux pas m'attraper, fais au moins en sorte que je m'épuise pour t'éviter !"

Une autre esquive maladroite le fit s'écrouler bien moins gracieux. Il réussit seulement à éviter d'atterrir la tête la première avec une rapide explosion de la main. Kirishima l'avait poussé contre l'un des nombreux bâtiments semi-détruits du terrain d'entraînement, ne lui laissant d'autre choix que de tenter une esquive par-dessus le tank humain. Il passa la tête du carmin et crut avoir réussi son coup jusqu'à ce qu'une main bossuée lui attrape la cheville. L'explosion qu'il envoya en réponse aurait tout aussi bien pu être une brise légère pour tout ce qu'elle fit à l'unbreakable de Kirishima. Plutôt que de reculer, celui-ci se pencha à travers l'explosion pour atteindre son poignet tendu, le tordant rapidement derrière lui. Le visage de Bakugo heurta la terre alors que son adversaire plantait un genou dans son dos, l'autre main sécurisant son poignet dans un angle qui le ferait se blesser s'il tentait d'activer à nouveau son alter.

"Je t'ai eu !" Kirishima s'exclama triomphalement.

Évidemment.

Bakugo lutta pour se sortir de la poigne de fer, provoquant une vive douleur dans son bras tordu. La panique bouillonna à travers son mantra interne de « c'est juste Kirishima, tu vas bien, tu vas bien tu vas bie- »

De petites explosions éclatèrent involontairement contre son flanc et son dos.

Calme-toi, putain.

Se débattre et échouer à s'extirper ne fit qu'empirer la panique, alors il arrêta de lutter.

T'affoles pas, attends juste que ça passe.

Son corps se figea alors que son esprit quittait complètement l'instant présent.

"Tout va bien, mec ?"

"Où t'étais, putain ?"

"Tu m'as dit de sortir, alors c'est ce que j'ai fait."

"Ton père t'a appelé il y a dix heures et t'a dit de rentrer à la maison !"

L'assiette brisée qu'elle lui avait jeté dessus pendant qu'il s'enfuyait la nuit précédente n'était plus éclatée dans l'entrée. Nettoyée par son père, sans doute.

"J'étais avec Satoshi."

"Des conneries ! Sa maison est la première que j'ai appelé. J'ai même appelé celle des Midoriya, tu n'y étais pas non plus ! Alors comment t'expliques le fait que tu sois parfaitement sec après une nuit sous la pluie ?"

"Quelqu'un m'a invité quand j'étais à l'arrêt de bus." il admit avec amertume.

"Et t'es allé avec ?!" elle hurla, avant de lui donner des claques. "T'es débile ?! Tu sais ce qui aurait pu arriver ?!"

Ce qui est arrivé.

Elle ne pouvait pas savoir.

"Je vais bien, je peux prendre soin de moi, sale vieille !"

Il ne pouvait pas. Il avait merdé et si elle le savait, il n'en entendrait jamais la fin.

"Le jour où tu seras embarqué par un pédophile, ce sera de ta putain de faute parce que t'écoutes pas ! T'écoutes jamais !"

Il s'éloigna à la hâte et s'accroupit aussitôt, prêt à se défendre. Kirishima parlait toujours, mais les mots se dissociaient dans la ruée de respirations haletantes inondant ses oreilles, le pouls tambourinant dans sa tête.

Enfin, il finit par réussir à lire sur les lèvres de l'autre garçon, distinguant son propre nom.

"Bakugo, s'il-te-plaît parle-moi." Kirishima se rapprocha avec hésitation.

"Me touche pas !" il cria, semblant désespéré et effrayé, même pour lui-même.

"D'accord." Il s'arrêta et reposa lentement ses mains sur ses genoux. "Je ferai rien tant que tu ne l'auras pas autorisé."

Le ton calme et apaisant aurait dû l'énerver, mais c'était Kirishima et il lui faisait confiance. Et actuellement il avait besoin de croire en quelqu'un.

"Je veux juste comprendre ce qu'il se passe pour pouvoir t'aider."

Oh punaise, je le crois.

Le bourdonnement commença à s'estomper et, à sa grande horreur, fut remplacé par une émotion confuse entre le soulagement et quelque chose d'abrupte et cinglant. Les picotements passèrent de sa poitrine à ses yeux et s'échappèrent dans un sanglot étouffé.

"Putain." il murmura, la main fermement plaquée sur sa bouche dans une futile tentative d'empêcher tout le reste de sortir.

"Tout va bien." Kirishima tenta doucement de le rassurer, mais ça ne fit qu'empirer les choses. Un autre pleure étranglé se transforma en un sanglot incontrôlé.

"Est-ce que je peux m'approcher ?" il demanda doucement, et Bakugo se surpris à secouer la tête -Oui. Fidèle à sa parole, le carmin ne le toucha toujours pas.

"Tu es blessé, physiquement ?"

Il hocha à nouveau la tête, la honte atteignant de nouveaux sommets.

"Je suis désolé." il s'étrangla.

"Pour quoi ?" Kirishima demanda, la confusion semblant sincère.

Chaque fois que Kirishima parlait, Bakugo sentait ses barrières de prudence entre lui et le monde s'effondrer un peu plus.

"Stupide, je suis tellement stupide." il marmonna. "Je suis capable de rien."

L'image d'All Might, mince et fragile, lui traversa l'esprit.

"Je suis inutile." il gémit.

"Bakugo, de quoi tu parles ?" Kirishima avait l'air effrayé maintenant, bravo connard.

"Pourquoi t'es venu me chercher ?" Il chercha sur son visage un quelconque signe de fourberie, mais n'en trouva aucun. L'aspect robuste de son alter étaient désormais remplacées par une peau lisse et douce, à l'exception de la cicatrice sur son sourcil. "T'aurais dû m'y laisser."

"T'y laisser..." Kirishima s'interrompit, confus jusqu'à ce qu'il réalise de quoi l'autre garçon parlait. "Bakugo, non."

"Je m'étais mis là-dedans tout seul, comme toujours." il pleura. "Un putain d'arrogant, j'ai agis comme un taré au festival sportif, et maintenant All Might est plus là- "

"Arrête." Kirishima murmura doucement. "Rien de tout ça n'était de ta faute."

"Ça l'est- "

"Qu'est-ce que ça change si t'étais prétentieux et dramatique à l'école ?" il le coupa. "Ça veut pas dire que tu mérites d'être enlevé. Tu réalises à quel point ça n'a aucun sens dit à haute voix ? Personne ne pense ça."

"Elle le pense." glissa avant qu'il ne puisse l'arrêter.

"Elle ?" Kirishima réfléchit quelques instants avant de réaliser de qui il parlait. "Oh… ta mère. Okay. Mon Dieu, elle a vraiment dit ça, hein ?"

Bakugo hocha la tête. Il était maintenant complètement incapable de le regarder.

"Tu ne veux toujours pas que je te touche ?" il demanda. Bakugo haussa les épaules, évasif. Kirishima se déplaça lentement, ralentissant à dessein ses mouvements pour lui donner le temps de changer d'avis.

Personne ne l'avait étreint depuis des années. Pas depuis qu'il avait cessé de laisser son père le faire. Ça semblait toujours trop restrictif pour être agréable, mais ce que Kirishima faisait là était différent. Il ne le serrait pas tellement et amenait plutôt le poids de Bakugo contre lui tout en posant légèrement ses bras autour de ses épaules. C'était… bien. Et d'une manière ou d'une autre, il réussit malgré tout à pleurer davantage.

"C'est bon." Le pouce de Kirishima frotta des cercles sur son épaule. "Laisse tout ça sortir."

L'épuisement commença à le rattraper. Il se recroquevilla un peu plus contre Kirishima, seulement vaguement conscient qu'il n'était plus au sol.


NAO : Ooups, je l'ai cassé.

Ouuiii, ça devient intense et assez bordélique, mais j'ai un Syndrome de Stress Post-Traumatique officiellement diagnostiqué donc je fais avec et y suis autorisé. *victory hand emoji*