Traduction : Tressym383
Relecture : Emiko Yure (AO3), Taruna-chan
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Résumé : Faire face à Mitsuki.
NAO : J'avais écrit l'une des scènes de ce chapitre il y a longtemps, et maintenant celui-ci est vraiment super long.
-les pairs de l'ancien collège de Bakugo déclarent le connaître comme un tyran qui agressait à la fois verbalement et physiquement ses camarades de classe. Bien qu'une vie familiale troublée puisse peut-être expliquer ce comportement, ça n'en fait pas pour autant une manière d'agir pour un héros. La disposition de UA à accepter la violence entre élèves soulève des questions sur les priorités de l'école.
Il chassa ses larmes avant d'ouvrir la porte à Aizawa. "Qu'est-ce que vous voulez, putain ?"
"On va trouver une solution pour régler tout ça."
"Comment ?!" il cria. Ses nerfs s'effilaient bien au-delà de ce qu'il pouvait supporter. "Comment vous pouvez résoudre ça ?!"
"Peut-être pas le résoudre, mais on va s'en occuper." Aizawa promit. Il était si calme qu'il était tenté de le croire.
"La manière dont est ma mère les regarde pas !" Les larmes de colère revinrent avec vengeance.
"En effet."
"Ils savent rien de moi ! Ils ont juste vu une seule putain de vidéo, et maintenant les gens pensent qu'ils peuvent dire de la merde sur- Sur le fait que je le mérite ou pas ?"
"Tu ne le mérites pas." La certitude d'Aizawa le surpris, mais pas suffisamment pour calmer sa rage.
"C'est des conneries !"
"Oui."
Il s'attendait toujours à ce que de l'agacement perce l'assurance et l'attention de son interlocuteur, attendant qu'on lui dise de se calmer et d'arrêter d'être dramatique.
"Vous regrettez déjà de vous être engagé là-dedans ?" il cracha amèrement.
"Non."
"Pu-Utain." Un sanglot coupa son juron confus et dépassé.
"On va simplement leur dire que ta mère et toi êtes en thérapie familiale suite à l'enlèvement. Ça devrait suffire pour que je détourne l'attention du reste."
"Ça les regarde pas non plus !"
"Je sais. Mais je dois leur déclarer quelque chose, sinon ils ne passeront pas à autre chose."
Une détresse enfantine prit soudainement le dessus sur lui. "Faites-les juste arrêter."
"Quoi qu'il arrive," Aizawa commença fermement en plaçant doucement une main sur son épaule. "Je serai à tes côtés."
Bakugo hocha la tête, se penchant vers le contact alors que la sensation terrifiante d'être un poids l'envahissait à nouveau. Mais Aizawa ne l'avait pas encore laissé tomber…
Putain.
Il se laissa aller dans l'étreinte que son professeur offrait subtilement et enfouit son visage dans l'écharpe ridicule. Comme Kirishima, Aizawa savait qu'il valait mieux poser légèrement son bras autour de ses épaules plutôt que de l'agripper.
Tout irait bien tant qu'il ne bougeait plus jamais de cet endroit.
"Ça va aller." L'adulte promit à nouveau.
Le reste de la journée, il ne fit que... planer. Il n'arriva pas à s'en empêcher. La terreur incertaine que tout le monde soit au courant, la paranoïa que chaque personne qu'il croisait le regarde avec de la pitié ou une satisfaction malicieuse le rongeait. La seule option sûre était de rester à moins d'un mètre d'Aizawa pour le reste de la journée. Il n'écoutait qu'à moitié lorsqu'il entendit son nom, celui de sa mère et le mot thérapie.
"Je pensais que la thérapie familiale était juste ce qu'on allait dire aux gens pour les faire passer à autre chose ?"
"Ce sera plus facile de les convaincre que c'est tout ce qu'il se passe si tu le fais réellement." Aizawa raisonna.
"Facile à dire pour vous. Vous êtes pas celui qui dois y aller."
"Tu considérais déjà de le faire, non ?"
C'était le cas, mais il n'avait pas à l'admettre.
"Ça va être horrible." il se plaignit.
"Je sais." Aizawa lui tapota l'épaule avec une sympathie condescendante qu'il traduit par « tout ira bien ».
"Vous allez pas être loin ?" Bordel, il avait l'air tellement désespéré.
"Je serai dans la pièce voisine."
Finalement, Bakugo fut assez fatigué pour ne pas protester lorsque Aizawa l'accompagna jusqu'à l'internat et lui commanda de se coucher.
Aizawa ne détestait pas avoir un petit caneton qui le suivait partout, mais c'était étrange et il ne savait pas vraiment comment il était censé y réagir.
"Il a été mon ombre du moment où il a quitté le cours à celui où il s'est finalement endormi." il s'étonna, fasciné. "C'est normal ?"
"Il te fait confiance." Mic lui répondit comme si le fait était évident. "C'est assez logique qu'il reste proche de toi lorsqu'il a peur."
"Cet ado s'est battu seul pour s'échapper de la Ligue des Vilains et a dit à All Might d'aller se faire voir parce qu'il allait bien. Ça semble inhabituel qu'il devienne soudainement dépendant de quelqu'un pour des potins publics."
"La baston est le domaine dans lequel Bakugo est sûr de lui." Mic souligna. "Il sait dans quoi il est bon, il a pas besoin de se tourner vers qui que ce soit au combat. Mais cette situation est quelque chose qu'il ne sait pas comment gérer."
"La confiance de Bakugo n'est pas facile à gagner." C'était un euphémisme. Ce garçon avait été blessé ou ignoré par tous les adultes dont il avait été plus ou moins proche au cour de sa vie. "Et maintenant que je l'ai, j'ai peur que si j'échoue, ce soit dévastateur pour ses progrès."
"Tu ne vas pas « échouer », sois pas si solennel." Mic agita sa main pour chasser l'idée. "Faire confiance à des adultes est nouveau pour lui, donc oui, il va être vulnérable à ce sujet. Mais t'es pas du genre à faire des promesses que tu ne peux pas tenir, alors ça devrait aller."
"Je suis entouré d'optimistes." Aizawa soupira avec exagération. "C'est précisément la raison pour laquelle il ne fait confiance qu'à moi."
"Probablement." Mic acquiesça. "Comment prend-il le contrecoup des fans de Mitsuki ?"
"Pas très bien." Il grimaça au souvenir de l'enfant tremblant, terrifié que le monde décide ou non s'il méritait la violence qui l'avait élevé. "Il va et vient entre la haïr pour ce qu'elle lui a fait subir et se tenir responsable pour tout ce qui arrive. Maintenant il doit gérer cette lutte interne pendant que des inconnus quelconques mettent leur grain de sel."
"T'as pu parler à son père ?"
"Je mets Masaru de côté en attendant de trouver comment gérer Mitsuki." Avec aucun décès mystérieux comme option, malheureusement. "Elle a accepté de faire une séance avec Six et Bakugo aujourd'hui, mais j'aurais vraiment préféré ne jamais la laisser l'approcher à nouveau."
"Si tu décides que te battre est nécessaire, je paierais ta caution." Mic proposa.
"Je vais garder ça en tête."
Bakugo se faufila assez tôt dans la cuisine pour que le reste du groupe ne puisse pas lui tendre une nouvelle embuscade. Il réussit presque à regagner les escaliers pour s'échapper avec son toast lorsque Deku se présenta.
"Hey, Kacchan !"
"Va te faire voir, le nerd."
"Tu veux à nouveau prendre le thé avec Todoroki et moi ?" il invita, aucunement découragé.
"C'est arrivé une fois, c'est pas une habitude qu'on a."
"D'accord."
C'était tout ? Ça ne pouvait pas être aussi simple. Il commençait à nouveau à s'échapper lorsque Deku le rappela.
"Ce qu'ils disent sur toi, c'est des conneries !" Oh bordel, Deku a appris à jurer. "Tu lui as jamais fait de mal. Elle avait pas besoin de te faire tout ça."
"En quoi tu le saurais, putain ?" il claqua. Ces mots signifiaient beaucoup trop pour lui pour qu'ils viennent de Deku.
"J'étais là, Kacchan. Je m'en souviens."
Il avait essayé de prétendre que le nerd ne le savait pas. Mais en vérité, tout ce qu'il savait à son sujet était une grande partie de la raison pour laquelle son existence même le stressait.
"Elle va venir aujourd'hui." il l'informa, pour il ne savait quelle putain de raison. "Pour faire cette connerie de thérapie familiale. Ça va être fun."
"Ils la laissent te voir ?" l'autre demanda, clairement réticent face à l'idée.
"C'est ma putain de mère." Il leva les yeux au ciel. "J'y ai survécu les quinze premières années, une heure va pas me tuer."
"T'y as survécu, mais… elle t'a vraiment fait souffrir." Ses yeux brillants le fixaient, au bord des larmes, comme toujours. "Je te connais. Je pourrais parier que tu leur as pas dit à quel point ça allait loin."
"J'ai pas demandé ton putain d'avis !" Qu'est-ce que ça importait s'il ne disait pas toute la vérité ? C'était sa vie, il ne devait rien à personne, certainement pas les détails de son enfance. "Ni le tien, ni celui de personne".
"Désolé." Deku reprit. "Kacchan, juste... Si ça va au tribunal, tu sais que je suis de ton côté, hein ?"
"J'ai pas besoin d- "
"Ma mère l'est aussi."
Inko. Il n'avait jamais considéré tout ce qu'Inko devait désormais savoir. Elle n'était jamais intervenue, mais elle avait dû voir certains signes avant-coureurs. Il avait cependant martyrisé son fils, si quelqu'un avait des raisons de penser qu'il méritait la fureur de sa mère, c'était Inko.
"Ça n'a pas de sens."
"Elle a vu à quel point tu vas mieux depuis qu'on est à UA et que l'internat a été mis en place." Deku expliqua. "T'es pas aussi antipathique quand tu ressens pas le devoir de l'être."
"Qu'est-ce que tu lui as dit ?" Pourquoi l'idée qu'elle le sache le terrifie ?
"Elle m'a appelé hier quand l'accusation est devenue public. Elle m'a demandé si je l'avais déjà vu te frapper, petit."
"Et t'as répondu... ?" La réponse était évidente. Il posa tout de même la question.
"Oui."
"Mitsuki aime vraiment Inko." Il agrippa ses cheveux, l'ombre d'une migraine se formant déjà à l'idée de la fureur de sa mère. "Ça va l'énervée."
"Oh, eh bien..." Deku haussa les épaules et Bakugo ricana.
"Putain, t'as trouvé des couilles ces derniers jours." Il ne réussit pas à réprimer un rictus.
"Bon courage, Kacchan !"
Il détestait admettre que parler à Deku ait eu un quelconque résultat positif, mais ça aidait de savoir que quelqu'un en dehors de l'école était de son côté. Et Inko était si… gentille. Elle incarnait toutes les choses douces que les gens aimaient. Elle savait totalement qu'il était une personne merdique, mais elle pensait malgré tout que Mitsuki avait tort.
Il s'accrocha à cette once d'espoir alors qu'il se dirigeait vers sa salle de thérapie.
"Tu es en avance." Six le salua.
"Je m'assure d'avoir le bon siège." Il s'installa sur sa chaise habituelle, la bleue avec le dos contre le mur donnant une bonne vue sur la sortie. Il avait maintenant l'habitude de regarder ses mains pour voir quelle étrange couleur l'enveloppait à chaque fois. Habituellement il y trouvait des nuances de rouges, mais aujourd'hui, c'était un vert pâle et vibrant qui, d'une manière ou d'une autre, émanait de l'anxiété.
"Tu as des questions avant qu'elle n'arrive ?"
"Elle va pas, genre... voir quoique ce soit dans ma tête, hein ?"
"Je n'utilise pas l'état actif de mon alter sans permission." Son calme apparent l'aida à l'apaiser un peu. "Passivement, il ne montre que des couleurs et quelques faibles projections émotionnelles."
"Bien."
Son estomac se contracta lorsqu'il entendit des pas arriver.
"Eh bien, me voilà." Mitsuki s'effondra sur une chaise rembourrée. "Faites votre affaire."
"Bonjour, Madame Bakugo. C'est un plaisir de vous rencontrer."
"Oui, oui." elle l'envoya promener. "Si votre travail consiste à fouiller dans ma tête, vous pouvez m'appeler Mitsuki."
"D'accord, Mitsuki. Avant de commencer, je voudrais m'assurer que nous sommes tous sur la même longueur d'onde sur les raisons pour lesquelles nous faisons ça."
"Parce que mon fils a paniqué à l'école et qu'il est sous ma responsabilité." Mitsuki s'enfonça dans sa chaise, revêtant une couche d'orange intense à la présence de Six. "Et maintenant on est la cible d'une polémi- Bordel, cette chaise est hideuse, mais elle est super confortable... Quoi qu'il en soit, je suis la mère de Katsuki depuis quinze ans, c'est pas mon premier essai."
"Et comment ces précédentes sessions se sont-elles passées ?"
"On essayait pendant quelques heures de convaincre le gamin de ressentir de l'empathie, il promettait de plus frapper trop fort le petit voisin et on rentrait tous à la maison." elle résuma succinctement.
"Ça semble assez typique des interventions proposées par les écoles publiques." Six grimaça. "Mais ici, je pense me concentrer davantage sur les raisons de vos problèmes actuels plutôt que sur la manière de les gérer tout au long de la journée scolaire."
Quelque chose changea dans l'attitude de Mitsuki, son air coopératif remplacé par quelque chose de suspicieux et défensif. L'orange vif s'assombrit, plus nuageux et rougeâtre.
"Eh bien, vous êtes une psy, donc ça veut dire que tout ce qui ne va pas avec lui est de ma faute." elle avança sournoisement. "Et tout ce qui ne va pas avec moi est la faute de sa grand-mère, et ainsi de suite."
"Pensez-vous que sa grand-mère a influencé la façon dont vous l'avez élevé ?"
"Oh bordel, l'heure va être pénible."
Katsuki renifla d'amusement, lui valant une gifle qu'il esquiva partiellement. Elle atterrit sur son épaule sans grand dommage.
"Tout va bien. Vous n'avez pas à m'aimer. Cependant, si ça pose problème de travailler avec moi, je pourrais vous orienter vers d'autres conseillers."
"Non, non, ne vous inquiétez pas pour ça. Si vous avez déjà réussi à tirer plus de quelques mots de Katsuki, je me dois d'au moins vous donner une chance." Ça donnait au moins l'impression qu'elle était prête à essayer.
"Je voudrais vous rappeler que votre fils est actuellement sous protection juridique, donc j'aurai besoin que vous vous absteniez de tout contact physique." Le ton et le langage corporel de Six restèrent neutres, à l'exception de la contraction d'un muscle de sa mâchoire. Katsuki l'avait déjà vu faire ça à l'une des rares occasions où elle était énervée.
"C'est mon fils." Mitsuki s'indigna, incrédule. "C'est moi qui l'ai fait."
"Je vous l'accorde." Six répondit calmement. "Mais vous devez comprendre la situation dans laquelle se trouve l'école actuellement."
"Ces rapaces de journalistes..." Elle se renfrogna, mais ne discuta pas plus.
"Mitsuki, selon vous, quels sont les problèmes les plus sérieux de votre fils au niveau de ses troubles comportementaux ?"
"Son putain de tempérament." Elle leva légèrement les yeux au ciel, la réponse apparemment évidente. "Et son égo. La manière dont il traite les gens qu'il pense inférieurs."
"Commençons avec le premier point pour le moment." Six les focalisa. "Physiologiquement parlant, la colère est une réaction de lutte ou de fuite. La peur et la colère sont deux conséquences de la montée d'adrénaline que nous subissons lorsque nous devons agir pour nous protéger."
"Oh oui, parce que le pauvre Izuku est tellement intimidant."
"La colère n'est pas souvent dirigée envers sa source." elle énonça prudemment. "Des idées, Katsuki ? Qui expliqueraient pourquoi Midoriya déclencherait une réaction aussi agressive de ta part ?"
Katsuki grogna, mal à l'aise, avant de répondre, "Deku pense- "
"Izuku !" Mitsuki le corrigea avec une main levée, qu'elle abaissa à la dernière seconde. Il n'en était pas certain, mais il aurait pu parier avoir vu un léger rictus se former sur ses lèvres lorsqu'il tressaillit.
"Le putain de Deku," il maintient. "Pense que je le déteste parce que j'aime pas être associé à lui, et... aime pas ce qu'il représente pour moi, j'imagine."
"Qu'est-ce qu'il représente pour toi ?" Mitsuki renifla. "Tu crois vraiment à tout ça, hein, gamin ?"
"Ça vous met mal à l'aise." Six observa.
"Et donc ?" elle défia, le rouge orageux se manifestant à nouveau.
"C'est parfaitement normal d'être mal à l'aise dans cette situation." Six informa. "Mais si vous continuez à rabaisser votre fils pour soulager votre propre inconfort alors qu'il essaye de prendre cette thérapie au sérieux, ça n'ira pas."
"C'était juste une blague, détendez-vous." Mitsuki souffla.
Six attendit simplement.
"Okay, très bien. Je vais bien me tenir, mon Dieu."
"Merci." Elle sourit poliment. "Revenons maintenant à ce que Katsuki disait. Midoriya pense que tu veux t'éloigner de ce qu'il représente à tes yeux. Tu peux m'en dire plus sur ce à quoi ça fait référence ?"
Katsuki jeta un coup d'œil nerveux à sa mère. Celle-ci maniait les mots comme une putain d'arme et elle n'avait certainement plus besoin de munitions.
La regarde juste pas. Fais comme si elle n'était pas là.
"Pendant longtemps, il était juste ce perdant sans alter qui me suivait partout. Il continuait à essayer d'être mon ami, comme si on était égaux. Il a même essayé de m'aider. Et je détestais ça parce que j'avais pas besoin de son aide, ou de celle de n'importe qui. J'étais pas faible comme lui, je pleurais pas pour chaque futilité. Il était tellement fragile."
"Donc tu as vu des traits chez Midoriya que tu n'as jamais voulu voir en toi-même, ce qui t'a poussé à vouloir prendre tes distances avec lui."
"J'imagine."
"Je suis impressionnée que vous ayez été assez courtois l'un avec l'autre pour avoir une telle conversation." Il n'arrivait pas à savoir si c'était un véritable compliment ou une moquerie. "C'est un progrès."
"J'avais pas vraiment le choix à ce moment-là." il grogna, prétendant obstinément que leur dernière rencontre n'avait pas eu lieu.
"Quel que soit le contexte, c'est un pas vers la bonne direction." elle maintient avant de passer à la suite. "Sais-tu d'où vient cette hantise d'être fragile ?"
"Eh bien..."
"Arrête de pleurer, putain, ça va ! C'est juste une égratignure."
"Je dois tout faire moi-même ? C'est pathétique !"
"T'es un putain de lâche, Masaru !"
Il jeta à nouveau un coup d'œil nerveux vers Mitsuki, qui le regardait avec impatience.
"Tu m'as toujours crié dessus parce que j'étais trop chochotte pour des trucs de merde. Et je voulais pas être faible comme tu disais que papa l'était."
Le rouge foncé gronda comme des nuages orageux.
"Okay, peut-être que j'ai pas fais ces trucs de soutien maternel niais que j'étais censée faire. Mais je t'ai jamais frappé parce que tu pleurais. Je t'ai pas non plus appris à battre les plus faibles, t'es devenu comme ça tout seul."
"Nous n'essayons pas d'attribuer la faute à quelqu'un." Six intervint. "J'essaie juste de comprendre d'où vient ce genre de pensées. Est-il correcte d'avancer que votre foyer valorisait la force et la ténacité ?"
"Je suppose." Mitsuki accorda avec méfiance.
"Votre fils et moi avons déjà un peu parlé des disputes qui se tiennent entre vous deux. Je voulais avoir votre point de vue sur la façon dont ça a commencé."
"Il a toujours été un gamin difficile." elle soupira. "Je veux dire, un gamin turbulant de cinq ans avec des mains explosives allait être difficile à gérer dans tous les cas, mais il a finit par devenir très arrogant. Il se battait avec des voisins, des camarades de classe, des enfants qui avaient deux fois son âge. J'ai fait des cadeaux d'excuses pour la moitié de notre quartier durant ses années de collège et de primaire. Quand il était plus jeune, il m'accompagnait et s'excusait, que ce soit sincère ou non. Mais il a finit par même arrêter de le prétendre. Il me criait juste que tout le monde était stupide, inutile et que personne ne méritait ses excuses. Qu'est-ce que j'étais censée faire ?"
"À UA, Katsuki a eu relativement peu de problèmes de discipline. Est-ce que ça vous a aidé à mieux vous entendre ?"
"Je suppose que non." elle admit.
"Pensez-vous qu'il pourrait y avoir autre chose que la mauvaise conduite de Katsuki qui justifierait ça ?"
"Je- je pense qu'on a juste pris l'habitude maintenant." elle avoua, mal à l'aise. "C'est la seule manière avec laquelle on communique, vraiment."
"Katsuki, tu veux ajouter quelque chose ?"
Ils ne vivaient plus ensemble, autant se lancer.
"Si tu me détestes autant, pourquoi t'es si furieuse quand j'appelle pas ?"
Sa mère eut l'air surprise. "Je te déteste pas, Katsuki. Sois pas dramatique."
"Je suis sérieux !" Il se sentait tellement plus courageux lorsqu'elle ne pouvait lui parler qu'avec un intermédiaire. Mitsuki jeta un coup d'œil nerveux à Six.
"Tu me frustres infiniment, mais je ne te déteste pas."
"Eh bien, tu me parles que pour me dire à quel point je fais de la merde."
"Tu reçois déjà pleins d'éloges de la part de tes adorateurs à l'école. J'ai pas besoin que ton melon devienne plus gros."
"En fait, les critiques constantes peuvent rendre l'acceptation des erreurs plus difficiles." Six intervient. "Pour lutter contre l'angoisse d'être jugé, on essaye de bloquer totalement tous les commentaires négatifs."
"Mais... tout le monde lui dit qu'il est talentueux ! Depuis qu'il est tout petit. On lui dit qu'il est intelligent, coriace et qu'il travaille dur. C'est évident qu'il sera l'un des meilleurs sur le terrain. Il l'entend depuis la maternelle, il a pas besoin que je lui dise."
Attends, elle venait de dire quoi là ?
"Tu vas gober une mouche en laissant ta bouche ouverte comme ça."
Il fit claquer sa mâchoire et évita son regard. Mitsuki laissa échapper un long soupir.
"Je sais que t'es brillant, Katsuki. T'es juste aussi une tête à claque arrogante."
S'il ouvrait la bouche, elle saurait qu'il ressentait des choses, alors il resta silencieux.
"Katsuki ? Dis quelque chose. Tu me fais flipper."
"T'es contente que je sois revenu ?" il lâcha, se recroquevillant comme il le faisait lorsqu'elle le frappait. Comme pour se protéger de la réponse.
"Revenu d'où ?" Elle leva un sourcil, à la fois sceptique et confuse.
"Kamino."
Ce fut au tour de Mitsuki de rester silencieuse. Elle souffla longuement, passant une main dans ses cheveux. Le rouge orageux s'éclaircit en un bleu pesant.
"Donc c'est une question, hein ?"
Il présuma que c'était rhétorique. Du moins il l'espérait, parce que parler était vraiment difficile actuellement.
"J'imagine que j'ai été trop dure avec toi." elle ricana amèrement. "Merde."
"Ça serait pas arrivé si t'avais pas été aussi faible !"
"Qu'est-ce que tu veux dire ?" Il avait l'impression que chaque question était un paris risqué, que chaque mot était un pas de plus sur un pont aux suspensions usées et sur le point de lâcher. Il pourrait en tomber d'une seconde à l'autre et il ne savait pas ce qui l'attendait en bas.
"Bien-sûr que je suis contente que tu sois revenu." Elle croisa ses bras dans une posture lâche et ouverte. Elle était mal à l'aise, mais aussi déterminée. "T'es mon fils et je t'aime."
"C'est... C'est vrai ?" Plus il laissait son cœur s'ouvrir, plus ça ferait mal de tomber.
"Mon Dieu." elle souffla, sa main allant couvrir sa bouche. "D'accord."
"Je te comprends pas." Il avait tellement tendu la main sans savoir ce qu'il en attendait. Sans savoir si elle tendait même la sienne en retour.
"Tu pensais que je te détestais tout ce temps ?"
Elle avait les larmes aux yeux.
"Eh bien, t'arrêtes pas de dire que toutes les merdes qui m'arrivent sont de ma faute." Il se tenait sans sécurité sur des planches en bois fissurées. Si elle lui coupait les suspensions du pont, il ne survivrait pas à la chute. "Si tu pensais que je méritais tout ça... Qu'est-ce que je suis censé penser d'autre ?"
"Je voulais pas que tu sois blessé, Katsuki, je voulais juste que tu apprennes. T'es tellement têtu, et tu dois comprendre que tes actions ont des conséquences."
"Les tiennes aussi." Il réussit à peine à rendre les mots audibles, mais ils lui paraissaient encore trop bruyants dans cette ambiance fragile.
"Oui, évidemment." Elle leva les yeux au ciel, ressemblant plus à la personne qu'il connaissait. "Je suis là, non ?"
"C'est pas ce que je voulais dire."
"Alors qu'est-ce que tu voulais dire ?" elle poussa avec impatience.
Il baissa métaphoriquement les yeux sur les abysses de tout ce que pouvait faire sa mère pour le briser, jusqu'à ce que son rythme cardiaque batte à ses oreilles.
"T'es débile ?!"
"Katsuki, de quoi on parle là ? Je suis complètement perdue."
" -ça sera de ta putain de faute parce que t'écoutes jamais !"
Il releva les yeux et rencontra son regard. Il se demandait si elle savait qu'il lui suffisait de quelques mots pour le tuer.
"J'en ai fini pour aujourd'hui."
Il s'enfuit.
NAO : La façon dont j'écris Mitsuki est très inspirée de Beatrice dans BoJack Horseman, donc ça se verra un peu plus, plus tard.
