Traduction : Tressym383

Relecture : Emiko Yure (AO3)

Résumé : Les vrais amis viennent après les cours traîner à l'infirmerie.


La thérapie était putain d'épuisante. Et il devait faire cette merde deux fois par semaine ?

"Manque de souvenirs importants."

Il avait toujours essayé d'oublier, pas de s'en rappeler. Mais s'il s'agissait d'une investigation comme Six le lui avait dit, peut-être qu'il devrait essayer ? Mais juste dans sa propre tête. Ça ne sortirait pas de sa bouche.

Commence par le plus simple.

Deku lui courant après avec ses deux bras brisés, mais essayant tout de même de l'aider comme s'il pouvait faire quoi que ce soit. Après s'être promis que le vilain boueux serait sa seule défaite, qu'il ne laisserait plus jamais personne le maîtriser, voilà où il en était, impuissant.

Que s'était-il passé après ça ?

Suffoquant, les mains menottées, il est encerclé. La fille aux couteaux le regarde-

Tout se brouilla dans des flashes de décors et de crainte. Les seules parties claires venaient du bref moment où il avait été laissé seul au sous-sol, essayant de planifier son évasion. Peut-être que s'il se repositionnait, les mains jointes comme à ce moment-là, davantage de souvenirs lui reviendraient. Peut-être même qu'il se souviendrait de quelque chose d'utile pour que tout cet exercice de merde en vaille la peine.

" -on a quelques heures à tuer."

Ses yeux se rouvrirent brusquement.

Ça marqua la fin de cette expérience catastrophique.

"Bakugo." Recovery Girl l'appela. "Tu as des visiteurs."

Kirishima bondit vers lui comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des semaines.

"Hey, bro ! Tu te sens un peu mieux aujourd'hui ?"

"Elle a dit visiteurs, au pluriel." Il n'allait pas laisser les énergies positives de Kirishima le distraire. "T'as ramené qui, bordel ?"

"Mina m'a demandé si elle pouvait venir." il répondit d'un ton désinvolte. "T'inquiète pas, j'ai dit à Midoriya que c'était pas une bonne idée qu'il vienne si tôt."

"Exact, je veux pas voir ce- "

"Donc pour nous c'est bon ?" il demanda.

"J'ai pas dis ça !"

Kirishima interrompit son habituelle routine qui consistait à faire de Bakugo un être sociable.

"Si tu veux vraiment pas la voir, c'est pas grave." Et Kirishima le pensait vraiment, se Bakugo disait non, il ne le lui reprocherait pas. "Elle est juste vraiment inquiète."

"Peu importe." Il feignit l'indifférence.

Il n'avait jamais vu Mina aussi sérieuse.

"Salut, Blasty." Elle se laissa tomber sur le bord du lit. "Comment tu te sens ?"

"À ton avis ?"

"Probablement pas super." elle devina.

"Donne-toi une putain de médaille." Savait-il même comment être sympas avec les autres ?

"T'as pas perdu ton mordant, donc ça va." elle ricana. "Ça fait du bien de te voir."

"Tu m'as vu hier, bordel." Il leva les yeux au ciel.

"Tu sais très bien ce que je veux dire !" Elle s'apprêta à le pousser de façon amicale, mais s'interrompit, se figeant comme s'il était fait de verre.

"C'était quoi, ça ?" il grogna, la poussant en retour un peu plus brusquement qu'il l'aurait voulu. "Je suis pas fragile putain, commence pas à croire je ne sais quoi !"

"C'est pas ça !" elle protesta.

"Alors pourquoi tu te retiens ?!"

"Parce que je pense que t'as été assez blessé comme ça ! Et si j'empire ce que tu dois déjà supporter, je me détesterais !" elle pleura. "C'est purement égoïste, je te promets."

Ils étaient tous devenu si doués pour éviter de contrarier son putain d'égo fragile. Il pouvait au moins avoir la décence d'en être gêné.

"Désolé." il marmonna. "Je suis juste un peu dépassé en ce moment."

"Tu l'as toujours été, Blasty." Elle lui lança un sourire en coin. "Mais on t'aime quand même."

Bizarrement, ça le fit se sentir mieux. Aucun grand discours sur le fait qu'il devrait s'aimer. Il était dépassé, mais pas forcément plus que lors de leur première rencontre. Cette simple observation, sans hypocrisie, donnait l'impression que peut-être, peut-être qu'elle le voyait toujours de la même manière. Mina était son amie avant de savoir qu'il avait un problème et le resterait après.

"Tu sais quand tu reviendras en classe ?" elle demanda, le ton s'adoucissant pour s'adapter à l'affaissement de sa garde.

"Demain."

"Oh. T'es sûr ?" elle interrogea, sceptique. "C'est vraiment rapide."

"Je veux pas prendre de retard."

"D'accord, mais... prends soin de toi, okay ?"

"Tout le monde me dit ça, putain."

"Et tu ne le fais pas encore !" elle soutient.

"Pour être honnête," Kirishima intervint. "Je pense pas que Bakugo sache vraiment comment « prendre soin de soi »."

"Qu'est-ce qu'il y aurait à savoir ?" il grogna. "Peut-être que je veux juste pas perdre mon temps à boire du thé et prendre des bains moussants alors que je pourrais faire autre chose !"

"T'es pas obligé de ressembler aux femmes blanches des pubs de yaourt." Mina répondit avec un léger rire. "Ça peut être n'importe quoi, du moment que ça te fait te sentir mieux."

"Je pense que UA en aurait marre si je rompais le couvre-feu et faisais exploser je ne sais quoi à chaque fois que je me sentais mal."

"Et la cuisine ?" Kirishima proposa avec enthousiasme. "En général t'es beaucoup plus détendu dans la cuisine. Et si tu prépares des trucs que t'aimes, peut-être que tu finirais par manger quelque chose !"

"Tu viens vraiment de me dire de retourner dans la cuisine ? Qu'est-ce que je suis, une putain de femme au foyer ?"

"Là tu fais exprès d'être difficile."

"J'aime bien cuisiner des fois, mais..." Bordel, c'était dur, tout était si putain de compliqué à l'heure actuelle. "C'est beaucoup d'efforts et des fois je m'en fou juste... J'ai pas l'envie de faire quoi que ce soit et de toute façon j'aimerai pas le résultat final, alors pourquoi me faire chier avec ça ?"

"Merde, Blasty." Mina jura. "Depuis combien de temps tu te sens comme ça ?"

"Juste depuis Kamino." il répondit, avant de reprendre, "Enfin, ça part et ça vient depuis la fin du collège, je suppose, mais c'est devenu constant qu'après Kamino."

"Habituellement, on s'entraine pas mal quand t'es stressé." Kirishima proposa indirectement, n'essayant plus de prétendre qu'il n'emmenait pas Bakugo se défouler pour son propre bien-être. "Mais je sais pas si c'est l'idéal actuellement. Ça pourrait faire plus de mal que de bien."

"Tu peux toujours me frapper, me plaque juste pas au sol. Te faufile pas non plus derrière moi où tu vas probablement te retrouver avec le visage bien cramé, mais à part ça, ça devrait aller."

"Alors on est de nouveau partenaires d'entraînement ?" il rayonna.

"On a jamais cessé de l'être, Tête d'orties, j'ai eu une mauvaise journée, d'accord." il accorda. "Juste une. J'ai pas besoin d'être materné."

Kirishima resta silencieux.

"Quoi ?"

"C'était vraiment terrifiant ce jour-là, mec." il reprit d'une voix douloureusement rauque. "C'était un accident, mais je t'ai fais souffrir, et- Si tu vas pas bien, tu dois me le dire, parce que je peux pas- "

Il prit une inspiration tremblante avant de finir.

"J'ai besoin de savoir quels sont tes déclencheurs* parce que je peux pas à nouveau faire quelque chose comme ça."

La colère de Bakugo mourut dans sa gorge face à l'expression de Kirishima, d'une dévastation absolue. Il ne pouvait pas argumenter contre ça, il ne pouvait pas dire que ça allait ou gueuler sur le fait d'être pris en pitié.

"Je peux me battre, je promets, juste me- " Putain, il allait devoir les énumérer. "Me saisis pas. Genre, les poignets et le cou en particulier, mais vraiment pas. Et me retiens pas au sol."

Il avait la tête qui tournait.

"Et rien autour de mon visage, cet enfoiré au portail te téléporte en te noyant, et le vilain boueux avait le même procédé et- "

Stop stop stop, arrête-toi là.

"Si je peux pas respirer, c'est mauvais signe." il termina faiblement.

"Merci." Kirishima le gratifia si sincèrement.

"Il s'en veut actuellement parce qu'il ne sait pas comment t'aider."

"Tu travailles juste sur ton unbreakable donc je peux me détendre un peu et me défouler sur toi." il taquina. "C'est très thérapeutique."

Enfin, Kirishima sourit sans que l'ombre de la peur ne se cache derrière.

"Eh bien, si jamais tu veux varier les plaisirs, je suis de la partie." Mina proposa. "Mais mon corps ne peut très malheureusement pas supporter une explosion à la nitroglycérine."

"Faible." il charria. "Du coup, j'ai raté quoi ce matin ?"


Il était évident que Mic allait vouloir savoir ce qu'il se passait après qu'Aizawa lui ait demandé de le remplacer pour son cours. Ça ne signifiait pas pour autant qu'il voulait en parler.

"Shota." Il entrelaça l'une de leurs mains. "Tu as le visage même que tu fais quand tu veux assassiner quelqu'un lors d'une collecte de fonds, mais que ce serait impoli."

"Peut-être parce que je veux assassiner quelqu'un, mais que ce serait impoli." il rétorqua.

"Des noms ?" Mic demanda, comme si en faire une liste aiderait quoique ce soit.

"Bakugo Mitsuki." il grogna. "Entre autres."

"Elle est si mauvaise que ça, hm ?"

"Elle lui a reproché son propre enlèvement." il ragea.

"Ouch." Mic siffla avec sympathie. "Comment va le plus bruyant de mes petits auditeurs, d'ailleurs ?"

"Mal." Aizawa répondit directement, n'allant volontairement pas plus loin dans les explications.

"Cementos m'a rapporté ce qu'il s'était passé à l'entraînement commun." il continua. "Mais à en juger par son absence et la tienne ce matin, je suppose que de nouveaux événements se sont produits depuis."

Aizawa jeta un œil aux alentours pour s'assurer qu'ils étaient bien seuls, malgré le fait d'être dans la salle des professeurs.

"La version courte : il a eu une dispute qui l'a beaucoup touché personnellement avec Uraraka et a décidé que sa seule porte de sortie était la mort."

"Oh." Mic hocha la tête en grimaçant. "Et la version longue ?"

"Il a un long passif de maltraitance et a des réflexes de défenses qui ne sont pas normaux. Il est plus apte à me parler, mais je ne sais pas à quel point je peux l'aider parce que je suis nul pour ça !" Il fit un geste vers leur coin de table actuel.

"Bakugo aussi." Mic fit remarquer. "C'est peut-être pour ça qu'il est à l'aise avec toi. Si tu étais plus ouvert émotionnellement, ça l'effrayerait probablement."

"Donc tu dis qu'il est à l'aise avec moi parce qu'il est habitué à ce que les gens ne se soucient pas de lui. Super."

"Tu sais que ce n'est pas ce que je voulais dire." il gronda. "Tu as vu comment il est quand Midoriya est vers lui. Les gens qui ont le cœur sur la main le rendent confus et lui font peur. Il ne leur fait pas confiance."

"Tu sais ce que Kirishima m'a dit ?" Un sourire se forma soudainement sur son visage.

"Quelque chose sur le fait d'être tellement viril ?" Mic essaya de deviner.

"« Bakugo est comme un chat »." il reporta. "« Vous pouvez lui tendre la main, mais vous devez le laisser venir à vous »."

"Je ne comprends pas comment ce gamin peut être à la fois si intelligent et si bête." il ricana.

"C'est la même chose pour Bakugo. Ils sont intelligents et bêtes de manières opposées."

"Tout leur petit groupe est comme ça." Mic releva. "Les quatre autres sont très sociaux et bons avec les autres, mais pas très studieux, et il faut bien ces quatre-là pour équilibrer un Bakugo extrêmement min-max*."

"C'est un terme de Donjons et Dragons ?" Aizawa demanda suspicieusement.

"Ose me dire que ce gamin n'est pas la personne la plus min-max que tu aies jamais rencontré !" il insista. "Un max de puissance, une intelligence élevée et de la négativité pour le charisme."

"Pourquoi est-ce que je te parle, même ?"

"Tu aurais dû écrire un contrat de mariage." il plaisanta. "Maintenant tu es coincé avec moi. Tout ce que tu as est aussi à moi."

"On a le même salaire." S'il levait davantage les yeux au ciel, ils pourraient bien s'envoler.

"Attends juste d'être débordé par tous mes prêts étudiants et dettes de jeu." il taquina.

"On travaille dans ton ancien lycée !" Aizawa éclata finalement de rire.

"Ah ! Voilà !" Mic sourit, victorieux.

"Je ne sais pas de quoi tu parles." il s'obstina. "Je ne t'ai jamais trouvé drôle."


Se lier d'amitié avec Kirishima avait été un travail lent et assidu de respect partagé et d'entraide, devenant petit à petit une amitié. Le reste du groupe s'était rapproché de lui par le biais de Kirishima, mais ça avait aussi prit du temps. En règle générale, Bakugo ne se faisait pas d'amis.

Alors bordel, qu'est-ce que Momo faisait là ?

"Salut, Bakugo." elle salua nerveusement. "Je suis heureuse que tu- "

"Tu te crois où, dans un putain de zoo ?" il attaqua.

"Non !"

Elle était si facile à ébranler.

"On est pas amis, alors qu'est-ce que tu fous ici, putain ?"

Elle savait, et il savait qu'elle savait. Mais il n'avait pas à le reconnaître.

"J'étais- Je voulais voir si je pouvais- "

"Si tu pouvais jeter un œil au sujet des récents potins ?" C'était cinglant au point de paraître déséquilibré, mais il n'allait pas s'arrêter. "Voir s'ils doivent encore m'enchaîner ?!"

"Non !" elle protesta.

"J'ai pas besoin de la pitié de Miss parfaite !" il cria.

"Je ne te prends pas en pitié !" elle assura fermement, avec suffisamment de confiance pour attirer son attention. Il soupira.

"Alors bordel, qu'est-ce que tu me veux, Queue d'cheval ?"

"Avant UA," elle commença avec une nouvelle détermination. "J'ai dû changer d'école à cause d'harcèlement."

Avec son langage corporel fermé et le contexte actuel, il n'avait pas besoin de demander quel genre d'harcèlement.

"Ces garçons ont tous été expulsés, mais je n'ai tout de même plus jamais reparlé à quelqu'un de cette école." L'histoire s'abattit comme les affaires d'un casier surchargé. "Je n'arrivais même plus à regarder mes amis de longue date, j'étais tellement embarrassée et blessée..."

"Qu'est ce que t'essayes de faire ?" Même maintenant, il n'arrivait pas à dissiper sa méfiance.

"Je suis soulagée que tu sois toujours là."

Oh.

Solidarité.

Elle n'attend rien, c'est juste une bonne personne.

Elle était la première à ne rien lui demander. Elle avait dit ce qu'elle avait à dire, s'était confiée pour lui, et s'apprêtait à repartir.

"Attends." il laissa échapper. Elle se figea un instant sur le pas de la porte, avant de lentement se retourner.

"J'écoute."

Momo venait de lancer une bouée de sauvetage dans le puit où il se noyait, dans le noir. "Comment tes parents ont réagi ?"

"Ma mère a pleuré." Elle garda sa réponse à la fois vague et directe. "Mon père était furieux. Surtout contre eux, mais aussi contre moi, pour ne pas avoir réagis plus tôt."

"Elle va me le reprocher." il murmura. "Et peu importe combien d'affiches disent que c'est pas de ma faute, je peux pas m'empêcher d'être furieux contre moi-même."

"Pour quoi es-tu furieux contre toi-même ?"

"Pour pas m'être mieux battu ! Pour avoir été si débile en premier lieu ! Pour- Pour avoir perdu encore et encore, jusqu'à ce que je sois tellement endommagé que j'en suis devenu inutile !"

"J'ai aussi été fâchée contre moi-même pendant un moment." elle confia calmement. "J'aurais pu aller voir un professeur ou mes parents, j'aurais pu faire n'importe quoi pour que la situation ne s'aggrave pas, mais je ne l'ai pas fait. J'ai juste laissé tout ça se produire, et c'est difficile de me pardonner pour ça. C'est difficile de lâcher prise parce que tu ne peux pas vraiment t'en prendre aux personnes qui t'ont blessées. Le seul sous la main à punir, c'est toi-même."

Oh putain, elle le comprend vraiment.

"Je suis sans arrêt énervé. Enfin, j'ai toujours été comme ça, mais... putain, je veux juste revenir aux moments où je l'étais pour des trucs qui avaient du sens."

"C'est totalement légitime d'être en colère à propos de ce qui t'est arrivé." elle compatit. "C'est pour cette raison qu'il est si compliqué de savoir comment et où diriger ce sentiment."

"Toi tu comprends, mais tous les autres pensent que je suis fou." il déplora.

"Pas tout le monde." Elle lui assura. "Et certainement pas tes amis, qui sont ceux qui comptent vraiment."

"Sero et Kaminari savent même pas ce qui s'est passé." il argumenta.

"Ils peuvent faire une déduction avec les éléments qu'ils ont déjà interceptés." elle extrapola. "Ces deux-là comprennent bien plus de choses que tu le penses. Et Kirishima et Mina essaient vraiment de comprendre. Je leur ai confié que je pouvais comprendre ce que tu traversais dans une certaine mesure et depuis ils ne font que me poser des questions. Je continue de leur dire que c'est différent pour tout le monde, mais ils ne veulent pas te pousser pour le moment."

"Je peux pas en parler." il s'efforça d'haleter les mots dans un souffle rauque.

"C'est normal." elle le rassura. "Parle simplement de ce que tu peux. On t'écoutera."


•*Déclencheurs : vous êtes peut-être plus familiers avec le terme anglais : trigger.

•*Min-max : Le min-maxing est le fait de favoriser une capacité spécifique au désavantage d'autres compétences (qui sont donc très minimisées car vues comme inutiles ou indésirables). Ça donne un personnage très puissant dans un domaine précis (ce qui assure donc un maximum les probabilités de victoire si ce domaine là est important pour), mais aussi très faible dans les autres.