Bonjour !

Me revoilà (déjà héhé) avec un nouveau chapitre !

Merci beaucoup SallyWolf pour ta review! Je commençais à désespérer que cette histoire intéresse quelqu'un ! x) Je dois avouer que je ne connais aucune fanfiction sur Evan Rosier (je n'ai pas spécialement cherché vu que je voulais en faire une), mais j'aime bien ce personnage (ou l'idée que je me suis fait de lui). Donc oui, il y aura sûrement un rapprochement...


Chapitre 3


Tout frissonne et se tait ; le pauvre laboureur
S'assied morne et pensif sur quelque roche nue ;
Le pain pour ses enfants va manquer, et son cœur
Maudira l'heure sainte où leur mère est venue.

Au printemps qui ne vient pas, Antoine de Latour


Ils seraient marqués à Pâques. Une réception chez les Malefoy accompagnerait l'évènement. Cela faisait à Aidlinn une deuxième raison de rentrer pour les vacances, en plus du mariage de Lucius et Narcissa : elle se devait de soutenir son frère. Elle préféra ne pas penser aux deux semaines d'ennui qui l'attendaient là-bas et son esprit dériva vers une perspective plus agréable : il y avait une sortie à Pré-au-Lard programmée le week-end prochain.

Assise dans la bibliothèque, Aidlinn mordit pensivement le bout de sa plume. Elle se demanda si elle pourrait y aller avec Avery et Mulciber et se promit de leur demander s'ils comptaient s'y rendre quand elle les verrait. Évidemment, les deux ne venaient jamais à la bibliothèque et la jeune fille se demandait même s'il leur arrivait de faire leurs devoirs. Si Avery réussissait très bien sans ouvrir un manuel, Mulciber avait plus de mal à égaler son ami.

Rodolphus avait proposé qu'ils s'entraînassent tous en-dehors des heures de cours. C'était Isaac qui avait suggéré la Salle sur Demande, mais il avait refusé de dire comment il avait découvert cette pièce – le sourire malicieux qu'il avait affiché avait dissuadé Aidlinn de vouloir en savoir plus. La jeune Rowle regarda l'heure affichée par la grosse pendule accrochée au mur : cinq heures moins le quart. Elle avait le temps de finir sa traduction pour le cours d'étude des runes. Elle reconnut le sablier renversé : Dagaz, et inscrivit un « d » en dessous du symbole. Un rire féminin la déconcentra.

Une fille qu'elle ne connaissait pas, aux cheveux auburn ondulés et aux yeux verts pétillants souriait à un jeune homme assis en face d'elle. Aidlinn leva les yeux au ciel – mais qui flirtait dans la bibliothèque ? Surtout que la fille en question était une préfète de Serdaigle, au vu de l'insigne sur son uniforme. Aidlinn allait retourner à ses runes quand un geste du garçon attira son attention. Il venait de se redresser et se balançait sur sa chaise, les bras croisés. Un geste qu'elle connaissait par cœur.

Evan Rosier.

La jeune fille ouvrit des yeux ronds. Rosier était-il en train de draguer ? Aidlinn avait toujours cru qu'il n'accordait aucun intérêt aux adolescentes de Poudlard, il fallait donc croire qu'elle s'était trompée. La Serdaigle était plutôt jolie et rayonnait d'assurance ; mal à l'aise, Aidlinn dissimula son visage derrière son ouvrage, elle n'avait pas vraiment envie d'assister aux amourettes du futur mangemort.

Pourtant, quand elle jeta un autre irrésistible coup d'œil, Rosier souriait. Ce n'était pas un large sourire, seulement un étirement discret des lèvres, mais Aidlinn estima qu'il était sincère. Quelque chose trembla en elle. Elle aurait bien aimé pouvoir faire sourire Rosier de cette façon.

Au dîner, Aidlinn écouta distraitement Avery raconter comment Mulciber s'était retrouvé en retenue. Il avait apparemment poussé dans l'escalier un Gryffondor de quatrième année.

— Je ne sais plus comment il s'appelle… Petit…

— Pettigrow ? proposa quelqu'un.

Mulciber haussa les épaules :

— En même temps, il rebondissait bien dans l'escalier, il n'a pas eu si mal que ça. Je ne sais pas pourquoi McGonagall en a fait tout un plat.

Les autres éclatèrent de rire et regardèrent à la table des rouge et or. Un petit garçon grassouillet et fébrile mangeait docilement sa soupe. Mulciber eut un sourire carnassier.

— Ce sale gosse me le paiera.

Ils se rendirent ensuite au septième étage et Rodolphus fit plusieurs aller-retours devant un pan de mur vierge. Edern Avery le regardait, un sourire ironique aux lèvres, et souffla à Aidlinn :

— J'aimerais bien voir la tête de Rodolphus si ça ne marche pas.

Plus loin Mulciber, toujours de mauvaise humeur, montait la garde près d'une armure. Il y avait aussi Wilkes qui observait le mur avec espoir, aux côtés d'Isaac, qui baillait d'ennui. Seul Rosier manquait à l'appel – était-il encore avec la Serdaigle ?

Une porte dorée apparut finalement devant leurs yeux étonnés. Rodolphus tourna la poignée et entra, les autres derrière lui. Une salle spacieuse et haute de plafond, bien éclairée, les attendait. Il y avait des fauteuils confortables autour d'une table basse d'un côté et de l'autre, un large espace vide.

Peut-être destiné aux exercices ? songea Aidlinn.

Ils décidèrent de travailler de simples sortilèges de désarmement. La jeune fille se retrouva contre Mulciber, qui fit mine de craquer ses phalanges avec humour. Elle se mit face à lui, brandit sa baguette.

Stupefix !

Avant qu'elle eût pu faire quoique que ce fût, un éclair rouge l'avait renversée au sol. Incapable de bouger, elle attendit que la mine réjouie de son camarade apparût au-dessus d'elle.

— Je n'étais pas prête, maugréa-t-elle alors qu'il l'aidait à se relever.

La fois d'après, il la désarma avec un rapide Expelliarmus. Elle se reprit néanmoins et réussit à lui lancer les maléfices du Saucisson et de Jambencoton. Voir Mulciber ne pas réussir à tenir debout était si drôle qu'elle ne réagit même pas lorsqu'il se libéra et lui lança un sortilège de Chatouillis. Aidlinn se roula par terre en gloussant pendant dix bonnes minutes avant qu'Isaac vînt demander à Mulciber de lever le sort. Malgré tout, elle garda un sourire béat de longues minutes après la fin du sortilège.

Isaac leur enjoignit ensuite de passer aux sorts informulés.

— Et puis, ce n'est pas en lançant ces maléfices que vous nous aiderez à gagner la guerre.

Il avait le regard grave, le visage déterminé et semblait avoir vieilli en un instant de quelques années. Mulciber et Aidlinn, penauds, essayèrent en vain de s'attaquer sans bouger les lèvres.

— Commencez par des sorts plus faciles, leur proposa Isaac.

Il posa sur le sol une longue plume grise qu'il avait trouvée au fond de son sac.

— Faites-la voler, pour commencer. Il faut concentrer votre volonté sur ce que vous souhaitez obtenir.

D'un léger mouvement du poignet, il fit voltiger l'objet.

— Avec le temps, lorsque votre esprit se sera affûté, vous n'aurez même plus besoin de regarder votre cible.

Mulciber fronça les sourcils, son corps entier tendu vers la plume et brandit sa baguette, mais rien ne se passa. Aidlinn, encore sous l'ivresse du précédent sortilège, ne put s'empêcher de pouffer. Le regard gris perçant de son frère lui fit reprendre son sérieux.

— Ce n'est pas un jeu, Aidlinn. Nous sommes destinés à devenir les meilleurs, tu comprends ? Notre devoir est de développer les talents que nos ancêtres nous ont laissés. Il en va de l'avenir du monde magique.

Le visage d'Isaac avait pris une expression de ferveur passionnée. Aidlinn baissa les yeux, honteuse, puis essaya de faire voler la plume, elle aussi.

Ils se laissèrent ensuite tomber dans les larges fauteuils de la salle, peu désireux de rentrer dans la salle commune. Le couvre-feu était déjà tombé et aucun d'eux n'avait envie de jouer à cache-cache avec l'impopulaire Apollon Picott, le vieux concierge de Poudlard. Aidlinn sentait son crâne la lancer ; elle avait réussi à faire léviter la plume, puis à l'attirer à elle avec un Accio informulé, mais au prix de nombreux efforts. Avery, à côté, demanda :

— Evan ne devait pas venir ?

Rodolphus secoua la tête :

— Il était occupé.

Edern se chargea d'émettre un grognement sceptique – que pouvait bien faire Rosier de plus important ? La conversation s'orienta ensuite sur les prochaines vacances, sur ce qui les attendait peut-être avant d'être marqués, mais Aidlinn était incapable de participer : les écouter énoncer les dangers qu'ils pourraient rencontrer lui serrait le cœur. Ils rentrèrent sans encombre, la salle commune était déserte et chacun descendit se coucher. Edern se retourna :

— Aidlinn ! Tu viens à Pré-au-lard avec nous ce week-end ?

L'intéressée hocha la tête, agréablement surprise qu'Avery le lui proposât. Bien sûr, Avery et Mulciber étaient ses amis et ils avaient partagé beaucoup de choses ensemble, mais les sorties hors du château avaient toujours été un moment qu'Aidlinn partageait avec Sylvia – c'était plus facile, plus conventionnel et elle n'avait ainsi pas à craindre de devoir participer à des activités douteuses. Si Avery lui proposait de se joindre à eux, c'était qu'il avait deviné sa solitude et il avait raison : Sylvia y allant sûrement avec son nouveau rencard, elle n'aurait pas eu le courage d'y aller seule. C'était une de ces marques d'amitié inattendues qu'il arrivait à Edern de prodiguer à ses amis et, comme toujours, elle en fut touchée. Après lui avoir souhaité bonne nuit, elle descendit à son tour sans faire de bruit. Le dortoir était noir et silencieux – ses camarades devaient dormir – et la jeune fille se glissa sous ses couvertures avec précaution.

— Où étais-tu ?

Aidlinn sentit les prunelles bleues de Sylvia la harponner dans l'obscurité.

— Tu ne dors pas ?

— Je me demandais où tu étais passée, avoua son amie.

— J'étais…

La jeune Rowle marqua une pause. Elle ne pouvait évidemment pas parler de ce qu'ils faisaient dans la Salle sur Demande.

— Laisse tomber, marmonna Sylvia d'un air fâché. Tu n'as qu'à rester avec les amis bizarres de ton frère, ça ne me regarde pas.

— Ils ne sont pas bizarres, rétorqua Aidlinn.

— Tu vois ! Tu n'essaies même pas de le nier !

Aidlinn fronça les sourcils.

— J'ai peur qu'ils aient une mauvaise influence sur toi, reprit Sylvia.

C'était la première fois qu'Aildlinn percevait l'inflexion soucieuse modulant la voix de son amie.

— Tu ne sais pas ce que tout le monde raconte sur eux, Aidlinn.

Non, elle ne le savait pas et une part d'elle fut déroutée par cette remarque. C'était une chose de savoir que les élèves adoraient diffuser des histoires sur leur camarade, c'en était une autre de réaliser que ses amis étaient la cible d'une bonne part des commérages. Elle ne savait que répondre, tiraillée entre des désirs contradictoires. Son frère lui avait expliqué que rester avec les Prewett ne lui apporterait rien, que Sylvia ne la méritait pas… Elle avait trouvé cela sensé sur le moment, mais à présent ?

— Écoute, si on laissait tomber ça ? proposa Sylvia. J'en ai marre de passer mon temps avec les Serdaigle.

Aidlinn esquissa un sourire, invisible dans la pénombre, et accepta. Elle s'endormit moins seule ce soir-là. Dès le lendemain, Sylvia et elle se remirent à travailler et à s'asseoir ensemble en cours, mais le fossé était toujours là, perceptible et béant ; Aidlinn ne faisait qu'essayer de ne pas le remarquer.

oOo

Ce fut ainsi que le samedi matin, vêtus de capes chaudes, écharpes, bonnets et gants aux couleurs de leur maison, Aidlinn, Edern et Mulciber sortirent du château et passèrent sous le grand portail d'entrée en compagnie des autres élèves. Il avait beaucoup neigé la nuit dernière, leurs chaussures s'enfonçaient dans l'épaisse couche de poudreuse et les boules de neige fusaient autour d'eux. Avery poussa soudainement Mulciber et ce dernier, interrompu en plein monologue sur la manière dont il avait brûlé le devoir d'un première année, s'écrasa face la première dans la neige. La tête blanche, il se releva et fondit à son tour sur son ami. La bataille entre les deux dura quelques minutes durant lesquelles ils se roulèrent par terre en grognant férocement. Aidlinn se contenta de les regarder en riant doucement. Il était amusant de constater à quel point les deux Serpentard pouvaient quelquefois chahuter comme des enfants.

Essoufflés, ils finirent par se relever et épousseter la glace sur leurs capes. Un groupe de Gryffondor passa et leurs mines devinrent malicieuses :

— Eh Mary-chérie, roucoula Avery.

Une fille de petite taille, au visage ravagé par l'acné se retourna, surprise, et les deux garçons éclatèrent de rire. Le groupe de rouge et or pressa le pas.

— Elle se fait avoir à chaque fois, commenta Mulciber.

Aidlinn les avait déjà entendus parler des mauvaises farces qu'ils jouaient régulièrement à Mary MacDonald.

— Pourquoi vous acharnez-vous spécialement sur elle ?

— Cela s'est fait naturellement. Déjà parce qu'elle est à Gryffondor.

— Ensuite, parce qu'elle est affreusement laide, renchérit Mulciber.

— Parce que c'est une sale Sang-de-bourbe.

— Et surtout parce qu'elle est amoureuse d'Edern.

Aidlinn haussa un sourcil, mais Avery n'ajouta rien. Il avait retrouvé un regard froid et arborait une mine dégoûtée, sûrement en raison des dernières paroles de son ami. Rien qu'un instant, la jeune fille éprouva de la pitié pour Mary. Edern était plutôt beau garçon avec ses yeux bleu foncé, ses cheveux châtains constamment indisciplinés, sa carrure à la fois fine et athlétique, mais elle ne l'avait jamais vu intéressé par les affaires de cœur et se demandait si, un jour, il s'adoucirait. Comme Mulciber, il avait toujours une étincelle de folie dans le regard, comme s'il s'apprêtait à faire quelque chose de mauvais. La pauvre Mary, née de parents moldus, n'avait aucune chance de conquérir le cœur de ce garçon ; au contraire, l'esprit tordu d'Avery profiterait de l'émoi de sa victime pour la faire souffrir davantage.

Puis Aidlinn se rappela que Mary était une moins que rien, à peine sorcière et, en raison de son ascendance, n'aurait même pas dû voir le jour. Il était évident qu'elle aurait dû avoir honte pour avoir osé convoiter un individu tellement supérieur à elle. Elle-même avait le devoir d'aider les garçons à la remettre à sa place si nécessaire – c'était ce que son père lui aurait dit de faire. Quant à sa mère, il était plus difficile de savoir, elle était toujours restée dans l'ombre de son mari.

Lorsque les esprits se furent calmés, ils reprirent leur marche et arrivèrent au village. Aidlinn désirait se rendre chez Zonko, la célèbre boutique de farces et attrapes et les garçons approuvèrent vigoureusement. Ils se promenèrent dans les rayons garnis de multiples gadgets ensorcelés allant de la théière mordeuse aux Bombabouses, en passant par les poudres éternuantes et les baguettes piégées. Réfléchissant à leur prochaine victime, Mulciber regardait un chapeau garni d'une jugulaire qui diffusait de la musique :

— Si je l'ensorcelais, vous croyez qu'il pourrait étrangler Evans ? Ou mieux vaut-il le donner à MacDonald ? Après tout, elle serait assez naïve pour le porter.

— Evans ? releva Aidlinn.

— La Sang-de-bourbe qui traîne tout le temps avec MacDonald.

Aidlinn se rappela vaguement une fille aux cheveux roux brillants et aux yeux verts saisissants.

— Comment ferais-tu pour lui donner, de toute manière ?

— J'en fais mon affaire, intervint Avery.

Il avait dans les mains un foulard coloré qui changeait constamment de couleur et ondoyait, comme sous l'effet d'une brise légère.

— Ce sera plus facile avec ça, sourit-il.

Ils ressortirent après qu'Edern eut acheté le foulard et renoncèrent à passer chez Honeydukes pour se diriger à La Tête de Sanglier où leurs amis devaient déjà être attablés. Il y avait moins de monde qu'aux Trois Balais et le patron ne posait pas de question. Sur le chemin, ils croisèrent Rosier qui marchait en compagnie d'une fille – toujours la Serdaigle. Elle tenait une grande sucette dans la main et rigolait, les joues roses. Mulciber n'en crut pas ses yeux :

— Je rêve ou Evan est en compagnie d'une fille ?

— C'est Délia Abbot, indiqua Edern. Elle est en sixième année aussi.

Aidlinn retint avec peine un grognement.

— Je les ai déjà vus ensemble l'autre jour, à la bibliothèque, commenta-t-elle malgré elle.

Ses deux amis se tournèrent vers elle avec stupéfaction.

— Il y a des choses intéressantes finalement, à la bibliothèque, ricana Avery.

La jeune fille leva les yeux au ciel. Quand Edern se mettrait-il à travailler ? L'enseigne de La Tête de Sanglier apparut devant eux. Ils entrèrent et une vague de chaleur les enveloppa. Le pub était très sale ; on ne distinguait même plus le sol de pierre sous la saleté, les fenêtres crasseuses ne laissaient passer qu'un mince filet de lumière extérieure. Il y avait une sorcière entièrement vêtue de noir assise au comptoir, la face cachée par ses cheveux rouges. Elle ne tressaillit même pas à leur arrivée et continua de siroter une étrange boisson fumante.

Rodolphus Lestrange et Andrew Wilkes étaient assis au fond de la pièce, tenant entre leurs mains des Bièraubeurres à moitié entamées. Severus était à côté d'eux, mais il n'avait rien commandé. Isaac manquait à l'appel, ce qui n'étonna pas les Serpentard ; le lendemain aurait lieu le premier match de Quidditch de l'année et l'aîné des Rowle, en tant qu'attrapeur, avait sûrement préféré s'entraîner.

— Qu'est-ce que vous avez acheté ? s'enquit Wilkes en voyant le sac d'Edern.

Ce dernier sortit le foulard qui avait pris une teinte vert sombre.

— Tu penses qu'on pourrait s'en servir pour une supprimer une petite saleté de née-moldue ?

— Edern, gronda Rodolphus, ses yeux noirs lançant des éclairs alors que Mucliber et Wilkes riait.

— Il veut l'offrir à Mary-chérie !

— Silence, siffla Lestrange. Apprenez à tenir votre langue.

Il attendit que Mulciber eût cessé de ricaner et qu'Avery eût repris une expression sérieuse pour continuer.

— Personne ne supprimera personne tant qu'on est à l'école, reprit Rodolphus. Tenez-vous tranquille et n'attirez pas l'attention sur vous.

Edern rangea le foulard dans son sac et Aidlinn fut la seule à surprendre l'oeillade irritée qu'il lança à son camarade. Elle pressentit qu'il n'en ferait comme toujours qu'à sa tête et son estomac se noua. Pourquoi Edern ne pouvait-il pas profiter de leurs dernières années de tranquillité ?

Ils rentrèrent au château en fin d'après-midi. Un vent glacial s'était levé, rendant plus pénible leur progression et chacun marchait en rentrant le cou dans son manteau. Aidlinn ralentit et tira sur le bras d'Edern pour l'obliger à l'attendre. Elle devait s'efforcer de le résonner.

— Tu devrais écouter Rodolphus.

— Qu'est-ce qui te fait croire que je ne vais pas le faire ? articula lentement l'intéressé.

Il observait le lac gelé dans lequel se miroitait le ciel assombri, déterminé à ne pas la regarder.

— Edern…

Il soupira et se tourna enfin vers elle, les bras croisés, une expression de défi dans le regard.

— Je ne suis pas d'accord avec Rodolphus. Il est hors de question de faire profil bas, pendant que tous ces idiots, ces traîtres, ces inférieurs se pavanent fièrement autour de nous. Quand je vois Rogue – oui, je sais qu'il n'est pas aussi pur que nous.

Ses yeux brillaient d'une lueur haineuse tandis qu'il continuait de vomir d'une voix sifflante des paroles trop longtemps retenues :

— Quand je le vois se faire traiter comme un minable par Potter et ses idiots d'amis, quand je vois la Sang-de-bourbe Evans lever le nez d'un air supérieur dans les couloirs alors qu'elle n'est rien d'autre qu'une petite traînée de moldue, quand Daniels se pavane à la tête de l'équipe de Serdaigle... Ça me met hors de moi, tu comprends ? Tout ce que je veux, c'est les voir ramper devant nous.

Il expira bruyamment :

— Je crois que j'ai trouvé à qui donner ce foulard, finalement.

Sa bouche se tordit en un affreux sourire.

— Ce sera Evans.