Bonjour !

Voilà le nouveau chapitre. J'espère que ça vous plaira. :)


Chapitre 4


Il est aussi des temps où du soleil divin
L'homme attend le retour et le demande en vain ;
Qui de nous, une fois, et de l'âme et du monde

N'a cru voir les destins confondus et flottants,
Et des esprits troublés sondant la nuit profonde
Ne s'écria jamais : — Où donc est le printemps ?

Au printemps qui ne vient pas, Antoine de Latour


La clameur venue des gradins enflait alors que les joueurs vêtus de robes vertes et bleues s'envolaient. Aidlinn enfonça son bonnet sur ses oreilles, tentant de se protéger du froid. Elle ne devinait que trop bien le sentiment d'exaltation que devaient ressentir ces élèves juchés sur leurs balais rutilants ; elle sentait presque leur excitation alors qu'ils faisaient le tour du terrain ovale, sous les cris des spectateurs. L'arbitre, une femme dynamique à la peau mate et au sourire franc du nom de Mrs Johnson, siffla. Les balles furent mises en jeu et aussitôt les poursuiveurs se précipitèrent sur le souafle dans une mêlée de vert et de bleu. Un poursuiveur vêtu d'émeraude émergea et fila vers les buts adverses.

— Et c'est Rosier qui prend le Souafle ! Il fonce vers les buts ! Il évite de justesse le cognard lancé par Monroe… Et il MARQUE ! criait la voix du speaker, un Poufsouffle du nom de Blitchey.

Aidlinn se leva, imitant ses camarades de Serpentard. Rodolphus, à côté d'elle, applaudissait modérément. Les Poufsouffle se joignirent aux acclamations – ils souhaitaient une victoire des serpents, comme eux-mêmes avaient perdu contre Serdaigle. En revanche, les Gryffondor se mirent à huer le poursuiveur, honorant l'esprit de rivalité bien connu entre les deux maisons. La jeune fille se concentra sur la silhouette de Rosier, ignorant la voix du speaker. Il avait repris sa place et poursuivait une fille de Serdaigle dont les cheveux noirs flottaient derrière elle – Aidlinn l'identifia vite comme étant l'ancienne petite amie de Dan Heston. Evan la rattrapa rapidement et d'un coup d'épaule qui faillit l'éjecter de son balai, lui fit lâcher la balle. De nouvelles huées jaillirent du côté des supporters de Serdaigle, mais Mrs Johnson occupée à réprimander un autre joueur, n'avait rien vu.

Ce fut Edern Avery qui, ayant vu le coup venir, plongea pour la récupérer et fonça vers les buts. Au dernier moment il lança le Souafle à Williams – un Serpentard de cinquième année – qui le rattrapa avec justesse et l'envoya dans le plus à droite des trois anneaux. Nouvelles acclamations.

— Et Abbot reprend le Souafle…

Le petit frère de Délia Abbot, en quatrième année, venait d'entrer dans l'équipe de Serdaigle. Il se débrouilla bien, esquiva un cognard lancé par Mulciber et s'approcha des poteaux. Le seul obstacle demeurait Dan Heston, le gardien de Serpentard. Aidlinn vit plonger ce dernier dans la bonne direction, mais trop tard.

— Il MARQUE ! Le score est désormais de vingt à dix pour Serpentard. Rien n'est joué si vous voulez mon avis…

Il fallait reconnaître que Blitchey, en digne amoureux du Quidditch, était un commentateur impartial, démontrant toujours autant d'enthousiasme pour chaque essai, qu'il fût marqué par l'une ou l'autre des parties.

Le jeu continua. L'impitoyabilité des Serpentard leur assurait l'avantage sur le terrain. Ils menaient de cinquante points devant de timides Serdaigle. Mais comment en vouloir à ces derniers ? L'année dernière, après leur victoire contre les vert et argent, leur vie était devenue un véritable enfer. Les perdants les avaient harcelés jour après jour, leur lançant des sorts, dérobant leurs affaires ou les renversant brutalement dans les escaliers et les couloirs.

Isaac patrouillait en hauteur. Aidlinn lui jetait souvent un coup d'œil pour vérifier qu'il se portait bien.

— Smith tire…. Bel arrêt de la part de Heston. C'est un gardien efficace, cela va sans dire. Montrera-t-il autant d'aptitudes à diriger son équipe, à présent qu'il est passé capitaine ? Seul l'avenir nous le dira. Si vous voulez mon avis, je dirais que oui, il…

La voix de Blitchey fut couverte par les protestations des Gryffondors et des Serdaigles.

— Rosier reprend le souaffle, il le passe à Avery, qui le passe à Williams. Oh ! Le voilà qui tombe ! Il n'a pas pu éviter le cognard… Ah heureusement Mrs Chomsky accourt déjà. Il faut espérer que ce ne soit pas trop grave, c'était une sacrée chute.

Williams était étendu sur le sol, visiblement inconscient. Aidlinn avait de la peine pour lui. Il était de sa promotion et bien que réservé, avait toujours été aimable. Le jeu reprit ; l'équipe de Serpentard n'avait plus que deux poursuiveurs.

— Abbot s'avance vers les buts… Il évite le cognard de Wilkes !

Andrew, furieux, hurla quelque chose à Mulciber. Celui-ci fila se poster près de Rosier, certainement pour le protéger d'un éventuel retour de balle.

— Abbot MARQUE ! L'écart n'est plus que de quarante points en faveur de Serpentard. Rien n'est perdu pour Serdaigle !

Après cela, Avery et Rosier marquèrent un nouveau but, contre deux de plus pour Serdaigle. La voix excitée du commentateur retentit à nouveau :

— Regardez, voilà Rowle qui fonce ! Il a repéré le vif d'or ! Billy le suit de près !

Aidlinn retint son souffle alors que la silhouette de son frère descendait en piqué vers le gazon du terrain. Tout à coup, il vira brusquement sur la droite, reprenant de l'avance sur son adversaire. Les deux joueurs filaient, leurs robes se soulevant derrière eux. L'attrapeur de Serdaigle profita d'un nouveau virage pour rejoindre Isaac. Ils tendirent le bras. L'instant sembla durer une éternité. Ils se penchaient tous deux, tendaient leurs doigts à l'extrême… Et ce fut fini. Isaac se redressa en levant le point, tout sourire.

— Rowle a attrapé le vif d'or ! SERPENTARD GAGNE !

Les acclamations devinrent assourdissantes autour d'Aidlinn et elle-même se mit à crier et à applaudir, tout à sa joie, ignorant même le regard réprobateur de Rodolphus. Même Severus Rogue se mit à acclamer leur équipe, abandonnant sa réserve habituelle.

Ce soir-là, les Serpentard fêtèrent dignement cette première victoire porteuse d'espoir. Mulciber et Andrew étaient allés chercher des pichets de Bièraubeurres dans les cuisines. Une musique entraînante résonnait dans la pièce. Même Williams participait à la fête. Après avoir bu une potion revigorante, il s'était remis sur pieds, prêt à repartir sur le terrain, mais Isaac avait déjà attrapé le vif d'or et les élèves rentraient au château. Aidlinn avait ri en voyant le visage sombre de son camarade passé de l'inquiétude à l'émerveillement à cette nouvelle.

— Heston n'a même pas bien joué, grognait Avery alors qu'ils sirotaient leurs boissons dans un coin de la salle commune. Il n'a arrêté que deux tirs.

Dan était sur un des canapés, entouré d'élèves qui l'encensaient et lui demandaient son retour sur différents moments du match. Il répondait à toutes ces sollicitations d'un air ravi.

— C'est bon, Edern, dit tranquillement Andrew Wilkes. Détends-toi, on a gagné.

— Isaac a l'air content, lui, observa Mulciber avec un sourire narquois.

Il avait presque l'air envieux. A l'autre bout de la pièce, Isaac était en train de parler à une jolie fille de sixième année du nom de Séphronie Parkinson, qui souriait, visiblement conquise. Aidlinn leva les yeux au ciel. Son frère avait toujours eu un don pour attirer les filles, ce qui l'étonnait toujours. Elle n'avait aucune idée de la façon dont il s'y prenait.

— Séphronie est déjà prise, non ? remarqua d'un air distrait Andrew.

— On dirait qu'elle-même l'a oublié, pouffa Mulciber.

L'admiration se lisait cette fois distinctement sur le visage rond de Mulciber. Le garçon avait toujours adoré Isaac – tout le monde adorait Isaac. C'était Rosier qu'on suivait, Lestrange qu'on écoutait. Isaac tenait le beau rôle, il était plus accessible qu'Evan, moins rabat-joie que Rodolphus, plus brillant qu'Andrew. Modéré, il avait tout du parfait étudiant et même les professeurs ne tarissaient pas d'éloges à son égard. Aidlinn aurait voulu lui ressembler. Quelquefois, il lui semblait que son frère cachait une nature aussi incertaine que la sienne, puis elle l'observait en société et le voyait se comporter tout différemment. Elle ne savait plus qui il était réellement.

— Qui est partant pour une partie de bataille explosive ? demanda Mulciber.

Il tenait dans ses mains un vieux jeu de cartes. Aidlinn, assise sur le rebord de la fenêtre, détourna les yeux, peu désireuse de voir quoi que ce fût lui exploser à la figure ce soir.

— Je relève le défi, répondit Wilkes en s'installant à la petite table en face de lui. Prépare-toi à perdre.

D'un air réjoui, il se plaça en face de Mulciber alors que celui-ci distribuait les cartes. Rodolphus, visiblement ennuyé, se leva de son fauteuil :

— Je vais rejoindre Evan. Vous devriez aller dormir, vous aussi.

Rosier avait à peine participé à la fête, ce qui n'était pas dans ses habitudes – il n'était d'ordinaire jamais le premier à aller se coucher. Aidlinn échangea un regard exaspéré avec Edern : il n'était que minuit et c'était samedi soir. La jeune Rowle prit place dans le fauteuil encore chaud qu'avait laissé leur ami. Avery avait sorti le foulard qu'il avait acheté chez Zonko.

— Edern, siffla Aidlinn. Ne me dis pas que tu veux encore…

— Si, l'interrompit gravement Avery. Et j'ai réussi, je crois. J'attends juste le bon moment, à présent.

— Le bon moment ?

— Je le lui enverrai pour la Saint-Valentin. Quelle délicate attention, n'est-ce pas ? A ton avis, pour qui dois-je signer ?

Une explosion retentit à côté d'eux. Wilkes se redressa, grognon, le visage couvert de suie, alors que Mulciber était pris d'un violent fou rire. Aidlinn se redressa, n'en supportant pas davantage.

— Je vais me coucher.

— Allons Aidlinn… Ne me dis pas que tu as pitié de cette Sang-de-bourbe ?

— Pas du tout, répliqua sèchement la jeune fille.

Elle quitta la salle et emprunta l'escalier en colimaçon menant aux dortoirs des filles. Elle s'arrêta devant la porte de bois noir gravée d'un cinq argenté et entra pour s'affaler sur son lit. Le dortoir était vide. Seule dans l'ambiance feutrée, Aidlinn tenta de respirer pour se calmer. Edern et sa manie de faire du mal aux autres sans raison l'horrifiait, d'autant plus que son comportement semblait empirer. Elle avait peur pour lui – et s'il se faisait prendre ? – mais elle avait aussi peur de lui. Les autres ne semblaient pas éprouver ce besoin irrépressible de faire du mal. Seul Mulciber semblait partager la fascination d'Avery, le suivant aveuglément dans tous ses plans. Une question, pire que les autres, revenait constamment dans l'esprit d'Aidlinn : seraient-ils un jour capables de lui faire du mal, à elle, leur amie ?

oOo

La semaine suivante passa sans incident notoire, au soulagement d'Aidlinn. Le mois de Février étendait ses longs doigts glacés sur la nature, gelant la terre, poudrant de givre les tours pointues du château. Le vent glacial soufflait sur le parc, confinant les élèves à l'abri des épais murs de l'école. Le jeudi soir, une missive voleta jusqu'à elle, alors qu'elle tentait de travailler dans la salle commune, au coin du grand feu qui ronflait et crépitait.

Aidlinn déplia le parchemin, qui dégageait une douce odeur de rose. C'était une invitation à la réception de Slughorn qui aurait lieu dans une semaine, le lendemain de la Saint-Valentin. En tant que membre du Club de Slug, elle était tenue de s'y présenter. La jeune fille, qui avait l'habitude des fêtes mondaines, n'aurait en temps normal pas été dérangée par l'événement, pourtant cette fois, il était précisé : "N'hésitez pas à venir accompagné(e)." Évidemment. Aidlinn savait qu'il était impensable de s'y rendre seule. Elle maudit le professeur pour avoir décidé de célébrer cette fête idiote. Seulement, qui pouvait-elle inviter ?

Le pan de mur servant d'entrée choisit ce moment pour pivoter et laisser apparaître Avery. Le garçon secoua ses cheveux châtains humides, revenant visiblement du parc. Avery, bien sûr ! Elle aurait dû être fâchée contre lui, mais il restait son ami ; elle ne s'imaginait y aller avec personne d'autre. Aucune chance qu'il ait demandé à une fille, n'est-ce pas ? pensa la jeune fille.

— Edern !

L'interpellé s'approcha, le visage méfiant. Aidlinn embraya sans lui laisser le temps de parler :

— Tu vas à la soirée de Slughorn ?

Elle prit un air angélique – l'air qu'elle prenait toujours pour lui demander un service. Il leva une main :

— Attends, je sais. Tu veux qu'on aille ensemble à la réception, c'est ça ?

Devant son hochement de tête, il continua :

— Désolé, j'ai déjà invité une fille. Trouve-toi quelqu'un d'autre, très chère.

Aidlinn grogna :

— Sérieusement, Edern ? Depuis quand tu…

Il se retourna avec un sourire supérieur sur les lèvres :

— Je ? On ne t'a jamais appris qu'il faut finir ses phrases ?

Elle le foudroya du regard et il éclata de rire. Un léger pincement au cœur, elle se concentra de nouveau sur son devoir. Une part d'elle était un peu jalouse qu'Edern eût demandé à une autre fille qu'elle de l'accompagner. Elle-même ne comptait-elle pour personne ? S'y rendre avec son frère Isaac était hors de question. De toute façon, il avait déjà sûrement demandé à une fille, une de ces jolies filles qui le suivaient du regard dans les couloirs, qui se recoiffaient quand il passait à proximité, qui rougissaient quand il leur adressait un sourire.

Comme Edern s'installait en face d'elle, elle ferma son livre et l'observa sortir de son sac le joli foulard aux tons changeants, tâchant de calmer son angoisse à sa vue. Son ami travaillait dessus depuis une semaine, tentant en vain de le rendre agressif. L'objet se contentait en général d'onduler doucement. Mais aujourd'hui, il affichait une mine triomphante.

— Cette fois, je crois avoir réussi.

Aidlinn se tendit et murmura furieusement :

— Je n'ai pas envie d'être mêlée à cette histoire, Edern, tu le sais. Et tu devrais abandonner ce projet, c'est trop risqué.

Il se contenta de rire, ce qui l'énerva.

— Mais enfin qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi ? Tu vas finir à Azkaban avant même qu'il t'ait recruté.

Son visage s'assombrit et il répondit avec force :

— Occupe-toi de tes affaires, Aidlinn.

La jeune fille se leva et partit s'enfermer dans son dortoir – encore.

Il y avait Dan Heston, capitaine de leur équipe de Quidditch. Plutôt beau garçon, membre lui aussi du club de Slughorn, il serait un parfait compagnon pour la soirée ; beaucoup de filles seraient flattées d'être aperçues à son bras et Aidlinn faisait partie de ces filles, elle arrivait même à oublier son statut de sang-mêlé. Mais comment l'approcher et lui demander ? N'y allait-il pas déjà avec quelqu'un ? Accepterait-il ou se moquerait-il d'elle ? Elle fit part de son idée à Sylvia le soir-même, alors qu'elles étaient toutes les deux dans l'intimité de leur dortoir.

— Tu devrais aller lui demander, je pense. Après tout, il n'est pas en position de refuser ton offre.

Aidlinn songea qu'elle avait peut-être raison. Sa propre famille était puissante et apparaissait dans le fameux registre des sang-pur, les Heston ne pouvaient pas en dire autant. Mais était-ce une raison suffisante pour que le jeune homme acceptât son invitation ?

Le soir suivant, assise près du feu, Aidlinn observa Dan qui était assis à l'autre bout de la salle commune des Serpentard, posté près d'une fenêtre donnant sur le lac. Il était penché sur un devoir avec son sérieux habituel, griffonnant fébrilement, la main serrée sur sa plume de paon. Dans un coin de sa tête, Aidlinn ne pouvait s'empêcher de le comparer avec quelqu'un d'autre. Evan, lui, n'avait jamais cet air concentré quand il travaillait ; il finissait toujours par guetter autour de lui, comme incapable de se focaliser sur quelque chose d'aussi futile qu'un devoir.

Ça suffit ! se gronda la jeune Rowle. C'était de Dan dont il était question. Il était seul et la salle était presque vide. N'était-ce pas le moment idéal ? Un peu de courage, Aidlinn. Après une grande inspiration, elle s'approcha.

— Dan ?

C'était une des premières fois qu'elle l'appelait par son prénom. L'intéressé releva la tête, confus. Il cligna des paupières un instant, ayant visiblement du mal à croire qu'elle lui adressât la parole. Aidlinn remarqua ses cils noirs recourbés – étaient-ce eux qui donnaient tant de profondeur à ses yeux verts ?

— Aidlinn ? Qu'y-a-t 'il ?

Sa voix douce avait glissé sans heurt sur son prénom.

— Eh bien, je me demandais…

Ce fut ce moment que choisirent Rodolphus et Evan pour surgir de leur dortoir, l'air de mauvaise humeur. En apercevant Dan Heston, ils se dirigèrent droit vers lui ; ils étaient si intimidants qu'Aidlinn, en frissonnant, était contente de ne rien avoir à redouter d'eux. Rodolphus jeta un coup d'œil curieux à Aidlinn en la remarquant, mais Rosier resta impassible.

— Heston, tu as fini ton devoir de potions ? demanda abruptement Rosier.

L'intéressé pâlit et baissa les yeux.

— Pas tout à fait, non... Je suis encore dessus, justement.

— Il faudrait que tu te dépêches un peu, il est à rendre pour vendredi. Tu sais que je déteste travailler dans l'urgence.

Il avait dit cela avec un sourire ironique. Rodolphus rigola, mais Aidlinn ouvrit grand les yeux de surprise. Étaient-ils en train de persécuter Dan Heston ?

— Qu'est-ce que cela peut vous faire, qu'il ait ou non fini son devoir ?

Aidlinn avait parlé sans réfléchir. Elle regretta ses paroles lorsque Rosier braqua sur elle un regard froid. La pièce sembla soudain remplie d'ombres.

— Reste en dehors de ça, veux-tu ?

Il lui avait parlé comme à une enfant, comme si elle n'était pas capable de réfléchir par elle-même.

— C'est juste que je ne vois pas pourquoi toi ou Rodolphus auriez besoin de ce devoir. Vous êtes assez intelligents après tout, n'est-ce pas ?

Aidlinn croisa les bras, s'apprêtant à affronter la fureur des deux sixième année. Un silence pesant s'installa. Les doigts de Rosier se serrèrent, annonciateurs de la perte de son sang-froid. Était-elle allée trop loin ?

— Je te conseille de rester à ta place. Ce qui se passe entre moi et Heston ne te concerne pas.

Sa voix était glaciale, son corps tout entier s'était raidi et il fixait le mur d'en face, sans regarder personne.

— Mais…

— Silence, cracha-t-il.

En un éclair, il s'approcha d'elle et lui saisit le poignet avec force. Une vague de peur la paralysa.

— Tu t'opposes à moi pour soutenir ce sang-mêlé ? Il me doit ce devoir, c'est tout.

Avec une grimace de douleur, Aidlinn opina et il la repoussa brutalement avant de sortir de la salle. Elle manqua de tomber et se rattrapa à un fauteuil. Rodolphus sortit à son tour, en marmonnant. Heston se tourna vers elle, les sourcils levés, amusé.

— Si on m'avait dit qu'un beau jour, Aidlinn Rowle défierait Rosier et l'emporterait…

La jeune fille, tremblante, baissa les yeux vers son poignet douloureux. Une marque rouge légitimait l'élancement qu'elle éprouvait.

— Je ne l'ai pas vraiment emporté…

— Il est quand même parti, insista Heston avec un hochement de tête appréciateur. J'imagine que je te suis redevable de ce gain de temps inespéré.

— Il n'avait pas à s'en prendre à toi ainsi. Ce n'était pas juste.

Heston haussa les épaules :

— Disons que j'ai passé un marché avec lui et qu'il est assez mécontent de ne pas avoir été encore rétribué, ce que je peux comprendre.

Son regard se perdit dans le lointain, puis il focalisa de nouveau son attention sur elle :

— Tu étais venue me demander quelque chose ?

— Oh, fit Aidlinn.

Elle avait momentanément oublié la raison de sa venue et se sentit à nouveau fort embarrassée.

— En fait, il y a cette soirée qu'organise Slughorn et je me demandais – enfin je sais que c'est idiot et que tu as certainement déjà quelqu'un – mais…

— C'est d'accord, l'interrompit-il avec un clin d'œil. Je t'attendrai ici à vingt heures précises.

Aidlinn sourit timidement et une drôle de chaleur s'empara d'elle. Elle était heureuse, bien sûr, alors pourquoi sa joie était-elle obscurcie par un sentiment de malaise ?


Que pensez-vous de Dan Heston ? On voit aussi un premier dialogue entre Aidlinn et Rosier finalement... Sinon j'espère que vous avez aimé le match de Quidditch vu de l'extérieur ! Et Avery qui ne veut pas abandonner son projet...