Traduction : Tressym383

Relecture : Emiko Yure (AO3)

Résumé : La thérapie est difficile, la squad fait le petit déjeuné.


Une main agrippe son poignet pendant qu'une autre sur sa hanche continue de le maintenir immobile. La terreur rampe à travers sa gorge pour sortir de sa bouche dans un pleur désespéré. Il se demande s'il survivra.

"Bakugo !"

Il perçoit des cris et une odeur de fumée avant de soudainement se trouver debout et haletant.

"Whoa, Bakugo, ça va, tout va bien !"

Kirishima était devant lui, l'alter activé et les mains levées.

Où je suis, putain ?

La chambre de Sero. L'odeur de brûlé venait de son lit. Des oreillers et des couvertures étaient étalés dans toute la pièce. Les quatre autres s'étaient endormi par terre après qu'il se soit assoupi ivre comme un connard. Ils étaient restés avec lui et maintenant il criait et faisait exploser les affaires de Sero au putain de petit matin.

"Merde." il souffla. "Merde, donne-moi juste une minute."

"D'accord." Kirishima céda, figé sur place comme s'il avait peur de bouger. C'était sûrement justifié, il avait un peu agit comme un animal effrayé. Quelques secondes encore de respirations haletantes et le cauchemar commença à s'estomper.

Je suis dans les dortoirs avec les autres idiots et tout va bien.

"Je t'achèterai des nouveaux draps." il informa Sero.

"Je me fiche des draps, mec. Là, je m'inquiète juste pour toi."

"Ça va." il grogna, l'embarras commençant à remplacer l'effroi.

"Tu veux aller déjeuner ?" Kirishima proposa, comme s'il n'était pas cinq heures trente du matin.

"Rendormez-vous juste." il ordonna. "Je vais y aller."

Il poussa Kirishima en passant et s'enfuit avant que quelqu'un ne puisse lui poser plus de questions. De retour dans sa chambre, il se laissa aller sous l'eau bouillante de la douche pendant une demi-heure avant de broyer du noir jusqu'à ce qu'il soit l'heure de traîner ses fesses en thérapie.

"Bonjour, Bakugo." Six salua lorsqu'il entra.

"Je pensais qu'on était d'accord sur le fait que je doive vous voir que deux fois par semaine." il se renfrogna.

"C'est vrai." elle confirma. "Mais as-tu d'autres choses de prévues que de broyer du noir seul dans ta chambre durant tout ce samedi ?"

"...Non."

"Bien. Il y a des choses que j'aimerais qu'on aborde de toute façon." elle déclara, à sa grande consternation. Il prit place dans son siège habituel, le dos près du mur avec la sortie bien en vue. Il n'était pas sûr de ce qu'indiquait à Six le rouge-violet foncé qui l'entourait, mais ça ne semblait pas très bon.

"Comment te sens-tu ce matin ?"

"Comme une merde. Question suivante."

"Pour une raison particulière ?"

"Les putain de cauchemars." Il venait à peine d'arriver et il l'évitait déjà du regard.

"À quel propos ?"

"C'est pas vos putains d'affaires." il grogna.

"Bakugo, on a déjà parlé d- "

"Je veux pas en parler !" Le violet devint rouge autour de lui, dansant comme des flammes. Elle soupira et il se sentit presque mal pour son comportement capricieux.

"D'accord." elle céda. "Tu n'as pas à parler de quoi que ce soit, jamais. Mais si tu t'en sens capable, j'aimerais parler un peu du jour de ta tentative de suicide."

"C'était pas une tentative de suicide." il insista aussitôt.

"Alors comment le décrirais-tu ?"

"J'ai juste paniqué une minute, c'était pas si sérieux."

Elle ne le croyait clairement pas. Putain d'empathes. "D'accord. Pourquoi n'as-tu vu aucune autre issue lorsque tu as « paniqué », alors que maintenant ça semble être le cas ?"

Il se souvint de la sensation des murs qui se refermaient sur lui et raffermit sa prise sur le tissus de son pantalon, la jambe opposée rebondissant anxieusement. Le violet oppressant devint presque noir.

Punaise, vous y allez pas dans la demi-mesure aujourd'hui, hein, Doc ?

"Je pensais que tout le monde était au courant et que ma carrière de héros était finie." il admit, si tendu que son estomac commençait à lui faire mal.

"Tu parles de ta dispute avec Uraraka ?" Six déduit.

Il acquiesça silencieusement.

"Et tu pensais que tes camarades de classe perdraient leur respect pour toi s'ils savaient que tu avais été abusé sexuellement ?"

Sa jambe rebondit plus vite dans l'espoir que le sang puisse continuer à aller vers sa tête et évite la sensation de vertige.

"Ça n'a pas l'air d'être « pas si sérieux »." elle déclara doucement.

"Je pensais que les gens allaient dire que je le méritais." il lâcha soudainement. "Que c'était juste le karma qui me remettait à ma place."

Il ferma fortement les yeux, les dents serrées. Une partie de lui connaissait déjà les réponses classiques qui lui disaient que ce n'était pas de sa faute, mais ça ne collait pas. La plupart des victimes n'avaient jamais été des harceleurs qui frappaient des gens ou disaient à des gamins de se suicider. Il n'était pas une gentille jeune femme qui s'était faite agressée dans une ruelle, il était lui. Alors il avait besoin de l'entendre.

Est-ce que je l'ai mérité ?

"Les médias ont été durs avec toi." Six avait l'air triste. "Mais tu es encore un enfant, Katsuki. Je te le promets, aucune personne raisonnable pourrait penser que tu méritais d'être abusé."

Ça anéantis efficacement sa dernière once de sang-froid.

"Elle m'a dit que si quelque chose arrivait, ce serait de ma faute parce que j'écoute jamais et- " Sa voix se brisa et cessa de fonctionner.

"Quand était-ce ?" Six l'encouragea doucement.

"Après notre grosse dispute, je suis pas rentré chez moi parce que ce type m'a proposé un endroit où rester, mais j'étais tellement stupide !" Les mots s'échappèrent frénétiquement. "Je l'ai suivi et j'ai bu le thé d'un putain d'inconnu. Je crois qu'il m'a drogué et je pouvais pas... Je pouvais pas- Merde !"

"Oh, chéri..." Le professionnalisme de Six chancela un instant. "Je suis tellement désolée."

"Je me suis pas battu parce que- " il haleta difficilement. "Au début je savais pas ce qui se passait, et après- Merde, il aurait pu me tuer, et je voulais pas mourir, mais maintenant je regrette de pas avoir au moins essayé. Peut-être que si j'avais essayé, je me sentirais pas si… si minable."

"Se sentir paralysé sur le moment est quelque chose de courant." elle rassura doucement. "Tout comme le fait que tu te sentes coupable de ne pas l'avoir arrêté. C'est quelque chose que beaucoup de survivants doivent surmonter."

"Pleure pas, ça ira. T'as juste à t'y habituer."

Ses mains explosèrent alors qu'il se remettait sur ses pieds pour faire des allers-retours et tenter de calmer la douleur dans sa poitrine, les mains jointes derrière la tête. Il respirait trop vite, sa vision commençait à se brouiller.

"Bakugo, tout va bien." la voix de Six coupa sa panique. "Dis-moi ce qu'il se passe."

"Je peux pas en parler." Il secoua la tête avec un souffle brisé.

"Alors dis-moi ce qu'il se passe actuellement. Qu'est-ce que tu ressens ?"

"J'ai l'impression que je vais sortir de ma putain de peau." il haleta.

"Ce n'est pas grave si tu n'es pas prêt à parler de ce qu'il s'est passé." elle assura patiemment. "Prenons une pause quelques instants."

Elle se leva et alla lui chercher un verre d'eau, qu'il but aussitôt. Il refusa le paquet de biscuits, mais elle le posa tout de même à portée de main.

"Et si on revenait à la dispute avec ta mère ?"

Il hocha la tête, à bout de souffle.

"Elle ne sait pas ce qu'il t'est arrivé, n'est-ce pas ?"

Un autre hochement de tête.

"Mais tu as peur que si c'était le cas, elle te mettrait la faute dessus." Elle n'avait pas besoin de sa confirmation cette fois-ci, elle le savait déjà. "Est-ce que tu le lui as déjà reproché ?"

"Comment ça ?" Ses sourcils se froncèrent dans la confusion.

"Tu étais dans la rue ce soir-là parce qu'elle t'avait mis à la porte. Elle n'a pas causé ce qu'il s'est passé, mais elle t'a mis dans une situation où tu étais vulnérable et te l'a ensuite reproché. Je me demande juste si c'est un facteur dans la multiplication de vos disputes après ça."

"Elle me reproche absolument tout, c'est rien qui sort de l'ordinaire."

"Les parents sont censés essayer de protéger leurs enfants. Mais on attendait de toi que tu le fasses tout seul. Ce n'est pas juste d'exiger ça d'un enfant de onze ans."

"J'ai besoin de la protection de personne !" sa voix s'éleva, reprenant un peu de force. "Je peux me battre bien mieux que mes parents de merde ! Mieux que vous aussi, putain de lampe à lave glorifiée !"

"C'est vrai." elle convint. "T'en es capable. Tu es fort et incroyablement doué, personne ne le nie. Le problème est que la force prend de nombreuses formes, et n'importe qui peut devenir vulnérable dans certaines circonstances. Même All Might, Hawks et Eraserhead. Même toi."

La forme frêle d'All Might lui revint en mémoire, ainsi que le corps battu d'Aizawa au SCA.

Tout le monde peut perdre.

Ça semblait évident, mais il n'avait jamais permis à cette idée de se faire une place dans son esprit avant. Il avait besoin d'invincibilité pour être réel, quelque chose d'atteignable, mais ça ne l'était pas.

"Horrible." il conclut. Le nuage sombre autour de lui s'était cependant éclairci en un bleu pâle.

"Il nous reste encore un peu de temps." Six informa, étrangement enthousiaste. "Mais c'était assez intense, alors pourquoi ne pas aller à la cafétéria pour manger ce qui te tente ? C'est moi qui paye."

"C'est la première chose que vous dites que je déteste pas." il sourit, avant d'ajouter, suspicieux, "Est-ce que c'est Aizawa qui vous pousse à faire ça ?"

"Il a peut-être mentionné une certaine mission personnelle à te nourrir dès que c'est possible."

"Je mange très bien !"

"Mais est-ce que ce n'est pas meilleur quand tu n'as pas à payer ?"

"...Ouais." Punaise, elle était douée.

Il était à la moitié des ravioles épicées qu'il avait été amené à manger lorsqu'il reçu un message de Kirishima.

Tête d'orties :

Je vais aller au centre-ville avec ma mère, tu veux venir ?

Moi :

Elle était pas déjà repartie ?

Tête d'orties :

Ouais, mais j'ai eu l'air triste au téléphone donc la revoilà.

"La mère de Kirishima est incroyable."

"Ah ?" Six s'enquit.

"Elle revient en ville parce qu'il avait l'air triste." il pouffa. "Elle est putain de niaise, tout comme lui."

"Tu penses la voir ?" elle demanda.

"Il m'a invité à sortir avec eux parce c'est un vieux ringard."

"Tu vas y aller ?"

"...Peut-être"

"Je pense que tu devrais." elle encouragea. "Elle a l'air sympa et ça te changerait un peu les idées."

"Ouais, peu importe." il marmonna, faisant semblant de ne pas remarquer le changement de couleur lavande que son aura avait prit.

Moi :

Okay, je vais venir à ta petite sortie familiale, espèce de nerd.

Il n'était encore que dix heures, donc il espérait que la plupart des gens à l'internat seraient encore dans leurs chambres. Les lèves-tôt comme Momo et Double face pouvaient être supportables, à la limite. Il monta les escaliers jusqu'à la salle commune et passa sur la pointe des pieds devant la cuisine où… tout le groupe cuisinait ?

"C'est quoi ce bordel ?"

Kaminari fut le plus surpris, laissant tomber son pot de furikake*.

"Comme on était tous réveillés, on a décidé de faire le petit déjeuner !" Mina se reprit la première. "C'est juste du riz aux œufs avec un peu de garniture, mais c'est tout ce que je sais faire."

"Eh bien, t'es la moins désespérante de la cuisine." il accorda. Kirishima avait réussi à se couper en cours de route et tenait de la gaze autour de son index gauche.

Je vais devoir lui apprendre à utiliser un putain de couteau.

"Alors tu vas vraiment rester et goûter ?!" elle demanda avec excitation.

"Six m'a déjà fait une embuscade pour que je mange."

Quatre ravioles ne suffisent pas pour un petit-déjeuner.

"S'il-te-plaaaaît." elle supplia. Derrière elle, Sero essayait sans succès de faire frire du tofu à la poêle.

"Je vais essayer." il céda. "Mais je promets rien. Si c'est- Oh bordel, Sero." Il ne pouvait pas continuer à regarder ça. "Stop. Enlève ça, ton huile est pas encore assez chaude."

Il monta la chaleur de la plaque de cuisson et força Sero à attendre une putain de minute pour que ça chauffe. Pendant ce temps, il tira Kirishima vers l'évier et passa sa main sous le robinet.

"T'as sorti les trucs de premiers soin ?"

"Là." Kirishima ouvrit un tiroir à proximité en guise de réponse. Bakugo récupéra de la gaze qui n'était pas imbibée de rouge, des petits pansements papillon, de la bacitracine et de l'adhésif médical.

"Donne-moi ta main, Tête d'orties."

Kirishima s'exécuta et Bakugo se mit rapidement au travail. Il enduisit légèrement la coupure entre le doigt et sa paume avec de la bacitracine, la garda fermée avec le pansement papillon et pressa la gaze sur son travail avant de la fixer.

"Voilà, maintenant t'étaleras pas ta bêtise partout dans la cuisine, espèce de danger biologique."

"Qu'est-ce qu'on ferait sans toi ?" Mina ricana en remuant un œuf dans un autre bol de riz chaud au mirin* jusqu'à ce que la texture soit semblable à un risotto moelleux. Elle commença à le compléter avec un assortiment d'assaisonnements, d'algues, d'oignons verts, de graines de sésame, de gingembre mariné et… d'avocat ?

"Qu'est-ce que tu penses être en train de faire, bordel ?" Il regarda l'avocat, sceptique.

"La mondialisation, c'est l'avenir, mon pote." Kaminari plaisanta. "Tu ne peux pas arrêter le progrès."

"Fais-moi confiance." Mina insista en plaçant un bol devant lui. "C'est délicieux."

Elle avait raison. Ça l'était.

C'était un plat simple, mais Mina n'avait pas l'habitude de cuisiner, aucun d'eux ne l'avait. Et il devait admettre à contrecœur que l'avocat était finalement un bon substitut à la portion substantielle et grasse que sa tranche de saumon préférée occuperait normalement.

"Comment ?" il s'émerveilla.

"J'ai peut-être dû appeler ma mère." elle admit. "Deux fois."

"Et elle a décroché et accepté de t'aider à cuisiner un samedi matin, juste comme ça ?"

"Elle déteste le fait que la cuisine m'intéresse pas." elle expliqua. "Elle pense que ça fera de moi une mauvaise épouse. Du coup quand je lui ai demandé de m'apprendre quelques trucs à distance, elle était refaite."

Ils continuèrent tous à jouer le jeu, prétendant qu'ils avaient décidé d'apprendre à cuisiner ce matin-même, ne lui laissant pas la chance de décliner leur gentillesse.

Ils ont fait tout ça pour toi.

Ce fut le premier repas complet qu'il mangea en des semaines.


•*Furikake : condiment que l'on saupoudre sur les plats de riz.

•*Mirin : sorte de saké doux utilisé comme assaisonnement.