Traduction : Tressym383
Relecture : Emiko Yure (AO3)
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Résumé : Les choses bougent autour de lui et il parvient parfois à comprendre ce qu'elles sont.
"Katsuki."
Malgré le ton doux, Katsuki sursauta à l'entente de son prénom.
"Salut, le vieux." Il se rassit tandis que son père s'installait sur une chaise à proximité.
"Bonjour, monsieur Bakugo !" Kirishima l'accueillit, parce qu'il ne pouvait physiquement pas s'empêcher d'être amical.
"Salut, Kirishima." Masaru répondit chaleureusement. "Content de te revoir."
"Mmh..." Il se repositionna, mal à l'aise. "Vous voulez que je vous laisse seuls ?"
"Tout dépend de Katsuki." Il se retourna vers son fils dans l'attente d'une réponse.
"Reste." la bouche de Katsuki laissa échapper sans consulter son cerveau.
"On dirait que je te suis redevable." Masaru reprit. "Votre professeur m'a rapporté que tu étais beaucoup présent pour Katsuki ces derniers temps."
"Katsuki aimerait bien en finir avec toutes ces conneries niaises." le concerné grogna à la troisième personne.
"Très bien." Masaru céda. "De quoi tu veux parler."
Il n'avait pas de bonne réponse à ça. Il ne voulait pas dire grand chose. Le silence continua jusqu'à ce qu'il soit finalement rompu par Kirishima.
"C'est pas pour gâcher l'instant," Il sourit nerveusement. "Mais t'as dormi pendant un moment, je voulais pas déranger ta sieste parce que t'avais l'air d'en avoir vraiment besoin, mais maintenant je dois vraiment aller faire pipi."
"Alors vas-y, idiot." Il le poussa légèrement, puis se retrouva seul avec son père.
Il ne voulait pas dire grand chose, mais il avait des questions.
"Il me reste combien de temps avant de devoir affronter maman ?"
Le visage de Masaru se décomposa.
"Aizawa et moi en avons parlé. J'ai accepté de lui accorder un droit de tutelle, mais garder Mitsuki hors de tout ça est un peu plus compliqué. Pour pouvoir l'empêcher d'être en contact avec toi, nous allons devoir l'accuser officiellement."
"L'accuser de... ?" Il ne voulait pas entendre la réponse, mais il avait besoin que son père dise ce mot.
"L'un de nous, ou nous deux, allons devoir l'accuser de violence domestique."
"Tu vas le faire ?" il interrogea, une vieille colère qu'il pensait avoir réussi à enfouir bouillonnant à nouveau en lui.
"Tu le veux ?" il répondit avec une question, à sa grande frustration.
C'est tout ce que j'ai toujours voulu de toi.
Il ne pouvait pas dire ça.
"Que veux-tu que je fasse, Katsuki ?"
"J'ai besoin d'être loin d'elle pendant un moment." il finit par avouer.
"D'accord. Alors nous allons devoir parler à Aizawa et Nezu. Ils vont aussi vouloir que tu parles à un détective de la Police Départementale."
Il avait trop peur d'espérer que ça puisse réellement avoir lieu.
"Cette jeune femme aux cheveux courts et en tenue de motard," Six, définitivement. "Elle a dit qu'elle voulait voir si tu étais ouvert à une thérapie familiale."
"En famille avec elle ?"
"Nous deux." Masaru clarifia. "Mais pas en même temps. Juste toi et moi, et lorsque tu seras prêt, elle et toi."
"Est-ce que j'ai le choix ?" il grogna.
"Oui." il insista. "Six et Aizawa ont dit que ce sera important de faire ça à ton rythme. Tu n'as pas à nous dire quoi que ce soit que tu ne veux pas."
"C'est pas ce qu'elle va dire."
"Probablement pas." il acquiesça.
"Qu'est-ce qu'ils t'ont dit ?" Katsuki demanda nerveusement.
"Juste ce qu'il s'est passé aujourd'hui. Que tu as eu une crise de panique et que tu as essayé de te faire du mal."
Mon Dieu, merci Aizawa.
"Je suis désolé." Masaru murmura. "Je n'avais pas réalisé à quel point Kamino t'avait affecté. Et je suis désolé de ne pas t'avoir protégé."
"J'ai pas besoin de ta protection !" il répondit sèchement, la colère le gagnant trop soudainement pour pouvoir la contrôler. "Plus maintenant."
"Je sais." Masaru s'essuya les joues avec sa manche. "Je sais que tu n'as plus besoin de moi depuis un moment déjà. Tu t'en es assuré parce que je t'ai laissé tomber quand tu en avais besoin."
Ouais, c'est bien ce que t'as fait.
Katsuki n'arrivait pas à se décider sur ce qu'il voulait vraiment : laisser sortir toute une décennie de rage, ou juste essayer de faire en sorte que son père arrête de pleurer.
"« Je suis tellement désolé, Katsuki. Je ne sais pas quoi faire. »" il cita la phrase de son père qui datait déjà de quelques années. "C'est ce que tu m'as dit juste avant qu'on recommence à faire semblant que toute la merde qu'elle faisait était normal. T'as toujours su que c'était pas le cas. T'étais juste trop lâche pour y faire quoi que ce soit."
Cette colère amère et brisée ne ressemblait en rien à son habituelle rage quotidienne. Il avait l'impression d'être fait d'une vieille roche. Irréparable et immuable, comme si cette colère faisait fondamentalement partie de lui. Il ne savait pas comment lâcher prise ni qui il serait s'il le faisait. Il vacillait donc entre des « ça va » et des « je ne te pardonnerai jamais ». Peut-être les deux à la fois ?
Je ne te pardonnerai jamais, mais ça va.
Il voulait se défouler et crier, mais il voulait aussi revenir sur ce qu'il avait déjà dit. Il voulait protéger son père de la manière dont il voulait le blesser. La culpabilité, la colère et l'amour se confrontaient. Au final, il ne dit rien.
"C'est pas grave si tu ne me pardonnes pas." Masaru lui confia, et punaise ça ne fit qu'empirer les choses. "Je veux juste comprendre."
"Elle a dit que Kamino était de ma faute." il lâcha. "Et tout ce qui t'importait était le fait qu'elle criait et me frappait devant les profs."
"C'est vrai. J'aurais dû intervenir." il reconnut, avant de se pencher pour essayer d'intercepter le regard de son fils. "Tu sais que ce n'était pas de ta faute, n'est-ce pas ?"
Il déglutit et prit une profonde inspiration pour se calmer avant de répondre. "Elle me rejette la faute dessus pour tout, papa. Tout ce qui m'arrive est mérité, et des fois je pense qu'elle a peut-être raison."
"Par « tout », tu veux dire le l'enlèvement ?" il demanda avec curiosité. "Ou il y a autre chose ?"
"Tu sais ce qu'elle m'a dit après l'incident du vilain boueux ?! Que si j'avais pas été autant en manque d'attention avec mon alter, j'aurais pas été la cible. Comme si c'était tout ce que je demandais !"
"Je n'avais pas réali- "
"Elle me mettait à la porte après nos disputes et tout ce qu'il se passait pendant que j'étais dehors était de ma faute parce que je l'avais énervé !"
"Comme… Comme quoi ?" il demanda avec hésitation.
"Ça s'est pas toujours bien passé. Être seul dans la rue..." Il ne pouvait pas donner plus de détails, il ne pouvait pas.
Son père enleva et nettoya ses lunettes comme excuse pour faire quelque chose de ses mains.
"Katsuki…"
"Elle a toujours dit que si quelque chose m'arrivait, ça serait de ma faute."
"Si quelque chose... Elle a dit ça sur- " Masaru avait l'air effrayé, ce qui lui paraissait être une étrange réaction pour quelque chose qui s'était déjà produit.
"Je veux pas en parler." Il ne laissa aucune place à la discussion.
"Je suis désolé." son père s'excusa pour la millième fois, ce qui n'avait plus beaucoup de sens après toutes ces années. "Ce qu'il s'est passé... Elle n'est pas au courant, n'est-ce pas ?"
"Non."
"Je ne pense pas qu'elle aurait dit ça si elle l'avait été." il supposa à haute voix avec une hésitation incertaine.
"Mais t'en sais rien." Katsuki pouffa. Même son père ne pouvait pas nier la sévérité de sa mère cette fois. "Bordel, pourquoi tu t'es marié avec elle ?"
"Ça n'a pas toujours été comme ça." il défendit.
"Quand ? Quand est-ce que c'était pas comme ça ?"
Il étudia l'expression gênée dessinée sur le visage silencieux de son père. La plupart des disputes entre ses parents le concernaient, mais jusqu'à présent, il n'avait jamais pensé que... Peut-être qu'ils étaient heureux avant…
"Avant que je naisse." il déduisit.
"Nous avions des idées très différentes sur la manière d'être parent." il confirma sans vraiment le faire. "Ce n'est pas de ta faute."
"C'est pour ça qu'elle me déteste ?"
"Elle ne te déteste pas."
Il renifla, sceptique.
"Elle ne te déteste pas." il affirma. "Ta mère est... compliquée."
"C'est la manière polie de dire « une énorme garce » ?" il demanda amèrement. Masaru essaya de réprimer un sourire.
"Je vais faire ce que je peux pour qu'elle aille au conseil, seule ou avec moi, jusqu'à ce que tu décides de ce que tu veux faire."
"Tu vas vraiment essayer ? Ou tu vas céder à la seconde où elle dira non ?"
Masaru ne répondit pas à la pique, l'acceptant simplement tristement.
"Hey, Bakugo !" Kirishima réapparut. "Ou, euh, les Bakugo ? Il y a un flic ici ?"
"C'est une question ou une affirmation, Tête d'orties ?"
"Je pense qu'il veut te parler ?" Kirishima répondit, toujours aussi incertain.
"Nous devons le rencontrer, avec Nezu et Aizawa." Masaru expliqua.
"Maintenant ?" Il n'était pas du tout prêt pour ça.
"Autant en finir rapidement." Masaru alla accueillir tout le panel de juges à qui Katsuki allait apparemment devoir parler.
"Putain de merde." il jura. "Il se fait marcher dessus depuis quinze ans et maintenant il parle aux flics. J'aurais dû essayer de me tuer bien plus tôt."
"Mec." Kirishima siffla face à l'humour noir. "Comment t'arrives à être aussi calme ? Je pensais que t'allais plus être, tu sais…"
"Violent et criant sur tout le monde ?"
"Ouais."
"Je pense qu'il y a un truc qui va pas chez moi." il avoua. "Rien ne semble réel actuellement, comme si j'étais pas vraiment là et que rien de tout ça se passait réellement."
"Je crois que c'est une chanson de Radiohead* ça."
"Tais-toi." Il leva les yeux au ciel. Kirishima se balança sur ses jambes, n'osant pas demander quelque chose.
"Quoi ?" Katsuki claqua.
"Est-ce qu'ils vont t'emmener quelque part ?" il demanda doucement.
"Non." Dieu merci.
"Kirishima." Aizawa appela. "Je dois t'emprunter Bakugo pour un moment. C'est à toi de voir si tu veux retourner en classe ou à l'internat, mais tu ne peux pas rester ici pour cette partie-là."
Kirishima hocha docilement la tête, le laissant seul avec son père à côté de lui en plus d'Aizawa, Recovery Girl, Nezu et un putain de flic. Tous le fixaient.
"C'est comme le jour où quatre camions de pompiers ont débarqué parce que j'avais appuyé sur l'alarme de la cuisine." il se fit la réflexion. C'était disproportionné.
"Avec la coopération de votre père, il devrait être relativement facile d'accorder une garde provisoire à UA jusqu'à ce qu'Aizawa puisse se présenter à un juge pour obtenir une tutelle officielle." le flic déclara. Au moins, il n'était pas un putain de chat ou une autre merde du genre. "Nous devons juste vous poser quelques questions."
"Ouais, ouais, allons droit au but." il grogna. Le détective sortit un carnet.
"Avez-vous encore l'intention de vous faire du mal ?"
"Non."
"Avez-vous l'intention de blesser quelqu'un d'autre ?"
"Non."
"Aviez vous déjà commis une tentative de suicide avant celle-ci ?"
"Non."
"Vous êtes-vous déjà fait intentionnellement du mal dans le passé ?"
Il baissa les yeux sur ses genoux, délibérément loin du regard de son père, comme s'il pouvait faire en sorte que l'homme à côté de lui ne l'entende pas murmurer au flic : "Oui."
Le bruit du stylo sur le papier lui donna des frissons.
"Votre mère vous a-t-elle déjà physiquement blessé à un degré qui vous a laissé des marques visibles ?"
"Oui."
"Est-ce arrivé durant la dernière année ?"
"Oui."
"Vous sentez-vous en sécurité lorsque vous rentrez à la maison ?"
Merde.
Ses yeux le brûlaient alors que la vérité qu'il gardait enfouie si profondément qu'il avait finit par l'oubliée lui rappait la gorge pour sortir de sa bouche.
"Non."
"D'accord." Le détective rangea son stylo. "C'est ce dont j'avais besoin. Il est de nouveau tout à vous."
Merci putain, c'était fini.
"J'ai toujours détesté cette partie là." Recovery Girl soupira. "C'est si insensible. Est-ce que tu vas bien, mon chéri ?"
Il haussa les épaules.
"Tu vas rester en observation ici cette nuit." elle l'informa. "Pas de cours pour toi demain. Le lendemain dépendra de ton choix, selon comment tu te sens."
"Qu'est-ce que je vais faire demain toute la journée, du coup ?"
"Tu vas te reposer." elle commanda. "Et commencer une thérapie."
"Eh bien, voilà une bonne chose de faite." Nezu annonça d'une manière désespérément joyeuse. "Appelez-moi si vous avez besoin de moi !"
Le chien-rat de laboratoire repartit sans rien ajouter de plus, comme si cet événement n'était qu'une tâche parmi d'autres de son quotidien. Maintenant qu'il y pensait et connaissant Nezu, c'était probablement le cas.
"Tu dois être fatigué." Recovery Girl reprit doucement, recevant un signe de tête réticent. "Bien, vous deux, vous pouvez sortir. Il est temps de laisser mon patient se reposer."
Alors qu'il regardait les deux hommes sortir côte à côte, Katsuki ne put réprimer un sourire narquois à l'idée de les appeler ses papas. Il savait que Masaru serait simplement mal à l'aise, mais comment réagirait Aizawa ?
"Je suis tellement désolée que ce soit allé jusque là, mon garçon." La douce sympathie était si naturelle chez elle qu'il en oublia d'être énervé. "Je n'arrête pas de leur dire qu'ils mettent beaucoup trop de pression sur vous les enfants. Ils enseignent tout cet entraînement avec les alters et les stratégies de combats, mais oublient complètement certaines choses essentielles comme la santé mentale. J'essaye de faire changer tout ça depuis des années, mais jusqu'à présent Aizawa est la seule personne à vraiment m'écouter."
"C'est pas la faute de UA si je suis un cas perdu."
"Vous méritez tous mieux que ça." Elle disparu brièvement avant de revenir avec une couverture et un oreiller bien plus confortables que les modèles standards d'hôpitaux qu'il avait actuellement. "La fille en service cette nuit est une charmante jeune femme nommée Crystal, mais si tu as besoin de moi, je serai juste au bout du couloir."
Toutes ces attentions chaleureuses étaient assommantes, mais il ne se sentait pas assez lucide pour les combattre. Il ne pouvait qu'espérer que les choses aient plus de sens le lendemain matin.
•* Référence à la chanson How to Disappear Completely de RadioHead.
